PI. VI
L'ENFANT AU HOMARD, PAR Lambert-Sigisbert Adam (-1700-1759)
Marbre appartenant à M. le Marquis de la Ferronnays.
DÉCORATIO.N DU nATlMENT El' FKlIvS ï 10
libraire Sau^Taiii, dont on trouve les factures dans les cartons des Archives.
Une autre aventure, contée dans la correspondance de Grinini et de Diderot, y arriva en mai 177Î):
(v^uatre seii^neurs polonais ayant désiré de voir le [)avilloii de Baj;atelle, que M. le comte dWrtois a fait bâtir dans le bois de l^oulo^ne, un des officiers de ce prince charj;c de les V conduire, fut tout étonné de les voir s'arrêter tout à coup devant une statue de la salle à mander, s'embrasser avec beaucoup d'émotion, et fondre en larmes. Revenus un peu de ce premier attendrissement, ils apprirent à leur ^uide que la «grande impression que leur faisait celte belle statue tenait à l'extrême ressemblance qu'il y avait entre elle et une de leurs parenles cjni \ enait de mourir. M. le comte d'Artois n'en a pas été plutôt instruit, qu'il a fait donner des ordres pour leur envoyer l'original même de la ligure (pii les avait sincèrement touchés.
Allant d une résidence à une autre, Mme la comtesse d'Artois vint souvent s'installer pendant plusieurs jours dans le gracieux château du bois de Boulog-ne. Il semble qu'elle y vint pour la première fois faire une saison pendant tout l'automne de 178:^. « Les terribles résultats de la petite vérole de 1704 et la mort de Louis XV avaient triomphé des préju^^^és de la société tout entière, qui regardait 1 inoculation comme un acte de rébellion contre la volonté divine : on n'a pas, disaient les adversaires de Jenner, le droit de se soustraire aux décrets de la Providence en se donnant une maladie, même pour en éviter les ;dteintes. La comtesse d'Artois, résolue à tenter l'aventure, confia le jeune duc d'Angouléme et sa fille à un médecin de Neuilly, qui pratiquait, disait-on, l'opération avec succès, et vint loger près d'eux à Bagatelle.
La princesse affectionnait cette résidence, y vint souvent, et la Reine^ (jui alors venait fréquemment à la Muette, venait parfois lui rendre visite. Elle la trouvait dans son salon de nuisique, jouant de la harpe ; ou bien dans la petite pièce spéciale située au-dessus du sidon de musique que Bélanger appelle « le Frison ». Gagelin était à la mode ; c'est de chez lui que viennent pommades, poudres à poudrer, odeurs, et principalement la
1 I<) iliS'Kjir.i: 1)1, cjiAïKAi: iji: i;A(.Ari-Li>i;
<( |)àt(; à la rose doiihlc ». celles h « \\vÀ\\vl » et n la « ^'•irollée doiihie ». Sa poudic; était ;i lii-is. Vai 1781 (juillet], elle coniniande deux masques à f)()udre avec des yeux de cristal poui* préserver sa vue. l{li(î a les mêmes fournisseurs que la Reine : Beaulard, (rrancher, dont 1 Ciiseig-ne était « Au petit Dunkerque », rue St-Sulpice ; Dumont, le miniaturiste ; Campana 1 Italien, (jui faisait les portraits à la « gouasse » ; riastri(|ué; \ an Spandonck, qui peignait si joliment les ileurs ; \Valbled, tant oublie*, et Sauvag-e.
C'était une de ses darnes^ Mme de Bourbon-Busset qui faisait les commandes, tandis que M. de Maillé était chargé de ce service chez M. le comte d'Artois.
Un certain nombre de fêtes, d'attractions et de dîners furent donnés à Bagatelle par le comte d'Artois.
C'est le sieur Desclaux, commis des bureaux des menus, qui prépare les spectacles et qui a le soin des progTammes et de la liste des invités. Il tient sur des feuilles à part Tétat des sujets de la danse et paie 4.287 livres rien que pour les seuls divertissements qui furent donnés en septembre et en octobre 1782.
Mais où Ton puise un grand nombre de renseignements, c'est dans les cartons où se trouve le seiwice de la bouche. Ce service était composé de onze officiers: Missilier, contrôleur ordinaire ; Martin, chargé de Tapprovisionnement des vins et des liqueurs; Arnould, écuyer de la cuisine ; Sigé, cuisinier; lioth, chef d'otfice; Constantin, pâtissier; Oosnier, Marchand, Bonvalet, aides d'olfice ; Petit, garçon hatier ; l^oivin garçon de fourneaux . Ils étaient accompagnés de marmitons, coureurs, postillons, et tout ce monde se déplaçant à chaque dîner que le comte d'Artois donnait à Bagatelle, on peut juger des frais considérables que cela occasionnait.
Nous avons pu relever tous les dîners donnés dans le gracieux pavillon, grâce aux mémoires très bien tenus
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par le sieur Missilier^ ainsi que ce que chacun coula":
5 mars 1777, Voyage à Baj^alelle,
dîner de Mj^r : ()()(> liv. 10 sols
2 avril —
12 mars —
3 mai 177Î),
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22 juillet
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li'atïiche de la fèie qui fut donnée le mercredi des cendres 1780 annonçait: Per omnia sœcula sseculorum ; le baron Scliloff ; et le Chat perdu ^ qui furent joués par la Dug-a/on, des Essarts, d'iVzincourt et Mlle Lachassîdi^'ne. Le monde des spectateurs fut, paraît-il, si nombreux que, par la suite, le sieur Desclaux dut restreindre sa liste. Les gazons et les parterres étaient foulés, les arbustes arrachés, et le lendemain matin, le parc était dans le même état que si une armée de barbares y eût séj ourné .
5 mai 1780, Dîner de ML;r : 19î)2 livres 4 sols
14juillet — , —
T) août — —
26 sept. — —
7 déc. — —
Samedi .3 mars 1781, diner à Bagatelle au retour des l^arres aux Champs-Elysées.
o mai 1781, le soir de la revue des gardes suisses faite dans la plaine des Sablons, 2.252 livres, 2 sols, dîner à Bagatelle .
1. Arch. luiL. U' ;}:}S, registre; 11' 339, IV :53'J, U3i0. K' 341. R' ;)i2, carions.
livres 4
J 18 nisToiiu: DU cha'I'kai \>\. iiacaiilu;
10 mai 1781 .dîner a l>a^aL(;Jl(; cl (léj)(iiises au coiiiph^L.
18 décembre; I78I, le dîruîr fui servi en riionneur du Hoi el la dépense s'éleva à .').!)7') livres, 7 sols. 11 y avail cinq tables, la table du lîoi, de vingt-quatre couverts, la table des olHciers aux g-ardes, la table des pag(;s et gardes du corps et la table des porle-manteaux.
Pour nous rendi-e compte de ce ([ue Ton servait à ces dîners, voyons simplement la liste des rôts que le savant rôtisseur, Bassinet, lit servir à la table du loi :
1 poulet de Caux bardé, 6 perdreaux rouges bardés pour deux plats, 48 mauviettes de Chartres bardées, 4 rouges de rivières, o poulets à la reine piqués et bardés, 8 bécassines bardées, 1 caneton de Rouen, .'] bécasses bardées.
2 poulets gras normands bardés et -j sarcelles. Kl qu'on se figure que tout était à l'avenant.
Du reste, on dépensa 1.350 livres 'argentj de viandes, 819 livres de fruits et légumes, ainsi que l]'22 livres de fromages, beurres, œufs, etc. Rien que de pain, il y en eut 120 pour la table, 22 pour les potages, 48 de mie, 10 boisseaux de farine et 48 livres (argent) de pain pour les offices! On ne peut s'étonner que d'une chose, c'est qu'il ne fût bu que 8 bouteilles de Champagne, coût 28 livres.
Le 17 décembre, les écuries avaient dû fournir trois chevaux et une guinguette pour conduire les garçons au château, et le 19 il fallut louer un chariot et quatre chevaux pour y conduire le service.
Le 18 mars 1782, le comte d'Artois annonça un voyage à Bagatelle pour les premiers jours d'avril. En effet, comme il allaita Saint-Denis avec le comte de Provence^ il le ramena à Versailles par le bois de Boulogne et le fit dîner dans sa petite maison. Il avait pour cela commandé un dîner somptueux. S il le fut, ce dont nous ne doutons pas, les convives furent passablement incommodés par les insectes.
(Quelques jours après, le 10 avril 1782, dîner donné en l'honneur de la Reine, l.()47 livres, 1 sol.
Le 18 avril 1782, nouveau dîner donné en l'honneur de la Reine, de 9 à 10 heures du soir, comprenant une table de 25 couverts pour la Reine, une table de 20 couverts pour ses officiers aux gardes du corps ; prévenu à
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midi que ce dîner n'aurait pas lieu, le pauvre ordonnateur lit néanmoins le relevé des dépenses que les préparatifs occasionnèrent.
I mai 1782. dîner de Monsei^^-neur. 18(11 livres, 6 sols.
10 juin 1782.diner de Monseig-neur, KiGl livres, 8 sols.
Le 1*' juin 1782. le comte d'Artois reçut à Bagatelle le j>Tand-(luc Paul et la g-rande-duchesse Marie, qui voya- «•eaient incognito sous le nom de comte et comtesse du Nord.
Mme la ])aronne d'Oberkirch relate le fait dans ses mémoires ' : a J'avais été le matin ( l*'" juin 1782-) à Bai^atelle avec Mme la comtesse du Nord. C'est une charmante petite maison dans le bois de Boulogne, appartenant à M. le comte d'Artois qui en fît les honneurs avec sa grâce accoutumée. On y entendit un concert magnifique exécuté par les meilleurs musiciens de Paris. Mme la comtesse du Nord fut enchantée. La collation qui suivit fut des plus galantes. 11 y avait les plus beaux fruits de primeurs qui se puissent rencontrer. M. le comte d'Artois est le prince le plus aimable du monde. Il a iniîniment d'esprit, non pas dans le genre de M. le comte de Provence, c'est-à-dire sérieux et savant, mais le véritable esprit français, Tesprit de saillie et d'à-propos. La srrande-duchesse en était ravie. »
Ce que la ])aronne ne dit pas, c'est que l'on y joua deux petits opéras-comiques aussitôt après le concert. L'un rappelle une des fêtes données par Mme de Monconseil, si ce n'est le même opéra-comique : .1 trompeur, trompeur et demi. L'autre fut : Contentement prisse riehesse.
(^ornme le comte et la comtesse du Nord remontaient en carrosse pour regagner Versailles, ils reçurent des mains d'un gentilhomme cet impromptu délicat que le i»alant comte d'xVrtois leur faisait remettre :
Il suffît de vous approcher,
Couple auguste, pour vous connaître.
l. Mémoirea de la baronne d'Oberkirch, publirs par le comie de Montbrisoii. Paris. IS'i;}. •2. vol. in-lS.
Kt non 1781, coninic hoanconp l'ont pri'len(Ju.\'oir, du posle, pour corrohorei* les niémoiros de la harcume d'Oberkii-ch. Areli. uat. H' 3158.
ir)0 iiisroii'.i; 1)1 ciiATKAr di: v.xcvwaaa:
Si NOUS \f)iil('y. loiil ;"i i'nW vous crir-licr, Voile/ (loue les \'erliis (juc vous hiisscz j);ir;iil if; \
\jV, dîner qui lut olTcrL aux j)rinc('s russes coûta a lui seul 1 .HHl^ livres, '.\ sols.
A la lin d'août 178:2, Mme la condessc d'Aitois annonça son ai rivée à Baf^atelle pour le commencement de septembre. Aussitôt tous les services se déplacèreni, vinrent au bois de Boulog-ne, et mirent le château en état de recevoir la comtesse et Marie-Antoinette, qui avait assuré qu'elle viendrait, ainsi que les nombreuses personnes qui devaient les accompag-ner.
Elles vinrent, en effet, à Bagatelle et y passèrent les j 1 et 12 septembre. Il y eut bal et Ton dansa « au son des llûtes, des hautbois et au bruit des tambourins ». tandis que des symphonies furent cachées dans les bosquets. Ces mêmes soirs, on illumina tout le parc, et on tirades feux d'artifices préparés par Cour tille et Saugrin, entrepreneurs des fêtes royales, ces prédécesseurs de la dynastie des Ruggieri.
Le lundi 5 mai 178o, jour de la revue des gardes suisses dans la plaine des Sablons, nouveau diner à Bagatelle composé de quatre tables pour les princes et les gardes ; une de 2i} couverts, une de 8 couverts, une de 30 couverts, une de 10 couverts, et les autres comme à l'ordinaire.
Seleva-t-on très tard de table, les divertissements qui suivirent entraînèrent-ils fort avant dans la nuit. (Quoiqu'il en soit, les convives couchèrent au château^, et l'on s'amusa toute la journée du lendemain dans les jardins. Le soir eut lieu un nouveau grand dîner qui ne coûta pas moins de 2.116 livres, 0 sols, 6 deniers.
Quatre jours s'écoulèrent et, en revenant de Saint- Denis, où les princes étaient allés assister au service de bout de 1 an du feu roi, un dîner plus modeste fut offert aux personnes de la suite. Il n'y eut que la table de Monseigneur, de J() couverts, la table des officiers aux gardes de 30 couverts et toutes les autres comme à l'ordinaire. Goût : 1.787 livres, 7 sols-.