BAGATELLE SOUS LA RÉVOLL'TIO.N
Il ne se présenta qu'un soûl acquéreur, le citoyen Etienne-Benoit Bei-nard, né^'ociant, denieuranl à Paris, rue (le Lille, n" Gi(>. Dans certaines pièces d'archives, on le nomme simplement sieur Benoit, ce qui peut faire faire confusion, car son véritable nom est Bernard.
Il fut cessionnjure. après la soumission du 11) prairi;d an I\ , par acte passé devant Uag-uideau, notaire.
Le sieur Benoit Bernard mit son architecte Etienne Bouvet, en riq)p()rt avec l'architecte du Domaine national Antoine-Charles Auhert, et LalTaire fut rapidement conclue. L'estimation des tei-res fut de To.lTiH fr. TiO et celle des bâtiments de 135.000 francs. Le tout, c'està-dire 210. J 08 fr. 50, fut payé par l'acquéreur'.
Benoit Bernard s'était rendu acquéreur pour un groupe d'entrepreneurs de divertissements publics : André Lhéritier, Jean-Baptisle-Louis (ilouteau, Joseph Coste, Juste-Gharles-Corneille Savouré, Jean-Louis Saucède et son frère Pierre Saucède-.
Ces messieurs iirent un certain nombre de transformations aux jardins et aux bâtiments, sans toutefois en chano^er Pordonnance q-énérale. On lit dans une lettre du I() pluviôse notamment ■' :
11 existe, à rentrée (Ui parc de Baj^atelle,- un pavillon qui jadis servait de logement au gardien de la porte de ce parc. Quoicpi'elle soit suj)[)rimée depuis longtemps, le même portier y a gardé son logement et y a élal)H un traiteur, (^omme il est inutile de laisser plus longtemps ce particulier occuper le petit pavillon sans titre comme sans droit, puiscpril ne pave aucun loyer. Si je puis le mettre en location, je vous observe (jue la Bépublique en tirera un loyer très conséquent, la demande m'en ayant était faite par plusieurs personnes, et je ne vois aucun inconvéniont à le louer si Bagatelle n'est pas soumissionné; avec d'autant plus de raison tpi'il en est encore éloigné et se trouve à rextrémité du petit parc.
La société Lhéritier mit un nouveau g-ardien à Baya-
1. Il restait dû le a j;erniiiial an 1\' : i'T.U:'>(i li\res. Il sols. 1 deniiM'. -. Arch. de la Seine, i:>(i.').
3. Rejçistre de correspondaïu-es de Xeuilly, du '2'.) thermidor an 1\' au i(i septenil)i-e 18<iO. Arch. de la Seine. Lettre n" :26î).
] r>8 iiisioini': di (.ii\ii;\r ni: i!\(i ai i:fj,i:
telle, el l'etira celui (1(; la poiiipc! a feu et les deux i\u[ étaient attachés aux bâtiments'.
l^lle donna aussitôt des fêtes ci s'attira du commissaire de la municipalité d(; Xeuilly des ie])i'oclies formulés dans une lettre adressée à M. André, administrateur des domaines: <( La société Lliéritier a donné deux fêtes au public depuis trois ou quatre mois sans avoir de patente... Ceux qui donnent des fêtes au lianelagh n'ont pas non plus satisfait à lu loi-, »
C est vraiment un plaisir de feuilleter les gazettes du temps et d'en dégager le rôle de Bagatelle, devenu la promenade favorite des Parisiens et le lieu des l'endezvous k la mode.
Le Directoire, qui a exposé sa ferme volonté de faire disparaître les messieurs des bureaux, n'a pas abaissé ses rej^ards sur ses écuries, où les messieurs vont assidûment faire leur cour. Tous les jours, une nuée d'écuyers charmants, de palefreniers anglais, à cadenettes. à oreilles de chien, montent délicieusement les chevaux que la République fournit, pour son service au Directoire, et vont renforcer la troupe dorée de brillants cavaliers, qui se réunit exactement au bois de Boulogne, pour soupirer, à Bagatelle, après le retour de son auguste maître, et lui en préparer les moyens \..
Le doute augmente sur les menées des émigrés: on craint toujours un retour inopiné des nobles, des manœuvres contre la République, des trahisons qui conservent aux Parisiens l'émotion révolutionnaire.
Dans un rapport du comité de surveillance \ on dit (( qu'il y a tous les jours ou tous les deux jours à Longchamp et à Bagatelle un rassemblement de royalistes ». Pauvre Bagatelle ! tes murs n'inspirent guère la conspiration, mais les plaisirs, les chants et les rires.
Voici l'hiver avec ses courtes nuits, ses brumes et son