BAGATELLE SOIS LA RÉVOLUTION
une jeune et jolie nymphe, à lacjuelle il vient de sacrilier le précédent objet de ses amours. Assis dans un coin solitaire de ce jardin, nos deux amants savouraient le plaisir d'être ensemble, lorsqu'ils lurent aperçus par l'amante délaissée ; celle-ci ne pouvant supporter un spectacle aussi déchirant j)Our son conir, et se livrant aux transports de la jalousie, fond avec la célérité de Téclair sur sa rivale, lui ari-ache sa perruque et la l'ait voler dans le jardin '...
On voit peu d'esprit public à Paris. La soif des plaisirs, les promenades à l^a^^alelle, le torrent de la mode, le jeu, les dîners, le luxe des ameublements, les maîtresses sont les objets qui occupent plus particulièrement la jeunesse parisienne -.
La chanson à la mode n'était-ollo pas :
Chacun avec la même ardeur Va se rendre où l'amour l'appelle :
C'est au séjour du vrai bonheur, Mais ce séjour est Bagatelle^...
Pendant ces années de vogue, quelques modifications avaient eu lieu dans la propriété. Les concessionnaires eux-mêmes n'étaient plus les mêmes, Benoit et Lhéritier avaient disparu pour fidre place à la société Saucède, Glouteau et Coste ; Lhéritier s'était limité au restaurant et le cflacier de Ba^-atelle était un Italien nommé (larchi.
La nouvelle société imagina, pour relever ses all'aires, — car malgré l'allluence, les frais étaient tellement considérables que les bénéiices n'existaient pour ainsi dire pas, — de donner une fête magnifique en l'honneur d'Ali Klîendi, ambassadeur ottoman, que le pouvoir exécutif venait de recevoir avec solennité. Il y eut concert, bal, festin, feu d'artifice, départ de montgolfières, tous divertissements si bien choisis que cela fit dire à un journal Le The : « Depuis que Bagatelle est devenu le guide des Parisiens, l'amour n'a pas cessé (\ y faire des pèleri-
1. Du Conscmitciir tlu 10 messidor \'2S juin IT'.tSi. Aulai-d. (. W . p. 7"il.
2. L'Ami défi Lois du Ki messidor -~.) juin IT'.J'.I). Aul;uxl. L \', p. 591.
;>. Chanson du \',\ \en(ôse an \' (3 mars 1797).
1/2 iiisi(»iiu: 1)1 ciiAïKAi i)i; i-, \(i.\'n:F,i-i-;
iia*^'('s ; par Ali Mnciidi, li.i^aLcIlc (IcN'icut h; (îraiid ( iairc. si les ordomialcurs de la fcHe (jui lui ost destinée oui rinteiilioii d OllVir ;i ses veux dcN signes propres à lui rapj)eler sa crox aiiee. .. »
La l'ète réussit à merveille. Il v eut aflluence et beaucoup de femmes, et des jolies, mais HaL;-at(dIe nede\iiil pas un harem.
Mali^ré ce succès, les associés n(; léussireiit p.as. lui I7î)8, ils essayèrent de liquider. Afin d'amener une nouvelle alUuence et aussi pour varier les divertissements qu'ils donnaient, ils résolurent de construire un théâtre. On y donna sept ou huit spectacles. Mais les pièces étant toujoui's les mêmes et le public ne se renouvelant pas, il se lassa et il fallut cesser encore ce nouveau genre de plaisir.
Enfin, las de se ruiner, l'association mit en 1801 le domaine en vente « à l'étude de maître Rag-uideau, notaire à Paris, rue Saint-flonoré à côté de la place ^'endôme )). L'aiïiche dit que l'on peut s'adresser à lui pour les renseig-nements, ainsi qu'à Pirault, avoué, rue Xeuvedes-Petits-Champs, n'* 463 ; et que, pour visiter, on n'avait qu'à s'adresser au concierge de Bagatelle ^
Il ne se présenta pas d'acquéreur. Mais le sieur Born, fermier de la Société, rouvrit les portes de l'établissement et en soutint la renommée jusqu'en 1806. Il prit même l'adjudication des fruits que la municipalité de Neuilly s'était réservée, témoin la pièce suivante :
28 prairial.
Reçu du citoyen Boni tPciiteur à Madrid la somme de 30 livres pour le montant de l'adjudication d'une récolte de cerises à faire dans la maison de Ba^atelleladile adjudicalion faite en la salle municipale de Neuilly le IS du courant enregistré ce jourdhui-.
Les divertissements continuèrent, mais plus modérés. Le sieur Born se faisait la main avant d'entreprendre
I. A la liquidaUon do la Sociôlo. Coste cL les ci-devant propriô- Laires de Bagatelle recurenl une assitination de Laflèche, boucher à Neuilly.
-. Sourenirs de Xciiilltf. Aroli. de la Seine.
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le si fameux restaurant de Madrid, qui existe encore aujourd'hui.
Deux faits encore* concernant des employés de Bap;-atelle :
Le 27 frimaire au II, Piei'ic Houillet, nuu'éclial de la I '■'■ division de ^-endarmerie nationale du département de Paris, à la résidence de Neuilly-sur-Seine, recueillit un cadavre de femme au pont de Neuilly : il avait été péché à 7 heures du matin par Jean-Gharles ( '.ompoint, pécheur, et Marg-uerite (]ompoint, sa fille.
Le cadavre était vêtu d'une « caza([uine » de toile bleue, mouchoir de col de fond rouge, les cheveux châtain clair. Il était bancal des deux jambes. C'était Cdaudine-Emilie, la fille- de Nicolas-François Thib;iidt, pompier de Hag-atelle, et de Jeanne Larivée sa femme. Elle s'était noyée le 10 brumaire au-dessus de la pompe à feu de Hag-atelle, en lavant du ling-e.
Elle fut enterrée le 27 frimaire dans le cimetière de la commune de Neuilly.
Et dernièrement, c'est une })lainte du 18 g'erminal an VI, devant le juge de paix de Glichy, en sa demeure de Montmartre, cour extérieure de Lex-abbaye, déposée par Jean-Baptiste Houtard, agent municipal de la commune de Xeuilly, et commissaire nommé par arrêté de l'administration municipale pour inspecter la recette du parc des Sablons et la police d'icelui...
Le rapport de Boutard dit en substance <( que le jour d hier, vers les huit heures de relevée, étant au passage où se prennent les billets pour l'entrée du parc des Sablons, et au bas de l'escalier du bureau des recettes, accompagné du citoyen GoUière, le nommé Bressy fils^
ancien concierge de la maison de Bagatelle l'aurait
apostrophé en le traitant de f. .. gueux, f. .. coipiin. terroriste, buveur de sang, septembriseur, et autres injures accompagnées de gestes et de menaces d'un bâton qu'il tenait à la main, alors, lui déclarant, ayant ap[)ris (|ue le président de l'administration municipale du canton de
1.(a*s tlcux laits ont été pris par nous dans? les dossiers des Archives de la Seine.
17 1 iiisioir.i; i»i cmii.Ai iii; i; \(; \ i i:mj;
(ilicliy (le cilovi'ii Hillardy cUail dans JcmIiI. parc des Sahlons, il csl allr le clicrclicr, et, rîiyant irf)uv(''. il est revenu vci's ledit Un-ssy (ils, (jin au nicmc iiislanl. lui a répété en présence dudit Hillaid les mêmes iujuies et menaces... i;t mil autri's non moins apostrophantes, a îijouté (le plus (juc; le eiloyen (diai'les, demeurant k Monceau et (^ollière à Neuilly. . . ont été insultés comme lui déclarant,... et que s'il ne Ta pas fait arrêter sur le champ c'était dans la crainte de trouhler la lête j)ul)li(jue (jui st; donnait dans le parc... ».
Nous ig-norons si l'affaire eut une suite.
CIIAinïUE XII
l5A(iATELLi; ACHKTK PAR LEMPElŒLll LE llOl m: IlOMK
H;i^;ik'IU' csl mis on vciiU' par Hoin s;\ns succrs. — \'eiiU* aux (loiiiaiiics. — Lalï'airo Saucèdo IVcmcs. — La propriôLi' csl rôuiiie au bois de lioulo^iic. — (^eux ({ui y lo^caieul. — Haux (le 1<S()G-1 807-1808. — Répara Lions. — Décision du niinislrc (les finances. — On joint une |)épini('re aux domaines. — Ix" m()l)iHer. — Le <;il)ier du Ijois de Houlo<;ne. — L'Empereur à liaj^a telle. — .Jémme Lucchesini à Bagatelle.
De son cotéjle sieur Boni, seul sous-Iocdtaire alors du château, faisait peu d'airaires et désirait s en débarrasser le plus rapidement possil)le. Il le mit en vente pour 70.0(10 francs, et M. Pirault-Deschaumes en annon(,'a l'adjudication pour le 2i mai.
Il ne se présenta aucun acquéreur, et ladjudicationfut reportée au 21 juin (juand, le 7 juin, l'Empereur lit acheter le domaine par l'administration ii l'audience des criées au tribunal de T*^" instance à Paris, moyennant .*i(lO. 000 fr. indépendamment de 21.20() ir. pour les ^daces et un lustre ' .
Le malheureux Born continuait cependant à tenir son établissement, et faisait annoncer partout que.» à compter du samedi 3! mai, les eaux jouent tous les jours jusqu'à celui de la fermeture )),et c[ue, jusque-là, le restaurateur continuera à servir.
Enfin, le 3 juillet ISOb, il traita directement a\ec les Domaines, devint seul locataire et fit publier :
Le sieur Boni, restaurateur, a Lhonueur de prévenir le public qu'il continue son établissement de restaurant comme
1. \'(>ir une Icllrc du ±) ôct. ISOli au.\ Arcli. do la Seine.
17() iiisroiMi; i»i ni\ri:\i \>\: i-.m, \ i i;i,ij,
par le pjissr cl de I jissiircr (jii il ;i|)|)ort('r;i Ions ses soins à le coiilcnLcr. Il prie les personnes rpii vonrlrnienl donner des repas de le prévenir la v(mII(; ponr cire mieux servies.
T.'uidis que, tant bien ([U(^ mal ', J>orii cherchait à soulenir la réputaLion (ht l>a<^atelie, radniiiiistration des Domaines cnlrait eu luUe ouverte avec l(;s IVères Saucède qui u avaient pas payé la totalité des loy(;rs qu ils devaient à Tadminisl ration.
Maître Pirault-Deschaunu's était 1 avoué des l'rèrcîs Saucède -, et celui de 1 administration était M. Her^eron d'iVu^ny. M. VaUon Villeneuve ', receveur des Domaines nationaux, ]'' et 2'' arrondissement, écrivait k M. Bergeron d'Augny : « Je charg-e M. Bachellery de réunir les titres et pièces établissant la créance de l'administration sur les sieurs, Saucède frères, auxquels cedom;iine avait été précédemment vendu et de vous les remettre avec les instructions nécessaires*. »
Il résulte de ces titres et de ces pièces que les Saucède étaient engagés dans Falfaire pour un capital de 27.03(j.70 fr. à intérêt 4 0/0, et qu'il restait dû par eux k l'administration la somme de '2.i2H fr. 43, ce qui motiva une contrainte le 7 février 1807 et une autre le 12 mars de la même année.
Voici l'exposition de l'affaire de la Société Saucède. d'après une pièce du 24 thermidor an V.
Scellés sur le mobilier de Bagatelle^ justice de paix de ('lie kl/, Arch. de Ui Seine.
Jean-Baptiste-Louis Glouteau, Jean-Louis Saucède, Jean- Joseph Coste, tous trois sociétaires de ladite maison de Bagatelle..., lesquels ont dit qu'ils conviennent avoir fait l'acquisition du domaine de Bagatelle et dépendances conjointement avec le citoyen Daniel et par indivise avec lui acte reçu par le citoyen Baguideau, notaire à Paris, le 7 prairial dernier pour le montant de laquelle acquisition il a été remis au ci-devant propriétaire une portion du prix en espèces
1. On prétend qne Mme Tallien et Mme de Beauharnais donnèrent <les letes à Baj;atelle.