GILLES DE PONTBRIANT
DOYEN DE GLÉRT.
Au commencement du XV[« siècle, Gilles de Pontbriant était archidiacre de Châteauroai, en l'église de Bourges, curé de Saint-Germain de Pontaudemer, chanoine de Notre- Dame de Cléry et trésorier de Saint-Martin de Tours. Grâce à son frère François, sans doute, il avait aussi le titre de chapelain du Fief-Notre-Dame au grand autel de Notre-Dame de Loches. Ce fut, on le voit, un riche bénéficier; mais il employa généreusement sa fortune.
Il fut reçu doyen du chapitre de Cléry le 25 février 1502, en vertu de lettres de collation et de procuration de Tévêque d'Orléans (1). L'église de Cléry, pèlerinage très fréquenté depuis le XIII^ siècle, brillait alors de tout son éclat. Salisbury, peu avant le siège d'Orléans, l'avait ruinée de fond en comble; mais elle eut l'heureuse fortune de rencontrer un ardent protecteur et un généreux bienfaiteur, dans la personne du fameux bâtard d'Orléans. Il excite Charles VII à relever ses murailles, enrichit lui-même l'église de ses dons, à la suite d'un vœu; et y érige la chapelle Saint-Jean, comme lieu de sépulture pour lui et les siens (2).
(1) La plupart des documents que nous indiquons dans ce chapitre sont absolument inédits. Nous les avons extraits des anciens registres de M. Laine, notaire à Cléry, auquel nous sommes heureux de témoigner toute notre gratitude pour son obligeance.
(2) Nous avons publié récemment le résultat des découvertes que
Tout le monde sait que Louis XI acheva la restauration de Notre-Dame de Cléry. Il y fit creuser son tombeau et éleva son propre monument de son vivant. Charlotte de Savoie, sa deuxième femme, et Louis de France, son fils, y furent également inhumés.
Plusieurs serviteurs restés dévoués à Louis XI tinrent à honneur de reposer auprès de leur maître : son confesseur ordinaire Martin Lemaistre, nommé chanoine de Cléry peu de temps avant de mourir, Tanneguy du Châlel ; et aussi, d'après la tradition, Tristan Lhermite. L'église de Cléry reçut, en outre, le corps de François de France, troisième fils de Charles VIII, et le cœur de ce même roi.
Cette rapide énumération de noms montre quelle était, à cette époque, Timporlance de la Collégiale de Cléry, et combien de mutilations et de spoliations elle a dû subir dans les siècles suivants. Comme on doit regretter cette magnifique décoration de vitraux, de peinture, de dorure, de statues; ces monuments et ces plaques sculptés ou ciselés dans le bronze, le marbre, Talbâtre ou la pierre ! sans même parler des richesses arrachées au trésor, comme ex-voto, reliquaires ; ni de celles de la sacristie et du chœur. Cet ensemble faisait de nos églises, encore plus que des palais et des châteaux, de véritables musées popu*laires, accessibles à tous.
C'était aussi un catéchisme en couleurs, suivant l'expression pittoresque de M. Léon Gautier, une prédication figurée, incessante et muette, pénétrant jusqu'à l'âme par les yeux, amusant et instruisant quand même les humbles
nous y avons faites, au mois de juin '1887, sous ce titre : Église de Notre-Dame de Cléry, — les sépultures de Marie d'Harcourt, femme du bâtard d'Orléans, de Jean, leur fils, et de François II et Louis J, ducs de Longueville, leurs petits- fils. — Testament inédit de Dunois, etc.
et les ignorants, charmant les intelligences plos raftinées» chez lesquelles le sentiment artistique s'harmonise avec les plus hautes pensées et tend à remonter de la copie au modèle, de la créature au Créateur,.
Tous ces rois, ces princes, dont nous venons de parier; d'autres, comme le cardmal d'Amboise, venant, en 1505, faire un vœu à Notre-Dame pour le rétablissement de la santé do roi Louis XII, et la foule des modestes pèlerins ; tous avaient enrichi de leurs]aumônes le chapitre de Cléry. Il remboursait les dettes contractées aux temps de détresse et devenait prêteur à son tour. La ville d'Oriéans, à court de ressources, envoie i devers Messieurs de Cléry leur prier et requérir qu'ils eussent à prêter argent à icelle ville (1). »
Administrateur de ces richesses, Gilles de Pontbriant en fait un judicieux emploi, comme des siennes propres. Il entretient en parfait état les bâtiments de l'église, fait réparer par André Jacquelin, plombeur de l'égHse Sainte- Croix d'Orléans, la plomberie du petit clocher ; et, sur le grand, pose, en 1510, une croix neuve, haute de 18 pieds, à trois fleurons dorés à chaque branche, et quatre fleurons dorés au sommet; le tout surmonté de l'ancien coq.
On établit une terrasse au-dessus de l'horloge, et Jean Hoyau, menuisier à Orléans, est chargé, en 1516, de construire les boiseries des grandes et petites orgues. La musique était en grand honneur à Cléry, depuis que Louis XI avait fait venir pour sa chapelle royale de prédilection des chantres de tous les pays. 11 mit Cléry sur le même pied que la Sainte-Chapelle de Paris, lui accorda les mêmes privilèges, et y fonda force messes et oflices divins qui
(1) Compte de forteresse d'Orléans, 15194521, GG. 568.
devaient être célébrés avec grand accompagnement de musique (1).
Le 80 avril 1516, G. de Pontbrîant fait habiller la cloche Charlotte par Jean Sauvagère, charpentier en grosserie à Paris, et, le 22 mai 1519, Gayon Herby, fondeur k Orléans, passe un marché pour refondre les cloches Marie et Gmllaume (2).
A cette même époqve le curé de Saint-André de Cléry, la petite paroisse absorbée par la collégiale, Robert de Cokborne, évêque de Ross (3), et chanoine de Cléry, se piquant d'émulation, fit exécuter, en 1512, par Pierre Chapeau, menuisier à Orléans, une cloison en bois avec piliers à chapiteaux sculptés et semés de fleurs de lis, pour poser devant le grand-autel de Saint-André. Sur les piliers et sur le couronnement de la boiserie, étaient deux anges portant des chandeliers et deux images de saint André et de saint Pierre^
Mais l'activité de Gilles de Pontbrîant concevait de plus vastes projets. Pendant son décanat, et en six ans seulement, de 1515 à 1521, c'est-à-dire aux premières années du régne de François P', l'église de Cléry fut augmentée de trois chapelles. Ce sont des œuvres toutes françaises, comme on va le voir, et qui se rattachent intimement à l'histoire de Chambord.
La chapelle Saint-Sauveur fut érigée par le chanoine Pierre Potier, et appuyée sur le mur gauche du porche, le long de la façade nord. Elle était terminée vers le 20 juillet 1521 ; en effet, par un acte, en date de ce jour,
(i) Con mu9iche ed armonie, dit Tambassadeur vénitien, Jérôme Lippomano.
(2) Pièces justificatives, no XII.
(3) En Irlande. Il était aussi abbé de Notre-Dame de Quarente (diocèse de Narbonne) et de Saint-Lô (diocèse de Goutances).
le chanoine prend une disposition pour la fournir d'ornements et du mobilier religieux. Nous ne pouvons malheureusement parler de cette chapelle de visu, puisqu'elle fut détruite en 1820 (1), mais du moins pouvons-nous juger des soins qu'on apportait à sa décoration, par le nom d'un artiste Orléanais qui n'est pas sans réputation. Le 16 janvier 4519 (n. st.), Benoît Bonberault, imagier à Orléans, contractait, à Cléry, avec P. Potier, un marché pour la fourniture d'une statue du Sauveur (conformément au vocable de la chapelle), avec un évêque, saint Aignan, à genoux et présentant au Sauveur un priant, qui n'était autre évidemment que le fondateur de la chapelle (S). Bonberault est reconnu digne, cinq ans plus tard, en 1525, de succéder au fameux Martin Cloistre, qui venait de mourir, pour l'exécution du tombeau de Guillaume de Montmorency et de sa femme dans l'église Saint-Martin de Montmorency (3).
11 nous est resté plus de renseignements pour la chapelle Sainte-Barbe, aujourd'hui Saint-Joseph, contiguë au mur gauche de la grande sacristie, dans l'aile du midi, et bâtie par Jean des Roches, chanoine de Cléry (4). Entre-
(1) M. de Torquat écrit que, dans une fouille faite en Tannée 1856, on a trouvé dans un caveau de cette chapeUe « des fragments d'une statue de saint, sans doute celle de (n saint Aignan >. Elle avait été peinte et dorée, et présentait par devant une croix de chasuble très ornée, style XVo siècle, la figure du Christ bénissant et le Mystère de l'Annonciation. — Il est regrettable que ces restes se soient égarés, car des fragments même d'une œuvre dé Benoît Bonberault seraient les bien venus au musée d'Orléans.
(2) Pièces justificatives, n» XIII.
(3) Ce marché a été publié et annoté d'une manière très intéressante par M. A. de Montaiglon, p. 264-278, t. II, 3® série de la Bibliothèque de V École des Chartes.
(4) Il était aussi prieur de Lorris en Gâtinais et abbé de Notre-Dame de l'Absye en Gastine (Poitou). Son neveu, René des Roches, était
prise vers 1515, cette chapelle était achefée, pour le gros œuvre du moins, au commencement de juillet 1518, puisqu'on a les quittances du couvreur et du charpentier. Jean Sermente, serrurier à Breuzy(l), promettait d'y poser, le 25 juin, une grille de fer pareille aux autres grilles de l'église.
Un artiste Orléanais, l'imagier Aubert Marchant, s'engagea, le 10 avril 1518, à fournir pour cette chapelle, à la fêle de la Pentecôte, quatre images de pierre représentant Notre-Dame, sainte Barbe, saint Jérôme et saint Claude et un priant qui était Jean des Roches, lui-même (2).
Cette œuvre de la sculpture orléanaise a malheureusement disparu.
Le plan de cette chapelle est hexagonal ; aux piliers, à la voûte, à d'autres parties intérieures et extérieures sont sculptées des quintefeuilles, qui se retrouveront à la chapelle Saint-Jacques. Celles de la voûte s'attachent sur une
seigneur de la Morinière, paroisse de Mur, en Sologne. C'est probablement lui qui rebâtit, en 1548, ce joli château, dans le style de François I«r. La date est gravée en relief sur une traverse du battant gauche de la porte de la petite chapelle, formant pendant avec la serrure du battant droit. La parenté entre Jean et René des Roches, ainsi que les renseignements qui vont suivre, tout confirme la tradition, que nous a rapportée M. Alex. Martinet, propriétaire de la Morinière, d'après laquelle ce château aurait été bâti par les ouvriers de Ghambord.
(1) Hameau de Montcresson, arrondissement de Montargis (Loiret).
(2) Pièces justificatives, n» XIV. — Cet Aubert Marchant, dont le prénom a été lu : Hubert, est déjà connu comme ayant sculpté, dans l'église Saint-Germain d'Orléans, un rétable d'autel représentant V Histoire des trois Rois. (Bimbenet, Histoire de V Université d'Orléans, p. 43). — Était-il père ou parent du fameux François Marchant, auteur d'importantes sculptures autour du chœur de la cathédrale de Chartres, à Tabbaye de Saint-Père de la même ville ; et qui, avec Pierre Bontemps, eut l'entreprise du tombeau de François I«' ?
softe de couronne, formée de sections d'arcs surbaissés, reliés par deux bandeaux, se coupant à angle droit. De là partent des nervures prismatiques, retombant accouplées sur des consoles qui représentent les quatre animaux évangéliques portant des phylactères.
Les restes d'une peinture, au-dessus de la porte, à l'intérieur, reproduisent la légende de saint Christophe ; les écussons du donateur (1) ont disparu dans une réfection partielle en 1874.
Trois fenêtres éclairent cette chapelle. Celle du miUeu, à arc brisé, avec deux baies en plein cintre, trilobées^ surmontées d'une rose ; les deux autres sont en plein cintre.
L'extérieur de la chapelle est simple, mais d'une grande élégance. Une balustrade surmontait autrefois la corniche qui est composée de quintefeuilles et de glands alternés avec des flammes ou des fuseaux. Des gargouilles modernes couronnent des contreforts ornés de deux charmantes niches à coquilles, dont le socle surtout est très délicatement fouillé. Le cul-de-lampe de la niche droite représente trois têtes grotesques, une de face entre deux proûls, finissant en lambrequins déchiquetés et reliés par des fleurs de lis ; le tout est surmonté d'une grosse moulure de feuillages traversés par des rubans cannelés. Celui de gauche, composé de chimères séparées par des feuilles d'acanthe, a beaucoup souffert. Les jolis chapiteaux de Chambord ne sont pas plus soignés de travail que ces niches, toutes proportions gardées.
Comme il n'y a rien de tel que de prêcher d'exemple, le doyen de Cléry, pour obtenir de ses confrères ia construction de ces belles chapelles et les fondations de ser-
(1) lyazuvj à une bande d*or^ au lion rampant de gueules bro» chant sur le tout.
vices qui en étaient la conséquence, en érigea aussi une sous le vocable de Saint-Jacques ou Saint-Pierre du Sépulcre (1).
Pour celte œuvre, Gilles de Pontbriant s'était associé son frère, François, le gouverneur de Loches, comme en témoignent leurs chiffres, leurs armes, aux émaux variés, et les termes de la fondation de la vicairie de Saint- Jacques (2), établie le 4 mars 1518 dans cette chapelle d^à cofislruite. Ceci nous donne la date de l'achèvement, qui coïncide exactement avec celui de la chapelle Sainte- Barbe.
Il y a donc une grande présomption pour qu'elles soient sorties des mains des mêmes ouvriers. Seulement, comme ils travaillaient cette fois, pour le doyen, et un doyen très riche, et pour son frère, revêtu de hautes fonctions, ils changent leur manière, à part certains détails d'ornementation, tels que les quinlefeuilles dont nous venons de parler. Autant l'une est traitée avec discrétion et sobriété, autant l'autre étale une profusion, une sorte de débauche de sculpture. La porte et la voûte, dans leur intégrité, pouvaient soutenir la comparaison avec l'église de Brou.
La chapelle Saint-Jacques s'ouvre dans la nef latérale
(1) Il y avait déjà à Gléry une chapelle de Saint-Pierre de la Tour, fondée en 1496 par Pierre de la Rivière.
(2) Il 8*y forma une confrérie de Saint-Jacques, sur laquelle nous pourrions donner de curieux détails. Le culte de Saint-Jacques était du reste en honneur dans tout l'Orléanais. Les pèlerins d'Orléans contruisaient, à la même époque environ, une superbe chapelle, près du vieux pont d'Orléans. Démolie récemment, à cause de la réfection du quartier du Ghâtelet, elle a été reconstruite pierre par pierre dans le jardin de Thôtel-de-ville ; ce qui a permis, malgré de nombreuses dégradations, d'admirer en détail l'incroyable richesse de ses sculptures. On ignore le nom de l'artiste auquel est dû ce véritable chef-d'œuvre.
droite, près de la porte occidentale ; elle est fermée par une grille en bois portant la date de 1622. Les archivoltes de Tare en tiers-point sont ornées : Tune, de boordons, de coquilles, de cordelières et d^hermines ; Tautre, d'un réseau cordiforme très serré. Deux accolades à crosses, dont la plus basse ne se soupçonne que par ses arrachements, s'élançaient au sommet de l'arcade. La plus haute s'y rattache par des montants sur lesquels débordent des moulures prismatiques, découpant des baies de (orme flamboyante. Les trois montants du centre portent la croix, avec deux niches à pinacles, veuves de leurs statues, qui étaient probablement à l'extérieur de la chapelle : la Vierge et saint Jean ; àTintérieur : Adam et Eve; on voit, du moins, encore le serpent.
Le mur de l'arcade est couvert, dans l'église, d'un semis d'hermines et de ponts (1). Ces motifs varient. dans la chapelle, avec des cordelières ; ils sont sculptés, très en relief, sur des pierres incrustées après coup dans la muraille.
A droite, à l'entrée de la chapelle, et à gauche, au fond, devant l'autel, sont des retraits assez profonds, couverts de riches dais, à arcades cintrées et à pendentifs, voûtés à nervures, avec quintefeuilles aux croisements, et surmontés de pinacles à clochetons.
L'autel a éié mutilé. Des panneaux, reproduisant les motifs des murs, sont accostés de pilastres, couronnés de jolis chapiteaux Renaissance, portant un encadrement, dont la frise est ornée d'une guirlande de G. et de F, noués
(1) Armes parlantes des Ponlbriant, qui sont : d'argent à la fasce bastillée d'azur, maçonnée de sable, d'après Laine. Le» écussons peints au dais qui est à gauche de Tautel et qu*on suppose, pour ce motif, avoir couvert la sépulture des Pontbriant, semblent porter : d*azur, les uns, à un pont de sable, et les autres, à un pont d'or.
deux à deux par des entrelacs de cordelières (1). Un rétable, d'une facture plus moderne et très inférieure, contient une statue de saint Jacques, en bois et de grandeur naturelle, largement modelée et hardiment taillée; la figure est d'une grande énergie. Peut-être pourrait-on la signer du nom de Pierre Loisonnier, « menuisier et tailleur d'ymaiges > à Orléans, auquel François de Pontbriant devait 54 livres au moment de sa mort (2).
La riche décoration de la porte se retrouve à la voûte. Des quatre angles, et du milieu des murs de la chapelle, s'élèvent six minces faisceaux de colonnettes, qui s'épanouissent à la voûte, et s'entrecroisent en un léger réseau de nervures prismatiques. Le plan de cette voûte forme deux travées ayant pour clefs deux écussons polychromes : au-dessus de l'autel, celui de France et de Bretagne (3); près de l'entrée, probablement celui des Pontbriant. Ces clefs servent de centre à deux grands losanges, joints par une bande, sur leurs angles obtus. Le tout est couvert d'enroulements sculptés en haut relief et très ajourés, et semble agrafé sur les nervures. Aux angles de ce motif central, de ce double losange, tombent des pendentifs, terminés par une couronne d'arcs flamboyants très délicats ; ils servent d'auréole à de mignons petits anges que leurs ailes semblent seules soutenir dans le vide. Dans les quarante-six compartiments ménagés par l'entrecroisement des nervures, ce ne sont que corde-
(1) M. l'abbé de Torquat y a la F et G, et en fait une attribution erronée à François W et à Claude de France.
' (2) Cette dette fut payée par ses exécateors testamentaires avec les antres charges de la succession.
(3) Ce sont les armes de François I^r et de Claude de France, celle-ci tenant de sa mère, Anne de Bretagne, le droit héréditaire à la souveraineté de cette province.
lières et hermines, alternées avec bourdons et sacs de pèlerins.
Celte voûte qui, par son luxe et sa hardiesse, étonne Toeil, au premier abord, est absolument charmante à examiner en détail. Malheureusement, beaucoup de ces anges, retenus par un simple ferrement, se sont envolés pour toujours. D'ailleurs, toute la chapelle de Saint- Jacques a subi de regrettables dégradations, et les hommes de goût souhaitent qu'une réparation, prompte et complète, la mette pour longtemps à l'abri des injures du temps et des hommes.
Pour couper court, nous ne parlerons pas de l'aspect extérieur, très agréable pourtant, avec ses deux contreforts sculptés de la base au sommet; et qui, par une balustrade très riche, s'appuient sur les rampants à crossettes du pignon ; ni de la maison de l'Ermitage, bâtie par les deux frères, dans le style et avec les motifs de décoration de la chapelle, et donnée par eux au chapitre.
Nous nous sommes bien longuement étendu sur la description des deux chapelles de la Renaissance qui restent encore à Cléry ; c'est que ces petites constructions, rapidement terminées, font mieux juger du style d'une époque et du talent d'un architecte qu'une cathédrale édifiée à plusieurs reprises et, par conséquent, achevée à une date bien éloignée du commencement des travaux. Or, nous sommes étroitement limité entre les années 1515 et 1521, au plus.
Mais quel artiste a donc élevé ces chapelles du Saint- Sauveur, de Sainte-Barbe et de Saint-Jacques ? Nous n'avons pas, sans doute, comme pour les scti'ptures, rencontré des marchés fixant la tâche de Touvrier ; mais nous avons trois actes notariés concernant un maçon qui éuit
venu s'installer à Gléry, pendant cette même période de temps, et qui travaille pour l'église.
Le 12 septembre 1517 c Jelian Gobereau, maçon, demorant à présent à Cléry, confesse avoir eu et receu de Messieurs de Cléry la somme de quinze livres tournois sur le marché de la sépulture du roi >. Voilà, certes, une mention intéressante, mais désespérante par sa sécheresse. De quel roi s'agit-il ? Louis XI est le seul qui fut inhumé à Cléry ; et nous sommes bien éloignés de 1483, année de sa mort. Aurait-on élevé un monument au-dessus du cœur de Charles VIII ou, en supposant une légère erreur de rédaction, sur le corps de François, son dernier fils, qui ne rejoignit pas ses frères dans le superbe mausolée de la cathédrale de Tours? Toujours est-il que l'ouvrier chargé d'une pareille besogne devait être un maître. Le 8 mai 1519, le même « Jehan Gobereau, maçon et tailleur de pierre, demorant actuellement à Cléry >, paye à un marchand du Nivernais l'achat de c ung cent de pavé, d'une table d'autel, une pierre de six piez de long en manière de mayneau, » etc.
Gobereau avait donc, outre le marché de la sépulture du roi, contracté pour l'église de Cléry un autre marché dont il payait les fournitures; mais à quoi pouvaient servir ces fournitures, une table d'autel et un meneau de six pieds, sinon à l'érection d'une chapelle?
Le troisième acte est ainsi conçu : c Le second jour d'aoust 1517, André Sordeau, maçon, demourant à Loches, confesse avoir eu et receu de Jehan Gobereau, maçon et tailleur de pierre, demorant à présent à Cléry, la somme de douze escuz d'or souleil ; laquelle somme ledit André Sordeau a promis bailler à Jacques Sordeau, père de la {blanc)y femme dudit Gobereau, auquel Jacques Sordeau ledit Gobereau les presta, ainsy qu'il disait, etc. t
Ce document semble prouver Torigine lochoîse de Gobereau (1) et montre des liens de famille assez étroits entre lui et André Sordeau. Nous trouvons une autre preuve dans la reproduction, à Cléry, des t parois tout ornées de cordelières et semées d'hermines » de l'Oratoire d'Anne de Bretagne, de Loches. Quoi de plus naturel, enfin, que de voir François de Ponlbriani, gouverneur, et Gilles, chanoine de Loches, Taire venir de cette ville, pour édifier leur chapelle de Cléry, un artiste dont ils connaissent déjà le mérite 1 Quoi de plus simple que de croire qu*André Sordeau, venant voir à Cléry (2) son parent et confrère, ait pu l'aider de ses conseils, s'il jouissait luimême de quelque talent ; or, c'est André Sordeau qu'on retrouve^ de 1535 h 1539, avec le titre de c maître maçon condacLeur de la besogne > du charmant hôtel-de-ville de Loches (3).
La chapelle Saint-Jacques de Cléry est donc un brillant éehanlîUon, dans l'attente peut-être d'une commande plus importante.
Saint-Jacques se termine en 1518 ; Chambord commence en 1519.
(1) IJîi Gobereau était chanoine de Loches en 1680.
(2) La mention ci-dessus c maçon demourant à Loches » ne permet pas; de croire qu'il ait fait à Cléry un séjour de lon^pie durée.
(3) EJrnond Gautier, Construction de l'hôtel-de^ille de Loches^ etc. {Mémoires de la Société archéologique de Touraine^ t. XVII,