‹ Le Chateau de Chambord: documents inédits sur la date de sa construction etChapitre 5 sur 6 · LES PREMIERS ARCHITECTES DE CHAMBORD · texte numérisé non relu

LES PREMIERS ARCHITECTES DE CHAMBORD

Par son passé, et par les importants travaux qu'il avait déjà dirigés, François de Pontbriant réunissait tous les titres à la fonction nouvelle de surintendant de la construction de Chambord. C'est bien le « notable personnaige en ce congnoissant (1), expérimenté, » des lettres royales.

Mais François I^' lui-même, comme tous les Valois, était doué, à un éminent degré, d'une intelligence largement ouverte aux beaux-arts, ainsi d'ailleurs qu'aux lettres et et aux sciences. Les relations des ambassadeurs vénitiens constatent qu'ils ont été séduits par ce brillant côté du caractère royal. Marin Cavalli, qui en écrivit la plus parfaite de forme et la plus profonde comme observation, s'exprime ainsi : t Ce prince est d'un fort beau jugement, d'un savoir très-grand ; à l'écouter, on reconnaît qu'il n'est chose, ni étude, ni art, sur lesquels il ne puisse raisonner très pertinemment; et qu'il ne juge d'une manière aussi certaine que ceux-là même qui y sont spécialement adonnés (2). >

Tout le monde est d'accord sur l'art qui captiva surtout François P, cet esprit primesautier, amoureux des belles choses et du luxe extérieur. C'est l'architecture, dont le

(1) Ces mots mêmes : c En ce cognoissant » sont précisément les termes employés dans les constitutions d'experts pour la vérification de travaux, et nous les avons rencontrés plusieurs fois dans les Comptes de clôture d'Orléans, contemporains de Fépoque qui nous occupe.

(2) La Diplomatie vénitienne, etc., par Armand Baschet, p. 418.

i^oût flattait son besoin de prodigalité et lui permettait de réaliser ses rêveries grandioses. Il s'y livra donc avec toute la. fougue de son tempérament et de sa jeunesse, s'entourant pourtant de conseils, car il aimait à demander l'avis des savants. Et lorsqu'il parle de t construire, bastir et édiffier ung bel et somptueux édiffice ou lieu et place de Chambord, en nostre conté de Bloys, selon l'ordonnance et devis que en avons faict », on peut se demander s'il n'en faut pas entendre aussi long qu'il a l'air d'en dire, prendre le document au pied de la lettre, ou croire, tout au moins, qu'il étudiait et discutait avec Pontbriant les plans des architectes.

D'après les renseignements de M. de La Saussaye et les notes érudites de M. de Montaiglon sur les Mémoires pour servir à l'histoire des maisons roy ailes de France, comme aussi par l'aspect seul de la façade de Chambord, l'on sait et l'on voit que ces plans ont varié, non seulement pour la partie centrale et le grand escalier, mais encore pour l'ensemble de la construction.

Toutefois, le goût d'un jeune roi et l'expérience d'un vieux chambellan ne pouvaient suffire pour élever une pareille masse architecturale. Il fallait un bomme de l'art, un architecte, disons-nous maintenant, un maître de l'œuvre de maçonnerie, comme ils s'intitulent au XVI® siècle.

Qui va-t-on choisir?

Nous n'avons pas l'intention de revenir sur une question bien des fois débattue, celle de l'influence de la Renaissance italienne sur l'école architecturale française au XV1« siècle. Celte influence était regardée comme prépondérante, il y a cinquante ans. C'était une sorte de dogme admis et propagé couramment dans l'enseignement artististique et littéraire, à l'époque où nos écoles romane et gothique étaient tenues en profond dédain. Chambord était

alors proposé comme type de Tinlroduction de la Renaissance italienne, par François I®"", à son retour en France après Pavie et Madrid ; et il semblait tout naturel que le Primatice eût été Tarchitecle de cette merveille, t On serait tenté de croire, dit Merle, Tun des plus sérieux historiens de Cbambord, que le Primatice a voulu laisser un monument singulier pour indiquer l'époque qui a séparé la barbarie de la renaissance des arts. >

Mais la science a marché ; même avant qu'on connût la véritable date de sa construction, Tatlribution de Cbambord au Primatice ou à Vignole» bientôt contestée, devenait insoutenable devant la vérification des dates de leur arrivée en France. Puis, à mesure que Ton dépouillait les archives, on retrouvait les noms des maîtres de l'ancienne école française, et l'on appréciait plus justement les mérites de leurs œuvres. La réaction contre les Italiens, lente à se produire, devint vite exagérée; elle se maintient actuellement dans les limites d'une impartialité absolue.

On reconnaît l'indépendance complète de l'école des bords de la Loire, qui se manifeste par une ordonnance et une ornementation essentiellement originales et françaises, sans repousser l'imitation de l'antique, mais en la pratiquant par exception et seulement dans quelques détails. La Renaissance française, née dans nos provinces du Centre, s'y développe et y meurt, lorsque la Cour abandonne ces mêmes provinces pour rentrer dans Paris et dans les châteaux environnants : Saint-Germain-en-Laye, Fontainebleau, etc. La, le goût italien domine rapidement et s'assujétit les artistes indigènes, qui le répandent à travers toute la France.

Ce n'est pas nier en principe qu'une certaine inQuence italienne ait été introduite par les rois de France à partir

de la fin du XV« siècle, antérieurement à François K, par conséquent, même dans le Blaisois et la Touraine ; mais il convient peut-être ici de restreindre celte influence aux limites largement comprises de la décoration intérieure, avec tableaux et statues, et de Tameublement de luxe, comme on le comprend aujourd'hui. Expliquons-nous.

La branche des Valois avait le goût inné des arts; ce goût, ils ne l'ont pas acquis en Italie, mais il a pu s'y développer, s'y épurer, par comparaison ou bien au contact de belles œuvres, qui n'ont pas leurs similaires en France, entrevues dans les rapides expéditions d'Italie.

Comme tous les voyageurs, ils ont rapporté de ce pays des tableaux, des statues, et aussi des objets de curiosité, des meubles étranges, des cabinets incrustés de bois variés, de marbre et d'ivoire, ils ont ramené d'Italie des artistes, ou plutôt des ouvriers spécialistes en des genres peu connus, ou que notre pays, enchaîné par la guerre anglaise dans les habitudes du moyen âge, avait peu pratiqués ; ainsi des ouvriers en stucs, des modeleurs en terre cuite dans le genre des Délia Robbia, d'habiles parqueteurs en marqueterie et des constructeurs et décorateurs de plafonds; et ces intaniaiorij dont les œuvres sont aujourd'hui si recherchées. N'est-ce pas Charles VIII qui écrivait de Naples, en 1495, au duc de Bc»urbon : c J'ai trouvé en ce pays des meilleurs pain très...., pour faire aussi beaulx planchiers qu'il est possible, et ne sont des planchiers de Bauxe, de Lyon et d'autres lieux de France en riens approchans de beaulté et richesse ceux d'icy... (1). >

(1) Archives de l'Art françaisy t. I, p. 274. Peut-être s'est-il glissé quelques incorrections dans la pièce gothique d'où M. B. Fillon a extrait ce passage? ainsi, Bauxe ne se comprend pas. Aussi lui a-t-on fnit subir des transformations; mais elles ne satisfont pas davantage. M. Gantu écrit : Paux^ dans son article intitulé : Gli

Ce sont de ces artistes surtout, d'après les listes connues, que Charles VIII amène en France ; et encore : des jardiniers, pour adoucir en pentes harmonieuses les vieilles terrasses tirées au cordeau et les chemins de ronde ; des ingénieurs, pour faire serpenter les eaux dans ces jardins de création récente, pour y jeter pittoresquement des ponts.

Tous ces rafQnements étaient ignorés ou à l'état rudimentaire en France.

On introduit bien aussi chez nous quelques sculpteurs et peintres, mais pas encore d'architectes ou de maçons. On n'en avait que faire pour construire des châteaux-forts et des donjons ; les modèles ne manquaient pas en France, ni les artistes.

Les étages inférieurs et le plan général de Chambord sont bien français à cet égard. Quant à la partie supérieure, ces formes élancées, ces toits aigus, ces cheminées, sont français aussi d'esprit et de goût ; et en opposition complète avec les habitudes, le caractère des constructions, le climat même de l'Italie. On n'en voit ni dans le Milanais, ni dans l'Astésan, ni autour de Pavie : comment alors expliquer leur importation en France par des Italiens? D'ailleurs les ambassadeurs vénitiens du XVI« siècle affirment qu'ils n'ont jamais rien vu d'aussi beau que Chambord (1). Ce témoignage est significatif ; si c'était une œuvre italienne, et on ne l'ignorait pas à cette époque, il n'est pas douteux qu'ils Veussent proclamé bien haut.

Non, il faut évidemment s'en tenir, pour Chambord, et

Sforza e Carolo YUI (Archivio storico Lomhardo, anno XV, fasc. II, p. 346); et M. Paul Sédille emploie le mot : Beauce^ qui n'étonne pas moins. (Gazette des Beaux-Arts^ avril 1888, p. 343.)

(1) « Ë con tutto ch'io abbia veduti molti edifizii superbi à miei giorni, non v'ho veduto alcuno ne più ricco di questo >, dit Jérôme Lippomano, ambassadeur vénitien en 1577.

nous sommes heureux d'en apporter une nouvelle preuve, à la phrase originale, aussi sincère que profondément française, de Viollet-le-Duc : « C'est quelque Claude ou Biaise, de Tours ou de Biois, qui aura bâti Chambord, et, si le Primalice y a mis quelque chose, il n'y parait guère. »

Ce Claude ou Biaise, M. de la Saussaye TidentiSe avec Pierre Nepveu, dit Trinqueau, à l'aide de documents portant la date de 1536. Cette découverte avait une réelle importance, puisqu'elle portait le dernier coup aux velléités de revendications italiennes. Aussi, le nom de Pierre Nepveu, demeuré si longtemps obscur, brille tout à coup d'un vif éclat, grâce au patronage du savant membre de rinslilut; et il est admis, à côté des Jean Butant et des Philibert de l'Orme, sur la liste des maîtres français, avec le titre de premier architecte de Chambord.

Celte qualitication primordiale est excessive peut-être. Ceites, Nepveu fut architecle de Chambord comme, après lui, J. Coqueau; cela ept hors de doute. Mais fut-il le premier, sans partage? Doit-on le considérer comme le seul auteur du plan de cet étonnant édifice? Voilà ce qui reste à examiner.

Nous le ferons sans parti pris, n'étant inféodé ni à Blois, ni à Amboise, ni à Loches, échappant par conséquent à l'esprit de clocher, qui fait toujours pencher un peu la balance dans une discussion, qu'on le veuille ou non.

M. de La Saussaye, de Blois, inclinait tout naturellement à faire de cette ville la patrie de P. Nepveu. M. E. Cartier, d'Amboise, le revendique à plus juste titre. Il est appuyé par d'heureuses découvertes, faites dans les archives d'Amboise, par M. l'abbé Chevalier, l'un de ceux qui ont contribué à remettre P. Nepveu en

honneur. Il y retrouve, du XV* au XVII« siècle, tant de Nepveu et de Trinqueau, qu'il y aurait mauvaise grâce à ne pas reconnaître Aniboise comme le berceau de celte famille.

Quant au personnage lui-même, il le montre, en 1508, travaillant à Blois sous un maître, petit compagnon, suivant son expression, recevant un modique salaire. Était-il donc en état, onze ans seulement après, en 1519, d'être mis seul à la tête de l'entreprise de Chambord ?

M. l'abbé Chevalier se rapproche d'ailleurs beaucoup de cette date, par un document antérieur à tous ceux que l'on connaît. Dans un compte de 1524, il relève cette mention (1) :

c A maistre Pierre Nepveu dit Trinqueau et maistre Denis Sourdeau, maistres maçons ayant la charge du bastiment de Chamboure, la somme de cent solz tournois par le commandement des esleuz pour estre venus dudit lieu de Chamboure exprès en ceste ville d'Amboise pour faire ordonnance et bailler leur oppinion pour faire besoigner au pillier auquel l'on a fait réparer. »

A ce précieux document, nous en joindrons un autre, fourni par tin Compte de clôture d'Orléans pour l'exercice 1525-1527. Nous y rencontrons encore Denis Sourdeau, seul cette fois, et qualifié comme il suit : c maître maçon demeurant à Blois, ayant la charge des ouvrages de maçonnerie que le Roy fait faire à Chambord (2) t

C'est, à peu de chose près, le titre que portent ci-dessus Nepveu et Sourdeau lui-même, et que portera plus tard

(1) Compte premier de Florentin da Ruau. (Arch. d'Amboise, GG, 126 fo 67. p. 215 deVInventaire analytique.)

(2) Fo 151 r« et v© du compte de clôture d'Orléans pour 1525-1527. Denis Sourdeau y est nommé plusieurs fois. — Pièces justificatives, no XV.

J. Coqueau (1). On est presque unanime à reconnaître qu'il équivaut, de nos jours, à celui d'architecte.

Voici dans quelles circonstances le nom de Sourdeau est mêlé à l'histoire d'Orléans.

Vers la fin du XV® siècle, la ville d'Orléans, se trouvant trop à l'étroit, brisa la vieille muraille de Philippe- Auguste et de Jeanne d'Arc, qui l'enserrait de toutes parts. Elle doublait, et au delà, la superficie de l'ancienne cité gallo-romaine, y confondait les annexions successives : le bourg d'Avenum, le bourg Neuf et les bourgs de Saint- Aignan et Saint-Euverte, Elle ouvrait ses rues dans les champs des anciens faubourgs du côté de la Beauce, et décidait d'élever une nouvelle enceinte fortifiée, sur un périmètre étendu jusqu'à la limite des boulevards actuels.

Ces constructions furent longues et coûteuses, et donnèrent lieu à de nombreux marchés dont l'exécution ne fut pas toujours scrupuleusement observée. Une partie de murailles bâtie par Jean Mynier et Jean Le Merle, maîtres maçons de la ville d'Orléans, et principaux entrepreneurs, s'étant écroulée tout à coup, les échevins firent une enquête (2). On choisit alors comme experts huit maîtres

(1) C'est à tort que ce dernier est appelé Coquereau par Félibien et Cogneau par Salmon. (Bibl. de l'École des Chartes, 18« année, p. 68.)

(2) Les murailles tombées étaient entre la tour Bellenaves (derrière Saint-Paterne) et la tour commencée en face le jardin de Jean Brachet (entre les rues des Huguenots et des Anglaises). Les experts choisis furent Pierre Chausse et Jean Bemardeau d'Orléans, Guillaume Palvoisin de Bourges, Simon Hallotin de Chartres, Gerraise Couldroy de Blois (Etienne Tournon s'était excusé), et Denis Sourdeau de Cbambord. lis logeaient à l'hôtel de la Monnaie, et Denis Sourdeau, entre autres, consacra vingt-huit jours des premiers mois de l'année 1527 à cette expertise, qui fut en tous points favorable aux intérêts de la viUe.

~ 45 des œuvres de maçonnerie ou principaux maîtres maçons des villes voisines : Blois, Bourges, Chartres ; on en désigna deux d'Orléans même, et Ton prit Denis Sourdeau, architecte de Chambord, l'œuvre la plus considérable de la contrée.

Revenons aux documents dont il vient d'être parlé.

Nous ne chicanerons pas Msf Chevalier sur l'argument qu'il tire de son acte de 1524 pour afSrmer la construction de Chambord en 1523; cette erreur était dans la logique des choses, puisque notre document de 1519 était encore ignoré. Nous devons toutefois reprocher respectueusement à cet érudit d'écarter systématiquement Sourdeauy pour maintenir Nepveu comme seul architecte de Chambord, depuis l'origine jusqu'à l'époque de son décès, vers l'année 1540.

Pourquoi cette exclusion? Pourquoi traiter différemment deux artistes mis sur un pied de parfaite égalité dans le compte de 1524, que M^^ Chevalier regardait comme presque contemporain de la création de Chambord? Expliquer, cet oubli, cette préférence injustifiable, nous semble difficile. Quant à les fonder sur ce motif que Denis Sourdeau était complètement inconnu, il faut avouer que la notoriété de Nepveu est aussi de bien fraîche date.

D'ailleurs nos documents de Cléry viennent de mettre en lumière Jacques Sordeau, André Sordeau, déjà connu comme architecte du charmant bôtel-de-ville de Loches, et leur allié Jean Gobereau, constructeur de la chapelle des Pontbriant. Denis Sourdeau est un nouveau rejeton de ce tronc artistique. Leur origine est locboise et une obligeante communication de M. Edouard Gautier, le savant qui connaît le mieux l'histoire de Loches, nous apporte la preuve surabondante, d'après les registres d'état-civil du XVP siècle, que cette ville possédait alors beaucoup

de membres de la famille Sourdeau, dont plusieurs étaient maçons (1).

Les Sourdeaa sont donc, pour Loches, ce que sont les Trinqueau pour Âmboise.

Si nous résumons ce qui a été dit ci-dessus de François de Ponlbriant, c personnaige en ce congnoissant, expérimenté, » chargé en 1519, l'année qui suit la construction de sa chapelle à Cléry, de diriger l'œuvre de Chambord, nous trouverons tout naturel qu'il ait fait profiter son jeune roi de l'expérience qu'il avait acquise dans une longue carrière. Il était à Amboise en un temps ou Pierre Nepveu sortait à peine d'apprentissage; mais à Loches, dont il administrait depuis longtemps le gouvernement, il connaissait tous les Sourdeau et lesGobereau; et pouvait apprécier leur talent.

Aussi voyons-nous Denis Sourdeau, avec le titre d'architecte de Chambord en 1524. (Peut-être s'était-il adjoint déjà Jean Gobereau?) Mais nous irons plus loin, et nous ajouterons que si, comme il est vraisemblable, l'influence de Ponthriant a décidé un pareil choix, elle prévalut dès l'origine, au moment où François \^ ordonnait la reconstruction du château. On est forcé d'ailleurs de restreindre cette influence dans un champ bien étroit, car le gouverneur mourut le il septembre 1521 (2).

La fortune de Sourdeau survécut longtemps à son protecteur, puisqu'il est encore architecte en litre de Chambord, lors de son voyage à Orléans, janvier 1527 (3).

(i) Pièces justificaiives, n» XVI.

(2) Vol. III des Bulletins de la Société archéologique de Tonraine, (Extraits du nécrologe de TégUse collégiale de Loches.)

(3) Il n'est point parlé de Pierre Nepveu dans ce document, mais nous pensons que la situation des deux artistes est, en 1527, analogue à celle de 1524.

Pois le silence de l'histoire s'appesantit de nouveau sur tous nos personnages. Dix ans se passent. Féiibien et Cartier indiquent, pour 1536, Pierre Nepveu comme c maistre de l'œuvre de maçonnerie du bapt:ment du chastel de Cbambord. > Sourdeau et Gobereau n'ont point disparu pour cela. Immédiatement après Nepveu, qui est payé 27 sous et demi par jour, on lit sur la liste des artistes de Cbambord (1) :

c Denis Gourdeau, qui avoit la conduitte des traits de maçonnerie des dits édifices, 20 sols par jour.

c Jean Gobreau, maitre maçon, ayant aussi la conduitte d'une autre partie des dits édifices, 20 sols. >

Tous les autres artistes sont payés un bien moindre prix.

Ces deux articles concernent nos personnages; mais Sourdeau a été travesti en Gourdeau, par une faute de lecture ou d'impression bien manifeste.

Sourdeau semble donc ici subir une déchéance; l'in- Quence de Pontbriant s'effaçait avec son souvenir. L'architecte qui avait contribué à l'établissement des plans et à la direction générale des travaux de Cbambord n'est plus employé qu'en sous-ordre, ainsi que Gobereau. Tous deux sont chefs d'atelier, chargés sans doute personnellement des parties les plus délicates de la sculpture, où l'on admire tant de chefs-d'œuvre.

Leur tâche reste encore assez belle, à une époque où le goût de l'architecte est merveilleusement secondé par celui des artistes dont il se ménage le concours. Une marge très ample est alors généreusement accordée à l'initiative individuelle; et chacun s'abandonne, dans les détails d'une riche ornementation, aux inspirations capricieuses de sa

(1) La Saussaye, 8e éd., p. 122.

verve. L'encadrement régulier des lignes architecturales mel d'ailleurs à Tabri de toute confusion et de tout écart, permettant celte combinaison de l'harmonie et de la variété, qui est la qualité maîtresse de l'art.

Après avoir rappelé la part considérable qu'il convient d'attribuer aux Sourdeau et à Gobereau dans les constructions de Cléry et de Chambord, nous serons heureux de leur voir restituer à côté de Nepveu, pour ne pas dire au-dessus de lui, pour Denis Sourdeau du moins, une place honorable dans l'histoire de nos artistes français.

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