‹ Le Chateau de Chantilly pendant la Révolution: arrestations dans le Département de l'Oise enChapitre 10 sur 75 · f^mioit et tùmii iê SemUs^ p · texte numérisé non relu

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lières et embellies de sculptures et de colonnes, une desquelles est parsemée des armoiries de la maison de Montmorency, et les deux autres de celles de la maison de Bourbon-Condé; trois de ces faces présentent deux rangs de colonnes dont les supérieures supportent des trophées de guerre. Une des faces de la cour est neuve et a été élevée par Mansart. On y voit un cadran soutenu par deux génies et accompagné des figures d'Iris et du Temps; elle est coupée par trois arcades décorées de colonnes corinthiennes et d'un fronton brisé par où l'on va au grand escalier qui est en face et à la chapelle qui est à droite.

« La chapelle est un bâtiment en rotonde, orné de deux ordres d'architecture ; l'inférieur représente des trophées et le supérieur des pilastres corinthiens ; on y vient des appartements supérieurs au moyen d'une tribune. On y distingue trois tableaux : la Hësurrection de Notre - Seigneur est sur l'autel; on dit que c'est une copie. A droite est Jésus^Christ montrant ses plaies à ses apôtres et à gauche la Cène : celui-ci est du Bassan.

« Cette chapelle est moderne; elle a été bâtie en 1718 par Louis-Henri duc de Bourbon, septième prince de Condé, sur les fondements de l'ancienne. En démolissant celle-ci on y trouva à quatre pieds de profondeur, un cercueil de plomb qui renfermait un corps dont la barbe longue de deux doigts se déta-

cha dès qu'on voulut la toucher : les deux mains étaient liées par un cordon de soie; le corps était revêtu d'une chemise blanche très-fine, très-bien conservée et recouverte d'une tdile grise, cirée et ficelée avec une corde aussi cirée. On a cru que c'était le corps de Guillaume Le Bouteiller, troisième du nom, seigneur de Chantilly, qui avait obtenu en 1 333 la permission de bâtir celte chapelle et qui fut le dernier de sa maison qui posséda cette terre à sa mort, Guillaume IV, son fils, l'ayant vendue en 1347. Ce cercueil et le corps qu'il renfermait furent transportés dans réglise paroissiale de Chantilly.

oc Le grand escalier se présente d'une manière noble et majestueuse. Il est fort large, orné d'une balustrade de fer, couverte d'ornements de bronze doré et se divise ensuite en deux rampes égales à droite et à gauche; au milieu de cet escalier, sur le palier où se fait la division des deux rampes, on voit la statue du grand Condé en marbre blanc, entourée d'attributs relatifs à ses belles actions. C'est l'ouvrage de Cojrzevox. On lit sur le piédestal les vers ' suivants de Santeuil :

Quem modo pallebant fugitivis fluctibus amnes Terribilem bello, nunc docta per otia princeps, Pacis amans, Uetos dat in hortis ladere fontes. »

C'est dans ce château séculaire qu'habitait pendant la beUe saison Louis-Joseph de Bourbon, prince de

Condé, qui avait, tout jeune encore, fait preuve d'une grande bravoure à la bataille de Johannisberg.

Né à Chantilly, le 9 août 1 736, le prince de Condé allait atteindre sa cinquante-troisième année quand la Révolution éclata en France. Mieux que personne, il put se rendre compte de l'état des esprits et il ne se fit point d'illusions sur les dangers qui menaçaient la royauté. Aussi quand, le 14 juillet 1789, il entendit retentir le canon de la Bastille et qu'il sut que cette gigantesque forteresse était tombée, comme par enchantement, entre les mains du peuple, il mesura la profondeur de l'abime qui s'ouvrait pour toute sa famille, et n'hésita pas à quitter la France avec ses enfants, le 1 7 juillet, espérant du moins, que sur la frontière il pourrait réunir assez de forces pour marcher, s'il le fallait, au secours de l'infortuné Louis XVI.

Quelques jours après, un détachement de la garde nationale de Paris envahissait le château de Chantilly, et réclamait vingt-sept canons qui s'y trouvaient. On les lui remit sur récépissé et l'on dressa procèiverbal de leur enlèvement. Ce procès-verbal fut imprimé et a£Biché^

1. Âébmp. dm Momt. «nîr., t. 1% p. 284. — Bépol. de Paru. ii« 3. p. 40.

Cependant le départ du prince de Condé n'avait pas été sans causer une vive émotion. Ses projets n'étaient un mystère pour personne et plus on allait^ plus on entrevoyait la gravité de la lutte qui se préparait. A peine une année s'était elle écoulée que le bruit circulait qu'un manifeste venait d'être adressé à la noblesse française de la part du prince. Ce ma* nifeste était ainsi conçu :

ce Depuis un an j'ai 'quitté ma patrie; je dois exposer aux yeux de l'Europe les moti& qui m'ont forcé d'en sortir.

ff Le peuple français est égaré par des factions; mais il ouvrira les yeux; ce peuple bon^ il rougira des crimes que l'intrigue et l'ambition de ses chefs lui ont fait commettre. Il relèvera de ses propres mains le trône de ses rois ou je m'ensevelirai sous les ruines de la monarchie.

ff La noblesse est une; c'est la cause de tous les princes^ de tous les gentilshommes que je défends; ils se réuniront sous l'étendard glorieux que je déploierai à leur tête.

« Oui, j'irai, malgré l'horreur que doit naturellement inspirer à un descendant de saint Louis l'idée de tremper son épée dans le sang des Français^ ï^^^h à la tête de la noblesse de toutes les nations et suivi de tous les sujets fidèles à leur roi, qui se réuniront

sous mes drapeaux^ j'irai tenter de délivrer ce monarque infortuné*. »

A cette nouvelle, le fougueux Mirabeau monte à la tribune de FAssemblée nationale et formule dans la séance du 31 juillet 1790, une motion tendant à ce que a M. Louis- Joseph Bourbon, dit Condéy soit tenu de faire, sous trois semaines, le désavœu authentique et légal de cet écrit, faute de quoi il serait déclaré traître à la patrie et ses biens demeureraient confisqués; » mais cette motion ayant été énei^iquement combattue par Robespierre, Cazalès, Charles Lameth et Lepelletier, P Assemblée passa à Tordre du jour*. Toutefois l'inquiétude n'en fut pas moins grande au dehors, et Prudhomme chercha à la calmer par les lignes suivantes insérées dans son journal les Rés^oUi' tions de Paris :

« Le prince de Condé (dit-on) se mettra à la tête d'une armée! Ehl qu'est-ce que le prince de Condé? Un grand capitaine. Qu'a-t-il fait? Quelle preuve en avons-nous? Voulez-vous le secrel de ses talents militaires? Le voici : le nom de Condé lui avait valu la confiance de l'armée, celle même du peuple; mais aujourd'hui qu'il a souillé ce beau nom, aujourd'hui

1. Eut. des trois derniers princes de la maison de Conde\ par Crétineau Joly, p. 58.

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