Lu Prismu en 1793| p
pièce contiguë à un cabinet^ se vit donner pour compagnon de chambre un maçon qui passait pour aimer à boire^ et un petit aubergiste de Chantilly : c Citoyens, leur dit-elle, un cabinet inhabité tient à cette chambre; nous y logerons si vous voulez occuper la pièce où nous sommes maintenant. )> Les deux nouveaux venus qui, au fond^ étaient de braves gens^ se montrèrent moins exigeants qu'on ne le pouvait supposer, et ils se contentèrent eux-mêmes du cabinet qu'on venait de leur indiquer.
Le rapport que Marchand dut nécessairement faire aux autorités révolutionnaires de Senlis^ amena bientôt une nouvelle organisation beaucoup plus pénible encore pour les détenus.
£n effet, le 5 décembre 1793^ le commissaire Notté fut remplacé par ce même Perdrix, le ci-devant peintre du prince de Condé, dont nous avons déjà eu l'occasion de parler*. Cet homme que son extérieur, son accoutrement (il portait une carmagnole d'étoffe tigrée et un bonnet tout garni de poils) et ses manières recommandaient à un emploi de ce genre, eut à cœur, dès le début, de justifier la con-
2. François-Jean Perdrix était né i Paris. U moomt à Chantilly en sa maison, grande me, le 26 mai 1809, à Tftge de 73 ans. Il a^ait donc 50 ans passés en 1793. Dans un acte en date du 24 prairial an II, il figure comme témoin et prend la qualification de greffier de la justice de paix de Chantilly.
fiance que le district de Senlis avait en lui. Il traita les détenus avec une dureté inqualifiable^ et se rendit odieux par une sorte de prélèvement que, de connivence avec le nommé Ducillon ou Dussignon^ concierge du château, il exerçait sur les denrées que le caprice révolutionnaire laissait entrer ^
Ce Ducillon fut destitué le 5 mars 1 794, comme ayant outrepassé les pouvoirs que lui donnait le règlement, et fut remplacé par le nommé de Buire, concierge-adjoint.
Quant à Perdrix, on lui donna pour commissaire adjoint le sieur Mandron, ancien fabricant de cartes à Paris. Ce fut ce dernier qui s'occupa de recevoir les déclarations que les détenus devaient faire au sujet de leurs revenus, et qui détermina la part des dépenses à répartir sur chacun d'eux, en exécution de l'arrêté pris par le conseil du département de rOise, en date du 1 7 brumaire (7 novembre 1 793) *.
Le 12 janvier 1794, le Directoire du district de Senlis trouvant que le règlement intérieur du château de Chantilly, même tel qu'il avait été modifié, laissait encore aux détenus trop de facilité de communiquer au dehors, en adopta un autre dont la lecture seule suffit pour montrer combien on était peu dis-
1 . Meeit abrégé dt la ttéiention à Chantillf, par M. Bacquet. S. Voje% aux Pièces jusiifieaiives cet arrêté ainsi que celui du district dt SmUis ofprawaiU le raie de répmrtition.
posé à ménager les personnes contre la plupart desquelles on n'avait eu guère à relever que des impu* tations calomnieuses.
Les principaux articles de ce règlement portaient que les détenus auraient tous la même nourriture, laquelle devait être fi*ugale , et que les riches payeraient pour les pauvres ; qu'il n'y aurait qu'une sorte de pain et qu'il n'en serait délivré qu'une livre et demie par jour à chaque individu ; qu'enfin tous les détenus devraient mianger à la même table, et qu'on leur servirait le matin la soupe et le bouilli^ du fro* mage, des pommes et des noix^ et le sbir de la salade, du fromage^ des noix et des pommes.
On prohiba ensuite tous les journaux ou papiers^ et l'on exigea que les femmes de chambre et autres personnes qui^ n'étant pas arrêtées^ avaient consenti à prêter leurs services aux détenus^ sortissent immédiatement du château. Quant à la correspondance^ on n*osa l'abolir d'une façon absolue^ mais en réalité elle fut l'objet des entraves les plus rigoureuses. Aucune lettre ne pouvait partir sans être visée par le commissaire ou l'un de ses subalternes^ et pour s'éparigner toute fatigue à cet égard ^ on exigeait que les détenus n'écrivissent que quelques lignes. Les lettres venues du dehors quand elles étaient remises ne l'étaient que longtemps après leur arri^ vée, et la plupart d'entre elles portaient l'empreinte
de ratures faites par le commissaire. Quelquefois même, ce dernier se contentait de donner aux détenus, à qui elles étaient destinées, lecture de quelques passages; mais ce qu'il n'oubliait jamais, c'était de leur réclamer l'intégralité du port.
A peine le nouveau règlement fut-il affiché qu'il devint l'objet de plusieurs modifications qui ne sont pas moins curieuses à lire^ L'une d'elles notamment fixait à 33 sols par jour le prix maximum de la nourriture de chaque détenu. Or, voici ce qui avait déterminé cette mesure :
Le di^i^t de Senlis ayant chargé Perdrix de foire le nécessaire pour assurer l'alimentation des détenus, le commissaire s'était entendu avec le concierge du château et lui avait concédé la fourniture des repas journaliers moyennant trois francs par tête; mais les administrateurs du district trouvèrent ce prix exagéré. L'idée leur vint alors de mettre en adjudication le service: de la nourriture des prisonniers, et le 2 ventôse an II (20 février 1794), le sieur Firmin Sôrel, épicier à Chantilly, avec lequel nous ne revendiquons aucun hen de parenté, fut déclaré adjudicataire^ moyennant trente-trois sols par tête. Nous verrons plus loin comment il respecta les conditions de son cahier des chaînes.