‹ Le Chateau de Chantilly pendant la Révolution: arrestations dans le Département de l'Oise enChapitre 51 sur 75 · DoeumaUê parîieuIUrs · texte numérisé non relu

DoeumaUê parîieuIUrs

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autre à Chantilly guettant toujours une bonne occasioa pour composer encore à son profit de nouveaux convois semblables à ceux qu'il avait conduits à Paris. Dans le courant de juillet 1794, il crut l'avoir trouvée. Un jour, en eflFet, vers sept heures du matin, le bruit se répandit que le feu venait de se déclarer dans la cheminée de l'endroit où se faisait le pain et où par conséquent ne pénétraient jamais les détenus. L'incendie fut immédiatement éteint avec les procédés ordinairement employés en pareil cas, et il ne laissa aucune trace extérieure de ses ravages ; mais quel ne fut pas l'étonnement des prisonniers lorsque le lendemain, en entrant dans le réfectoire, ils virent afiBchée une liste de vingt et une personnes qualifiées d'incendiaires et, comme telles, désignées pour être conduites à Paris. En tète de cette liste se trouvait M. Des Courtils de Merlemont; voici ce qui était arrivé : A la premièreniouvelle de l'incendie, Martin accourut avec les commissaires en s'écriant : « Malheur à ceux qui seront soupçonnés ! » et aussitôt il avait fait un semblant d'enquête dont le résultat avait été, suivant lui, la découverte d'une immense conspiration. Ainsi les détenus auraient eu l'intention de brûler le château et de porter atteinte à la République. Des procès-verbaux furent dressés, de prétendues pièces à conviction furent réunies et il ne manqua bientôt plus que la signature du ramoneur du château.

Heureusement poiu* les détenus ce ramoneur^ nommé Paul^ était un brave homme^ qui ne voulut pas^ même au prix de sa téte^ transiger avee sa conscience. Les commissaires le firent venir et le sommèrent de signer une déclaration constatant que c'étaient les détenus qui avaient mis ie feu au château. Paul refusa. <c Je ne signerai pas^ répondit-il^ parce que ça n'est pas vrai^ et à telle raison que j'ai prévenu que la cheminée ne valait rien, qu'il arriverait quelque malheur, et ça n'est pas une fois que j'ai prévenu, mais cinq ou six fois; on peut me guillotiner si l'on veut; j'aime mieux que ça finisse comme ça que de faire guillotiner des innocents'. » En vain on insista, Paul resta inébranlable et en présence d'une telle attitude les membres de la commune de Chantilly n'osèrent probablement pas s'associer aux injustes rigueurs de Martin. Toujours est-ii que le convoi annoncé ne partit pas, et quelques jours plus tard, les détenus ayant appris que le ramoneur Paul était tombé malade, ils lui firent parvenir le produit d'une collecte assez importante. De plus M. Des Courtils de Merlemont lui envoya chaque année, à Beauvais, où il avait transporté sa modeste industrie, une gratification en argent*.

1. Les hommes illustres du département de VOise^ ptr Ch. Bninne^

t. m, p. SO.

S. Dceuments përticuUers,

A partir de ce moment, on n'entendît plus parler de Martin à Chantilly. Du reste, la destination du château de Chantilly, comme maison d'arrêt, touchait à son terme. En effet, dès le 24 prairial an n (13mad 1794) le Comité de salut public avait décidé que ce château serait mis à la disposition de la commission des secours publics pour y établir un hôpital militaire^ et que les détenus seraient transférés dans d'autres maisons nationales. Averti de cette résolution, le Directoire du département de TOise se mit en rapport avec le district de Chaumont, et le 17 juillet 1794 il fut convenu avec ce district que sur les cinq cent cinquante-trois détenus qui restaient encore à Chantilly, quatre-vingts seraient transférés à Argenlieu * ; quatrevingts à Nointel*; trois cent soixante à Liancourt*; et trente-trois à Hondainville *. Il v avait dans chacune de ces localités un ancien château qui avait été converti aussi en maison de détention.

M. Libert, commissaire du département, fut chargé de faire exécuter cette translation qui eut lieu le 6 thermidor (24 juillet) pour cent quatre-vingt-deux détenus; le lendemain on en fit partir cent quatre*

1 . Argenlieu^ ancienne TÎoomté dépendante de la commune d'A^reehy ^ près de Clermont.

2. Nointel^ également situé dans Parrondissement de Clermont. Son château appartenait au duo de Bourbon.

3. lÂancourt^ chef-lieu de canton de l*arrondissement de Ciennont. %. HondainvUU^ ancienne seigneurie située dans le oanton de Mony*

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vingt-sept, et le 9 les cent quatre-vingt-douze qui restaient^ y compris les femmes de service et un orphelin^ quittèrent à leur tour Chantilly^ emportant pour leur route chacun une livre de pain et une bouteille de cidre. Le même jour Robespierre et son parti tombaient pour ne plus se relever^ et deux mois plus tard tous les détenus qui avaient tant gémi dans l'ancien domaine des Condé^ recouvraient la liberté.

En résumé le château de Chantilly renferma^ du 27 août 1793 au 27 juillet 1794, c'est-à-dire pendant onze mois, un peu plus de mille détenus des deux sexes, de tout âge et de toutes conditions. Parmi eux figurèrent notanmient Mme d'Ângely, arrière-petitenièce de Corneille et Mlle Prévost, parente de La Fontaine. On y vit aussi plusieurs octogénaires, entre autres M. de Coincy, ancien commandant de Toulon, âgé de quatre-vingt-cinq ans; des personnes infirmes, telles que M. Picot^ ancien officier de marine qui avait eu la jambe emportée par un boulet de canon ; des malades, des convalescents, des enfants de dix à quinze^ans dont le seul crime était la plupart du temps de porter un nom ayant un parfum d'aristocratie; on vit même plusieurs enfants à la mamelle avec leurs nourrices.

Dès le début, les convois de prisonniers se composèrent presque exclusivement de suspects appar-

tenant surtout à la noblesse, au elei^é ou des gens ayant des rapports plus ou moins directs avec ces deux classes également détestées de la populace; mais plus tard, les patriotes eux-mêmes qui s'étaient distingués dès les premiers jours de la révolution furent débordés par ceux du lendemain et mis également en état d'arrestation. C'est ainsi qu'on vil arriver successivement à Chantilly des prêtres constitutionnels^ des intrus, des sans-culottes et autres individus qui avaient à certains moments manifesté leur ardeur révolutionnaire. De ce nombre était un ancien maire de Ressons-sur-Matz qu'on avait surnommé le père fouetteur parce qu'il avait fait attacher à un arbre et fouetter un jeune homme et sa sœur. Quelque temps après il fîit arrêté lui-même^ et par une bizarrerie du sort^ il retrouva à Chantilly ceux-là mêmes qui avaient été l'objet de ses violences^

1 . Récit abrégé de la détention à Chantilly^ ptr M. Buoqaet*

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