CHAPITRE VIII
Vente da château de Chantilly comme hien national. — On commence à le démolir. — Plaintei portées au Conseil des Cinq-Cents au sujet de cette Tente, — Suspension des démolitions. — La vente est maintenue par le Directoire. — Inexécution des conditions du cahier des charges par les adjudicataires. — Ils sont déclarés déchus du bénéfice de leur adjudication. — Rentrée du domaine de Chantilly entre les mains du prince de Condé.
L'arrêté du Comité de salut public qui affectait l'ancien château de Chantilly à un hôpital militaire, ne parait pas avoir été suivi d'exécution après le départ des prisonniers. En effet, dans une lettre datée du 3 floréal an II, l'agent national de Senlis écrivait à André Dumont : « La maison de détention qui existait l'année dernière à Chantilly est maintenant abandonnée; il n'y existe ni concierge, ni surveillant, ni pourvoyeur. » Aussi dès le lendemain, le conseil du département de l'Oise décidait que des réparations seraient faites aux grand et petit châteaux, ordonnait la vente des bâtiments de Silifie et de la
cabotière, et instituait les citoyens Huet (Pierre-François) et Vial (Gabriel) gardiens, le premier, du grand château, et le second, du petit.
Huet était encore investi de cette garde le 30 germinal an YI. Quant au château dit d'Enghein, il fut converti en caserne pour la 258* compagnie des vétérans nationaux.
Cependant, le 3 nivôse an IV (24 décembre 1 795) la Convention avait rendu une loi qui enjoignait au Directoire exécutif de faire procéder à la vente des maisons et parcs de Saint-Cloud, Meudon, Vincennes
et Chantilly»
C'est en vertu de cette loi que le 8 fructidor an VI (8 août 1798) Tadministration centrale du département de l'Oise prescrivit les diligences nécessaires pour arriver à la vente du château de Chantilly, à l'exception toutefois des écuries. Le nonuné Godde, entrepreneur de bâtiments^ à Liancourt, fut chargé par la même délibération de procéder à l'estimation de tout le domaine qui fut divisé en 1 20 lots. L'expert ne consacra pas moins de 1 1 3 jours à cette opé* ration.
Le 3 nivôse an VH le ministre des finances écrivît aux administrateurs du département de l'Oise une lettre dans laquelle il demandait qu'il fut sursis à la vente de la partie qui avait été convertie en caserne. Il se fondait sur la loi du 10 juillet 1791 et sur le
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règlement du Directoire exécutif du 22 germinal an rV qui exceptaient de l'aliénation des domaines nationaux les bâtiments affectés même provisoirement au service militaire, et c'est probablement à cette circonstance que l'aile connue sous le nom de château dEnghein doit de subsister encore.
Quant au grand château qui avait servi de lieu de détention et au petit qui lui est contigu^ leur vente fut annoncée par des affiches apposées le 7 messidor an VII; le cahier des charges fut publié le 24 du même mois^ et le 29 ces deux immeubles et leurs dépendances estimés six cent trente-et-un mille quatre cent deux livres furent adjugés par les administrateurs du département de l'Oise, moyennant onze millions cent vingt-trois mille livres à Henry-Amand Cartier fib, demeurant à Gisors, qui fit aussitôt une déclaration de command au profit des citoyens Gérard Boulée, entrepreneur de bâtiments, demeurant à Compiègne et Damoye, demeurant à Paris, près la Porte Antoine {sic.)
Ce prix de onze millions cent vingt-trois mille livres semblerait certainement bien exagéré si .'on oubliait que le montant des adjudications d'alors se chiffrait en assignats; mais en réduisant ce prix en numéraire d'après la valeur des bons de deux t'ers à la même époque, on arrive à un chiffre d'argent qui ne dépasse pas cent quinze mille francs.
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Du reste, il ne s'agissait pas dans cette adjudication du domaine de Chantilly tout entier. Ce domaine; comme on l'a vu plus haut, avait été divisé en plus de cent lots, et la vente consentie au profit de Boulée et de Damoye ne comprenait que les bâtiments et une dizaine d'hectares de prés qui en étaient inséparables.
Aussitôt Tadjudication prononcée, les deux nouveaux propriétaires qui n'avaient fait, après tout, qu'une spéculation du genre de celles que pratiquaient alors ce qu'on appelait les baruies noires^ s'empressèrent de prendre leurs dispositions pour démolir le grand château et tirer partie des matériaux de toute nature qui étaient entrés dans sa construction. Plusieurs années se passèrent ainsi, et déjà les démolisseurs en étaient arrivés aux fondations de l'antique manoir des Condé, quand le 16 fructidor an VII (2 septembre 1799) Vezu, membre du Conseil des Cinq-Cents, monta à la tribune et se fit l'écho de réclamations nombreuses qui s'étaient produites au sujet du château de Chantilly. Il prétendit que la vente s'en était faite à vil prix, et que dans cette circonstance le trésor public avait été lésé d'une façon toute particulière. Aussitôt le Conseil des Cinq-Cents transmit, par un message, cette plainte au Directoire exécutif en le priant de s'éclairer à cet égard et de fiaiire prononcer la nullité de la vente dans le cas où
les griefs relevés contre les acquéreurs seraient reconnus fondés*.
Le lendemain^ le ministre des finances écrivit à l'administration centrale du département de l'Oise une lettre ainsi conçue :
a II a été fait des dénonciations graves contre la vente du ci-devant château de Chantilly. On annonce que ce domaine a été adjugé pour la somme de cent mille francs^ tandis que le plomb seul en vaut trois cent mille.
a Je vous recommande de prendre les mesures nécessaires pour arrêter jusqu'à nouvel ordre toutes les démolitions et dégradations que les acquéreurs pourraient se permettre dans cette importante propriété "• »
En présence de cette situation^ Boulée et Damoye firent imprimer un mémoire dans lequel ils protestèrent contre les insinuations dont ils étaient l'objet. Ils s'attachèrent à démontrer que les immeubles dont ils s'étaient rendus adjudicataires étaient loin d'avoir l'importance qu'on leur supposait; que des estimations régulières avaient précédé la vente et que l'ac-