‹ Le Chateau de Chantilly pendant la Révolution: arrestations dans le Département de l'Oise enChapitre 53 sur 75 · Archives dé la préfecture de t Oise · texte numérisé non relu

Archives dé la préfecture de t Oise

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quisition du ci-devant château de Chantilly avait été poussée avec vigueur par plusieurs concurrents qui désiraient ce domaine. Quant à la prétendue valeur du plomb^ ils soutinrent que tous frais déduits pour l'extraction de cette matière^ il n*en existait pas pour plus de soixante mille francs.

a n nous importe^ disaient-ils en terminant^ de voir promptement lever la suspension qui nous empêche de jouir d'une acquisition légale. C'est ce que nous attendons de l'équité du Directoire; nous le désirons pour nous-mêmes et pour les personnes qui nous ont aidés de leurs fonds. Acquéreurs pour la somme de onze millions cent vingt-trois mille francs^ outre dix-huit mille francs en numéraire pour frais d'enregistrement, boiseries et chambranles, nous ne croyons pas mériter la qualification d'acquéreurs à vil prix.

<c Si nous avions la faiblesse de renoncer à notre acquisition, incontestablement valide et régulière, personne ne doute, dans le département de l'Oise, qu'une vente ultérieure ne fut beaucoup moins profitable à la République. C'est alors que l'intention patriotique du représentant qui nous a dénoncés, serait cruellement trompée. Il ne se présenterait de concurrents que dans l'espoir d'avoir ce domaine à un moindre prix ; encore redouterait-on une nouvelle

PENDANT lA RÉVOLUTION. i »i

dénonciation. Le domaine ne serait pas vendu, ou le serait beaucoup moins avantageusement.

a Nous ajouterons une dernière considération : Ayant toujours donné des témoignages de patriotisme pendant la révolution^ ayant lié notre existence à la cause sacrée de la liberté^ nous avons cru pouvoir mieux que d'autres, nous présenter pour l'acquisition d'un domaine que le royalisme, toujours espérant, semblait envisager comme mis en réserve par la contre-révolution, dans ce moment où les imaginations faibles conçoivent des alarmes et où les hommes pervers conservent un criminel espoir du retour de Condé, à la tête de la bande royale. Nous avons cru faire un acte patriotique, en nous mettant en situation de renverser cet odieux château, nous bornant à spéculer sur le prix des matières que nous pourrions en extraire. Dans cette opération, les aristocrates ne verront peut-être qu'une destruction; déjà leurs déclamations nous l'annoncent. Pour nous^ dans ces ruines, nous croyons que le patriotisme envisagera un trophée érigé en République.

« Salut et respect.

a BouLÊE et Damoyb. »

Cette argumentation fut couronnée de succès. Le 11 vendémaire an Vin (3 octobre 1799), le Directoire exécutif rendit un arrêté qui confirmait pure-

ment et simplement la vente des grand et petit châteaux de Chantilly et de leurs dépendances. Aussitôl les démolisseurs reprirent leur œuvre de vandalisme. « Qu'on ne cherche plus dans ces lieux , s'écriait Cambry en 1803, le hameau, le pavillon de Venus, le bocage, les colonnades, les statues, les ornements qui le couvraient, c'est un vaste théâtre de destruction, mais qui donne encore une idée de sa pompe et de sa magnificence passées : un silence funèbre règne dans ces lieux témoins de tant de fêtes et de tant de concerts ; le bruit des cors n'y réveille plus le chasseur; les poètes cessent de le chanter, les grâces de le visiter; et pe murmure, que le plaisir déterminait dans les bois, dans les jardins, sur tous les points de Chantilly, n'est remplacé que par le bruit des pics, des masses, des marteaux qui consomment sa destruction ^ »

Néanmoins Boulée et Damoye nejouirent pas longtemps de leur triomphe. £n leur qualité d'adjudicatairesy il s'étaient soumis à certaines conditions de paiement qu'ils n'exécutèrent pas fidèlement à l'échéance des termes fixés par le cahier des charges. Il en résulta des poursuites qui furent dirigées contre eux et qui aboutirent à leur dépossession des immeubles vendus. C'est ainsi que le 1 4 du mois de fructi-

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