‹ Le Château de Chaumont dans l'histoire et les artsChapitre 10 sur 68 · HUGUES D’AMBOISE — GUERRE DE CENT ANS · texte numérisé non relu

HUGUES D’AMBOISE — GUERRE DE CENT ANS

liale unies à l’éclat du nom et clés domaines, et le bonheur semblait avoir élu domicile au chaslel.

Le seigneur de Chaumont remplissait avec fidélité ses obligations féodales. En effet, les vassaux — et l’on était toujours le vassal de quelqu’un — étaient obligés de faire en temps voulu l’aveu de leur domaine à leur suzerain. Si cet acte d’hommage comportait avec lui quelque humiliation pour l'intéressé, il agrée singulièrement à l’historien qui y puise des indications très précieuses sur l’étendue , le caractère et la nature des domaines dont il déroule les annales. Le 17 mai de l’année 1315, nous assistons à une déclaration féodale très détaillée, rendue par Hugues au comte de Blois pour ses fiefs et arrière -fiefs. Nous nous empressons de lui donner ici la place qui lui revient.

« C’est la foi Hue d’Ambaize, seigneur de Chaumont.

« C’est ce que Hue d’Ambaize, seigneur de Chaumont, tient de noble prince, son chier seigneur, monseigneur le comte de Bloys, a foy, a homage et a ligece, c’est assavoir le chasteau de la ville de Chaumont et la chastellerie on toutes les appartenences , soit mesons et en habergemanz, en paage par terre et pas esve, en tailles, en cens, en prez, en granges et en mestoiries, en terre gaignables, en boys, en garennes à toutes bestes grosses et petites par tout ses diz boys, en noes, en molins, en vignes, le port de Chaumont et dessus Loire par toute la chastellerie, cinquante muis d’avoine que le dit seigneur de Chaumont a es greniers MfJr le conte de Bloys de rente chascun ou en la feste saint Michiel1, toute joustice haute et basse, grant et petite par toute la chastellerie de Chaumont, la garde et le resort que ledit seigneur de Chaumont a de l’abbaye de Pontlevoy en tout le domaine a l’abbé et au couvent doudit leu nt en toutes les choses qui sont tenues des diz abbé et couvent, et en leur estagiers que il ont es choses dessus dites et es paroisses de Pontlevoy et de Cembin et es leurs appartenenz au resort de Chaumont et toutes les autres choses quelles quelles soient et comment que elles soient nommées ne appelées que il a ou peut avoir pour reson don chasteau et de la chastellerie de Chaumont dessus diz, tant en fiez comme en rerefiez; lesquels il détient a baillier en escript en leu et en temps et au plustot que il pourra bonnement, et fet bien protestation de plus baillier se de plus se pouet avertir. Escript et scellé don sceau de sa court de Cbaumont, l’an mil ni" et xv, le samedy veille de la Trinité. »

Le seigneur de Chaumont se mit en règle et tint son engagement

' En marge, d’une autre écriture : « Ils sont achattez et ne sont plus paiez.

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au sujet du détail des fiefs et arrière -fiefs, par l’acte qui commence en ces termes : « Ce sont les fiez et rerefiez qui sont tenus de moy, Hue d’Ambaize, sire de Chaumont, mouenz et appartenez don cliasteau. » Nous en réservons le texte pour la série des pièces annexes, tant à cause de son importance pour l'histoire cliaumontoise qu’à cause de son caractère spécial, qui en rend la lecture assez ardue.

La fidélité à remplir les devoirs féodaux implique la réciprocité dans la tenue des droits. Le seigneur de Chaumont, mû peut-être par le souvenir d’irritants démêlés, entoura d’une solennité particulière un aveu féodal que l’abbaye devait faire à la châtellenie. Il s’agit des droits dans les paroisses d’Ouchamps et de Feins. A cet elfet, l’église d’Onzain fut le théâtre d’un acte particulièrement caractéristique, le 27 janvier 1318 (n. s.). Parmi les assistants on voyait les nobles chevaliers Jean de Yillesavoir, gouverneur du comté de Blois; Hugues d’Amboise, seigneur de Chaumont, et Etienne de Senelio, bailli de Blois; les professeurs de droit Jacques Mercier et Philippe de Messie, Léger, maître des forêts du comte de Blois; André de Covada, bailli de Selles, receveur des péages du seigneur de Chaumont, et Harpin , écuyer du dit seigneur, qualifié « Seigneur de Pontlevoy ».

De plus, outre le notaire apostolique Pierre Chillo, qui rédigea l’acte, et Colin de Boelle, clerc notaire juré du châtelet d’Orléans, on remarquait les prêtres Bertaut Clauserie, chanoine de Blois, et surtout l’abbé de Pontlevoy, frère Jean. Nonobstant la présence de ce dernier, par acte récent du « mardi avant la Conversion de saint Paul », les moines avaient constitué pour procureur universel en tout genre d’action et de droit Guillaume Frenel, prêtre, avec le frère Gui de Palluau. Après la présentation des lettres de procuration, Guillaume Frenel, au nom de l’abbaye, déclara que celle-ci tenait « les dites villes de Feins et d’Ouchamps, avec leur justice, du seigneur de Chaumont, et qu’ils étaient du ressort de Blois ». De cet aveu fait « auprès du maître-autel », Pierre Chillo, clerc de Jargeau, du diocèse d’Orléans, fit rédiger l’acte qu’il signa et munit de son sceau.

D’ailleurs, d’excellents rapports unissaient les seigneurs de Chaumont aux comtes de Blois, qui aimaient à venir dans le voisinage jouir des agréments d’une aimable campagne : je veux dire les Montils. A la fin de l’année 1318, le comte Guy Ier et sa femme se rendirent aux « Montys », oii nous les voyons en particulier à Noël, en compagnie de « X chevaliers, IX dames et plusieurs autres gens ». Nous avons les comptes, qui sont en elfet une mine précieuse pour l’historien désireux de faire « d’après le vif » la peinture des événements, des

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coutumes et des mœurs du temps passé. Dans les actes des comtes de Blois pour l’année 1319, on lit : « A Mo*’ de Chaumont, pour rente que on li doit à chascun an sur les greniers Monseigneur L muis d’avoine. » Dans une pièce de 1315, Jean Le Jay, seigneur de Candé, mentionne « sa meson de Chaumont », et peu après, Pierre, « fils de feu Jean le Jay, chevalier et paroissien de Chaumont, » fait hommage de quarante sols de rente au comte de Blois, auquel il les vendit dans la suite.

Cependant les générations succédaient aux générations, et dans la France endolorie par de terribles meurtrissures, la seigneurie de Chaumont allait avoir sa part des angoisses nationales. Au xme siècle, grand par l’éclosion d’œuvres puissantes au point de vue social, religieux et artistique, et dont le rayonnement avait illuminé jusqu’aux rivages de l’Orient, succédait un siècle tourmenté, que devaient troubler les luttes intestines et les invasions étrangères, les unes et les autres messagères de désastres et de ruines sans nombre sous tous les rapports. A l’aurore de cette période assombrie, le sceptre de France passa successivement aux mains de Philippe le Bel, de Louis X, de Philippe Y, de Charles IV et de Philippe YI de Valois.

Au chastel de Chaumont, le pouvoir seigneurial, nous l’avons écrit, était venu de Jean II à son lils Hue ou Hugues III, dont nous avons vu les commencements. De sa femme, Jeanne de Saint-Verain , dame de ce nom, le chevalier eut plusieurs enfants. On lui connaît Jean, Hugues, qui fut seigneur de la Maison-Fort à Amboise, et Anceau d’Amboise, ainsi que deux filles, Jeanne et Isabeau. Après avoir donné au foyer domestique le charme qui se dégage de l’aimable pétulance des jeunes années, les uns et les autres maintinrent le bon renom de la très noble maison de Chaumont et d’Amboise.

Cette félicité d’ailleurs n’allait pas sans quelque traverse, et la propriété donnait parfois occasion à des différends. Pierre, seigneur d’Amboise, qui avait cessé de vivre en 1322, eut pour successeur son fils Ingelger Ier? dit le Grand, qui possédait en outre les seigneuries de Berrie, de Bléré et de Montrichard. Il eut une difficulté avec le couvent de Pontlevoy à propos de la justice de Feins et des Ouclies. Durant le procès, le roi Philippe se saisit de l’objet du litige et, en 1338, l’affaire conclue, il commanda à son bailli de rendre le droit à l’abbé. De son côté, Llugues III eut à soutenir un procès pour des affaires d’intérêt avec Ingelger et avec la sœur de celui-ci, Jeanne, vicomtesse d’Aunay. Son fils aîné, Jean, au mois de mai 1334, donnait une quittance datée de Chaumont, dans laquelle il prend le titre de seigneur

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