‹ Le Château de Chaumont dans l'histoire et les artsChapitre 17 sur 68 · HUGUES D'AMBOISE — GUERRE UE CENT ANS · texte numérisé non relu

HUGUES D'AMBOISE — GUERRE UE CENT ANS

gascon. Au mois d’août 1411 , le duc lui acheta, moyennant « vic escuz d’or», «deux: coursiers et une galée » (vaisseau). Charles d’Orléans donna « l’ung des coursiers à Mgr de Bourbon, l’autre à Mgr de Chaumont et ladite galée à Mgr son chancelier », et, le 24 décembre, le trésorier Pierre Renier parachevait le payement par la somme de deux cents écus contre une quittance scellée du créancier. Une autre fois, le duc mandait au trésorier de payer à son chambellan, le chevalier Lyonnel de Braquemont, cent quarante livres pour un « roucin » que le duc avait acheté et donné à son chambellan, le sire de Boquiaux, en récompense de deux chevaux donnés l’un à Hue d’Amboise, et l’autre à Robert de Paire. Entre temps, devant le bailli de Chaumont comparaissait un habitant de la paroisse de Vallières, Jean Guyet, qui déclarait devoir à ce prieuré une rente annuelle d’une mine de seigle, mesure de Chaumont, et douze deniers en « monnaie courante de Chinon ».

Cependant, autour de la personne du roi Charles VI, la guerre civile battait son plein entre les Armagnacs et les Bourguignons, qui avaient pour chefs les oncles de l’infortuné monarque. Au nombre des prisonniers faits par les Bourguignons se trouvait le seigneur de Chaumont. Le duc d’Orléans ressentit une émotion profonde à la nouvelle de la captivité de son dévoué serviteur. Il dépêcha vers son oncle le duc de Berry, à Bourges , deux chevaliers fidèles pour préparer la libération du capLif. Ce sont les « amez et féaulx chevaliers et chambellans, le sire de Montbazon et messire Loys de Laire», qui furent chargés de cette mission délicate, par lettre datée d’Orléans « le 18 février mil cccc et unze » (a. s.). Le duc manda à son trésorier Pierre Renier de leur fournir présentement « vint escuz d’or », « pour un voyage ou nous les envoyons de ceste noslre ville d’Orléans à Bourges, par devers noslre très chier et très amé oncle et père Mgr de Berry, pour avoir le sire de Montigen pour la délivrance de noslre amé et féal chevalier et premier chambellan, le sire de Chaumont, lequel est prisonnier d’aucuns de Paris noz ennemis ». La lettre, adressée au trésorier général, porte en finale : « Par Mgr le duc, vous, et les seigneurs de Saint-Chartier et de Braquemont presens. J. de Gy ne s. »

Le seigneur de Chaumont eut la vie sauve, mais non sans bourse délier. Il dut s’engager à donner une très forte rançon, pour le payement de laquelle il comptait sur le précieux concours du duc d’Orléans. Il n’avait pas espéré en vain, ainsi qu’en fait foi une lettre de Charles, datée de «Meleun, le XXVI jour de septembre mil cccc et douze ». Le prince s’y exprime en ces termes : « Comme notre amé

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et féal conseiller et chambellan messire Hue d’Amboise, seigneur de Chaumont, ait nagaires esté pris en la guerre que nous avons eue, et detenuz prisonnier et mis a raençon et grant finance, laquelle, sans nostre aide et secours, il ne pourroit bonnement paier »; partant, « pour considéracion des grans, notables et agréables services que nous a faiz nostre dit chambellan le temps passé, tant oudit office comme en nostre dicte guerre, et autrement en plusieurs et diverses maniérés, fait chascun jour, et espérons que encores face au temps avenir, et pour lui aidier a paier sa dilte raençon et finance, nous lui avons donné et donnons de grâce especial par ces présentes la somme de mil livres tournois ». Et le duc donne mandement à son « féal chambellan, messire François de l'Ospital, seigneur de Soisy » , de faire délivrer cette somme par le trésorier Pierre Renier. La pièce est contresignée au conseil, par Sauvage, en présence de Mo1' de Saint- Chartier et autres.

Le 16 octobre suivant, le chevalier et conseiller donnait au trésorier général l’ordre en question, signé « Francoys de l’Ospytal », avec sceau plaqué en cire rouge, dont il demeure un fragment sur la pièce. De fait, six jours plus tard, le seigneur de Chaumont touchait la moitié de la somme, soit cinq cents livres, dont il donnait une quittance signée : Huet d’Arnhoise ; puis le reste lui était versé le 17 décembre, ainsi qu’il appert de sa quittance identique. « Huet d’Amboise » continua ses bons services auprès du duc , en qualité de « conseiller et premier chambellan » , moyennant les honoraires de trente livres par mois , qui lui étaient baillés « oultre sa pension et gaiges ordinaires». Sur ce, nous le voyons toucher soixante livres , le 3 juin 1413; puis, le 24 juin, deux cents livres sur sa « pension de iiic francs par an », dont les cent autres livres lui étaient baillées le 9 novembre : l’année financière se terminait au « derrain jour de septembre ». Le même jour, le seigneur recevait son supplément mensuel de trente livres, qu’il touche encore le 24 janvier 1414 (n. s.). Cette quittance, signée ainsi (pie les précédentes « Huet d’Amboise » , garde sur simple queue le sceau

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de cire rouge du seigneur, dont les armoiries sont assez bien conservées b

Au cours des dissensions intestines du continent, l1 Angleterre veillait en attendant 1 heure propice. Le roi Henri Y jeta sur les côtes une armée considérable. Au-devant d’elle se portèrent les Armagnacs, qui groupaient sons leur bannière les gentilshommes du nord de la France, et les princes d’Orléans marchaient au premier rang sons le commandement du connétable d’Albrel. A Azincourt, comme à Crécy et à Poitiers, la France fut vaincue faute de méthode, de sangfroid et d’unité, et la valeur admirable des combattants n’empêcha pas que dix mille hommes, appartenant pour les trois quarts à la noblesse, ne restassent sur le champ de bataille (1415). De ce nombre fut Hugues de Chaumont, et parmi les prisonniers se trouvèrent Charles d’Orléans ainsi que le maréchal de Boucicaut. La captivité du prince devait se prolonger durant vingt-cinq ans. Sa tille, demeurée au château de Blois, se confiait à la protection du gouverneur Archambauld de Villars , qui tenait la forteresse en état de défense et bien munie de matériel : « arbalestes, traits, artdlerie, canons, lances et autres abillemeus de guerre,» ainsi que nous le montre un inventaire dressé en l’année 1418.

La dame de Chaumont, frappée au plus intime de son cœur, n’eut d’autre consolation que de reporter sa tendresse sur ses enfants. La pensée de Marguerite de Joinville se tourna de soi vers la religion, qui symbolise les divines espérances. Elle fit don à la cure de Chaumont du « quart de la disme de Yefves », à la charge de célébrer quatre messes et quatre vigiles2. D’ailleurs, la veuve se vit entourée de la respectueuse sympathie des plus illustres chevaliers, et en particulier du maréchal de Boucicaut. Le vaillant capitaine demanda au duc d’Orléans de montrer de l’intérêt à la compagne du dévoué chambellan, et le prince eut à cœur de faire un don à la dame de Chaumont en 1417.

La mort de Hugues Y fit passer les domaines de Chaumont et de Saint-Yerain à son fils Hue ou Hugues, qui fut chambellan du roi Charles YI et du duc d’Orléans. Le chevalier unit son existence à celle de Jeanne Guenand, d’une puissante famille de Touraine et de Berry.

1 Dans le Catalogue analytique des archives du baron Joursauvalt (1838, t. II, p. 101), à propos de ces quittances, Hue d’Amboise est dit » capitaine du château de Beaugency ».

2 Dans une déclaration de l’année 1471, qui relate ce don, on lit : « Dit le curé qu’il ne veult point II s. VI d. t. ». — Archives nationales, P. 14802, non folioté, cure de Chaumont-sur-Loire, Chambre des comptes de Blois, Blésois, Déclarations de temporel : 1278-1723.

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Celte noble souche avait naguère donné au clergé deux frères qui ne sauraient être oubliés : Aimeri, archevêque de Rouen 1340-1343), et Robert, chanoine de Tours. L’un et l’autre eurent une dévotion marquée pour l’apôtre des Gaules et le témoignèrent par une peinture murale. Sur les murs de la collégiale on voyait figurer deux épisodes de la vie du prélat et du comte Anicien, dans lesquels ce dernier est puni pour ne s’être pas levé devant le saint, puis guéri par le bienheureux devant lequel il tombe à genoux. La double légende portait : « Ci ce prent le feu en la choère deu Roy quer il ne s’en veux lever contre li. — Ci guéris est le Roy en santé et se reste a Monseigneur saincl Martin. »

Château du Grand -Pressigiiv, dessin du département des Estampes.

A la partie supérieure à gauche, étaient représentés le prélat et le chanoine avec leurs armes: « d’or à la fasce fuselée de gueules ».

Jeanne Guenand avait pour père Guillaume, seigneur des Rordes (paroisse du Petit-Pressigny ) et du Blanc, lieutenant général de Touraine et porte-oriflamme de France, tué à la bataille de Nicopolis, et pour frère Jean, chambellan du roi. Ce dernier étant mort sans enfants, Jeanne hérita des domaines qu’elle porta à son mari. Mais ce n’était pas sans impliquer des droits de rachat. Dans un acte du début de l’année 1411, nous lisons cette mention : « De Mgr de Chaumont pour rachaz pour le mariage de Madame sa femme, fille de messire Guillaume Chevalier Guenant, l’un des rachaz pour leschange que fit ledit messire Guillaume Guenant, avec messire Guillaume Dargentan et sa femme, de cent livres de rente que ledit messire Guillaume Guenant avait sur la terre des Rochettes, et l’autre pour le mariage, finé le 12 février 1410 à XIIxx livres. »

Cette union donna le jour à deux enfants : Pierre, qui fut la souche

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d’une magnifique floraison, et Madeleine, qui épousa Antoine de Prie, baron de Buzençais. Elle ne fut pas de longue durée, et Hugues VI avait cessé de vivre en 1421. Jeanne se remaria au chevalier Amaury d’Estissac. La succession de Hugues fut l'occasion d’un procès très compliqué, relativement aux seigneuries de Chaumont et de Saint-Verain. Parmi les héritiers impliqués dans le débat figurent, d’une part, Amaury d'Estissac, en qualité de deuxième mari de Jeanne, Pierre et Madeleine d’Amboise, et, d’autre part, Raoul de Gaucourt. Ce dernier fut promu chambellan de Charles VII et bailli d’Orléans. Son souvenir se rattache tout particulièrement à celui de Jeanne d’Arc. Lorsque la noble Pucelle se rendit auprès de Charles VII , Raoul de Gaucourt était gouverneur du château et de la ville de Chinon, et il approcha souvent la bergère de Domrémy, que le roi fit loger dans la partie du chastel, dite du Coudray. Raoul entoura la future libératrice de sa vénération, combattit au siège d’Orléans où il fut blessé, et plus tard, lors du procès de Jeanne, il fit une déposition digne de son noble caractère.

Les héritiers directs de la terre de Chaumont étaient Pierre et Madeleine, mais au cours du procès, outre les intéressés qui ont été nommés, on voit Pierre Frotier, baron de Preuilly. Dans les comptes du domaine de Rlois pour l’année 1420, on rencontre « messire Almaury d’Estissac, chevalier, pour le rachat à cause de sa femme », et avec lui il est « composé à mil livres » au sujet du dit rachat. Avec ces derniers seigneurs, la scène va s’élargir, et le moyen âge s’achèvera dans le rayonnement précurseur de la venue des temps modernes.

Cul-de-lampe du grand escalier.

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Vint au roy une bergerelle Du villaige de Vaucoulleur,

Qu’on nommait Jehanne la Pucelle.

Vigiles du roi Charles VII, par Martial d’Auvergne.]

epuis tantôt un siècle, l’histoire de Chaumont s’endeuillait trop souvent des calamités qui frappaient la patrie, et les angoisses de la France trouvaient un écho douloureux dans l’âme des seigneurs. La tristesse allait faire place à l’allégresse, et il était réservé à Pierre d’Amboise de voir se lever au ciel assombri l’aube de temps meilleurs pour la France et plus glorieux pour les rives de la Loire. Mais, avant d’acclamer le triomphe, nous assistons aux dernières crises qui précédèrent la délivrance.

Le roi Charles VI, pour éloigner de Paris son indigne épouse, Isabeau de Bavière, en 1416 l’envoya « en lieu sûr » à Blois, d’où elle fut conduite à Marmoutier, dont elle devait sortir en 1427, grâce au duc de Bourbon. Les progrès des Anglais, la prise de Melun et les inquiétudes croissantes portèrent le gouverneur de Blois à inviter les seigneurs vassaux à venir, armés et montés, pour défendre le château; vers le même temps, des mains pieuses transportèrent les reliques de

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saint Mundry, ermite de la forêt de Russy, <c dans la chapelle de sainte Constance , en lien sûr et fortifié, » ainsi (pie nous l’avons appris. Cependant le comte de Vertus, frère du duc Charles , était décédé au château , et ses obsèques solennelles avaient été célébrées, le 16 novembre 1420, dans la collégiale de Saint -Sauveur. L’administration du comté passa au bâtard d’Orléans, et sous son régime, au courant duquel le captif était tenu régulièrement, le dauphin-régent, alors à Blois (1421), ordonnait aux seigneurs « de se rendre en avant » , sous peine de félonie, pour combattre les Anglais. Un peu plus tard (1424), le « chastel » voyait la gracieuse princesse Jeanne, fille du duc Charles et d’Isabelle de France, sa première femme, donner sa main à Jean II, duc d’Alençon. La jeune fiancée dut sentir son cœur attristé en pensant à son père , détenu sur les bords mélancoliques de la Tamise , et elle envoya sans doute son souvenir ému au prisonnier, avide de revoir les siens avec les rives fleuries de la Loire.

Hélas ! les Anglais continuaient à gagner

du terrain dans le centre, et une partie de la Beauce était en leur pouvoir. Bientôt les principales forteresses, à l’exception de Marcbenoir , furent en leur possession.

Capitaines et hommes d’armes, prêtres et moines, chevaliers et vassaux se rassemblaient pèle - mêle à Blois , devenu un centre de ralliement et un rempart d’espérance , quand une apparition céleste fit tressaillir de joie la Touraine , le Blésois et l’Orléanais.

La bannière de Jeanne la libératrice, qui avait été exécutée à Tours, fut bénie solennellement à Saint-Sauveur de Blois par 1 archevêque de Reims. Jeanne réveilla les courages, fit organiser des processions, ranima les sentiments religieux et patriotiques, et, le 28 avril, on se mettait en marche vers Orléans. En tête du défilé flottait la bannière

Vitrail de la chapelle Jeanne d’ Arc et Pierre d Amboise,etc.

i Dessin de J. -P. Laurens.)

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de la Pucelle, portée par frère Pasquerel, et, au milieu des rangs, apparaissait l’héroïne montée sur un coursier noir, « armée tout à blanc (ou de toutes pièces), sauf la teste, » et escortée de son frère, de ses deux hérauts d’armes, Guyenne et Ambleville, de son écuyer, de cinq lances ou vingt-cinq hommes, et de plusieurs pages; au total, une trentaine de cavaliers formant son cortège. L’armée, petite par le nombre — elle comprenait environ six mille hommes — était puissante par la foi, la vénération et l’enthousiasme qu’inspirait à tous Jeanne d’Arc, messagère divine, qui « de par le roy du ciel » devait « bouter l’Anglais hors de France ».

La Pucelle de Domrémy n’eut pas d'admirateur plus sincère et de collaborateur plus dévoué que le seigneur de Chaumont. Le domaine était alors aux mains de Pierre, fils de Hugues VI. A Pierre d’Amboise était réservé le rôle glorieux d’asseoir définitivement les bases de la fortune de sa famille et de préparer les voies à une notoriété et un éclat qu’elle n’avait pas encore atteints. Le noble chevalier avait de riches domaines en plusieurs provinces, et, outre Chaumont, on lui connaît, dans le lllésois, la Borde, les Rochettes et Asnières; dans le Berry, Meillant, Saint-Verain et Bussy; de plus, il possédait en Touraine les Bordes -Guenand et Preuilly, et en d’autres contrées Moulins, Charenton et Sagonne. L’estime de Charles VII lui valut la dignité de conseiller et chambellan du roi. D’une bravoure égale à son mérite, le seigneur de Chaumont s’honora de suivre la bannière de Jeanne d’Arc, et, au siège d’Orléans, il se signala par son courage aux côtés de l’héroïque Pucelle. Après avoir été avec elle au labeur glorieux, il parut auprès de la Libératrice, en la cathédrale de Reims, au jour solennel du triomphe.

Quand le cliquetis des armes se fut éloigné en laissant à la France un repos bien nécessaire au développement des énergies nationales , Pierre remit son épée au fourreau. Cependant il conserva la main sur la poignée, le roi lui ayant confié le poste de gouverneur de Touraine qu’il remplissait en 1440. Or, dans cette poitrine de gentilhomme vaillant et soucieux de la grandeur de son pays, battait un cœur d’époux fidèle et de père dévoué. Bien peu de châteaux, en elfet, ont goûté la joie de voir les grandes salles aux riches tentures, les cours aux arcades ajourées et les terrasses aux aimables frondaisons s’animer au pétillant babil et aux joyeux ébats d’une si délicieuse nichée d’enfants. Mais aussi quelle femme remarquable entre toutes par ses rares qualités, que celle que s’était choisie le seigneur de Chaumont! La noblesse du caractère et la dignité de la vie formaient comme le lien indissoluble d’une rare élévation d’intelligence, d'une admirable bonté

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de cœur, d’un esprit de suite remarquable et d’une distinction achevée, qui se manifestaient dans les actions les plus communes comme dans les circonstances les plus solennelles.

Aussi bien, elle appartenait à la puissante famille de Bueil, dont le blason reflète quelque rayon de la grandeur de la patrie. Son père n’était autre que Jean IV, qui réunissait dans sa main les belles terres de Bueil, Montrésor, Courcelles, Saint- Calais, Saint-Michel-sur-Loire

et d’autres, et les dignités de chambellan du roi et de capitaine de cent hommes. Au surplus, ce qui vaut mieux, s’inspirant de son patriotisme ardent, Jean fit sentir la puissance de son bras aux Anglais, sur dix champs de bataille, des bords de la Creuse aux rives de la Garonne. Le nom du grand maître des arbalétriers résonna comme le clairon de la victoire sur la terre de France, jusqu’au jour du désastre d’Azincourt, où il périt avec tant d’autres chevaliers dignes d’un meilleur sort.

La mère de la châtelaine de Chaumont était Marguerite de Clermont, fille de Béraud, dauphin d’Auvergne, et dame de Marmande, qui transmit également son sang généreux à Jean, l’amiral de France, dit le Fléau des Anglais , à Louis, le glorieux vaincu du tournoi tourangeau, et à Pierre, seigneur de Bois et de la Motte- Sonzay, qui fut inhumé dans l’église collégiale de Bueil avec sa femme, Marguerite de la Chaussée.

C est le 23 août 1428 que le seigneur de Chaumont épousa Anne de Bueil, au milieu des acclamations et des vœux de toutes les classes réunies. Cette leinme distinguée et cette mère accomplie marqua 1 empreinte de sa grande nature sur la trempe de caractère de ses enlants, dont le groupe achevé trouverait difficilement un émule dans

Pierre d'Amboise et Jeanne d'Arc au sacre de Charles VII. Dessin de J. -P. Laurens pour les verrières de la chapelle.

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l’histoire familiale. En effet, quelle plus gracieuse couronne nuptiale et quelle plus radieuse auréole que celle de cette série d’enfants qui continueront les traditions domestiques en les agrandissant, et seront tout à la fois la joie de leur maison et l’honneur de la patrie ! La lignée masculine renferme neuf garçons : Charles, Jean et Hugues; puis Jean, Louis, Pierre et Jacques, qui portèrent la mitre; Aimery , qui fut grand prieur de France et grand maître de Rhodes, et Georges, qui unit le chapeau de cardinal et le portefeuille de ministre d’Etat. La lignée féminine compte huit filles : Anne, Marie, Catherine, Louise et Marguerite, qui s’engagèrent dans les liens du mariage, Madeleine, Charlotte et Françoise, qui prirent le voile.

La pensée s’arrête avec complaisance sur cet intérieur chevaleresque, dont les charmes ont bien de quoi fixer l’attention et provoquer l’admiration. Ce foyer domestique, tout proche de l’idéal, est si loin des réalités amères ou troublantes qui s’offrent au regard de l’historien et de l’observateur, en certains milieux passés ou présents ! L’antiquité, avec son culte exclusif de la force et de la forme, de la force brutale et de la forme voluptueuse, avait mis au service de l’homme les violences de la conquête et créé pour la femme les gynécées, où la polygamie enveloppait le groupe des épouses légitimes d'un bataillon de concubines choisies et parées pour les plaisirs du maître. Dans une pièce voisine, les rejetons de ces promiscuités de hasard étaient confiés aux soins d’esclaves, chargés de donner quelque culture à des enfants livrés aux caprices de volontés perverses ou barbares.

Le pur rayon du cœur du Christ, la chaste flamme de son Evangile et le divin code de son Eglise mirent an front de la femme une auréole sacrée de noblesse, de dignité et de dévouement, qui imposa progressivement le respect et la tendresse, une tendresse respectueuse, et un tendre respect, à l’homme pour lequel elle cessa d’être l’instrument de plaisir pour devenir la noble compagne. Sous l’aile pro lectrice de ces deux âmes, dont l’une fait rayonner la raison, et l’autre la douceur, en un foyer domestique transfiguré, l’enfant grandit dans la piété filiale fondée sur le culte souverain de la Divinité aves ses fortifiantes leçons, et sur l’amour inlassable des parents avec leurs trésors de dévouement.

Aux régions d’où la lumière évangélique n’a pas chassé les ténèbres épaisses d’un foyer livré à la promiscuité, le harem, sous une forme ou sous une autre, continue d’enlever à la mère le divin sourire qui illumine de reflets incomparables le visage et l’âme de l’enfant, et de ravir à l’enfant les caresses qui mettent, en sa jeune âme, une em-

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preinte doucement salutaire. De temps à autre, comme pour faire mieux apprécier les sublimes beautés de la civilisation chrétienne, l’Occident a été aftligé par l’apport pestilentiel de fièvres infectieuses, et l’on a vu, sous des livrées diverses, des potentats esclaves de leurs passions tenter d'introduire les pratiques orgiaques proscrites par le catholicisme. Mais les augustes préceptes et les salutaires leçons de l’Eglise ont répudié ces prétentions de sultan de haut ou de lias étage, et le foyer domestique a conservé la dignité auguste et la beauté attendrie de ses origines chrétiennes.

En nos jours, la famille est en voie de traverser une crise redoutable, et, de la base au couronnement, cet asile béni est fort ébranlé par des doctrines renouvelées d’un paganisme sans pudeur et par des théories sans autre logique que la loi des attractions moléculaires. Le jardin lleuri, oii croissaient les plantes embaumées à l’abri du souffle corrompu et corrupteur, est en train de se transformer en un cloaque nauséabond d’acres odeurs de chairs impures ou pourrissantes. Si par hasard, sous l’influence inconsciente des idées chrétiennes, le foyer conserve encore quelque vestige de dignité, lentement il se fait solitaire, en attendant les stériles réalisations que l’œil découvre avec effroi et que des statistiques nous révèlent dans leur lamentable crudité. Naguères, écho de l’Evangile, le poète se faisait l’interprète des nobles inspirations de la raison et du cœur quand il s’écriait :

Il est si beau l’enfant avec son doux sourire,

Sa douce bonne foi, sa voix qui veut tout dire,

Ses pleurs vite apaisés ,

Laissant errer sa vue étonnée et ravie,

Offrant de toutes parts sa jeune âme à la vie Et sa bouche aux baisers!

A l’ombre du château de Chaumont, sous le toit de Pierre d’Amboise et d’Anne de Bueil, on ne savait rien des immondes satisfactions de l’antiquité, ni des égoïstes pratiques des temps modernes. Le foyer domestique conservait son rayon divin, sa flamme réchauffante, ses saintes énergies, ses cultures vigilantes, ses dévouements attendris fécondés par la pratique de devoirs destinés à adoucir les droits, ses bonheurs, dont les roses faisaient oublier la piqûre des épines, enfin la splendeur de ses douces promesses couronnées par de plus douces réalités.

Le premier garçon dont la naissance réjouit les seigneurs est Charles Ie1' , qui , à ce titre , hérita de la terre de Chaumont et auquel nous reviendrons bientôt comme à l’une des personnalités les plus

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dignes de fixer l’attention. Après Charles vient Jean, dont la vie fut une alliance de liantes dignités ecclésiastiques et de sentiments mondains; Jean eut une affection pour une femme du nom d’Antoinette Caille, qui lui donna un fils naturel, dit Jean de Beaumont, ou le bâtard d’Amboise, légitimé en 1498. Quant à Aimery, il entra dans la carrière qui réunissait à la fois le caractère religieux et le rôle militaire. Il remplit les dignités enviées de grand prieur de France , de grand maître de l’Ordre de Saint- Jean de Jérusalem et de Rhodes ; il occupait cette dernière charge en 1503. Son portrait a été gravé à plusieurs reprises, en particulier par des artistes italiens. Aimery mourut à l’âge de soixante-dix-huit ans, le 23 novembre 1512. Son décès arriva, selon les uns, à Rhodes, et suivant d’autres, à Rome.

Un autre fds porta le nom de Jean et suivit une carrière absolument séculière.

Il fut seigneur de Bussy, et épousa, en 1474, Catherine de Saint-Belin, fdle de Geoffroy de Saint-Belin, qui fut tué à la journée de Montlhéry, en 1465, et de Marguerite de Baudricourt. A l’instar du foyer domestique de Chaumont, celui de Jean et de Catherine fut doté d’une belle auréole de seize enfants, neuf parçons et sept fdles, qui réjouirent le cœur des aïeux non moins que des parents. Ce sont : Jacques, qui hérita de la terre principale de Bussy; Jean, lequel, à l’exemple de son oncle du même nom, reçut l’évêché de Langres et fut ainsi duc et pair de France; Georges II, archevêque de Rouen et cardinal à 1 instar de son oncle Georges Ier, et (pii à sa mort, en 1550, fut inhumé près de lui en la cathédrale de Rouen, dans le magnifique mausolée de marbre que l'on ne se lasse pas d’admirer. Les autres garçons sont : Geoffroy, qui fut abbé de Cluny et décéda en 1518; Charles, qui parvint au grade de colonel général d’infanterie ; Jacques, qui suivit François 1er en Italie et trouva la mort à la bataille de

Tombeau de Jean d’Amboise.

Dessin de Gaignières.

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Pavie, en 1525. Trois garçons, Bernard, Robert et Louis, n’entrèrent dans la vie que pour en sortir prématurément et moururent en lias

câge.

Catherine donna le jour à sept filles : Renée, qui fut dame de Bussy et donna sa main à Louis de Clermont; Françoise, qui s’unit à Grisegonel Frotlier, possesseur de la riche baronnie de Preuilly; Charlotte, qui épousa Pierre de Reauffremont. Une autre, Marie, fut abbesse de la Trinité de Poitiers, et, entre autres œuvres d’art, on lui doit la superbe Mise au tombeau en pierre, peinte à ses armes, qui fait l’un des plus beaux ornements de l’église Notre-Dame-la-Grande à Poitiers; elle mourut en 1537. Enfin viennent Anne, qui fut abbesse de Sainte-Menebould , Madeleine, qui fut religieuse dans le même monastère, et Marguerite.

Mais nous avons garde de nous éloigner du foyer des seigneurs de Chaumont. La crosse vint, à son tour, rehausser l’éclat de la famille d’Amboise. Jean occupa le siège de Langres qui conférait en même temps la qualité de duc et pair, et Louis dirigea l’évêché d’Alby, non sans jouir de la plus haute confiance des rois de France. Pierre posséda les bénéfices abbatiaux de Saint- Jouin et de Liré, et gouverna le diocèse de Poitiers; ses goûts magnifiques le portèrent à enrichir son palais d’œuvres d’art et à rebâtir sur un plan somptueux le château d’été des évêques de Poitiers, à Dissay. Il mourut â Blois en 1505, et, selon son désir, son corps fut rapporté et inhumé dans la chapelle de Dissay. A son tour, Jacques obtint l’abbaye de Jumièges, au diocèse de Rouen, en 1476, et celle de Cluny, au diocèse de Mâcon, en 1481; puis on lui donna l'évêché de Clermont. A sa mort, en 1516, il reçut la sépulture dans la superbe abbatiale de Cluny.

Le plus illustre des enfants de Chaumont est assurément Georges d’Amboise, qui parvint aux plus hautes dignités de l'Eglise et de l’Etat, au point de gravir presque les degrés du souverain pontificat et de s’asseoir sur les marches du trône dont il fut l’habile conseiller et le sage mentor. Georges fut successivement évêque de Monlaubanen 1484, archevêque de Narbonne, puis archevêque de Rouen en 1493. Il reçut le chapeau de cardinal en 1498 et obtint la charge de légat en 1499. Georges mourut à Lyon en 1510 et fut enterré dans la cathédrale de Rouen, où son tombeau de marbre blanc fait l’admiration de tous les amis des arts.

Nous allions oublier Hugues d’Amboise, qui posséda la seigneurie d’Aubijoux et fut la souche de la branche de ce nom. Quant à la gracieuse théorie des filles de Pierre et d’Anne, sans briller d’un éclat aussi étincelant, elle ne mérite pas moins de fixer l’attention par les

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qualités et les vertus dont elles continuèrent l’aimable tradition. Nous y saluons, tour à tour, Anne, qui donna sa main à Jacques, sieur de Ghazeron; Marie, qui s’unit à Jean de Ilangest, sieur de Genlis, fils de Jean de Ilangest et de Marie de Sarrebrucke; Catherine, qui lia son existence à celle de Pierre, dit Tristan, baron de Castelnau et de Clermont- Lodève ; Louise, qui épousa en premières noces Guillaume Gouffîer; Marguerite, qui se maria successivement à Jean Crespin et à Jean de Rochechouart, fils de Jean de Rochechouart et de Jeanne

Abbaye de Fontevrault, dessin de Gaignières.

de Torsay , sa deuxième femme. Enfin trois prirent le voile; ce sont : Madeleine, abbesse de Saint-Menou à Bourges, en 1498; Charlotte, qui fut prieure de Poissy et mourut en 1497 ; et Françoise, qui devint religieuse à Fontevrault.

Quel que soit l’intérêt qu’il y ait à suivre le développement de la carrière des enfants de Pierre et d’Anne, nous ne devons pas nous y arrêter davantage. Nous aurons bientôt l’occasion de mettre en relief ce qui caractérise la vie et l’œuvre de ceux qui ont tous les titres pour attirer l’attention. Pour l’instant, nous continuerons à raconter l’histoire du possesseur de Chaumont.

Nous avons laissé le seigneur de Chaumont en la compagnie de Jeanne d’Arc et nous reprenons sa carrière. La Libératrice de la France avait rendu le dernier soupir au milieu des flammes du bûcher

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de Rouen, eide son cœur, semble-t-il, était tombée une dernière prière pour la pacification du pays qu’elle avait aimé jusqu’à lui donner sa vie. Charles VII, secouant les liens de la mollesse et secondé par ses lieutenants de Richemont, Dnnois, La Hire et Xaintrailles, poursuivit l’œuvre de la Pucelle. D’ailleurs, la paix d’Arras (1435) fit rentrer les Bourguignons dans le grand parti national, et bientôt, derrière Richemont et Danois qui ont pris la capitale, Charles VII fit son entrée triomphale dans Paris. Encore un peu, et les Anglais expulsés du territoire n’y conserveront plus que la ville de Calais.

Au château de Blois, on continuait à faire bonne garde, au nom du duc prisonnier. Comme le capitaine Archambaidd de Aillars, « à cause de son grand aage et de sa débilité, ne pouvait plus faire le service dans ce temps de guerre , » le duc Charles donna le commandement de la place à son frère naturel, le bâtard d’Orléans. Le 30 septembre 1436, eut lieu dans le chastel la conclusion du mariage de Charles, fils de Philippe le Bon , et de Catherine de France, en présence du roi, qui voyait ainsi la maison de Bourgogne se rapprocher de la monarchie. Un rapprochement eut lieu aussi entre la maison de Bourgogne et celle d’Orléans. Pendant la captivité de Charles, sa femme, Bonne d’Armagnac, mourut, et le prince épousa Marie de Clèves, nièce de Philippe le Bon. Aussi, en 1440, le duc de Bourgogne mit son influence en œuvre pour obtenir la délivrance du duc d’Orléans. Il est vrai que la Praguerie vint semer le trouble par la révolte des seigneurs, dont les chefs étaient le duc de Bourbon, le duc d’Alençon et le comte de Dnnois : il s’agit du bâtard Jean d’Orléans, auquel, à l’occasion des conférences de Gravelines, où il avait été autorisé à prendre part en qualité de plénipotentiaire français, son frère, le duc d’Orléans, avait donné le comté de Dunois et ses terres du pays chartrain. Le Dauphin, on se le rappelle, fit alors cause commune avec les conjurés.

Cependant les soucis de la guerre ne faisaient pas négliger à Charles 411 le soin des affaires de l’Etat. En 1438, à Bourges, se tint un concile dans lequel fut promulguée la pragmatique sanction qui porte le nom de cette ville. On sait qu elle repose tout entière sur les doctrines gallicanes : elle proclame la supériorité du concile général sur le pape, qui devait, au moins tous les dix ans, assembler un concile œcuménique ou universel; elle attribue aux églises et aux chapitres l’élection aux évêchés et aux grands bénéfices, et supprime des redevances payées à la cour de Rome ainsi que les appellations au pape même dans les causes ecclésiastiques.

Le roi se trouvait à Bourges, le 3 juillet 1438, époque à laquelle

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I Go

il donna aux habitants de Dun-le-Roi (actuellement Dun-sur- Auron, arrondissement de Saint-Amand-Montrond l’autorisation de transférer leurs foires et marchés intra muros, par crainte de l’ennemi et des gens de guerre qui pillaient les marchandises. Dans cette pièce, aux côtés du roi, nous voyons « l’évesque de Clermont, le sire de Chaumont et autres ».

On se souvient qu’au moment de sa captivité par les Bourguignons. HuguesVI d’Amboise avait trouvé

dans le duc d’Orléans un concours précieux pour solder sa rançon. Un quart de siècle plus tard, le fils et successeur de Hugues, Pierre d’Amboise, devait à son tour donner au duc d’Orléans un témoignage éclatant de son attachement à la personne du prince. On sait que ce dernier avait été pris par les Anglais. La liberté lui fut accordée sur parole, sous la condition qu’une caution serait déposée pour sa personne.

Le seigneur de Chaumont n’hésita pas à fournir la garantie demandée. Par acte du 17 décembre 1439,

<( Pierre d’Amboize , seigneur de Chaumont, chevalier, conseiller et chambellan du roi , »

prit l’engagement de payer an roi d’Angleterre « quatre mille saluz d’or », au cas oii son prisonnier Charles d’Orléans ne lui serait pas rendu au terme convenu. La pièce portait sur un sceau rond (quarante millimètres) les armes du seigneur, l’écu palé de six pièces à la bande par-dessus, penché et timbré d’un heaume, avec la légende en écriture gothique : jieeï JHêITê b’jhtlïtiïîsf.

Le seigneur de Chaumont était exact à remplir ses devoirs féodaux à l'égard de son suzerain. D’après le registre de « Déclaration des fiefs, l’an mil cccc et cjuarente » , le comte de Blois reçut alors la déclaration de « Pierre d’Amboize pour le chaslel, chastellenie, terre, justice et seigneurie de Chaumont-sur-Loire , pour le lieu et appartenances de la Borde »; une note indique que le seigneur « a fait foy l’an mil mie xlii ».

D’ailleurs, le comte de Blois veillait avec soin à ne rien laisser

Détails et motifs de sculpture de Chaumont d’après un dessin de la Bibliothèque Nationale.

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prescrire des droits de ses vassaux. En particulier, par lettre patente du 4 juillet 1434, il avait ordonné de faire payer aux non-nobles de son comté, ayant acheté des biens tenus en fief, les droits et devoirs dus en pareils cas pour « desamparement de fief »; en même temps, il obligeait les gens d’église à faire amortir les biens qu'ils avaient acquis ou à les abandonner. En 1445, la caisse des « finances du desamparement de fié » reçut six livres de Pierre Durant, pour la métairie appelée « l’Ostellerie », qu’il avait achetée sur la paroisse de Chaumont et consistant en « masure, court et courtilz, lx arpens de terres, six arpents que prez que pasliz et noues », qui sont « tenues en fié du seigneur de Chaumont, en rerefyé » du comte de Blois. Un Viclimus en parchemin, daté de « l’an mil quatre cens quarente six après Pasques, le vingtungiesme jour d’avril », relate un hommage fait au comte de Blois « par Pierre d’Amboise, seigneur de Chaumont, d’Asnières et des Bochetes ».

En dehors des puissants suzerains, il y avait les obligations féodales à l’égard des fiefs d’ordre secondaire. A Herbault, le 5 juin 1449, Jehan Bastart de Saulx, écuyer, « procureur especial de noble homme messire Pierre d’Amboize, chevalier, seigneur de Chaumont et des Bordes-Guenanlt, » faisait la foi et hommage dus à « Guillaume Pruuellé, escuier, seigneur de Harbault, pour les prez communs et pour la rue des diz prez seans à Onzain, et pour les cens, tailles et autres revenus que le dict chevalier tient de luy à cause de sa seigneurie de Harbault ». Puis, c’est à l’endroit du comte de Blois, « a la sainct Jehan Baptiste, l’an mil cccc cinquante et ung », que Pierre d’Amboise fît la déclaration pour « le lieu et appartenances des Rochettes », paroisse de Santhenay, pour « le chastel, chastellerie et appartenances de Chaumont » et pour « le lieu et appartenances de la Borde ». Par acte du 20 août 1455, Pierre d’Amboise donna procuration à Jean Eerrageau et Jean Robillard, en vue de « bailler les adveus et denombremens au comte de Bloys », pour les domaines de Chaumont et des Rochettes. D’après l’aveu , rendu le lendemain sur « troys peaux de parchemin et demye », avec sceau de cire rouge en double queue, le seigneur avait aussi, dans cette dernière terre, le droit de haute, moyenne et basse justice. A son tour, en 1457, le seigneur de Chaumont reçut un aveu pour Yarenne, peut-être la Garenne, qui se trouve mentionnée dans une déclaration de l’année 1315.

Vers cette époque , les seigneurs aliénèrent le domaine qu’ils possédaient dans le voisinage de Tours. Cette terre, dont le nom vient sans doute de celui de nostre chastel, comprenait « l’hostel de Chaumont avecques les roches et jardins», clos de vigne, dîme de blé

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(15 à 20 muids), de vendanges (35 à 40 pipes), menue dîme, et quelques cens et rentes (10 livres). Elle jouissait de divers droits, dont ceux de «justice haulte, moyenne et base, en la rivière de Loire du cousté devant Saint-Cire, lant comme je pourrai aller ou envoyer sur un coursier sans le faire noer, et quand le dit coursier ne poura plus aller sans nouer, loul comme celui qui sera dessus, le dit coursier poura giter devant soi une lance et se contiant de longueur en ladite rivière ». La seigneurie réunissait encore la justice de la Noeraie, « au lieu appelé la Grousse - Pierre , en allant contre aval jusques au lieu appelé le Boullan , qui fait la départie de la terre de Marmoutier et de Chaulmont » ; enfin la garenne où « nul ne peut chasser lièvres, conils, faisans ou perdris ».

En l’année 1404, celle terre, du moins en partie, était aux mains d’Antoine de Clermont, chevalier, qui, le 4 avril, en faisait l’hommage simple au « thesaurier de Mil1' saint Martin de Tours». Dans la suite, les seigneurs se décidèrent à la vendre à la collégiale, ainsi que nous l’apprenons par un acte du 18 novembre 1460. On y voit figurer « en la court du roy nostre sire à Tours, noble et puissante dame Anne de Bueil, dame de Chaumont et des deux partz de la terre et seigneurye de Saint-Cire, et Anlhoine Robert, receveur dudit lieu de Chaumont, au nom et comme procureur du noble et puissant seigneur messire Pierre d’Amboize, chevalier seigneur dudit lieu de Chaumont et des dictes deux partz de Saint-Cire». Les intéressés vendirent « les deux partz par indivis des terres, fief, seigneurie, cens, rentes, dixmes, teraiges, fromentaiges, maisons, dominâmes, justice, hommaiges, fruye, garannes, granges, mestairies, manoirs de Saint Cire les Tours, patronaiges, collations de bénéfices, et autres droictz appartenances, appendances et deppendances et autres choses quelconques » à « vénérables et discretz les doyen, trésorier et cliappitre de l’église de Monsieur saint Martin de Tours, maistre Martin Chabot maistre escolle, Alexis Bouju soubz-cloyen, Jehan Festin celerier », pour « la somme de deux mil troys cens escuz d’or des escuz du coing du roy, apresent ayant cours, payez et nomhrez en nostre présence ». Mais on lit cette réserve crue « le sire de Chaumont ne peut de présent faire tradition », puisqu’il a vendu ces deux parts à « dollc Jehanne de Roussy a grâce qui encore dure », et les vendeurs promettent de les « retraire hors des mains de ladite Jehanne de Roussy1 ».

La perception des cens et rentes amenait parfois des conflits assez brûlants entre les seigneurs temporels et le clergé séculier ou régulier.

1 Archives d'Indre-et-Loire, G 391.

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En 1461, les dîmes de Meillant et de Saint- Amand, dans le Berry, furent l’occasion d'un procès entre Pierre d’Amboise, qui était seigneur de Meillant à cause de sa femme Anne, et les prêtres Jean Flory , prieur, et Jean Pérou, curé de Saint- Amand-L’Aillor (aujourd’hui Saint- Amand -Montrond) . Il intervint une sentence arbitrale rendue par l’official de Bourges et par Jacques Du boys , licencié en lois. Le procès mettait en opposition, d’une part, Pierre d’Amboise, « seigneur de Chaumont, Sagonne, Meillant et de la baronnie de Cbarenton, » et, d'autre part, Anne de Beaujeu, veuve de Philippe de Culan, Jean de Castelno, écuyer, avec Marie Culan sa femme, tille de feu Philippe de Culan et d’Anne. On connaît peu de détails sur ce procès. On sait que, à Tours, le 14 octobre 1462, Louis XI adressa à son « amé et féal conseiller et chambellan Pierre d’Amboyse , chevalier, seigneur de Chaumont », une lettre d’anticipation. Ce mandement « au premier huissier ou sergent sur ce requis » autorisait cet officier à citer par anticipation, en appelant par-devant le parlement, afin d’activer la procédure et le jugement. Par ailleurs, Nicole de Canay, « juge des exempts par appel du pais et duchié de Berry pour le roy et commissaire en ceste partie, » à la requête de Pierre d’Amboise, ordonne de comparaître devant lui, à Bourges, à dame Anne de Beaujeu, ou son procureur, pour la collation de titres, l’entérinement de lettres royales et autres choses se référant à la « cause meüe et pendant par devant » lui, entre les dites parties.

Nous venons de prononcer le nom de Louis XI. Un événement considérable avait eu lieu par l’arrivée de ce prince au trône de France, et, pour sa part, Chaumont connut tour à tour les rigueurs et les faveurs du puissant monarque. Charles VII avait laissé la France délivrée des Anglais, le domaine de la couronne accru d’une façon notable et l’autorité royale fortifiée par la prudence d’une administration avisée. A Louis XI incombait la tâche de fonder l’unité nationale sur le démantèlement de l'apanage des puissants suzerains, qui prétendaient se gouverner à leur gré. Il ne fallut rien moins que l’habileté consommée et la volonté indomptable d’homme d’Etat de ce prince pour tenir en échec les quatre maisons princières de Bourbon, de Bourgogne, d’Orléans et d’Anjou, ainsi que les puissants duc de Bretagne et comte d’Armagnac. La coalition n’attendait qu’une occasion pour entrer en lice. Louis XI ayant voulu enlever aux intéressés certains privilèges en leur imposant l’obligation de lui rendre les aveux féodaux, les principaux seigneurs constituèrent la redoutable Ligue du Bien public, qui trouva des chefs résolus dans les ducs de Bourbon et de Bretagne, dans les comtes de Dunois, d’Armagnac et d’autres, mais dont les deux

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têtes les plus redoutables furent, à l'est, le duc de Bourgogne, Charles le Téméraire, et, dans le centre, le frère du roi, Charles, duc de Berry.

Commines, faisant la peinture de la lutte contre le comte de Charolais ou duc de Bourgogne, raconte qn’après la bataille de Montlhéry, le comte se retira à Etampes, et le spirituel chroniqueur était alors dans ce parti. « La, écrit-il, arrivèrent messire Charles de France, lors duc de Berry, seul frère du roy, le duc de Bretaigne, Mgr de Dunoys, Myr de Dampmartin, Mgr de Loheac, Mgr de Bueil, Mgr de Chaumont et messire Charles d’Amboise, son lilx (qui depuis a esté grand homme en ce royaume) , tous lesquels devant nommez le roy avoit desappointez, et defïaictz de leurs estats, quand il vint à sa couronne, nonobstant qu'ils eussent bien servy le roy son père, et le royaume , es conquestes de Normandie et en plusieurs autres guerres. Mgr de Charoloys et tous les grands de sa compagnie les recueillirent et leur allèrent au devant, et amenèrent leurs personnes loger en la ville d’Estampes , ou leur logis

estoit fait, et les gens- d’armes demeurèrent aulx champs. En leur compaignie avoit huit cens hommes d'armes , de très bonne estoffe , dont il y en avoit très largement de Bretons, qui nouvellement avoient laissé les ordonnances qui amendoyent bien leur compaignie. D’archiers et d autres hommes de guerre, armez de bonnes brigandines, avoit en très grand nombre, et pouvoyent bien eslre six mille hommes à cheval, très bien en poinct. Et sembloit bien à voir la compaignie, que le duc de Bretaigne fnst un très grand seigneur : car toute cesle compaignie vivoit sur ses coffres b»

Plessis-lez-Tours, façade extérieure (dessin de la B. N.

De fait, le seigneur de Chaumont oublia qu’il était chambellan du roi pour suivre le parti des princes et des hauts suzerains, parmi lesquels il avait des relations plus intimes, notamment avec le duc d’Orléans et le comte d’Armagnac. La punition ne se lit pas attendre, et le roi confisqua sur-le-champ les domaines de Pierre d’Amboise, dont il fit présent à sa cousine la duchesse d’Orléans. La lettre du prince, datée de « Mehun-sur-Loire , le dernier jour de may 14(35 », contresignée « Bourré », fut enregistrée à la Chambre des comptes

1 Mémoires, 1. I, ch. v.

1*0 PIERRE LE PATRIARCHE

de Paris, le 9 juillet suivant. Elle est trop importante pour noire sujet pour que nous ne transcrivions pas ici les principaux passages.

« Loys, par la grâce de Dieu roy de France, à tous ceux qui ces présentes lettres verront, saint. Comme Pierre d’Amboise, chevalier, nagueres au lieu de Chaumont- sur-Loire se soyt, puis aucun temps, armé et eslevé alleneontre de nous et fait plusieurs machinations et sollicitations et poursuites afin de grever et dommager nous et nos

loyaux subjeets, à l’accasion desquels cas qui sont tous notoires, tous ses biens nous soient acquis, et ayant forfait comme et desja en signe de ce et pour l’absence du dit Pierre d’Amboise, qui sest rendu fugitif de nostre royaume et n’y a peü estre appréhendé pour procéder contre sa personne, ayons fait démolir et abattre son chastel dudit lieu de Chaumont et autres de ses maisons, comme loisible nous estoit;

« Sçavoir faisons que nous, considéré la proximité de lignage dont nous attient nostre très chere et très amée cousine, la duchesse d’Orléans, a icelle, pour ces causes et autres nous mouvans, avons de nostre propre mouvement et grâce especiale donné , cédé et transporté, donnons, cédons et transportons par ces présentes a tousjours, perpétuellement et héréditairement pour elle, ses hoirs, successeurs et ayans cause, le dit chastel, chastellenie, terre et seigneurie de Chaumont, avec la terre et seigneurie de la Borde, près dudit Chaumont, et la terre et seigneurie des Pochettes, ensemble les garennes a connins des dites terres et seigneuries, s’aucunes il y en a, sans en rien' retenir ne reserver excepté le peage du dit Chaumont, que nous avons aboli et abbatu, et aussy les bois qui sont des dites terres et seigneuries lesquels nous avons retenus et retenons pour nous... 1 »

1 « Registre de la Chambre des comptes, Bibliothèque de Saint-Germain, t. VI, f. 8, année 1465, le 31 may à Meun-sur-Loire. » — B. N., Coll. D. Rousseau, t. IX, n° 4068 ,

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En donnant la terre de Chaumont à sa « très amée cousine la duchesse d’Orléans », Louis XI avait déclaré que c’était pour en jouir, elle et ses successeurs, « a toujours, perpétuellement, héréditairement, en payant les charges et faisant les devoirs qui en pourraient estre deübs ». Le roi sous-entendait la condition de son bon plaisir, reposant sur le vieil adage que « la cause cessant, l’effet peut cesser aussy ». Et il le fit bien voir, en reprenant à la duchesse le domaine qu’il lui avait octroyé « comme sa propre chose ». Le seigneur de Chaumont devait, en effet, voir cesser la disgrâce et, avec elle, la punition qu’il avait encourue.

Mais le souverain ne s’était pas contenté de confisquer le domaine. « Le roi ordonna, au mois de janvier 1465, que la place de Chaumont fût brûlée et rasée, ce qui fut exécuté, »

comme s’exprime le docte Père Anselme. De fait, en recherchant les vestiges du castel médiéval , on remarque , dans l’aile qui regarde le couchant, à la base des murailles , des restes d’une construction fort ancienne qui doit être le bâtiment sur lequel Louis XI étendit ses mesures de répression. Il est probable, en effet, que la justice royale se borna à démanteler l’habitation sans la ruiner complètement et que les portions survivantes furent utilisées dans la réédification entreprise par le chevalier Pierre.

Celui-ci, nous l’avons dit, ne tarda pas à rentrer en grâce auprès du roi, qui savait bien l’étendue des aptitudes et du dévouement de son chambellan. Louis XI lui accorda toute facilité de relever la forteresse chaumontoise et l’aida, dit-on, dans cette œuvre de réparation.

De cette époque on possède une confirmation on Vidimus d’une sentence arbitrale de l’archevêque de Tours et de l’évêque de Chartres, entre les religieux de Pontlevoy et le seigneur de Chaumont, sur plusieurs différends (1466); un autre, touchant « l’hommage et foy faicle

Anjou et Touraine , chartes 1 400 à 1547 (sa transcription est défectueuse en plusieurs passages). — B. N., F. fr. 5980, f. 52 v., Extrait des layettes de la Chambre des comptes de Blois, registre du xviii0 siècle. — Vidimus; id. 5980, f. 45 v. — B. N., Coll. Clérambault, 967, p. 504, cahier du xvin0 siècle. Inventaire des titres de la Chambre des comptes de Blois.

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au comte de Bloys par Charles d’Amboise pour raison de la terre et seigneurie de Chaumont- sur- Loire, en datte du vingt deuxiesme jour de janvier mil quatre cens soixante neuf, » signé Yillebresme. Ensuite,

« La tour d’Amboise » et l’aile occidentale du château de Chaumont.

nous rencontrons un Vidimus en parchemin de « la foy faicte par Charles d’Amboise, au nom et comme procureur de Pierre d’Amboise, son père, pour raison de la terre et seigneurie de Chaumont-sur-Loire et ses appartenances, datté de l’an mil quatre cens soixante et neuf, le dixiesme jour de febvrier », signé Tremeau et scellé de cire verte sur simple queue. Le 1er septembre 1470, « Pierre d’Amboise fit

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l’hommage et foy », par son procureur Antoine Robert, pour « la seigneurie des Rocheltes, paroisse de Senthenay », et un Vidimus , daté du lendemain, est scellé de cire verte sur double queue.

Le seigneur de Chaumont, que ses fonctions attachaient à la Touraine, montra une prédilection spéciale pour le couvent des Cordeliers d’Amboise qu’il dota de ses largesses, et il fut suivi dans cette voie par les membres de sa famille, dont plusieurs y reçurent la sépulture. De cet ancien couvent, à l’ouest de la ville et au milieu d’un parc agréable, il reste des parties intéressantes. Outre la chapelle avec traces de peintures et d'enfeu, on remarque le cloître et le logis conventuel, refaits au xvne siècle. Tout à côté s’élève le vieux collège de la Madeleine, si remarquable par ses curieuses peintures murales du xve siècle, figurant les Sages de l'antiquité, et dont les blasons attestent l’intervention des seigneurs de la famille d’Amboise.

Pierre d’Amboise touchait à la fin de sa longue carrière, remplie d’honneurs. Il possédait de nombreux et riches domaines, et les rois Charles ATI et Louis XI y avaient ajouté des charges importantes. Il occupa les dignités de chambellan du roi, de gouverneur de Touraine, de prévôt de Rlois et d’ambassadeur à Rome. Mais la meilleure récompense du chevalier était dans l’affection de sa femme et de ses enfants, chez lesquels se devinaient les aptitudes les plus variées et se faisaient jour les espérances les mieux justifiées.

Avec un culte profond pour la mémoire de ses aïeux, Pierre s’était appliqué à rendre à Chaumont son éclat des temps anciens. Son œuvre, qui fut continuée par son fils, se montre en particulier dans l’aile occidentale, laquelle garde bien la physionomie du dernier tiers duxve siècle. La façade intérieure de la cour, avec ses meneaux, la tour d’escalier en vis de Saint-Gilles, avec sa porte surmontée d’un arc en talon à tympan orné du casque de chevalier, tout dans l’ensemble et les détails accuse celte époque. Elle brille davantage encore à l'extérieur. Une grande partie de la muraille du couchant avec son chemin de ronde, la magnifique tour à quatre étages qui flanque l'angle nord-ouest et continue de s’appeler « tour d’Amboise », aussi bien que l’aile en retour vers nord, appartiennent, selon toute probabilité, au plan de reconstruction du chevalier Pierre, dont le travail fut repris par ses successeurs.

C’est qu’en effet, tout en présentant une silhouette magnifique par l’ampleur et la fermeté de ses lignes, ainsi que par l’harmonieuse unité de ses proportions, le château laisse deviner au regard scrutateur les vicissitudes de son histoire à travers les siècles. Tel le preux des combats légendaires garde empreinte sur ses traits et sur son armure

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la trace des luttes auxquelles il a pris part, et les cicatrices ne l'ont que rehausser la noble fierté de son visage.

Parmi ses domaines , celui que Pierre d’Amboise plaçait dans son attachement après Chaumont, est la terre de Meillant en Berry. Dans la suite, nous verrons se transformer superbement cette résidence, qui mérite à tous égards d’arrêter l’artiste et l’historien; mais, dès l’époque qui nous occupe , c’était une terre et une maison fort agréables. Sans doute, le désastre subi* par le château des bords de la Loire avait porté le seigneur à faire des visites plus fréquentes et des séjours plus prolongés au castel berrichon. Il s’y trouvait le 28 juin 1473, quand il fut emporté par la maladie. Ses restes mortels furent inhumés dans l’église du couvent des religieuses de Sainte- Claire à Bourges.

Cul-de-lampe du grand escalier.

Frise sculptée avec emblèmes de Chaumont et initiales de Charles et de Catherine.

LES GRANDS OFFICIERS

Charles I«r, très vaillant homme, sage et diligent. [Commîmes, Mémoires, 1. vi , c. 4.1

relèvement de Chaumont devait être continué par le fils aîné de Pierre, Charles Ier, qui posséda également divers châteaux et fut aussi baron dje Charenton, seigneur de Sagonne, comte de Brienne, seigneur d’Ennordres, d’Augy-sur-Aubois et de Château-sur-Allier. Louis XI lui accorda toutes ses faveurs et lui vint en aide pour la reconstruction de sa demeure. On connaissait « plusieurs quittances de lui, des années antérieures à 1475, tant pour les sommes que le roi lui avait accordées pour la réparation et réédification de son chastel et place de Chaumont, que pour les pensions qu’il avait reçues de ce prince ». Nous avions le plus vif désir de retrouver ces pièces, mentionnées par le P. Anselme, mais nous les avons vainement cherchées à la Bibliothèque Nationale.

« Monseigneur de Chaumont,» comme on l’appelait , entre autres domaines, possédait la belle terre de Meillant, ainsi que nous l’avons vu. Dans le ressort de celle-ci , Jean Heslion de Chez , écuyeret seigneur des Mazières, avait vendu, le 19 janvier 1474, la dîme de Monteaulx assise sur les paroisses de Saint-Amand, Drevant et Colombier, à Charles de Bigny, écuyer, seigneur de Bigny, de la Goursse, d’Aynay le Vieil

LES GRANDS OFFICIERS

et de Meaulne. L’acheteur ne se pressa guère de faire l’hommage pour cette dîme « au lié de Meillant » dont elle relevait, et il se vit, « faulte d’homme, » menacé de la saisie féodale, d’autant mieux qu’il n’avait pas, à cet effet, mis à profit le séjour que le seigneur lit dans sa résidence du Berry.

Enfin il se décida et, le 2 octobre 1474, vers les quatre heures du soir, il se transporta au château et demanda Mgr de Chaumont : on lui répondit qu’il était absent. Il se rendit ensuite à la maison du procureur de Meillant, Claude Libault, également absent, et dit à la femme de ce dernier « qu’il estoit venu pour faire le lié et hommaige a mondit seigneur de Chaulmont, s’il y estoit, de la moitié du disme de vin de Monteaulx ». Ensuite il s’avança vers le cliastel et trouva, tout auprès, François Le Baillie, écuyer et seigneur des Brosses, et Beraut Franc, écuyer, seigneur de La Mothe, « officiers et gouverneurs de ladite seigneurie ». Il leur exprima son intention en leur demandant que « s'ilz avoient puissance de mondit seigneur de le recepvoir audit fié, qu’ilz le receussent». Ils lui répondirent négativement, non sans ajouter que le seigneur « avoit assez longtemps esté audit Meillant, et durand icelluy temps devoit venir, et que a présent venoit a tort et quilz avoient charge de lever la dicte disme parce que mondit seigneur n’avoit point de homme ».

Les officiers poursuivirent « qu’ilz avoient de la vesselle dargent du seigneur, dont ilz luy en laisseroient, s’il vouloit, jusques à la somme de quatre cens escus d’or que luy avoit cousté la dicte disme ». L’interlocuteur répliqua « qu'il venoit assés à temps a faire le dict fié et, si mondict seigneur y estoit, qu’il estoit délibéré de le faire à luy et a sa personne, mais qu’il ne se congnoissoit en vesselle d’argent et s’ilz luy vouloient bailler les diz quatre cens escus d’or, qu’il les prandroit voulontiers ». On échangea encore plusieurs propos et, finalement, le visiteur résolu « s’en vint vers la porte principale dudiet cliastel et illec vint baiser le courroilh et verroilh dicelle porte, disant qu’il faisoit illec le fié et devoir de fié qu'il estoit tenu faire à mondict seigneur de Chaulmont de la dicte disme ou que soit le possible a luy, affin de obvier a tout dangier et inconveniant qu’il pourroit au deffault dudiet fié encourre envers mondict seigneur, faisant plusieurs protestations selon qu’il disoit perlinens a son cas ». Ce dont le seigneur de Bigny demanda à un notaire « lettre et instrument », qui lui fut remis.

La retenue féodale, opérée au nom du seigneur de Meillant, de la moitié de la dîme de Monteaulx émut fort le seigneur de Bigny; et, le 3 octobre, pour trancher la contestation, un acte fut passé entre celui-ci et les préposés du château, acte par lequel les parties déclaraient s’en

LES GRANDS OFFICIERS

rapporter à l’arbitrage de Mc Jean Cordier et Jean Bachelier, devant lesquels on produirait les pièces et moyens uliles. Le seigneur de Chaumont, nous l’avons dit, portait le titre de « baron de Charenton », et, au printemps de 1475, il avait pour prévôt de cette terre Jean Chevasson.

Charles Ier, «très vaillant homme, sage et diligent, » selon les expressions de Commines, fut honoré de plusieurs dignités par le roi Louis XI. Il était capitaine de Pézenas en 1474, suivant une quittance du 12 juillet, et capitaine de quatre-vingts lances en 1475, d’après une quittance du 30 juillet. Aux titres de conseiller et de chambellan du roi, il joignit ceux de gouverneur de l’Ile-de- France , p u i s d e C h a m pagne et de la ville de Langres. En cette qualité , on le voit toucher ses gages le 13 septembre 1470 et mettre à la quittance son sceau rond ( 23 mill.

avec l’écu palé de six pièces, penché, timbré d’un heaume à lambrequin, cimé d’une tête de lion dans un vol. La légende mutilée porte encore : S... d’Amiieize.

Le seigneur de Chaumont reçut aussi le gouvernement de la Bourgogne, et il se trouva mêlé aux affaires de l’Est, où il servit le roi avec dévouement. Après la bataille de Morat ( 1476), qui lui ravit environ huit mille hommes, le duc Charles le Téméraire se retira « bien désolé » en Bourgogne. Il lit amener au château de Rouvre, près Dijon, la duchesse de Savoie, sœur de Louis XI, alors désunis par « haine moult grande et longue»; avec elle, on conduisit un de ses enfants, depuis duc de Savoie, tandis que l’aîné fut mené à Chambéry. La duchesse tourna alors sa pensée vers le roi de France, qui répondit à l’envoyé Bivarol qu’il « ne vouldroit avoir failly à sa sœur, nonobstant leurs differens passez, et si elle se vouloit allier de luy, qu’il la feroit envoyer quérir par le gouverneur de Champaigne, pour lors messire Charles d’Amboise , seigneur de Chaumont».

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Ayant reçu du roi l’espérance qu’elle retournerait en Savoie avec ses enfants et ses places, elle promit de renoncer à toute alliance pour la sienne. Sur-le-champ, Louis XI envoya à Charles d’Amboise l’ordre de délivrer la duchesse, et « l’entreprise fut bien exécutée ». « Et alla

le die t seigneur de Chaumont, avec bon nombre de gens, jusques à Rouvre, sans porter dommage au pais, et amena Mmo de Savoye, et tout son train, en la plus prochaine place, en l'obeissance du roy. »

A son retour de Lyon àTou rs , Louis XI , en apprenant la délivrance de sa sœur, « fut très joyeux , et manda diligemment qu’elle vint devers luy ». Le séjour de la duchesse au Plessis pendant une semaine scella leur amitié «jusques à la mort », et, selon sa promesse, le roi <( luy fait rendre ses enfants, et toutes ses

Tour d’entrée de Chaumont, emblèmes des seigneurs places et bagues , et

et du cardinal Georges. , , • •

tout ce qui luy appartenoit 1 ».

Le seigneur de Chaumont avait uni son existence à celle de Catherine de Chauvigny, dame de Ravel, fille d’André de Chauvigny et de Catherine ou Jaquette de Reaujeu. Associée à la vie du seigneur par les liens d’une tendre affection, il convenait que son nom fût uni à celui de son mari dans le souvenir de la reconstruction du château. Suivant l’usage du temps qui paraît dans les miniatures , les tapisseries et autres œuvres d’art, les initiales des deux prénoms sont enlacées d’une

1 Commines, Mémoires, liv. Y, ch. 4.

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façon intime et sans lacs intermédiaire, autour du château, dans la curieuse frise qui court sur l’entrée, les tours et sur les façades latérales.

Cette union symbolique n’était que justice et ne faisait que consacrer la douce mémoire de dame Catherine, dont les qualités avaient embelli l’existence du seigneur auquel elle avait d’ailleurs donné une jolie couronne d'enfants formée de quatre garçons et deux filles. L’ainé, qui se nommait François, fut prieur de Saint-Lazare; le second, Charles, parvint à une situation considérable; quant à Louis, il devint évêque d’Autun et d’Albi, et reçut la pourpre; enfin Guy ou Gu von fut seigneur de Ravel, chevalier de l’ordre royal et capitaine de deux cents gentilshommes de la maison de Louis XII. Les fdles se nommaient Marie et Catherine. Marie se maria d’abord à Robert de Sarrebruck; puis, après la mort de son premier époux , elle s’unit à Jean VI, seigneur de Créqui; elle était qualifiée dame de Rissé et donna le jour à Georges de Créqui, sieur de Rissé. Catherine contracta trois mariages successifs, dont nous nous réservons de parler à cause du lien particulier qu’ils ont avec les annales chaumontoises.

Louis XI comptait parmi ses confidents les plus intimes les deux frères d’Amboise, Charles et Louis, ce dernier évêque d’Albi et confesseur du roi. Us ne s’éloignaient guère de sa personne, et le monarque les avait auprès de lui, au mois de mars 1480, sur les bords riants de la Vienne, ainsi d’ailleurs que le maréchal de Gié et le sieur du Lude. On sait qu’en celte circonstance, le prince fut frappé d’apoplexie et perdit quelque temps connaissance. Durant une dizaine de jours, les chambellans avec le secrétaire Commines, dans une chambre au-dessus de celle du roi, expédièrent les affaires urgentes dans l’expectative de l’amélioration du souverain, « avec lequel, dit Commines, il fallait charrier droict. » Aussi, poursuit-il, « nous faisions peu d’expéditions en attendant la fin de la maladie ».

Charles Ier remplissait les fonctions de sa charge auprès du roi quand il fut emporté le 22 février 1481 (n. s.). Son corps fut transporté en l’église conventuelle des Cordeliers à Amboise, où il reçut la sépulture. Un historien qui a vu son mausolée nous en a laissé la description suivante :

« Charles Ier d’Amboise, fut enterré dans le cœur des Pères Cordeliers, derrière le grand autel où est son tombeau. Ce monument peu recherché, de huit pieds de long sur trois pieds dix pouces de large, ne porte plus que deux pieds huit pouces de hauteur, la base sur laquelle il avait été élevé ayant été enterrée. Le massif de ce monument, construit en pierre de Relie roche, présente un quarré long, sur les faces duquel on a sculpté des agréments gothiques, symmélrisés en

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forme de croisées d’église. Revêtu d’une table de pierre de Ménars de quatre pouces environ d’épaisseur, les vives arrestes abbatues en chamfrain en-dessus et en-dessous, forment une espèce de gros tors, sous lequel est l’épitaphe suivante, gravée en écriture capitale visigothique,

dont les lettres sont massives, à bases et tranchées :

« Cy g ist noble el puissant seigneur Charles d’Amboise, en son vivant seigneur de Chaumont, baron de Charenton, et lieutenant général du roy et gouverneur ès pays, duché et comté de Bourgogne et Campaigne, lequel trespassa l’an mil quatre cens quatre vingts le ime jour de février. Plaise vous prier pour l’âme de luy. »

« Sur cette table est une figure de marbre blanc, représentant Charles revêtu de la cotte d’armes, ayant une soubreveste en-dessus, la teste appuyée sur un carreau, et les mains jointes. Un casque fermé se trouve derrière la tête, au milieu de deux anges qui l’accompagnent; un lion, symbole du courage, est à ses pieds.»

Lors du décès de Charles Ier, ses enfants étaient encore mineurs, et leur mère, Catherine de Chauvigny, eut la tutelle des personnes et des biens. C’est la qualité que nous lui Tombeau de Charles Ie1', d’après Gaignières. VOVOnS dans lin acte qui débute par

les mots : « Katherine de Chauvigny, comtesse de Brienne, dame de Chaumont, de Ravel, de Charenton, Meillant et Sagonne, tuteresse naturelle et ayant le bail, gouvernement et administracion de Francoys, Marie, Charles, Guyon, Loys et Katherine, nos enffanz et de feü nostre très chier seigneur et mary, Charles d’Amboize, seigneur des diz lieux, que Dieu absoille ! »

A ce titre, le 25 juillet 1485, au château de Sagonne en Berry, où elle se trouvait, la dame de Chaumont recevait de noble homme Martin Franc, seigneur de Prelles, « pour et au nom de ses enflants, les foy et hommaige des chevances, terres et seigneuries qu’il tient en fiez à cause de la seigneurie et chastel de Sagonne ». Celui-ci fit le

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serment accoutumé et promit de remettre le dénombrement particulier au bailli « dedans quarante jours ». L’acte de réception, donné « au chastel de Sagonne », porte : « Par commendement de M110 Dubourg. » Trois jours plus tard, Catherine était à son manoir de Charenton, et, au même titre, elle y recevait l’hommage féodal de Chariot de Crosses, de la paroisse de Vernay, pour les terres qu’il possédait dans « la baronnie de Charenton » ; le vassal s’obligeait également à donner le dénombrement dans les quarante jours. L’acte porte : « Donné à Charenton, le xxviii juillet 1485. »

Parfois l’hommage féodal était rendu devant un représentant du suzerain. Ainsi, le 5 septembre de la même année, c’est devant Pierre Merlin, notaire de Charenton, que Guillaume Denis faisait aux « enfants héritiers de Charles d’Amboise » l’aveu de certains biens. Il déclarait tenir de la seigneurie de Meillant une dîme appelée Sencion, sur la paroisse de Meillant et « d’Arpheulhe » (Orfeuil , dont il « a fait les foy et hommaige et services en tel cas acostumés es mains de noble et puissante damoiselle Katherine de Chauvigny, mère et tuteresse naturelle des diz seigneurs ». Sur la paroisse de Vernay, dont il a été question, l’écuyer Jean Carrelier, seigneur en partie de la Vaul, dite localité, le 31 mai I486, reconnaît tenir des dits enfants et seigneurs « certaines terres, bois, cens, relevant de la baronnie de Charenton », dont il a fait l’hommage à la dame de Chaumont. Outre les titres ordinaires, le défunt porte ici ceux de seigneur de « Aneurdre (Vandœuvres), Augy-sur -Boys et Chasteaulx-sur- Allier ». Le même jour, Antoine de la Paye, écuyer, seigneur de la Faye, même paroisse, déclarait tenir des dits seigneurs cà cause de leur baronnie de Charen- Lon <( un hostel appellé l’ostel de la Faye, avec les foussés et un plex (haie) de boys, la garenne et troys petites ouches, etc. ».

Au cours des années qui fixent notre attention, de ses hautes fenêtres à meneaux, la dame de Chaumont vit défiler sur les rives de la Loire le cortège qui accompagnait les restes mortels du roi. L’année 1483 avait enlevé à la France Louis XI, dont les éminentes qualités d’homme d’Etat, appuyées d’une énergie invincible, avaient donné à la nation l’unité, la paix, la prospérité avec les bénéfices les plus précieux de l’industrie, du commerce et des divers avantages qui contribuent au développement de la civilisation. Toute défaillance et tout excès mis de côté, le souverain avait gardé au cœur deux amours profonds et sincères, celui de la France et celui de Notre-Dame dont il portait d’ordinaire les insignes. Aussi voulut- il reposer non à l'ombre de la nécropole royale de Saint-Denis, mais sur les bords solitaires de la

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Loire, en l’église Notre-Dame de Cléry, où son tombeau le représentait à genoux en simple costume de chasse.

Le mépris souverain du faste ne parut pas au même degré dans la personne de Charles YIII. La célébration de son mariage à Langeais à l’hiver de 1491 fut entourée d’une brillante solennité, que présida l’un des frères du seigneur de Chaumont, Louis, évêque d’Albi. Le contrat de mariage fut rédigé parle notaire royal, Boureau d’Amboise. Les registres paroissiaux ont conservé le souvenir de cet acte solennel par la plume du curé de Saint-Jean, qui vivait au xvm° siècle et qui a connu les pièces officielles.

« Ce qu’il y a de plus considérable à Langeais, y lisons-nous, c’est le chasteau où Charles huit, roy de France, a espousé Anne de Bretagne, dans la grande salle du dit chasteau de Langeais, l’année 1491, le seize décembre, où assistèrent Mmc Anne de France, duchesse de Bourbon, sœur du dit seigneur roy; furent espouzés par M. l'évesque d’Alby, et encore présens et du consentement de très hault et très puissant M. le prince d’Orange, proche parent et héritier de la dite dame, et encore de très haults et puissants princes messieurs duc Pierre de Bourbon, Charles, comte d’Angoulême , Jean, comte de Foix, François, comte de Vendôme; MM. Guy de Bochefort, chevallier et chancelier de France, Révérend Père Mr Louis d’Amboise, evesque d’Alby, Jean d’Exely, docteur en théologie, confesseur du dit seigneur roy, esleu esveque d’Angers, avec plusieurs autres de la part du dit roy, et le dit seigneur prince d’Orange, Me Philippe de Montauban, chancellier de Bretagne, le sire de Guimené, le seigneur Couacquin, grand maistre de la ditte Bretagne, et plusieurs austres de la part de la dite dame reine, aussy présents; ce fut fait et passé par M“ Pierre Bourreau, licenlier es lois, notaire apostolique, les jour et an que dessus. Fait à Langeais, ce dix septiesme febvrier mil sept cent trente six, Pallu, curé et doyen h »

Trop court allait être le règne du jeune Charles VIII, qui fut moissonné dans la Heur de l’àge. L’évêque Louis d’Amboise ne devait pas goûter longtemps les faveurs de son souverain, et de nouveau, des fenêtres de son chastel, la dame de Chaumont allait voir se dérouler la pompe funèbre d’un roi de France, non sans que le souvenir éveillât en son âme une profonde émotion. Les complaintes du temps célèbrent le prince « juste, loyal, piteux, miséricors, — auquel l’œil doit pleur, le cueur, doléance; la langue, loz ; l’esprit, déligence; — qui tant valloit, qui bien parloit et qui bien vivoit. » C’est ici le langage des

1 Archives de la mairie de Langeais, registre de la paroisse Saint-Jean.

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Muses, qui redisent « sa beauté » et « complexion remplie de sobresse' ». Quant aux historiens, ils nous ont laissé des réflexions contradictoires au sujet de Charles VIII. Au dire de Brantôme, il avait « le visage doux et agréable » et était « de petite stature ». Guicbardin le fait difforme de corps et de visage; d’après Barthélemy Cochlès, il était « petit de taille et laid de visage, avait la tête grosse, le nez aquilin et outre mesure, les yeux grands et saillants, le cou court et épais, cuisses et jambes grêles ». Peut-être ne faut-il accepter ni le dire de Brantôme, qui ne connut le prince que par sa grand’mère, ni celui de Cochlès, qui pourrait avoir chargé le tableau. Il ressort de ces observations que Charles VIII était court, de complexion défectueuse et de visage doux mais pas harmonieux, ce qui s’accorde bien avec son « effigie douce et benigne à Saint-Denis, en bronze doré, devant le grand autel », selon le rapport même de Brantôme.

Quoi qu’il en soit, Charles VIII, d’un naturel débonnaire, avait au soir de sa vie rêvé de rendre la justice et.de « donner audiance au pauvre peuple, mesme comme Monsieur sainct Loys y procédoit». Soudain, par une nuit printanière d’avril 1498, la « veille de Pasques flories », à la suite d’un heurt de la tête contre le cintre soubaissé de la galerie Haquelebac, il fut emporté par une congestion suivie d’un coma d’environ neuf heures : touchant exemple d’une jeunesse moissonnée dans la fleur et montrant, suivant l’expression naïve du chroniqueur, « que c’est peu de chose que nostre misérable vie », et qu’à ce passage, « les roys n’y peuvent résister non plus que les laboureurs».

Sur la couche funèbre on répandit des larmes avec des prières, et très grande, en particulier, fut la douleur d’Anne de Bretagne, dont un témoin, Imbert de Batarnay, seigneur de Montrésor, écrivait à sa femme que « l’on ne la peult appaiser ». Les comptes de la reine nous révèlent le changement qu’elle apporta dans la façon de porter le deuil, pour lequel elle substitua le noir au blanc. Nous y relevons en particulier « un manteau d'agneaulx blanc soyeux (trente-trois livres trois sous) avec quatre-vingt-seize frizons blancs pour la fourrure; un grand manteau de deuil de drap noir de dix aunes, avec queue de deux aunes et demie de long, et quatre cent cinquante et une ventrées de menu ver épuré et soixante-dix non épuré, tout le dedans resemé de queues »; un corset de drap noir à grandes manches et deux queues; une cotte de fin drap noir avec salin noir pour le corps de la cotte; un chaperon de fin drap noir avec deux cent cinquante

1 «Complainte sur la mort de Charles VIII, » par Octavien de Saint- Gelais , évêque d’Angoulème.

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ventrées de menu vair pour le fourrer et « onze couvreciefs ou coiffes de toile de crespe de lin » avec cinq barbiches de même toile. La reine donna un deuil à ses demoiselles d'honneur, parmi lesquelles nous remarquons Charlotte d’Aragon, princesse de Tarente, Anne de

Montpensier , Françoise de Bretagne et M"' de Caudale ; ainsi qu’à divers personnages comme l’évêque de Laon , son conseiller l’abbé de Redon , en Bretagne , M. de Rohan, premier baron de Bretagne, les barons de Rieux, de Montafilant, d’Avaucourt, de Quintin et autres.

C’est le mercredi 18 avril que , sur la route d’Amboise à Paris , qui dans ces parages se déroule au long de la Loire , la dépouille mortelle de Charles VIII fut conduite à Saint-Denis avec tout l’apparat qui figurait comme l’ombre de la grandeur

Lit et chaise du xvc siècle à Chaumont.

passée.

Au château d’Amboise eut lieu la première cérémonie mortuaire. L’office célébré dans la collégiale de Saint-Florentin se poursuivit avec une solennité royale, et un héraut , deux heures avant le départ du cortège, fit savoir à son de trompe que « tous valets portans malles, et meneurs de sommiers (ou bestes de somme) aient à aller devant ».

Le service achevé, le cortège se mit en marche. R avait été décidé qu’ « on portera le corps à quatre lieues d’ici, et ira tous les jours jusqu’à ce qu’il soit à Saint-Denis, excepté que dimanche il séjournera à Cléry ». En tète du convoi marchaient les menus officiers de la maison,

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en noir, autour du maître d’hôtel Chasteaudieux, avec mission « d’entretenir l’estât accoutumé » le long de la route; puis quatre cents pauvres en habit noir portant des torches, avec les commissaires chargés de les diriger. En même temps, s’avançait une compagnie de vingt-quatre archers à cheval, en robes noires ouvertes sur le devant, avec les bâtons d’usage à la main, sous les ordres du capitaine de la Ghastre, « esleu h porter le guidon du corps du roy, comme homme de bien, » lequel guidon est roulé autour de la lance; et sur son ordre, à l’entrée des localités et églises où le corps doit séjourner, il fait descendre de cheval et ranger ses hommes « des deux costés en ordre, pour donner voye au corps et à sa suite ».

Ensuite marchaient le premier maître d’hôtel avec ses maîtres d’hôtel ordinaires au nombre de quarante, tenant « leurs bastons noir », et les divers officiers de la maison, paneliers, échansons, valets tranchants, etc., tous en deuil, ainsi que les gentilshommes qui n’avaient pas « d’autre charge pour le jour ». Les uns et les autres sont sous les ordres du grand maître, qui se tient derrière eux et les fait mettre en rang à l’arrivée dans les églises et asseoir « chascun selon leur degré »; quant à lui, il demeure alors « avec l’espée, plus prochain du corps, comme il appartient ».

Puis venaient les huissiers d’armes, suivis « des chevaucheurs d’escurie, vestus de noir », des trompettes, des pages de l’écurie chevauchant « les petites haquenées du roy », avec l’écuyer du corps de la dépense. Derrière celui-ci marchaient six pages en costume de velours noir sur six coursiers habillés de même, « jusques en terre, avec la croix blanche dessus, » que suivait « le cheval de l'espée, aussi houssé de veloux noir », tandis qu’à leurs côtés se voient les hérauts et les deux sergents à masse, à la gauche desquels se tiennent deux des maîtres des requêtes « des plus anciens ».

Voici qu’apparaît le char funèbre somptueusement paré. Devant lui se tient, sur son coursier, le grand écuyer, le chevalier Pierre d’Urfé, qui a réglé a l’ordonnance » de la cérémonie; il est entouré des laquais « pour soustenir et redresser le chariot du corps, s'il versait », ainsi que de vingt-quatre suisses portant des torches. On voit également, à pied, quinze religieux Cordeliers et quinze « bonshommes », ou religieux minimes, des couvents d’Amboise. Sur le côté gauche du char, chevauchait le premier valet tranchant, Louis Daux, portant le pennon du roi enroulé qu’il déploie à l’entrée des bourgs et églises où descend le corps; au côté droit, se tenait Md1' d’Alègre , choisi comme « bon personnage et de grande maison » pour porter l’enseigne du roi, qu’il doit tenir « enroulée autour de la lance et en

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son fourreau » jusqu’à l’office célébré à Notre-Dame, puis à Saint- Denis, où elle (( demeurera sur le corps quand il sera enterré ».

Derrière le corps, et aussi dans son fourreau, la bannière royale était portée à cheval par le premier chambellan, Mgr de La Trémoille, qui avait aussi la qualité de lieutenant du roi. A sa suite marchaient « les seigneurs du deuil, cardinaux, prélats, chevaliers de l’ordre et chambellans » ; puis les gentilshommes de la main , qui , à la descente du corps dans les bourgs et églises, doivent avoir « leur hache au poing » et se tenir à l’entrée du chœur. La cérémonie était rehaussée par la présence du cardinal de Gnrce , « délégué pour faire le service, » et des évêques d’Angers, confesseur du roi, de Cornouailles, d’Angoulême et de Bethléem. x\u premier rang des gentilshommes étaient les seigneurs du Bouchage , de Piennes , le sénéchal de Beaucaire , Philippe du Moulins, les seigneurs de Mauléon, de Montauban, de Rochepot, de Bavel et de Chaumont.

Magnifique était la représentation mortuaire. Le cercueil était recouvert d’un « grand poisle de veloux noir, ayant au milieu une grande croix de satin blanc et sur chacun quartier un écusson anx armes de France, la couronne et ordre du roy autour; et sur le poisle, un autre grand drap d’or frizé, aussi avec croix blanche de satin blanc et pareilles armes; autour du dit poisle est attaché du veloux violet azuré, semé de fleurs de lys d’or avec un get d’hermines. Sur les poisles et cercueil, du côté de la teste, il y avait un oreiller de drap d’or frizé avec la couronne, au milieu du sceptre et main de justice; aux pieds est une croix d’argent doré ».

Sur tout le parcours, la population s’empressa pour voir passer le cortège, et, tout en satisfaisant une légitime curiosité, on s’inclinait dans un dernier et respectueux hommage à l’égard de la jeunesse et de la bonté sitôt moissonnées. La cérémonie funèbre fut renouvelée dans la capitale. L’effigie du roi dont le masque avait été fait « d'après le vif », à l’aide d’une « cire appliquée sur la face du défunt », était le point de mire de tous les regards. Elle était « vestue d’une chemise de toille de Hollande, bordée et faicle à l’esguille de soye noire au collet et aux manches; par-dessus, d’une camisole de satin rouge cramoisy, doublée de taffetas de même couleur, bordée d’un petit passement d’or avec mouches jusqu’au coulde, et dessus une tunique de satin azuré semé de fleurs de lys d’or à un passement d’or et d’argent, et aussi les manches jusques au coulde. Par dessus est le manteau royal de velours violet cramoisi azuré, semé de fleurs de lys d’or, ouvert devant, sans manches, doublé de taffetas blanc, collet et parement d’hermines, de longueur de cinq aunes, comprins la queue.

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« Au col, sur le manteau, est le grand ordre i ou collier) du roy; sur la teste, un petit bonnet de velours cramoisi brun, et dessus, la couronne garnie et enrichie de pierreries. Les jambes sont chaussées de bottines de toile d’or traict, semelées de salin cramoisy rouge ; l’effigie a les mains jointes; sur le chevet sont deux oreillers de velours cramoisi , faict autour à broderie et pourfilerie d’or, sur l’un desquels à la main dextre est le sceptre , presque aussi long que l’effigie, et sur l’autre, à la main senestre , est la main de justice ouverte, le baston long d’environ deux pieds et demi. Dessus la dite effigie, en haut, il y a un dercelet (baldaquin), très riche. »

Le roi est mort, vive le roi ! avait dit le grand maître en inclinant l’épée royale sur la tombe prête à se refermer. Et l’auteur de la complainte d’ajouter : « Grâce

divine , par mesure

et compas, y a commis successeur magnifique, débonnaire et unicque. » Louis XII, après avoir rendu les derniers devoirs à la dépouille de Charles VIII, s’était retiré à Blois, oii il faisait d’ordinaire son séjour et d’où il avait convoqué les divers corps de l’Etat aux funérailles. Son règne allait être pour la famille des seigneurs de Chaumont le point de départ d’une ère de grandeur et d’éclat qu’elle n’avait pas

Tour de l'entrée de Chaumont, armes de Charles Ier.

connue.

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En première ligne figure Charles II, dont on place la naissance en 1473, et qui hérita du domaine chaumontois. Il devait fournir une carrière courte, mais remplie de biens et d honneurs considérables. Outre la terre de Chaumont, il possédait les seigneuries de Meillant, de Charenton, Chandeuil, Pondix, Celette et les Bordes-Guenand. Il reçut les dignités de chevalier de l’ordre du roi, de gouverneur de Paris et de la Normandie, de capitaine de cent lances, de grand maître (1499), enfin de maréchal et amiral de France. En outre, de l’autre côté des Alpes, on le voit lieutenant général du roi « au delà des monts », en Lombardie, en 1501, et gouverneur des duchés de Milan et de Gênes. Les historiens l’appellent tour à tour « Chaumont », « grand maître de Chaumont », et « maréchal de Chaumont ». Mais nous ne devons pas anticiper sur le cours des événements et nous avons à parler d’un fait capital, auquel prirent part les frères du seigneur de Chaumont.

Autant la nouvelle de la mort de Charles VIII avait apporté une douloureuse émotion aux hôtes de Chaumont, autant ils se réjouirent de l’avènement de son successeur, au dire du poète, « ro y débonnaire », ami « des graves et des menus » gens , par la grâce duquel

Paix fleurira, justice décorée Aura son cours comme l’âge dorée.

Louis XII, (pii n’eut rien de plus à cœur que d’oublier les injures faites au duc d’Orléans, ne désirait rien tant que de voir son héritier lui succéder à un titre différent de celui qui lui valait à lui-même la couronne. Marié dans la chapelle du château de Montrichard, le 8 septembre 1479, et dès avant l'âge de quatorze ans, à la fille contrefaite de Louis XI, qui n’en avait encore que douze, il ne gardait aucun espoir d’en recevoir d’enfants ; après avoir consulté ses plus intimes conseillers, il résolut de demander l’annulation de son union avec Jeanne de France. A cet effet, il adressa au pape une supplique dans laquelle il motivait sa demande par la parenté doublée de l’affinité spirituelle, parle défaut de liberté du côté de l’époux et par la complexion de l’épouse qui la rendait « inhabile et inféconde ».

Le pape constitua un tribunal ecclésiastique composé du cardinal Philippe de Luxembourg, évêque du Mans; de Louis d’Amboise, évêque d’Albi ; de Fernand Firaille, évêque de Ceuta, ainsi que de l’official et de l’archidiacre de Paris et du doyen de Gassicourt. C’est à Tours, dans la demeure du doyen du chapitre, qu’eurent lieu, le 30 août, l’audition de la requête du roi, le 6 septembre, l’ordonnance de l’assignation à chacune des parties, et que, le 13 septembre, jour fixé par l’assignation, la reine Jeanne subit l’interrogatoire obligé. Aux

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procureurs choisis par le roi , la reine opposa ses défenseurs , parmi lesquels l’official de Tours, le provincial des Carmes de Touraine et plusieurs laïques. L’interrogatoire des témoins des deux parties eut lieu successivement à Amboise, à Blois, à Orléans et à Pontlevoy, pour la commodité des intéressés.

Le lundi 17 décembre, toutes les formalités du procès achevées, en l’église Saint- Denis d’ Amboise fut promulguée la sentence. Elle portait, vu le procès canonique exposé devant le cardinal de Luxembourg, Louis, évêque d’Albi, et Fernand, évêque de Ceuta, désignés comme juges par le pape Alexandre VI, les pièces produites de part et d’autre, l’avis de nombre de personnages considérables, cardinal, archevêques, évêques, docteurs en théologie, jurisconsultes : « Nous déclarons ce mariage n’avoir pas tenu et ne pas tenir, avoir été et être nul et sans poids, obligation et efficacité, » avec liberté pour le demandeur de contracter une autre union véritable, et exemption pour la défenderesse de tous les dommages et frais du procès. La sentence, ainsi que le déclare la finale, fut « lue et promulguée en l’église paroissiale de Saint- Denis, devant le cardinal Philippe de Luxembourg, évêque du Mans, Louis, évêque d’Albi, et Fernand, évêque de Ceuta, juges délégués par le pape, assistés des maîtres Pierre de Bellosor, official de Paris, Guillaume Feydeau, doyen de Gassicourt, et Robert de La Longue, archidiacre de Paris, assesseurs en la cause; en présence de Guillaume, cardinal du titre de Sainte-Potentienne, archevêque de Reims, de Tristan, archevêque de Sens, de Geoffroy, évêque d’Annecy, de Charles, évêque de Castres, de Geoffroy, évêque de Coutances, et de René, évêque de Chartres, ainsi que de plusieurs maîtres en droit, en théologie, de membres de la noblesse et de personnes du peuple ».

Il est vrai d’ajouter que le peuple, toujours disposé à se ranger du côté des faibles, ne vit pas de bon œil cette conclusion de l’affaire. Ses plaintes trouvèrent un organe éloquent dans la bouche du cordelier Olivier Maillard, qui blâma l’attitude du roi et exalta Jeanne en qualité de reine de France; et, comme on menaçait le frère de le jeter dans un sac à la rivière, il répondit qu’il lui était indifférent d’aller au paradis par la voie d’eau ou de terre. Une légende ne tarda pas à se former, suivant laquelle, au moment oii la sentence fut proclamée, un violent orage troubla le ciel et « changea la clarté du jour en l’obscurité d’une sombre nuit ».

La veuve de Charles VIII n’attendait pas sans émotion le résultat de l’enquête et le prononcé de la sentence. File n’avait pas oublié le voyage du jeune duc Louis en Bretagne, et lorsque le roi demanda sa main, elle ne fit que cédera l’inclination de son cœur en la lui accordant.

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A Chaumont, on avait suivi de trop près les différentes procédures et on nourrissait trop d’attachement à l’égard de la bonne reine Anne et de Louis d’Orléans, pour ne pas se réjouir des promesses de cette union, dans laquelle la France et la Bretagne s’embrassaient une seconde fois en une forte et suave étreinte.

Louis XII, qui songeait à soutenir ses droits sur l’Italie, confia au seigneur de Chaumont la dignité de grand maître avec celles de maréchal de France et d’amiral, dont le rôle était prépondérant dans la conduite de la campagne. Le sort de la politique et des hostilités amena Charles II à employer tour à tour ses armes pour et contre le pape Jules II, le hardi et indomptable chevalier du domaine pontifical . Par suite de laligue de Cambrai, formée contre Venise, hostile aux projets de Louis XII sur le Milanais, avec le concours de Jules II, de Ferdinand d’Aragon et de Maximilien d’Autriche , le maréchal commanda les troupes ayant mission d’attaquer Bologne en faveur du pape (1506), puis il dirigea le siège de Gênes (1507).

Entre temps, Charles II accomplissait les actes de droit seigneurial propres à sa situation. En 1503, on lui voit la qualité de « seigneur de Chaumont, de Meillant et de Pondiz (Pondix) ». A ce dernier titre, le 7 novembre, il recevait un aveu rendu par le chapitre de la collégiale de Notre-Dame de Sales, à Bourges. En raison de sa censive de Pondix, les chanoines font la déclaration pour une maison, à l’enseigne de l’Ecu de France, en la dite paroisse, pour un étang dans la paroisse de Charenton, et pour une terre dans la paroisse de Pondix près la rivière d’Auron ; suivant la coutume féodale, ils nomment un « homme vivant et mourant » (vicarius) , à la mort duquel ils devront payer au dit seigneur les droits de mutation

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et procéder à la nomination d’un autre remplaçant. De son côté, le seigneur ne négligeait pas de remplir le devoir féodal vis-à-vis de son suzerain. C’est ce qu’il fit notamment en 1504, suivant un duplicata daté du 5 mai et signé : « par le roy, Cottereau, » touchant la « réception de foy faicte par Charles d’Amboise pour raison de la terre et seigneurie de Chaumont ».

Charles II rêvait de continuer la noble tradition de ses aïeux, et,

Salle du château de Chaumont, tapisseries de Bruxelles et armes offensives et défensives.

pour asseoir le foyer domestique, l’ancre d’amiral de France ne pouvait s’allier plus parfaitement qu’à un autre insigne de même ordre, dans le souverain commandement des armées. L’amiral Louis Malet, seigneur de Gravide, avait deux filles. L’une, Jeanne, qui eut l'honneur de vivre auprès de Jeanne de France, duchesse de Berry, donna sa main au seigneur de Chaumont, dont elle eut un garçon et une fille.

Au château, on ne savait qu’admirer le plus, de l’honneur chevaleresque dans le grand maître, ou de la grâce souriante dans la maréchale. Aussi ne sera-t-on pas surpris que le roi Louis XII, qui nourrissait une particulière sympathie pour l’un et l'autre, se soit plu à honorer Chaumont de sa présence. Au cours de l’été 1503, il y lit un séjour de deux semaines. Le prince y était le 22 juillet, jour où il adressait au sire d’Albret une lettre, datée de « Chaumont-sur-Loire »

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et contresignée « Robertet ». Le roi lions apparaît en ce riant séjour avec son secrétaire, les 24 et 27 juillet. En outre, le 30 juillet, le roi y écrivit des lettres patentes. En quittant Chaumont, le roi donna pour « la bonne main » seize écus au concierge et aux chambrières. Non loin de là, au mois d’août, Louis XII passa dix- sept jours au château de Madon, et, en partant, il laissa dix-sept écus de pourboire.

Cependant Louis XII ne pouvait se consoler de la perte du royaume de Naples, que les Français avaient été obligés d’abandonner aux armées triomphantes du grand capitaine Gonzalve de Cordoue et du roi d’Espagne Ferdinand le Catholique. Il pensa trouver une compensation à cet échec en cherchant à accroître et consolider les possessions françaises dans le Milanais. Pour vaincre les résistances de la reine de l’Adriatique qui, elle aussi, avait des visées sur cette riche contrée, il forma contre la puissante république la ligue de Cambrai, dans laquelle s’unirent le pape Jules II, le roi d’Aragon, Ferdinand, et l’empereur Maximilien d’Autriche. C’était à la tin de l’année 1508; Louis XII se mit en campagne et passa les Alpes au printemps de l’année suivante. On sait qu’à Agnadel, un mois après, les Vénitiens furent taillés en pièces par les troupes de Louis XII , qui dirigea les opérations avec une bravoure indomptable, dont le souvenir nous a été conservé par le ciseau du sculpteur sur le soubassement historié du magnifique mausolée royal, à Saint-Denis.

Mais n’anticipons pas. Au commencement de l’année 1509, le maréchal de Chaumont était occupé dans la Haute-Italie à préparer les voies à l’expédition projetée. Il tenait son souverain au courant de ce qu’il faisait en lui soumettant ses projets et ses réflexions. Il l’entretint notamment d’un traité avec les Valésiens, d’une échauffourée à Vérone et d’une affaire relative à Gênes. Louis XII, qui était à Blois, lui répondit par une lettre datée de cette ville, « le xxiiii0 jour de février, » et dont les détails nous paraissent mériter qu’on lui retire le voile de l’inédit :

« Mon cousin, j’ay receü deux lettres que vous mavez escriptes, l’une faisant mencion de la conclusion de l'alliance faite avecques les Vallesiens, et l’autre du débat qui est survenu a Veronne entre les Allemans et Espaignolz qui sont à la soulde de l’empereur. Et quant à la dicte alliance, je suis très aise de la dicte conclusion et la treuve très bonne et encores meilleure la forme quilz ont tenue a la faire, qui a esté en despit de leur evesque et a sa barbe. S’il est besoing que jen face quelque ratiffîcacion, faictes la par delà en forme et la m’envoyez, et je la ferai incontinent expedier.

Hèüog. L,SdiTitzeiil>erger. Paris .

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