Louis
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dans notre cadre. Le 20 septembre 1509, Charles d’Amboise, « chevalier de l’ordre (de Saint-Michel), grand maître et mareschal de France, gouverneur de Milan, baron de Sagonne, Meillan, seigneur de Chaumont et des Bordes-Guenant, » recevait l’aveu de son vassal. Celui-ci déclarait tenir de son suzerain, à cause de Chaumont, son « hostel et hebergement de Moncontour, assis en la paroisse de Vouvray, le lieu de Bois-Richier, auquel lieu il avoue toute justice, haute, moyenne et
basse, sauf et excepté four a ban seulement au dit lieu de Moncontour et en tous ses domaines ».
a r instar de son père, le domaine que le grand maître préférait après Chaumont est la terre de Meillant.
Aussi fit-il pour celle-ci ce que son père avait fait pour Chaumont, et il donna au château un caractère superbe, bien digne de sa haute situation. Il est vrai, s’il faut en croire un historien , le maréchal aurait tiré de son gouvernement d’Italie les ressources nécessaires pour bâtir au moins une partie de ce beau monument, et cette créance, à tort ou à raison, fut consacrée par le dicton populaire : « Milan a fait Meillant. »
Indépendamment de ses autres dignités militaires, Charles II nous apparaît encore avec la charge de capitaine de cent lances; à ce titre, il touchait ses gages, le 8 juin 1510, et la quittance porte le sceau rond (trente millimètres) avec l’écu d’Amboise, entouré du collier de l'ordre de Saint-Michel et la légende : Carolus de Ambo... d ominus] Calao...
On sait les péripéties de l’expédition dont nous n’avons pas à raconter ici les détails. Au demeurant, en 1510, Charles II dirigea ses troupes contre Bologne que défendait le pape; mais ce fut en vain, car Jules II déjoua ses projets par des négociations de nature à montrer que la furia francese n’a pas toujours raison de la combinazione italiana. Mais, parmi les plus beaux titres de gloire du seigneur de Chaumont, on doit placer le rôle de Mécènes qu’il remplit auprès de l’im-
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mortel Léonard de Vinci, dont nous nous réservons de parler dans un chapitre spécial sur les arts.
Le grand maître soutenait avec une prudence consommée et une vaillance infatigable les intérêts politiques et, économiques, aussi bien que l’honneur de la France, par delà les Alpes, quand il fut pris, à Correggio, de la maladie qui causa sa mort aussi regrettable que prématurée. C’était le I I février 151 I , et il n’avait que trente-huit ans. La dépouille mortelle du seigneur de Chaumont fut rapportée en France et conduite à Amboise, où elle fut inhumée dans réalise des Cordeliers, auprès du tombeau de son père. On le plaça dans la chapelle Saint-Jean, et, au rapport d’un témoin, « sur trois lames de cuivre posées sur la tombe qui couvre le caveau oîi il repose, est l’épitaphe suivante en lettres gothiques capitales : « Ci-gît messire Charles d’Amboise, seigneur de Chaumont, grand maître et amiral de France, gouverneur et lieutenant général pour le roi Louis XII au duché de Milan, en Lombardie; lequel trépassa en mars, l’an 1511. Priez Dieu pour lui. Pater noster. Ave Maria. »
Charles II laissa, de son épouse, un garçon et une fille, dont la tutelle demeura à « Mme de Chaumont ». La jeune fille, dans la suite, inspira une vive affection à deux gentilshommes de race, le prince de Talmont et le jeune Chablemure. Il s’ensuivit un duel dans lequel le dernier fut tué. Quant au fils, il se nommait Georges et hérita du domaine de Chaumont. Indépendamment de cette succession légitime, le maréchal laissa une descendance entachée d’irrégularité. Pendant son séjour prolongé en Italie, il eut d’une Napolitaine un fils qui fut appelé Michel et aurait, paraît-il, été légitimé dans la suite. Celui-ci fut seigneur de Chevillon et s’adonna à la culture des lettres sous le pseudonyme de Y Esclave Infortuné. Nous ne suivrons pas cette branche, qui poussa plus tard des rameaux en Touraine, en particulier à Clos- Lucé, et dont les derniers rejetons se sont étendus jusqu’à la première moitié du xix° siècle, vu qu’elle ne présente pas de rapports avec l'histoire de Chaumont.
Georges hérita de la terre de Chaumont et fut en même temps seigneur de Meillant, des Rochettes, de Charenton , de Sagonne, de Pondix et de la Bonduye. Les qualités chevaleresques de son père ne furent pas la moins brillante part du patrimoine qu’il reçut. Autant il éprouva de rancœur lorsqu’il vit les Français contraints d’abandonner le royaume de Naples, puis le nord de l’Italie, autant il ressentit de joie quand François Ier reprit le chemin d’outre- mont à la tête d’une brillante armée. On sait comment la victoire de Marignan ouvrit la Lombardie et amena la Paix perpétuelle avec les Suisses, en atten-
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dant la reprise des rivalités de la France et de l’Espagne, conduite par l’ambitieux Charles -Quint. Mais ne devançons pas l’évolution des faits.
Jeanne de Graville s’occupa avec soin des intérêts qui lui étaient confiés sur les bords de la Loire et dans les diverses localités que nous connaissons. Elle agissait ainsi pour son fils Georges, encore plus que pour elle-même. D’ailleurs, elle savait apporter dans les affaires la douceur propre, sinon à prévenir les conflits, du moins à les pacifier. Les religieuses de l’abbaye de Saint-Laurent de Bourges possédaient un domaine à Vineuil, et celui-ci confinait aux seigneuries de Meillant et de Pondix. Une contestation, suivie d’un procès, s’éleva au sujet des limites de la juridiction de ces domaines, entre le couvent et la dame de Chaumont, « au nom et comme tuteresse naturelle et légitime administrarresse de Mo1’ Georges d’Amboyse, son fils. » Le 31 mai 1513, « tant pour elle que comme ayant la garde noble de Georges d’Amboise », son fils, elle donna son assentiment à un arbitrage entre (( Madame de Meillant » et les religieuses de Saint -Laurent. On convint ainsi de fixer les limites entre les justices des seigneurs de Meillant et du Pondix, appartenant à « Madame la grant maislresse » , et celle de Verneuil dépendant du monastère.
Au surplus, Jeanne, en excellente mère de famille, ne négligeait pas d étendre les domaines de son fils quand l’occasion se présentait. Le chevalier Arthur de Villequier, seigneur de cette localité, vicomte de la Guercbe en Touraine et de Saint-Sauveur-le-Vicomte, des îles d’Oléron, etc., de concert avec sa femme, Marie de Montbron, ayant résolu de se défaire de sa châtellenie de Menetou- Salon, cette seigneurie fut acquise par la dame de Chaumont. La vente eut lieu le 25 mars, et l’acte est daté du château de la Guerche, le 12 avril 1513, avant Pâques (a. s.) Toute acquisition impliquait l’obligation de payer au suzerain les droits réglés par la coutume féodale. Dans le cas qui nous occupe, le suzerain était le roi lui-même, en raison de son château de Meun-sur-Yèvre. La dame de Chaumont n’eut qu’à se féliciter de cette circonstance. En effet, à sa demande, par lettre datée de Paris, le 3 mai suivant, le gracieux souverain lui fit remise de ce qu’elle devait, ainsi que nous l’apprend la pièce suivante :
« Loys, par la grâce de Dieu roy de France, a nos amez et feaulx les gens de noz comptes et trésoriers a Paris, au bailly de Berry ou son lieutenant, advocat, procureur et receveur ordinaire au dit bailliage, salul et dilection. Savoir faisons que nous, inclinans libéralement a la supplicacion et requeste de nostre chere et amée cousine Jehanne de Graville, veufve de feu nostre cousin le sire de Chaulmont,
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en son vivant grant maistre de France, en faveur mesmement des bons et recommandables services que nostre dit feii cousin nous a faiz luy vivant que voulions bien recongnoistre envers nostre dicte cousine, a icelle, pour ces causes et aultres a ce nous mouvant, avons donné et quitté, donnons et quittons par ces présentes tous et chacuns les lotz , ventes, raehapt, aultres droiz et devoirs seigneuriaulx, montans cens livres tournois ou environ, avenuz et esche üz et esquelz nostre dicte cousine nous pourroit estre tenue pour raison et acausede l’aquisition par elle faicte de la terre et seigneurie de Menetou-Salon, mouvans [elj tenu[es] de nous a cause de nostre chastel | de j Meun... »
Tout seigneur se devait à lui-même de faire dresser avec soin le rôle ou catalogue complet des droits féodaux qui lui étaient dus. Ce travail fut fait au printemps de l’année 1514, en particulier pour ce qui concerne les domaines du Berry échus au fils de Charles et de Jeanne, sa « tuteresse naturelle ». Grâce à cette opération de la rédaction de l’état de lieu et de devoirs, nous possédons « le terrier des censives, rentes tant de blé que d’argent, poullailles des terres, justices, seignories du Pondix et la Bonduye , appartenans à noble et puissant seigneur George d’Amboise, hlz de feu hault et puissant seigneur messire Charles d’Amboise, seigneur de Chaulmont, Meilhand, Sagonne, Yandeuvre, la Cellete, les Bourdes- Guenand, baron de Charenton , grant maistre, mareschal et admirai de France, gouverneur, lieutenant general pour le roy nostre sire delà lez Montz , et chevalier de l’ordre du die t seigneur; lequel terrier a
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esté faict metlre en ce présent papier, par noble homme Symon de Cumyères, escuyer, recepveur des dictes terres pour le dict seigneur. — Le dix-neuvième jour d’avril mil vc et xmi après Pâques. »
Sur les bords de la Loire, à Amboise, ou se préparait à célébrer par des Télés magnifiques la venue d’un enfant royal, ainsi que le mariage de Laurent de Médicis, duc d’Urbin et neveu du pape Léon X, avec la fille du duc de Bourbon. En prévision du prochain accouchement de la reine, quatre médecins de la cour furent chargés de rechercher les femmes les plus aptes à prêter leurs services; on en recueillit une cinquantaine des divers points de France, et Chaumont ne fut pas oublié. Un mandement royal, daté d’Angers, le 20 juin 1518, ordonne au receveur général, Jean Sapin, de payer deux mille six cent six livres dix sous aux médecins et à « cinquante et une nourrices et accoucheuses venus d’Orléans, Blois, Tours, Vendôme, Bléré, Loches, Chaumont, Chinon, Châteaudun , Beaugency, Moulins, de la Basse- Normandie, du Perche et du Poitou, à Amboise». Un tournoi célèbre, qui réunit les princes et gentilshommes du plus haut lignage, fut célébré à Amboise, le 1er mai, « pour la rejouyssance, nativité et bienvenue de monseigneur le daulpliin ».
Par ailleurs, la France et l’Espagne se partageaient l’hégémonie de l’Europe occidentale, et Charles-Quint s’efforçait en tontes circonstances de rivaliser avec François Ier. Le roi d’Espagne ayant fait alliance avec les Italiens, ceux-ci obligèrent les troupes françaises à évacuer le Milanais, qui revint aux mains des Sforza. La défaite de la Bicoque eut pour pendant la défection du connétable de Bourbon, dont les talents militaires égalaient la puissance, et qui prétendait avoir à se plaindre de Louise de Savoie ; puis vint la défaite de la Biagrasso , oii l’amiral Bonnivet, chargé de l’expédition, vit périr Bayard, le chevalier sans peur et sans reproche, mourant « en homme de bien ».
C’en était trop. François Ier prit lui-même le commandement des troupes, chassa les troupes impériales qui avaient envahi le midi de la France et s’empara de la capitale du Milanais. Mais, hélas ! son entrain chevaleresque devait se briser devant Pavie, où le roi fut défait et pris, ne gardant que le droit d’en écrire à sa mère : « Il ne m’est resté que l’honneur et la vie sauve » (24- février 1525, n. s.). A ses côtés et imitant les prodiges de valeur du prince qui , blessé à la face et à la main, cherchait dans son fier courage à ne pas survivre à sa défaite, tombèrent les meilleures épées de la noblesse française. Parmi les morts illustres, dont les principaux sont les grands capitaines Bonnivet, La Trémoille et La Paliee, le destin moissonna le jeune seigneur de Chaumont. Les restes mortels de Georges furent rapportés en France,
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et, au milieu des larmes attendries de tous les siens, on les déposa dans l’église des Cordeliers à Amboise.
S’il faut en croire l’abbé de Marolles, la sépulture aurait eu lieu dans la collégiale de Pontlevoy; mais c’est ici une erreur de l’écrivain, d’ordinaire mieux informé. Georges fut inbumé dans le couvent amboisien, auprès de son père. C’est là que son tombeau a été vu et dessiné par Gaignières; et, au rapport d’un témoin, « sur la lame de cuivre du milieu de l’épitaphe (de Charles II), est la suivante en lettres gothiques, cursives, minuscules : « Cy-gît Maistre Georges, fils du dit seigneur Charles d’Amboise, qui mourut en la bataille devant Pavie, où le roi François fut pris, le 23e jour de février 1524. Priez Dieu pour lui. »
Georges d’Amboise, emporté à l’àge de vingt-deux ans, était demeuré célibataire, et avec lui finit la branche d’Amboise-Chaumont. Une partie des domaines échurent à Catherine d’Amboise, dont nous aurons bientôt l’occasion d’étudier l’existence, traversée par des angoisses domestiques et rehaussée par d’éminentes qualités.
Cul-de-lampe du grand escalier.
Hôtel d’Amboise, demeure du cardinal Georges, à côté du château de Blois.
LES PRÉLATS — LE CARDINAL MINISTRE
« Laissez faire à Georges. »
) Paroles du roi Louis XII.]
l’ombre du château de Chaumont, autour du chef de famille vraiment patriarcal, Pierre d’Amboise, et de si vertueuse Anne de Bueil, la femme forte et douce représentée par le Livre biblique, nous avons entrevu une admirable tribu lévitique. Pour compléter ce tableau, nous avons à esquisser la carrière des enfants qui embrassèrent l'état ecclésiastique et qui sont au nombre de cinq.
Le premier qui se montre à nous est Jean, auquel fut confié le siège de Langres. A la mort de Guy Bernard, originaire de Touraine, dont le père Etienne Bernard, dit Moreau, fut receveur général des impôts et conseiller du roi, le neveu de l’archevêque de Tours, Jean Bernard, fut nommé évêque de Langres en 1453. Lors de la création de l’ordre de Saint-Michel en 1469, Louis XI le fît chancelier. Au cours de son épiscopat, il confirma I érection en collégiale de l’église paroissiale de Saint-Jean-Baptiste de Chaumont, dans la Champagne, et mourut en 1481. La succession fut dévolue à Jean d’Amboise.
LES PRÉLATS — LE CARDINAL MINISTRE
Jean fut couronné d’honneurs de toutes sortes. On lui voit le titre de vice-roi ou gouverneur de Bourgogne, ainsi que des territoires d’Auxerre et d’Autun. D’abord, il fut choisi pour l’évêché de Maillezais par Louis XI; mais, quelques mois plus tard, en 1481 , le roi le désigna pour le siège de Langres. Son entrée fut si pompeuse qu’on eût dit une solennité princière, qui tout d’abord fit appréhender un peu ses goûts somptueux. Mais bientôt l’expérience fit aimer en lui le protecteur de l’Eglise, et aussi l’ami de la justice et le père des pauvres. Le prélat se distingua par le charme de son éloquence , par sa régularité parfaite, par ses libéralités envers les églises et les déshérités. Il rétablit les maisons épiscopales atteintes par le temps et les guerres. Par ses soins, Mussy reçut nue enceinte fortifiée et devint une agréable demeure. A Dijon, il acheta et décora le bâtiment de la justice ecclésiastique. Ses largesses s’étendirent au mobilier et à la bibliothèque de l’église cathédrale.
Le prélat fut nommé par le roi, le 23 octobre 1483, gardien des sceaux de Bourgogne. Il usa de son autorité pour rétablir la discipline dans son diocèse, notamment au cours du synode qu’il réunit en 1 491 . Sentant ses forces diminuer, Jean donna sa démission en faveur de son neveu en 1497 et se retira à Dijon, où il décéda le 28 mai de l’année suivante. Ses entrailles furent inhumées dans l’église des Franciscains de cette ville , et son corps, rapporté dans sa cathédrale, fut déposé sous une tombe de cuivre agréablement décorée, dont le dessin nous a été conservé par Gaignières.
Au temps de la prélature de Jean (dit Jean VII), son neveu Jean, fils de Jean, seigneur de Bussy, et de Catherine de Saint-Belin, occupait la dignité de doyen de l’église de Langres. Par suite de l’abdication de son oncle, il devint évêque le 3 décembre 1497. La maladie et les infirmités troublèrent et abrégèrent son épiscopat, qui promettait des œuvres utiles. Le prélat fut emporté le 26 septembre 1312. Il laissa le souvenir d’un évêque recommandable, et, à l’instar de son oncle, se fit remarquer « par sa grandeur d’âme, sa libéralité envers les pauvres, son talent de parole, la probité de ses mœurs et son esprit d’équité ». On l’ensevelit dans le chœur de la cathédrale, sous une tombe de cuivre portant cette inscription :
CUI DEDIT INGENIUM FELIX AMBASIA NOMEN JOIIANNES ISTO CONDITUR IN TUMULO.
Un autre fils de Pierre et de Anne obtint la crosse : c’est Louis, ([lie nous avons rencontré à plusieurs reprises. A la mort de Jean III de Joffroy, le siège d’Albi passa à Louis, premier de ce nom. Le pape
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Sixte IV lui envoya ses bulles le 24 janvier 1473 (a. s.), avec la faculté de se faire consacrer par qui lui plairait. Les documents semblent indiquer que dès la mort de Bernard de Chazeilles, en 1462, le chapitre 1 avait choisi pour régir le diocèse, mais que le pape investit Jean de Joffroy.
Louis fut le modèle des évêques par son zèle pour l’Eglise et par son amour des malheureux. Il demanda au pape la liberté de léguer aux pauvres tous ses biens meubles et immeubles, autorisation que Sixte IV lui octroya par bulle du 5 janvier 1479. Par son testament il leur donna tout ce qu’il possédait , à l’exception de sa bibliothèque qu’il laissa à l’église cathédrale. A quelque temps de là, il fonda le couvent des Frères Mineurs à la place du monastère des religieuses de Saint-Augustin. Dans son zèle pour le bien des âmes, il institua un théologal chargé d’enseigner et de prêcher. Il avait un
Tombeau de Jean d’Amboise, cathédrale tic Langres. goût piOllOllcé pOlll les Ults
et dota la cathédrale de la clôture du chœur, où paraissent ses armoiries et dont la merveilleuse élégance fait l’admiration de tous; il consacra l’église le 23 avril 1480. En outre, Louis enrichit la sacristie d’un beau trésor de vases sacrés d’argent et de très précieux ornements, non sans interdire à ses successeurs et au chapitre d’aliéner quoi que ce soit. En 1492, il fit 1 élévation solennelle du corps de sainte Martine.
Uniquement désireux de se consacrer aux devoirs de sa charge, afin d’imposer à sa volonté une barrière infranchissable, le prélat forma le vœu, bien rare même chez les évêques les plus recommandables, de ne jamais séjourner à la cour. Louis XI, qui l’avait en très haute
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estime , ne voulut pas se passer cle ses services et demanda au pape de le délier de cette promesse, ce qui fut fait par Sixte IV, par huile du 30 avril 1472, et ainsi le pieux évêque se vit pour ainsi dire contraint de s’occuper malgré lui des affaires séculières. A ce titre, on le voit remplir, en 1474, le rôle de lieutenant général du roi en Aquitaine et, comme tel, remettre la ville de Perpignan au roi d’Aragon.
On sait le rôle de Louis dans le procès en nullité de mariage entre Louis XII et Jeanne de France. Par une bulle du 13 septembre 1498, le pape Alexandre VI lui mandait d’accorder toute facilité en vue du nouveau mariage à intervenir entre le roi et Anne de Bretagne, bien que cousins au second degré. Le Saint-Siège lui confia une autre mission de haute confiance, par l’intermédiaire du cardinal-légat Georges, son frère. Celui-ci lui commit le soin de réformer les églises, collégiales, monastères et couvents dans les provinces ecclésiastiques de Narbonne, de Toulouse et de Berry: mission délicate que le roi s’empressa de confirmer par lettres du 22 mars 1502.
Louis mourut à Lyon, le P*1' juillet 1503 ( alias 1505), laissant le renom d’un prélat integerrimæ famæ, suivant l'expression d’un contemporain. Son corps fut rapporté dans la cathédrale d’Albi, où il fut déposé, selon son testament du 28 janvier 1485, dans la chapelle de la Vierge qu’il dota de cinquante livres. Mais, à celte époque, il avait cessé d’occuper le siège d’Albi. Il avait remis sa démission en 1502, et le pape Alexandre VI, par bulle du 22 mai, lui donna pour successeur son neveu, qui portait le même nom, en réservant la tierce partie des revenus avec le droit de conférer les prébendes et dignités.
Louis II était fils de Charles 1er et de Catherine de Chauvigny. Il entra dans les ordres et de bonne heure fut doté de bénéfices ecclésiastiques. A dix-huit ans, il avait la qualité d’archidiacre de Narbonne, quand le pape, en 1497, lui conféra le titre d’évêque d’Albi par anticipation, per antecessum. Cette formule demande une explication. Le roi Charles VIII, ainsi que le chapitre d’Albi et d'autres personnages, remontrèrent au pape que le siège d’Albi était presque sur les confins du royaume et que, comme ce prélat était seigneur de plusieurs villes et citadelles, il importait de ne confier celle charge qu’à une personne « bien fidèle au roi très chrétien ». En conséquence, le pape Alexandre VI se réserva le droit de choisir le titulaire, que le siège vînt à vaquer par le décès ou la démission de Louis 1er. Dès l’année 1 591 , Louis II est dit évêque d’Albi, ce qui n’empêche pas que, cette même année, le siège d’Autun étant devenu vacant par la mort de Jean Rolin, le jeune prélat en fut honoré par le pape, par bulle du mois d'août.
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Ap rès la démission de son oncle, Louis n’avait plus qu’à monter sur le siège qui lui était réservé. Aussi, en l’année 1503, fît-il son entrée solennelle, assisté de son frère Jacques, qui était abbé de Cluny, et d’un grand nombre de notabilités. Il fut reçu à la porte de la ville par les consuls, qui portaient les clefs de la place et dont le premier lui offrit en outre le serment de fidélité. Au printemps de l’année 1506, il donna quatre mille livres pour construire dans le prieuré de Fargis un couvent de l’ordre des sœurs de l’Annonciade, ordre institué par Jeanne de France. Au mois de janvier de la même année, à Bologne, le pape Jules II le nomma cardinal du titre de Saints-Pierre-et-Marcel. Louis II mourut à Ancône, en 1517, alors qu’il se trouvait en Italie, et reçut la sépulture dans l’église de Lorette. Un peu plus tard, son tombeau ayant snbi les injures du temps, le cardinal d’Armagnac, qui lui était uni par des liens de parenté, y fît placer une épitaphe latine1. Quant au cœur du cardinal Louis d’Amboise, il fut transféré dans la cathédrale d’Albi et placé près du mausolée de son oncle.
Le siège d’Albi semblait être comme le fief des familles du Blésois, riveraines de la Loire. Louis II eut pour successeur le frère de Florimond llobertet, secrétaire du roi et baron d’Alluye et de Brou. J’ai nommé Charles, fils de Claude Bobertel et archidiacre d’Orléans, dignité à laquelle il réunissait celle de prieur commanda taire de Saint- Pierre-de-la-llègle , près la Garonne. Le chapitre l’ayant choisi pour évêque au mois de décembre 1510, il donna son assentiment à l’élection au mois de janvier suivant et prit possession du siège en l’année 151 1 . Charles avait hérité de sa famille un goût prononcé pour les arts et il en donna la preuve en faisant décorer la cathédrale de peintures. Il mourut le 9 août 1515 et fut enterré devant la porte latérale du chœur de la cathédrale. On recouvrit sa dépouille d’une tombe de cuivre sur laquelle on grava l’épitaphe funèbre.
Avant de mourir, Charles Robertet avait transmis sa crosse épiscopale à son frère Jacques. De bonne heure, celui-ci fut honoré de dignités ecclésiastiques; il occupa la charge de prieur de Saint-Rambert, au diocèse de Lyon, d’archidiacre de Bourges, de doyen des chapitres d’Orléans et de Tournai, de prévôt de Saint-André de Grenoble, et en même temps de chanoine de Paris, d’Albi et d’autres collégiales. C’est au milieu de ces honneurs qu'on vint le prendre pour
1 Ludovico Cardinali
Ambosiano, Gailo, Albiensi episcopo, præter generis nobililalem singularis pietatis viro ac omnes omnium virtutes complexo Georgius cardinalis Armeniacus affini , et primas ætatis alumno, neglecto et collabante in tumulo jacenti, voti reus hue post sextum et trigesimum ab ejus obitu annum cum venisset, pro tempore posuit M D LUI, kal. octobris.
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recevoir la mitre demeurée libre par la démission de son frère. On le voit en possession de la dignité épiscopale au mois de juillet 1515. Cependant son installation solennelle n eut lieu que le 22 novembre 1517, époque à laquelle les consuls lui firent le serment traditionnel d’obéissance. On se demandera peut-être quelle fut la cause de ce retard. Elle vint de ce que, après la résignation de Charles, les chanoines se réunirent, le 10 août 1515, pour élire un prélat et portèrent leur choix sur François, évêque d’Auxerre; mais ce dernier, après quelques difficultés, s’effaça devant Jacques, qui fut reçu par le clergé et le peuple, en novembre 1517, au milieu d’une démonstration toute pacifique. On place sa mort le 20 mai 1518, sans être bien d’accord sur son prénom. D’après les uns, comme les frères Sainte - Marthe , il aurait eu nom Jean; selon d’autres, tels que les nouveaux auteurs du Gallia, il se serait appelé Jacques. Sans doute qu’il était en possession des deux prénoms, dont le premier d’ailleurs paraît dans les registres de Paris et sur son épitaphe.
Entre Albi et Chaumont se place la capitale du Poitou, qui elle aussi emprunta un prélat à la famille d’Amboise : j’ai nommé Pierre. Le monastère de Saint-Jouin de Marnes, situé dans les Deux-Sèvres, est célèbre par ses origines lointaines qui le rattachent au moins au vi° siècle, et par le souvenir du pieux abbé de ce nom. Pierre y entra de bonne heure, et, la dignité suprême étant venue à vaquer par la mort de Bernard de Pheller, il fut choisi pour diriger le couvent, à la tête duquel il paraît au moins dès 1467. L’abbé marqua son gouvernement par des œuvres utiles; en particulier, en 1476, il fit reconstruire les bâtiments réguliers. Il aimait tellement son couvent de Saint-Jouin que, même après qu’il fut monté sur le siège de saint Hilaire, il en conserva la direction en qualité d’abbé commandataire et d’administrateur, ainsi qu’il apparaît notamment dans les actes des années 1489 et 1493.
Le siège de Poitiers étant vacant par la mort de Guillaume de Clugny, la dignité fut remise à Pierre d’Amboise, dont l’élection eut lieu le 21 novembre 1481, et le couvent bénédictin en éprouva une légitime fierté. En l’année 1502, il eut occasion d’être agréable au noble seigneur de Champigny-sur-Yeude, Louis Ie1' de Bourbon-Montpensier, en ratifiant la faveur par laquelle le pape avait accordé au doyen du chapitre des rives de la Masse l’autorisation de porter les insignes pontificaux. Au mois de janvier de la même année, Pierre fut nommé exécuteur du testament du chevalier Jean du Puy, seigneur du Coudray. On lui doit d’importants travaux d’art dont nous parlerons dans un chapitre spécial. Son portrait, conservé dans la sacristie de la cathédrale de Poitiers, accuse bien le clair rayon de l’intelligence et
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le souple ressort de la volonté qui distinguaient le prélat. Pierre d’Amboise mourut à Blois le 1er septembre 1505. Il reçut la sépulture dans la chapelle de Dissay, qu’il avait construite et dont nous aurons plus loin l’occasion de parler1.
Pierre laissa deux enfants, dont l’un, nommé René, devint abbé de Sainl-Cyprien , d’après le Père Anselme; et l'autre, Pierre, dit de Chambe, fut nourri dans sa jeunesse auprès du comte d’Angoulême,
depuis François 1er, qui en fit son lieutenant de vénerie.
Il semblerait que la maison d’Amboise fût en possession de donner des évêques aux principaux sièges de la France, et des supérieurs aux principales abbayes ; la capitale de l’Auvergne n’eut qu’à s’en féliciter en même temps que le couvent bénédictin de Clnny. Ce monastère est célèbre dans le monde entier par l’éclat de son histoire , la splendeur de ses monastères et la fécondité de ses travaux , comme chef d’ordre , berceau des lettres et foyer de civilisation. Fondé, en 910, par l’abbé Bernon avec le concours de Guillaume Ier, comte d’Auvergne et duc d’Aquitaine , il remplit les annales de la France et de l’Église de la beauté des œuvres de ses moines. De bonne heure, Jacques fut reçu dans le couvent au nombre des six enfants élevés à Cluny. Dans la suite, il devint abbé de Jumièges ; il fut aussi abbé de Saint- Illidius de Clermont et prieur de Saint-Martin-des-Champs.
1 Son épitaphe était ainsi conçue :
Exiguo claustro vitæ dilector honestæ,
ITujus sarcophag'i pulvere , Petre, jaccs. Cui generosa dédit ortus Ambasia claros Stirps, pater abbatem teque Jovinus ait. Urbis Pictavicæ moderamina presul agebas;
Dormis cum patribus pulvis et ossa, Petre. Annis millenis quingentis quinque locatus, Prima septembris mors tibi vita fuit.
LES PRELATS — LE CARDINAL MINISTRE
Jean de Bourbon ayant donné sa démission d’abbé de Cluny, Jacques fut nommé à cette dignité qu’il détint dès 1481, bien qu’il n’en ait pris possession réelle qu'en 1485.
Le religieux marqua son passage à Saint-Martin par ses soins à rétablir la discipline monastique. Il ne fut pas étranger à la réforme des statuts du prieuré, et son cachet est appendu à l’acte portant la date de la veille de l’Epiphanie 1500 (a. s.). Le sceau, de forme ogivale (70 mil.), est remarquable : dans une double niche gothique paraissent les saints Pierre et Paul; au-dessus est la Vierge vue à mi-corps; et au-dessous, dans une niche, une personne priant entre deux blasons, l’un aux armes d’Amboise, et l’autre chargé de deux croix en sautoir posées sur une épée en pal. La légende en lettres gothiques est indistincte, et le contresceau a l’écu d’Amboise sans légende.
Jacques signala son gouvernement à Cluny par le don d’objets précieux, notamment par des tapisseries pour le choeur représentant la Vie des quatre saints abbés de Cluny. Le 19 juillet 1503, les consuls d’Albi remirent les clefs de la ville à Jacques, neveu de l’évêque Louis et son procureur. A son tour, il allait recevoir la crosse en laissant le bâton abbatial à son neveu Geoffroy. Celui-ci commença par diriger le prieuré de Senlis, et, à la suite de la démission de son oncle, obtint l’abbaye de Cluny, le 27 décembre 1510. Il goûtait quelque repos à Passy, près Paris, quand il fut emporté par la mort le 15 avril 1518. Ses restes mortels furent déposés dans la chapelle de Saint-Martial en l’église couventuelle. Mais, on l’a deviné, le désir bien légitime de ne pas scinder ce qui regarde le couvent de Cluny nous a fait ouvrir une parenthèse à la carrière de Jacques d’Amboise, dont nous reprenons la suite pour ne plus l’interrompre.
Charles II de Bourbon avait été pour le siège de Clermont un génie bienfaisant, surtout au point de vue artistique. Il avait attaché sa mémoire, d’une part, aux travaux de la cathédrale, et, d’autre part, à la somptueuse construction du palais épiscopal de Beauregard et d’autres demeures. A la mort de Charles, en 1504, l’évêché fut confié à Jacques II, le 15 mars de l’année suivante, avec l’agrément de tout le chapitre et par une bulle du pape du 23 mai. A son tour, Jacques d’Amboise marqua sa prélature par une série d’œuvres utiles où les arts furent loin d’être oubliés, ainsi que nous le verrons en son lieu.
La tranquillité du prélat lut un moment troublée par un différend avec l’abbé de la Chaise-Dieu, mais le calme revint grâce à l’intervention du pape, qui, en 1507, confirma les privilèges de l’abbaye. Jacques se trouvait au prieuré de Paray-le-Monial en l’hiver de 1516,
LES PRÉLATS — LE CARDINAL MINISTRE
lorsqu’il y rendit le dernier soupir, le 27 décembre ; ses restes mortels reçurent la sépulture à Cluny, dans la chapelle de Saint-Martial.
Mais, de tous les enfants de Pierre d’Amboise et d’Anne de Bueil, Georges est celui qui porta au plus haut point de gloire le nom des seigneurs de Chaumont. Sur son front convergent tous les rayons des grandeurs ecclésiastiques et politiques, et les lauriers des succès humains s’y croisent avec les palmes des honneurs religieux. C’est en 1460 que l'on place sa naissance à Chaumont, dont le château,
tant à l’intérieur qu’à l’extérieur , conserve précieusement le souvenir du plus noble de ses enfants.
Les brillantes qualités de Georges lui gagnèrent l’estime de Louis XI et de Charles VIII, et, en 1484, il fut choisi pour l’évêché de Montauban .
Ses mérites lui avaient concilié toutes les sympathies lorsque, l’archevêché de Narbonne étant devenu vacant, il fut appelé à ce siège par les suffrages des chanoines, le 22 août 1493. Georges ne devait faire que passer dans ce diocèse. L’archevêché de Rouen vint à vaquer par la démission du cardinal Frédéric de Sanseverino, et Georges y fut nommé par le pape Alexandre VI, le 20 juin 1494. Après avoir pris possession par son procureur Geoffroy, évêque de Coutances, le titulaire entra lui-même dans son archevêché, le 21 septembre.
Cette fois, ce ne sera plus un passage rapide , marqué par des œuvres ordinaires, mais une carrière trop courle, il est vrai, caractérisée par des travaux considérables soiis les aspects les plus variés. La cathédrale, qu’il dota d’une cloche du poids de trente-six mille livres portant son nom, le palais archiépiscopal, d’autres monuments de la ville et le palais de plaisance de Gaillon témoignent de la munificence de Georges d’Amboise avec un éclat auquel nous reviendrons, après avoir esquissé les grandes lignes de cette belle existence. Au cours de son administration aussi bien que de son expédition en Italie, Charles 4 III et Anne de Bretagne purent apprécier les sérieuses qualités du prélat. A l’été de 1497, l’archevêque Georges d’Amboise se trouvait au manoir
Chambre du château de Chaumont.
LES PRÉLATS — LE CARDINAL MINISTRE
patrimonial. Le duc d’Orléans était dans le chef-lieu de la province de Touraine, alors le séjour ordinaire de la cour et des princes. Il eut besoin de transmettre des informations au prélat, et nous en trouvons l’écho trop peu explicite dans le compte du trésorier ducal pour le trimestre de juillet à septembre : « III journées pour estre alé de Tours à Chaumont porter lettres de mondit seigneur à Monseigneur de Rouen, qui sont IX journées, au feur de X sous tournois par jour. »
Le duc d’Orléans, devenu Louis XII, s’attacha Georges d’une manière encore plus intime, et, sur la demande du souverain, Alexandre VI le créa cardinal du titre de Saint-Sixte, le 12 septembre 1498. Le chapeau cardinalice fut apporté par le cardinal César Borgia, auquel le roi allait attribuer le duché de Valentinois, et cet insigne lui fut imposé, à Paris, par un autre cardinal, Julien de la Rovère, du titre de Saint -Pierre aux-Liens, venu en France et depuis pape sous le nom de Jules IL Après avoir échangé ainsi un salut tout pacifique, les deux grands hommes devaient se rencontrer plus tard sur un terrain brûlant, celui des compétitions pour la tiare.
Georges, désireux de rehausser l’importance de la capitale de la Normandie, porta Louis XII à ériger Rouen en cour perpétuelle, que François 1er devait doter d’un parlement; et l’archevêque contribua à faire construire le magnifique palais de justice dont les agréables proportions et les exquises décorations charment les regards les moins préparés à goûter la beauté des monuments de la fin du moyen âge. Le roi compléta cette institution en nommant le cardinal gouverneur et duc de Normandie, titre auquel il ajouta l’investiture du duché de Milan. En possession de la confiance royale et devenu premier ministre, Georges d’Amboise dut trouver les ressources nécessaires pour exécuter l’expédition d’outre-mont, et c’est dans sa sagacité, d’ailleurs attentive à ne pas grever la nation, qu’il puisa les éléments de succès. En moins d’un mois, les troupes du roi conquirent le duché de Milan, alors aux mains de Ludovic Sforza, avec la république de Gênes. Les habitants purent bien secouer le joug du gouverneur Trivulce et rappeler
Château de Gaillon, dessin de la Bibliothèque Nationale.
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Ludovic , mais la conquête fut refaite avec rapidité par La Trémoille et Georges d’Amboise , qui fut nommé duc et gouverneur de Milan (1 500) . Louis XII ne pouvait s’arrêter en aussi bonne voie, et, de concert avec Ferdinand le Catholique, roi d’Aragon, il s’empara de Naples (1501). Trois semaines après, les Français entraient à Home et, au mois d’août de l’année suivante, le roi faisait son entrée triomphale à Gênes, ayant à ses côtés le ministre d’Etat.
Assurément le cardinal fut bien récompensé de ses services, ne fût-ce que par les avantages qu’on lui attribua. La conquête d’Italie fut pour le premier ministre de Louis XII l’occasion de jolis revenus. Outre les vastes possessions que le maréchal de Gié obtint du roi, Georges, en 1502, reçut des Génois quatre cents ducats de vaisselle d’or à titre de bienvenue, et son frère l’évêque d’Albi en obtint autant. De plus, Georges fut honoré d’un plat et d’une aiguière d’or, valant deux mille cinq cents ducats. A la fin de sa vie, il reconnaissait que comme cardinal-légat, archevêque de Rouen et ministre du roi, il recevait annuellement, depuis la conquête de Milan, cinquante mille ducats, rendus à Lyon, de la part des Milanais, Génois, Bolonais, Lucquois, Romains, Napolitains et Siciliens; et, en outre, il toucha trente mille ducats des Florentins et Sardes, ainsi que divers cadeaux des Florentins; enfin il fut doté de terres dans le Milanais.
Au cours de la conquête, l’épée avait fait son œuvre avec éclat, et elle appelait son complément. Georges d’Amboise apporta tant d’habileté et d’humanité dans la pacification et l’organisation, qu’il devint comme le vice-roi et l’arbitre de l’Italie . Le pape voulut reconnaître tant de mérites supérieurs et revêtit le cardinal de la légation de toute la France , à l’exception de la Bretagne; nommé d’abord pour un temps limité, il ne tarda pas à recevoir de Jules II le titre de légat à vie avec d’autres dignités, telles que la légation ecclésiastique d’Avignon. De son côté, le roi Louis XII se l’attacha de plus en plus étroitement comme premier ministre en lui confiant les pouvoirs les plus étendus, dont Georges usa pour le plus grand bien de l’Etat, aussi bien que de l’Eglise, des lettres et des arts.
Sur ces entrefaites, s’ouvrit la succession d’Alexandre VI, auquel ses grands travaux à Rome, en particulier la protection accordée aux artistes, aux lettrés et aux savants, méritent le souvenir de la postérité. Les regards se portèrent sur Julien de la Rovère et Georges d’Amboise, mais les compétitions rivales furent écartées par le choix de François Piccolomini, qui prit le litre de Pie III. Ce dernier fut vite emporté par la maladie, et, le 31 octobre suivant, le conclave formé de trente-huit cardinaux appelait à la direction de l’Eglise Julien de
LES PRÉLATS — LE CARDINAL MINISTRE
la Rovère. En prenant le nom de Jules II, le pape s’écria : « Seigneur, délivrez -nous des barbares! » et, par là, il entendait les étrangers, à l’égard desquels il montra une résolution soutenue avec une indomptable énergie.
La tiare avait été tout près de se poser sur le front de Georges, qui comptait un grand nombre d’amis dans le Sacré Collège; mais les destinées de la France gagnèrent à la continuation des bons offices du ministre, toujours attentif au bien de son pays. Au printemps de 1505, Georges reçut de l’empereur Maximilien, au nom de son roi, l’investiture du duché de Milan, et, l’année suivante, il eut la satisfaction de célébrer solennellement les fiançailles de François d’Angoulême et de Glande de France, auxquels la couronne était réservée.
Parmi les documents relatifs aux affaires d’Italie, on possède un rôle des sommes d’argent et de la vaisselle distribuées par Louis XII à la cour du roi des Romain^, à l’occasion dè l’investiture du duché de Milan, le 8 avril 1505. Cette pièce porte le sceau du cardinallégat; il est rond (47 mil.), avec l’écu d’Amboise, timbré d’un chapeau de cardinal, et la légende est ainsi conçue : GejortGii de AMBAsfia’J [c jARDix al]is RüTHOMA[gensis|. A| rchiepiscopus].
Le 12 février 1506, le cardinal Georges était à Rlois. Par bulle de ce jour, il autorisa Jeanne, douairière de Rourbon, à garder l’Eucharistie dans la chapelle du château de Mirefleur. La pièce est munie d’un grand sceau ogival (85 mil.), sur lequel on voit dans un pavillon fleurdelisé, à gauche, une Pietà , où le Christ sans vêtement est soutenu par sa mère; et, à droite, un personnage agenouillé et les mains jointes assisté par saint Jean debout. Au-dessous est un écu à deux léopards passants, timbré d'une croix, et un autre aux armes d’Amboise, timbré d’un chapeau de cardinal. La légende porte : Sigillum Georgii Carnfinalis] Amrasia RorrnoM|agensis| ARcniEPi[scopus]. En outre, dans la sphère des questions religieuses, le cardinal donna une délégation à plusieurs évêques en vue de l’ordre de l’Annonciade; il agit auprès du pape pour la réforme des Ordres mendiants et accorda sa protection aux Minimes, dont il connaissait et vénérait le pieux fondateur, saint François de Pau le.
L’année 1508 fut surtout marquée par la ligue de Cambrai que le ministre conclut avec Jules II, l’empereur Maximilien et Ferdinand le Catholique, pour consolider les possessions milanaises à l’encontre de la puissance vénitienne, qui subit un redoutable échec à la célèbre bataille d’Agnadel (1509). Les Vénitiens devaient y répondre par la Sainte Ligue, qui aboutit, pour les Français, à la douloureuse journée de Ravenne; mais celui qui conduisait ainsi les destinées de la nation
LES PRÉLATS — LE CARDINAL MINISTRE
n’eut pas la tristesse de voir son œuvre entamée, et la mort l’empêcha de connaître le deuil de sa patrie, qui allait traverser une série de revers.
Sans éprouver le moindre affaiblissement dans l’énergie de ses facultés, Georges, sentant ses forces ébranlées à l’hiver de 1509, fit son testament le dernier jour d’octobre. Il institua les pauvres pour ses héritiers. A cet égard, on rapporte qu’en présence d’un legs montant
à trente mille livres d’or, le pape fît entendre les droits que prétendait avoir le Saint-Siège ; mais le roi prétexta qu’il s’agissait de biens particuliers en dehors de la puissance romaine. Georges n’avait plus que quelques mois à vivre. Le travail soutenu et sans trêve avait miné sa constitution, et il n’avait que cinquante ans quand il fut emporté à Lyon , au couvent des Célestins où il était descendu. Ses funérailles furent célébrées en grande pompe , et le roi y assista en témoignant de la douleur qu’il éprouvait.
Son cœur et ses entrailles demeurèrent en ce pieux asile, et son corps fut rapporté dans la cathédrale de Rouen. Le 25 mai, au milieu d’obsèques vraiment princières, Georges reçut la sépulture dans la chapelle de la sainte Vierge, et sa mémoire fut consacrée par un mausolée d’une incomparable magnificence qui ne manquera pas de fixer notre attention.
La nouvelle de la mort de Georges d’Amboise ne fut pas sans apporter quelque sérénité en l’âme du pape Jules IL On en trouve l’écho dans la réflexion du docte et spirituel cardinal Bernbo. Au témoignage de celui-ci, la crainte que le pape avait de se voir troublé dans son autorité par le cardinal Georges lui fit considérer la mort de celui-ci comme une garantie de sécurité, si bien qu’en l'apprenant il se serait exclamé : Adesso io solo papa sono !
Tombeau des cardinaux d'Amboise dans la cathédrale de Rouen, dessin de Gaignières.
LES PRELATS — LE CARDINAL MINISTRE
Quoi qu’il en soit, ce décès fut pour la France une perte presque irréparable. En sa personne la nation voyait disparaître l’un de ses enfants les plus glorieux. Par la distinction de son esprit, l’élévation de son caractère, la dignité et l’honneur de sa vie, aussi bien que par les immenses services qu’il rendit aux affaires de son pays, par la protection éclairée qu’il accorda aux lettres, aux arts et à tout ce qui peut contribuer au progrès et à la civilisation, Georges d’Amboise mérite que la postérité entoure sa mémoire d’un souvenir reconnaissant et impérissable.
L’exercice de la justice était trop souvent entravé par des abus invétérés dans la législation -et dans son application. Pénétré de l’importance souveraine de l’équité dans la marche de l’administration à ses divers degrés, le ministre s’attacha à améliorer les lois et à préparer la rédaction si utile des coutumes; il voulut réprimer la vénalité des charges et enrayer la corruption de la part, des juges, assurer leur indépendance par l’inamovibilité, et abréger la durée des procès dont les lenteurs sont, hélas ! de tous les temps. Afin de favoriser ces réformes judiciaires, le ministre fit créer deux nouvelles cours, Aix pour le Midi et Rouen pour le Nord, et. du même coup, la capitale de la Normandie fut dotée d’un monument qui est un chef-d’œuvre d’architecture ogivale. Au surplus, les diverses sources de la prospérité nationale trouvèrent en lui un protecteur éclairé : l’agriculture, l’industrie et le commerce fixèrent continuellement son attention, et il ne négligea rien de ce qui pouvait favoriser leur essor. Dans la sphère supérieure où les créations les plus élevées du génie humain entretiennent comme une atmosphère plus sereine et plus pure, le grand ministre s’appliqua à favoriser les lettres, les sciences et les arts par les encouragements qu’il accorda aux hommes que la nature a doués pour enrichir le patrimoine de l’humanité; il remplit ce rôle avec une parfaite largeur de conception, sans se préoccuper des questions de frontière et sans avoir égard à d’autres considérations que celles du véritable mérite, ainsi que nous aurons plus loin l’occasion de le constater.
La satisfaction que le ministre éprouvait dans la compagnie des esprits distingués ne lui faisait rien négliger du soin des questions courantes, et il veilla rigoureusement à ce qu’on pratiquât l’honnêteté et l’économie dans la gestion des deniers publics. Avec un sens profondément humain du rôle, des besoins et des mérites de la classe populaire , il eut à cœur d’alléger les charges du travailleur avec un zèle d’autant plus louable, que lui-même avait vu le jour sous des lambris dorés. Mais, sans rien diminuer de l’excellence de ses sentiments,
LES PRÉLATS — LE CARDINAL MINISTRE
nous aimons à penser qu’aux jours de son enfance et de sa jeunesse, dans le village qui entourait alors le château, et aussi dans le bourg, au cours de quelque promenade à la ferme, Georges fut à même d’observer de bonne heure ce que la chaumière cache parfois de douleurs et de besoins, qui s’enveniment trop vite, hélas! au contact des opulences incapables de se faire compatissantes et secourables. En tous cas, ces souvenirs des jeunes ans ne pouvaient qu’ouvrir, plus large encore, un cœur que la Providence avait fait bon et aimant.
Le peuple ne fut pas le dernier à comprendre ce que valait le ministre et ne lui ménagea pas les témoignages de sa sympathie. Aussi bien, Georges le lui rendait avec usure. Dès le début de sa charge, il supprima la taxe extraordinaire qu’il était d’usage de lever pour le couronnement du souverain : n’était-ce pas la meilleure façon de porter le peuple à s’associer comme il convient au «joyeux avènement » ? A une époque où les guerres prolongeaient tour à tour leurs triomphes et leurs désastres, pour le plus grand dommage du trésor public, le ministre ne se départit pas un instant de sa résolution de ne pas lever de nouveaux impôts. Bien plus, quelque jaloux qu’il fût de ce qui pouvait accroître la grandeur et l’éclat de la France, Georges d’Amboise s’efforça d’arrêter le souverain dans la voie des expéditions aventureuses où l’engageait son humeur chevaleresque. S’il ne réussit pas à empêcher ce que le tempérament national paraissait désirer, tout au moins il sut atténuer les inconvénients et diminuer le poids des charges que les guerres entraînent après elles.
Le patriotisme du ministre le porta même à entraver ce que le cardinal aurait pu se croire obligé d’accorder au chef de l’Église. Quand le pape Jules II, cédant à des considérations religieuses et politiques d’un ordre assurément respectables, s’efforça d’engager le roi de France dans une expédition vers l'Orient, Georges sentit que l’heure n’était pas favorable pour jeter la nation dans une nouvelle croisade contre les Turcs : ce n’était pas au moment où les diverses puissances européennes pratiquaient une politique d’intrigues contre la France-, que celle-ci pouvait trouver la liberté de tenter une aventure aussi périlleuse. Le ministre n’hésita pas à encourir la rancune de Jules II, qui ne lui pardonna pas, même après sa mort, ainsi qu’il le fit sentir au roi.
La gloire de Georges d’Amboise rejaillit sur la personne et sur le règne de Louis XII. On sut gré au souverain des bienfaits que l’on devait sans doute à la haute direction de sa politique, mais plus parti- - culièrement aux grandes qualités et à la sage administration de son premier ministre. Le monarque, d’ailleurs, le reconnaissait sans peine, et imitant le Pharaon qui disait à son peuple : « Allez à Joseph, » il se
LES PRÉLATS — LE CARDINAL MINISTRE
plaisait à répéter aux solliciteurs: « Laissez faire Georges! » Ce fut assurément une journée fort honorable pour le souverain que celle en laquelle, aux états généraux tenus à Tours, l’assemblée, dans un mouvement d’enthousiaste gratitude, décerna à Louis XII le titre précieux entre tous de « Père du peuple ». Mais l’homme d’Etat qui avait valu ce titre au prince par ses éminents services était bien Georges d’Amboise, et le sculpteur n’a fait que fixer le sentiment de l’bisloire en gravant sur sa tombe le titre glorieux de Pater populi.
Cette appréciation sur les éminentes qualités et sur la carrière politique de Georges d'Amboise a reçu dès longtemps l’approbation des esprits les plus indépendants en France et à l’étranger. Le savant Jacques Piccolomini, cardinal dé Pavie, a écrit : « P arm y cette généreuse nation, il n’y a rien de plus grand ni de plus illustre que son Excellence ; aussi le grand roy se repose de toutes les affaires de sou Etat sur le plus infatigable, le plus fidèle et le plus modéré ministre qui fut jamais. » — « A aucune époque de son histoire, dit Henri Martin, la France n’avait joui d’une aussi grande prospérité: l’absence des discordes civiles, le bon ordre maintenu par une administration régulière et vigilante, la sécurité des personnes et des propriétés, la protection accordée aux petits contre les grands, aux laboureurs contre les gentilshommes et les gens de guerre, portaient des fruits merveilleux : la population croissait rapidement... Le produit des terres augmentait dans une proportion énorme. L’industrie et le commerce n’avaient pas un moindre élan, les relations se multipliaient à l’infini ; le luxe et l’élégance des bâtiments, des meubles et des habits signalaient l’essor des arts et de la richesse publique. La condition de toutes les classes s’était améliorée, et le peuple en avait une profonde reconnaissance au roi et au ministre. »
Jardin et fontaine du château de Gaillon (B. N.).
CATHERINE ET ANTOINETTE D’AMBOISE
Katherine d’Amboise
Que trouveras, au tems qui vient, courtoise Plus que jamais.
[Les Dévotes Epistres de Katherine d’Amboise.)
e décès du chevalier Georges laissa la branche des Amboise sans héritier masculin. La seigneurie passa aux mains de sa tante. Catherine, fille de Charles Ier d’Amboise et de Catherine de Chauvigny, épousa Christophe de Tournon , seigneur de Beauchâtel. La mort brisa vite cette union, et Catherine resta veuve à l’âge de vingt ans. Son oncle, le cardinal Georges, lui chercha un époux digne de ses mérites et de sa grande fortune, aussi bien que de sa beauté et de son esprit.
Le 10 novembre 1501, à Paris en Bourgogne (Haute-Saône), Catherine donna sa main à Philibert de Beaujeu, lils de Jacques de Beaujeu et de Jacqueline des Ursins, née de Guillaume Juvénal des Ursins. Son principal domaine était la belle résidence de Lynières en Berry; mais la réunion des deux maisons fît qu’elle posséda des terres en maintes localités. Philibert porte les titres de chevalier, conseiller et chambellan du roi, sénéchal d’Auvergne, baron de Lynières et
CATHERINE ET ANTOINETTE D’A M BOISE
vicomte de Troyes, seigneur de Chaumont, des Rochettes et la Borde, de Trainel, dê'Meillant, d’Autri-le-Château , de Charenton, Blanche- Brague, Saint-Brisson et Amplepuis; à ces seigneuries il convient d’ajouter celles de Nohant, Marigny, La Motte-Jousserant, Thevet, Bezay, Grosbois, La Haie-Blanche, Yillemorte, Pierrefite-ès-Bois , Le Pondix et Chandeuil, ce qui constituait un superbe patrimoine.
Des liens fort étroits rattachent les seigneuries de Chaumont et de Lignières- en -Berry, suivant l’orthographe moderne, et nous devons nous arrêter quelques instants à ce château digne d’intérêt. Dès le moyen âge, les seigneurs étaient unis entre eux, et Jean Ier de Lynières, selon l’ancienne désignation, paraît dans les chartes du premier tiers du xne siècle. B épousa Aénor, fille de Sulpice Ier d’Amboise, que nous connaissons, et leur fils aîné Guillaume assista son cousin, Sulpice II, dans sa lutte contre le comte d’Anjou.
Un autre mariage resserra les liens entre .les deux maisons. Philippe de Lynières s’unit, en 1366, à Marguerite, fille de Gui de Chauvigny, seigneur de Châteauroux, et l une de ses enfants, Florie, donna sa main à Guillaume de T ussé, puis à Ingelger, fils de Pierre d’Amboise , vicomte de Thouars. La terre de Lynières passa dans une nouvelle famille par l’union de Jaqueline avec Edouard de Beaujeu. L’un des seigneurs de cette maison, Jacques, de sa femme Jaqueline des Ursins eut Philibert, avec lequel nous avons fait connaissance.
L’union se présentait sous les auspices les plus favorables et présageait une heureuse carrière. La dispense de parenté au troisième degré — Catherine étant, par sa mère, petite-fille de Catherine de Bourgogne — fut accordée par l’organe du cardinal Georges d’Amboise. L’acte fut dressé avec la solennité convenable, et parmi les témoins on remarque, du côté de la fiancée, Louis d’Amboise, alors évêque d’Autun, depuis cardinal, et Jacques d’Amboise, abbé de Cluny, qui représentaient les autres frères de Catherine. La corbeille de mariage était enrichie d’aimables présents et « les habillemens » dépassaient cinquante écus d’or.
Par le contrat de mariage de Catherine et de Philibert, il était stipulé que, à défaut d’enfants légitimes de celte souche, les domaines de Lynières, de Bezai et Thevé reviendraient à Charles d’Amboise, seigneur de Chaumont, et à Guy d’Amboise, seigneur de Ravel. En donnant Lynières à son lîls, Jacques s’était réservé vingt mille livres dont il lui fit don, en 1515, pour ses « bons, agréables et aimables services », à la condition que celui-ci fera célébrer son anniversaire en la collégiale L
1 Cl’.de M. l’abbé A. Oranger, doyen de Lignières, Documents précieux sur Lignières-
CATHERINE ET ANTOINETTE D’AMBOISE
La famille des seigneurs de Chaumont continua d’être l’objet des attentions du souverain , et nous voyons Catherine gratifiée d’une faveur particulière par François Fr. En 1525, Jean Perceval présentait les lettres de foi « faitte par noble et puissante dame Catherine d’Amboise, femme de haut et puissant seigneur Philbert de Beaujeu, chevalier, seigneur de Lynières». On sait qu’en l’absence de François Rr? retenu captif en Espagne, la régence fut exercée par sa mère, Louise de Savoie. A ce titre, par lettres datées de Lyon, le 19 juin 1525 et contresignées « Robertet », la reine mère remit à « dame Katherine d’Amboise tous et chascuns les droiz de racbapts, quintz , requinz , deniers et autres proffitz de fief et droits seigneuriaulx au roy nostre sire apparlenans, deübz et escheüz par le trespas de feu messire Georges d’Amboise, jadis seigneur de Chaumont, pour raison de la dicte seigneurie ». En même temps elle accordait à Catherine a certain respit et delaiz de faire à nostre dict seigneur la foy et hommage quelle est tenu fere pour raison de la dicte ferre et seigneurie de Chaumont ». A quelque temps de là, le 24 juillet, au nom de sa noble dame, le procureur et receveur de Chaumont, Jean Perceval le jeune, présenta ces deux lettres à la Chambre des comptes de Blois, en demandant leur a entérinement et verificacion », ce qui fut réalisé le même jour.
L’année suivante, le 19 avril « après Pasques », Philibert de Beaujeu se présenta à la Chambre des comptes de Blois et offrit « de faire la foy et hommage au roy à cause de son conté de Blois, pour raison de la chastellenie , terre et seigneurie de Chaumont et ses appartenances, item pour la seigneurie des Rochettes a luy appartenant à cause de dame Katherine d’Amboise, sa femme, et a elle escheües et advenues par le decez et trespas de feü noble et puissant Georges, jadis seigneur des dictes seigneuries ».
C’est l’époque où l’on possède des documents précis sur le développement de la vie paroissiale à Chaumont. Jusque-là, à l’ombre de l’église Saint-Nicolas, on sent s’épanouir progressivement la double influence religieuse et féodale; mais on ne conserve pas de pièces officielles, relatives aux manifestations du culte dans le bourg chaumontois. Désormais il sera possible de suivre pas à pas l’extension , les effets et le caractère de l’action catholique qui, de l’aveu de tous, fut un facteur prépondérant dans l’histoire nationale.
Le premier registre baptismal de Chaumont a pour titre : Hoc est
en-Berry et ses seigneurs, dans la Revue de ce nom, années 1904 et 1905; et aussi 1 intéressante Étude de M. l’abbé C. Berlombon sur la chapelle Saint-Sauveur de Lignières, dans la Revue du Berry et du Centre, n° de juillet 1905.
CATHERINE ET ANTOINETTE D’AMBOISE
rec/isterium infantium baptizatorum in parrochia de Calvomonte supra Ligerim Carnotensis diocesis ; il remonte à l’année 1527, et le premier acte est du 1er avril. Le curé a mis en tête cette maxime d’une noble philosophie : Due da michi le diligere et me ipsum agnoscere. Les registres sont en assez bon état de conservation ; mais , de nos jours, le relieur a interverti l’ordre de nombre de cahiers.
En l’année 1527, jusqu’à Pâques 1528, il j eut trente naissances, dont dix-sept garçons et treize tilles.
Suivant l’usage , on voit deux parrains pour les garçons et deux marraines pour les tilles , en sorte que chaque baptême comportait trois présentateurs. Les actes sont rédigés en latin, et l’on y remarque parfois des insertions en grec. Le 24 juin 1533, Nicolas Ambyé, curé, tint sur les fonts Antoine , fils d’Antoine de Ne vers, avec noble dame Marie Deschamps, veuve de noble homme Bertrand de Vaulx. La même année, Bernard d’Angiers et sa femme Andrée ont une tille, Jeanne, qui fut apportée sur les fonts par Jehan Brodeau et par Antoinette, tille d’Etienne de la Plaine, et par Jehanne, fille de feu Guillemin Brisemur.
Le retour de François Ier fut le point de départ d’une nouvelle tentative sur l’Italie, et, tandis (pie l’on remettait les enfants de France à Charles- Quint comme garantie de l’exécution du traité de Madrid, on songeait à franchir les Alpes. Après des succès , les Français furent défaits par les Impériaux, et l’on dut signer le traité de Cambrai. La reine était alors sur les bords de la Loire et Chaumont reçut sa visite. Elle s’y trouvait à l’automne de 1527 et se rendit ensuite au château
Tour Saint-Nicolas et aile occidentale de Chaumont.
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d’Amboise. Au mois de juin, nous lisons clans les comptes de cette dernière ville : « A Jehan de la Barre, Pierre de la Barre (et autres), la somme de six livres quinze sols tournois, qui ont estez baillez pour aller au devant de Madame mère du roy, pour atirer le basteau de madite dame du lieu de Chaumont jusques en ceste ville au moys d’octobre dernier; ils ont vacqué chacun une journée et Jehan de la Barre a furny son challen. »
Après avoir été reçue à Chaumont avec tous les honneurs dus à la reine mère, Louise de Savoie vit les Amboisiens se mettre aussi en frais pour lui être agréables. On lui offrit notamment d’excellentes poires la quantité d’un « quarteron ». Un peu plus tard, c’est le roi François Ie' qui descendit la Loire, et, au printemps de 1529, on envoya des bateliers tirer la barque du roi. L’accueil dut être moins empressé, car le prince voulait deux mille livres « pour la rédemption des enfans de France ». La ville remontra qu’elle était trop « pauvresse » pour offrir cette somme et supplia le trésorier général Bohier, de Chenonceaux , d’intervenir auprès du roi non sans lui faire présent de gibier et « d hypocras clairet », en sorte que la contribution fut réduite à cinq cents écus d’or.
Au printemps de 1530, François Ier et sa mère descendirent de nouveau la Loire, au grand contentement des hôtes de Chaumont, toujours heureux de saluer leurs souverains. En mars, on voit encore les habitants d’Amboise envoyer des « lirots » au-devant de Madame , mère du roi, qui venait par eau à Amboise. D’autre part, au-devant du prince, on dépêcha également « des tirots, pavoisés de taffetas jaune et rouge ». Cette même année, la ville amboisienne devait recevoir la reine Eléonore, et ce fut l’occasion de la représentation d’un mystère dont les décors furent exécutés par « M° André de Linnières » , appelé de Blois.
Le seigneur et la dame de Chaumont apportaient une parfaite exactitude à remplir leurs devoirs féodaux, même sur les points les plus éloignés des rives de la Loire. Henry de Foix, comte de Comminge, possédait les terres de Rethellois et de Beaufort en Champagne, était seigneur de Lautrec, d’Espineul, de Brugères et d’Orval. De cette dernière seigneurie « mouvaient » les domaines de Charenton et de Meillant. A ce titre, Philibert de Beaujeu lui fit l'hommage obligatoire. Comme le suzerain était « mineur d’ans », c’est à ses deux tuteurs, M. Menant de Morthery, « evesque de Conserans, curateur testamentaire confirmé par le roy, » et à Mgr de Châteaubriant, représenté par le docteur en droit René de Saint-Melan, son procureur, que le vassal rendit ce devoir en s’engageant à présenter dans les quarante jours
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« les aveux et dénombrements » desdites seigneuries, échues « à Catherine d’Amboise par le trespas de feii Georges d’Amboise , son nepven ». On sait que la région de Conserans, dont il s’agit, tire son nom de l’antique cité gallo-romaine des Conseranni et qu’elle est comprise actuellement dans le département de l’Ariège. La lettre de l’évêque, attestant la réception de l’hommage, est datée du château de Montrond, le 26 septembre 1534.
A leur tour, le 27 juillet 1537, Philibert de Beaujeu et sa femme, en raison des terres de Charenton et de Meillant, recevaient l’hommage de Pierre Ronsard, bourgeois de Bourges, seigneur de Chaillou et de Lhosmoys. Ce dernier leur rendait le devoir pour son « hostel de Chailhon », et pour son « hostel et manoir de L hosmoys », sis en la paroisse de Meillant, avec la garenne de Lhosmoys « a chasser a cor, a cry, a liu et a toutes manières de bestes et a nourrir porcs et tout ce que bon lui semblera ».
Le règne de François 1er continuait d’être agité par la lutte avec les Impériaux, qui se poursuivait avec une alternative de succès et de revers. A l'été de 1538, on conclut une trêve de dix ans, et une entrevue eut lieu dans le Midi entre les deux souverains rivaux. Un peu plus tard, le roi apparaît sur les bords de la Loire. Le 27 août, il séjourna au château de Chaumont, ainsi qu’on l’apprend par le recueil officiel des actes du prince.
On sait que la France commençait alors à être émue par les progrès des théories protestantes. Philibert de Beaujeu eut l’occasion de voir Calvin et entretint avec lui quelques relations. Le chef de la Réforme étudia à Bourges et se plaisait à répandre ses idées en Berry ; il se fit entendre à plusieurs reprises à Lynières, et le seigneur appréciait les qualités oratoires du théologien. Mais Philibert n’embrassa pas les croyances calvinistes et demeura ferme dans la religion de ses ancêtres.
Vers celle époque, sur les indications du roi, on préparait la réforme des lois provinciales. En 1539, Philibert fut élu aux états du Berry, réunis au chef-lieu pour la rédaction des Coutumes de la province. A l’été de l’année 1540, il « fit la foy au roi comme comte de Bloys », par son procureur Martin Bergerot, pour les seigneuries de Chaumont, les Roehettes et la Borde, et la lettre royale qui l’atteste est du 5 juillet. Moins d’un mois plus tard, le 2 août, le procureur Raymond de Pic, écuyer et seigneur de Prades, au nom du seigneur de Chaumont, présenta la lettre de réception à la Chambre des comptes de Blois. Elle en prit acte en disant que l’original sera rendu avec la mention de la présentation de l’hommage, mais non sans ajouter celte
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réflexion : « Sauf au procureur du rov de pouvoir procéder par saisie des fraitz pendans par les racines des diz lieux de la Borde et des Bochetles pour raison du proffît de rachaptz, deiiz et acquis audit seigneur par le trespas de feu Georges d’Amboise, et non de la dite terre de Chaumont parce qu’il est apparu du don des diz prouffiz fait à la dame de Lynières par feü très haulle et puissante dame Madame mère du roy, lors regente en France, datées du xixe jour d’avril mil Ve vingt quatre, entérinées en la Chambre le xxiiii0 jour de juillet mil Ve vingt cinq. »
Cependant le seigneur de Chaumont touchait à la fin de sa carrière. Philibert vivait encore au mois d’août 1540, et mourut à la lin de l’année sans laisser d’enfants. En homme prudent, il n’avait pas attendu les derniers moments pour arrêter ses volontés. Par son testament du 14 janvier 1528, il donnait à sa femme la terre de Lynières; mais, faute d’enfants, elle n’en aurait que l’usufruit, et, après la mort de Catherine, le domaine passerait à sa nièce Antoinette, femme du seigneur de Barbezieux. Pour sa sépulture, il arrêta qu’elle se ferait dans l’oratoire seigneurial de l’église de Lynières.
Dans un codicille ajouté à son testament, en février 1540, il spécifia que dans cet oratoire « il veut être bâtie une chapelle telle que le marché en est fait et sans y rien omettre ». Il institua une fondation pieuse, dont les revenus seraient pris sur sa terre de Marigny. Catherine s’attacha à réaliser les volontés du défunt, et, selon un témoignage autorisé, cette chapelle était « une des plus belles de la province et remarquable par ses vitres peintes, sa grandeur, sa structure et les statues qu’on y avait placées ; parmi ces statues on y admirait celles de Philibert et de Catherine, reposant sous de riches mausolées ».
On suivit de point en point les dispositions arrêtées par Philibert de Beaujeu, et désormais Chaumont nous apparaît aux mains de celle qui l’avait reçu de sa famille, de Catherine d’Amboise. Une lettre de réception du 13 août 1541 porte que pour ces domaines la foi a été faite au roi, « père et légitime administrateur du conté de Bloys par Georges de Creqni ». Il ne faudrait pas s’imaginer pour cela que la terre avait changé de propriétaire. Mais il s’agit ici, non de la personnalité du seigneur, mais bien de son neveu, comme fils de Marie, sœur de Catherine, lequel agissait évidemment comme procureur de sa tante1. De fait, le 9 du mois suivant, Jean Duchemin , « procureur de la dame de Chaulmont et de Lynières, » présenta à la Chambre des
1 Arch. Nat., P 1 479, f. IIIIXX V s. — M . Ch. de Croÿ fait observer que l’erreur d’analyse de l'Inventaire P 1479 a passé dans le Catalogue des actes de François Ier, t. VI, n° 22190.
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comptes de Blois la lettre même de réception de cette « foy faite audit seigneur » le roi.
On a remarqué que l’acte est présenté « au nom de la dame » de Chaumont; à cette époque, Catherine d’Amboise était veuve de nouveau. Avec son premier mari elle n’avait eu qu’un avant-goût du contentement qu’elle puisa dans sa seconde union de quarante années. Mais les joies de celle-ci devaient s’effacer sous les amertumes d'un troisième mariage qu elle contracta à l’âge de soixante-cinq ans. Il est vrai qu’il s’agissait d’un prince de la maison de Nevers, du chevalier Louis de Clèves, comte d’Auxerre et capitaine de cent gentilshommes de l’hôtel du roi. Son nouvel époux commença par lui faire donner ses terres avec ses meubles. Il eut vite dissipé en folles dépenses le beau mobilier, en particulier la vaisselle d’argent, « dont elle avait jusqu’à xiv douzaines ».
Le nouveau seigneur de Chaumont demanda au roi une certaine latitude de temps pour lui faire l hommage et la déclaration qu’il lui devait. François Ier, par lettres datées de Lyon le 10 août, se rendit au désir de son familier. « En consideracion des bons, grans et recommandables services que le dit conte d’Auxerre a par cy devant faiz et fait par chascun jour au dit seigneur, » le prince, est-il dit, « luy a donné et octroyé terme, souffrance et delay de fere et prester les foy et hommage et bailler la déclaration qu il est tenu fere des terres et seigneuries de Chaulmont, la Borde et les Rochettes, au dict conté apparnans par le mariage nagueres fait entre luy et dame (en blanc) d’Amboise, dame de Lynières, tenues du dict seigneur a cause du conté de Blois, et ce pour troys moys commencans au jour et datte de ces présentes ». Jean Duchemin, procureur du seigneur de Chaumont, le 28 septembre 1542, remit les lettres royales à la Cour des comptes de Blois, qui en consentit « l’entérinement ». L’année suivante, une pièce du 5 mars nous apprend que Louis de Clèves avait fait l’hommage au roi pour les seigneuries en question, suivant une lettre de réception de cette date.
De ce chef, le seigneur de Chaumont avait à payer au roi certains droits de rachat et autres, en qualité de néo-propriétaire de domaines relevant du château de Blois. 11 en avait versé une partie et trouvait la charge lourde pour son budget. Il le dit en haut lieu, et, celte fois encore, François Ier fit acte de libéralité par lettres données à Fontainebleau le 1er mai 1543. Le souverain lit « don au dit hault et puissant prince, des prouffitz de rachaptz et autres droiz et devoirs seigneuriaulx advenu/, et escheüz au dit seigneur à cause du mariage fait de luy et de haulte et puissante dame Katherine d’Amboise, dame de
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lanières , de Chaulmont, des Bochcttcs et de Ici Borde » pour ses domaines sis dans le comté de Blois, « cà quelque somme de deniers que se puissent monter, et iceulx faire payer, bailler et délivrer au dit prince Loys de Clèves ».
Cette lettre du roi fut présentée à la Chambre des comptes, et, le 10 mai, ayant reçu la vérification du conseiller Jehan Crenaisie, maître desdits comptes, la Chambre donna son consentement; elle manda, par acte du 17 mai, au receveur ordinaire du comté de « délivrer au dit Loys de Clèves la somme de nm vc livres tournois qu’il a
recüe ou recevra , provenans du rachapt advenu et esclieü au roy, à laquelle somme a ce jour d’huy est finé et composé en la d ite chambre avec le procureur du dit Clèves pour les prouffiz et rachaptz » , et ledit compte sera , pour le receveur , « rabbatue des deniers de la dicte recepte 1 ».
Le château de Chaumont, à l’instar de tout grand domaine qui se respecte, jouissait du droit de lever un péage sur les denrées transportées par « les marchands fréquentans la rivière de Loire et autres fleuves clescendans en icelle ». Or l’usage de ce droit suscita des démêlés en l’année 1505, et il s’ensuivit une procédure avec enquête et contre-enquête, entre les marchands et « messire Philibert de Beaujeu, chevalier et seigneur baron de Linières », avec sa femme « damoiselle Catherine d’Amboise, dame de Chaumont ». L’affaire traîna en longueur, et le seigneur mourut dans l’intervalle; mais elle fut poursuivie par sa veuve. Un premier arrêt du 5 avril 1538 (a. s.) confirmait en principe le droit des seigneurs de Chaumont, sans d’ailleurs clore la procédure. Enfin, il intervint un arrêt du Parlement du 25 octobre
1 Arch. Nat., KK 902, f. 11e vi , n vu. Journal de la Chambre des comptes de Blois, 1480-1540. — Dans une analyse sommaire des Hommages, on lit : « Du 17 mai 1543, enregistrement de lettres de dons des profits des terres de Chaulmont, les Rocheltes et les Bordes, montant à 250 livres (f. 206).» — Arch. Nat., P 1481, p. 109-110. (Registre des Fiefs du comté de Blois, 1705.)
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1544, qui arrêtait le tarif et les marchandises à taxer au péage de Chaumont.
L’ordonnance portait l’obligation pour les marchands de payer les droits conformément au tarif, à peine de « soixante sols un denier tournois d’amende », et, pour le seigneur, celle « de n’en user autrement » que le tarif, par rapport aux denrées et aux prix « sous peine d’amende arbitraire, dont la moitié au roy et l’autre à ceux qui en feront la poursuite, et de perdition de péage s’il y échet ». Le seigneur fera afficher l’arrêt au port de Chaumont , sur un pilier, « au lieu le plus convenable ». D’autre part, les marchands « ne seront tenus bransler leurs batteaux audit péage, si lion ne leur semble. Ains pourront envoyer à celui qui sera ordonné. lever ledit péage et qu’ils seront tenus payer à cause de la marchandise, au lieu qui sera destiné sur le dit port, et si le dit péageur prétend ledit payement n’estre loyalement fait, pourra envoyer arrester les dits batteaux et visiter les marchandises, et s’il est trouvé le dit payement avoir esté loyalement fait, et que le dit péageur à cause de la visitation ait tenu en arrest les batteaux plus de deux heures, il payera aux marchands leurs interests à cause du dit arrest; et s’il est trouvé iceulx avoir commis fraude au payement, ils encourreront les peines accoustumées ». Enfin, suivant la coutume, le seigneur devra « faire baliser et nettoyer la rivière et faire osier les bois, pierres, paulx et autres choses empeschans le navigage, en sorte que les marchands puissent naviger sans aucun péril et inconvénient ». Le tarif du péage de Chaumont, confirmé en 1544, nous donne une idée des droits qu’on levait alors sur les diverses marchandises 1 .
1 « Par muid de sel, mesure de Nantes, dix deniers tournois, revenant pour la mesure de Paris à vingt-cinq deniers. Si le clialan a huit muids et au-dessus, mesure de Paris, on prendra pour droit de sallage un septier de mesure de Paris, ou vingt-cinq deniers «au choix du seigneur ou fermier»; au-dessous de huit muids, pas de droit de sallage, mais seulement dix deniers pour péage. — Par muid de bled, mesure de Chaumont, huit deniers. — Par tonneau et pipe de vin chargé entre le pont de Blois et le pont d’Amboise, quatre deniers, et pour la pipe chargée au-dessus et au-dessous, six deniers. — Pour la somme d’huile, quatre deniers. — Par bœuf et vache, un denier. — Pour le fardeau de drap, douze deniers. — Pour la pièce de drap, deux deniers. — Par sac de noix, deux deniers. — Par sachée de pain, deux deniers. Pour cent d’oingt et de remais, quatre deniers, et s'il n’y a un quarteron, un denier. — -.Par cacque d'un millier ou environ d'harenc blanc ou sor, dix deniers, ou dix harancs au choix du marchand. — Par millier de seiches, huit deniers. — Par millier de hadots, huit deniers, et au fur sur l’emplaige. — Par millier de macquereaux , merlans et autres poissons saliez, douze deniers.
«Par meulle de moulin percée, huit deniers, et non percée, quatre deniers. — Par meulle à feuvre, deux deniers. — Par lot de cuirs contenant deux douzaines de peaux de bœufs ou de vaches, huit deniers. — Par traict de batterie pesant un millier, vingt deniers. — Par millier d’airain, cuivre et autre métal, vingt deniers. — Pour deux bestes à laine, obole tournois. — Par chalan de tonneaux vuides, quatre deniers. — Par coueste
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Au surplus, Catherine d’Amboise était loin de goûter le contentement auquel lui donnaient droit ses mérites, son âge et sa haute situation. Louis de Clèves ne se relâcha point de la vie déréglée qu’il menait jadis à Paris. De la capitale, où il entretenait des filles de mauvaise vie, « il en emmenait quelques-unes en province, les faisant mettre à table auprès de lui devant sa femme, qu’il maltraitait de paroles et d’actions devant Ses gentilshommes, ses damoiselles et ses pages ». Ses violences n’épargnaient personne et ses officiers en éprouvaient les effets. Lin jour, notamment, il appliqua un soufflet au lieutenant du bailli de Lynières, par la raison que, selon le chroniqueur, « en lui parlant, ce bon vieillard n’ostoit que son chapeau sans osier un petit bonnet de velours qu’il portait parce qu’il estoit chauve ».
Non content d’abreuver sa femme d’outrages, Louis de Clèves lui refusait même les deniers nécessaires à son train de maison, en défendant aux fermiers de lui rien payer, si bien qu’elle se vit réduite à la détresse. Durant les heures sombres, Catherine chercha un soulagement à son angoisse dans la méditation des vérités éternelles. Son
de liet pour vendre, quatre deniers, et pour celle d'usage et ménage, ne sera payé aucune chose. — Pour la chieure d’huille d’olive par millier, vingt deniers. — Par millier de fer et d’acier et tout autre millier de poix, vingt deniers et au fur l’emplaige. — Par millier de cire et beurre, vingt deniers. — Par challan ou batteau chargé de pelles ferrées, une pelle, et si elles sont toutes de fer, vingt deniers, par millier de poix comme dessus.
« Pour le mercier qui porte sainctures ferrées de laiton, de sove ou de fil d’Inde pour la balle, huit deniers, pourvu qu’elle soit cordée. — Pour coste de lard contenant un demy porc, un denier. — Par charge entière de verres, un verre. — Par charge d’aux et d’oignons faisant trois septiers, mesure de Blois, un denier. — Par saumon, un denier.
— Par lamproye, un denier. — Par douzaine d’allouzes, un denier. — Par fardeau de Cordouan, huit deniers. — Par somme de gingembre, poivre et autres espiceries pesant quatre cents livres, seize deniers ou quatre deniers pour cent. — Pour somme d’amande pesant un milier, vingt deniers. — Par cabbas de figues pesant un millier, vingt deniers.
— Par charge de peaux de sauvagine, huit deniers. — Par somme de fil, lange ou linge, quatre cent pesant, huit deniers. — Par fardel de loilles pesant quatre cent, quatre deniers. — Par fardel ou pouchée de laine de quatre cent, quatre deniers. — Par douzaines d’arsons comprenant devant et derrière, deux deniers. — Pour les. coings d'acier, soit de Lombardie ou d’ailleurs, à un millier de poix, vingt deniers.
« Par charge de ballaine de quatre cent, huit deniers. — Par somme de miel, quatre deniers. — Par sac de guesde contenant la charge d’un cheval, six deniers. — Par balle de garence de la charge d’un cheval, six deniers. — Par sac de pommes ou poires, n’y aura que despry. — Par douzaine de peaux de mouton, un denier. — Par challan de merrien à vin et autre espèce de merrien, huit deniers. — Par rottée de tan ou charretée, un denier. — Par baril d’alun, pour millier, vingt deniers. — Pour challan neuf, pour droit de neufvaige, six deniers, en le demandant, pourveu qu’il est peaultre. — Par sentine neuve, deux deniers.
« Par pacquet de mercerie au poix et au fur de deux deniers pour cent. — Pour le coffre fermant à clef et coffre sans claveure, s’ils sont grands, menez pour vendre, quatre deniers; pour ceux d’usage et de ménage, n'en sera rien payé. — Par millier de plomb et d’étain, vingt deniers. — Par somme d’œufs et fromages à raison du cent de poix, deux deniers. — Par fardeau de pelleterie, pesant la charge d’un cheval, huit deniers. — Pour challan ou batteau chargé de bois à brusler, quatre deniers. »
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esprit élevé, son cœur aimant et son âme mystique, sur les ailes de la poésie religieuse, montaient doucement vers les sphères divines, source des célestes consolations. G est surtout en son castel de Lynières, oii elle connut davantage le calice d’amertumes et où elle se plaisait comme auprès d’une source alimentée par ses larmes, (pi 'elle composa la plus grande partie de ses poésies, qui ont pour litre : « Les dévotes Ëpistres. » Ce recueil de prières invocatives adressées au Sauveur et à la Vierge se distingue par la fraîcheur et la délicatesse des sentiments, par l’arome des pensées et des images, par la sérénité des idées et du langage, en un mot par une suave harmonie empreinte de foi et de raison, de réalités et d’espérances, qui font honneur au caractère et à la dignité de vie de la dame de Chaumont.
La pensée se reporte de soi vers une contemporaine de Catherine, la séduisante sœur de François Ier, « la Marguerite des Marguerites, » que l'on a appelée « la dixième Muse ». Le talent poétique de Marguerite de Valois l'emporte par la grâce des formes plus souples et plus chatoyantes. La Muse de Chaumont, sous des couleurs moins sémillantes, exprima des idées plus graves, des aspirations plus hautes et des résolutions plus salutaires. Pour célébrer les louanges de « Jésus- Christ » , de « la Vierge Royale » et « Mère de Dieu » , « la plus belle qui jamais fut au monde » , Catherine évoque tour à tour les souvenirs de la Bible et de l’antiquité classique; Esther et Judith se concertent avec Apollon et Orphée, « pour sonner harpes et clairins ».
Le volume qui renferme les poésies de la dame de Chaumont est conservé à la Bibliothèque Nationale. C’est un in-4° de dix -huit feuillets en vélin, relié en velours et écrit à longues lignes. B renferme près de sept cents vers, d’ordinaire de dix pieds, à rimes presque toujours accouplées. Le manuscrit est orné de trois miniatures, dans lesquelles figure l’auteur en diverses circonstances. En la première, Catherine paraît à genoux sur un prie-Dieu, ayant une autre personne agenouillée derrière elle, et un ange olfre les « Ëpistres » au Sauveur Jésus. Dans le second sujet, les personnages gardent la même attitude, et l’offrande est faite à la Vierge. I^a troisième miniature représente Catherine agenouillée sur un prie-Dieu avec un livre ouvert : dans le ciel, on voit le Sauveur le globe sous les pieds et la Aierge priant, tandis qu’un ange reçoit un anneau qu’il remettra en « présent » à l’humble « espouse » du Christ, « prince très gracieulx et très débonnaire. »
Catherine veillait à écarter de sa lyre « songe ou fable », et à vivre chaste « comme la tourterelle » en sa retraite. Loin des trompeuses séductions de la cour, elle « escript au lieu segrect de la maison de
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Lynières. — C'est, comme elle dit, de la main non d'antre que de celle — Qui se maintient estre ta povre ancelle Katherine d’Amboyse ». La « povrette mondaine », qui présente ses hommages avec ses repentirs au prince du Ciel et à Marie, sa « dame et maîtresse », reçoit en retour les divins encouragements du céleste Epoux à sa « mye ». Les suaves conceptions de son esprit et de son cœur sont traduites en une langue facile, élégante et exempte de tout pédantisme. Le luth de la dame de Chaumont est accordé aux sons de la lyre angélique et ne sait
redire que les chastes inspirations qui, à l'instar de l’échelle mystérieuse de Jacob, vont sans interruption de la terre au ciel. La personnalité de l’auteur transparaît avec les ressouvenirs de son existence dans le signet terminal :
« Fin par moy Iv. d’Amboyse, » aussi bien que dans le double blason qui rehausse les deux premières miniatures du manuscrit.
Ajoutons seulement qu'un savant écrivain tourangeau, M. l’abbé J. Bourassé , a publié « Les Dévotes Epistresde Katherine d’Amboise » (Tours, Marne, 1861, in-8°, ex pages).
C’est ainsi que la dame de Chaumont puisait dans le culte de la Muse chrétienne un aliment à sa foi et un adoucissement à ses épreuves. D’ailleurs, la mort se préparait à exonérer Catherine du joug conjugal qui pesait sur ses épaules. La fin de Louis de Clèves fut le reflet de sa vie. En 1546, il arriva que, « s’étant couché sur un long banc qui rompit sous lui, parce qu’il était gros et pesant, il se cassa le filet des reins et mourut ». Catherine rentrait ainsi en possession de ses domaines, et paraît en qualité de dame de Chaumont, de la Borde, des Rochettes, de Meillant et de Lynières, ainsi qu’avec le titre de comtesse d’Auxerre. Dans un aveu et dénombrement de divers biens relevant de la seigneurie de Thevé, le 17 janvier 1547 (n. s.), on rencontre la mention de « puissante princesse madame Catherine d’Amboise, contesse d’Auxerre, dame de Lynières, Rezay et Thevé ». 11 en est de même, le 27 avril 1548, dans un hommage pour une dîme en
Château de Lynières ou Lignières (Cher).
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la paroisse de Saint-Christophe et relevant de la seigneurie deLynières, rendue à Catherine, « contesse d’Auxerre, dame de Lynières, Chaulmont, Meillant, Charenton, Thevé, Rezay, Sainct-Brisson , Aultry, Amplepuys, Montmallays, La Celletle et Nouhant ». Il s’agit ici du domaine de Noliant-Yicq, acheté par Philibert de Beaujeu en 1529 et illustré, à notre époque, par le séjour de George Sand, dont les lettres gardent le fidèle souvenir.
Catherine, parvenue à un âge avancé, termina sa vie par une mort digne de sa longue et sympathique existence. Elle s’éteignit, à Lynières, le 1er janvier 1550, dans le calme d’un soir illuminé des radieuses espérances d’outre-tombe, et sa dernière parole fut certainement l’une des dévotes oraisons qu’elle se plaisait à adresser à Jésus et à la benoîte Vierge Marie. Ses restes furent inhumés dans l'église aux côtés de son mari. Mais le fanatisme protestant devait troubler le repos de sa tombe; en 1569, les huguenots, maîtres de Lynières, profanèrent les restes des seigneurs, afin de s’emparer du plomb des cercueils, et mutilèrent les tombeaux.
La dame de Chaumont n’avait pas laissé d’enfant, et le domaine échut à sa nièce Antoinette d’Amboise, fille de Guy d’Amboise, sieur de Revel. A l’hiver de 1550 (n.s.), « Anthoinette d’Amboyse, comtesse de Roussy, dame des baronnyes de Lynières, Chaulmont, Meilhant, Charenton, Le Pondix, Chandeulh, Thevé, Rezay, Jalligny, Vendeuvre, Sainct- Ilpize , Ravel, Meymont , Enuzat, Vaulx et Limaigne d’Auvergne, » remettait à Lionnet Raquin, écuyer, seigneur des Grattes, et à son fils Claude, ainsi qu’au « survivent d’eulx deux », l’office de la capitainerie des seigneurs de Meillant, Chandeuil et Pondix, et aussi la maîtrise des eaux et forêts, aux gages de cinquante livres à prendre sur la recette de Meillant; et, en outre, la maîtrise des eaux et forêts des terres de Lynières, Thevé et Rezay. Ce jour-là, la noble dame se trouvait en sa belle résidence du Berry, ainsi que nous l’apprenons par la finale de l’acte : « Eaict et donné en nostre chastel de Lynières ce vingt -cinquième de janvyer l’an mil cinq centz quarante neufz — Anthoinette d’Amboyse. »
Antoinette était jeune quand elle s’unit à son cousin Jean d’Amboise, sire de Bussy. La mort ayant brisé ces liens, elle fut demandée par Louis de Luxembourg, comte de Roussy. Puis, après le décès de celui-ci, elle s’unit à Charles de la Rochefoucault. Ce dernier, d’une très honorable famille de Guyenne, était chevalier et seigneur de Barbezieux et occupa plusieurs dignités importantes1.
1 Le catalogue des actes de François Ior renferme quelques pièces relatives à celte époque. Le 4 juin 1539, François de la Rochefoucault, au nom de sa mère Anne de Polignac ,
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Charles était tenu en haute estime par les princes, à cause de ses qualités et de sa valeur. Quand il n’était pas à la cour, il guerroyait dans les camps, et il signala son habileté et sa bravoure eu luttant contre les troupes protestantes auxquelles il infligea plusieurs défaites. Parmi les charges qu’il remplit, on remarque celles de capitaine de cinquante hommes d’armes des ordonnances du roi et de gentilhomme ordinaire de sa chambre, de lieutenant général au gouvernement de Champagne, et de grand sénéchal de Guyenne. De fait, dès l’année 1544, Charles de la Rochefoucault, seigneur de Barbezieux, occupait la charge de grand sénéchal de Guyenne, et, en celte qualité, le 13 décembre, il donnait de ses gages une quittance avec son sceau rond (40 m.), portant un écn écartelé : « au 1 et 4 à trois fasces, avec trois chevrons brochant; au 2 et 3 un écusson en abîme ; sur le tout un écusson chargé de deux vaches passant l’une sur l’autre; » la légende mutilée porte : de la rochefo rezi
Quant à ce qui est des domaines des rives de la Loire, le 10 juin 1550, on voit Charles de la Rochefoucault faire hommage au roi, comme comte de Blois, pour les « seigneuries de Chaumont, la Borde et les Rochettes et appartenances ». Puis, le 6 novembre, en la Cour des comptes de Blois, Charles fit « la foy et hommaige au roy pour la seigneurie de Chaumont, la Borde et les Rochettes »; en même temps, il lui fut « anjoinct de bailler son adveu dedans ung moys ».
Antoinette ne fut que peu de temps dame de Chaumont. A sa mort, le 2 juillet 1552, elle laissait à son mari deux fils , Charles et Antoine. Par contrat passé à Paris, le 31 janvier 1555, devant les notaires Trouvé et Payen, Charles lit avec son frère Antoine un arrangement au sujet de leurs domaines. D’après cet acte, Antoine eut Chaumont « jusques à sa valleur de 2,000 livres », sous la condition du droit de réméré durant quatre ans. Mais cet accord n’empêcha pas Charles de porter dans la suite le litre de seigneur de Chaumont. Charles de la Rochefoucault, « chevalier, grand seneschal de Guyenne , gentilhomme ordinaire de la chambre du rov, seigneur de Barbezieux, Linières, Meillant et Chaulmont, » était l’hôte de son manoir de Meillant, le 11 mai 1556. A cette date, de concert avec Jean Delaloue, écuyer, seigneur du « Puys Saint- Christofle , gentilhomme et maistre d’hostel du
déclaration de l’hommage l'ait pour la châtellenie d'Onzain. Le 5 juillet 1540, déclaration de l'hommage de Philibert de Beaujeu, seigneur de Chaumont et de Landres, pour les seigneuries de Beaumont, des Rochettes et de la Borde. Le 13 août 1541, déclaration de l’hommage de Georges de Créquy pour les seigneuries de Chaumont, les Rochettes et la Borde. — Cf. la revue Le Loir-et-Cher, année 1900.
CATHERINE ET ANTOINETTE D ’ A M B OISE
clic t seigneur », y demeuranl aussi, il vendit a Claude Libaull, licencié ès lois, lieutenant de Charenton, Meillant, Chandeuil et le Pondyx, « le dixme et terrage de bledz, vulgairement appelé de Grosbochet, dépendant de la seigneurie dudit Meillant et sis en cette paroisse ».
En possession de plusieurs seigneuries importantes avec de superbes demeures et de belles dépendances, Charles de la Rochefoucault ,
« seigneur de Chaumont » et autres terres, éprouva néanmoins le besoin de réaliser des espèces bien sonnantes. Suivant une procuration passée « I avant veille au château de Meillant », son « procureur » Claude Libault , en son nom et au nom de sa femme, vendit à Jean Foucault, conseiller au siège présidial de Bourges , trois « molins bannyers » , dont deux à Meillant et l’autre près de la ville ; une mention mise au dos indique le « moullin du Creuzeau ».
Le seigneur de Chaumont tenait h ses droits et prérogatives, mais il savait se montrer conciliant, lorsque de justes motifs lui étaient présentés par les vassaux.
On sait la vieille rivalité entre la France et l’Espagne. La descente de Charles-Quint dans la pénombre mystérieuse de son couvent, puis dans l’ombre glacée de son tombeau de Saint- Just (1558), n’éteignit pas la flamme guerrière. Les Espagnols, désormais gouvernés par Philippe II. ayant envahi les Etats du pape et la France, le duc François de Guise, envoyé par Henri II, chassa les étrangers des Etats pontificaux, puis, volant au nord, par un merveilleux coup arracha Calais aux Anglais, désormais tout à fait « boutés hors de France ». On n’a pas oublié (pie par le traité de Cateau-Cambrésis , signé l’année suivante entre Henri II et Philippe II,la France conservait les places importantes au nord et renonçait à tous droits sur l’Italie .
Parmi les gentilshommes (pii combattaient sous les ordres du duc de Cuise, figurait Florimond Descartes, seigneur du Guérinet et des Hautes-Vallettes , sur la paroisse de Cangey. Il paraît qu’il avait en même temps à satisfaire à ses obligations féodales pour les domaines
Antoincdela Rochefoucault, dessin de la B. N.
CATHERINE ET ANTOINETTE D’AMBOISE
des Hau tes- Y ailettes, « mouvant du dit seigneur en plain fief ». Aussi, le 23 mai 1358, par-devant le notaire de Chaumont Nicolas Puzelat, « noble damoyselle Loyse de la Barre , vefve feu noble homme Boys Descartes, en son vivant escuyer, seigneur du Guérinel et des Haultes- Vallettes, laquelle pour et au nom de Florimont Descartes, son lils aysné, aagé de dix huict ans ou environ , s’est adressé à hault et puissant seigneur Mgr Antboine de la Rocbefoucault, seigneur dudict Chaumont, auquel par son dict fils elle a offert fere les foy et hommage que il doibt et est tenu fere a mon dict seigneur à cause de sa chastellenie du dict Chaumont ».
Alors, le seigneur « a faict responce à la dicte damoyselle que son dict f ilz est en aage compettant pour luy fere la dicte foy et hommage ; toutesfoiz, attendu l’excuse de la dicte damoyselle, qui a dict et affermé son dict filz estre de présent en Piedmont au service du roy et que, à ce moyen, il ne peult fere et porter la dicte foy et hommaige, mon dict seigneur luy a donné et donne surceance pour son dict filz de luy faire et porterie dict hommaige jusques à Pasques charnelles prochainement venant , sauf en aulfre chose son droict et l’aultruy, et mesmement des profficlz feodaulx, s’aulcunz luy sont deübz ». L’acte fut dressé en présence de Pierre Louât, lieutenant général de Chaumont. On a remarqué l’expression de « Pasques charnelles », c’est-à-dire celles où commence l’usage de la viande, sans doute pour les distinguer de « Pasques fleuries » , nom populaire donné à la solennité des Rameaux.
A l’hiver de 1558, les seigneurs continuaient à se défaire de divers domaines d’importance secondaire. Le 7 novembre, Jean Esmard, receveur de Charenton, Meillant, Chandeuil et le Pondix, demeurant à Charenton, au nom de Françoise Chabot, « espouze et procuratrice de Charles de la Rochefoucault, » seigneur de « Chaumont » et des autres domaines connus, vendit un morceau de prairie, dit le pré Guignard, à Hugue Aurouset, curé d’Angy, avec faculté de rachat durant vingt ans.
Charles avait été pris par une maladie qui nécessitait des dépenses, et sa femme s’ingéniait à se procurer les ressources nécessaires. Le seigneur de Chaumont avait, au printemps de 1557, vendu à son receveur « les prés Pellardz et Guignard », faisant partie delà seigneurie de Charenton, avec faculté de les racheter. Mais, au château de Meillant, le 8 novembre 1558, « pour subvenir aux fraitz de maladie survenue au dict seigneur en la ville de Paris, où il est encores de présent malade, » Françoise Chabot requit Jean Esmard de bailler les prés « pour les deniers en provenans les prester à la dicte dame, pour envoyer au dict seigneur et luy ayder et fornir aux fraitz de sa dicte
CATHERINE ET ANTOINETTE D’AMBOISE
maladie ». Le même jour, elle vendit à Claude Libault « ung disme de charnaiges concistant en aignaulx, laines, couchons, vins, reves (raves), meilletz (millet), chanvres et aullres chozes decimahles, » dépendant de la seigneurie de Meillant.
Dans un acte de vente du 8 novembre 1558, Charles de la Rochefoucault paraît avec la qualité de seigneur de « Chaumont », ainsi que nous l’avons vu. Mais, dans un dénombrement pour une part de dîme relevant de la seigneurie de liezay, le 18 octobre 1559, il ne porte plus ce titre, non plus que dans un dénombrement de dîmes relevant de Lynières, du 15 janvier 1560 (n. s.)1. Que s’était-il passé dans l’intervalle et quel événement avait motivé ce changement? Avec la disparition de ce seigneur nous voyons entrer en scène une reine célèbre entre toutes par ses puissantes qualités aussi bien que par ses prestigieux défauts.
1 Dans la suite, Charles de la Rochefoucault conserva sa seigneurie de Barbezieux et sa charge de capitaine de trente lances. Le 18 décembre 1 564, il donnait de ses gages une quittance avec son sceau rond (22 mil.), portant l’écu écartelé: au 1 et 4, trois t'asces à trois chevrons brochant; au 2 et 3, écusson en abîme ; sur le tout, un écusson chargé de deux vaches passant l’une sur l’autre, sans légende. Quant à Antoine de la Rochefoucault, il était lieutenant de trente lances sous le comte de la Rochefoucault. Le 29 mai 1566, il donnait de ses gages une quittance avec signet rond (20 mil.), ayant l’écu écartelé : au l et 4 un burrelé à trois chevrons brochant; au 2 et 3, un palé de six pièces; sur le tout, un écusson au dauphin, sans légende.
David, médaillon en marbre venant de Gaillon. ( Musée de Cluny.)
Chaumont, aile orientale, façade sur la cour d’honneur.
Vous estes icy des Muses amenée.
(Ode de Ronsard, OEuvres , t. V, p. 34.)
mariage de Henri II et de Catherine de Médicis, en réalisant l’union intime du génie français et du génie italien, dota notre pays d’avantages précieux, qui d’ailleurs trouvèrent un contrepoids dans les émotions poignantes dont ils furent suivis. Catherine avait importé des rives de l'Arno , son pays d’origine, aux bords du Tibre, son pays d’adoption, la flamme éclatante des goûts artistiques et des conceptions politiques qu elle puisa comme à l’ombre des palais des Médicis. En franchissant les Alpes, elle conduisit avec elle le groupe des Muses, qu’elle installa définitivement à la cour de France.
Héritière des qualités éminentes qui distinguent plusieurs des membres de la famille des Médicis, Catherine se fit remarquer par 1 élévation de son intelligence, par la culture de son esprit, par la pénétration et la largeur de ses idées, par la souplesse et la fécondité de ressources de son tempérament fait pour gouverner. Ses contemporains
l’ont appelée tour à tour « la Junon »> et « la Minerve » de la France, « la déesse si valeureuse et si belle », laquelle « sise an gouvernail » sait conduire au port la nef vagabonde. Et le poète, s’adressant à la reine, lui dit dans son noble langage :
Le vieil soldat se tient à son mesnage ,
L’artisan chante en faisant son ouvrage,
Les marchez sont frecjuentez des marchans,
Les laboureurs sans peur sèment les champs,
Le pasteur saule auprès d’une fontaine ,
Le marinier par la mer se promeine,
Sans craindre rien : car par terre et par mer,
Vous avez pu toute chose calmer.
Mais nous n’avons pas à nous occuper ici de la régente, habile à conduire les affaires de l’État, et il n’est question pour nous que de la reine, amie et protectrice de tout ce qui fait la grandeur de la nation. Or, on sait comment elle fit rechercher partout « les livres les plus vieux», dont elle orna « le liant palais du Louvre », et comment elle favorisa les arts et les Muses. Après avoir rappelé qu’elle aime son Monceaux « tout gaillard», et Saint-Maur avec « sa rive plus belle », le poète ajoute :
Et Chenonceau rend pour vous diaprez De mille fleurs son rivage et ses prez 1 .
Le maître du Parnasse a omis de nous dire ce que Catherine de Médicis fut pour Chaumont. Nous avons à le rappeler, en suivant le fil conducteur des documents avec d’autant plus de vigilance que les fictions romanesques prennent plus aisément la place de l’histoire.
A propos du château qui nous occupe, le vieil historien du Blésois a écrit : « Chaumont-sur-Loire est une seigneurie fort considérable, accompagnée d’un château très fort et très bien bâti. Quoyque la structure tienne du gothique, elle ne laisse pas d’avoir fort bon air. » Mais cet écrivain s’est étrangement mépris au sujet de l’échange opéré entre Catherine et Diane, et a interverti les rôles. D’après lui, « Diane de Poitiers avait acheté Chaumont du seigneur de la maison d’Amboise, et Catherine de Médicis, laquelle avait ménagé la retraite de cette Diane, souhaita passionnément l’acquérir, luy donnant comme elle fît en échange le château de Chenonceaux. L’échange est passé : « Au château de Blois, le roy y estant, par devant Huguet et Aubert notaires, l’an 1559, M. le cardinal de Lorraine stipulant comme procu-
1 Ronsard, Œuvres, édit. Lemerre, t. III, pp. 379-385.
reur spécial de la reine, et messire Jean Marcel, seigneur d’Averton, conseiller du roy en son conseil privé, stipulant pour Diane. »
Les circonstances de l'acte sont exactes, mais celles de l’échange doivent être retournées pour être vraies. C’est Catherine qui acquit Chaumont pour l’échanger avec Diane contre Chenonceaux, que la favorite possédait depuis quelques années et qu’elle avait embelli de travaux considérables. Il n’est pas davantage exact de poursuivre avec Bernier :
« Cette Diane avait arm-
menté Chaumont, avant cet échange, de quelques appartements, comme on le voit par sa devise qui est un cor de chasse, une trousse et un croissant sculptez en divers lieux des murs. » En effet, si elle l'a embelli, et nous verrons plus loin ce qu’il en est, ce ne peut être qu’après l'échange ou à partir de l’année 1560 (n.s.).
Suivant le même historien, que d’ailleurs l’on consulte souvent avec profit, le château est décoré « en plusieurs endroits de devises , et particulièrement de celle de la maison d’Amboise, qui est un Montgibel avec des doubles 3C, qui signifient Chaumont, inventions qui paraissaient en ce temps-là très spirituelles, quoy qu’à parler proprement, elles ne fussent que de vrais rebus». En regard de ces réflexions, en partie fantaisistes, nous avons le devoir de placer les documents dans leur lumineuse réalité.
Lorsque dans un tournoi fameux, à Paris, le 10 juillet 1559, la lance malheureuse du chevalier écossais Montgommery eut tranché le fd des jours de Henri II, la veuve donna au roi et à l’époux les regrets profonds et les larmes amères que lui inspirait un amour fidèle et constant. En même temps, elle veillait à ne rien abdiquer de l’influence de sa nature active et entreprenante sur la tête de son jeune fils le roi François II, lequel n’avait que dix-sept printemps et devait tomber sous
la faux de la mort, le 5 décembre 1560, au milieu des sourdes clameurs qui présageaient de poignantes luttes civiles et de sanglantes journées, sur lesquelles on voudrait pouvoir jeter un voile à tout jamais.
Au cours d’une visite, le château de Chenonceaux était apparu à la reine comme un séjour enchanteur et digne d’abriter les langueurs de son veuvage, aux heures où elle éprouverait le besoin de chercher dans la solitude une diversion aux bruits et aux intrigues de la cour. Au surplus, il ne pouvait que lui plaire de retirer celte merveilleuse résidence des mains de sa rivale, désormais sans appui, et de la priver ainsi d’un joyau sur lequel la favorite avait concentré une partie de ses rêves et de ses prodigalités, sans d’ailleurs que les arts aient à le regretter.
Plusieurs voies s’ouvraient devant Catherine de Médicis pour la conduire au but qu elle désirait. Elle pouvait faire confisquer Chenonceaux au profit du domaine royal en se fondant sur ce qu’il avait été acquis des deniers du trésor. Elle avait, en outre, la ressource d’acheter le château, en obligeant la belle favorite, désormais privée d’autorité, à consentir le marché au prix (pii conviendrait à la reine mère. Catherine prit un chemin détourné et préféra recourir â un échange de domaine, par une opération bien en harmonie avec les procédés diplomatiques qui lui étaient familiers. En regard du château féerique des rives du Cher, elle songea à mettre le château princier des bords de la Loire. Afin de réussir à coup sûr, avant de rien conclure d’une façon définitive, la reine, avec l’influence qui s’attachait à sa personne, s’assura de l'agrément des possesseurs des deux domaines. Au seigneur de Chaumont elle demanda une promesse de vente de sa terre, si cela lui convenait à elle, et à la dame de Chenonceaux elle offrit, pour nous servir d'un euphémisme, de faire l’échange des deux châtellenies avec leurs dépendances. Comme elle n’entendait avoir Chaumont que pour l’échanger contre Chenonceaux, elle se contenta de la promesse de vente qui lui fut faite par Charles de la Rochefoucault, se réservant sans doute de n’en rien faire, au cas où, par impossible, Diane de Poitiers s’obstinerait à ne pas lui céder Chenonceaux. Comme procédé d’affaires, on le voit, c’était assez bien compris, et tout réussit à point au gré de Catherine.
Ap rès les pourparlers utiles, on conclut « l’eschange faict entre la reyne-mère, ou procureur d’elle, et la duchesse de Yalentinois, de la terre et seigneurie de Chaumont-sur-Loyre, les Rochettes et la Papelardière, par la royne délaissée à la dite dame duchesse pour et en contre escliange de la terre et seigneurie de Chenonceaux, ses appartenances
et deppendances de Molin-Fort, Chisseau, la Chernière, Bois-du-Pont, Vrigny, Le Deffais, Thoré et générallement tout ce (pie la dite dame duchesse tenoit et possedoit audict Chenonceaux et ès environs » ainsi qu’en font foi par le détail « les lettres de transaction passées par Martin Huguet, notaire k Blois, le quatriesme jour de janvier mil Yc cinquante-neuf» (a. s.).
Désormais Catherine de Médicis était tranquille sur le placement de la terre de Chaumont, possédée par elle en vertu d’une promesse de vente, et elle pouvait en réaliser le contrat en toute sécurité. C’est
ce qu’elle fît au mois de mars suivant. Mais le vendeur avait, au préalable , une formalité à remplir. Sa femme, Françoise Chabot, avait des intérêts dans l’affaire, et il convenait de lui donner légalement « la surté pour raison de la \rente » . C’est pourquoi,
« en la court d’Ainboise » et par- devant les notaires Martin et Jacques Lelarge, le 9 mars 1560 (n. s.), « Charles de la Rochefoucault, chevallier, seigneur de Barbezieux et des baronnies de Lynières, de Médian, Charenton, Chandeuil et le Pondis, gentilhomme ordinaire de la chambre du roy, estant a présent audit Amboise, » fit une convention avec sa femme. D’une part, « au moyen de ce qu’il veult et entend vendre, transporter à perpétuité à la royne-mère du roy la chastellenye, terre, seigneurie, appartenances et deppendances de Chaumont-sur-Loyre , laquelle appartient au dit seigneur de son propre et de son cousté et ligne tant directe que collatérale ». D’autre part, attendu que sa femme Françoise Chabot « pouvoit prétendre et demander droict de douaire et autres droictz par le moyen de ses conventions matrimoniales, donations ou autrement sur la dite terre, et par conséquent droict d’hypotecque sur icelle », le seigneur s’engagea visà-vis de celle-ci, d’ailleurs absente, mais représentée, à lui fournir la garantie absolue desdits droits. En conséquence, ce même jour, il lui « obligea ses domaines de Médian, Charenton, Chandeuil et le Pondis, au choix et option » de sa femme et de ses ayant cause, sous
Chaumont, chambre dite de Catherine de Médicis.
la caution de tous ses biens, meubles et immeubles, « ce qui fut accepté par les représentants de Françoise Cbabot. (Signé) M. Lelarge, Lelarge. »
Tout était en règle du côté du vendeur, et l'on pouvait en toute liberté passer l'acte d’acquêt « de ladite terre et seigneurie de Chaumont-sur-Loyre et des Rochettes, appartenances et deppendances , des seigneurs de Barbezieulx ». L’acquisition fut « faitte pour le pris et somme de six vinglz mil livres tournois , francs deniers venus aux dictz seigneurs de Barbezieulx , comme appert par contrat de ce faict et passé en la court d’Amboise par Martin Le Large et Jacques Le Large, notaires royaux au diet lieu, le vingt ungiesme jour de mars LMYCLIX (a. s.) ».
Le roi se devait à lui-même de faire acte de générosité envers sa mère, en lui remettant les droits dus au souverain, et il n’y manqua. On connaît le a don faict par ledict seigneur à ladicte dame royne mère desdits proffîctz par ses lettres eu date du xme jour de juing MVCLXI ». A son tour, Catherine ne se montra pas moins libérale envers sa rivale devenue sa voisine de propriété, comme on le voit par « les lettres de delaiz et transport faittes par ladite dame roynemère à la dite dame duchesse des dis prouffîctz seigneuriaulx , donné à Saint Germain en Laye le XVe jour de janvier Mil Ve soixante et ung (a. s.). (Signé) Catherine, Fizes ». Ce qui fut ratifié sur-lechamp parle roi en ses lettres « données à Saint-Germain le XVe jour de janvier mil YCLXI », par lesquelles le prince « a pour agréable lesdietz don, promesse, cession et transport ainsi faietz par sadite dame et mère, et, en tant que besoing est, a subrogé et subroge la dite dame duchesse de Valentinois ausditetz don et cession desdits droietz et deniers seigneuriaulx ».
En conséquence de ces divers actes dont elle fait mention, la Cour des comptes de Blois, « le 9 avril 1592 après Pasques », a « fine et composé avec maître Jacques d’Amboise, procureur de Madame la duchesse de Yalentinoys, à présent dame de Chaumont, à la somme de vingt-huit mille livres tournois pour les prouffilz feodaulx, quint et requint, ce quoy la royne mère du roy estoit tenue à cause de l'acquisition que la dite dame avait faitte de la dite terre de Chaumont».
Avant de suivre Diane à Chaumont, nous devons jeter un coup d’œil sur l’état dans lequel elle laissait Chenonceaux. L'antique fief de la famille des Marques, acquis par Thomas Bohier au prix de douze mille cinq cent quarante livres, fut transformé par ce dernier dans le goût de la Renaissance avec ses avant-corps, sa jolie loggia, ses tourelles en encorbellement et son élégante chapelle, qui garde encore
les traditions du style flamboyant et fut consacrée par le cardinal Antoine Bohier, frère du fondateur. Dans la suite, en 1536, des charges
il enri II, tableau de l'école française (Musée des Uflizi, à Florence).
trop lourdes tirent remettre ce domaine aux mains du roi, et Henri II en fit don à sa maîtresse, Diane de Poitiers, non sans couvrir le procédé sous les dehors d’une adjudication en l’année 1555.
Diane, d’ailleurs captivée par son château d’Anet, apporta à Chenonceaux des embellissements par la construction d’un parterre, de jardins italiens et surtout du pont, rêvé par Bohier, et qui devait permettre de franchir le Cher et de communiquer avec les belles futaies de la rive gauche. Le pont devait être recouvert d’un étage formant galerie avec un grand balcon au midi « comme terrasse pour prendre l’air». On sait que les plans furent dressés par le célèbre architecte Pbilibertde Lorme, « conseiller et aumônier du roi et maître des comptes à Paris, » dit l’abbé d’Ivry par suite de sa commandite de l’abbaye de ce nom au diocèse d’Evreux.
Les travaux, commencés au printemps de 1556, furent conduits activement jusqu’à la mort de Henri II, laquelle marqua l’éclipse de la fortune de Diane. Catherine de Médicis, une fois en possession de Chenonceaux, résolut d’édifier la galerie avec des embellissements en rapport avec son rang et sa fortune, aussi bien qu’avec la beauté du site, non sans faire les préparatifs pour la réception solennelle de François II et de Marie Stuart le dernier mars 1560. En se conformant aux inspirations de la reine, qui a «jugement très admirable sur le faict des bâtiments », si bien, dit de Lorme, qu’elle fait « le principal architecte et ne me laisse que la partie de la décoration», celui-ci traça un plan grandiose qui nous a été conservé par Androuet du Cerceau. Le pont était couvert d’une galerie à double étage, terminée au midi par un grand salon ovale. Au couchant, deux corps feront pendant à la chapelle et « la librairie», tandis que deux ailes, s’élevant à droite et à gauche dans le Cher, termineront le château. La cour sera entourée d’une imposante colonnade circulaire, et l’avant- cour avec pavillon devait s’ouvrir sur l’avenue par un double portique à colonnades, de manière à créer une délicieuse perspective.
Catherine, désireuse de doter Chenonceaux de tout ce que demande « la commodité et honeste plaisir que l'on peult désirer et percevoir en une maison bien mesnagée », demanda aux tapisseries somptueuses, aux meubles élégants, statues et vases de marbre et de porphyre, d'embellir les appartements, en particulier la grande galerie des fêtes, tandis que « la librairie » s’enrichissait de manuscrits et de livres rares, « relyez de maroquin, dorez à petit fer ». Puis, soit faute d’argent ou changement d’orientation, Catherine renonça à ses vastes projets et se contenta d’élever la galerie sur le pont, de couvrir d’un double étage la terrasse entre la librairie et la chapelle, et de construire, sur des proportions restreintes, une des ailes obliques de l’avant-cour à laquelle la charpente « à la Philibert», détruite plus tard par M. Dupin, fît donner le nom de «dômes». Ces divers travaux, exécutés en partie
sous le règne de Henri III, furent dirigés, après la mort de Philibert de Lorme (1570), par son successeur Jean Bullant, puis par Baptiste Androuet du Cerceau, qui tous deux; respectèrent même le caractère un peu lourd de certains détails des plans de Philibert.
Les embellissements que Catherine apporta à Chenonceaux ne peuvent que nous faire regretter qu’elle n’ait pas possédé plus longtemps le domaine de Chaumont. Assurément, son goût particulier pour les arts nous aurait valu quelque œuvre magistrale ; d’ailleurs ses habitudes de luxe ont incliné la postérité à voir des souvenirs de la reine dans les vastes appartements et dans le mobilier somptueux qui
lui sont attribués par les historiens anciens, en particulier par Félibien, que nous aurons l’occasion de citer.
Il est d’autres témoins que le visiteur se plaît à interroger.
Jadis, un escalier pittoresque de cent soixante-sept marches, taillées dans le roc, conduisait à l’esplanade de l’église, sise à l’est du château. Suivant l’usage du temps, on avait planté au milieu de la place un ormeau qui étendit dans le coteau les ramifications de ses puissantes racines et, dans l’espace, les frondaisons de son opulente ramure. S’il faut en croire la tradition, à son baptême, l’astrologue de Catherine lui avait prédit longue vie et avait assuré qu’il dépasserait trois siècles. Le langage populaire le désigne encore sous le nom d 'Orme de Catherine de Médicis, et, ainsi qu’on l’écrivait il y a quelque cinquante ans, cet arbre se fait remarquer par sa « dimension prodigieuse et sa vénération dans le pays ».
J’ai parlé d’astrologue. La tradition locale associe la mémoire de Catherine à celle d’un familier des astres, dont la science divinatoire semble projeter sur l’histoire chaumontoise comme un faisceau de rayons mystérieux. Le xvie siècle fit marcher de front les recherches astronomiques et les formules astrologiques. L’astrologie embrassait dans sa sphère non seulement les connaissances astronomiques, mais encore la médecine et les mathématiques, et imposait son vocabulaire et ses signes, empruntés des Arabes, à la foule aussi bien qu’aux initiés. Elle invoquait le concours de la magie, dont les rites secrets piquaient fort la curiosité, et demandait à la position respective des
planètes et des constellations l’horoscope, ou figure de nativité, à l’aide d’une série de figures géométriques et cabalistiques. Le célèbre Corneille Agrippa s’efforça de formuler les théorèmes de l’astrologie judi-
Fête nautique en l’honneur de Henri II et de Catherine de Médicis, tapisserie de la Galleria deg'li Arazzi à Florence.
ciaire, et il n’est guère de personnage considérable qui ne tînt à connaître la clef des influences célestes à son propre sujet.
Catherine avait un goût prononcé pour les combinaisons astrales et avait donné sa confiance à l’un des hommes les plus réputés de son temps. Il était originaire, paraît-il, de Gisoni, au royaume de Naples, et l’on dit que les prédictions faites par lui au sujet de plusieurs papes décidèrent Catherine à se l’attacher. Ces prédictions furent imprimées
pour la première fois à Lyon, en 1555, et l’une des plus célèbres se rapporte à la mort de Henri II , oii « jeune lion vieux surmontera » (lre centurie, 35e quatrain). Ses théories sont exposées en plusieurs ouvrages, dont la série a été donnée dans les Éloges des hommes savants, par Antoine Tessier, historiographe de l’électeur de Brandebourg (Utrecht, 1698, in-8°). Ses mérites ont été célébrés par Jules Scaliger dans une pièce en vers latins, insérée dans les Poemata, etc. (Lyon, 1561, in-folio).
Mais quel était le nom de l’astrologue favori de Catherine? Il se
nommait Luc Gauric, et, au rapport des historiens, il se retira à Borne, où il mourut à l’âge de quatrevingt-deux ans, et reçut la sépulture dans l’église de l’Ara-Cœli. D’un autre côté, certains écrivains placent auprès de la reine l’astrologue Cosme Ruggieri, qui, après avoir été poursuivi pour une affaire de maléfice dit envoûtement, fut salivé par Catherine. C'était,
Observatoire de Catherine de Medicis au chateau de Blois. 1*8.001X10 — t — On 1111 (( Il 0 1X1 IÎ1 0
noir, qui n’a le visage bien fait, joue des instrumens, a quelque fois chausses noires et quelquefois de taffetas, toujours de noir habillé : homme d’esprit et qui passait pour savant ». Quoi qu’il en soit, les auteurs s’accordent à reconnaître les consultations astrologiques de la reine. Ce n’est pas qu’il faille faire fond sur de prétendus signes cabalistiques gravés sur les murailles de Chaumont et qui ne se rapportent pas à Catherine, ainsi que nous le verrons; mais le rapport des écrivains permet de dégager certains points.
L’observatoire astronomique de Catherine, à Blois, lequel conserve encore sa dédicace officielle, Uraniæ sacrum, est comme la consécration des goûts de la reine pour la consultation des astres. D’autre part, la tradition et les historiens placent dans les vastes salles du château de Chaumont l’une des scènes de magie et d’astrologie les plus célèbres. Au milieu d’instruments de toutes sortes, la reine , en tète à tête avec son astrologue, le sollicitait de soulever le voile qui recouvrait l’avenir de ses enfants et de la France, alors secouée de troubles
inquiétants. L’horoscope ou thème de nativité annonça, paraît-il, que ses quatre lils devaient mourir jeunes sans avoir touché le trône. A la demande de la reine, l’astrologue compléta ses dires par une séance de fantasmagorie à l’aide d’un miroir magique, et l’on prétend que la reine fut très impressionnée par la vision d’événements douloureux relatifs à sa famille.
Le souvenir en a été conservé par divers auteurs. Brantôme, il est vrai, attribue la prédiction à Nostradamus. Mais d’autres, tels que Nicolas Pasquier, Favin et Bayle, racontent la scène comme s’étant passée à Chaumont. Au rapport de Nicolas Pasquier, « la roynemère désireuse de sçavoir si tous ses enfants monteroient à l’Estat, un magicien, dans le chasteau de Chaulmont, luy monstra dans une salle, autour d’un cercle qu’il avait dressé, tous les roys de France qui avoient esté et qui seroient, lesquels firent autant de tours autour du cercle qu’ils avoient régné et dévoient régner d’années. » Quoi qu’il en soit, Catherine garda jusqu’à la fin une confiance absolue en Ruggieri, qui entra dans les ordres. Ruggieri vivait encore sous Henri IV, et, comme on l’accusait de pratiques secrètes, il se défendit en distinguant la magie de l'astrologie, qu’il entendit rattacher à l’observation des phénomènes célestes. Il fut mis en liberté, non sans que le président de Thon lui fit remarquer que cette science était en opposition avec les idées chrétiennes. Au cours du xvn° siècle, le docte Félibien recueillit à Chaumont la mémoire de ces observations d’astrologie, qu’il place dans « la grande salle fort spacieuse, ayant veue du costé de l’eau, où la royne Catherine tenait ses assemblées d’astrologues et de desvineurs , auxquels elle avoit beaucoup foy »>.
On nous demandera comment il est possible de concilier ces séjours de Catherine à Chaumont avec la façon dont elle acquit et transmit le domaine à Diane. Il ne faut pas oublier qu’il s’agit ici d’une reine, très attachée aux bords enchanteurs de la Loire et qui eut plus d’une fois l’occasion de s’y rendre, toujours sûre d’être bien accueillie par des seigneurs dont la plupart étaient ses protégés. Mais nous ne devons pas prolonger plus avant ces observations que nous terminerons par une simple réflexion.
Catherine de Médicis connut le comble des honneurs et de la puissance; mais aussi la satire populaire exerça contre elle, surtout par delà le tombeau , la malignité de ses traits. Parmi les pamphlets dirigés contre sa mémoire , il est telle épitaphe où il est dit qu elle fut « un diable et un ange ». La reine ne mérita cet excès ni d’éloge ni de blâme. Elle ne fut ni un ange par l’excellence de ses mérites, ni un
démon par l’odieux de ses vices. Ce fut une femme, une Italienne en laquelle les qualités les plus brillantes se rencontrèrent avec des défauts que les circonstances se chargèrent de mettre davantage en relief.
A propos des seigneurs de Chaumont au xvie siècle, nous trouvons dans Félibien quelques indications, qui complètent ce que nous avons dit. Antoinette épousa en deuxièmes noces Antoine de la Rochefoucault, qui mourut vers l’an 1537 ; elle en eut Antoine, qui fut chambellan du roi, et eut pour femme Cécile de Montmirail, dont Jacques de la Rochefoucault, seigneur de Chaumont, qui épousa Françoise de Lengeac. En 1550, le 6 novembre, Antoine fit hommage au roy. « Après luy il ne paraît plus d’autre seigneur de Chaumont. Il peut estre qu’Antoinette d’Amboise, estant demeurée, après la mort de son deuxiesme mari, chargée de beaucoup d’enfants et de debtes, les enfants de ce second lit furent obligés de vendre la terre de Chaumont. En l'an 1559, la reyne Catherine de Médicis l’achepta pour la bailler à Diane de Poitiers, en eschange de Chenonceau. Il y a apparence que la reyne Catherine y a fait quelque séjour avant ou après la mort de Diane de Poitiers, qui arriva en 1564, parce qu’il y a encore des meubles qui lui ont appartenu. Cependant en 1571, le 28 juin, les officiers du domaine accordaient un delay de six mois à la dame de Bouillon, qui estoit fille de la duchesse de Valentinois, pour donner son aveu de la seigneurie de Chaumont. »
Entre les châtelaines dont le nom a jeté un éclat tout particulier sur Chaumont, se place Diane de Poitiers, la favorite séduisante qui se glorifiait de prendre pour devise : Victorem omnium vici. La maison de Poitiers, surnorii de Valentinois, était la plus puissante famille du Dauphiné après celle des Dauphins de Viennois, et parmi les branches célèbres issues de cette souche, on compte celle de Saint-Vallier. Sa fille Diane n’avait que treize ans et faisait pressentir ce que serait sa beauté, quand elle fut unie, le 29 mars 1514, à Louis de Brézé, comte de Maulevrier, qui occupa îa charge de grand sénéchal de Normandie; par sa mère, le fiancé était petit-fils d’Agnès Sorel. Diane eut la douleur de voir son père se faire le complice de la rébellion du connétable de Bourbon; mais la condamnation à mort du gentilhomme ne fut pas mise à exécution par suite de la grâce accordée par François Ier. A cette occasion, le roman, se faisant travestisseur de l’histoire, n’a pas manqué de transformer cette grâce en un marché odieux dont l’honneur de la jeune Diane aurait été le prix ; mais c’est là une de ces fictions mensongères qui ne s’appuient sur aucun document sérieux.
Ce qu’il y a de certain, c’est que Diane devait inspirer au fds du roi, à Henri d’Orléans, une passion profonde qui occupa son existence entière. Elle était encore au printemps de la vie par le charme puissant de sa beauté, quand elle perdit son mari, le 23 juillet 1531, Le grand sénéchal de Normandie reçut la sépulture au caveau de sa famille dans la chapelle du chevet de la cathédrale de Rouen, en sorte (pie, par une curieuse occurrence, son tombeau se dresse en face de celui des d’Arnboise. Ce sont les deux représentants de destinées, d’époques et d’arts bien différents, auxquels nous reviendrons dans une étude spéciale sur les monuments.
Les Muses célébrèrent à l’envi la beauté de Diane, et le chef du Parnasse donnait, en ses odes, une à « Diane , à qui cent noms ne sçauroient suffire » ; il proclame que sa muse est à ce « nom vouée » et ajoute aussitôt :
J’ay peur d’être accusé de la postérité Qui tant oyra parler de votre déité,
De quoy, moy la voyant, je ne l’auroy louée.
Ronsard écrivait ces vers l’année même où Diane devint dame de Chaumont à la suite de l'échange que nous avons exposé. Tout d’abord, au fond de son âme elle dut éprouver quelque émotion, et ce ne fut peut-être pas sans quelque regret qu’elle s’éloigna de sa résidence de Cbenonceaux ; mais la duchesse de Yalentinois, qui d’ailleurs possédait Anet, devait trouver une compensation dans la superbe situation de l’antique demeure féodale qui domine la magnifique vallée de la Loire de son port majestueux , et d’où le regard plonge à l'horizon en des lointains ravissants.
Une circonstance allait contribuer à accroître 1 intérêt qu elle portait à ce beau domaine. La Chambre des comptes lui demandait des droits pour l’échange réalisé avec la reine. Le 22 mai 1561,
par ladite Cour fut « fine et composé avec maistre Jacques d’Amboyse, procureur et receveur de Mme la duchesse de Valentiuois en sa terre de Chaumont, à la somme de trois mille livres pour les prouffictz de rachapt par ladite dame deiïhz au roy ». L’acte fait remarquer que n’est pas comprise « en la présente composicion la terre et seigneurie de la Papellardière , parce qu’elle tient et deppend
de l’evesque de Tours », et que l’on s’est inspiré de « la transaction entre Anthoinette d’Amboise, comtesse de Roussy, naguères dame dudit Chaumont, et Jehan Just et Berthrand Just, marchands fermiers de la dite terre » , par laquelle, le dernier janvier 1551 (a. s.), le domaine a été affermé trois mille quatre cents livres (signé : Li-
bault) ; « laquelle somme de 111“ liv res, dit l’acte en terminant, nous avons ordonnée estre mise entre les mains du receveur du domaine qui en tiendra compte ».
Nous venons de rencontrer un officier chaumonlois, nommé Jacques d’Amboise. Nous ne saurions dire s’il était uni par quelque lien de parenté avec la famille de ce nom. Ce qu'il y a de constant, c’est qu’il avait toute la confiance de la châtelaine. Par acte du 26 mai 1560, « honorable homme Jacques d’Amboise » avait été constitué « procureur fiscal de la terre et seigneurye de Chaumont et receveur d’icelle par très haute et très puissante dame Madame Diane de Poitiers, duchesse de Valentinoys et dame de Chaumont1 ».
En l’année 1563, qui vit la fin de la première guerre politico-religieuse, par la paix d’Amboise et la clôture du célèbre concile de
1 Cet acte est mentionné dans les minutes de M° Ricois, notaire à Blois, qui a mis ses archives à notre disposition avec une gracieuse obligeance que nous ne saurions assez reconnaître.
Trente, si important dans les annales catholiques, le pouvoir royal créa des justices consulaires en quelques villes, bientôt suivies de plusieurs autres, et porta un édit sur l’aliénation des biens des communautés religieuses. La cure ou prieuré de Chaumont eut à se préoccuper de cette dernière mesure. A l’automne de 1564, le prieur était Jean de Pleus, chanoine du Saint-Sauveur de Blois. Le 20 octobre, il se présenta devant le bailliage de cette ville, où se trouvait « François de Molins, sieur de la Hauldiniere, l’un des depputez du clergé de Chartres pour le faict du rachapt du domaine de l’église ci devant aliéné ». Il déclara que lesdits députés avaient taxé le prieuré « tant pour sa part du principal dudit rachapt que pour les loyaux coustz et fraiz , à la somme de huict vingtz huit livres ». Or, il lui est « impossible » de le fournir, « sinon que, suivant l’édit du roy, il expose en vente quelque domaine du prieuré ».
A cet effet, le prieur offrit de vendre « deux arpens de pré ou environ , en la paroisse d’Onzain, joignant d’un long au sieur de Ilault- Lieu vers le vent d’aval, d’aultre long aux prez des Jacobins de Bloys, abbutant d’un bout aux hoirs de la trésorière Morin, vers gallerne, et d’aultre bout à la Scisse en la prairye de Meuves, partissant avec le prieur de Pontlevoy ». La vente de ces prés serait « moings dommageable au prieuré»; suivant l’attestation de trois habitants de Chaumont, Michel Breton, Jean Tervet et Guillaume Bournigalle, « ou y recueille bien peu de foing parce qu’ilz sont fort sablonneux etsubjectz à l’inondation et a estre mangiez des bestes du pays parce qu’ilz ne
sont gardé, » en sorte qu’ils les évaluent à cent cinquante livres. En conséquence, la vente sur enchères fui annoncée « au prosne de la messe à Onzain », et fixée au 25 octobre. Mais il ne se présenta pas
d’acquéreur, non plus qu’à quinzaine, ni à trois semaines, et l’on ne put procéder aux enchères que le 15 novembre. Les prés furent adjugés pour « neuf vinglz une livres » à Hippolyte Dufour, dernier enchérisseur « au feu et extainte de chandelle » , avec obligation de payer ladite somme « dedans huitaine ».
Diane résidait d'ordinaire au château d’Anet, dont elle avait fait une somptueuse demeure; mais elle ne négligeait pas Chaumont. D’une main elle se montrait libérale envers l’église, qu’elle dota d'une rente en nature et en espèces, et, de l’autre, elle s’attacha à embellir le château des bords de la Loire. Ce dernier conserve dans le chemin de ronde la trace aimable de la série d’ornements qui forment, à la partie supérieure des murs, une zone décorative, parallèle à la frise des d’Amboise qui orne la partie médiane, et d’un effet non moins gracieux.
Aussi bien, dans le Blésois, le maître du Parnasse accordait alors son luth pour célébrer les mérites, sans doute légèrement exagérés, de son héroïne. Qui ne le sait? De la belle dame, le « nom seul est une Iliade entière » et lui vient d’ancêtres « chevaleureux ». Puis, après un prologue sur le passé de sa race prédestinée, le poète poursuit :
Chapelle funéraire d’Anet, gravure de la Bibliothèque Nationale.
Je chanterois encore ta bonté,
Ton port divin, ta grâce, ta beauté; Comme toujours ta vertueuse vie A repoussé par sa vertu l’envie.
Je chanterois vers l’Eglise ta foy; Comme lu es la parente du roy Qui te cherist comme une dame saige, De bon conseil et de gentil couraige,
Grave, benine, aymant les bons esprits,
Et ne mettant les Muses a mespris.
Je chanterois d’Anet les édifices,
Thermes, piliers, chapiteaux, frontispices,
Voûtes, lambris, cannelures, et non,
Comme plusieurs, les fables de ton nom.
En te louant je chanteroy peut-estre Si hautement que ce grand roy, mon mais Ire,
En ta faveur auroit l'ouvrage à gré Que je t’aurois humblement consacré1.
De fait, les années passèrent, sans l’atteindre, sur la tète de celle qui a été immortalisée par le pinceau de Primatice el par le ciseau de Jean Goujon. Elle avait franchi la période sexagénaire, et l’historien Brantôme pouvait écrire que « sa beauté, sa grâce el belle apparence éloient toutes pareilles qu’elle avoit toujours eu ». Mais la mort, elle, ne la perdait pas de vue, et Diane se trouvait à son château d’Anet quand elle fut emportée, le 22 avril 1566.
Sur les rives de la Loire on ne fut pas moins sensible à cette perte que dans la vallée de l’Eure.
On garda le souvenir des séjours qu’elle y lit et des travaux d’art qu’elle y réalisa, ainsi que de ses œuvres de bienfaisance.
Ses restes furent honorés d’un superbe mausolée, dont on possède des reproductions. D’ailleurs, la riche collection Du Cerceau conserve, pour Anet, le « desseing du dedans de la chapelle neufve hors le lo gis, où se doit mettre la sépulture feu madame la duchesse de Valentinois ». On voyait le tombeau de la duchesse en « marbre
Tombeau de Diane de Poitiers, dessin de la B. N. (D’après la collection d’Oxford.)
1 Ronsard, Œuvres complètes, édit. Lemerre, t. If, p. 481.
blanc et noir dans le milieu du chœur de la chapelle », suivant le dessin conservé dans la collection d’Oxford. Sur un socle de marbre, des « Dianes » symboliques supportaient le cénotaphe taillé à l’antique. La plate-forme qui couronnait le monument était surmontée d’une statue de la défunte agenouillée devant un prie-Dieu, avec ses armoiries. Le soubassement et le sarcophage étaient de marbre noir, la statue priante ainsi que les supports étaient de marbre blanc. La duchesse, en costume de cour, apparaissait dans une grâce aimable, qu’il est intéressant de rapprocher de l’austère gravité de la statue de Diane au tombeau de son mari dans la cathédrale de Rouen.
De Louis de Brézé, Diane avait eu deux filles: Françoise et Louise. Celle-ci épousa Claude de Lorraine, duc d’Aumale, et la première appartient à notre histoire comme héritière de Chaumont. Le nom de Françoise tient, dans le xvie siècle, une place moins retentissante que celui de sa mère, et les Muses mirent moins d’empressement à célébrer ses qualités. Mais sa mémoire revit dans les annales chaumontoises, en une clarté sereine qui lui sied à merveille.
Anet, du côté de la cour, gravure de la Bibliothèque Nationale,
Chateau d’Anet, vue générale, gravure du département des Estampes.
LA DUGIIESSE 1)E BOUILLON
Françoise de Brézé près icelluy chasteau de Chaumont veult faire faire un parc.
[Acte de Vannée 1573.]
eu de grandes dames jouirent de domaines aussi étendus et de faveurs aussi considérables que Françoise de Brézé , que l’on voit de bonne heure dame d’honneur de la reine. Elle avait épousé, en 1538, Robert de la Marck, maréchal de France et capitaine de cent lances, qu’elle devait perdre dix-huit ans plus tard. Françoise était à Fontainebleau le 23 février 1555 (n. s.), jour où elle donnait quittance pour les gages de l'office de capitaine, qu elle avait reçus au nom de son mari1.
A l’imitation de François Ier, qui avait fait des concessions dans le parc de Chambord à certains personnages, Henri II permit à « divers princes, seigneurs et gentilz hommes » de bâtir à Chambord, et pour cela d’extraire des matériaux du parc. Par lettres de Fontainebleau, le 29 août 1556, il donna à Robert de la Marck, maréchal de France,
1 Le sceau qu'elle y apposa, rond (16 mil.), a un écu : parti au 1er à une fasce éçhiquetée de trois tires; au 2e, un écusson en abîme accompagné de huit croisettes en orle dans un trescheur; surmonté d'une couronne et sans légende.
LA DUCHESSE DE BOUILLON
qu’il avait fait duc de Bouillon, et à Françoise de Brézé une maison dans le village de Chambord, à laquelle « pendoit l’image de sainte Barbe et qu’habitoit messire Marin ». Ajoutons que vers la même époque il lit bâtir près du château, en vue du connétable Anne de Montmorency, « pour son logis et retraict et de son train, audit Chambord, » une maison à deux étages, avec trois écuries, jardin et pré; le logis garde encore le nom d’IIôtel de Montmorency.
La mort vint jeter un voile de deuil au front de l’aimable château de Chaumont. L’année 1556 est précisément celle qui emporta le maréchal de Bouillon. On sait comment i! guerroya contre les Espagnols et fut pris à la bataille de Hesdin. Il recouvra la liberté à la trêve de Vaucelles, mais il mourut peu de temps après, non sans que courût le bruit d’un empoisonnement dû à des rivalités. Sa veuve hérita des nombreuses seigneuries et portait les titres de comtesse de Maulevrier, de Brienne et d’Alban, de duchesse douairière de Bouillon, de marquise de Cotrou, de baronne de Serignan , Privas, Plannes, Maulay, de dame de Chaumont, des Rocliettes et la Borde, Breval, Nogent, Beynes, Limours, Rouvray, Brainville et Arcis-sur-Aube. On conserve, dans la riche bibliothèque de sir Thomas Philipps, à Cheltenham, les « Comptes de la chastellenie de Chaulmont- sur- Loyre » pour l’année 1567. Deux ans plus tard, on voit Jean Dikarse, capitaine d’Amboise, délivrer au fermier du péage de Chaumont un certificat, dans lequel il atteste que par suite des guerres, jusqu’à Veuves, il a été fait défense aux bateaux de monter ou de descendre la Loire.
La duchesse douairière de Bouillon, en qualité de dame de Chaumont, eut à présenter l’aveu de sa terre au roi, comme comte de Blois. Le 28 juin 1 57 1 , la chambre du Blésois accorda un « delay de six moys à la dame de Bouillon pour bailler son adveu de Chaumont ». Le 27 du mois suivant, elle faisait hommage « pour les fiefs des Rocliettes et de la Borde, à elle échus par la mort de sa mère, Diane de Poitiers ».
A l'été de 1573, Françoise de Brézé jouissait des charmes de son château qu elle se proposait d’encadrer dans un parc agréable. A cette époque, elle lit un bail général de son domaine de Chaumont et des Rocliettes, dont l’acte fut rédigé par Thomas Pelletereau, notaire delà châtellenie de Blois. Le 21 juin, la puissante dame, « duchesse douairière de Bouillon, comtesse de Bryenne, marquise de Cotterou , comtesse d’Alban, baronne des baronnyes de Serignan, Privas, Maulny, Plasnes, chastelaine de Nogent, Breval, Chaulmont sur Loyre, dame de Beynes, Lymours, Brenville, Arcy sur Aube et llouveray, estant de présent au dict Chaulmont, » afferma, à partir de la Saint- Jean-Baptiste prochaine, pour six années ou « six cuillettes et six
LA DUCHESSE DE BOUILLON
despoilles entières », à « honnestes personnes maistre Pierre Lecompte, praticien, Gabriel Le Noir et Loys Le Noir, demonrans an dict Chaulmont ». Le bail comprenait la terre de Chaumont, ainsi qu’elle se comporte «en dommayne , terres, boys, tailliz, prez , vignes, maistaries , peaiges , portz et passaiges, pescheries, estangs, cens, rentes, dixmes, mollins, terraiges, feslaiges, boucheries et aultres droictz, fruictz, proufficts, revenuz et esmollumens et autres appartenances, avec la seigneurie des Rochette s, consistant en mestaryes, terrages, cens, rentes, estangs, boys, tailliz , et toutes ses autres appartenances ».
La duchesse réservait : « le chasteau du dict Chaulmont, les jardins et places vagues estans près icelluy chasteau ou ma dicte dame veult faire faire ung parc , isles et isleaux du dict Chaulmont , et tous prouffîctz de fief, rachaptz, quint, requint, aubeynes, espaves, confiscations, nominations d’offices et bénéfices, et tous aultres droictz de fief, de choses tenues en foy et hommaiges de ma dicte dame à cause des dictes terres et seigneuries de Chaulmont et des Pochettes; et ou ma dicte dame vouldra faire quelques acquetz au dedans des dictes terres de Chaulmont pour s’accomoder, en ce cas les dicts preneurs n’en pourront demander aulcuns prouffîctz. » En outre, ils « ue prendront riens es boys de haulte fustaye de la dicte terre , synon les glandées, paissons et pasturages , et ou ma dicte dame vendra les vieilz biveaulx (baliveaulx) et modernes des ventes qui se coupperont des boys de la dicte terre, les preneurs n’en pourront demander aulcune diminution ».
Les preneurs auront en jouissance quatre-vingts arpents de bois taillis à couper suivant les coupes ordinaires, ainsi qu’il leur sera baillé, et qu’ils exploiteront en mai, « bien et deuement sans resseper », avec pour « desbouche et vuidange » jusqu’à Noël; ils ne toucheront pas les vieux baliveaux ni les arbres fruitiers étant dans les ventes, mais ils en laisseront par arpent « huit de chesne, s’y tant s’en
LA DUCHESSE DE BOUILLON
trouve, ou d’aultre boys, selon qu’il est porté par l’ordonnance du roy », et seront responsables des dommages causés par « la çongnée ». Ils feront le charbon « es places vacques ou l’on a coustume de ce faire », et ne pourront demander « aulcuns remplaiges des places vacques ». Aussi ne leur sera-t-il rien délivré dans l’étendue d’environ quarante arpents « de frische, nommé le Defoix, au Perthuis de Cours et de la Mobilière, ny des chantiers que ont accoustumé d’avoir les mestaiers de Lourme et de Maindray ».
En outre, les preneurs étaient tenus d’acquitter les charges suivantes : « A l’abbaye de Pontlevoy, pour les services et prières que sont tenuz faire par chascun an les religieux pour les seigneurs et dames de Chaumont, 27 1. t. ; au conseil de ma dicte dame à Blois, 100 s.; à son bailly de Chaulmont, 20 1.; au lieutenant du dict lieu, 10 1.; au procureur du dict Chaulmont, 20 1.; aux deulx gardes des boys, à chascun d’eulx, 20 1.; au consierge du chasteau, 20 1., deux septiers de blé mesteil, ung poinson de vin et ung cent de fagotz ; et au curé de Chaulmont, ung septier de blé seigle, cinq sols d’argent de don à luy faict par feu madame la duchesse de Yalentinoys. »
Le bail est fixé à la somme annuelle de quatre mille huit cents livres tournois. Les preneurs « auront une chambre au chasteau avec le grenier accoustumé «à mectre les grains de la dicte terre seullement ». Ladite dame leur mettra eu main les baux et papiers divers par inventaire, et de trois en trois ans ils bailleront l’état des recettes qu’ils feront et des droits de ladite terre, et à la fin ils rendront le tout en bon état. Ils prendront les blés ensemencés de la métairie de l'Orme et, à la fin, la rendront « enfruictée de telle quantité et qualité », ainsi que les grains des métairies des Roche ttes et de Maindray. Les preneurs ne pourront sous-affermer sans le consentement de ladite dame, qui s’engage à leur bailler, à la Toussaint prochaine, la somme équivalant à cinq muids quatre setiers de seigle manquant en la métairie de Veuves, où ils ne prennent cette année que « la moeson des avoynes ». Comme caution, les preneurs présentèrent Nicolas Lecompte, marchand, et Renée Jarry, veuve de François Le Noir, aussi marchand, demeurant à Chaumont.
A l’acte « passé au chasteau » furent présents en qualité de témoins « Charles de Saint-Privat, écuyer, seigneur dudit lieu, Nicolas de la Chaussée, écuyer, seigneur de Brucherville , maistre d’hostel de madite dame, maistre Jacques Cotelle, secrétaire de madite dame, et Michel Grajoie ». La minute fut signée de la duchesse, des preneurs et des témoins, ainsi que du notaire. Plus tard, le 13 septembre 1574, collation de l’acte fut faite par Pierre Moreau, notaire de la châtellenie
ïïélioc}. L.Sckoizer&erger .Paris