‹ Le Château de Chaumont dans l'histoire et les artsChapitre 21 sur 68 · DESSIN DE LA COLLECTION GAIGNIÈRES · texte numérisé non relu

DESSIN DE LA COLLECTION GAIGNIÈRES

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Aussi bien, parla richesse du mobilier l’intérieur du palais répondait pleinement à la magnificence du dehors; on peut s’en convaincre par le détail des inventaires dans lesquels les objets d’or et d’argent, les pierres précieuses, les meubles et les étoffes rares, les statuettes, les tableaux et manuscrits recherchés défilent devant les yeux éblouis du lecteur. Ainsi, dans l’espace de deux ou trois années, les orhatteurs de Rouen, ouvriers occupés à préparer l’or en feuilles, livrèrent aux peintres du château 115 milliers de feuilles d’or, au prix de 13 livres le mille. Le poids de la vaisselle d’or, « compris la chapelle et ymages et médailles , » s’élevait à 242 marcs 1 once 7 gros ; celui de l’argent doré à 765 marcs 3 onces 1 gros ; et celui de l’argent blanc à 786 marcs 5 onces 10 gros.

Gaillon, on le voiL, était un véritable musée de merveilles dont on serait désireux de connaître la valeur. Il est difficile d’évaluer les dépenses; pourtant, en ne tenant compte que des frais de main d’œuvre et de quelques objets consignés au livre des dépenses, on arrive à un total de 153,600 livres 15 sols 10 deniers. Or, si l’on prend pour base de comparaison le prix des aliments à celte époque et de nos jours, c’est-à-dire 1=20, on trouve que les frais montèrent environ à 3,072,000 livres.

Le cardinal Georges d’Amboise suivit avec le plus vif intérêt tous les travaux qu’il fit exécuter à son palais. Dans son désir de réaliser une œuvre à tous égards superbe, il y venait souvent pour donner son idée aux artistes. Au cours de l’année 1502, on le trouve à Gaillon les 24 octobre, 26 novembre et 18 décembre; il y resta du

Ung autre tableau sur verre. — Ung petit tableau sur verre où est figuré le Saint-Esprit.

— Ung autre tableau en boys où est une Nostre Dame tenant nostre Seigneur entre ses bras. — ■ Ung autre petit tableau rond où est une Nostre Dame tenant son fils et Joseph.

— Ung autre petit tableau rond où est figurée l’Annonciation. — Une autre Nostre Dame, en petit tableau carré, tenant son filz en ses bras. — Ung autre petit tableau ancien où y a une petite Nostre Dame fort noire. — Ung grand tableau de Nostre Dame de pitié et autres ymages. - — Ung autre tableau de Nostre Dame et saincte Melizabeth. — Ung autre tableau sur verre de sainct Jehan Baptiste. — Ung autre tableau comme sainct Jehan baptise Notre Seigneur. »

Dans l’inventaire de 1550, on voit :

« Ung tableau carré de boys formant couvert de voirre qui est une Assomption de Nostre Dame. — Ung tableau de cèdre avec son couvercle auquel est l’image de Nostre Seigneur portant croix, et ond. couvercle l’effigie du sacrifice d’Abraham. — Ung grand tableau auquel est l’eftigie de sainct Georges. — Ung tableau du trespassement de Nostre Dame. — Ung autre tableau auquel est l’effigie Nostre-Seigneur priant au jardin d’Olivet.

— Une grande pièce de toille paincte du pourtraict de la Cène de Notre-Seigneur. — Un beau tableau de la Nativité Nostre Seigneur, que a faict maistre André de Solario, peintre de Monseigneur. — Le tableau de Perusin où est la deposicion de Jésus Christ avec plusieurs personnages. — Le grand tableau rond contenant Nostre Dame, son filz, ung petit sainct Jehan bourdé d’un large bort d’or bruny. - — Ung moyen tableau carré où est Jésus Christ mort. »

26 décembre au 4 janvier. En 1504, il paraît dans les mois de juin et de novembre. Au commencement de janvier 1505, il vint pour recevoir Louis XII qui devait y passer la fête des Rois, et aussi au printemps. On le rencontre encore le 26 septembre 1506, puis trois ans après, en janvier et octobre 1509. A son dernier voyage, le cardinal tomba malade et en repartit à la fin de novembre , sur les instances du roi, pour n’y plus revenir.

Autour du glorieux et puissant Mécène se groupait une légion d’artistes que l’historien a le devoir de rappeler dans la mesure du possible. On ignore quel architecte ou deviseur dressa « les portraitz » ou plans de l'édifice , et nous inclinerions à les attribuer à Joconde plutôt qu’à un autre maître de France ou d’Italie. En attendant qu’un document nous éclaire sur ce personnage, dont le rôle ne doit pas être confondu avec les artistes qui « besoignent » à la tâche, nous pouvons du moins nous réjouir de connaître les principaux maîtres qui travaillèrent au palais.

Ce qui frappe précisément dans la série, c’est la largeur d’idées avec laquelle le cardinal avait fait appel à ses collaborateurs. Les écoles italienne et française rivalisèrent de virtuosité pour satisfaire le prélat, et nulle part ailleurs on ne rencontre un théâtre aussi favorable pour comparer les travaux exécutés par les maîtres et les disciples des deux écoles. Pour notre part, noos ne saurions assez exprimer notre gratitude au grand homme d’avoir ainsi réalisé, sinon la fusion , du moins la réunion des belles œuvres signées tour à tour de Colombe et Paganino, de Eauvert et André Salario, de Valence et Juste.

Parmi les maîtres maçons qui furent chargés de la conduite et de l’entreprise du gros œuvre, on remarque Guillaume Senault, qui va à Rouen « porter les pourtraictz » ou plans au cardinal , et Pierre Eain de Rouen, chargé de nombreux travaux, notamment de la chapelle, du grand escalier et du portail, et dont l’un des marchés s’élevait à 18000 livres. Pierre Delorme édifia le grand bâtiment de la cour d’honneur, appelé « grand maison » ou « maison de Pierre Delorme », et se chargea « de faire et tailler à l’antique et à la mode françoise les entrepiez qu’il failli à asseoir les médailles », ou les supports et encadrements des médaillons. A Gaillon on voit encore Roullant Leroux, dont le nom est intimement lié à la construction du palais de justice de Rouen, et, pour la cathédrale, aux travaux du grand portail, de la tour centrale et du tombeau de Georges d’Amboise.

A côté de ces maîtres, auxquels incombait une tâche spéciale, se

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plaçait l’artiste qui avait la mission de surveiller, de contrôler et de diriger d’une façon plus ou moins générale. Ce rôle, qui se rapproche de celui de l’architecte moderne, est rempli en particulier par Coliu Byart et Pierre Valence. Nicolas ou Colin Byart, « maître maçon en la ville de Blois, » fut mandé par le cardinal au moins à trois reprises, à Rouen et Gaillon (en mai 1503, mai 1505, juillet et septembre 1506), et cela non point pour bâtir. On ne voit aucune trace de travail matériel, et c’était « pour visiter les edilîces que mon dit seigneur y foit faire » ; aussi est-il désigné dans les registres capitulaires de Rouen , de concert avec Guillaume Senault, par la qualité de « maistre maçon des œuvres du cardinal à Gaillon ». Or, ce maître , (pii va d’abord visiter les travaux , qu’il surveille ensuite entre les années 1504 et 1506, qui vient au chantier au moment où l’on jette les fondations de la chapelle, duquel — à en juger par l’initiale B dans un triangle — on possède un dessin relatif à la décoration de cette chapelle, et qui en cette qualité est cité sept fois dans les comptes, ne serait-il pas celui-là même qui a donné ou conduit tout au moins une partie des plans, c’est-à-dire un architecte au sens rigoureux du mot?

Quoi qu’il en soit, Colin Byart, né, croit-on, en 1460, fut un des maîtres les plus estimés de son temps. Au témoignage de précieux documents, Byart « depuis son jeune aige a toujours esté meslé et entremis du faict de massonnerie, et entr’aultres y a esté a conduire le commencement des pons Notre-Dame de Paris. Depuys fut appelé par le seigneur de Guyer (Gyé), mareschal de France, a veoir, faire et visiter quelques œuvres du chasteau de Verpré (Verger) et au chasteau

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d’Amboise, et depuys au chasteau de Blois, qui sont choses somptueuses et de grant entreprise, et a toujours hanté et fréquenté plusieurs maistres expérimentés audict mestier ». Un fragment de comptes du château d’Amboise pour l’année 1498 nous montre, parmi plusieurs maîtres maçons travaillant à l’édifice, Colin Byart, et c’est des bords de la Loire sans doute qu’il émigra sur les rives de la Seine.

Au surplus, le contrôle était tout spécialement dévolu à Pierre Valence, de Tours, qui paraît en possession de la confiance absolue du cardinal. Entre les années 1503 et 1508, il paraît très souvent dans les comptes et y joue le rôle de visiteur, de surveillant, de conseiller et d’artiste tout à la fois. En 1505, notamment, Valence fut « envoyé par monseigneur de Blois à Gaillon et à Rouen pour visiter les édifices que mon dit seigneur y fait faire », et pour ce voyage il reçut dix écus soleil. Au dire de l’historien de Gaillon, « il y déploya ses talents tour à tour comme maçon, menuisier, charpentier, peintre, hydraulicien ; car Pierre de Valence était un de ces artistes à la façon des Léonard de Vinci, des Michel-Ange, des Bandinelli, maniant également bien le compas, le pinceau, l’équerre et le ciseau. »

Dans les comptes, Pierre Valence se montre en qualité d’hydraulicien, s’occupant spécialement de la conduite des eaux et de l’installation des fontaines; mais ce n’est qu’à partir de 1506 et alors que le gros œuvre était fort avancé. Jusque-là ses voyages sont fréquents, et tandis que Byart ne paraît que sept fois, le nom de Valence est cité environ quarante fois; d’ailleurs il précède le premier d’environ dixsept mois. En janvier 1503 (n. s.), Pierre Valence se rend à Gaillon à cheval, et, quelques jours après, il va conférer avec le cardinal à Blois. A la fin de février, il « toisoit la villa où Mg>' veult faire faire une allée et pavillon »; et, le 29 avril, il revient « veoir et visiter la place où Mgr fait faire la grande tonnelle ». Durant les mois de juin et août (deux fois dans ce mois) aussi bien qu’en mai 1504, il reparaît pour « visiter les tonnes (tonnelles) et aultres édifices que Mgr fait », ainsi que la maison et chapelle de Lydien. Du mois d’octobre au mois de décembre, il fait de nombreux voyages « pour visiter les édifices de Mgr ».

Les frais du voyage indiquent que Valence venait probablement de Rouen où il dirigeait des travaux. Dans cette dernière ville, on le voit exécuter pour le palais archiépiscopal « un pavé esmaillé » et « un cerf avec les armes et ordre du roy », et, pour ce dernier, il recevait 10 livres 4 sols 11 deniers. De concert avec d’autres experts, il fut consulté, en 1504, par le chapitre de la cathédrale, « pour scavoir si la neuve tour de ladite esglise seroit admortie ou achevée à esguille ou à terrasse ». Malgré l’avis de Valence et de collègues favorables à

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« l’esguille » ou clocher pyramidal, la tour fut achevée en terrasse et à couronne, selon les idées architectoniques qui s’introduisaient en Normandie. Par contre, vers la même époque, la cathédrale de Tours allait élever dans l’azur du ciel ses deux ravissants clochers à dômes tleuris, dont le premier, celui du nord, porte la date 1507 avec les initiales du nom de ses hardis constructeurs, BF. MF : Bastien Françoys et Martin Françoys.

Le cardinal Georges d’Amboise venait visiter les travaux par intervalles. Il était à Gaillon à la lin de février 1505. Valence s’y rendit et y resta dix jours, à la demande du prélat, qui le lit venir « pour luy deviser des affaires de Gaillon ». Outre ses frais de voyage qui étaient soldés, ses honoraires égalaient et même dépassaient ceux des premiers maîtres maçons qui payaient toute la journée de leur personne. Les deux sculpteurs ornemanistes d’Italie, Jérôme Pacherot et Bertrand de Meynal, touchaient, par jour, le premier 7 sols 6 deniers, et le second 5 sols; Guillaume Senault recevait également 7 sols 6 deniers. Quant à Valence, il reçut 75 sols pour « ses vacacions » de dix jours.

A partir du commencement de 1506, Valence s’occupa plus spécialement de l’aménagement des eaux et des fontaines, dont les frais s’élevèrent à 1250 livres. Une fois les plans tracés et les travaux engagés, Valence allait en voyage, tantôt pour voir le cardinal, comme au printemps de 1506, tantôt pour surveiller d’autres ouvrages. Il revint avec un « Italien » pour visiter la fontaine. Puis, quand le magnifique édicule en marbre de Gênes, don de la république de Venise, fut débarqué, Valence présida aux travaux de pose et d’appropriation avec un traitement fixe de 20 livres par mois. Les meilleurs artistes d’Italie, occupés à Gaillon, ne touchaient pas davantage. Le sculpteur Antoine Juste recevait 497 livres pour environ deux années de travail, et l’élève de Léonard de Vinci, le peintre Andrea Solario, en dehors de ses frais de dépenses, touchait 92 livres 10 sols pour quatre mois. Vers le même temps, Valence fut appelé à Rouen par l’abbé de Saint-Ouen, dit le grand bâtisseur, pour aménager la conduite des eaux à une fontaine au milieu de la cour abbatiale.

Sous le prétexte que Pierre Valence fut un artiste presque universel, faut-il l’identifier avec « Pierre Valence menuissier » qui sculpte les lambris de la grande galerie du jardin, au prix de 35 sols la toise? On l’a pensé, mais il nous est difficile de partager cet avis. Valence n’a reçu nulle part le nom de menuisier, et nous croyons qu’il s’agit simplement d’un homonyme; cette occurrence n’offre rien d’extraordinaire, et l’on voit notamment à Gaillon deux ouvriers nommés Jean Alexandre, l’un maçon et l’autre tapissier.

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Quoi qu’il en soit, à partir du mois de mai, Pierre Valence semble être rentré à Tours; de cette ville, au mois d'octobre 1508, il fit un voyage à Gaillon , pour lequel il toucha 10 livres. L’année suivante, au mois de février, il revint encore de Tours « pour visiter la fontaine », en compagnie, cette fois, de son fils Germain Valence. Ge dernier venait s’occuper du « pavé de la cour », formé de carreaux et de (( pierre de liais grise et autres couleurs ». Pour ce travail Germain Valence, du mois de juillet au mois de septembre, reçut 85 livres 2 sols. De plus, il avait la direction du pavage et jouissait, à cet égard, d’un traitement fixe de 10 livres par mois. On est autorisé à croire, bien qu’on l’ait attribué à son père, que c’est Germain qui fit pour l’abbé de Saint- Ouen « deux armories de carreaulx esmaillés », destinés au devant de la maison abbatiale, « sur la cour ».

A sa mort, le cardinal-ministre, tout en remettant le château et la terre de Gaillon à l’archevêché de Rouen dont c’était la propriété, légua à son neveu « les meubles et l’accommodement de la maison tel qu’il étoit ». Dans un projet de testament, il évaluait lui-même « toute sa déferre à deux millions ». Le neveu imita son oncle dans la confiance pour le grand artiste des rives de la Loire. Lorsque Georges II d’Amboise pensa à élever à son prédécesseur un mausolée digne du génie du grand homme, son souvenir se porta vers le principal architecte de Gaillon. Il l’envoya consulter — toujours le même rôle d’architecte-ingénieur — « pour avoir son opinion sur le faict de ladite sépulture, et pour sçavoir s’il voudrait entreprendre l’ouvrage d’icelle avec ses compaignons. » Pierre Valence, qui était probablement occupé à des travaux importants, répondit qu’il ne pouvait s’en charger.

Sans doute Gaillon devait une partie de ses charmes à l’harmonie des lignes, mais aussi le ciseau s’était chargé de rehausser le palais de toutes les grâces dont un édifice peut être paré. Jusqu’ici nous n’avons pn démêler la collaboration avec ses diverses influences ; mais, sur le terrain de la sculpture, nous allons voir en scène les maîtres des deux écoles française et italienne, dont nous avons la bonne fortune de pouvoir reproduire au moins quelques spécimens en regard des documents écrits, fournis par les comptes.

Le cardinal d’Amboise fit appel aux meilleurs « tailleurs d’ymages » de France, et parmi ceux-ci nous remarquons Jean de Bony et Guillaume de Bourges, fixés à Rouen, et surtout Michel Colombe. De 1508 à 1509, Jean de Bony sculpta un saint Jean, une « Melusine », un « monstre », des anges et des têtes de cerf en bois. Guillaume de Bourges exécuta quarante-deux médaillons, ainsi que trois statues

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pour la chapelle. Il élait réservé à Colombe de « tailler » le Palron du grand ministre.

Michel Colombe, né vers 1430 dans « l’évesché de Léon », pays des falaises mélancoliques, des clochers ajourés, des calvaires pittoresques et des naïves légendes, fut, sous les règnes de Louis XI, de Charles X III et de Louis XII, l’un des maîtres du ciseau dans le nord et l’ouest de la France. Grâce à son génial talent, Tours devint un atelier de sculpture de premier ordre, ou rois, reines, prélats et grands seigneurs faisaient leurs commandes. Louis XI demanda au maître un ex-voto où figurait saint Michel sauvant le prince des atteintes d’un sanglier. L’évêque de Maillezais, Louis de Rohault, avait son tombeau des mains de l'artiste. Le prieuré de Solesmes s’enrichissait de la belle statue de saint Pierre, dont la chape porte l’inscription bien significative Racione M. C. T., que nous nous félicitons d’avoir jadis mise au jour, et surtout du superbe groupe 1 ‘‘Ensevelissement du Christ, sorti manifestement des mêmes mains dans son émotion contenue, et portant la date M CCCC IIIIXX XVI.

Tour à tour on voit le maître choisi comme expert par l’abbé de Saint-Florent de Saumur, et chargé de modeler l’armure de Turnus dans le mystère joué à l’entrée d’Anne de Bretagne à Tours, ainsi que le patron de la grande médaille frappée pour l’entrée de Louis XII en 1500. Le bas-relief en marbre du Trépassement de la Vierge pour l’église de Saint- Saturnin de la même ville, ouvrage qui fut ensuite « tout painct d’or et d’azur », fit proclamer Colombe « le plus sçavant de son art qui feust en chrestienté ».

D’après « le patron » donné par Jean Perreal, dit de Paris, et sur l’ordre d’Anne de Bretagne, Michel Colombe exécuta le magnifique tombeau de François II de Bretagne et de Marguerite de Foix, achevé en 1507, jadis dans l’église conventuelle des Carmes à Nantes, actuellement dans la cathédrale : oeuvre magistrale où notamment les statues d’angle, les Vertus, sont dues à l’inspiration du maître, qui pour l’ornementation fut secondé par « deux tailleurs de massonnerie antique

Ensevelissement du Christ à Solesmes, groupe en pierre attribué à Michel Colombe.

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italiens », dont Jérôme de Fiesole. Ce même artiste italien travailla à la décoration du tombeau des enfants de Charles VIII, naguère à Saint- Martin et présentement dans la cathédrale de Tours, peut-être également aux côtés de Michel Colombe, auquel on attribue les deux enfants et les anges d'une grâce exquise posés sur le mausolée.

Colombe était « le tailleur d’ymaiges du roy » et de la reine Anne, tout heureuse de faire appel au génie de son compatriote. A l’été de 1507, l’église de la Rochelle lui commandait un Ensevelissement du Christ avec sept personnages, comme « il est acoustumé faire en tel cas ». C’était le moment où le cardinal d’Amboise décorait son

palais de Gaillon. L enfant des bords de la Loire et le ministre ne pouvait manquer de demander une œuvre au ciseau du maître. Pour l’autel de la chapelle il lui commanda, en 1508, le bas-relief de Saint Georges terrassant le dragon , qui mesure 1 m. 85 de longueur sur 1 m. 24 de hauteur, et se voit actuellement au musée du Louvre.

Le marbre fut conduit dans l’atelier de Colombe par un artiste qui travailla beaucoup à Gaillon, et l’argentier paya « à Géraulme Pacherot, masson ytalien, 57 livres 7 sols 6 deniers, pour avoir mené de Gaillon à Tours le tumbe de marbre, par quittance du 27 septembre 1508 ». Quant au maître, on le voit Loucher un acompte d’après cet article : « A Michault Colombe , sur le marché à lui fait pour la façon de faire le saint Georges, tailler et graver sur le dit marbre, par certification de Patris Binet, du 25e de février 1508, pour ce, cy 300 livres. »

On connaît le remarquable « tableau de marbre » dans lequel le sculpteur, au milieu d’une campagne mouvementée, a placé le théâtre delà légendaire victoire de saint Georges; le vaillant cavalier, revêtu du harnais militaire, frappe de la lance le monstre qu’il transperce à terre, cependant que, sur une éminence, la fille du roi de Candie, à demi agenouillée, rend grâces au Ciel et à son libérateur d’être délivrée des atteintes du dragon. L’œuvre se fait remarquer par un heureux mé-

Saint Georges terrassant le dragon, par Michel Colombe. Bas-relief provenant de Gaillon et conservé au Louvre.

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lange de mouvement et de sincérité, de force et d’élégance, de tradition et de rénovation , qu’il est intéressant de rapprocher du même sujet traité par un ciseau italien pour le tombeau du cardinal à Rouen. Assurément , il est fort exagéré de répéter avec un vieil auteur que « Phidias à peine eût su produire un ouvrage aussi beau »; mais le bas-relief fait le plus grand honneur à Colombe et à la sculpture française de son temps.

Ce bas-relief a d’ailleurs l’avantage de symboliser l’union des deux arts français et italien, et la décoration qui lui sert de cadre de marbre est l’œuvre du sculpteur Hieronymo Pacchiarotti , que nous venons de saluer sur notre chemin. Nous arrivons ainsi aux maîtres d’au delà des Alpes qui travaillèrent avec distinction pour le compte de Georges d’Amboise.

Les sculpteurs ornemanistes, qualifiés alors « tailleurs de massonnerie antique ou à l’italienne », jouèrent un rôle considérable au palais de Gaillon. Hieronymo Pacchiarotti vint d’outre-mont avec la colonie d’artistes ramenés par Charles VIII en 1495. Dans les comptes de l’année 1497, on rencontre pour les honoraires: « A Jerosme Passerot, me ouvrier de massonnerie, 240 livres. » L’artiste avait une maison à Tours, dans la rue des Filles-Dieu, où il paraît en 1503, et dut travailler assez longtemps pour le compte de Louis XII , car il est dit ensuite « demourant à Emboise ». Sa rare habileté à fouiller le marbre pour en faire sortir ces ornements exquis qui le disputent à la broderie et à la dentelle la plus fine, l’attacha au cardinal pour le compte duquel il exécuta maints travaux. De concert avec « Bertrand de Meynal » ou Myenal, le « Génois », il « besoigna » en juin et juillet 1508 à la fontaine de marbre qui ornait la cour d’honneur; il contribua à la « tailler » et y plaça « six rozes de cuivre doré ». Pacherot, nous l’avons vu, fut désigné pour conduire à Michel Colombe le marbre destiné au bas-relief de saint Georges. Un article des comptes parle d’abord de 50 livres à lui payés pour « mener ou faire mener la table de marbre à Orléans, pour la table ou sera le saint Georges en la chapelle », comme si le morceau devait originairement être sculpté dans cette ville; mais ailleurs, ainsi que nous l’avons dit, on voit que Pacherot reçut 57 livres 7 sols 0 deniers « pour avoir mené de Gaillon à Tours la tumbe de marbre ».

A son retour, il fut chargé de la balustrade ou « cou Louer en la court » ; il devait faire « l’apuy d’auprès du grand portail neuf » au prix de 7 livres 10 sols la toise; l’ouvrage était terminé au mois de septembre. On lui confia alors un travail considérable, qui devait durer

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à peu près une année, du mois d’octobre 1508 à l’automne de 1509; il s’agissait de construire l’autel de marbre, merveilleux bijou dans un superbe écrin. Ses aides dans ce travail, « à la table, soubz table et piliers de marbre, » furent Jehan Chersalle ou Ghairsalle, qui recevait 4 sols 6 deniers par jour, et Bertrand de Meynal avec 5 sols. Quant à Pacherot, son salaire, qui était de 7 sols 6 deniers, indique suffisamment qu’il avait le rôle principal et que son talent était tenu en grande estime. Nous pouvons d’ailleurs en avoir une idée par l’encadrement du saint Georges, dont l’élégance peut servir de point de comparaison pour rechercher les ouvrages du maître, en particulier dans le Blésois et la Touraine.

Peut-être le cardinal vint-il visiter les travaux de son palais à l’automne de 1508. Toujours est-il que Pacherot fut chargé par M. de Sauveterre d’élever un « arc triumpfant » , qui fut décoré de divers agréments et aussi de « bouyz et d’if » ; cet arc triomphal devait être important, car Pacherot y consacra seize jours, pour lesquels il reçut 6 liv res le 5 novembre 1508. En quittant Gaillon , Pacherot revint sur les bords de la Loire, où il se fixa définitivement, et une inscription nous le montre à Tours en « may 1527 », à l’occasion d’une inondation.

Le principal collaborateur de Pacherot, en 1508, était un « maître masson tailleur de marbre » qui le seconda dans tous ses travaux, en particulier pour la fontaine et l'autel : j’ai nommé Bertrand de Meynal ou Myenal, qualifié « Genevoiz », c’est-à-dire originaire non de Genève, mais de Gênes. Il quitta l’Italie et arriva en Normandie au commencement de l’hiver de 1507, chargé qu’il était de « la conduicte de la fontaine de Gennes au chasteau de Gaillon » , pour laquelle il reçut 15 livres 13 sols 8 deniers. Il fut employé à sculpter le marbre de la fontaine, et, le 28 janvier 1509 (n. s.), il recevait ses honoraires de quatorze mois à 10 livres l’un, « pour avoir compaigné et assiz la fontaine de marbre ». Nous savons qu’il travailla ensuite avec Pacherot à l’autel de la chapelle; le 15 mai 1509, il touchait, à cet égard, la somme de 15 livres pour trois mois de labeur. Lorsque Bertrand de Meynal quitta Gaillon, nous ne saurions dire s’il suivit son compatriote Pacherot.

De son côté, Louis XII, pour élever un mausolée à ses parents, s’adressa à des sculpteurs italiens. La commande, faite en 1502, fut donnée aux sculpteurs génois Michèle d’Aria et Girolamo di Yiscardo, et aux deux Florentins Donato di Battisto Benti et Benedetto di Bartolommeo, plus connu sous le nom de Benedetto da Rovezzano ; parmi les œuvres qui recommandaient ces artistes en Italie, on peut citer, à Gênes, la Cantoria de San Stefano. Les figures des gisants, représentant Louis

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d’Orléans avec sa femme Valentine de Milan et leurs fils Charles et Philippe, sont enveloppées de la sérénité un peu lourde de la mort, tandis que les figures des douze apôtres, en des niches à plein cintre et colonnettes antiques, sont d'un mouvement cherché et d’une fine étude de nu et de draperie ; cette série des apôtres, sous une formule plus ou moins variée, fit dès lors école en France, et on la retrouve en particulier à Nantes, à Saint-Denis, à Montrésor et ailleurs. Le tombeau fut élevé dans l’église des Célestins, et actuellement il se voit à Saint- Denis. Le même Girolamo diViscardo, sur la commande, en 1507, par Antoine Bohier, frère de Thomas et abbé du couvent, sculpta ensuite pour l’abbaye de Fécamp trois œuvres d’une extrême délicatesse de ciseau. Ce sont un tabernacle, une châsse et un autel, rehaussés de bas-reliefs, de statues et statuettes, et ces ouvrages remarquables sont conservés en grande partie.

Au nombre des sculpteurs italiens occupés à « besoigner » pour le cardinal, figure Antonio délia Porta, dit Tamagnino, qui avait travaillé à la merveilleuse chartreuse de Pavie avec Stefano da Sosto. C’était un artiste d’élite, auquel on doit le tombeau de Raoul de Lannoy, gouverneur de Gênes, et de sa femme, dans l’église de Folleville. Sur le soubassement orné de deux panneaux offrant des armoiries, cantonnées chacune de deux anges pleureurs d’un mouvement exquis, reposent les gisants traités avec un art souverain dans la demibosse que les Italiens préféraient au procédé français. Le monument, signé « Antonius di Porta », a pu être exécuté en Italie et posé par quelque Italien, par exemple, son neveu, celui qui signe « Paxius nepos suus ». Ce Pace Gazino, que nous voyons associé à son oncle en diverses circonstances, a pu venir pour conduire l’œuvre et, au besoin, sculpter surplace les gracieux ornements de lenfeu, ainsi que d’autres ouvrages conservés dans le pays. Du moins nous savons sa collaboration à l’ouvrage de la fontaine de Gaillon.

A leur tour, les statuaires ou « tailleurs d’ymaiges » contribuèrent largement à la beauté du palais cardinal, et parmi eux on compte en première ligne Guido Paganino, Antonio Betti et Lorenzo da Mugiano, dont les travaux méritent au plus haut point de fixer notre attention.

Guido Mazzoni était originaire de Modène, d’où son surnom de Modanino. Il travailla tour à tour pour sa ville natale et pour Naples. A partir de 1489, il produisit nombre d’ouvrages, surtout des terres cuites coloriées pour les églises et les palais napolitains : on connaît, en particulier, le sépulcre de San Giovanni decollato à Modène, de Santo Antonio à Venise, de Santa Maria délia Bosa à Ferrare, et de Monte Oli-

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veto à Naples. C’est dans celte dernière ville que Charles VIII le connut et le prit pour le conduire en France, afin d’y « ouvrer â la mode d’Ytalie ». En 1497, l’intendant Jacques Taillandier faisait payer à « messire Guydo Paganino , chevalier, paincte et enlumineur, la somme de 703 livres 2 sols tournoys à luy adonnée pour ses gaiges et entretenement des dicts neuf moys, qui est à la raison de 4 ducats par moys ».

La virtuosité du talent de Guido lui fit donner des titres de noblesse et confier l’exécution du tombeau de Charles VIII à Saint-Denis, que le vandalisme ne nous permet de connaître que par des dessins, en particulier celui de Gaignières, un bois de Jean Rabel et une gravure anonyme dans Felibien ; le monument était signé : Opus Paganini Mutinensis. Le roi, devant un prie-Dieu portant la couronne et un livre, avait les mains jointes et la tête nue; la statue était en cuivre doré avec manteau de couleur bleue, dans un mouvement qui fait penser au Communes du Louvre, œuvre également italienne. Aux angles étaient quatre statuettes d’anges tenant des armoiries, et le soubassement était orné de douze vertus assises en des médaillons, séparés par l’épée flamboyante, symbole de la conquête de Naples, que l’on observe en plusieurs endroits du château d’Amboise, notamment dans le remarquable panneau à l’entrée de la tour du midi, et le champ était orné d’une série de K, initiales de Karolus, également dans le goût des lettres qui se voient à Amboise.

Guido travailla en province et à Paris, à l’hôtel du Petit-Nesle, où l’on admet qu’il demeura avec sa femme Pellegrina Discalzi et safdle, venues le rejoindre et qui étaient ses collaboratrices. Louis XII lui commanda une statue équestre pour l’entrée du château de Blois. Dans la niche de style flamboyant italianisé, sur son cheval caparaçonné, tourné à gauche et le pied droit levé, paraissait le roi armé, l’épée au côté gauche, le sceptre de la droite, coiffé d’une sorte de toque et portant la tunique avec un mantelet court. Felibien nous en a légué un dessin, et un autre dessin est conservé à la Bibliothèque Nationale. Le mérite de la statue fut célébré par l ltalien Lodovico Heliano , qui la donne à « Paganino » ; mais l’on aurait tort de croire qu’il fut fait une seconde statue du roi sous le prétexte que le même auteur a écrit une seconde épigramme où il parle de « Phidias » : il s’agit de la même œuvre sous une désignation métaphorique. On admet qu’elle ne fut mise en place que vers 1502, et que la date de 1498 sur le quatrain latin de Faust Andrelin, gravé au-dessous, se rapporte à l’avènement du roi, qui d’ailleurs fut peut-être l’époque de la commande. Cette œuvre fut détruite à la Bévolution, et celle que l’on voit actuellement à l’entrée du château de Blois, est due au ciseau de Seurre.

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Le cardinal d’Amboise, qui avait pu apprécier Paganino, lui demanda plusieurs morceaux pour Gaillon; il exécuta notamment une série de médaillons d’empereurs romains, qui ont été dispersés en plusieurs endroits, et dont on voit quelques-uns dans la cour de l’Ecole des beaux-arts ; le Louvre garde celui de Coldvsivs, qui a du caractère. Mais le maître n’exécuta pour Gaillon que des ouvrages secondaires, et son ciseau dut s’attacher à des travaux différents, tels que le superbe mausolée de Philippe de Commines et de sa femme Hélène de Chambes, portant la date 1506 et dont de charmants motifs de décoration se voient dans la cour de l’Ecole des beaux-arts, et les statues des priants au Louvre : la richesse des figures, l’attitude, la forme des prie-Dieu, la polychromie, les détails aussi bien que l’ensemble accusent un maître italien qui doit être Paganino. Le même caractère se retrouve dans plusieurs des personnages du curieux groupe de la Dormilion de la Vierge dans l’église de la Trinité de Eécamp, où l’on peut reconnaître la main du maître avec des collaborateurs moins habiles. L’influence, sinon le ciseau de Paganino, se montre dans le sépulcre commandé par Marie d’Amboise pour son couvent à Poitiers, dont nous aurons à nous occuper.

Pierre Delorme eut mission de « faire et tailler à l’antique et à la mode françoise les entrepiez qu’il faut a asseoir les médaillés baillées par messire Paguenin ». Il s’agissait de la décoration du « grant corps de logis », et les médaillons au nombre de vingt étaient en place au mois d’août 1509. A en juger par les termes du compte, le maître ne les sculpta pas sur place et peut-être furent-ils exécutés à Blois. On voit d’ailleurs que Paganino fît un voyage en son pays en 1507 et revint en b rance, en attendant de réintégrer définitivement l’ Italie après la mort de Louis XII. Il rendit le dernier soupir à Modène, où

Louis XII par Paganino, dessin de la Bibliothèque Nationale.

l’on éleva un tombeau « au magnifique chevalier Guido », décédé le 12 septembre 1518.

Un autre statuaire qui envoya ses ouvrages des ateliers d’Italie est Lorenzo de Mugiano, du Milanais où il avait dû être distingué par le seigneur de Chaumont Charles d’Amboise, qui était gouverneur du

pays. Sans doute sur l’indication de ce dernier, le cardinal lui demanda trois statues de marbre , auxquelles il attachait une particulière importance :

celles de Louis XII, de son neveu et son propre portrait. Les trois figures étaient terminées à la fin de l’année 1508. L’artiste les expédia par la voie de Lyon et de Paris, et au printemps de 1509, débarquaient à Gaillon « trois quesses plaines de besoignes » ou « portraictures du roy, de M. le légat et de M. le grant maistre ».

Les iconoclastes de la fin du xvin° siècle ont brisé les statues. Mais par bonheur A. Lenoir put sauver le torse de Louis XII, auquel il adapta une tête d’après celle du tombeau et des jambes, et qu’il plaça au Musée des Petits -Auaustins, d’où il est venu au Louvre.

Par les délicats ornements de la cuirasse à la romaine, on peut apprécier le fini du ciseau du maître. Le doute n’est pas permis sur l’identité, et sur le bord inférieur de la cuirasse on lit Louis xii provenant de Gaillon, en capitales la signature : Mediola-

Musée du Louvre. NENSIS LaVRENCIVS DeMVGIANO OPVS

fecit 1508. A ce propos, nous ferons remarquer que le même fait se reproduisit, à la même époque, pour la statue d’un autre Louis dans le palais d un autre Georges. Dans le château de Richelieu, création du grand cardinal-ministre, le marteau des vandales brisa la statue de Louis XIII en marbre blanc, œuvre du sculpteur Guillaume Bertbelot, et dont le magnifique torse revêtu de la cuirasse finement ouvragée orne le musée des Antiquaires de l’Ouest à Poitiers : mystérieuse et frappante

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coïncidence dans la marche des événements et dans le sort des œuvres d’art 1 !

Tous les statuaires ne « besoignèrent » pas ainsi en dehors de Gaillon, et nous saluons sur place le maître Antonio Belti. Il appartenait à une famille de San Martino à Mensola , assez près de Florence. Le chef de famille, né en 1418, se nommait Guisto, d’où le surnom transmis à ses enfants. Son fils André donna le jour à trois garçons : Antoine, Jean et André. Antoine, né en 1479, et Jean, né cinq ans plus tard, avaient les plus heureuses dispositions pour la sculpture et vinrent en France sous le règne de Louis XII, attirés sans doute par les promesses du roi ou de quelque riche Mécène.

On a mis l’arrivée à Tours à la fin de 1504, et l’année suivante, Antoine eut de sa femme, Isabeau de Pacys ou de Pache, un fils qui porta le nom de Juste de Juste. En regard de l'atelier célèbre du maître français Michel Golombe , d'ailleurs secondé par des ornemanistes d’outre-mont, s’installait un « studio » dont le caractère et les œuvres devaient modifier progressivement les procédés et le tempérament de l’école des bords de la Loire, et d’où sont sorties des œuvres capitales, par exemple le tombeau de Louis XII et d’Anne de Bretagne à Saint- Denis, que le critique d’art se plaît à rapprocher du mausolée de François II de Bretagne à Nantes.

Le premier grand travail que l’on soit autorisé à attribuer aux Juste est le tombeau de Thomas James, mort en 1504. Le prélat, ami des lettres et des arts qu’il avait goûtés sous le ciel d’Italie, fut doté par ses neveux, François et Jean James, d’un mausolée élevé dans le transept nord de la cathédrale de Dol, si curieuse à tous égards. Sur l’édicule en forme de portique inséré dans la muraille, la Renaissance épanouit ses motifs les plus élégants, et si la statue du défunt a disparu, du moins il reste le buste des neveux. Suivant une inscription en lettres gothiques : $celfe . stnixit . opus.magistei’. istutl. ifohcs.cujus.coguome». est.ïustus.et ïflorentinus. — Il s’agit ici de Jean Juste, mais il est vraisemblable que l’on doit associer les deux frères et qu’ Antoine, l’aîné, eut une part principale dans ce travail , bien que la célébrité de son puîné ait éclipsé sa gloire dans la suite des temps, à l’époque où cette seconde légende aura été ajoutée ; la confusion eut lieu d’autant plus facilement que l’un et l’autre s’appelaient « Juste » et « Florentin ». C’est peut-être durant le séjour de ces artistes à Dol qu’on leur demanda d’exécuter le très grand et très curieux retable en pierre

1 Cf. Histoire de Richelieu et des environs au point de vue civil , religieux et artistique , par L. Bossebœuf, in-8u, 532 pages, 1890, p. 243, 244, 496.

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dans l'église de Ponlorson. Celui-ci, au milieu de pilastres et d’arabesques du goût florentin, figure en vingt compartiments rectangulaires les scènes de la vie du Christ, avec aux angles les donateurs, hélas! mutilés comme le reste du travail. Jean aurait pu exécuter cette œuvre, tandis que son frère se rendait à Caillou , et cela expliquerait la persistance de son nom à Dol.

Quoi qu’il en soit, Antoine Juste fut le sculpteur préféré du cardinal-ministre, qui le fit venir à son château de Gaillon en 1508 et lui confia des travaux plus variés et plus importants qu’à tous les autres statuaires. Au mois d’octobre 1508, « Anthoine de Just, ymaginier, » et ailleurs « Anthoine Just faiseur d’ymages, » avait reçu 200 livres tournois « pour ouvrage qu’il a fait de son mestier », et du 1er novembre 1508 au 23 octobre 1509 il toucha 297 livres. Grâce aux comptes détaillés, nous n’en sommes pas réduits à des frais d’imagination pour connaître ces ouvrages. Un article nous apprend, en particulier, qu’il a été payé 40 livres « à maistre Anthoine Just Fleurentin, faiseur d’ymages, pour le payement de l’histoire de la bataille de Gennes, d’un grant lévrier, d’une grande teste de serf, de la pourtraicture de monseigneur et d'un enfant ». En passant, nous ferons remarquer que des nombreux artistes qui ont travaillé à Gaillon, Antoine Juste et André Solario sont les seuls auxquels les comptes attribuent le titre de <( maistre ».

A quelle place étaient posées, en quel lieu se trouvent maintenant ces sculptures? Le bas-relief qui était destiné à rappeler le souvenir de la bataille de Gênes et de l’entrée de Louis XII dans la ville, le 26 août 1502, succès auquel le cardinal d’Amboise eut la plus grande part, avait été, assure-t-on, sculpté sur les bords de la Loire; il était placé à la façade de la galerie de la cour d’honneur, au-dessus de la série d’arcades par manière de frise, et il était si remarquable que l’on prit l’habitude de désigner l’entrée en l’appelant « la court oii est l’entrée de Gennes ». Les voyageurs anciens se plaisent à mentionner « un long bas-relief de marbre cl Italie représentant une marche triomphale », ou simplement le « triomphe », ainsi que des bustes « en bas-relief saillant du roy Louis XII, du cardinal » et « du grand maistre de France ». Le buste du cardinal figurait à la façade, avec celui de Louis XII, au milieu des médaillons des douze Césars et des impératrices. Le grand lévrier et l’enfant ornaient probablement les parterres du jardin magnifique dessiné sous la direction du Le Notre de Louis XII , je veux dire de Passelo de Mercoliano, cpii se rendit exprès d’Amboise à Gaillon au commencement de 1506. « Pierre de Mercolienne, doyen du Plessis, » ou simplement « Monsieur le Doyen

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du Plessis, jardinier du roy », (c’est le nom qu’il porte dans les comptes), reçut 116 livres pour ses honoraires d’environ six mois. Peut-être la grande tète de cerf fut-elle mise également à quelque pavillon du jardin, car on voit des ouvriers occupés à faire « au jardin des testes de serf, une de biche et une de lévrier ». Enfin Antoine Juste fut appelé à sculpter les « ymages de la chappelle », dans laquelle brillaient tant de chefs-d’œuvre. Il lit les statues des douze apôtres, qui lui demandèrent une année de travail et pour lesquelles il reçut 297 livres.

C’est sans raison que l’on a cru longtemps que ces statues étaient en marbre. Il s’agit de terres cuites rehaussées de peintures, ainsi que Lenoir le constate dans une lettre du 26 frimaire an X. Aujourd’hui, deux de ces figures, un Christ et un apôtre, sont conservées dans l’église de Caillou, mais couvertes d’un vilain badigeon, et la tradition les attribue en réalité à Antoine Juste; de fait, leur allure et leur geste, le mouvement des draperies et le style s’accordent bien avec ce que nous savons du maître, aussi bien d’ailleurs que la tête d’apôtre en terre cuite conservée au Louvre comme provenant de Gaillon et qui fait penser à telle tête d’apôtre du tombeau de Louis XII.

Les frères Juste, les travaux de Gaillon terminés, ne manquèrent pas de commandes à exécuter dans leur atelier de Tours. Il est à supposer que Louis XII les employa à son château de Blois. Du moins, après la mort d’Anne de Bretagne et celle du prince, ils furent chargés de « tailler » le mausolée, qui fait l’un des ornements les plus somptueux de Saint-Denis. Au mois d’août 1516, Antoine, « maistre sculpteur du roy, » fît une importante commande de marbre à Carrare, et le travail était en pleine activité quand l’artiste mourut. Il était décédé avant le mois de février 1518, et la veuve, d’accord avec ses « enflants », vendit leur domaine d’Orchaise, dit « la Clouserye du roy », pour 800 livres à « noble homme Bernard Salviaty ».

La maîtrise fut continuée par Jean Juste, « ymagier du roi, » et « sieur de la Bodinière à Chanceaulx », auquel François Ier accorda ses faveurs et qui fut secondé par son neveu, Juste de Juste. Le travail était achevé à la fin de l'année 1530 et, en janvier, « un voycturier par eau » transportait à Saint -Denis les pièces de marbre emballées dans « soixante trois quesses, tant grandes que petites ». On ne se lasse pas d’admirer le monument, qui se fait remarquer par la beauté des statues du roi et de la reine, en priants sur le sommet et en gisants sous le baldaquin, porté par des pilastres finement « ouvrés », sur lesquels on relève les dates MVC XVII et MVC XVIII, et accompagnés des statues des douze apôtres. Le soubassement est rehaussé des

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quatre statues des Vertus morales et présente une série de bas-reliefs fort remarquables, qui figurent l’entrée à Milan, le passage des montagnes par les troupes au milieu desquelles apparaît Georges d’Amboise, et la victoire d’Agnadel. François 1er, satisfait de cette œuvre magistrale, qui compte parmi les plus magnifiques de France, paya de beaux honoraires à son « cher et bien aîné Jehan Juste, son sculpteur ordinaire ». Quant à nous, dans notre admiration pour le monument, en particulier pour les statues historiques, nous ne pouvons que regretter que la disparition du « tableau de marbre et des apôtres » de Gaillon nous prive de l’avantage de faire la comparaison avec le bas-relief et les statues du tombeau de Louis XII.

Au palais de Gaillon, la suavité des lignes s’enveloppait agréablement dans l’harmonie des tons et des nuances. Les peintres chargés des décorations or et couleurs sont Jacques le Guerleux , Pierre Archambault, Jehan Briquensot et Richard Duhay; celui-ci exécuta les travaux les plus considérables, en particulier le cabinet du cardinal en « fin or et azur et aultres couleurs ». On voit encore Jehan Testefort, Lyenard de Feschal, Pierre Leplastrier et Jacques de Longchamp; ce dernier, en juin 1508, reçoit 21 livres « pour la façon et dorure de trois escripteaux d’Annibal, Nero et Agrippa », et plusieurs autres; il travailla aussi à dorer les « piliers de cuivre » de la fontaine , et porte le titre d’orfèvre. En ce qui concerne les peintres, le cardinal avait également fait appel au talent des maîtres les plus renommés. Il mit tout en œuvre pour attirer en France Léonard de Vinci, et eut du moins la joie de voir son meilleur disciple, Andrea Solario. Son pays d’origine ne fut pas oublié dans le choix éclairé qu’il aimait à faire, et Jean Fauvert , qu’on a aussi appelé Favert, et à tort Fanart, fut mandé à Gaillon. C’était un artiste distingué, secondé de plusieurs ouvriers et ayant l’habitude de travailler pour la cour, les gentilshommes et les municipalités. A cet égard nous lisons dans les registres amboisiens :

« Entrée du roy et de la royne, le mercredi 2e jour de décembre l’an mil cinq cens. » — « Petit Jehan Fauvert peinctre et ses compaignons 9 1. 8 s. 4 d. pour avoir faict ung porc espy, une hermine et deux escuczons coronnez, pour avoir paint deux gros pilliers de boys mis au carroué de la dite ville, qui portoient les dits porc espy et hermyne, 48 banderolles, 48 bastons pour banderolles, huit basions pour les dits poiles, et ung estandart, ung escuczon, ung escripteau, troys coronnes et ung chappeau pour devoir jouez quelque mistère. » Il s’agit du mystère de Jules César.

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A Gaillon, Jean Fauvert, « peintre demeurant à Amboise, » vint à l’automne de 1508 et reçut mission de peindre et dorer le bas-relief de la bataille de Gènes. On lui voit, d’ailleurs, des collaborateurs, et aux bâtiments du Lidieu on rencontre les peintres Jehan de Tours, Jacques de Fessai, Pierre Archambault, Jacques Leguerleux, Richard des Ilays, Jean Dupont, qui reçoivent chacun 4 sols par jour, et, en outre, Raulin Soudain, Jehan Dantain, Jean Picquart et Henri Achier, qui reçoivent le même prix, et surtout Vincent Herpin et Guillaume de Reaulart, qui touchent 53 livres « pour plusieurs parties de painclures » .

Mais ces ouvriers semblent travailler en second ordre et pour l'ornementation ; les sujets à personnages sont faits par un artiste appelé indifféremment Hérosme, Gérosme ou Géraulme, sans autre désignation. C’est sans doute le même que Jérôme de Tourniol ou Tourniel , qui touchait un traitement de 16 écus soleil en qualité de « peintre de Monsieur » le cardinal, et qui reçut un supplément de 10 écus sol pour l’indemniser des frais qu’il « a faict à venir de son pays »; cette somme, d’ailleurs, suppose que son pays d’origine était assez éloigné, peut-être sous le beau ciel d’Italie. Quoi qu’il en soit, dans les comptes Jérôme occupe un paragraphe spécial ; il est payé à la fois « pour sa despense » et pour « son service ». Ainsi, au mois de juin 1503, il reçoit 6 écus à la rose « sur ses ymages », ce qui montre clairement qu’il peignait des fresques avec personnages. De fait, en un autre endroit, on lit : « A Jérosme de Tourniolles, paintre, pour ses despens qu’il a faiz estant à Gaillon et paignant la maison de Lidieu, l’espace des mois de septembre, octobre, novembre, décembre, et douze jours au mois de janvier 1504, 12 livres 17 sols; pour ses gages de six mois, 22 livres, 16 sols, 3 deniers. » Il peignit encore, avec Antoine Lepreux, le pavillon de la grosse tonnelle dans le jardin, et le travail dura deux ans, jusqu’en août 1505.

Lorsque le coloris du pinceau a pour lit la transparence du verre, alors la lumière irise les émaux de tous les charmes du prisme le plus féerique. Le prélat n’avait pas manqué de doter sa chapelle de ces tableaux translucides qui tendaient de plus en plus à remplacer les médaillons du moyen âge. Pour l’exécution des verrières, il avait sollicité le concours de Jean Leviel et de Jean Barbe, maîtres peintresverriers de Rouen; d’Antoine Chenesson d’Orléans, et d’Alexandre Duboys, qui paraît appartenir à la célèbre famille des artistes de ce nom, bien connus par leurs travaux au xvf siècle.

De leur côté, les menuisiers, dont le ciseau rivalisait souvent

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d’élégance avec celui des plus habiles « tailleurs de maçonnerie » , décorèrent gracieusement les portes, les fenêtres, les lambris du château, et surtout les boiseries de la chapelle. On connaît les ouvriers rouennais Pierre Cornedieu, Jean Dubon, Richard Delaplace, Racet Delance , Richart Lemaryé , Richard Guerpe et Michelles Guesnon. Celui-ci exécuta la marqueterie dans laquelle entraient, en particulier,

Boiseries provenant de Gaillon, conservées à Saint- Denis.

le bois rouge, le cèdre et le cyprès. Mais c’est surtout Colin Castille, maître menuisier de la cathédrale de Rouen, de l’abbé de Saint-Ouen et du palais archiépiscopal , qui exécuta la plus grande partie des travaux de menuiserie, pour la somme de 4 850 livres tournois.

Le carrelage n’offrait pas moins de charme pour les yeux. Le dallage était formé de carreaux plombés ou non plombés, vernis ou non vernis. La grande galerie du jardin était carrelée avec ces derniers qui coûtaient 25 à 30 sous le mille. Les carreaux vernis étaient de plusieurs couleurs avec dessins, et formaient par leur assemblage une sorte de marqueterie dont le ton chaud s’harmonisait avec la décoration des appartements. Rs furent employés pour l’intérieur et

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aussi pour l’extérieur dans les cours et même clans les parterres, « pour faire clés petits parquez ». En janvier 1509, il en fut livré 26 000, au prix de 3 livres 10 sols le mille ; c’était du « carreau plombé blanc et rouge ».

La somptuosité du mobilier répondait à la richesse du cadre. Venise et Milan avaient fourni leurs pierreries et leurs perles les plus précieuses. « Pour l’enchâssement de la pierre de Milan, pour le cabinet et aussi pour les perles, » Georges d’Amboise s’adressa à l’orfèvre Robin Rousseau, « demourant à Tours, » dont le mémoire, acquitté le 12 février 1508 (a. s.), se monte à 347 livres 5 sols. Un passage où il est question d’ « asseoir les chatons de la pierre », fait supposer qu’il s’agit d’un tableau de diamants.

La beauté des étoffes de soie , des broderies et des tapisseries le disputait à la magnificence de l’architecture, de la statuaire et de la peinture. Les fabriques de Gênes, Milan, Paris et Tours avaient été mises à contribution. Gênes envoyait, au mois de septembre 1508, un convoi de 243 aunes de velours vert acheté 1335 livres 16 sols, puis 14 aunes de velours cramoisi avec les pentes du lit d’écarlate pour le cardinal; les franges venaient de Milan; Paris expédia du damas blanc, du velours vert et blanc, du taffetas vert et d’autres draps de soie.

Parmi les brodeurs, on distingue Cardin Manneveu, Nicolas Dufour, Nicolas Georget, Nicolas Lefaut, qui confectionne « deux pailles de drap d’or »; Guillaume de Eayeux, qui aide à faire les « pailles de drap d’or » ; Cardinot Sirende, qui recouvre une chaise et un lit de velours, et Richard Sirende, qui place le cuir doré. A ces ouvriers, il convient d’ajouter les deux tapissiers parisiens Guillaume Rau et Antoine Grenier, qui fournirent cinq chambres de tapisserie pour 2156 livres, somme bien faite pour nous donner une haute idée de la richesse de l’ameublement; enfin Grégoire Leroy s’occupa à garnir plusieurs chambres.

La fabrique de soie de Tours expédia du velours bleu pour faire les écussons aux armes du roi et de la reine, « de la soye de filles de toutes couleurs » pour les bordures, du drap ras d’or cramoisi à 13 écus l’aune, de la toile d’or et d’argent, du satin cramoisi à 4 écus l’aune. Comme la chambre en velours vert brodé, fournie par le Milanais Loys Demousse, n’avait pas été trouvée assez magnifique au sortir des « quatre colfres à bahu », bien qu’elle fût rehaussée de soie de couleurs variées, d’étoffes d’or et d’argent, de satins verts, bleus et rouges et de franges d’or, le plus célèbre tapissier d’alors, Jean Galle, de Tours, reçut la mission de « l’enrichir », travail pour lequel il

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demanda 321 livres. Ce dernier broda, en outre, quatre écussons aux armes du roi et de la reine sur velours bleu, et deux aux armes du cardinal avec « cbappeaux, houpes et bouteaux », ainsi que 123 fleurs de lis à 10 sols la pièce.

D’ailleurs, toute cette partie de l’ameublement fut confiée cà une petite colonie de brodeurs de Tours, « envoyéz » et dirigés par Galle;

ce sont Jehan Lepage, Colas Levallois , Jehan de Brucelles, Jehan Legay, Colas Leflament et Mathurin Moireau, auxquels il faut ajouter Jehan Alexandre , qui travailla à la chambre de velours vert. A la fin d’octobre 1508, ils touchaient 35 livres pour leurs travaux.

Nous ajouterons qu’on fit également venir de Tours des faisans pour le transport desquels le messager reçut 6 livres 10 sols, et du « linge de table de Flandres » , qui fut envoyé par « M. le général » de Beaune, dont le clerc reçut quatre livres.

Georges d’Amboise , dont le goût pour les lettres était si vif, avait chargé plusieurs écrivains et enlumineurs de lui faire un certain nombre de beaux manuscrits. Parmi les écrivains, on remarque Pierre Giraud, qui paraît travailler à l’année pour 32 livres 17 sols, non compris le bois et l’éclairage; les autres étaient payés par cahier de huit feuillets, de 15 à 30 sols, selon le talent du scribe et le format. Ce sont Nicole de Saint -Lô, Pierre Permetot, Pierre Delapoterne et Leboucher, qui tous travaillèrent au bréviaire du cardinal ; Boyvin , Guillaume et Michel Leroux, qui écrivirent un Tite-Live, et dont le dernier touchait le prix de vingt cahiers à 30 sols l’un; en outre, frère Jean Langlois, ou Anglici, sous -prieur des Augustins de Rouen, écrivit vingtsix cahiers d’une Bible; Etienne Devaulx rédigea le Décret ou Décrétales, et Baulet fds fut employé à la Mer des Histoires.

Au surplus, cinq enlumineurs étaient chargés d’orner et historiée

Tapisserie du cardinal Georges d’Amboise. Dessin de Gaignières.

les volumes rédigés par ces écrivains. Jean Serpin, le 24 décembre 1501, reçut 50 sols « pour V vignetes et ung cent de lettres fleuryes faictes en troys cayés du bréviaire », et, dans la suite, 17 livres 15 sols

5 deniers pour renluminure de ce bréviaire, qui paraît achevé au mois d’août 1503. Jean Serpin travailla encore à la Grande Bible, aux Annales de Valère, pour lesquelles, le 6 janvier 1502, il touchait 30 sols « pour avoir recouvert de lettres d’or l’envyronnement de huit histoires », à un ouvrage de saint Augustin, pour lequel il reçut

6 livres 14 sols 9 deniers, le 25 novembre 1502; enlin aux Proverbes et aux Epi très de Sénèque.

Un des plus beaux manuscrits de la bibliothèque du cardinal était « un grant volume en parchemin nommé Titus Livius, richement enluminé et hystorié, garni d’argent blanc à ouvrage antique ». Il fut enluminé par Nicolas Iliesse, qui travailla aussi au bréviaire et à d’autres manuscrits, du mois d’avril au mois de septembre 1503, et exécuta quarante-sept grandes hystoires et soixante petites, les premières à 0 et 10 sols la pièce, et les secondes à 2 sols environ. Robert Boy vin fit également deux hystoires pour le Tite-Iâve et une pour le Sénèque.

D’autre part, Etienne Dumoustier, qui toucha 67 1. 7 s. 9 d. , semble avoir travaillé plus que les autres au bréviaire du cardinal, lequel est décrit ainsi : « Un bel et magnifique bréviaire en parchemin, usaige de Rome, couvert de drap d’or, qui fermoit à fermeaulx d’or en quatre endroits. » Enfin, à ces enlumineurs, que l’on croit appartenir à la Normandie, il faut ajouter Jean Pichon, installé à Paris, qui exécuta, en 1502, pour la Cité de Dieu , de saint Augustin, et pour un autre manuscrit des « histoires grandes et petites », dont le prix s’élevait à 16 livres, dont trois grandes et vingt-sept petites pour 4 livres.

La magnificence de Gaillon en faisait un palais vraiment princier, où tous les arts s’étaient donné rendez-vous. A propos de ses charmes, Bras de Bourgueville , le vieil historien de la Normandie, écrivait au xvfi siècle : « Gaillon, maison archiépiscopale la plus belle, magnifique et plaisante qui soy en France, qui consiste en un grand parc bien muré et fourny d’orangers, fontaines à grandes cuves de marbre, qui coulent en divers endroits, et d’un délectable jardin et fruietiers, grands cyprès, voiliers d’oyseaux, galleries grandes et magnifiques, avec tableaux exquis ; tellement qu’il est transi en adage commun , quand l’on voit une plaisante maison, l’on dit vulgairement: c’est un petit Gaillon. »

A cette heure, le constructeur de Gaillon repose dans un mausolée

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qui rappelle en miniature les trésors de son palais. En la cathédrale de Rouen, charmant édifice de l’art ogival flamboyant, le tombeau des cardinaux d’Amboise brille et attire comme un délicieux joyau de marbre dans un superbe écrin. Vous avancez religieusement sous les voûtes aériennes et vous arrivez à la chapelle du chevet, qui occupe le centre des chapelles rayonnant autour du chœur. De suite votre

regard se porte à droite , sur le mausolée qui constitue l’une des merveilles de la première moitié du xvic siècle. Sa conservation absolue ajoute à la beauté de l’œuvre , et dans ce parterre infini de blanches fleurs marmoréennes , chacune conserve sa fraîcheur printanière avec la teinte légèrement adoucie du temps, lequel, — phénomène bien rare, — de concert avec les hommes, a respecté entiè-

L’harmonie éclate dans la pondération des lignes de l’ensemble , aussi bien que dans la suavité des détails.

A la différence de plus d’un travail de la Renaissance, la noblesse de la conception de l’architecte n’a rien à envier à l’élégance du ciseau du statuaire et de l’ornemaniste.

En des lignes bien assises se déroulent des arabesques d’une grâce achevée, et au milieu des unes et des autres se dressent ou s’asseyent des statues et des statuettes bien en place et d’un mouvement heureux : c’est le cortège recueilli des deux princes de l’Eglise, agenouillés sur une table de marbre noir, dans une majesté digne du sujet, de la gravité du lieu et du recueillement de la tombe.

Au centre du monument sont les statues des cardinaux Georges Ier et Georges II, l’oncle et le neveu, la première de profil et la seconde de trois quarts. La tête nue, d’une expression à la fois noble et simple, reflète avec sincérité le caractère des personnages; ils sont à genoux sur un coussin, et les mains jointes passent à travers l’ouverture du

rement ce bijou funéraire.

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manteau, tandis que la cappa magna enveloppe le torse et se prolonge en une traîne majestueuse. La vérité qui paraît dans les traits, dans l’attitude, dans l’ajustement des draperies, met une double note d’un réalisme élevé au milieu de la symphonie impersonnelle des nombreuses figures de saints et de saintes qui forment le concert harmonieux qu’est ce monument de marbre de Paros. Nous avons dit que les cardinaux étaient au centre. Le monument, qui occupe toute une travée, est inséré entre les colonnettes élancées et nues de la cathédrale, à l’intérieur desquelles il profile ses pilastres brodés d’ornements dont la plume est impuissante à décrire la richesse et la variété.

Dans le sens horizontal, le mausolée est divisé en trois compartiments : le soubassement, la labié avec ses accessoires, et le baldaquin. Sur un socle de marbre noir d’une grande simplicité repose le massif formant support, constitué par une série de sept pilastres agrémentés de statuettes et rehaussés de motifs très variés, avec chapiteaux où des écus vides sont tenus par des êtres symboliques, anges el autres personnages. Ces pilastres sont terminés par des consoles qui supportent la table de marbre noir, et entre les pilastres se voient des statuettes en haut relief, dont la tête se détache sous une niche à coquille ou à fleurons, et dont les pieds reposent sur un socle en forme de pilastre triangulaire.

Au milieu des fleurs de marbre qui festonnent tous les pleins, se détachent les statuettes assises, bien dignes de fixer le regard par l’élégance du modelé, aussi bien que par la variété des attitudes et des expressions. Si leur position, leur rôle et leurs symboles ne suffisaient à indiquer qu’il s’agit ici des vertus théologales et des vertus cardinales ou morales, les légendes gravées sur les dais, en lettres dorées, le disent nettement. En allant de gauche à droite, on remarque : Fides, avec un livre et un calice; Caritas, avec une croix et un cœur; Prudencia, avec un miroir, un serpent et un compas; Temperancia, avec un mors et une horloge; Fortitudo, avec un serpent arraché d’une tour, et Justices, avec une épée et un livre.

Le style des statuettes est nettement italien, ce qui d’ailleurs s’accorde bien avec la substitution de la lettre C à la lettre T dans les légendes. Les petites statuettes sculptées en haut relief sur les pilastres sont des pleureuses d’un sentiment plein de justesse. Quant à la seconde vertu théologale, Sues, avec l’ancre, elle a trouvé place plus haut à gauche, où elle est comme pressée par l’extrémité de la dalle noire, et son sort est partagé, à l’extrémité opposée, par Yirginitas, avec de longues tresses et une palme, dont la pensée rappelle bien la mission des deux prélats.

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Sur le bord de la table de marbre noir, on lit, gravée en capitales dorées, la légende suivante, qui est comme mise sur les lèvres de Georges Ier :

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