‹ Le Château de Chaumont dans l'histoire et les artsChapitre 23 sur 68 · ARCHITECTE DES MOMTJMEHTS HISTORIQUES · texte numérisé non relu

ARCHITECTE DES MOMTJMEHTS HISTORIQUES

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De fait, une circonstance semble bien favoriser celte interprétation. A la façade qui regarde le parc, sur la tour qui contient l’oratoire, on remarque, parmi les sc ulf )tures des mâchicoulis , deux I ou J réunis par le lac d’amour qui rapproche d’ordinaire les initiales des époux. Or, de même que les armes du fondateur sont répétées en maints endroits manifestes, il ne serait pas invraisemblable de supposer qu’en un point sans relief, les artistes aient gravé les initiales de celui qui fut le « principal conducteur >> de l’œuvre, de Jean Percechansse, dont la femme se serait appelée Jeanne.

Quoi qu'il en soit, en 1493, le gros œuvre du château, dont il reste deux corps de logis et quatre tours, était élevé. Essayons de préciser la date qu’il convient d’attribuer aux peintures de l’oratoire, qui se font remarquer par la richesse des costumes, le mouvement des attitudes et les perspectives. Les termes poitevins employés dans les légendes indiquent que, suivant l’usage, les inscriptions ont été fournies par les personnes qui faisaient la commande on leurs représentants, l’évêque ou quelque secrétaire qui procura le texte aux peintres, en même temps (pie l’indication plus ou moins détaillée des divers sujets. L’inscription du timbre, rapprochée de la représentation du château, montre (pie tout au moins l'on peut accepter cette date comme jalon sur la frontière reculée. Mais, par contre, quelle ligne de démarcation fixer comme extrême limite avancée? L’évêque de Poitiers vécut jusqu’en 1505, et l’on peut supposer que les peintures étaient terminées à cette date, d’autant que leur style s’accorde bien avec les données relatives à cette période. Du moins, nous formons le vœu que la découverte de quelque marché vienne nous éclairer au sujet des artistes qui ont collaboré à cet ouvrage, ainsi qu’au reste du château.

Parmi les objets qui décoraient la maison , il y avait un portrait de l’évêque peint sur bois, qui se trouve aujourd’hui dans la salle capitulaire de la cathédrale de Poitiers. A sa mort, arrivée à Blois, le 1er septembre 1505, le prélat fut rapporté dans la collégiale de Dissay. On plaça ses restes dans un enfeu à voûte surbaissée et peinte, où l’on érigea son mausolée.

A cet égard nous lisons dans un annaliste ancien : « Alla de vie à trespas, au dit an ( 1505), monsieur Pierre d’Amboise, evesque 88 de Poitiers, d’une maladie de flux de ventre, qui le surprint en la ville de Blois, oii il estoit allé vers le roy; et fut apporté son corps en son église et château de Dissay, qu’il avoit fait somptueusement édifier et bastir, et faict certaine érection de chanoines, qui depuis a esté rompue et anichilée, au moyen de ce (pie leur fondation estoit sur

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certains bénéfices, qui n’estoient valablement unis à ladite érection 1 » .

Les autres lils du seigneur Pierre d’Amboise et d’Anne de Bueil ont joué aussi un rôle considérable au point de vue que nous étudions. Louis Ier se fit remarquer par l’élévation de son esprit non moins que la régularité de sa vie. S’inspirant du goût prononcé pour les arts qu’il puisa au foyer domestique, il dota le diocèse d’Albi d’œuvres et d’objets dignes d’intérêt. On n’a pas oublié que la cathédrale, consacrée en 1480, fut enrichie par ses soins d’un chœur, dont les délicates proportions et l’ornementation fine comme de la dentelle font un bijou du style flamboyant. La pompe des cérémonies et l’éclat du culte fixèrent son attention, et par ses soins la cathédrale fut gratifiée d’ornements magnifiques et de vases sacrés, dans les formes exquises qui caractérisent l’orfèvrerie de la seconde moitié du xv° siècle. La chapelle épiscopale ne fut pas oubliée dans les libéralités du prélat, non plus que l’oratoire du château de plaisance de Combéfa, qui lui servait de résidence de campagne.

Le Christianisme a su revêtir le culte de la Divinité de magnificences qui répondent merveilleusement aux splendeurs du dogme et aux beautés de la morale, base et clef de voûte de la religion. La liturgie, qui est la forme extérieure et populaire de la prière, son épanouissement aimable au regard, autant qu’instructif pour l’esprit et émouvant pour le cœur, fut de tout temps le livre par excellence de l’enseignement religieux. Les célestes mélodies, au fond des sanctuaires recueillis, trouvèrent de pieux auxiliaires dans « les figures » ascétiques et dans les « ystoires » saintes, représentées par le pinceau ou le ciseau , qui rivalisèrent de virtuosité pour accroître la pompe des fêles et la décoration des temples.

Or, le culte catholique enveloppe son unité d’origine et d’exercice en des formes qui participent des temps et des lieux. La dévotion de la Passion remonte à la plus haute antiquité et, au moyen âge, ce sont les Franciscains qui popularisèrent le chemin de la croix, en vue d’honorer plus parfaitement la vie douloureuse du Sauveur. Le

1 L’épitaphe en vers latins était ainsi conçue :

Exiguo claustro vitæ dileclor honestæ Hujus sarcophagi pulvere, Petre, jaces ,

Cui generosa dédit artus Ambasia claros Stirps, Pater abbatem teque Jovinus ait Urbis Pictavicæ moderamina, Præsul agebas, Dormis cum patribus, pulvis et ossa, Petre, Annis millenis quingentis quinque locatur. Prima septembris mors tibi vita fuit.

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xve siècle, par l’organe des peintres et des sculpteurs, contribua puissamment à répandre les Dépositions de croix elles Pietà, et aussi les Sépulcres.

Pour ces derniers monuments, c’est dans le nord et l’ouest de l’Europe qu’ils semblent avoir été plus vénérés. Au pays ensoleillé d’Italie, parmi les charmes séducteurs de la nature, les idées et les représentations macabres s’harmonisent moins avec le milieu et les mœurs. Les sépultures, au lieu d'y revêtic la gravité reposée dont nous les entourons, présentent une physionomie quelque peu théâtrale. C’est à la chute du jour et dans le décor mystérieux formé par les torches , les cagoules et les pauvres, que le défunt est emporté en hâte à l’église, puis au cimetière, si bien que l’étranger s’imagine tout d’abord assister à une représentation scénique. Au contraire, la sérénité douloureuse de nos funérailles s’accorde parfaitement avec notre sentiment religieux et avec

notre caractère heureusement pondéré. L’Ensevelissement du Christ répondait trop bien à cette tendance pour ne pas inspirer le pinceau et surtout le ciseau, sans compter que l’effet décoratif de l’ensemble et des détails était de nature à captiver pieusement le regard des fidèles. C’était là comme un poème religieux d’une beauté noble et émouvante, sereine et touchante, qui parlait à la fois aux regards, à l’esprit et au cœur.

C’est pourquoi la plupart des églises des couvents, aussi bien que des paroisses et des chapitres, possédèrent jadis quelque représentation tout au moins d’une scène de la Passion. Elles avaient atteint le comble de leurs vœux quand elles offraient à la vénération populaire le groupe de l’Ensevelissement du Sauveur. Le vandalisme a détruit plus d’une de ces œuvres, capitales pour l’histoire de l’art en France; mais il en demeure encore quelques-unes qui fixent l’attention. On connaît notamment, dans l’est, les sépulcres de Saint-Mihiel, d’Amiens, de Verneuil, de Chaumont-sur-Marne , de Troyes, de Pont-à-Mousson, de Tonnerre, de Semur et de Bessey-lès-Cîteaux ; dans le centre et

Mise au tombeau , terre cuite par Donatello. Église Saint-Antoine de Padoue.

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l’ouest : les sépulcres de Solesme's, de la Chapelle - Rainsouin , d’Amboise, de Bourges, de Rodez et de Nevers, sans parler des calvaires que la Bretagne a taillés dans son granit rose ou bleu, en si parfaite harmonie avec la mélancolie pittoresque de ses sites, de ses falaises et de ses horizons.

Or, le souvenir de deux membres de la famille des seigneurs de Chaumont est attaché, d’une façon spéciale, à des œuvres intéressantes et présentant ce caractère à la fois religieux et artistique. Il s’agit, tout d’abord, de Louis Ior, évêque d’Albi. Vers 1490, il fît exécuter pour sa chapelle une Mise au tombeau d’un sentiment bien particulier , qui paraît avoir influé sur les œuvres de ce genre dans la contrée. Ce monument se voit actuellement dans l’église du canton, à Saint-Jacques de Monestiès-sur-Cerou , et le type féminin s’y fait remarquer par les traits moins arrondis que ceux qu’on observe dans l’école des bords de la Loire , et par une physionomie plus amincie et plus fine.

Pendant que nous sommes à Albi, nous devons mentionner le rôle artistique qui fut rempli par Louis II d’Amboise, neveu et successeur du précédent, qui trouva la mort en Italie. Lui aussi se distingua par la protection qu’il accorda aux artistes. Afin de décorer sa cathédrale, il fît venir une colonie d’Italiens qui s’appliquèrent à orner les voûtes avec la souplesse et la variété de talent qui caractérisent les peintres du midi.

On se souvient qu’un frère de Louis Ier fut abbé de Jumièges et de Cluny, et évêque de Clermont. Jacques, c’est son nom que nous connaissons déjà, marqua sa prélature par une série d’œuvres utiles. Les arts y avaient d’avance leur place marquée. En particulier, il contribua grandement à la décoration de la cathédrale. Il refît la couverture en plomb, fît construire un campanile, dota le chœur de stalles nouvelles et le revêtit d’une élégante décoration en bois. Non content de contribuer ainsi au gros œuvre , il rehaussa la magnificence de l’édifice par ses dons , et il gratifia l’église d’ornements précieux et de tentures; il l’enrichit, en outre, de peintures et de divers objets se rapportant au mobilier. S’inspirant de son goût pour la musique sacrée, le prélat fit une fondation pour l'entretien des enfants de chœur. Les besoins publics n’étaient pas négligés, et il fît installer dans la cour de son palais une fontaine, où l’eau fut amenée par une canalisation dont il se chargea.

C’était, en effet, l’époque où les préceptes de l’hygiène, plus écoutés que durant le moyen âge, portaient à ériger des fontaines plus ou moins monumentales dans les villes et les demeures fortu-

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nées. Parfois c’étaient des merveilles d’élégance, comme dans les châteaux de Blois, de Gaillon, de Bury et de Villesavin; d’autres fois, sans atteindre à ce style d’une souveraine distinction, les fontaines présentaient quand même un cachet d’art fort curieux, par exemple celles des villes de Blois, de Tours et de Clermont, dont l’ornementation s’inspire des procédés d’au delà des Alpes. Cette dernière fut érigée par le prélat dans la cour de l’évêché, et pour cela elle est appelée « Fontaine d’Amboise ».

Le goût des arts était, si parfaitement entré dans les mœurs de la famille des seigneurs de Chaumont, que les neveux et nièces aimaient aussi à le répandre dans leur milieu. Nous en trouvons une preuve éclatante à Poitiers, outre la personne de Pierre d’Amboise, en celle de sa nièce Marie. Celle-ci, en 1500, malgré sa jeunesse et avec l'autorisation du pape, fut nommée abbesse du couvent de la Trinité. Elle se distingua par sa régularité, et mourut le 8 février 1537, laissant la crosse à sa nièce Jeanne, fdle de Renée d’Amboise et de Louis de Gallerande. Le souvenir de Marie se rattache, en particulier, au superbe groupe de Y Ensevelissement du Christ.

Entre les diverses Mises au tombeau, celle de Poitiers occupe une place de premier ordre. Il est vrai qu’elle n’est plus à son lieu d’origine, et qu’on la voit actuellement à Notre-Dame-la-Grande, dans la chapelle qui servait de sépulture à Yvon du Fou, grand sénéchal du Poitou, et à sa femme. Les dimensions du groupe sont de 2 m. 10 c. de longueur; le tombeau du Sauveur mesure 1 m. 60 c., et les personnages sont de grandeur naturelle. Le Christ, d’une remarquable beauté de formes et d’une exécution achevée, oifre le type florentin que la Renaissance popularisa en France. Le sarcophage, sur lequel il est étendu, est de forme rectangulaire avec les angles rehaussés d’un ornement recourbé qui rappelle le socle du tombeau des Médicis à Florence; le centre est orné d’une couronne de fleurs et de fruits contenant une cordelière avec, au milieu, l’écu losangé de la famille d’Amboise; de la couronne partent deux rubans, dont les enroulements se développent sur le rebord supérieur au-dessous d’une grecque; un rouleau sur le socle porte en belles capitales romaines :

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