‹ Le Château de Chaumont dans l'histoire et les artsChapitre 28 sur 68 · R 0 F F I G N A C , BEAUV1LL1ER ET R 0 C 11 EC H 0 U A RT · texte numérisé non relu

R 0 F F I G N A C , BEAUV1LL1ER ET R 0 C 11 EC H 0 U A RT

La hiérarchie féodale était comme un perpétuel llux et reflux d’hommages des sujets à l’égard des suzerains, et les possesseurs de domaines étaient tout ensemble suzerains à l’égard de leurs vassaux et vassaux vis-à-vis de leurs suzerains. En 1691 , le 29 novembre, les co-seigneurs de Chaumont, chacun pour leur moitié, présentent l’aveu à la Chambre des comptes de Blois, « aux modifications portées par l’arrest ». A leur tour, le 24 décembre, les co -seigneurs Louis de Roffignac et Jacques de Vassal recevaient, pour Chaumont, l’aveu de Jean Marin de Bonvent , écuyer, sieur deVillerusehe, le Petit-Charmeteau et autres lieux, au sujet de la seigneurie du Petit-Charmeteau , pBe de Mesland, quitte de dîmes et terrages, sauf visà-vis le château de Chaumont ; dans une dîme de ce fief, le dit sieur prend la treizième gerbe, et Marmoutier la douzième; et, dans une autre, il prend la dixième gerbe; il relève de Chaumont à foi et hommage, et un roussin de service, quint , requint, denier et rachat. Dans l’acte, on voit les termes de « baronnie de Chaumont »; Jean Crochet y est dit « notaire soubz le scel de la baronnie de Chaumont », et le seigneur est qualifié « baron de Chaumont ». Mais ce sont là des titres de déférence, et d ne paraît pas que la châtellenie ait été officiellement constituée en baronnie; de fait, dans les pièces

Coffret de mariage du xvic siècle, à Chaumont.

Jacobins de Blois, le prieuré de Mesland, la comtesse de Bury, le prieuré de Santenay, la Justice de Meuve, les cures de Monteaux et de Mesland, la Croix de Pierre, les prés de Ponllevoy, de Chaumont, de Fontaines-les- Blanches , de la boite des trépassés des églises de Monteaux et d’Onzain, le seigneur de la cour d’Abas. L’aveu renferme la série des gens ou établissements qui, à leur tour, relèvent des dits « avoiiants », et parmi eux on observe les couvents de Moncé, de Fontaines-les-Blanches , les boîtes des trépassés et du Saint-Sacrement de Monteaux, celle des trépassés d’Onzain, les prieurs de Mesland et de Loré, les chanoines de Saint-Sauveur de Blois, les religieuses de la Guiche, le couvent de Câlines et l’Aumône ou Ilôtel-Dieu de Blois.

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officielles de la Chambre des comptes on rencontre le terme de « cliastellenie ». Du moins, à l'ombre du château l’on vivait heureux et les actes officiels nous montrent remplissant la charge de parrain, en 1697, Etienne du Rosier, « fermier de Chaumont », et, en 1704, Etienne du Rosier, « sieur de la Chevalerie ».

On possède peu de renseignements sur Louis de Roffignac et Jacques de Vassal de La Tourette, co-seigneurs de Chaumont. A Paris, à l’occasion de travaux, vers le milieu du siècle passé, on a retrouvé une pierre tombale qui portait l’épitaphe de « très haut et très puissant seigneur, messire Jacques de Vassal, marquis de Monviel, seigneur de Marzat et autres lieux, ancien gentilhomme de la chambre de Mgr le duc de Rourgogne, et lieutenant général des armées du roi, mort à Paris, le 19 septembre 1744, à l’âge de 87 ans ». R semble bien que ce soit le seigneur chaumontois.

Le xvue siècle ferme les annales de Chaumont sur le nom des Beauvillier, dont le souvenir est intimement lié à l’histoire de la terre de Saint-Aignan , sur la rive gauche du Cher. Après Emery de Beauvillier, sire du Bouchet et d’Estouteville , auquel nous la voyons en 1496, on rencontre Claude Pr, pour lequel elle fut érigée en comté, et qui périt à Pavie ; Claude II, marié, en 1560, à Marie Babou de la Bourdaisière , dont une fille, aimée de Henri IV, devint abbesse de Beaumont-lès-Tours ; enfin Honorât et François.

Louis XIV avait une profonde estime pour François de Beauvillier. Il en fit le premier gentilhomme de sa chambre, érigea pour lui Saint-Aignan en duché et le nomma gouverneur du Berry et du Havre-de-Grâce , et lieutenant général de ses armées. Son hôtel, à Paris, était situé rue de l’Echelle, paroisse de Saint-Roch. Sa femme, Antoinette de Servien, digne de son époux par ses hautes qualités, lui donna plusieurs enfants, dont deux filles, abbesses du Lieu-Notre- Dame, près de Romorantin, et deux garçons, Paul et Pierre. Le dernier fut tué à la journée du Saint-Gothard , dans laquelle les Français et les Impériaux battirent les Turcs, en 1664. Quant à Paul, son père trois ans avant sa mort se démit de son duché en sa faveur; mais le fils, plein de déférence, ne prit que le titre de duc de Beauvillier, pour laisser à l’auteur de ses jours celui de duc de Saint- Aignan.

C’est à Paul de Beauvillier qu’il était réservé de donner à la famille tout l’éclat qu’elle pouvait recevoir. Né au château de Saint- Aignan, le 24 octobre 1648, il réunit entre ses mains la possession de riches domaines et de dignités considérables. Rois et princes,

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pleins d’estime pour ses mériles supérieurs, se rattachèrent étroitement. Louis XIV l’éleva à la dignité de chevalier de son ordre, de premier gentilhomme de sa chambre, gouverneur et lieutenant général du Havre-de-Gràce et pays en dépendant, chef du conseil royal des finances et de ministre d’Etat. A l’apogée de sa gloire, le roi confia au duc la mission la plus délicate, celle de l’éducation du duc de Bourgogne, l'espoir de la monarchie et de la France; il fut, à cet égard, premier gentilhomme de sa chambre et maître de sa garderobe, et de plus fut investi de la charge de gouverneur.

Cette dernière qualité lui valut, en une circonstance, un privilège dont nous empruntons le souvenir à un auteur contemporain. La cour était en fête, et c’était au soir d’une journée d’épousailles. « Au sortir de la table, raconte un témoin, le roi alla dans l’aile neuve, à l’appartement des mariés. Toute la cour, hommes et femmes, l’attendoit en haie dans la galerie, et l’y suivit avec tout ce qui avait été du souper. Le cardinal de Janson fit la bénédiction du lit. Le coucher ne fut pas long. Le roi donna la chemise à M. le duc de Berry. M. de Bouillon avoit prétendu la présenter comme grand chambellan ; M. de Beauvillier, comme gouverneur, eut la décision du roi pour lui et la présenta. Les mariés couchés, M. de Beauvillier et Mme de Saint-Simon tirèrent le rideau de leur côté, non sans rire un peu d’une telle fonction ensemble1. »

Mais le noble chevalier était en mesure d’accomplir une mission plus difficile et plus distinguée, et la nature l’avait doué des plus excellentes qualités. Aussi bien, un contemporain avisé et d’ordinaire peu indulgent l’a dit, le duc Paul de Beauvillier était « capable, et en même temps digne de former un excellent roi, bon, saint, grand devant Dieu et devant les hommes. Il y avoit mis tous ses talents et tous ses soins, et il voyait avec ravissement et actions de grâces continuelles, que le succès passait de loin ses plus flatteuses espérances. Il se trouvait le conseil intime, le cœur, l'esprit, l’âme de ce prince qui en avoit infiniment. Il en attendoit tout pour le rétablissement de l’ordre, de la justice, du bonheur des sujets de tous les états, et le rétablissement du royaume, parce qu’il en savoit les vues, les projets, les désirs, que lui-même avoit inspirés2. »

Dans cette tâche éminente, on n’a pas oublié que le nom de Paul de Beauvillier est associé à celui de l’aimable Fénelon, le futur archevêque de Cambrai. La gloire sereine et pure du maître de notre belle

1 Saint-Simon, Mémoires, t. VIII, c. i.

2 Id., ibid., t. X, ch. xvn.

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langue et du prélat au caractère magnanime, dont le duc avait fait « l’âme de son âme et l’esprit de son esprit », rejaillit à son tour sur la mémoire du duc, qui lui demeura fidèle aux heures sombres de l’épreuve. De son côté, au milieu des intrigues des plus hautes personnalités, Louis XI Y soutint Paul de Beauvillier, voire même à l’encontre de Mma de Maintenon , et il se plaisait à dire de lui : « C’est un des plus sages hommes de la cour et de mon royaume. » Par malheur, dans la suite, la mort devait moissonner le fruit de tant de travaux, et la tombe emporta le prince éminent sur lequel la France anxieuse portait son regard avec complaisance , dans l’espoir d’un règne vraiment grand et réparateur.

Outre les dignités que nous avons indiquées, Paul de Beauvillier occupa celles de gouverneur du duc de Berry, petit-fils de Louis XI Y, comme troisième fils du Grand Dauphin, de premier gentilhomme de sa chambre et surintendant de sa maison. Il remplit des fonctions semblables auprès du roi catholique; lorsque le duc d’Anjou, deuxième fils du Grand Dauphin , alla prendre possession du trône d'Espagne par dessus les Pyrénées abaissées, à l’hiver de 1700, le duc de Beauvillier eut l'honneur d’accompagner le futur roi Philippe "S" jusqu’auprès de son trône et laissa, dit-on, le récit de ce voyage célèbre, qui se conserverait dans les riches archives du château de Saint- Aign an.

Une union glorieuse rapprocha le duc de la famille du plus grand ministre de Louis XIV. Le 21 janvier 1071, Paul de Beauvillier prit la main de Henriette-Louise , deuxième fille de Colbert, l’éminent secrétaire d’Etat, et de Marie Le Charron. L’étendue de la fortune répondait à l'illustration, et, indépendamment des duchés de Beauvillier et de Saint- Aignan , Paul posséda les seigneuries de la Ferté- Saint- Aignan , de Palluau-sur-Indre , des Aix-d’Angillon , d’Humbligny. En 1685, son hôtel de Paris est dit a rue Neuve-des -Petits- Champs », et deux ans plus tard, « rue Vivien ».

Paul de Beauvillier savait, à l'occasion, étendre ses domaines. Dans un acte de 1098, il est dit seigneur des Aix, de Martizay, Humbligny, Boisteaux , La Grange, Bas-Eouillay et autres lieux; il avait alors son hôtel à Paris, « rue Saint-Aveys (sic) , pse Saint-Micheldes-Champs ». Eu août 1099, avec le titre de gouverneur du Havre, il est dit gouverneur et lieutenant général des villes et châteaux de Loches et Beaulieu.

C’est l’année même où le duc de Saint-Aignan fit l’acquisition de la terre de Chaumont, ainsi que du comté de Buzançais. Mais la joie de posséder ces deux superbes domaines devait être assombrie par la

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douleur que lui causa l’épreuve suide par sou meilleur ami. En effet, à cette époque, Fénelon connut de douloureuses angoisses par suite de la condamnation de son livre Maximes des Saints , d’un mysticisme plus en rapport avec la beauté des sentiments de l’auteur qu’avec les énergies de la nature humaine. Le duc Paul prit part à cette profonde amertume et ne fut pas le dernier à féliciter le grand archevêque de sa magnanime soumission. En retour, peut-être n’éprouvat-il pas de regret à la publication du Télémaque , faite la même année. 11 avait assisté à la création de ce beau poème en prose , ffeur de l’antiquité éclose au soleil du xvii« siècle , et avait applaudi l’excellence de cette œuvre composée pour leur élève commun , le duc de Bourgogne. Bien (pie celui-ci fût publié subrepticement, et non sans quelque arrièrepensée de causer du déplaisir à l’auteur, qui avait exprimé si sincèrement ses idées libérales et populaires, le duc Paul ne lut pas sans ressentir quelque joie en voyant ce nouveau rayon de gloire littéraire au front de son ami, plus grand que les intrigues et les rivalités le plus haut placées.

Assurément, c’est une gloire pour Chaumont de compter au nombre de ses seigneurs une aussi noble personnalité. De fait, parmi les hommes d’honneur et d’inflexible probité du temps passé, il n’en est guère qui dépasse le duc de Beauvillier. Son portrait, conservé dans sa belle résidence des rives du Cher, reflète bien la dignité morale d’une âme supérieure. En pendant avec cette œuvre sincère, nous tenons à placer le dessin laissé par Saint-Simon : « Il était grand, fort maigre, le visage long et coloré, un fort grand nez aquilin , la

Escalier d’honneur de Chaumont aux armes du cardinal d’Amboise.

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