R0FF1GNAC, BEAUV1LL1ER ET ROCHECHOUART
rive droite de la Loire et ne donne que d’une façon sommaire la physionomie de cette façade ; du moins il peut aider à reconstituer l’aile disparue. Ce changement fut l’occasion de remaniements pour la chapelle, soit dans le couronnement, soit dans la voûte elle-même, dont une portion garde l’empreinte de cette époque. En même temps, l’extrémité de l’aile du couchant fut l’objet de travaux destinés à agrémenter la partie ainsi transformée.
Quel architecte présida à ces modifications? Nous l’ignorons; mais nous croyons connaître l’entrepreneur d’après les registres paroissiaux. En effet , le 3 juillet 1742, fut enterré « dans l’église Saint - Nicolas le s1’ Loup Paris, m° maçon, de la paroisse de Saint-Médard de Paris, qui est mort au château, âgé d’environ 30 ans, après avoir reçu les sacrements; en présence du sr Christophe La Mothe , receveur de M. Bertin, seigneur de Chaumont; de Claude Rabier, garde du château; Louis David, jardinier; le sr Claude Messière, le sr Estienne Salion, maistre maçon de Paris » : {signé) « Chênetier , curé ».
En 1730, Nicolas Bertin vendit le domaine à Jacques-Donatien Le Ray. Avec celui-ci Chaumont entre dans une ère exceptionnelle de prospérité, qui rejaillit sur la région entière. Mais, avant d’aborder ce qui le concerne, nous voulons grouper en Tm faisceau spécial les souvenirs qui se rapportent plus directement à l’histoire du couvent et de la paroisse. Cette synthèse nous permettra de mieux embrasser les divers aspects de la vie religieuse et populaire que rhistorien a la tâche de mettre en relief, sous peine d’omettre tout un côté, et non le moins intéressant, des annales du pays et de la nation.
Meillant, dessin de la Bibliothèque Nationale.
DU CHASTE L AU MOUSTIER
Riens permanant dessoubz le firmament Mais au dessus triumplie l’éternité.
[ Tapisserie de Chaumont .]
a fondation de l’abbaye de Pontlevoy par Gelduin , en regard de la forteresse militaire, animée par le mouvement de la vie féodale, nous a fourni l'occasion de placer le calme religieux du cloître, asile pacifique des travaux de l’esprit et des mains. Or, le rôle important rempli par ce monastère , aussi bien que ses attaches avec Chaumont , nous fait un devoir de lui consacrer quelques pages, surtout à l’heure où les souvenirs sont bien près d’entrer dans la pénombre de l’oubli.
Le premier abbé qui dirigea Pontlevoy, à partir de 1034, est Ansberl, qui était originaire du Poitou et fut prieur de Saint-Florentlès-Saumur. Il était très considéré par les gentilshommes, aussi bien que par les réguliers. En 1037, on le voit à Saint- Louans, près de Cliinon, signer la donation que Thibault et Etienne, comtes de Blois, firent à l’abbaye saumuroise ; un peu plus tard, il assiste à la dédicace
DU CIIASTEL AU MOUSTIER
de l’église de Vendôme par l’évêque de Chartres. On place sa mort en l’an 1040.
Le couvent fut ensuite dirigé par Gui, qui parut dans une assemblée, à Tours, en 1064, et quitta ce monde le 26 novembre, on ne sait pas au juste de quelle année. Au souvenir de l’abbé Giral et de son successeur Pierre, qui gouvernait en 1089, se rattache la mémoire de dons faits par les comtes Thibault et Etienne dans leur capitale , ainsi que de l’église de Bracieux, au confluent du Beuvron et de la Bonneheure ; il y eut aussi le don de la collégiale Saint-Florentin d’Amboise, par Hugues de Chaumont; mais cette donation n’eut pas d’effet, par suite des circonstances. Après 1096, le couvent passa sous la direction de Drogon, et un litre d’Yves, évêque de Chartres, rappelle qu’alors l’abbaye possédait dans ce diocèse les églises de Thenay, Sambin, Chitenay, La Celle - Saint - Mondric , Chaumont , Saint -Gervais de Blois, Saint -Dié, Muides et Saint- Bohaire , auxquelles vint s’ajouter Notre-Dame-de-Nanteuil , à Montrichard.
Drogon, qui vivait encore en 1110, fut remplacé par Waultier, ou Gautier, sous T abbatial duquel le prêtre desservant Nanteuil apporta de Jérusalem une relique de la vraie Croix, depuis lors vénérée dans le monastère. En outre, le couvent fut doté « des églises de Cherré , de Maës, de Choussy, de Thésée, de Lorges, de Pruniers, de Gy et de Soems », ces trois derniers prieurés- cures dans le diocèse d’Orléans. Ainsi l’influence du monastère bénédictin faisait rayonner sur les provinces voisines l'action bienfaisante de l’esprit évangélique. Le xne siècle vit l’abbaye s’enrichir des dons de l’église Saint- Martind’Estableaux, à Pressigny, d’igné, en Bretagne, ainsi que de Saint- Léonard et de Saint -Nicolas , à Fougères. A la mort de Gautier, vers 1131, les religieux élurent Fulbert, non sans tenter d’ailleurs de s’opposer aux prétentions des délégués de l’évêque chartrain, de concert avec les paysans placés sous la dépendance des moines. Mais cet abbé, « de pieuse mémoire, » renonça ensuite à cette dignité, et on lui donna pour successeur Foucher.
L’abbé Foucher eut la joie de voir trancher un différend domanial qui s’était élevé entre le prieur bénédictin de Saint-Thomas, à Amboise, et les chanoines de Saint-Florentin. L’accord fut rédigé sur une charte dite « endentée » , indentata ; ce nom tient à ce que l’on écrivait deux fois le texte verticalement sur la même feuille, et que, dans la marge intermédiaire, on traçait des majuscules qui se trouvaient coupées en deux par la section qui survenait, en sorte que l’authenticité résultait du rapprochement des deux parties. Arnoul , prieur de Saint-Thomas, qui était versé dans les sciences et les lettres,
DU CHASTEL AU M0UST1ER
de la gratitude gneusement relié un grand
devint prieur de Pontlevoy. La bibliothèque conservait deux manuscrits de sa main : il s’agit d’un martyrologe, celui d’Usuard, augmenté du propre de Pontlevoy, d’homélies, de la règle de saint Benoît, d’un nécrologe et de la liste des monastères en société avec les Pontiléviens ' ; le second volume est un recueil de capitules et d’oraisons pour l’année , suivi d’un nécrologe o ii paraissent notamment le chantre Pierre et le bibliothécaire. Une mention spéciale nous apprend que « Jean, italien, moine de Marmoutier » , jouira durant sa vie et après sa mort des divers suffrages ; on lui devait pour avoir soi- ’ivre
appelé Bibliothèque, ou la sainte Bible. L’abbé eut la satisfaction de voir un diplôme pontifical, en 1143, confirmer les dépendances spirituelles et temporelles de l’abbaye dans les diocèses de Chartres, de Rennes, d’Orléans, de Tours, de Bourges, de Séez , et jusqu’en Angleterre.
Après un court interrègne de l’abbé Vulgrin , la crosse passa à Ernaud, qui avait cessé de vivre en 1158; puis à Herbert, pour lequel on voit les moines solliciter « la bénédiction » de
1 évêque de Chartres. Sous 1 abbatiat de Jean Ier, qui gouverne dès J 163, le couvent reçut une série de dons, non sans avoir des démêlés, ici avec les lempliers, la avec des laïques, et ailleurs avec des moines. Pour résoudre les difficultés, quand on ne tranchait pas le différend à 1 amiable, on recourait à l’arbitrage d’un haut personnage ou à la sentence du juge temporel, sinon à l’épreuve judiciaire ou duel.
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Missel de Pontlevoy, office de Noël , avec J initiale de Joseph (Bibl. de Blois).
1 Pontlevoy était en association de prières avec les couvents de Saint-Florent de Saumur; Saint-Pierre de Nieulle; Marmoutier; Saint- Lomer de Blois; la Trinité de Beaulieu; Yilleloin ; Saint-Pharon de Meaux; la Trinité de Vendôme; Saint-Paul de Cormery; Saint-Mesmin ; la Sainte-Vierge de la Charité.
DU CH AS TEL AU MOUST1E11
De fait, parmi les procédés judiciaires en usage au moyen âge se place le duel, et quand on n’arrivait pas à vider une affaire par les décisions juridiques, on recourait à ce mode, qui était un héritage de l’antique barbarie. Au nombre des donations faites aux monastères, figurait parfois celle de serfs, hommes ou femmes, dont les enfants appartenaient au seigneur temporel, quitte à faire ensuite un partage s’il y avait pluralité de seigneurs. Un personnage nommé Quatrebouts avait donné à Pontlevoy deux hommes et deux femmes en qualité de
serfs. Sa fille Églantine ratifia la donation ; mais , ayant épousé un certain Guillaume, dit a Mauvaise Tête », elle prétendit n’avoir rien ratifié et, en conséquence, le mari réclama les quatre serfs.
L’affaire fut portée devant Hervé, comte de Saint- Aignan , qui ordonna aux deux parties d’apporter les preuves de leurs dires , sinon on recourrait au duel. D’après la coutume, les religieux et les femmes étaient exempts de l'obligation de se battre , mais ils avaient le devoir de fournir un champion. Faute de s’entendre, on allait recourir à ce moyen de vider le différend, quand Eglantine fut prise de remords. Au moment de prêter serment, elle avoua qu’elle avait naguère ratifié la donation, et les quatre serfs furent laissés à l’abbaye avec leur succession et descendance. C’était en l’année 1173, et l’acte fut revêtu du sceau du comte Hervé.
Sous le gouvernement de l’abbé Reginald, ou Raynal, en 1186, se fit la translation des reliques de saint Lomer, à laquelle assista Thibault, comte de Blois, et son épouse Alix. Si nous visitons alors l’abbaye, nous sommes frappés par l’introduction de certains abus qui, en grandissant, ne pouvaient manquer de produire de sérieux inconvénients. On y voit des enfants en bas âge que leurs parents dévouaient aux exercices religieux, sans attendre le consentement canonique de l’adulte. Par contre, des étrangers demandaient à venir mourir au couvent, à y prendre l’habit au lit de mort, et laissaient leurs biens en tout ou en partie. Ainsi, à Chaumont, Regnier Gofer, se voyant près de mourir, demanda à être revêtu de l’habit monas-
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ti(|ue, ce qui lui fut accordé, el il fut enseveli à Pontlevoy. En récompense, son fils Robert fit don d’un revenu annuel de deux seliers de grain; il ratifia cette donation dans le chapitre, le 6 juin 1196, en présence du chapelain de Chaumont, Raoul de Madon, qui fit lui-même présent de 5 sols d’argent, ainsi que Geoffroy, frère du défunt. En d’autres circonstances, on voit certains religieux manquer au vœu de pauvreté, en possédant et administrant des revenus personnels dont ils disposent d’ordinaire pour des fondations pieuses, et parfois pour une pitance supplémentaire, comme « gâteaux et coupe de bon vin », à distribuer aux religieux les jours de fêtes, ce qui ne pouvait déplaire à personne.
La mort de llaynal, vers 1197, fît donner la crosse à Saincellus, ou Lancelinus, puis à Mathieu, sous lequel on régla un différend liturgique et financier entre l’abbé et le curé de Pontlevoy; le monastère reçut des dons variés, et étendit le rayon des
associations conventuelles. En certains endroits, en particulier sur les terres de Eeins, Chaumes et Colonnes, on voit un maire, major, exercer au nom du monastère plusieurs droits importants. Cet officier avait qualité pour lever les revenus des moines, remplir certains actes judiciaires à l’égard des hommes demeurant dans son rayon, vider différends et procès quand ils ne dépassaient pas 5 sols. Comme paiement, il pouvait lever la dîme de la neuvième partie, percevoir le droit de gîte avec quelques autres; et, en retour, il devait faire hommage à l’abbé et lui offrir un roussin de la valeur de 40 sols.
Nous avons parlé de différend. D’ordinaire, les curés de Chaumont vivaient en bonne harmonie avec le monastère pontilévien, mais le choc des intérêts ne pouvait manquer de causer parfois quelque désaccord. A l’hiver de 1233, la paroisse était régie par Cille Personne, qui se trouva en conflit avec les moines pour les dîmes des novalles, ou des terres nouvellement défrichées, et distinctes des grosses dîmes. Les religieux y prétendaient en vertu d’un privilège pontifical, et