Acte de Sulpice III de Chaumont en
(Archives de L.-et-C. — V. p.91 .)
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parce qu’elles fournissaient à leur chauffage quand on faisait « les vuides de la forest de Chaumont ». On finit par s’entendre et, au mois de janvier, on signa un accord ratifié par l’évêque de Chartres, d’après lequel le curé abandonnait les novalles aux moines; mais ceux-ci devaient lui payer annuellement deux boisseaux de seigle. L’année d’après, pour racheter cette redevance, les religieux abandonnèrent la grange des novalles au curé de Chaumont. Un peu plus tard, un autre différend fut clos par un nouvel accord, aussi sanctionné par l’évêque de Chartres; en vertu de celui-ci, l’abbé céda au curé les oblations, moyennant la somme de 100 sols, et le curé renonça à toutes les novalles de sa paroisse, sauf celles du quartier de Bois-Arraud, où il recevra la grosse et la menue dîme. A cette occasion, le prélat se plaît à constater « la régularité de la discipline et du service divin chez les moines pontiléviens ».
En 1239, Pontlevoy était dirigé par l’abbé Gédéon , qui eut pour remplaçant l’abbé Laurent, auquel succéda Geoffroy 1er , qui paraît en 1250, et qui laissa aux religieux 100 sols de revenu annuel pour leur acheter des tuniques. A cette époque, si nous parcourons le cérémonial du couvent , nous y relevons pour le chant la notation neumatique, qui a précédé la portée et les notes de la gamme. A côté des rites et des prières d’un usage universel, nous observons des cérémonies et des usages d’un caractère propre et local. Ainsi le Gloria in excelsis comportait des versets complémentaires ; le canon et la communion présentaient des variantes; on bénissait le feu nouveau les trois derniers jours de la semaine sainte, sans d’ailleurs admettre la phrase : O felix culpa, qui avait été enlevée par saint Hugues, abbé de Cluny ; on disait « la très dévote messe des cinq plaies de Notre- Seigneur » ; enfin l’année liturgique était marquée par une série de processions où ne figurait pas encore celle du Saint- Sacrement, mais où celle des Rameaux , en particulier, présente un aspect scénique dans lequel on reconnaît facilement l’origine des mystères ou drames religieux.
Durant le moyen âge, le monastère ne cessa pas d’être l’objet des faveurs des seigneurs et de la protection des papes ; spécialement en 1259, par une bulle datée d’Anagni et signée de huit cardinaux, le souverain pontife confirma les droits et les privilèges de l’abbaye, approuva pour les religieux le droit d’élire leur abbé; et, en temps d’interdit général, il permit de faire l’office à voix basse, les portes fermées. Parmi les bienfaiteurs, on rencontre Girard de Varennes , seigneur de Laleu, dont le sceau porte un lion avec trois fleurs de lis.
A cette époque se rattache un manuscrit intitulé : Memoriale
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omnium temporum, chronique en quatre-vingts chapitres, dans laquelle l’auteur résume les événements depuis les commencements jusqu’au règne de saint Louis; le volume a été écrit vers 1245 par l’abbé Geoffroy. « Il y a peu d’abbés, dit l’historien Cbazal, qui ait fait tant d’acquisitions que lui, » et il ajoute que les titres et chartes étaient transcrits sur un gros livre ou cartulaire, « malheureusement perdu pour nous. » Le sceau de l’abbé Geoffroy représente un religieux accosté de deux fleurs de lis, et le contre - sceau , une main bénissante accompagnée d’un croissant et d’une étoile à six pointes. Les armes de l’abbaye étaient : « d’azur à deux crosses adossées d’or, accostées par le bas de deux étoiles de même. » Le sceau du chapitre figurait la Vierge assise, tenant l’enfant Jésus. Il est à remarquer que les abbés ajoutaient parfois leurs armes à côté ou au-dessous de celles du couvent.
En descendant au tombeau, vers 1286, Geoffroy laissa la crosse à Pierre de Darne, ou Dardennes, et il lui léguait en même temps le soin de réparer un grand désastre. Un incendie ayant consumé le chartrier avec une partie de l’église, on dut relever les ruines. Les ressources du couvent ne suffisant pas, on fit appel à la protection du pape qui, en 1289, accorda un bref avec des indulgences pour les bienfaiteurs. Les religieux donnèrent un bel exemple de sacrifice, en retranchant de leur maigre pitance pour aider à l’œuvre. Pour nourriture, ils avaient chaque jour cinq œufs et, en carême, trois harengs. Sur la proposition de l’abbé, ils consentirent à se contenter, pour une durée de sept années, de prendre chaque jour quatre œufs et deux harengs : touchante manifestation de zèle pour le culte et pour l’art religieux, qui trouvaient dans les monastères des foyers dont la flamme ne s’éteignait jamais au milieu des ombres et des tribulations du moyen âge. L’église, reconstruite durant la période ogivale, « s’étendait jusqu’au pont-levis, comme on pouvait le voir par les ouvrages qui restaient debout avant qu’on les eût détruits, comme on a fait en 1724, pour faire le nouveau bâtiment; en creusant pour faire les fondations, on trouva les fondations des chapelles latérales. »
Geoffroy II, qui paraît avoir gouverné à partir de l’an 1305, prit diverses mesures indiquant la séparation de la mense abbatiale et conventuelle, et l’existence d’une demeure et d’un jardin à l’usage de l’abbé. Après 1329, la charge abbatiale est remplie par Guy de Palluau, d’une noble famille de Berry, qui possédait la seigneurie de Valençay et se rattache à celle de Montrésor ; en ce temps, l’on salue dans le voisinage une « Maison de Dien », ou hôpital pour les malades et les passants. L’abbé étant mort le 30 juillet 1362, par suite des troubles causés parla guerre et afin de procéder plus librement â l’élec-
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tion, les moines réunirent le chapitre à Blois, au prieuré de Saint- Solenne. Les suffrages se portèrent sur Mathieu Puemil, ou Piremil, alors prieur de Valençay-, qui vécut jusqu’en 1391 et eut pour successeur Gui de Preuilli, de la puissante famille tourangelle de ce nom. Afin de se prémunir contre les désordres causés par les guerres, on fît un inventaire du mobilier, en particulier de « la librairie », et on mit les ouvrages en sûreté.
Le 14 mars 1402 (n. s.), possession du siège abbatial était prise par un nouveau titulaire, Jean III. Suivant la coutume, en franchissant le pont-levis et avant de pénétrer dans l’église, il fit sur les Évangiles le serment traditionnel, qui est le témoignage le plus éloquent en faveur des droits et des libertés des familles religieuses , véritables oasis de paix et de fraternité au milieu de la boule et des angoisses d’un temps troublé. D’après les règles, l’abbé assemblera chaque année le chapitre général; il observera avec soin les statuts qui y sont faits, et célébrera le service divin selon l'usage de l’abbaye ; il paiera au couvent et aux bénéficiers leur pension , sans diminution ni charges nouvelles ; il obligera les officiers et les prieurs à faire leurs devoirs au couvent et à l’église, et fournira le pain, vin et autres objets de nécessité. S’il arrive quelque différend entre l’abbé et le couvent, il sera terminé par trois prieurs nommés par le chapitre général ; le supérieur n’aliénera point le trésor de l’église sans le consentement du chapitre général, n’innovera rien dans les statuts et coutumes, conservera les droits, franchises, privilèges et biens, dont il ne détachera rien sans l’agrément du chapitre général; il ne réunira point sous sa crosse les revenus des prieurés et offices. Il ne mettra un religieux en prison et « pour griefve coulpe » que du consentement du chapitre et après les informations faites ; il ne donnera à aucun séculier ni prieuré ni office du couvent ; à la mort d’un prieur, il laissera les subsistances pour le successeur jusqu’aux fruits nouveaux ; il gardera les statuts du pape Benoît XIII, et ne fera aucun novice profès qu’en l’église et avec l’agrément des religieux.
Il ne sera pas sans intérêt de connaître la journée d’un bénédictin pontilévien à l’époque qui nous occupe, et, usant de nos droits d’historien, nous franchissons dès l’aube le seuil du couvent pour y noter le train de vie des hôtes. Un grand dortoir reçoit les. moines, à l’exception de ceux qui sont chargés d’offices claustraux, tels que l'infirmier, le sacristain, le cellérier et l’aumônier. En se levant, les religieux revêtent le grand froc, et par-dessus, le capillaire ou capuchon. Ils quittent le dortoir sous la conduite du prieur, et vont au chœur dire le Salut, et de là dans la chapelle de Notre-Dame pour l’assistance
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à la messe. Le reste de la matinée est occupé par la récitation de l’office, la méditation et les lectures pieuses, par exemple à l’église ou dans le cloître, où se passait la plus grande partie des moments libres, d’ordinaire dans le recueillement du silence. Le chapitre réunit tous les moines, en y comprenant les officiers ou dignitaires. Puis, tandis que les prêtres vont dire leur messe, « les petits novices se rendent à l’école, » jusqu’à l’heure où la grand’messe conventuelle rassemble tout le couvent. Celle-ci terminée, on fait la procession autour du cloître, et l’on y prie pour les défunts.
Au signal du timbre, frappé par le prieur ou par l’aumônier, on se rend au réfectoire , où tous doivent manger, à moins d’une permission spéciale du prieur ou sous-prieur du cloître. En entrant chacun dit: Beneclicite , et le couvent répond : Dominus. Après l’oraison, un religieux fait une lecture, et le reste du repas se passe en silence; les grâces dites, ainsi que le De profundis poür les trépassés, on va au cloître prendre la récréation. On vaque, après cela, aux affaires qui peuvent intéresser la communauté; ensuite, les vêpres réunissent les moines à l’église ; puis on va au cloître prier pour les morts et préparer les différentes parties de l’office. Le souper se passe comme le dîner et est suivi d’une « collation » , ou lecture spirituelle au chapitre , après quoi les compiles.
Quand s’achève la journée, trois coups annoncent le moment du coucher, et le prieur conduit les moines au dortoir. Enfin, dans le silence de la nuit, le son du timbre annonce que l’heure de réciter matines est arrivée, et tous s’y rendent, à moins d’indisposition; l’office fini, si la saison est rigoureuse, on peut se chauffer avant de retourner au dortoir. Le religieux qui manquait à l’office était obligé de s’en accuser à la coulpe du chapitre, le lendemain. J’ai parlé de punition. Pour les fautes graves, il y a la prison, mais elle ne peut être infligée que du consentement du chapitre. Outre la réunion ordinaire, il y a le chapitre général, qui s’assemble le lendemain de la Sainte-Trinité, et où tous doivent se rendre sous peine d’excommunication. Le prieur et le sous-prieur ont un certain droit de punition, et aussi le vicaire de l’abbé, qui est pris parmi les religieux de la communauté. Or, tout doit être ordonné en vue du bien général et de l’édification commune, suivant l’esprit qui préside à la vie conventuelle.
L’abbé Jean III tint la crosse abbatiale à partir de 1402. Son souvenir fut conservé par une belle pierre tombale gravée en creux, qui a été retrouvée naguère à l’occasion de travaux de terrassements à l’ouest de l’abbaye (2 m. 25 X 1 m. 18). L’abbé est représenté en
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costume de chœur, avec la crosse à sa droite; il tient un livre, peut-être celui des Evangiles ou de la Règle de saint Benoît. La figure se détache dans sa gravité monastique sous une arcature trilobée, rehaussée de choux et de fleurons. Les côtés sont ornés, à l’instar d’un portail, de chacun trois niches avec statuettes aussi en creux, que surmontent des pinacles à aiguilles élancées. Cette pierre tombale, qui reflète bien l’aurore du XVe siècle, est, malgré son caractère un peu fruste , d’un dessin harmonieux et d’une heureuse proportion. Tout autour du portique se déroule une inscription en vers latins, que la mutilation ne permet de lire que d’une façon incomplète 1 .
A la mort de Jean, la direction de l’abbaye passa à Pierre, qui fait acte d’administration en 1409; puis à Guillaume de Plainvilliers , de famille blésoise, qui était abbé en 1417. Attentif à préserver le monastère contre les surprises des gens de guerre, celui-ci ne négligea rien de ce qui pouvait remplir ce rôle de protection. Aussi bien, les monastères formaient des asiles d’ordinaire respectés, et toujours utiles au milieu du choc des batailles. Au cours de la guerre de Cent ans, les abbés de Pontlevoy, notamment Guillaume, ne manquèrent pas de mettre le couvent en état de défense. Le moyen âge avait élevé une tour qui avait besoin d’être réparée; par acte du 3 avril 1422, le dauphin Charles, régent du royaume, alors à Montrichard, autorisa l’abbé à faire ce travail et à fortifier le monastère. D’après un chroniqueur, cette tour aurait
Tombe de Jean lit, abbé de Pontlevoy, conservée au collège.
1 On relève sur les rebords de la dalle :
(En haut, à droite) Abbatem . Christe.
(Sur le côté, à droite) tollas . super, astra . Johannem.pro . meritis . [baratri . non . maledictis (?)] .nains, fuit.
(En bas) hic . et . i loi . sial . humatus . servivit . christo . mundo ( dum .
(Sur le côté, à gauche) vixit . in . isto . dilexit . mores . mundi . vitavit . honores . gaudia. summa. Dei. retribuentur . ei . Amen . mi ( Monasterii (?)).
(En haut, à gauche) Pater . et . abbas . IS (johannes) . et . a . terrenis . istis . (simul?).a.terrore mortis . se . subdidit.