‹ Le Château de Chaumont dans l'histoire et les artsChapitre 34 sur 68 · DU G II A S TEL AU MÛUSTIER · texte numérisé non relu

DU G II A S TEL AU MÛUSTIER

été abattue en 1591, et c’est cet abbé qui aurait fait « bâtir la tour carrée et la tour ronde qui servent au collège ». Quatre ans plus tard, alors qu’il était roi de France, Charles donna des lettres de capitaine de la forteresse à Jean, frère de l’abbé, et, l’année suivante, on voit les habitants de Pontlevoy et de Thenay , en qualité de vassaux, s’engager à y faire la garde et le guet.

On se rappelle que, d’après un acte du 5 janvier 1269, c’est le seigneur de Chaumont qui avait la garde de l’abbaye. Pierre d’Amboise renonça à ce droit le 8 avril 1428, en autorisant les moines à se faire garder par leurs sujets, à la condition que l’on chanterait chaque semaine une messe à son intention ; le mois suivant, il dispensa les religieux de l’obligation d’appeler à leur garde les officiers de Chaumont. Le comte de Blois eut à cœur de ratifier ces résolutions. Le 9 février 1429, il approuva le droit de forteresse, et le 24 avril 1436, alors qu’il se trouvait à Loudun, il autorisa l’abbé à faire clore le tour et à fortifier les environs du monastère, à la condition de n’y point retirer d’étrangers sans sa permission ou celle de son lieutenant général, Jean, bâtard d’Orléans. A ce sujet un historien, à propos de la venue d’un procureur de Blois en 1445, écrit : « Celui-ci vint à Pontlevoy et trouva l'abbé à l’entrée du fort. Ce fort était près du pont-levis. » D’autre part, il fait remarquer que « on voit encore, auprès du pont-levis, quelques restes des anciennes fortifications qui environnent l’abbaye », et il ajoute : « C’est peut-être dans ce même temps qu’on environna de murailles le bourg de Pontlevoy. » D’ailleurs , afin de subvenir aux diverses dépenses de préservation , on opéra la réunion de l’abbaye, des prieurés d’igné et de Bracieux.

Le xvc siècle apporta des embellissements à plusieurs prieurés dépendant de Pontlevoy et, parmi ceux-ci, à Notre-Dame de Nanteuil, où l’on voit Jean Maubert, prieur de 1461 à 1477. En ce temps, on ajouta à cette église la curieuse chapelle de la Vierge, et Guillaume de Harcourt, comte de Tancarville et de Montgommeri, seigneur de Montrichard et de Montreuil -Bellay, y fonda en 1461 une lampe à entretenir devant l’image bénie.

L’abbé Guillaume, qui décéda en 1468, laissa à Pontlevoy cinq cents écus et un calice d’or pesant trois marcs pour plusieurs fondations. Sa mort fut le point de départ d’une modification profonde dans le statut conventuel de Pontlevoy. Le roi, s’arrogeant le droit de choisir les abbés , adressa au couvent le nom du séculier qui devait être élu. Pris entre leur crainte de désobéir an souverain et le devoir de suivre les anciennes règles, les religieux « postulaient au pape », souverain dispensateur des bénéfices, celui qui avait été indiqué par le

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prince, et le pape donnait les bulles de confirmation qui suppléaient à l’irrégularité. Comme il se rencontrait parfois des électeurs moins souples, pour couper court à la résistance le concordat entre Léon X et François Ier octroya au roi la nomination des supérieurs, que le droit canonique, d’accord avec la logique et les bonnes mœurs, réservait aux religieux. Celte innovation ne contribua pas peu à affaiblir l’esprit de discipline dans les monastères.

Le premier bénéficiaire de cet état, ou premier abbé commendataire, fut François de Brilliac, qui d’ailleurs favorisa le monastère. Son goût pour les choses du culte et des arLs le porta à ouvrir la châsse du maître-autel, et il trouva, entre autres, des reliques de saint Grégoire de Tours et de saint Paul de Léon, évêque breton en l'honneur duquel une confrérie était érigée dans l’abbaye. La châsse était, paraît-il, l’œuvre de saint Fvurce1.

Dans son zèle pour l’abbaye, François de Brilhac fit des travaux sérieux qu’il est difficile d’apprécier complètement, par suite de la reconstruction générale ; mais du moins il demeure la réfection de l’église ou plutôt du chœur, car elle ne fut pas continuée. Il fît « bâtir le chœur et le tour des chapelles; ses armes se voyent encore sur plusieurs clefs de la voûte », et il y a fît ériger plusieurs autels ». Au rapport d’un chroniqueur, le travail était achevé en 1491, et, par un bref du 17 décembre, le pape Innocent VIII 1 autorisait à bénir et consacrer le monument en dehors de l’évêque de Chartres. En dépit des préjugés à l’encontre du style ogival, 1 historien D. Chazal n’a pu se défendre d’écrire que « cet ouvrage est d’un très bon goût, le tour des chapelles large et bien pris ». Au sujet de l’abbatiale, le même auteur écrit : « Tout autour de l’église, en dedans, règne une litre sur laquelle sont les armes d’Amboise ; on doit cette marque de reconnaissance à cette famille qui a comblé l’abbaye de bienfaits. Au

1 A ce sujet, l’historien écrit : « Il y a depuis longtemps dans notre abbaye de Pontlevoy une relique assez considérable de saint Paul de Lehon , en Bretagne; on ne sçait d’où elle vient et de qui nous l’avons reçue. Elle était dans une châsse exposée sur le maître-autel dans ce temps-là. François de Brillac (abbé), l’an 1476, le jour de Tous les Saints, jugea à propos de la visiter : il trouva dedans divers ossements, grands et petits, avec trois écriteaux. On lisait dans l’un : Ilæ sunt reliquiæ de sancta Maria, de sancto Pelro aposlolo, de sancto Vedasto, de sancto Evurtio. Sanclus Evurtius fecit istas capsas. Dans un second écriteau on lisait : Ilæ sunt reliquiæ sancti Pauli, episcopi Lelionensis ; enfin dans un autre : De reliquiis sancti Gregorii, archiepiscopi Turonensis. Ces reliques furent exposées à la vénération du public et remises dans la châsse où elles étaient auparavant. On conserve encore à présent la relique de saint Paul de Léon; c’est un os du bras, on l’expose le jour de sa fête, durant l’office. En l’an 1544, il y avait dans notre église une confrérie sous le titre de Saint-Paul; c’est sans doute de ce saint Paul, évêque de Lehon. F. Estienne Boulot, prêtre, et Fr. Guillaume Donzain en étaient receveur et syndic. » Histoire de Pontlevoy, par D. Chazal, publiée dans la revue Loir-et-Cher. Cf. n° mars 1900.

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bas de l’église, dans la croisée, on voit un autel peint en noir, avec des larmes, des ossements et des têtes de morts; je n’ai pu sçavoir quel était l’usage de cette chapelle, peut-être y a-t-il un caveau au-dessous pour ensevelir les abbés et les religieux. »

Quant à la chapelle du chevet, selon l’auteur bénédictin, « elle est un ouvrage plus ancien; pour s’en convaincre, il n’y a qu’à examiner et les voûtes et les pierres dont elle est bâtie. Sur les clefs de la voûte, il y a des armes que je n’ay pu connaître, soit à cause de l’éloignement, soit à cause qu'elles sont à demi effacées. » La chapelle de la Vierge « est un corps comme séparé, voûté et bien éclairé, qui a servi de modèle pour le reste de l’église; mais il paraît d’un goût plus fin et plus délicat.

A une extrémité de cette chapelle, on voit un écusson parti de Flandre et d’Amboise. Pierre de Darne, qui avait bâti l’église en 1291, pourrait bien avoir fait bâtir cette chapelle ; à la gauche de cette chapelle, en entrant, on voit le portrait d’un homme en entier, ayant

deux anges à ses côtés et les armes d’Amboiseà ses pieds; ne serait-ce point quelqu’un de la maison d’Amboise, qu’on aurait ainsi peint après qu’il se fût signalé par sa piété? c’est ce que je laisse à la discussion et au jugement du lecteur. »

Si l’on compare le caractère des chapelles, on observe, en effet, que celles de l’est, notamment la chapelle de la Vierge, sont d’un style ogival antérieur et différent de celui du xvc siècle, qui s’épanouit sur les nervures des fenêtres et des voûtes du chœur. A ce propos, nous relèverons quelques détails d’ornementation. Sur les clefs de voûte de la grande nef on remarque une série d’écus fleurdelisés, qui se retrouvent sur plusieurs des clefs des bas côtés formant déambulatoire, et sont comme la signature de l’abbé. Quant aux chapiteaux, au milieu du feuillage ordinaire, on y voit quelques animaux avec des personnages, dont Daniel entre deux lions, ainsi que des blasons mutilés. Sur les murs de la chapelle « N. -D. -des -Blanches », des armoiries cachent leurs émaux sous le badigeon.

L'abbé François de Brilhac entreprit également la reconstruction du cloître, à propos duquel un témoin a écrit : « Chaque clef du

Abbaye de Pontlevoy, église et couvent, côté de l’est.

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cloître a un écusson différend : celuy du milieu est aux armes de notre abbé (d’azur à trois fleurs de lis d’argent, 2 et 1), ce qui prouve bien qu’il l’a fait bâtir, aussi bien que l’autre côté, où l’on voit ses armes aux naissances des voûtes. » François de Brilhac avait le goût des lettres, et, en 1496, on relate qu’il a « fait faire » un manuscrit qui porte une inscription en vers laLins.

A la suite de sa démission, en 1497, la direction de l’abbaye fut confiée à son neveu, Christophe de Brilhac, qui prit les armes de son oncle. B fut archevêque d’Aix, puis évêque d’Orléans, où il succéda à son oncle mort en cette ville, enfin archevêque de Tours de 1514 à 1520. Ses armoiries paraissaient sur un bénitier et deux chandeliers qu'il donna, ainsi que sur « quelques ornements beaux en ce temps-là », suivant les réflexions d’un auteur du xvme siècle.

A la mort de ce dernier, en 1520, les religieux, parmi lesquels Gui de Brilhac, prieur de Nanteuil, résolurent de soutenir leurs droits. Le concordat entre Léon X et François Ier accordait au pape les annates, ou revenus de tous les évêchés et abbayes, perçus par faveur par certains dignitaires ecclésiastiques, et octroyait au roi la présentation aux dignités ou bénéfices ; une clause maintenait les abbayes qui possédaient ce droit dans la faculté d’élire leur abbé. Pontlevoy était dans cette catégorie; aussi les religieux, s’appuyant sur la bulle d’Alexandre IV en 1259, résolurent de choisir un supérieur. Assemblés au nombre de dix- neuf, il désignèrent frère Louis d’Anjou, qui n’était pas de la maison. Sans doute par suite d’opposition, ce n’est que six ans plus tard que l’élu prit possession de sa dignité. Il s’employa à réformer les abus qui s’étaient glissés dans le couvent, avec le concours du prieur François de Seillat, envoyé de Marmoutier. Dans un chapitre, on fixa à vingt-quatre le nombre des religieux, qui reçurent une augmentation de 200 livres à prendre sur la dîme de Chaumont.

Dans son zèle à réformer les abus, l’abbé ne fut pas sans rencontrer une sérieuse résistance de la part d'une partie du couvent, et celte attitude ne fut point étrangère sans doute à sa résignation en faveur du cardinal - évêque de Mâcon. Mais à la mort de celui-ci, en 1540, Louis d’Anjou reprit sa charge, pour peu de temps, il est vrai, car il la résigna en faveur de Bernard de la Ruthie, qui laissa au couvent un calice avec sa patène et deux burettes d’argent. Ce dernier fut remplacé par Louis de Brézé, fils de Gaston de Brézé , prince de Foucarmont, et de Marie de Cerisey, lequel fut évêque de Meaux et eut la douleur de voir le couvent dévasté par les huguenots, dont on répara ensuite les dommages. Puis, l’abbaye fut remise au cardinal

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Charles de Bourbon, futur roi de la Ligue, qui d’ailleurs laissa ce bénéfice assez longtemps avant sa mort.

On voit ensuite l’abbaye dirigée par trois Hurault de Cheverny. A Denis, fils de Denis, baron d’Uriel, et de Gabrielle de la Bussière, qui fut abbé dès 1576, succédèrent ses deux cousins, Henri et Philippe, tous deux fils de Philippe Ilurault, seigneur de Cheverny et auteur des Mémoires , et de Anne de Thou ; le premier renonça à l’état ecclésiastique, épousa Françoise Chabot et mourut en 1648. Denis, ayant repris l’abbaye, s’en démit de nouveau en faveur de Philippe, qui fut aumônier de Marie de Médicis, évêque de Chartres et posséda plusieurs commendes. En ce temps -là, la permission demandée au pape par le roi, en vue d’aliéner certains biens'ecclésiastiques pour aider aux besoins du trésor, fut cause que d’aucuns domaines de la mense abbatiale furent vendus à des particuliers.

L’abbé Philippe lit un règlement pour le bon ordre de la maison, et le nombre des religieux fut fixé à dix-huit. Il était représenté, quand il lui plaisait, par son grand vicaire, tout en laissant à son chapelain le soin de le remplacer pour les offices. Il eut à cœur de maintenir la régularité, en réglant ce qui regardait les détails de la vie et des offices conventuels, sans négliger « le précepteur chargé de faire étudier les novices et les enfants ». Il prit à sa charge les réparations; quant au trésor, il était fermé à quatre clefs aux mains de l’abbé, du prieur, du plus ancien et du procureur. Line assemblée générale, tenue en 1607, arrêta plusieurs articles, tels que l’élection triennale du prieur, pour les moines le port du « grand froc » en l’abbaye et dans le bourg, et ailleurs la soutane et le scapulaire; l’abstinence durant le Carême, l’Avent et trois jours par semaine ; chaque moine aura un pain de deux livres et demie, et deux pintes de vin, et pour la pitance des jours maigres, chacun six œufs, et pour celle des jours gras, une livre et demie de viande pour trois religieux ; deux novices auront la part d’un prêtre; aux grandes fêtes, ils recevront en outre deux poulets ou un chapon; quand ces fêtes tombent les jours maigres, il y aura en plus du poisson frais ou salé. Un coffre-fort contiendra les titres et l’argenterie; les délibérations, arrêtées au chapitre chaque vendredi, seront écrites sur un registre spécial; on ne recevra de novices qu’à l’âge de seize ans, et après une année de « probation ».

L’abbé, en retour des revenus qu’il touchait, était tenu à diverses charges. Les pauvres étaient nourris le mardi gras et le jeudi saint, et, chaque semaine, il leur donnait vingt et un pains de deux livres et demie; tous les religieux et prêtres de passage recevaient l’hospitalité durant une journée. A certains jours de fêle, il devait ajouter à la

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ralion ordinaire du vin « auvernat » et du « meilleur vin clairet ». A deux fêtes, il donnait un festin de deux oiseaux, six poulets avec gâteau; du reste, ce gâteau était de droit à dix-huit solennités, avec celte particularité qu’à l’Epiphanie, il devait y avoir « une fève », et qu’à Pâques, « on le convertissait en échaudés ». Avant le Carême, il donnait deux cents carpes, et pour « carême-prenant, des beignets et pâtes ». Parmi les autres charges de l’abbé, on trouve celle de 50 livres pour « le moine-lai », c’est-à-dire l’oblat ou le soldat estropié muni d’un brevet du roi, ayant le privilège de vivre dans le couvent. Mais on remarque qu’à cette époque « les religieux ne voulurent pas s’en charger, à cause des insultes que leur avait faites ce soldat ».

En dépit des déprédations des huguenots, le trésor était encore assez riche au début du xvnc siècle. En 1616, en vue des réparations à faire au couvent, Philippe vendit pour 3730 livres l’argenterie, qui pesait 17 marcs d’or et 16 marcs d’argent; elle comprenait une croix couverte d’or, une couverture de livre dorée, deux petits anges, deux anciens calices avec leur patène, une boîte d’argent doré et plusieurs autres objets précieux. L’abbé décéda en 1620 et fut inhumé à Cheverny, dans le tombeau de sa famille.

LTn protégé de Marie de Médicis, l’Italien Louis de Ruscellaï, obtint l’abbaye, à laquelle d’ailleurs il en ajouta d’autres; il favorisa le couvent et fît paver le cloître; mais la mort l’enleva en 1622 au siège de Montpellier. L’année suivante, le 1er septembre, le cardinal de Richelieu en prit possession, et il profita de la haute estime qu’il professait pour la branche bénédictine réformée, dite Congrégation de Saint- Maur, pour y rattacher Ponllevoy et y introduire la réforme, par concordat du 6 juillet 1628. D’ailleurs, les traditions de bienfaisance et d’hospitalité des temps anciens n’avaient rien perdu de leur excellence. Par les mains de l’aumônier, l’abbé faisait distribuer, chaque semaine, vingt et un pains de deux livres et demie et trente miches; le mardi gras, on faisait deux aumônes générales, où chacun recevait un pain de mouture et une pinte de vin ; de même le jeudi saint, avec un don en plus pour les treize pauvres du lavement des pieds. Les religieux et prêtres de passage étaient hébergés durant un jour, et les profès qui venaient pour assister au chapitre ou pour voir leurs confrères étaient reçus durant une semaine. Ajoutons que l’abbé, outre la pitance ordinaire, devait aux religieux quelques douceurs les jours de fêtes, et aussi aux officiers de justice. Ainsi, aux solennités de Saint- Etienne et de Saint- Laurent, il donnait un repas composé de deux oiseaux, six poulets, et un gâteau de deux boisseaux de blé et de deux livres de beurre. Il y avait encore des gâteaux à plusieurs autres fêtes,

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et, le jeudi gras, l’abbé donnait trois boisseaux de froment pour « les beignets ».

Grâce au célèbre cardinal de Richelieu, l’abbaye fut rattachée à la congrégation de Saint-Maur, la plus renommée des branches de la réforme bénédictine, sur laquelle poussèrent de glorieux rejetons. Gomme un certain nombre de Pontiléviens faisaient des difficultés, on arrêta un concordat qui régla les droits et les devoirs réciproques des réformés et non réformés, et prépara l’annexion complète en aplanissant les divers obstacles. A la mort du cardinal de Bérulle, le cardinal de Richelieu reçut l’abbaye de Marmoutier et résigna celle de Pontlevov, qui fut donnée au neveu du premier, Pierre de Bérulle, lequel installa le premier prieur réformé. Dom Antoine le Fort, arrivé le 26 août 1631, concilia tous les esprits et enrichit l’église d’ornements. Deux ans plus tard, en travaillant au jardin, « proche le grand clocher qui avoit été brûlé, » on trouva quantité de métal fondu dont le prix, de plus de 300 livres, fut employé aux réparations de la chapelle de Saint-Michel.

On acheta des livres et des meubles, on fit un « petit bâtiment voûté dessus et dessous » où se conservaient les titres, enfin les stalles de chœur. A la demande des religieux, l’abbé laissa les tours rondes et carrées servant à la sacristie, l’ancienne cuisine, les prisons, le lieu des marchés, le pavillon et les jardins en dépendant, la grande porte « où est le pont-levis » et le château Saint-Pierre, ou « lieu que Gelduin avait donné aux religieux et dont il restait des masures » ; et, en retour, les moines contractaient plusieurs obligations, telles que celles de voûter le cloître, de faire un chapitre, un four banal et de nouvelles prisons, de réparer l’église et le monastère, tandis que l’abbé s’engageait à bâtir un logis abbatial.

Le prieur dom Placide Hamelin s’appliqua à décorer l’église. R confia la construction d’un grand autel à Antoine Charpentier, « architecte et sculpteur, » et, sur la première pierre, posée le 17 janvier 1651, on mit une plaque de cuivre avec les noms de l’abbé, du prieur et des religieux. L’autel est compris entre les quatre piliers du fond du chœur, conçu dans le style corinthien et bâti en pierre de Bourré; « d’une architecture fort belle, quoique un peu trop chargée d’ornements, » il coûta 1250 livres. R est rehaussé de huit colonnes de marbre noir, « contournant le tableau du milieu » ; sur les côtés étaient, en des niches, les quatre figures peintes des saints Pierre et Paul, saint Benoît et saint Maur, encadrant deux bas-reliefs représentant, du côté de l’épître, la Mort de la Vierge, du côté de l’évangile, son Assomption . Au centre, l’autel « s’élève jusqu’au cintre de deux piliers et se termine par une nicbe avec l’image de la Vierge » , ayant, à ses côtés,

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deux anges « assis sur des volutes d’où sort une bande de fleurs tombant sur la cornicbe » et qui répondent aux niches indiquées plus haut. Le milieu de 1 autel tut d abord décoré d un Couronnement de la Vierge par Jean Mosnier, peintre de Blois; mais celui-ci fut ensuite mis dans le réfectoire et remplacé par une Transfiguration du Sauveur, dont la disposition s’harmonisait mieux avec un tabernacle que l’abbé fit « venir d Italie en 1679 ». Le tabernacle, « du même style, plus

simple et d’un goût recherché », a huit colonnes de porphyre gris, avec bases, chapiteaux, corniches, bas-reliefs, médaillons, vases et autres ornements en cuivre doré :

les statues de la Vierge et de saint Joseph au milieu des colonnes sur le devant, et celle du Sauveur sur le couronnement sont en bois doré; il coûta 1000 écus, selon le chroniqueur.

On pava le sanctuaire en échiquier, on fît les stalles du chœur et on dota l’église d’autres ornements. On commença, en mars 1654, l’autel de la Vierge , qui coûta 850 livres : il est en pierre de Bourré, rehaussé de colonnes de marbre, et « l’architecture aussi bien (pie la sculpture sont des mieux exécutées ». Il est orné de deux « tableaux », figurant la Nativité et Y Adoration, « d’un goût tin et très bien faits ». Ces réflexions, empruntées à l’annaliste bénédictin de Pontlevoy, ne satisferaient peut-être pas un critique d’art exercé. Les dernières toiles signées « D. Lamare 1655 », ainsi que quelques autres, sont vraisemblablement l’œuvre d’un religieux, d’ailleurs bien doué pour manier le pinceau. Quant à l’architecture et à la sculpture, on est fondé à y voir la conception d’Antoine Charpentier, auteur du maîtreautel. Afin de mieux honorer la Vierge, que la liturgie se plaît à comparer au plus magnifique parterre de fleurs, l’artiste a agrémenté la gravité des colonnes, des cartouches et des frontons par des guirlandes

Pontlevoy, maître-autel.

Statue et Mort de la Vierge par A. Charpentier.

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délicatement fouillées et soutenues comme par une main invisible. On lit ensuite les autels moins importants de saint Nicolas, de saint Benoît et saint Maur.

L’abbé, qui contribua largement à ces embellissements, donna aussi un bassin d’argent à ses armes, un grand « soleil » ou ostensoir d’argent blanc et « un beau voile de taffetas blanc avec croix en broderie ». M. de Bérulle dota l’église d’objets précieux. Un devant ou parement d’autel, brodé or et argent sur velours cramoisi, fut exécuté par un brodeur qui y travailla trois ans avec le frère convers Jean Remoré; il fut « étrenné » le jour de l’Epiphanie 1665 et coûta 1 000 livres, cet ornement magnifique auquel « rien ne manque, soit par le goût des dessins, soit par la richesse, et qui n’a pour tout défaut que sa trop grande pesanteur ». On fit une lampe d'argent, et M. de Bérulle en donna une pareille du prix de 323 livres; il remit au monastère sa croix et six chandeliers d’argent, en même temps (pie l’abbé et le couvent versaient des aumônes de plusieurs milliers de livres dans les mains des pauvres, et que le supérieur instituait « la fondation de la prose Inviolata ».

En 1663, on construisit un corps de logis qui coûta 9000 livres et ne fut pas continué, en sorte qu’au xvme siècle il servait de passage pour aller à l’église. M. de Bérulle fit bâtir le logis abbatial et donna en outre un ciboire de vermeil. L’année même de sa mort, il fil don d’une chasuble de brocart à fond d’argent et fleurs d’or, et lit exécuter, « à Tours, deux tuniques et l’écharpe pour accompagner la chasuble, mais l’ouvrier n’a pas tout à fait suivi le dessin de la chasuble; » enfin, de Paris, il envoya trois chapes « à peu près de la même façon que le reste ».

Cependant l’œuvre de réformation se continua. D. Antoine le Fort, comme prieur, eut à diriger la maison, réparer les ruines, aménager le couvent et l’église, et mettre tout en état; en 1645, il fut remplacé par D. Valéry Parant. A la mort de Pierre de Bérulle, en 1683, l’abbaye fut donnée à Antoine Girard, prêtre pieux et instruit, docteur de Sorbonne, précepteur de Louis-César de Bourbon, fils naturel de Louis XIV et de Mme de Montespan, lequel devint abbé de Saint-Denis et de Saint- Germain -des- Prés. Cet abbé installa des sœurs grises pour l’instruction des jeunes filles et le soin des pauvres, et un maître d’école pour les garçons avec traitement et exemption de taille. Il donna une lampe d’argent de 360 livres et deux petites châsses d’ébène. S’étant démis de son titre, il devint évêque de Toul, puis, en 1698, évêque de Poitiers, où il mourut quatre ans plus tard.

Au cours des années 1698 et 1699, on fit des travaux au couvent ; on détruisit l’ancienne cuisine, et dans le voisinage, en la basse-cour,

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en creusant des fondations à l’endroit où était jadis la salle de justice , on trouva une quinzaine de cercueils « en une seule arcade , chambre voûtée autrefois » avant la justice, et les ossements furent transportés dans la chapelle de la Vierge. Au rapport de D. Chazal, c’étaient là les restes des premiers seigneurs de Chaumont et fondateurs de l’abbaye; d’après lui, le chapitre ou justice confinait alors à l’église et était considéré comme la chapelle des fondateurs , suivant le texte où Hugues Ie1' d’Amboise déclare que ses père et mère sont enterrés dans le chapitre de l’abbaye.

La même année, on fit le bâtiment des classes, et en fouillant on trouva, à quatre pieds, le pavé de l’ancienne église avec des débris de charbon et d’ardoise se rapportant à l’incendie du xmc siècle. Quelque vingt ans plus tard, à l’occident, on fit le logis pour les malades et les hôtes, qui regarde le bourg et mesure 105 pieds de long sur 24 de large, avec trois étages et une galerie de communication.

Au dire de D. Chazal, (pii fut prieur, de son temps l’abbaye conservait deux mitres, dont l’une de « belle et ancienne broderie », et une croix d’argent qui fut vendue et dont le prix servit à faire une belle croix paroissiale. Ces insignes auraient été à l’usage des abbés auxquels le pape avait octroyé le privilège des pontificalia , comme l’admet D. Chazal; ou bien, semble-t-il, ils étaient destinés aux prélats qui parfois officièrent dans l’abbaye.

Le roi, ayant érigé Blois en évêché et donné ce siège à David- Nicolas de Bertier, tenta d’unir l’abbaye à la mense épiscopale en nommant le prélat au gouvernement du monastère, le 3 mai 1698; il y eut un concordat avec les religieux pour le partage des biens. Le prieur D. Marie Bourgoing s’occupa d’installer les logis pour les religieux, en se servant du bâtiment commencé en 1663 sous le prieur D. Lucien, et en ajoutant d’autres parties dont le plan fut approuvé en 1700 par le Père général. La première pierre fut posée le 20 juillet 1701, et la nouvelle construction fut conduite par le sieur Girard, de Tours, qui avait travaillé à Marmoutier, à Cormery et à Aiguesvives ; à sa mort, il fut remplacé par le sieur Petit, de Blois.

A la fin de 1704, le gros œuvre était achevé et on poursuivait les voûtes. Le corps de logis qui a vue au midi, sur les jardins des religieux et sur les prés où était jadis l’étang de Coutan, mesure 250 pieds de long; le haut comprenait vingt-deux chambres pour les religieux. Au rez-de-chaussée, à l’occident, est « la salle des hôtes, très bien voûtée ainsi que tout le bas; ensuite le réfectoire, un vestibule et aussi une belle et grande salle qui sert, soit pour se promener quand il fait mauvais temps, soit pour les thèses et petites déclamations des éco-

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liers; le tout est bien pris et commode pour les religieux; pour descendre du dortoir en bas, il y a un escalier à deux rampes, très beau et d’une entreprise hardie ».

L’escalier a été fait sous le prieur D. Gilbert Mangenet, qui paraît en 1705. A D. Gilles Didon, prieur en 1711, revient l'honneur de la boiserie du réfectoire, qui est « très belle et donne beaucoup d’agréments à ce lieu ». Plus tard, en 1723, on rencontre le prieur D. François Chazal, originaire de Magnac, en Auvergne, qui a écrit l’histoire de l’abbaye et y mourut en 1730. On éprouva le besoin de refaire un bâtiment pour les malades et pour les hôtes, et l’on choisit un emplacement au couchant vers le bourg. La première pierre fut posée, au carême de 1724, par le visiteur D. Mathieu Hue, et, après une interruption, le bâtiment fut terminé en 1728. L’édifice, qui mesure 105 pieds de long sur 24 de large , a trois étages avec une galerie de communication. Le rez-de-chaussée renfermait « une apoticairerie et des chambres pour les officiers et le portier » ; le premier étage, cinq chambres pour les étrangers, et le second étage, cinq chambres avec une chapelle pour les malades.

Nous avons négligé de faire remarquer que Pontlevoy avait changé d’abbé. A la mort de l'évêque de Blois en 1719, le roi nomma abbé de Pontlevoy Jean-François Lefèvre de Caumartin, évêque de Vannes. Les idées jansénistes trouvèrent à l’abbaye un terrain favorable, et l’historien D. Chazal ne fut pas le dernier à se constituer leur défenseur avec une résolution absolue. A cette époque, le trésor de l’abbaye renfermait deux mitres, une de simple damas blanc avec bordure de soie, selon le cérémonial propre aux abbés, et l’autre « de belle et ancienne broderie », dont l’usure du bonnet indiquait le service. D. Chazal incline à croire que l’abbé Guillaume de Plainvilliers, qui fut chapelain du pape, aurait obtenu de Nicolas IV l'autorisation de porter la mitre. Il y avait aussi une crosse de vermeil et une crosse

Martyrologe de Pontlevoy, Naissance dyi Sauveur. Manuscrit de la bibliothèque de Blois.

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d’argent. La comniende ayant rendu celle-ci inutile et la croix processionnale ayant besoin d’être refaite en 1727, on vendit la crosse d’argent qui pesait 14 marcs, et on fit faire une belle croix qui revenait à 1100 livres. Il faut ajouter qu’en l’année 1724 on fit exécuter, au prix de 884 livres, « un drap mortuaire avec deux belles chappes de velours ciselé » pour les défunts.

Dans cette esquisse de l’histoire de Pontlevoy, nous avons omis à dessein le côté littéraire. Nous le présenterons à part, de manière à lui

restituer son caractère d’ensemble, toujours plus intéressant pour le regard de l'observateur.

Avec la colonie bénédictine. en 1035, s’installait à Pontlevoy l'école inséparable de tout couvent. A son ombre et grâce à des maîtres expérimentés, les lettres et les sciences fleurirent rapidement. Les auteurs profanes y vivaient en parfaite intelligence avec les écrivains ecclésiastiques. Sur un manuscrit de la première moitié du xmc siècle, renfermant une version latine des Homélies d’Origène et conservé à la Bibliothèque nationale, on relève en vers latins une curieuse mention : « Cet objet précieux, est-il dit, que nous préférons à l’or même, ce fruit d’un long travail, est l’œuvre de Hugues seul, appelé Elémon par suite de ses fonctions d’aumônier ( Eleemosyna rius ), il en a fait don à la maison. » Et le volume, prenant à son tour la parole, ajoute : « J’appartiens aux moines de Pont-Levoy où la Vierge mère est particulièrement honorée dans une église digne d’elle. Je ne périrai point : et je serai lu et relu toujours dans ce monastère que gouverne l’illustre abbé Eoucber. » Ce dernier dirigea l’abbaye pontilévienne de 1130 à 1141.

On devine par là quel culte les religieux de Pontlevoy nourrissaient pour leur bibliothèque, quelle assiduité pour leur scriptorium et quel zèle pour l étude. A la même époque se rattache, entre autres manuscrits sur velin, le martyrologe rehaussé çà et là d’initiales ornées et d’une miniature de la Nativité au début; il est suivi d’un recueil

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Règle de saint Benoit, prologue, avec A initiale de Asc ul ta (bibliothèque de Blois).

DU CHAS T E L AU M0UST1ER

d’homélies des saints Pères, de la règle de saint Benoît et du nécrologe du couvent. Cet intéressant volume, d’une agréable simplicité, donné à la bibliothèque de Blois par M. de la Saussaye, est l’œuvre d’Arnould, prieur de l’abbaye, auquel on voit le titre de « prieur de Saint-Thomas d’Amboise », religieux spécialement versé dans la science du comput et de la chronologie. On lui doit aussi un recueil d’oraisons qui n’a pas été retrouvé. Sa mort, arrivée le 9 février, fut un deuil pour le couvent. Du moins, l’obituaire nous a conservé, d’une façon assez précise, le souvenir des bienfaiteurs. Outre Gelduin, le fondateur, au 1 I septembre , on y remarque les comtes et comtesses tle Blois et, parmi celles-ci, Adèle d’Angleterre , tille de Guillaume le Conquérant et femme du comte Etienne, l’un des chefs de la première croisade ; ainsi que les membres de la famille d’Amboise, intimement liés à l'histoire de Chaumont.

Au nombre des livres chers aux moines pontiléviens, dès le xme siècle figurait une Histoire générale en quatre-vingts chapitres, qui allait « depuis la création du monde jusqu’au commencement du règne de saint Louis » ; cette circonstance nous fixe sur l’époque de son exécution. Du reste, ces livres de blanc parchemin, bien enveloppés dans une robuste couverture de bois et de peau, constituaient, après le culte divin, le trésor préféré du monastère, et l’on s’empressait de le mettre à l’abri de la spoliation. Au cours de la guerre de Cent ans, les moines les cachèrent « dans la maison d’un meunier », et un inventaire de 1390 nous apprend qu’il n’y avait pas moins de quatre-vingt-douze volumes, en particulier d’ouvrages d’Ecriture sainte, de Pères de l’Eglise et de traités de droit canonique, d’ordinaire en parchemin et « couverts en bois ». Par malheur, on ne possède pas l’inventaire que

Tombeau de Ronsard à Saint- Cosme.

Dessin de Gaignières.

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le chroniqueur promet d’insérer aux a psaumes » ou annexes, non plus que celui des vases sacrés et des ornements. Seulement il nous fait remarquer que « l'argenterie fut vendue au temps de Philippe Huraut, abbé ».

Les arts vivaient en parfaite harmonie avec les vieux codex, et, à la même époque, on salue notamment « deux ymaiges d’argent », l’une , d'un saint abbé, sans doute saint Benoît, et l’autre, de Guillaume de Pontlevoy. Ce dernier jouissait d’une haute considération, et

le roi Philippe en fit son conseiller. Il enseigna à Paris le droit civil et canonique et fut chanoine de Rouen. Son anniversaire se célébrait le cinquième jour de septembre.

Chaque époque apporta de nouveaux joyaux à la « librairye,»

et, un demi-siècle plus tard, elle conservait « cent treize volumes ».

En effet, un inventaire de 1440 nous informe que l’on porta à Montrichard les livres au nombre de cent treize ; on les rapporta au couvent à l’exception de sept bréviaires. Au xve siècle, — - qui fut l’âge d’or de la calligraphie comme pour réaliser les plus belles productions de cet art à l’heure où il allait disparaître devant l'imprimerie, sa rivale bientôt triomphante, — l’abbé François de Brilhac commanda un beau livre dont le mérite l’encourageait à « faire appel à la miséricorde divine ». Néanmoins la typographie ne supplanta pas du premier coup son aînée à l’intérieur des couvents, et, au milieu du xvi° siècle, le prieur Foucher fit écrire « à ses despens un psaultier », qui se conservait dans la bibliothèque.

Au temps où nous sommes arrivés, la lyre redisait des chants d’une grâce exquise sous les doigts d’un enfant du Blésois, Pierre Ronsard, né à la Poissonnière en 1524. Avec une géniale hardiesse, il retrempa la poésie française aux sources vives de l’antiquité, et ses œuvres sont un monument d’une éclatante beauté. Une partie de ses poèmes est consacrée à célébrer les qualités d’une parente des seigneurs de Chaumont, de la gracieuse Cassandre Salviati; et, entre les Mécènes de son

Fragments du tombeau de Ronsard, (inscriptions sur marbre au musée de Blois).

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siècle, il n’a pas omis de consacrer les mérites de la puissante famille des Hurault de Cheverny. On sait que le grand poète rendit le dernier soupir dans son prieuré de Saint-Cosme, près de Tours, en 1585, au milieu des charmes de celle nature qui l’avait si heureusement inspiré. Son successeur, La Cliétardie, lui fit ériger dans l’église un mausolée dû au ciseau « d’un sculpteur de Paris ». selon le témoignage d’un auteur ancien. Le musée de Blois a la bonne fortune de posséder des fragments de cette tombe chère aux amis des lettres et des arts.

A l’abbaye de Pontlevoy, souche surabondante de sève, poussa un double rejeton, chargé d’une opulente richesse de fleurs et de fruits. L’école des novices était contemporaine des belles années du monastère, et elle ne tarda pas d’avoir près d’elle une « eseole » pour les séculiers, qu’on y plaçait dès leur bas âge. Les vieux actes conventuels gardent le souvenir du « précepteur » chargé de faire étudier « les enfants et les novices ».

L’arrivée des bénédictins, dits de Saint-Maur, qui contribuèrent si puissamment à la rénovation des études en France, donna un nouvel essor au travail. Ils ne faisaient d’ailleurs que suivre les antiques traditions bénédictines, dont chaque maison était un foyer d’expansion des lettres et des sciences au profit de la jeunesse des diverses classes de la société. Dès l’année 1644, de l’avis du pieux et docte Bérulle et avec l’appui du savant supérieur dom Tarisse, auteur des programmes d’études adoptés par la congrégation, le prieur dom Antoine Lefort installa un collège dans ce « lieu favorable au repos de l’esprit et à la culture des lettres ». Les classes de philosophie et de rhétorique couronnèrent bientôt le cycle scolaire. Le premier directeur fut D. Robert Godebis. Le professeur ou régent de rhétorique, 1). Hugues Vaillant (1650), se distinguait par sa connaissance approfondie de l’antiquité aussi bien (pie de la littérature française; on lui doit un recueil latin de poèmes liturgiques, dits Fasti sacri, diverses hymnes, dont celles de l’office de saint Maur, et plusieurs tragédies classiques qui furent représentées à Pontlevoy en des solennités littéraires auxquelles nous reviendrons tout à l’heure.

Avant la fin du siècle le collège comptait plus de cinquante pensionnaires venus des provinces voisines et de divers points de la France; il n’est pas jusqu’à l’Angleterre, voire l’Amérique, qui n’envoyât des étudiants au renommé collège bénédictin. Les progrès dans les études étaient favorisés par le savoir du corps professoral et par la forte discipline qui présidait à la direction de la maison , non sans d’ailleurs que l’on vît, bien que rarement, l’évasion de tel élève « sorti en fripon ». Sous ce toit paternel, les fils des gentilshommes se ren-

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contraient avec ceux des bourgeois, des magistrats, des officiers du roi et des commerçants. C’était un milieu excellent dans lequel on puisait la pensée et la pratique des sentiments et des habitudes de solidarité el de fraternité, alors plus répandues qu’on ne le croit dans les différentes classes, surtout à partir du xvne siècle.

Au collège, on travaillait beaucoup et l’on se reposait modérément. C’est d’ordinaire à la fête de saint Michel que la période des vacances s’ouvrait pour se prolonger pendant environ trois semaines. La distribution des récompenses était assez souvent accompagnée de représentations dramatiques qui constituaient à la fois un divertissement, un repos et un enseignement. Nous n’avons à cet égard qu’à écouter le bénédictin qui écrivit , un peu plus tard , l’histoire de l’abbaye. « En 1648, ditil, il y eut une tragédie, ce qu’on a continué de faire tous les trois ans. Les supérieurs ont fixé la représentation de ces tragédies à l’année où se tient le chapitre général. afin que, sans doute, nos supérieurs soient témoins oculaires des peines et des soins qu’on se donne pour bien élever la jeunesse et la bien former dans l’exercice de la déclamation, aussi bien que dans le reste qui peut contribuer à rendre un jeune homme savant. On choisit ordinairement le temps des tragédies pour la distribution des prix, qui se fait immédiatement après la pièce comique, au son des instruments, après une petite harangue latine composée par le R. P. préfet des études, et déclamée par un écolier. »

Les prêtres séculiers, aussi bien que les religieux, étaient d’ailleurs admis à suivre les cours du collège, et, en 1669, parmi les lauréats figure « frère Laurent Wolf, bénédictin anglais », qui remporta dans sa classe le premier prix de grec. Cette année, la lecture du palmarès fut précédée « d’une déclamation en laquelle on représentait Sédécias, auquel Nabuchodonosor fit arracher les yeux ».

Les drames, après avoir été tout d’abord la reproduction des scènes de f antiquité biblique ou classique, revêtirent parfois un caractère d’actualité plus ou moins politique. C’était l’époque où Louis XIA décrétait ses mesures d’unité religieuse en vue de l’unité nationale et

Château d'Ussé en Touraine, propriété de Gelduin au xie siècle.

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oïl l’illustre Blésois Denis Papin, réfugié en Allemagne, fit les premières expériences de sa machine à vapeur, qui ne devait connaître son développement que longtemps après. A Pontlevoy, vers la fin de l’année scolaire, on joua une pièce tragique, avec des entr’actes comiques ou satiriques, ainsi qu’un opéra dont le sujet était la glorification de la conduite politique de Louis XIV. « Le 26 d’août 1688 , raconte la chronique du couvent, le R. P. doin Joseph Rosset, régent de rhétorique, fit représenter une tragédie intitulée : La destruction de l’hérésie de Calvin par Louis le grand , avec de belles anagrammes sur le nom du roi, qui renchérit au sujet; il s’y trouva un concours de monde prodigieux et du plus beau monde. Il y eut aussi un opéra en musique, chanté par les plus belles voix des églises de Saint-Gatien et de Saint-Martin de Tours. Les vers français qui avaient été composés par M. de La Rarre, frère de dom François Blondin (directeur du collège), avaient été mis en musique par le maistre de psallette de Saint-Gatien, qui s’y trouva avec les enfants de chœur. Les acteurs, au nombre de quarante , firent ce que les comédiens les plus versés auraient pu faire. Il y eut des entr’actes intitulés : Les Miracles de Calvin, composés par le R. P. Coupy, régent de cinquième, et qui furent fort goûtés. »

La maison était en pleine prospérité. L’accroissement, du nombre des élèves fit construire un nouveau bâtiment dont la première pierre fut posée en 1684. En ce temps, le collège n’avait pas encore de salle d’exercices on de théâtre, qui ne fut créé qu’au siècle suivant, et l'on jouait d’ordinaire sous une tente dressée dans la vaste cour qui a si grand air. « Le 6 juillet 1690, dom Jacques Lelièvre, régent de rhétorique, fit jouer une tragédie intitulée : L’Education de la noblesse. On avait préparé le théâtre dans la cour, mais on fut obligé de le changer et de le transporter dans le réfectoire, parce que, la tragédie étant commencée, une pluie survint qui obligea de se mettre à l’abri. Les acteurs se surpassèrent. On distribua aussi de très beaux prix; on les estimait à plus de quarante écus. »

A deux ans de là, le 20 juillet, on joua également dans le réfectoire une tragédie, due au régent de troisième et qui avait pour sujet Bajazet détrôné. La représentation dura une heure et se lit en présence de l’abbé commendataire , Antoine Girard de Labournat, « avec un grand concours des personnes des villes voisines » ; elle fut accompagnée « d’une distribution de prix magnifiques, aux dépens de la maison, quoique l’abbé, dit l’auteur du mémorial, dût, ce semble, faire cette petite dépense ». Une soutenance de thèses de philosophie eut lieu le lendemain, et parmi les répondants paraît Prosper Jolliot de

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Grébillon, qui devait plus tard faire très bonne figure parmi les tragédiens de son temps.

Au xvme siècle, le collège comprenait toutes les classes, de la philosophie à la sixième et, outre les directeur et sous-directeur, possédait un « préfet des classes » et un « préfet des mœurs » ou censeur. Avec les sciences et les lettres, on enseignait les arts d’agrément, le dessin, la musique, l’escrime, la danse; bien entendu, ce dernier art étai

professé par un laïque, et l’un des plus connus fut Binet, qui faisait exécuter de « jolis ballets » de sa composition.

La vogue continuait à favoriser les représentations théâtrales. En 1708, le régent de rhétorique, dom Charles Catignon, fit une tragédie intitulée : Joseph reconnu

jouer l’année suivante, mais les désastres de la saison et surtout de la guerre firent remettre la pièce. D’ailleurs, les professeurs 11e bornaient pas leurs exercices au genre dramatique, et le genre lyrique leur fournit plus d’une fois 1’ occasion de composer d’excellents morceaux. Un bon poète latin, le P. Mopinot, régent de rhétorique, exécuta « deux grandes odes, l’une en l’honneur de l’Enfant Jésus, que l’on chante dans la congrégation des pensionnaires, l’autre à la gloire de la sainte Vierge dans son Assomption ». Quant aux « déclamations » solennelles, destinées « à former la jeunesse aux actions publiques », elles étaient organisées par chaque régent « au premier de l’an, à la fête du supérieur, à l’arrivée du R. P. visiteur et aux deux solennités du saint Enfant Jésus, comme aussi au passage des personnes de considération ».

La rhétorique eut comme professeur dom Altin Paris, d’une rare éloquence. En 1723, il donna sa tragédie Adraste et Atys on Les amis fidèles et malheureux, ainsi qu’une comédie intitulée : Les Fêtes saturnales ou Les Esclaves ; il y eut une double représentation en présence de MfD’ de Caumartin , évêque de Blois et membre de l’Acadé-

par ses frères. On devait la

Château de la Coutancière, en Anjou, où périt Louis de Clermont d’Amboise, sgr de Bussy. (Dessin de Gaignières.j

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mie française, et du docte Denis de Sainte-Marthe, supérieur général de la congrégation de Saint-Maur, qui dans sa jeunesse avait étudié à Pontlevoy . En 1729, le même professeur fit jouer la tragédie Lysimaque et la pièce comique Le monde démasqué . A cette époque , le collège renfermait cent soixante écoliers.

Entre tous les directeurs, dom Léonard Ducroc, ami des livres et des arts, déploya une particulière activité. Non content d’acquérir nombre d’ouvrages pour la bibliothèque, en 1739 il « fil faire le théâtre, acheta les tapisseries, les quatre lustres et le rideau; il fit aussi faire les habits, ou costumes à la française, qui servent aux pièces », et la dépense s’éleva à 4000 livres. Cette scène brillante servit à des représentations très recherchées. En 1763, D. Pierre Eavole, professeur de rhétorique, fit jouer la tragédie : Iphigénie en Tauride; « elle fut si bien jouée et les danses furent si analogues au sujet, que tous les spectateurs en furent extrêmement contents. »

Nous n’entrerons pas ici dans les détails du fonctionnement de la maison , du régime des études et des diverses circonstances de la vie scolaire; mais nous devons dire quelques mots des professeurs éminents et des élèves distingués que l’établissement a le droit d’inscrire sur son livre d’or. A côté du directeur Alexis Bréard, venu de Tiron, se place le premier professeur de rhétorique, D. Hugues, à la muse élégante, source de tragédies et de pièces diverses, et D. Vaillant; tous deux présidèrent aux origines du collège. On salue, à la fin du xvne siècle, le régent de rhétorique D. Rousseau, auquel on doit une oraison funèbre de Mmc Polixène de Vibraye, ainsi que plusieurs tragédies et comédies destinées au théâtre pontilévien. Claude Etiennot fut professeur et directeur, et devint l’un des bénédictins les plus remarquables par son érudition et par ses travaux.

Au xvuf siècle, on vit briller le laborieux prieur D. Fr. Chazal, auteur de Y Histoire de Pont-Levoy, dont la plume avait déjà retracé celle de Sain/ -Benoit -sur-ivoire ; il professa la rhétorique ainsi que D. Altin Paris, lettré et professeur d’une rare élévation d’esprit. On remarque ensuite D. Clémencet, qui composa le célèbre ouvrage Y Art de vérifier les dates, bien augmenté depuis, et qui eut pour successeur D. Charles Taillandier, autre érudit consciencieux; D. Gérou, auteur d’une Bibliothèque des auteurs d'Orléans , sa ville natale; D. Charles du Pont, appelé comme préfet des études en 1723 afin de donner au collège une nouvelle impulsion, et qui « fit en peu de temps changer la face par son zèle et ses talents ». Enfin, le Canadien D. Catignon sut donner à son cours de rhétorique la saveur littéraire d’un esprit primesautier et aux saillies amusantes; il composa nombre de

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pièces, qui n’ont pas été imprimées « parce qu’elles étaient un peu trop satyriques ». Quant à D. Boudet, qui professa la philosophie avant de diriger les humanités au collège de Saint- Jean -d’Angély, il commença sur le Poitou et l’Aquitaine des recherches historiques qui furent interrompues par sa mort prématurée.

Le collège traversa une crise par suite des agissements du collège de Blois, dirigé par les Jésuites; mais il en triompha avec l’appui de personnages influents, en particulier de l’évêque de Blois, du cardinal de Fleury et du marquis d’Hervault, ancien contrôleur général. B était réservé à Louis AVI de donner un nouvel essor à Pontlevoy en le transformant en Ecole militaire. Les douze collèges de boursiers, désignés sous ce nom, recevaient les jeunes gentilshommes pauvres qui y trouvaient le moyen de se préparer utilement à la carrière des armes. Les lettres, les sciences, les arts et l’escrime constituaient le programme d’études des futurs officiers, dits « cadets gentilshommes », lequel avait pour couronnement une éducation tout particulièrement aristocratique. Les mathématiques y étaient enseignées avec soin, et l’on n’a pas perdu le souvenir des fortes leçons de Mandar, qui fut ingénieur en chef des ponts et chaussées.

Dans ce milieu si parfaitement aéré et dans cette maison si remarquablement disposée et aménagée, l’Ecole militaire connut des jours brillants et dépassa le nombre de deux cents pensionnaires. Les cours comprenaient « le latin, les mathématiques, la géographie, le blason, l’écriture, l’arithmétique, la musique, la peinture, la danse et l’escrime ». Les registres qui nous ont conservé le nom des élèves montrent qu’ils appartenaient à toutes les provinces de France. Ces souvenirs d’une culture distinguée ne sont pas le côté le moins attachant du sujet qui se déroule sous nos yeux.

Gaillon après la Révolution.

(Dessin de la Bibliothèque Nationale.)

Chaumont : l’église et le presbytère, vus du parc du château.

LA VIE PAROISSIALE

Festa. decoro.

Inscription d’une cloche de Chaumont.]

«sa e passé, sous ses divers aspects, se reflète dans les événements de peu d’importance avec non moins de vérité que dans les faits considérables, à l’instar du modeste fragment de miroir qui reproduit les objets non moins fidèlement que la glace de grande dimension. D’ailleurs, la vie de la nation non seulement embrasse le travail des classes élevées, mais encore s’alimente aux sources cachées dans les profondeurs du sol populaire. Au surplus, jadis plus encore qu’au jourd'lmi, l’influence du double foyer domestique et religieux, de la famille et de la religion, s’exercait de manière à réaliser, dans le travail et la paix, l’union harmonique des divers éléments de la vie sociale.

Aussi, noire tableau de Chaumont offrirait une lacune, si nous ne le complétions en ajoutant quelques traits relatifs aux manifestations de la vie paroissiale. Sans parler du rôle des seigneurs et dames de Chaumont, sur lesquels nous n’avons pas à revenir, nous relèverons

LA VIE PAROISSIALE

une série d’actes qui nous font connaître les habitudes, les mœurs et les coutumes des différentes classes, rapprochées comme à l’ombre du clocher.

Si nous prenons pour fil conducteur le registre des naissances, il nous introduit dans la première moitié du xvie siècle. Le 7 juillet 1546 avait lieu le baptême de Françoise, fille de me Jeliaii Perceval et de Jeanne, avec pour « parrain, noble homme me Louis, seigneur de La Court de Meusnier, marraines, noble femme Elizabeth, épousé de noble homme Louis de Regnard, seigneur temporel de Rilly, et noble dame Françoise de Chalevert, veuve de noble homme Claude de Sorbiers ». D’ailleurs, une glanée à travers les différents volumes nous permet de relever diverses indications. Le premier acte de baptême se rattache à 1527, et en 1553 on compte trente-deux naissances ; le registre parle des baptêmes « de la paroisse des ss. Nicolas et Martin de Chaumont ». Les actes de mariages de « l'église parochiale de sainct Nicolas de Chaultmont sur Loyre » commencent, le 1er janvier 1552, « soubz vénérable et discret maislre Laurens Lucas, prestre et curé du d. Chaultmont’. » A la même date, on rencontre « les noms de ceulx qui ont esté enterrés es eglizes et cimetières sainct Martin et sainct Nicolas de Chaulmont ». En l’année 1552 il y eut neuf décès, dont six à Saint-Nicolas et trois à Saint-Martin, où une sépulture se fit <» près la croix »; en 1553, il y eut cinq décès à Saint-Martin, que l’on voit parfois appeler « Saint-Martin lès Chaulmont ».

Le curé dont il s'agit était entré dans les ordres après veuvage, et on lui voit des enfants qui se marièrent à quelque temps de là, d’après l’acte suivant : « Le cinquiesme jour de may mil cinq cens cinquante et cinq, Nicolas et Simone, fille de monst!r maistre Laurens Lucas, Louis Jehan et Françoise Lucas, fille de maistre Laurens Lucas, curé de céans, furent espousez en l’église monsieur Sainct- Nicollas, par Monsr le curé d’Onzain. »

Les noms qui paraissent le plus souvent dans les actes sont ceux de Briays ou Rriais , Potier, Puzelat, Lenoir, Davagon, Ferrant, Delaleu, Liquoys, Thierry et Thoisnier. Quelques-uns sont suivis de la désignation patronymique : d’Angiers, de Nevers, de Berry, de Bruges. Çà et là, on rencontre des noms italiens : le 19 janvier 1552, Louis Ferra fut inhumé dans l'église de Saint- Nicolas ; le 4 juin 1553, eut lieu le mariage de Louise et Jeanne, filles de feu Nicolas Ferra ; et, en 1555, se fit la sépulture de Biaise Rinory.

1 Les rédacteurs des actes, à cette époque, traduisent Chaumont en latin par Calido Monte, Calvo Monte et Calvis Montibus, Calidis Montibus.

LA VIE PAROISSIALE

L’émotion causée par les luttes religieuses, en particulier sur les rives de la Loire, ne se fit guère sentir à Chaumont, et on n’en trouve la mention que dans une note liturgique : « Le 28 juillet 1562, supplément des cérémonies du bapteme (onctions avec l’huile et le sc chrême), pour éviter le scandale, à Marie, lille de Nicolas Puzelat, et de Jeanne Martineau, avant baptizée par Eugonots (. Eugonisto rum). » En cette même année, il y eut cinquante-quatre naissances, et la femme de M. Jacques d’Amboise fut marraine avec l’abbé René Briays ; ce Jacques d’Amboise eut une fille nommée Claude.

A cette époque, les prêtres qui rédigent les actes se plaisent à insérer des expressions grecques dans la teneur des actes latins; en particulier, le curé René Briays se distingue par son goût pour cette mosaïque littéraire l.

Les cérémonies baptismales sont l’occasion d’aimables fêtes de famille dans les différentes classes de la société. En 1569, on voit parrain Michel Gruais, gardien et gouverneur du château de Chaumont; la même année, le 15 août, eut lieu le baptême de Jeanne, fille du sieur Jehan Gilles et de Louise,

son épouse , tenue sur les fonts par « le sr Guillaume de Gerbay et Jeanne La Perier, épouse du sr du Plessis, et Isabel Gigault, fille du s1 de Bellefont » ; l’officiant était René Briays, «prêtre et recteur». Dans une autre circonstance , la solennité prenait le caractère d’une fête paroissiale. En 1572, « le dimanche 1er juin, fut bénite et consacrée à Dieu Renée, petite cloche suspendue dans l’église Saint -Nicolas,

Saint Nicolas, statue du xve siècle, jadis à l’ancienne église, dans l’église actuelle.

1 On lit : Travaytoç pour Toussaint; — /spoypauuEvo;, pour chirographe, soussigné; — ustoc ty|; OEOTToivvjç, avec la dame ; — us toc tou Ôsçjtcotou, avec le seigneur; — cpapua'/co7toÀ7|ç tou pactXso;, apothicaire du roi, — /tpoupyo;, chirurgien. Une autre fois le même ajoute des réflexions : pour distinguer deux individus de même nom, il écrit Guillaume Briays ætale et pudentia minoris. A propos de deux marraines, on voit les épithètes virc/ines castissirnæ.

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par René Briays, curé, en présence de Nicolas Belelot, prêtre, de Nicolas et Pierre Contains, Claude de la Plaine, Pasquerin Godeau, Renée, veuve de François Le Noir, Mathurine, femme de me Isaac Puzelat, et autres ».

En 1574, nous assistons au baptême de Guillaume, fils de mc Michel Gruais, sieur de la bosse, et de sa femme, Renée, dont le parrain est Guillaume Pontin, « théologien pie l’ordre de Saint- Augustin , de Bourgogne, aumônier à Chaumont ». Jacques Marsanne, dit « concierge royal » , ou « concierge de la cour du roi » , au château de Chaumont, remplit, à plusieurs reprises, les fonctions de parrain en 1576, ainsi que sa femme , Marguerite Joyeuse, Jocundn, en particulier avec « noble homme N. de Labit (?), sénéchal, seigneur de Buri , pharmacien du roi ». En 1588, Jacques Marsanne avait cessé d’occuper la charge de concierge du château.

Les relations faciles avec Blois, soit par eau soit par terre,

amenaient souvent les habitants de cette ville dans le joli bourg chaumontois. Plus d’un officier du présidial ou d’un avocat y remplit les fonctions de parrain au cours du xvi° siècle. Il en est de même des représentants de l'industrie et du commerce, alors si intimement unis aux choses d’art. Auprès des fonts, on salue, tour à tour, Pierre Galle,

« marchand à Blois, » parrain avec « madame du Plessis » (1575) ; François Le Noir, aussi « marchand à Blois » (1576); Nicolas de la Halle, apothicaire du roi et de la reine, en 1575 et 1583; René de Rigaud, secrétaire du roi, seigneur de Bellonsere (?) , en 1580; Michel Ganays, receveur des cens du roi, qui a un fils, Michel, en 1582, année où l’on compte quarante-six naissances; François Lenoir, chirurgien, « expert dans l’art d’opérer les bras, jambes et autres membres » (1589-1501); Pierre André, « chirurgien, secrétaire et

Tapisserie de la Rochefoucault-Barbezieux, dame delà Rochefoucault , puis de Maillé (dessin de Gaignières).

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postulateur de la Pragmatique, » et Denis, fils de Denis Breton, « géomètre » (1590).

Suivant les usages ecclésiastiques alors en vigueur, parfois un clerc était attaché à une église, avec promesse de future succession au bénéfice. En 1583, on voit parrain « m° Laurent Jehan, prêtre seulement ordonné », et, l’année suivante, on rencontre « Laurent Jehan, prêtre et recteur futur ».

Entre les noms qui méritent cte fixer l’attention, figure au premier rang celui du célèbre helléniste Tissart, dont on place le berceau à Amboise et qui brilla dans la seconde partie du xve siècle et le commencement du règne de Louis XII. Ce nom, qui se conserve dans la gentilhommière ornée de curieux restes de peintures de chevalerie, sur la paroisse de Négron, et appelée encore Ville-Tissard , apparaît dans les actes de Chaumont en la personne d’une parente. Le 13 novembre 1589, Jean, fils du seigneur Gabriel Dupuy,- conseiller du roi, et de Catherine Tissart, son épouse, fut présenté au baptême par Jean, fils du seigneur François de Regnard, chevalier de l'ordre du roi, et de Barbe Dominique, avec Judith Tissart pour marraine. Quelques jours après, le 24, se faisait le baptême de Françoise, fille de Nicolas Brossart, concierge du château, et de Marguerite, son épouse; le parrain était François de Regnard, chevalier de l’ordre du roi et seigneur de Rilly, avec Carola, fille du dit seigneur, et la marraine Catherine Tissart, épouse de Dupuy, conseiller du roi à Blois.

L’annéè suivante nous montre comme parrain Gabriel Dupuy, « conseiller royal au sénat de Blois, » et Nicolas Brossart, concierge du château, avec la femme de François de Regnard. Le 11 juillet 1591, Nicolas, fils de Nicolas Brossart et de Marguerite Joyeuse, sa femme, était présenté à 1 église par Travolin Pelletier, intendant de François de Regnard, chevalier du roi, par Jacques Debart, procureur fiscal de Chaumont, et par Elizabeth, fille du dit seigneur de Regnard. Il est à noter que, fréquemment, on voit les fonctions de parrain et de marraine remplies par Travolin Pelletier, « tenant la place de François de Regnard au château de Chaumont, » avec Elizabeth, fille de ce dernier. La même année, Jacques, fils de « feu Jacques Marsanne, jadis concierge du château », remplit également cette pieuse fonction.

La grande route de Paris à Rayonne, qui longeait la rive droite de la Loire, avait ses relais marqués de distance en distance ; tout naturellement des habitations groupées autour de ces étapes avaient formé des villages, et parfois ceux-ci conservaient le nom même du relais.

LA VIE PAROISSIALE

Celui qui se trouve en face de Chaumont, que l’on désignait dans les actes par le terme E quarias , garde encore la désignation d’Escures. La rupture de la levée du fleuve, à une date récente, troubla cette agglomération; mais jadis elle était prospère. Devant l’iiôtel pendait l’enseigne de YEcu de France. Les tenants de ces hôtels étaient parfois des gens à l’aise, et jouissaient d’une certaine notoriété à l’égal de la bourgeoisie. En 1584, le 12 mars, nous assistons au baptême de René, fds de Jehan Lecomte, dit Contain, et de Jeanne Pelletereau, son épouse ; les parrains étaient le curé Jean Briays et « très honoré Guillaume Pelletereau, grand père », avec Jeanne Pelletereau, femme de Nicolas Contain. L’année suivante, nous voyons parrain « Adrien, général de Bonaccors, seigneur de la Herpinière » (il s’agit du trésorier général); et aussi « honorable homme Guillaume Pelletereau, marchand et tenant de l’Hotel de l’Ecu de France à Escures [ad Equarias) 1 ».

Les « voituriers par eau » , comme on disait alors, s’employaient à faire servir la voie fluviatile à alimenter le commerce et l’industrie en même temps que les relations. A Chaumont, la profession de matelot était exercée par plusieurs familles, dans lesciuelles on se transmettait l’art de manier le gouvernail et de larguer la voile. En particulier, au xvie siècle, on rencontre dans la famille Lenoir : Gabriel, François, Jérôme et Pierre, qui est qualifié : « Nauta super Ligerim. »

A l’hiver de l’année 1599, la paroisse eut la douleur de perdre le pasteur qui, depuis longtemps, avait sa confiance. D’après l’acte : « La nuit du 8 au 9 janvier est décédé vénérable et discrète personne M. René Briays, curé de cette paroisse; il fut enterré le dix, en l’église de M1- Saint-Martin, » suivant son testament fait par-devant Mu Pierre Oudin, notaire. Le défunt avait fondé un anniversaire à célébrer le jour de sa mort, moyennant a 15 sols, fixés sur la maison et héritages qui lui appartiennent, assis à Saint-Martin ». La même année, dit une note, Pierre Blondeau « se noya en la rivière à l’endroict de la Borde ».

Au cours de ces âges de foi, les solennités jubilaires apportaient toujours avec elles un particulier intérêt et une suave émotion. En 1600, en conséquence de la bulle du pape Clément A I II et de l’ordon-

1 Suivant l’indication d’un géographe ancien, la diligence de Tours a deux places pour Blois : elle y arrive en un jour et demi ; il y a un chariot qui part le lundi à dix heures du matin, et va en trois jours de Blois à Choisi ou Chousi-sur-Loire, trois lieues; Ecures, deux lieues; Emeret, deux lieues; Amboise, trois lieues. Au sortir d’Amboise, en continuant toujours la route sur Fontarabie, on passe dans la forêt d’Amboise, pendant deux lieues, et à la sortie de ladite forêt on trouve: Bléré, deux lieues; Sublenne, deux lieues; Saint-Quentin, deux lieues; Corberie, une lieue trois quarts; Beaulieu, un demi-quart de lieue, et Loches, un demi-quart de lieue.

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