‹ Le Château de Chaumont dans l'histoire et les artsChapitre 35 sur 68 · MÉDAILLONS PAR N INI ( GALERIE DU CHÂTEAU DE CHAUMONT · texte numérisé non relu

MÉDAILLONS PAR N INI ( GALERIE DU CHÂTEAU DE CHAUMONT

Héliocj . L.Sch.utzeii'berger.Paxis

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nance du doyen du chapitre d’Orléans, on célébra le jubilé. Pour ce qui est de Chaumont, le curé, « assisté de ses vicaires paroissiaux, a faict la procession en l'église Mr Sainct-Nicolas et en celle de APSaincl- Martin lès Chaumont, portant les sainctes reliques, et chanté la messe du Saint-Esprit solempnellement, et faict retour de la dite procession à l’issue de la dite messe, du dit lieu cle Sainct-Martin en celle de Sainct- Nicolas, chantant les letanies au retour. » Suivant une note de la même année : « En ce mois de novembre, au commencement, est déceddé au couvent de Surgères, près la Rochelle, frère Gabriel Le Conte, fort bon relligieux de l’ordre mr S1- François de Paulle, mort de la contagion, et a esté dict ung service en ceste église pour son intention, le 17e jour du présent moys. »

Durant le xvnc siècle, nous continuons à relever, çà et là, des indications relatives à l’histoire locale. En 1601, le 1 1 mai, Nicolas, fils de René Marsanne et de Marguerite Jahan, fut tenu sur les fonts par honorable personne Sébastien Criquebois, « écuyer de la cuisine de la bouche du roy, » et par Nicolas Rrossart, « capitaine et concierge du cliasteau d’icelui Chaumont » ; le 15 juillet, Guillaume, fils de noble homme Claude Cassin et de Catherine de la Ilalle, était présenté par « noble homme Gilles Ribier, c" au bailliage de Rlois, et noble homme Jean de Regnard, sr de Rilly », avec la marraine Philippe Lenoir. L’année 1603 fut marquée par trente-cinq naissances. En 1605, on lit cette réflexion : « Nota que nous avons reçu de nostre saint Père Paul cinq pappe le grand pardon de Jubillé ou y a eu clameur. » Dans les actes d’inhumations, on voit des sépultures « devant » ou « soubs la galerie devant l’église M1- Sainct-Martin », ou « au cimetière devant l’église Mr Sainct-Martin »; la sépulture de Georges Pillaste eut lieu dans « l’église de Sainct-Nicolas ».

Parfois, les campagnes étaient terrorisées par les ravages de quelque animal atteint d’hydrophobie. En ces temps, qui n’avaient pas la bonne fortune de connaître les procédés d’inoculation inventés par Pasteur, on recourait tour à tour aux moyens empiriques ou aux pratiques plus entachées de superstition populaire que consacrées par l’Eglise. « Le 23 mai 1607, a esté enterré Nicolas Rillard, au cimetière de Mr S1- Martin, qui est mors de la rage par la morsure d’un loup enragé qui passa par les pons, le cinquième du dit moys au soir, ayant faict le voyage de la mer pour M1' s-Eustace de Cruice durant les temps XI fois, et c’est le 6e. » Le 30 mai suivant, on enterra un homme et une femme, « morts de la mesme malladie, en faisant le voyage Mr S1- Julien, et allant à Chartres, » et un autre, mort « au retour du voyage M1' S-Hubert, au lieu de Dammartin, six lieues au-

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dessus de Paris. » Le chroniqueur ajoute : « Il y a eu sept ou huit vers Amboise et Lussault, qui furent morduz du mesme loup. Le d. loup fut tué ung peu plus bas que le d. lieu de Lussault, d’un coup de baston. »

Le peuple, le regard fixé sur les cimes, a coutume de modeler ses habitudes sur l’exemple des personnages de marque. Au moyen âge, une ligne de démarcation l'empêchait de revêtir le costume des classes élevées; mais, du moins, rien ne lui interdisait de prendre les prénoms en faveur auprès des gentilshommes, et le prénom des seigneurs influait souvent sur le choix des paroissiens. Pendant la période plus reculée, on rencontre de temps à autre les noms de Sulpice; avec la présence des Italiens, les vocables d’outre -mont furent les bienvenus, ainsi qu’on peut s’en convaincre par les actes. « Le 10 septembre 1608, a esté baptisé Scipion, fils de René Foucher et de Jeanne Roucheux, » avec pour parrain etmarraine « noble homme Horace de Niery, gentilhomme Lucoys, et nohle femme César de Rorra », qui signent l’acte. Une note porte que « ce nom a esté changé en celuy de Philippe, en la confirmation par monsieur de Chartres ». Une observation nous apprend que « à la Toussaint 1609, il y eut publication d’un mandement de Mgr de Chartres, par lequel il est défendu de rien plus à l’advenir prendre plus de deux parrains », c’est-à-dire seulement un parrain et une marraine. Nous allions omettre de faire remarquer que les actes, qui étaient jadis libellés en latin, furent rédigés en français à partir de l’année 1596 pour ce qui concerne Chaumont.

En poursuivant notre chasse aux documents, nous continuons à relever les menus faits, lesquels font revivre sous nos yeux les divers aspects de la vie locale, avec la couleur qui leur est propre. En 1611, le 5 juillet, est marraine Marguerite Criquebois, femme de M. Claude Rruslé ; le 11 août, fut enterré à Saint-Nicolas René Baranger de Beaufort, « qui est mort pour estre tombé des galletas du château, à dix heures du soir ». On rencontre plusieurs membres de la famille Lecomte. Guillaume Lecomte, prêtre, « prieur de Chaumont, » fut parrain en 1614; et, avec la qualité de « prestre prieur de S‘-Martin », il est dit décédé le 27 juillet 1626. Sébastien Lecomte, procureur fiscal de Chaumont, a pour femme Marguerite d’Avignan, qui est marraine en 1614. La même année nous montre comme parrain François Lecomte, écuyer, sieur de Beauvais, « gentilhomme servant de Monsieur le prince de Condé, et commissaire des guerres ». Ajoutons qu’en 1618 eut lieu la sépulture de Sébastien Lecomte,

« régisseur du château ».

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A la fin de l’année 1017, pendant l’Avent, les cérémonies du Jubilé apportèrent un mouvement de nature à entretenir les sentiments religieux et à répondre aux aspirations du peuple pour les manifestations sensibles , dans lesquelles la dignité aussi bien que le pittoresque répondent aux instincts les plus élevés de l’âme humaine. Au nombre des exercices pieux, il y avait une procession, le samedi, aux églises et chapelle de Rilly, la Herpinière et Saint-Martin; on y porta « les saintes Reliques », et l’officiant célébra une messe du Saint-Esprit.

Auparavant, le 7 juil-

confrères , « est privé de

la parole »; et, le 22 avril, eut lieu le décès de François Jahan, curé de Chaumont, qui fut enterré le lendemain en l’église de Saint-Nicolas, « devant l’autel de Nostre-Dame ». « Le mercredi 28e juillet, environ huit heures du matin, tomba en la rivière de la roue du molin que tient à ferme la dame Renée Rcllay, au droict des bastis, Jean Bergeret. » Le 25 octobre, Denis Lenoir, recteur, fut enterré à Saint-Nicolas, « après le pillier de saint Laurent, du coslé du crucifix » ; il demeurait « aux fauxbourgs de Chaumont vers Amboise ».

Ce n’est pas toujours la mort naturelle qui mettait lin à la carrière des gens. Parfois, ils succombaient dans l’un de ces duels, alors très fréquents, que devait refréner la main puissante du cardinal de Richelieu, ou dans quelque rixe. Pour l’heure, c’est le dernier cas qui se présente, et il s’agit d’une sépulture ecclésiastique. « Le dimanche

let 1615 , était décédé à Rilly messire Adrien Suau, « chapelain de la chapelle du Plessis de Rilly, » qui fut inhumé en l’église du dit lieu. Une note nous informe que l’on ensevelit une femme, « morte sans pâtir la maladie » . En 1616, on ensevelit « une femme, décédée au molin de la Borde », et en 1618, on enterra Catherine de la Halle, épouse de noble homme Claude Cassin. En 1621, le 5 août, le curé de Mosnes, après un dîner avec ses

Fac-similé cle signatures se rapportant à Chaumont, d'après les registres paroissiaux.

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22 août 1627, Nicolas Ferrand fut tué de coups d’espee devant sa porte, sur les sept heures du soir, lequel fut inhumé le lendemain à l’église de Sl-Nicolas. »

Nous poursuivons notre glanée dans le champ des renseignements locaux. Ici, nous rencontrons Jacques Marsanne , marchand à Chaumont (1631) ; là, en 1634, les actes accusent vingt-huit naissances; ailleurs, il est question de feu Nicolas Morin, chevalier, seigneur de Basine, bailli gouverneur de Blois (1639). Il est à remarquer qu’au milieu du xvue siècle, nombre de personnes déclarent « ne savoir signer »; mais assurément ce n’est pas le fait de Valentin Sinot, « me chirurgien à la ville de Chaumont » (1639-1643), qui est dit « sieur de la Rivière », en 1658. De son côté, Jean Nouveau, notaire du bailliage de Chaumont, demeurant à Veuves, en 1648 acheta en cette dernière localité une maison avec cour et jardin, que lui cédait Pierre Nouveau, « marchand hotellier, dl au Haut-Chantier, ps0 de Limeray ». Ajoutons de suite que, treize ans plus tard, Jean Nouveau, « sergent de la justice de Chaumont, demeurant à Veuves, » acquérait encore en cette dernière paroisse deux boisselées de terre, dites le Clos- Rousseau , de Claudine Rousseau, veuve de Louis Chastelet.

En tête du registre de 1659, on lit : « C’est le pappier et registre des deffuncts trespassés de la paroisse de Chaumont, commencé le sizième jour de janvier 1659 par Georges Le Normand, docteur en théologie, pour lors curé du dit lieu. » Le Normand avait cessé d’administrer la paroisse l’année suivante. Par acte du 16 octobre 1660, René Vaudebert, prêtre, curé de Chaumont, reconnaissait « qu’encore qu’il ait pris possession du bénéfice de la cure du dit Chaumont, et par conséquent du presbytère » , cependant son prédécesseur, Georges Le Normand, « cy devant curé » et y logeant encore, est et demeure propriétaire « de tous les meubles généralement quelconques qui s’y trouvent », à l’exception « d’un petit coffre de bahut dans la chambre où il couche, avec quelques livres, ses habits et linge à son usage », et que de fait « ces meubles ne luy ont point été donnez par les habittans de Chaumont » , mais sont à son prédécesseur. Le présent acte est signé par Le Normand, d’une main tremblante, et par Vaudebert, d’une écriture assurée.

Le 24 mars 1662, Jean Ramauger, « très digne prestre, naguère curé d’Epigny (Epeigné), en Touraine, âgé de 45 ans et 28 jours, » fut enterré « devant son autel à Chaumont ». Un mariage, le 26 avril suivant, fut célébré par « frère Jean Fleury, religieux cordelier de la famille de Blois, desservant la cure de S-Nicolas de Chaumont depuis le décès du sieur curé d icelle église ». Le 16 juillet 1663, un acte est

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signé Veneau, « curé »>En 1666, on voit Florimond Maillard, m° chirurgien, demeurant à Candé, qui est dit chirurgien de Chaumont en 1697. Le 18 septembre de cette année, avait lieu la sépulture de Claude Brulé, procureur de Chaumont. Quant aux registres, ils sont visés par les archidiacres de Blois, et on y relève, en 1678, le nom de Bouillier; en 1682 et 1685, celui de Symon ; en 1693, « Berlier, vicaire général de Mo1' de Chartres ». A la fin du xvne siècle, ils portent l’entête et le paraphe de « François Mesnard, écuyer, sieur de la Potterie et autres lieux, cer et lieutenant particulier du bailliage et présidial de Blois » ; et, à partir de 1693, la formule initiale est imprimée.

Mais nous allions oublier certains détails caractéristiques. Le 29 décembre 1674, Jacques Boutault, marchand meunier à Chaumont, faisait à Charles Coffran, « marchant charpentier de moullin de bateau, » demeurant à Mers, la commande « d’une maison de moullin close et couverte de les pièces nécessaires, la clef en inain, de bois neuf ». Le dit charpentier devait rendre le tout à Chaumont avant la Pentecôte, et le meunier sera tenu de nourrir le maître et les ouvriers « pendant qu’ils monteront la dite maison »; le prix arrêté est de 278 livres payables en deux termes. Le 1er avril 1691, Claude Louet , garde des bois, faisait marché avec un voiturier par eau qui devait prendre dans la forêt et charger sur bateau cinq milliers de fagots dans l’espace de cinq semaines, pour la somme de 48 livres. En cours de voyage, les marchandises étaient parfois victimes d’avaries, et tel voiturier de Saumur s’entendait, en septembre 1691, avec Jean Delaunay, m8 tonnelier à Chaumont, pour que sur ses bateaux « il voie, visite et repare les tonneaux et banques d’eau-de-vie qui coulent sans cesse ».

Le 3 juillet 1692, par-devant le notaire Crochet, Henry de Lisle , receveur des aides de l’élection de Blois, consentait un bail, ou droit de débitant, à André Jariet, « marchand hostellier, tavernier et cabaretier ordinaire à Chaumont ». Par cet acte, dit « abonnement », dont la formule est imprimée, l’intéressé était autorisé à « vendre vin à pot et à assiette, soubs le mesme bouchon », durant un an, moyennant 59 livres payables de deux en deux mois au bureau général des aydes de Blois, non compris le droit annuel, qui se paie une fois par an ». Il est observé d’ailleurs que le dit n’aura pas la faculté de « vendre aucuns vins au détail aux autres hostelliers, taverniers et cabaretiers, en tirer ny faire tirer à pots, cruches, barils, bouteilles ou autres vaisseaux prohibés par ordonnance de Sa Majesté dans les caves d’aucuns particuliers, pour ie revendre dans son cabaret à peine de 300 livres de dommages et intérêts ».

On n’a pas oublié que Chaumont, outre l’église paroissiale, possé-

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dait une église prieurale à l’est du bourg, /Cn acte du milieu du xvii0 siècle nous renseigne sur la topographie de ce village. Il y est question d’un immeuble « au village de Sainct- Martin, au lieu appelé les Gaves, paioisse de Chaumont >> , et 1 on indique les joignants « vers sollaire » et « vers galerne », en particulier « vers amont, le chemin à aller de Sainct-Martin à la Gaulterye, et vers aval le ruisseau par lequel les eaux descendent de la Gaulterye au dict Sainct-Martin ».

Le prieuré de Saint-Martin de Chaumont, de l’ordre de Saint- Benoît, vint à vaquer parla mort de son titulaire Nicolas Sublet.

Le bénéfice fut donné à Jacques Perthuis, clerc tonsuré, demeurant sur la paroisse Saint-Florentin à Amboise. Ce dernier prit possession de son titre le 14 février 1653 par- devant notaire, qui en conserva le procèsverbal. Au rapport de celui-ci, le bénéficiaire « s’est transporté avant midi à l’église du dit Saint-Martin, oii , en entrant, il s’est aspergé d’eau bénite, puis s’est agenoullé devant le crosifix et devant le grand hostel, où il a faict ses prières , a baisé le sur icelluy, et après sonné les cloches, disant hautement qu’il fesoit cette cérémonie en temps que besoin est ou seroit, qu’il prend nouvelle pocession réelle et actuelle du prieuré de Saint-Martin en vertu des provisions obtenues de SS. Père le Pape le 11 avril dernier et de Mür Lévesque de Chartres». Puis il se transporta « en la maison du prieuré, auquel lieu il a ouvert les portes, entré et sorty de la dite maison et fermé icelle, disant haultement qu’il prenoit pocession réelle du dit prieuré, et ne s’est trouvé aucuns opposans ».

En 1691 , le fermier du prieuré de Saint-Martin « y demeurant » était Jean Ferrand. Trois ans plus tard, c’était François Guiet. A l’occasion de l’entrée en jouissance du nouveau fermier du « revenu temporel », le 11 février, le notaire dressa un état estimatif ou procèsverbal des bâtiments. Le portail d’entrée dans la cour avait ses deux grandes portes neuves; la cuisine a sa grosse table et son dressoir avec

Ancien prieuré de Saint-Martin, à l’est du bourg. Dessin de la Bibliothèque Nationale.

d. hostel, ouvert le messel estant

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son four, mais « aucuns vitres aux croisées » ; les deux écuries ont de bonnes portes; la chambre haute, au-dessus du pressoir, ne manque que de quelques carreaux et de quelques « lozanges » aux fenêtres, de même que dans une chambre au-dessus de la cuisine; en celle-ci, s’est trouvé « un grand portrait non encadré représentant un homme abillé de noir ». En bon état étaient la porte de la cuisine et « celle à entrer dans le degré » ou escalier, qui est à pans coupés.

On a de même un état du monument religieux. Pour « les tableaux qui estoient dans l’église, l’arcade du milieu de l’esglise où ils étoient posés s’étant rompue, ils ont été brisés par la rupture d’icelle arcade ». Les ornements comprenaient une chasuble de satin couleur aurore avec ses accessoires, une de camelot noir et ses accessoires, avec les voiles que l’on pose sur le calice.

Le fermier Guiet, qui était marchand, n’était pas sans réunir quelque pécule. A la suite d’une vente occasionnée par une succession, on le voit, le 26 avril, acheter tout un mobilier qu’il paie 627 livres en « louis d’or, d’argent et autres monnaies ». Sans parler des lits avec leur garniture courante et autres objets usuels, nous y relevons « un ciel de lit de serge verte garnie de frange de soie, un fauteuil et six chaises de pailles tournées (4 1.), deux tables, un buffet et un cabinet à clef (15 1.), des poeles, poêlons, une bassinoire et un bassin, un coquemar de cuivre rouge, des chenets et chandeliers de cuivre jaune, quatre boîtes « couvertes de cuir de porc-épic » et de petits clous (24 1.), une poissonnière et un friquet de cuivre; plusieurs douzaines de draps, de nappes et de serviettes, deux tapis de Bergame, et « une pièce de tapisserie en façon de haute lisse, et un bahut couvert de cuir de porc-épic de petites fleurs, pour cent sols »; enfin un tapis garni de franges à l’entour, un miroir, et cent livres de vaisselle d’étain. Assurément, parmi ces objets d’un usage ordinaire, aujourd’hui plus d’un trouverait acheteur chez le successeur de Jacques Charlan, « le marchand fripier de Blois, » qui ce jour-là fit l’expertise et signa la vente avec le notaire et l’acquéreur.

L’année 1694 s’ouvrait à peine, que la paroisse de Chaumont éprouvait des craintes au sujet de la conservation de son pasteur, chargé d’ans et de souffrances. Dans l’après-midi du premier janvier, Lrançois Veneau manda le notaire, et « gisant au lit, mais sain d’esprit et d’entendement », fit procédera la rédaction de son testament. Nous transcrivons textuellement ses intentions, lesquelles reflètent bien les habitudes de foi de ce temps et les suprêmes pensées du vieillard, qui ne veut pas « partir de ce monde sans ordonner de sa dernière volonté ».

« Premièrement il recommande son asme à Dieu , et que par le

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mérite de son Fils unique Nostre- Seigneur, qui a souffert la mort et passion en l’arbre de la Croix pour nous, il veuille luy pardonner ses fautes, et par l’intercession de la glorieuse Vierge Marie et de toutte la Cour céleste du paradis qu’il prie vouloir intercéder pour luy afin d’estre mis au rang des bienheureux.

« Plus ordonne son corps mort estre ensevely et mis dans un cercueil de bois de sapin, et inhumé dans le cimetière du dit Saint- Nicolas et devant la principalle porte et entrée d’icelle église. Au regard de son luminaire, le laisse à la discrétion de l’exécuteur du présent son testament cy après. Comme aussi ordonne qu’il luy sera fait quatre services à des jours différens, qu’il sera donné à plusieurs fois aux pauvres tant honteux que mandians de cette paroisse la somme de cent livres une fois payés, à la commodité de ses héritiers ou donataires, à prendre sur tous ses effetz, et particullièrement à Anne Milliers, sa niepce, qui en a nécessité et besoin.

« Et au regard du surplus de tous ses biens, meubles, meublans et autres, tant vifz que morts, les a présentement donnez et leguez à Anne, Catherine et Marie Yeneau, ses trois niepces, à la charge de norir, gouverner et alimenter Jeanne Yeneau sa sœur, tant saine que malade, et ce pour les bons, loyaux et agréables services qu’il a reçus d’icelles niepces tant en santé que dans touttes les maladies qu’il a eues, jusqu’à celle qu’il a présentement, à la charge de prier et faire prier Dieu pour luy. Comme aussi veult et entend que toutes les debtes qu’il a contractées soient payées préférablement à touttes chozes.

« Et pour exécuteur du présent testament a nommé et esleu la personne de M. François Yeneau, prestre recteur de Saint-Julien-de- Chedon, près Montrichard, qu'il prie très humblement vouloir accepter la dite charge, voulant que le dit sieur prieur incontinent après son décès demeure saisy de tous les dits meubles meublans et autres quelconques, jusque au parfait accomplissement du présent testament. »

Puis le notaire lut la pièce au malade, qui la signa d’une main défaillante, en présence des témoins Florimond Maillard, me chirurgien, Jean Sinet, marchand, et Gabriel Yangeon, qui apposèrent également leur signature.

Le 28 février de l’année 1694 était un dimanche. Ce jour-là, vers le midi, malgré la froidure de l’atmosphère, la place de l’église fut le théâtre d’une réunion assez mouvementée, dans laquelle les sentiments d’irritation finirent par se changer en des résolutions pacifiques et conciliantes, grâce à l'esprit de bonne harmonie qui soufflait au fond

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des cœurs. Les derniers chants de la messe paroissiale achevaient de s’éteindre sous les voûtes antiques, et par les issues de l’édifice le peuple sortait « en grande foule ». Cependant la cloche annonçait par son tintement spécial que devant l’église allait se tenir l’assemblée, « à la manière accoutumée, pour délibérer sur les affaires de la marelle. » Outre le notaire, l’huissier du roi et le chirurgien Florimond Maillard, on distinguait dans les rangs pressés les notables, dont plusieurs « marchands », un « maréchal de forge », un « tailleur d’habits », un « charron », un « voiturier par eau », et plusieurs « vignerons ». M. le curé, entouré de ses marguilliers, se trouvait là, et le procès-verbal constate qu’à « l’assemblée estoit aussi Mc Jean Veneau, prêtre curé de la paroisse ».

L’animation qui se fait jour dans les rangs tient à ce qu’une menace de procès est suspendue au-dessus des tètes, et il ne s’agit rien moins que de mettre aux prises le pasteur d’une part , et les ouailles de l’autre, précisément à propos de la maison presbytérale. Mais ne devançons pas les événements, et attendons l’exposé des moyens invoqués par les parties, au milieu du silence relatif qui règne dans les réunions en plein air. Le curé, le premier, remontra qu’il importait d’opérer « le rétablissement du presbitaire, qui est en très grande ruine et hors d’état d’habitation; les habitants ne peuvent se dispenser non seulement de lui donner logement, mais de lui rétablir le presbitaire pour estre à portée de l’église pour y faire le service divin et assister les habitants, lesquels sont tenus suivant la disposizion du droit canonique et civil ».

Du côté des habitants, on soutenait que « les réparations à faire ne provenaient que de la négligence du sieur Charles Veneau, cidevant curé et oncle du sieur curé actuel, à habiter le presbitaire et à faire les menues réparations », et que celte charge incombait « au résignataire du sieur Charles Veneau ». A quoi le curé répliquait qu’il n’était point résignataire de son oncle. Mais finalement, « par amour de paix et amitié, » on fit une transaction.

Le sieur curé, « désirant gratifier les habitans en bon pasteur, s’engagea à faire les réparations tant grosses que menues au presbvtaire et à le rendre agréable à sa commodité, sans néantmoins estre tenu de refaire que le plus nécessaire, qui est le corps de logis dans la disposition qu’il est, refaire la muraille, autrement la terrasse du costé de la rivière, et rétablir le puy, sans estre astreint l’ordre où il estoit cy devant, et le surplus demeurera à sa disposition de le rétablir ou laisser comme il est, et d’entretenir le tout de menues réparations pendant qu’il sera curé. » A cet effet, les habitants ont versé au

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sieur curé 400 livres, qui leur furent prêtés par M. Simon Jouslain, prêtre sacristain de l’église Notre-Dame-la-Riche , à Tours, et de cette façon on se tint quitte « et deschargé » de part et d’autre.

Pour ce qui est des registres paroissiaux, ils nous transmettent l’écho fidèle d'actes d’un caractère religieux. En 1700, figure comme parrain Henri de Lonnnor, « intendant de M. le duc de Beauvillier ». En 1719, le 7 mars, avait lieu le baptême de deux jumeaux illégitimes, mis au monde par Marthe Louet, fille d’un laboureur. Le 23 septembre, on fit la sépulture, « dans le cœur de l’église Saint-Nicolas, de Charles Veneau, ancien curé de cette paroisse depuis 1062 jusqu’en 1694, et depuis curé de Sambin et prieur de Chissé » ; l’acte est signé ce Veneau, curé de Chaumont ».

Le 21 août 1724, Georges Philippaux de Pontchartrain , seigneur d Ilerbault et autres lieux, conseiller au parlement de Paris, assistait à une cérémonie nuptiale. En 1729, on enterra dans l’église François Broissart, « laboureur, » âgé de 62 ans. Le 19 avril 1731, sur le registre on lit : « Vu par nous, doyen rural, dans le cours de la visite de cette église : Lorieux de PI. » Le 18 février 1734, se fit la sépulture de Claude Crochet, curé de Saint-Nicolas, âgé de 71 ans ou environ, « dans le cimetière auprès de la croix »; et, le 21 février, Chênetier, âgé de 46 ans, prit possession de la cure en présence de M. Lambert, notaire apostolique. Cette année-là, il est fait mention d'une permission donnée par Nicolas Giraudeau, « prêtre docteur de Sorbonne et curé du château de Blois ».

Au cours de l’année 1741, la paroisse fournit vingt-six naissances. A cette époque, on rencontre Jean Chiron, m° chirurgien; Christophe de la Mothe, receveur; Claude Rabier et Thomas Marly, gardes, et Jean Billette, jardinier de Chaumont; Félix Dufrayer, arpenteur, ou encore a géomètre », ou « géographe, demeurant au château de Chaumont »; Jean Brossard, tuillier à la Mote; Joseph Thoisnier, chirurgien, et Charles Thierry, marchand (1737-1750). Le 2 octobre 1747, fut inhumé « dans le cœur » Pierre Chenetier, curé, âgé de 63 ans et trois mois. Le 8 octobre, sur la nomination par Mffr François de Crussol , évêque de Blois, Claude Gastineau prit possession de la cure de Chaumont. Le titulaire était animé des dispositions les plus louables, et il confia au registre ses impressions en la note suivante : « Dieu veuille que ce soit pour sa gloire et le salut de mes nouveaux paroissiens et le mien, n’ayant point recherché cette cure, mais l’ayant acceptée par obéissance de mon évêcpie. » Au commencement de l’année suivante, le seigneur de Chaumont était à son château; le 8 janvier, on voit assister à un mariage « M. Maximilien Bruno de Vaugien , de

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celte paroisse, seigneur », qui mit au bas de l’acte sa signature : « Bertin ».

Cette circonstance nous amène à présenter quelques observations au sujet des noms propres. La langue écrite ou parlée est comme un miroir dans lequel se reflètent, avec une admirable fidélité, les idées, les mœurs, les croyances, les habitudes et les divers incidents de la vie populaire. A cet égard, l’étude des noms de personnes et de lieux esl une source précieuse d indications que l’historien a le devoir de ne pas négliger.

l)e nos jours, la facilité des communications et le cosmopolitisme des gens qui vont

chercher fortune et mariage à distance, enlèvent une partie de son intérêt à l’examen des noms de personnes dans une localité considérée en particulier. Autrefois, au contraire, la vie sédentaire des gens aussi bien que des familles, et les unions resserrées

Chaumont , le château et le 'bourg

d’ordinaire dans les Au premier plan, l’église et le presbytère actuels.

limites d’un rayon

peu étendu, donnaient aux noms de famille une fîxilé et une continuité qui permettaient d’v chercher des éléments d’information. C'est dans les registres paroissiaux de Chaumont que nous puiserons les renseignements sur ce point aussi bien que sur les autres.

Les noms se rapportent d’ordinaire aux qualités ou aux défauts du physique ou du moral, en un mot à l’entité de la personne*. D’autres fois, ils sont empruntés au territoire, au pays d’origine1 2. Ou bien, ils se rattachent à la profession des ancêtres3; à moins que ce

1 Garbrun, Brunet, Lenoir, Nera, Chatain , Jaunay, Roussel, Gentilhomme, Le Roy, Bonigalle, Bienvenu, Gallant, Joly, Ledoux, Beaudoux, Beaussier, Richard, Gaucher, Maloizeau, Manichere, Chenu, Héron, Bourdon, Guénault, Fagot, Boule, Bisson, Soudé, Ribaudeau, Fraumis et Fourmis, Boilard, Boulon, Bourdin, Corneau, Bégon , Velu! Guyfer, Airain, Lefer, Grospain, Paincliaux, Chauvereau, Rétif.

2 Tels : Villesavoye, de Nevers, Bienloin, Despagne, Marchois, Marchais, Rriais, Clernormand, Leblois, Berry.

3 Comme : Robin, Bailly, Prévôt, Saunier, Gantier, Meunier, Le Clerc, Tessier, Pelletier, Masson, Sellier, Charbonnier, Vigneron, Mercier, Roulion, Châtelain, Ferrand, Vigier, Pitancier, Verrier.

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ne soit à l’habitation1. Enfin, en maintes occurrences, ils rappelaient certaines circonstances de la vie, de la personne ou des relations2.

Naguère, l’intensité de la vie locale tenait au fonctionnement des petits métiers, au sujet desquels le chercheur s’attarde volontiers aux petits documents. Le 28 avril 1754, la jeune Marie Dangue, âgée de 17 ans, entrait en apprentissage chez une couturière. Le marché, passé devant notaire, comportait que la maîtresse s’engageait à « la nourrir, coucher, blanchir, éclairer et chauffer, lui enseigner le métier de couturière pour homme et pour femme en loyauté et conscience, pendant dix-huit mois qu’elle l’aura chez elle, et elle aura pour elle tous les soins qu’elle aurait pour ses propres enfants en l’instruisant et la contenant dans la religion catholique». Le prix du marché est de soixante-neuf livres, payables moitié en entrant et moitié dans neuf mois. Seulement la maîtresse laissera l’apprentie «aller quinze jours chez ses parents les aider aux ouvrages de la moisson ». A l’occasion, le seigneur de Chaumont se plaisait à venir en aide aux jeunes apprentis. En septembre 1761 , Charles Roze se proposant d’apprendre le métier de tisserand chez le patron Pierre Haraut, le châtelain Le Ray, « par bonté et considération », versa les cent vingt livres dues pour l’apprentissage de deux années , durant lesquelles l’intéressé sera « logé , nourri, éclairé, chauffé et blanchi » chez le maître tisserand.

Pendant que nous sommes aux menus faits, nous relaterons un accident en Loire. En mars 1759, un bateau chargé de 280 quintaux de foin à destination d’Orléans, et conduit par le marinier Pierre Dyot et ses gens, fut assailli par un vent violent en face de Chaumont, « vis à vis le lieu dit la Saule Mignon ». En dépit des efforts soutenus des bateliers durant toute une nuit, les vagues firent sombrer le bateau; le notaire fut requis pour en dresser procès-verbal, et c’est ainsi que « le fait divers » est arrivé à notre connaissance.

Le xviii0 siècle, crépuscule aux lueurs tour à tour irradiées d’or et

' Ainsi : Delaleu, Lafaye, Marais, Desouches, Deschamps, Dunoyer, Duchesne, Boyer, Dubois, Desbois, Despond, La Boissière, Perron, Perré, Chaumier, Desnoues, Rochon, Rocheron, Bassin, Portier, Beaussay et Boissay, Daunay, Delaunay, Bergeau, Riverain, Boulon d'Ecure, de la Plaine, Desplaces, Vaugien, Granger, Duval, Delafond, Cheneçay.

2 Bultet, Curion, Brenet, Tanvin, Gueritte, Angier, Bardon, Fouillon, Baume, Foucault, Piou, Aliau, Beané, Guignard, Becquet, Duroyer, Bourigault, Boutard, GaillioL, Turmeau, Puzelat, Broutier, Métais, Lellocq, Fouillou, Crochet , Retté, Rafin, Itéritte, Rangeard, Jouaneau, Bouet, Monnereau, Pasquier, Guilpain, Ribaudeau, Alard, Cauminiau, Souvent, Le Coffre, Métais, Laugier, Bouquet, Jasmin, Roze, Genêt, Millet, Joury, Jousselin, Rangard, Rabier, Viou, Bezault, Billette, Vernon, Lafond, Chene Say, Chamberlin, Curion, Marcadet, Boitard, Bremurs et Brisemur, Brisbar, Roulet, Joubert, Leferre, Foucault, Brossard, Louct, Proust, Clerissiau, Baudoin, Michau, Roulion, Bideron.

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empourprées de sang qui marque le soir de l’ancien régime, fut comme le rendez-vous d'idées généreuses et de lamentables défaillances, d’initiatives hardies et de résolutions criminelles, de foi humanitaire et patriotique, et de négations religieuses et philosophiques. Au demeurant, la licence des pensées et des moeurs, servie par une publicité grandissante, gagnait les diverses classes de la nation. Empressons-nous d’ajouter qu’à Chaumont, au presbytère comme au château, on demeurait fidèle aux sages traditions et aux saines coutumes, sans d’ailleurs connaître de parti pris à l’encontre des innovations raisonnables et utiles.

La paroisse chaumontoise , au milieu du xvin° siècle, était dirigée par un prêtre à l’aspect ouvert, aux habitudes dignes et au caractère juste et droit, qualités qui trouvaient leur couronnement dans le goût de l’ordre, dans le respect des lois et dans la pratique assidue des vertus domestiques et professionnelles. J’ai nommé Claude Gastineau, dont il a été question plus haut.

L’ahhé Gastineau portait sa méthode de régularité et d’irréprochable tenue dans la direction de sa paroisse, aussi bien dans le maniement des affaires temporelles que dans la gestion des intérêts spirituels. Il s’entourait de conseillers à son image, comme lui éclairés et prudents, et afin de les former à une excellente administration des deniers, des biens et des besoins de l’église et de la fabrique paroissiale, il prit soin de rédiger lui-même une sorte de manuel du parfait fabricier.

Ces instructions figurent en tête d’un « Registre pour servir aux marguilliers de l’église paroissiale de Chaumont-sur-Loire », pour l’année 1759, qui est conservé dans les archives de la fabrique. Elles ont pour titre : Instruction aux Marguilliers , et sont rédigées de la main du curé en une écriture ferme, claire et nettement ordonnée comme la pensée qui les a voulues et résumées. Leur teneur et leur rédaction suffiraient à nous fournir les éléments d’appréciation sur la personne de leur auteur. Nous les analyserons afin d’en extraire les renseignements de nature à nous éclairer sur la vie paroissiale à cette époque.

Avant tout, le Recueil est destiné au marguillier comptable en fonction, qui devra lire ou se faire lire le texte remis entre ses mains, car il ne saurait arguer d’ignorance dans la reddition des comptes, « étant responsable en son propre et privé nom et sur ses biens propres ». Le registre renferme trois parties : 1° Devoirs d’un marguillier;

2° Riens et revenus de l’église ; 3° Charges de ladite église.

Les biens des églises paroissiales sont régis par des marguilliers, fabriciers ou procureurs, c’est-à-dire tuteurs de l’église nommés pour

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un, deux ou trois ans, selon l’usage, dans une assemblée des habitants de la paroisse, à l’issue de l’office, après convocation par le curé et au son de la cloche. Les réunions ont lieu « au banc de la marelle », et le curé a voix prépondérante. L’élu est tenu d’accepter, à moins d’être exempt par privilège spécial; est éligible tout habitant ayant domicile en la paroisse , mais « on ne doit nommer à celle charge que gens :

1° de bonnes mœurs; 2° qui soient solvables,

3° qui soient actifs, vigilants , aimant l’église et tout ce qui la regarde. »

En somme , « un

marguillier doit être un homme pieux , très assidu aux offices de sa paroisse, édifiant dans toutes ses actions ; il doit s’approcher souvent des sacrements, surtout aux grandes fêtes de l’année ; il doit se souvenir qu’il a l’honneur de servir la maison de Dieu , qu’il

Porte d’entrée de la chapelle du château, OCClipe dans 1 église

ouvrant sur les appartements du rez-de-chaussée. une place distinguée,

que tous les fidèles ont

les yeux attachés sur lui; il doit donc se tenir dans son banc dans une grande modestie, prendre garde d’y causer ny d’y rire; il ne doit y souffrir personne, même le sonneur, qui a sa place marquée à la porte du chœur à côté de M. le curé ».

Les marguilliers ont le devoir de rendre exactement leur compte. « Les comptes peuvent être arrêtés par le curé et les principaux liabitans au banc de la marelle à l’issue de l’office, et représentés aux évêques dans la plus prochaine visite qu’ils font dans la paroisse. Les officiers de- justice et les principaux habitants doivent y être appelés. Les seigneurs des paroisses ont droit d’y assister, ainsi que le procureur du roy du ressort de la justice, d’après l’article 17 de 1 édit du

en état de répondre des deniers de l’église ;

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mois d’avril 1693. MM. les intendants de province prétendent avoir le droit de se faire représenter les comptes. »

Le marguillier en charge doit veiller à toucher et rapporter exactement les rentes et revenus de l’église, qui a hypothèque sur ses biens comme un mineur sur le bien de son tuteur, veiller à la bonne tenue des terres et vignes, sous peine de se voir privé de sa charge, et n’employer jamais l’argent de la fabrique qu’à l’usage de l’église. Aussi, écartant tout individu « turbulent, processif ou yvrogne », ne doit-on appeler à ce poste qu’un homme qui soit « doux et paisible, et cependant actif et vigilant, qui aime l’église, son entretien et sa décoration; qui ait de l’ordre dans ses affaires et aussi dans celles de l'église. » Sans l’autorisation de qui de droit, le marguillier ne peut accepter de fondation ni intenter de procès, ainsi d’ailleurs que les maires, échevins, syndics, jurats et consuls, suivant la déclaration royale du 2 février 1703.

« Quand les charges ordinaires de l’église sont acquittées, le surplus des revenus doit être employé à faire des réparations , entretenir et orner 1 église , ou à d’autres oeuvres de piété suivant l’avis du curé. 11 est deffendu aux marguilliers d’emprunter à intérêts ou à fonds perdus, fut-ce pour les affaires de l’église, réparation ou construction, même du consentement du curé et des habitants, sans lettres royales enregistrées au Parlement, sous peine par le marguillier de rembourser l’emprunt, suivant la déclaration royale du 18 février 1661.

Aussi bien, « par l’article 14 de l’édit royal du mois d’août 1749, il est deffendu à tous gens de main morte d’acquérir, recevoir ny posséder à l’avenir aucuns fonds de terre, maisons, droits, cens et rentes foncières ou non rachetables, même des rentes constituées sur des particuliers, si ce n’est après avoir obtenu du roi des lettres enregistrées au Parlement. D’après cet édit, il n’est pas permis à une église ayant de l’argent de le donner à des particuliers à rente constituée, mais elle peut le placer sur le clergé qui en fera la rente ; le plus sûr pour une église est de garder son argent et de l’employer en réparations, entretien, décorations, achats d’ornements, etc. »

La sacristie, pour conserver l’argent, renfermera un coffre-fort à deux clefs, dont l’une demeure aux mains du curé, et l’autre en celles du comptable. Il en sera de même du eolfre ou armoire contenant les titres et papiers, et qui sera dans le banc de la marelle. Aucune pièce ne doit en être retirée sans récépissé : c’est la garantie de conservation des titres et revenus. Et à ce sujet l’abbé Gastineau ajoute : « Lorsque je suis arrivé à Chaumont, je n'ai trouvé dans le eolfre ou trésor de l’église aucuns titres: un nommé Terriet, qui avait été marguillier, les

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avait tous tiré de l'église et les avait emporté chez lui à Candé où il demeuroit alors; j’eus toutes les peines du monde à les luy faire raporter; il a vendu ce qu’il a voulu. Faut-il être surpris si avec un si grand désordre il y a si peu de titres à la marelle. Il n’y avait point non plus de registre qui contint les dits titres, tout était dans un désordre affreux jusques aux registres des baptêmes, mariages et sépultures dont il y en a beaucoup de manque, mes prédécesseurs n’en ayant eu aucun soin. »

Les marguilliers et habitants ne doivent jamais souffrir que leur curé s’empare des biens de l’église sous prétexte de rétablir le bon ordre dans la marelle ou de faire des réparations ou augmentations, quand bien même il offrirait d’en rendre bon et fidèle compte. « Il arrive souvent de là que les biens de l’église se confondent avec ceux de la cure, ce qui, par la suite, peut occasionner de gros procès entre le curé et ses paroissiens; au lieu que, quand tout est bien distingué, comme il l’est à présent, il n’y a à craindre aucune discussion. » De même, un marguillier ne doit pas faire valoir un bien de l’église, pour prévenir tout détournement ou échange.

Au curé et aux marguilliers réunis il appartient exclusivement de changer de place un banc de l’église , sans qu’un particulier puisse se plaindre. Tout banc posé dans l’église devient la propriété de celle-ci, et le particulier en a l’usage sa vie durant, à moins qu’il n’ait fondé son banc à perpétuité ; il en est de même si celui-ci quitte la paroisse. De fait, « c’est un grand abus d’accorder des bancs à des personnes qui ne demeurent pas habituellement dans la paroisse; s’il y en avait beaucoup de celle nature, cela ferait un vide affreux dans l’église; on a bien voulu en accorder un à M. Héritte, par exception de la règle, mais on conseille d’accorder le moins possible de ces sortes de concessions toujours à charge à une église. » Au reste, en vue de pourvoir à la décoration, on pourrait refaire les bancs sur un type uniforme sans opposition des concessionnaires, qui recevront un nouveau banc. Il est d’ailleurs regrettable de voir de grands bancs payés si peu, et « il sera bon de les faire taxer par Mgr l’évêque lorsqu’il viendra faire sa visite ».

Le marguillier rendra fidèlement et complètement ses comptes et fera rentrer les dûs à la Toussaint, ou à la Saint-Martin au plus tard, et M. le curé en donnera avis à la grand’messe, le dimanche d’avant la Toussaint. Le comptable aura un petit livre pour écrire les recettes et dépenses, et un autre petit livre spécial au cirier, où celui-ci écrira la marchandise fournie et les sommes reçues. Faute de payera chaque livraison , il aura soin de payer tous les ans. Il ne portera point dans

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son compte « les dépenses de bouche pour les processions, non plus (pie pour la clochette qu’on porte devant les processions ; ces sortes de dépenses ne leur seront point allouées, M'6 les évêques ne voulant point les recevoir ».

<c Les marguilliers doivent assister à toutes les processions; ils marchent immédiatement après le seigneur, sa femme et ses enfants, et avant les officiers de justice, même avant le bailli, à moins qu’il ne soit licencié ès lois en droit civil; en ce cas, le bailli a le pas sur les marguilliers ; cet ordre s’observe dans toutes les cérémonies de l’Eglise, tant dans les offrandes (pie dans la distribution du pain bénit, qu’on doit donner par grignes :

1° aux prêtres, chapiers et enfans de chœur, lorsqu’ils sont en surpelis ; 2° au seigneur de la paroisse, sa femme et ses enfants; 3° aux

« Le pain bénit n’est point dû par grigne et avec distinction aux officiers de justice, si ce n’est au bailli s’il est gradué , et aux autres officiers que le jour du patron, encore lorsqu’ils sont dans le banc du seigneur où ils ont droit de se mettre en robe, car autrement on

peut les méconnaître, et ce seul jour de l’année, si le seigneur est absent ou qu’étant présent il veuille bien les y souffrir. C’est un abus de donner

Clochette aux emblèmes des évangélistes, jadis à l'ancienne église paroissiale.

des grignes, comme on fait ordinairement dans les campagnes, à des messieurs et dames étrangers qui se trouvent en passant dans 1 église, quand bien même ils seraient dans le banc du seigneur ; mais par reconnaissance et pour exciter le zèle de ceux qui chantent habituellement au lutrin et qui sont habitans de la paroisse et se rendent assidus aux offices, on peut leur donner à chacun une petite grigne.

« Le jour des Morts, de la Chandeleur, des Cendres, des Rameaux ou autre service de cérémonie, le bedeau, s’il a une robe et une baguette, va chercher les marguilliers à leur banc, les conduit en marchant devant eux à la table de communion, où le curé leur donne des cendres, un cierge, un rameau, ou à baiser la patène au service des morts; le bedeau les reconduit ensuite à leur banc; le curé commence par le marguiilier actuellement en charge. Le pain bénit doit être

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offert par les mères de famille et non par leurs filles, encore moins par leurs domestiques », sinon le prêtre pourra refuser de le bénir, à moins d’empêchement légitime dont on doit le prévenir; le bedeau, en robe, va chercher et reconduit celle qui présente le pain bénit.

(( Il devrait y avoir dans l’église un tableau où tous ceux qui doivent rendre le pain bénit seraient en écrit, afin de ne surcharger personne et que chacun le donne à son rang. Si quelqu’un refusait, le marguillier est en droit de le poursuivre en justice pour l’y obliger. Les filles qui ont leur ménage et sont comprises au rôle des tailles ne peuvent le refuser; lorsqu’il y a dans une même maison plusieurs ménages, chaque chef de ménage doit le pain bénit, » et ainsi en est-il d’une fille mariée chez ses parents, si elle paye la taille.

Au surplus , il convient d’avoir un double registre spécial pour les délibérations des assemblées des habitants au banc de la marelle , avec les adjudications, marchés, baux, etc. Pour obvier à une négligence regrettable dans la perception des rentes, on fera passer des hvpothèques à ceux qui possèdent les biens grevés de celles-ci, et l’on réalisera un titre nouveau quand on les aura découvertes. Les marguilliers sont chargés de faire la quête toutes les grandes fêtes après la postcommunion, conduits par le bedeau en robe et baguette, le premier en charge en avant, et le second ou honoraire après celui-ci. Le marguillier sorti de charge a droit de se placer dans l’église pendant les trois années de la régie de son prédécesseur, et ainsi successivement.

Telles sont les recommandations que nous trouvons dans le précieux Recueil qui fait encore partie des archives de la fabrique et qui nous a été gracieusement communiqué par M. le curé de Chaumont. Il serait difficile, croyons-nous, de trouver un tableau plus fidèle des mœurs et des usages à l’époque qui fixe notre attention.

Après avoir exposé l’organisation du culte, nous avons à parler de l’église elle-même. Elle était placée, on le sait, sous le vocable de saint Nicolas, qui vivait vers le milieu du iv° siècle. Il fut évêque de Myre, en Lycie, et ses mérites le firent choisir pour patron par les Russes, chez lesquels sa dévotion et son nom sont restés populaires.

L’église du moyen âge, située à l’est du château, sur le bord de la colline, comprenait une nef terminée par une abside romane, et elle subit des transformations au moment de la reconstruction du château. Son chevet devint polygonal à trois pans et fut augmenté, au sud, d’une chapelle latérale, qui se prolongea plus tard en une nef collatérale. Le maître-autel était orné d’un retable de style néo-grec. Sur la

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façade se profilait un clocher ajouré, dont la sonnerie jetait ses notes perlées aux échos de la vallée.

La sacristie, paraît-il, était étroite et, les jours de fête, avait peine à contenir l’officiant avec le diacre, le sous-diacre et les chapiers. Aussi, en 1759, le curé demanda que l’on en construisît une seconde « entre l’église et le presbitère, et faire l’entrée au-dessous du vitrail du sanctuaire qui est au nord » ; on y mettrait en des armoires les ornements qui sont mal conservés « dans un grand bahu avec le linge ». Or, pour cela, disait-il, il faudrait « refaire en entier le grand autel, l’appliquer contre le pignon du sanctuaire, ce qui agrandirait le sanctuaire et le rendrait plus décent ».

Les seigneurs n’avaient pas cessé de s’intéresser à 1 église . « Comme on voyait M. Bertin de Vaugien, conseiller à la grande Chambre du parlement de Paris et seigneur de Chaumont, très pieux et très zélé pour l’église, on le laissait faire ce qu’il voulait; ainsi il détruisit deux chapelles à côté du chœur, ce qui n’est jamais permis à un seigneur de paroisse » , l’évêque seul pouvant l’autoriser après enquête sur avis du curé, des marguilliers et habitants. On sait que son goût des changements le porta à démolir l’aile du château qui regardait la Loire. Le seigneur avait son banc « à queue » dans le chœur, mais il le fit refaire de façon à avancer dans le sanctuaire. Le curé, M. Chenetier, lui remontra que c’était un abus gênant et « indécent, d’autant plus que le banc est du côté du canon de la messe, et que le célébrant peut être distrait, en regardant sur le dit canon, par des objets le plus souvent des plus indécents qui se trouvent dans le dit banc ». Pour gagner la tolérance du curé, le seigneur promit de « refaire le grand autel et de l’appliquer au pignon de l'église vers amont, de faire une sacristie derrière le dit pignon, ce qui aurait mis le dit banc hors du sanctuaire ». En outre, il fit don d’un ornement superbe. Mais M. de Vaugien vendit son domaine à M. Le Ray avant d’effectuer ses promesses, et, en 1759, le banc seigneurial continuait d’occuper la place en question.

A la même époque, le clocher était en mauvais état, et il y avait urgence à « refaire en entier le derrière du clocher qui donne sur le faix de l’église », la charpente étant pourrie à cause de « l’ouverture où passe le fil d’archal servant à la sonnerie de l’horloge ». Un projet déclarait que l’on pourrait profiter de cette réfection pour placer le timbre à l’intérieur du clocher, et faire une cage pour l’horloge du côté nord. Ainsi posée dans la tour, « elle servirait de 3e cloche qu’on ferait sonner avec les deux autres ». On déplacerait du même coup la cage au-dessus des fonts, laquelle préjudicie au vitrail et ne tient plus,

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ainsi que l’escalier, « ce qui donnerait un grand dégagement au bas de l’église ».

En outre, quand on aura des fonds, il sera nécessaire de refaire le lambris de l’église et l’autel de la chapelle de la sainte Vierge, « qui n’est pas décent », de mettre un grand vitrail à côté de la chaire, refaire celle-ci et le banc de la marelle, continuer l’aile de la Vierge jusqu’au bas de 1 église , paver toute l’église et la reblanchir. Le curé, fait-on remarquer, « comme gros décimateur a l'entretien du chœur ou du sanctuaire, où il peut faire changement et décoration qui lui plaira »; de même, le reste de l’église, entretien et réparation, est à la charge des habitants, avec cette réserve que « le curé et les habitants sont tenus pour le tout, s’il s’agit de chute de tout ou partie de l’édifice ».

Si nous franchissons le seuil du temple, au milieu du xvme siècle, nous sommes assurés de faire parfaite connaissance avec tout ce qu’il renferme, grâce à un inventaire dressé en 1759 et que nous reproduisons fidèlement.

« Inventaire des effets mobiliers de l’église paroissiale de Chaumont :

« Argenture . — - Un cyboire d’argent doré par dedans; un calice d’argent dont la coupe et la patène sont dorés en dedans; un ostensoir ou soleil d’argent dont le croissant est doré; trois petits reliquaires d’argent représentant saint Nicollas, sainte Catherine et saint Maxime, ayant tous trois un piédestal de cuivre ; un petit vase d’argent pour l’huile des infirmes; deux autres petits vases d’argent pour les baptêmes; un petit ciboire d’argent doré par dedans pour le viatique aux malades; une lampe d’argent aché ; un encensoir d’argent aché ; un bénitier et son goupillon d’argent aché ; une croix de procession d’argent aché.

« Ornements. — - Parements d’autel : Au grand autel, un parement de tapisserie, un rouge, un violet, un blanc, et deux noirs dont un de velours; à l’autel de la Vierge : 2 paremens blancs et 2 noirs. — Chandeliers : 6 de bois argenté, 4 de cuivre à pied de biche, 3 de cuivre à pied rond, 4 de fer pour les morts et 2 petits de cuivre. Un bénitier de cuivre et son goupillon de même, un encensoir et sa navette de cuivre. — Chasubles et tuniques : une chasuble verte de drap d’or, argent et soie avec ses accessoires , et 2 tuniques de même; une chasuble de tapisserie et deux tuniques de même avec voile de bourse de damas : deux vertes de taffetas avec accessoires; une rouge de damas avec accessoires; une rouge de taffetas et accessoires; une blanche de même étoffe que le parement blanc du grand autel; une blanche de

I, A VIE PAROISSIALE

taffetas, une blanche de serge; une violette de camelot gauffré ; une violette de camelot uni ; une noire d’étamine ; une noire de camelot gauffré : toutes ces chasubles avec leurs accessoires, c’est-à-dire étole, manipule et bourse.

« Chapes : une dont les orfrois et chaperon sont en drap d’or, argent et soie et le fond de satin vert à fleurs; deux anciennes blanches dont les orfrois et le chaperon sont de tapisserie et le fond blanc de satin à fleurs; une petite de serge tirant sur le rouge à fleurs; 3 chapes noires neuves de camelot gaufré. — Autres ornements : un dais neuf de panne de soie rouge , garni de rubans d’or faux et de franges de même ; trois tabis de damas dont deux rouges qui servent, l’un à couvrir le grand autel , l’autre au petit pupitre où est le livre des Epîtres, et le troisième pour couvrir l’autel de la Vierge ; une robe de bedeau avec sa baguette et bonnet quaré; un petit dais de velours rouge avec frange de même pour porter le viatique aux malades; un voile ou écharpe de satin rouge et blanc pour porter le Saint-Sacrement le jour du sacre. — Livres : un missel de Blois, un missel de Paris, un graduel, un rituel, un antiphonier, trois petits livres pour l'office des morts, quatre processionnaux, un petit livre des Epîtres et Evangiles avec des réflexions, un petit livre pour les sacrements aux malades.

« Effets de bois : une croix de bois argenté sur le grand autel avec les chandeliers de même; une autre de bois doré aussi pour le grand autel; un gros tabernacle de bois peint, doré par endroit et argenté aussi par endroit, avec son gradin; un gros pupitre dans le chœur monté sur une armoire renfermant les litres et papiers de l’église, qu’on appelle le Trésor de l’église; un banc de marelle devant lequel est une armoire; une chaire à prêcher; deux confessionaux ; une armoire en long coffre ou bahu dans la chapelle delà Vierge, où l’on renferme le linge et autres effets de l’église; un gradin sur l’autel de la Vierge avec un crucifix de bois argenté, deux petites crédences à côté ; une table dans le sanctuaire servant de crédence ; un siège en long, couvert de panne rouge dans le sanctuaire pour le célébrant avec le diacre et sous-diacre, avec un petit tabouret aussi couvert de panne rouge ; un petit banc de bois dans le sanctuaire servant aux acolytes.

« Linges : il y a bien peu de linges surtout d’aubes, dont on manque absolument. 4 aubes à dentelle, dont une line de linon à grande dentelle, une de bap liste , une de toille de Laval et une de demi-mousseline, les trois premières appartenant à M. le curé (1759). Nappes d’autel, tant grandes que petites, tant bonnes que mauvaises. Lavabo,

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amicts, corporaux, pâlies, purificatoires, tavoiolles, nappes de communion. Il faut absolument faire faire des aubes. »

La décoration répondait de tout point à la noble simplicité de l’édifice. Au nombre des statues figuraient la Vierge, saint Nicolas et sainte Catherine; ces deux dernières statues, du xve siècle, sont conservées à l’église paroissiale. On y garde également une curieuse clochette en bronze du xvic siècle, rehaussée de feuillages ajourés ainsi que des symboles et du nom des évangélistes ; et aussi une élégante crédence dorée, de style Louis XV. L’église renfermait un

tendent que le banc de l’Herpinière ne doit rien, ce serait une discussion à avoir dans laquelle je ne conseille ni à curé ni à marguillier d’entrer, surtout vis-à-vis d’un seigneur qui fait du bien à l’église. » Saint- Nicolas, sur la cime du coteau et à l’ombre des arbres séculaires, empruntait un charme particulier à sa jolie sonnerie. Suivant une observation du xvmc siècle, « il y a trois cloches dans le clocher de Chaumont : la première, du côté des Mottes, pèse 305 livres, diamètre , 2 pieds et 7 lignes , n’est pas parfaitement d’accord avec la seconde, peut-être d’un demi ton en dessous. » En note on a ajouté : « Actuellement cassée et à refondre 1780. » — « La seconde pèse 349 livres : quand on l’a livrée aux fondeurs, elle pesait 300 livres moins 5 livres 3 quarterons 1/2, et lorsqu’ils l’ont rendue elle s’est trouvée peser 49 livres en plus, excédant qui leur a été payé su le pied

Crédence du xvme siècle, jadis à Saint-Nicolas, actuellement à l'église de Chaumont.

certain nombre de bancs.

D’après une note , celui de M. Leçon te de la Trétandière est le premier au-dessous de la chaire devant la balustrade du chœur. On voit aussi les bancs de trois tonneliers, d’un couvreur, d’un boucher, d’un marchand de bois, de M. Thoisnier, chirurgien, de M. Heritte de la Martinière : ces bancs doivent vingt sols de rente à la Toussaint. Le banc de l’Herpinière est occupé par les domestiques de M. Le Ray. A ce sujet, le curé écrit : « Les seigneurs de Chaumont pré-

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de 27 sols la livre de métail, diamètre 2 pieds moins 1 pouce. — La 3e pèse 292 livres, 2 pieds moins 2 pouces et d/2 de diamètre, d’un métail meilleur que les deux premières et paraît s’accorder avec la seconde. » Elle porte l’inscription :

Congrego clerum horasque dierum sono ,

Fugo demones et pestem, festa decoro.1 11

A l’occasion du décès du curé en 1782, la question des réparations réclamées par l’état de la terrasse du presbytère devint l’objet d’un différend entre les paroissiens et les héritiers du défunt. Les habitants intentèrent un procès à la sœur du curé et à sa nièce, Mlle Desert, de Blois, ce qui fut l’objet d’une longue correspondance de 1783 à 1791, conservée dans les archives du presbytère. Les héritiers prétendaient qu’elles n’étaient pas dues comme « grosses réparations » , et les habitants soutenaient qu elles l’étaient comme « réparations usufruitières » non faites en temps opportun. L’affaire paraît s’être terminée par un arrangement entre les parties intéressées.

Jadis une fondation pieuse avait été faite par M. de Sardini, et la somme annuelle de 100 francs due à cet effet était assise sur la métairie de Lorme et ses dépendances : cela fut reconnu en 1740 par Berlin et, en 1783, Jacques-Donatien Le llay. Le 15 décembre 1791, le curé P. Joulin donnait quittance à Marais, régisseur, des cent livres « pour l’acquit de la fondation de M. de Sardini pendant l’année 1791 ». Or le seigneur souhaitait se libérer de cette rente en la rachetant. A cet effet, le 1er themidor an IV, « le citoyen Joulin chargé d’affaires du citoyen Leray » exposa aux membres de l’administration municipale du canton de Pontlevoy « qu’il doit en cette qualité une rente de 100 livres à la fabrique de Chaumont et que désirant jouir du bénéfice de la loy du 27 décembre 1790, relative au remboursement des rentes, il demande à liquider ladite rente ».

Sur l’avis favorable de ce conseil, le 27 thermidor, le directeur

1 Çà et là, nous relevons encore quelques renseignements : Le 5 mai 1751, on fit la sépulture d’une femme noyée « ayant au cou une médaille de cuivre, représentant d’un côté saint François et de l’autre saint Fidèle, capucin, marque de calholieité »; en 1756,

11 y eut dix-neuf baptêmes et huit signataires, les autres ayant répondu ne « savoir signer, de ce enquis, suivant l'ordonnance » ; en 1768, on compte vingt-neuf baptêmes, six mariages et dix-huit sépultures; en 1774, il y a vingt-neuf baptêmes, sept mariages et vingtquatre décès; en 1775, il y a vingt-huit naissances, sept mariages et trente-deux décès.

Le 25 avril 1782, fut enterré Claude Gaslineau, curé, mort le 23 avril, âgé d’environ quatre-vingt-un ans, et la sépulture fut « faite par M. .1. Cottereau, curé de Monthau ». Le

12 juillet 1782, Pierre Joulin prit possession de la cure. Le 25 janvier 1785, le fils du jardinier du château franchissait le seuil de l’hymen, et à la cérémonie nuptiale on voit les demoiselles Thérèse et Sophie Le llay.

LA VIE PAROISSIALE

donna, à Blois, un « bon pour être liquidé à 2 200 livres non compris les arrérages ». Le 1er vendémiaire an V, Le Ray paya au bureau de Montrichard cette somme avec les arrérages de 490 livres, et la rente fut amortie.

A l'instar des autres établissements paroissiaux, l’église de Chaumont possédait divers revenus, dont nous donnons ailleurs l’état. En conséquence du décret de l’Assemblée législative sur les biens nationaux, les immeubles appartenant à la cure de Chaumont furent mis en adjudication, le 18 juin, par l’intermédiaire d’Orient Marais, notaire audit lieu. L’acquéreur fut Jacques-Donatien Le Ray, « ci-devant de Chaumont, propriétaire de la terre du même nom, demeurant ordinairement à Paris, rue des Yieilles-Audriettes, paroisse de Saint-Nicolas », pour la somme de 2 650 livres; l’acheteur fît ensuite des cessions et échanges, d’accord avec d’autres habitants. Le 2 messidor an III, il achevait de verser au receveur du district de Saint-Aignan le montant du prix d’acquisition.

Mais nous nous apercevons que, dans le but de présenter dans son ensemble le tableau de la vie paroissiale, nous avons, non pas omis, mais remis ce qui concerne les œuvres des seigneurs de Chaumont au xvnf siècle. C’est cette tâche que nous allons réaliser avec d’autant plus de satisfaction qu’elle offre les charmes d’une véritable renaissance, tant au point de vue des arts que sous le rapport de l’exploitation industrielle et agricole, et des fécondes initiatives sociales.

Croquis de Chaumont avec les armes de Le Ray. Galerie du château.

Dessin à la plume par J. -B. Nini, galerie de Chaumont.

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