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LE RAY — RENAISSANCE

Utile clulci.

Horace, Art poétique .]

a seconde moitié du xviii0 siècle fut pour Chaumont une période de prospérité et de renouveau. Le développement progressif de l’agriculture , du commerce et de l'industrie trouva iüi son couronnement dans une merveilleuse floraison arlistique, d’autant plus remarquable qu’elle est due à l’influence directe du seigneur. Tandis qu’ailleurs l’évolution qui se fait dans les idées et les mœurs provoque tour à tour des malaises et des crises, prodrome de la Révolution, ici c’est dans le calme, le travail, la justice et la vraie fraternité que le peuple, à l’ombre du château, s’achemine vers une nouvelle étape politique et sociale. Petits et grands, travailleurs et artistes, bourgeois et campagnards vivent en parfaite harmonie. Ce résultat revenait pour une bonne part aux qualités et à l’influence du seigneur de Chaumont, Jacques-Donatien Le Ray.

La famille Leray ou Le Ray a ses racines dans la Basse -Bretagne et poussa des ramifications à Nantes et dans les environs. L’un de ses

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RENAISSANCE

membres les plus connus est René Le Ray, sieur de Fumet. Né en 1686, il occupa le poste de lieutenant particulier civil et criminel au présidial, puis fut maire de Nantes en 1730. De sa femme Anne-Louise Rabaud, il eut plusieurs enfants, dont Jean-Baptiste qui vivait en 1790, et François. Ce dernier, baptisé à Saint- Denis de Nantes le 1er mars 1723, fut tenu sur les fonts par René-François Le Ray de la Clartais et par Perrine Le Ray, dame de la Guerche-Deruais. En l’année 1739, le magistrat nantais obtint des lettres patentes qui l’autorisaient à « partager noblement ses enfants », non sans faire remarquer qu’il « se trouve proche parent de plusieurs familles nobles de la province de Bretagne ».

Mais c’est surtout à René-François que nous nous intéressons. Fils de Jean Le Ray, sieur de la Clartais, et d’Elizabeth Doré, il s’adonna à l’exercice du commerce et, de 1726 à 1735, occupa successivement les fonctions de consul, échevin et juge- consul; il reçut ensuite la dignité de conseiller-secrétaire du roi et de chevalier de l’ordre de Saint-Michel1. A René-François nous connaissons deux fils, et l’acte de naissance du second est contenu dans le registre des baptêmes de la paroisse de Saint -Nicolas de Nantes d’où nous l’avons extrait. II est conçu en ces termes : « Le premier septembre (1725) fut baptisé en cette église par moy recteur sousne Jacques Donatien né de ce jour, fils de noble homme René François Le Ray s1' de la Clartays, et de dlle Françoise Bouvet, sa femme, fut parain noble homme Donatien Le Ray, sr de la Piolerie, d‘ paroisse de Sainte-Pazane , et maraine dlle Marie Blanchard , vve de defP noble homme René Bilotteau, sr de Beaulieu, ancien coner eschevin et juge consul des marchands à la Fosse sousne. [Signé') Marie Blanchard. D. Leray. E. Bouvet. Pierre Bernier. Leray de la Clartais. J. Arnollet rec-

teur 2. »

Jacques-Donatien Le Ray épousa en 1750 Marie-Thérèse Joques des Ormeaux. C’est l’année même où il acheta la terre de Chaumont, qu’il conserva pendant un demi-siècle pour le bonheur de la contrée tout entière. Outre la seigneurie de Chaumont, le chevalier Jacques Le Ray possédait celles de Rilly, Veuves, Vallère, Meuves, l’Herpinière et autres lieux. De 1754 à 1763, il occupa la charge de grand maître enquêteur et général réformateur des eaux et forêts de France au département de Blois, Berry, Haut et Bas Vendômois; puis, en 1770,

1 Le livre doré de l'hôtel de ville de Nantes, par Perthuis et de la Nicollière, in-8°, Nantes, 1873.

2 Archives de l'hôtel de ville de Nanles, Registres d’état civil de la paroisse de Saint- Nicolas.

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il fut intendant de l'hôtel des Invalides. A Paris, son hôtel était sur la paroisse de Passy.

Le 26 octobre 1750, « Mre Jacques Leray, chevalier, seigneur de Chaumont, Rilly, Veuves, Meuves, Vallère et l’Herpinière, demeurant ordinairement à Orléans paroisse Saint-Michel », faisait un bail pour la pêche aAœc Joseph Guillot et sa femme, marchands de poissons. Il affermait pour six années « les quatre étangs en eaux de Lorme , de la Goutte-Hullière , de Sublenne devant la métairie de ce nom, et celui de l’Herpinière ». Le prix était de 250 livres par an, payables à la Toussaint, « tous les deux ans que les étangs seront pêchés, chacun de cinq cent livres, » ce qui fait un total de quinze cents livres pour les trois paiements des six années. Gomme les preneurs profiteront, la première année, du poisson mis au mois de mars dans l'étang de Goutte-Hullière, ils s’engagent à « fournir à mondit seigneur, lors de la pêche de l’étang de Lorme, à la Toussaint prochain, deux douzaines de carpes des plus belles qui pourront se trouver dans ledit étang, du prix d’environ quinze sols pièce ».

En 1751, à propos du bail de la métairie de l’Herpinière, on voit Le Ray fournir au fermier quatre bœufs et soixante-quinze brebis, dont « on partagera par moitié les agneaux et laines qui en proviendront ». Le seigneur aimait beaucoup son château de Chaumont et se plaisait à y faire sa résidence et à s’y mêler aux fêtes populaires. Le 25 juillet, le fils d’un marchand fut tenu sur les fonts par « messire Jacques Donatien Le Ray, chevalier, seigneur de Chaumont, Rillé, Meuves, Vallère et l’Herpinière », et par Marie -Madeleine Desert, fille de Claude Desert, auditeur des comptes à Rlois.

Le 27 juillet suivant, le seigneur afferma pour neuf années à Etienne Cosnier le moulin de la Borde, où celui-ci résidait déjà, paroisse de Rilly, et « consistant en une maison à demeurer, étables, grange, écuries, jardins, ouches et prés en dépendans, avec le droit de banalité dans les paroisses de Chaumont, Rilly, Meuves, Veuves et Vallère, conjoitement pour ladite banalité seulement avec Louis Coucher, meunier du moulin du Bois, qui lui aussi pense à fermer le droit de chasse et banalité dans lesdites paroisses de Chaumont, Rilly et Vallères ». Le preneur devra en « jouir en bon père de famille, faire moudre les grains des particuliers, banniers du moulin, et les convertir en farine, suivant la coutume et usage, et entretiendront les courances des fontaines, ruisseaux et gouffre dudit moulin, la chaussée, les haies et clôtures et les bâtiments de mesnues réparations ; ils ne couperont aucuns saules ni autres arbres par le pied, mais en prendront seulement les rames deux fois pendant le cours du bail.

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Le preneur paiera de ferme cinq cent cinquante livres par an, en deux termes, plus quatre chapons « bons et recevables à la Toussaint, ainsi que deux cents de plantes de saules que le bailleur fera choisir lors de la coupe et voilurer où il le jugera à propos ».

Puis, le 27 août, le seigneur afferma, pour six années, à Jean La Euye , boulanger, « le four banal de la seigneurie de Chaumont avec les bâtiments de d’ieeluy où sont deux fours, un grand et un petit, avec les gournals, tables et ustanciles, comme aussi le droit de cuire le pain des particuliers et habitans de ladite paroisse sujets au four banal ». Le prix du bail était de cinquante livres par an, plus deux chapons « vifs recevables » à la Saint- Martin d’hiver. Le boulanger devra « faire cuire le pain des habitans y assujetis, les mercredy et samedy de chaque semaine, et pour la cuisson dudit pain luy sera payé par chacun des habitans le vingtième boisseau de grain de la nature et qualité de celuy qu'ils auront employé, et une dariée de pâte qu’il prendra sur la pâte que chacun des habitants porteront audit four ». Avant de signer le bail, le preneur demanda au seigneur « la permission de faire couper des grües dans les bois pour l’usage du four banal, autant qu’il pourra s’y en trouver sans causer de préjudice aux bois ». Cette autorisation lui fut octroyée à la condition qu’il avertirait le seigneur avant d’en faire couper, en désignant les endroits, avec défense absolue de prendre d’autre bois que les grües.

Le lendemain, Le Ray bailla pour neuf années à Mathurin Bouton, marinier, demeurant à Ecure, paroisse d’Onzain, « le droit de port et passage dudit lieu d'Ecure pour passer et repasser par baleau en bon état, aux frais du preneur, sur la rivière de Loire, tous les particuliers allant et venant tant à pied qu’à cheval, qui traverseront ladite rivière ». La ferme comprenait en outre trois arpents trois quartiers de pré. Le prix était de 130 livres par an payables à la Sainte- Catherine. Il est spécifié que le preneur devra « passer exactement et régulièrement tous ceux et celles qui se présenteront sur les ports de Chaumont et d’Ecure , incontinent qu’ils auront requis et appelé le passeur, sous les peines de tout dépens et de trois livres par chacun refus ou négligence dudit passage ; le preneur aura une bonne loue ou bateau sûr et en bon état pour la sécurité publique, ne pourra ledit preneur exiger des personnes plus grosse somme de deniers que celles qui sont portées par le tarif arrêté au conseil, lequel sera affiché sur lesdits ports et passages pour par luy s’y conformer suivant l’intention du Roy ». Le preneur aura la charge de « passer et repasser gratis et sans rétribution toutes fois et quand il en sera requis et sans retardement ledit seigneur, toute sa famille, ses officiers domestiques et les

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officiers de la justice de Chaumont, notamment le s1' bai I ly et procureur fiscal ». Il ne pourra « sousfermer sans le consentement du seigneur, à peine de nullité de bail ».

Dans un bail, fait en 1701 , on relève d’autres conditions. Le preneur <( 11e pourra passer aucunes personnes étrangères et autres inconnues depuis le soleil couché jusqu’au soleil levant , ni aucuns vagabonds mendians et gens portant fusil en quelque temps que ce soit, ny de jour ny de nuit, sauf ceux: qui seront au service du roy ou employés dans ses fermes , à peine d’amende et de punition suivantles ordonnances » .

Outre le personnel du château, il devra transporter gratuitement « les chevaux et équipages de Ma1', lorsque le cas écliera, ainsi que les provisions de bled, avoine, vin, charbon, foin, paille et autres generallement pour l’usage de la maison. » De plus, le preneur s’oblige à « prendre chaque jour au bureau de la poste d’Ecure toutes les lettres à l’adresse de inondit seigneur et de ceux de sa maison et de lesaporler au château de Chaumont, et de prendre les lettres de mon dit seigneur et autres de sa maison pour être Chapelle de Chaumont, pilier et Crise de la nef. par luy mises audit bureau de

poste d Ecure. Et dans le cas où mondit seigneur auroit une tone ou nacelle sur ladite rivière de Loire, ledit preneur sera tenu de la garder et d en prendre soin, laquelle sera à eut effet par luy conduite au port d Ecure pour être sous ses yeux, et être par luy repassée au port de Chaumont lorsqu il en sera requis de la part de mondit seigneur. »

Le 7 août 1754, J. Le Ray, par acte devant notaire, se constitua « caution et répondant envers M" Pierre Moreau, adjudicataire général des postes et messageries de Erance et tous autres droits dépendans de ladite ferme des postes, pour ce qui reste à expirer de son bail commencé le 1er janvier 1751 et à finir le dernier décembre 1756, »

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et envers les successeurs dudit Moreau, qui auront à faire l’exercice de ladite charge.

Au cours de l’année 1757, le 16 janvier, nous rencontrons comme parrain Christophe La Motte, « procureur fiscal et secrétaire de M. le grand maitre, » avec Mllc Geneviève Judon , « gouvernante de Muede Chaumont, » et ailleurs « gouvernante des enfants de M. de Chaumont ». Le 24 novembre, le seigneur fit un bail de neuf ans avec la veuve Marie Royant, marchande de poissons, à Vienne -lès-Blois, paroisse de Saint-Saturnin, et quelques autres preneurs. R s’agissait du droit de « pêcher le saumon et l’aloze en la rivière de Loire , au lieu appelé la Mare pour ce qui dépend de la seigneurie de Chaumont, à prendre depuis le Bols de la Genne au lieu appelé les Chaumières, jusques à la Grosse-Borne qui est au-dessous dudit lieu de la Mare ». Ils devaient en payer 100 livres par an et bailler au seigneur « un saumon, le premier qui sera par eux pêché et quatre alozes chacun an ».

Cependant le manoir seigneurial se préparait pour une fête domestique qui devait réjouir le cœur des hôtes. On disposait tout pour y recevoir un nouveau-né, appelé par tous les vœux. Ce fut grande joie quand l’enfant fit son entrée dans la vie. L’écho de l’allégresse familiale nous est renvoyé par l’acte qui suit : « L’an 1758, le 15 décembre, a été ondoyée à la maison par moy soussigné suivant la permission de M. Ponnnerie, vicaire général de Ma1' de Blois, en date du 6 novembre, une fille née d’aujourd’huy du légitime mariage de messire Jacques Donatien Le Ray, chevalier, seigneur de Chaumont, grand maître des eaux et forêts de Blois, Berry et Vendômois, et de dame Thérèse Jogues, son épouse, en présence de dame Marie -Françoise Sainson, épouse de feu Alexandre Jogues, grand’mère de l’enfant »; cette dernière signe « V. Jogues des Ormeaux ». Hélas! l’enfant devait être emportée prématurément; elle mourut le 15 juillet et fut enterrée le jour suivant, « dans le caveau des seigneurs de Chaumont, qui est dans l’église paroissiale, » sans d’ailleurs avoir reçu le supplément des cérémonies baptismales.

Dans un acte du mois d’août 1759, Le Ray est qualifié « chevalier, seigneur de Chaumont-sur-Loire , Rilly, Veuves, Meuves, Valaire, L’LIerpinière et autres lieux, conseiller du roy en ses conseils, grand maître enquêteur et général réformateur des eaux et forêts de France au département de Blois, Berry et Bas-Vendômois ».

Le 4 mars 1760, Joseph Marchau, voiturier par eau, d’Orléans, fit une déclaration devant notaire. Il raconta qu’ « étant parti d’Orléans avec cinq bateaux chargés de sirops, de sucre, vins et autres marchan-

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dises , de ses cinq bateaux il en serait péri un le vendredy 29 février, du naufrage duquel il aurait fait dresser procès-verbal par le procureur fiscal de la paroisse de Cbousy ; étant parti dudit lieu hier matin, il serait baissé jusqu’au dessous de Chaumont, vers l’Ile-Thoisnier ; à la distance d’environ 60 pieds de la dite île, il a rencontré un brin de bois picqué dans le fond de la rivière qu’il n’a pu apercevoir, la rivière étant grande et l’eau trouble, qui aurait crevé l’un de ses bateaux à 6 pieds du nez tirant vers le milieu et l’eau y étant entrée avec rapidité, il jetta sur le champ l’ancre pour l’arrêter, mais le dit ancre cassa par les deux aires; le bateau s’étant trouvé rempli d’eau en un instant, il serait coulé à fond sans pouvoir y remédier, et la majeure partie des marchandises soulevées par la force de l’eau s’en sont allées au gré d’icelle sans que le dit Marchau en ait pu sauver aucune, et n’a même aucune connaissance jusqu’à présent s’il en est abordé en quelque endroit des bords de la rivière. »

Sur la demande du voiturier, le notaire Christophe Lamotte, assisté du greffier Pierre Rabier, du procureur et syndic Joseph Thoisnier, et du journalier François Brault, se transporta sur le lieu du naufrage à l’endroit appelé la Folie. Là, ils virent trois bateaux chargés de marchandises et, étant montés sur « une loue », ils virent le quatrième « coulé à fond » et dont on ne découvrait « que les deux bouts ». Sur la requête des visiteurs, le marinier montra ses lettres de voiture, dont le notaire fit l’extrait utile, et, grâce à celles-ci, on connaît d’une façon précise le détail de la marchandise avec les expéditeurs et les destinataires 1 .

1 Nous avons ainsi la série des marchandises que l’on transportait alors. 11 y avait une caisse de fer blanc d’environ cent cinquante-cinq livres pour Amboise; un jambon de treize livres et deux épées dorées par Chrétien pour Thoribet, marchand quincailler à Angers; vingt-cinq ballots d’acier en billes grosses, pesant deux mille cinq cents pour Angers; cinq ballots d’acier en billes grosses; douze ballots d’acier en billes et en barre aussi pour Angers; une balle de drap de Sedan plombée du poids de cent cinquante, aussi pour Angers ; une autre de deux cent vingt pour Loudun ; un ballot de mercerie de quarantetrois livres, à la même destination ; deux petites caisses de livres pesant cent vingt, envoyées par Lamé frère, d’Orléans à Saumur; une caisse de fer-blanc de cent quarante, pour Saumur; une caisse de mercerie de quarante-cinq livres pour Saumur; un ballot de mercerie de soixante-cinq livres pour Saumur; une balle de couvertures et baleines de cent dix livres pour la Flèche; un petit ballot de crocus de cinquante livres pour Saumur; quatre demi-pièces d’huile fine de deux mille cent cinquante pour « Mmo lloudan, dépositaire à l’abbaye de Fontevrault » ; un ballot de mercerie de cent dix livres pour Saumur; quatre quarts de vin rouge « nouveau soutiré » pour « l'hôte de la Corne à Saumur » ; sept pièces de droguerie de dix-huit cent vingt livres, pour un « droguiste à Nantes»; un panier de « quatre fromages affinés », pour M. Daumont, au bureau de la Bourse à Nantes»; un panier de dix paires de fromages à la cendre pour l'abbaye de Buzé; un autre panier de « quatre affinés et deux bleus tous gros »; trois chaudrons de fonte et douze contrefeu figuré, de neuf cent livres pour Nantes; un paquet d’arbres emballés de feuillages pour Nantes; un paquet de deux douzaines de balances toutes montées et une

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Au château , la naissance d’un autre enfant vint tempérer la douleur causée par un décès prématuré et apporter une douce joie avec une radieuse espérance. Le carillon des cloches sonnait à toute volée pour une cérémonie baptismale ; le 13e jour de novembre 1760, fut baptisé « Jacques-Donatien Le Ray, né d’hier » , qui fut présenté sur les fonts par « Jacques Turmeau de la Morandière , bailli de Chaumont, et par « dame Marie -Françoise Sinson, veuve de feu Alexandre Jogues des Ormeaux », en présence du père, de Paul- Ange Tixier, sieur de la Place, d’Alexandre -Auguste Tixier, chevalier de Saint- Louis, capitaine au régiment de la Marche Prince, etc., qui signèrent l’acte. Cette joie familiale devait se renouveler à brefs délais. Le 5 janvier 1763 eut lieu le baptême d’une fdle, Marie -Sophie Le Ray, née d’hier, dont le parrain fut Jacques Le Ray, et la marraine demoiselle Marie- Françoise Le Ray de Rilly; la signature de la marraine porte : « M. Lerai », et le parrain n’a pas signé. Le 27 septembre 1765, fut célébré le baptême de « Thérèse -Elizabeth , née d’hier », et qui fut présentée sur les fonts par « Pierre d’Orléans, chevalier, de la

Chaumont.

Pilier et frise de la nef de la chapelle.

Cormeré et autres » ,

douzaine de poids de marc, et deux bêches de fer pour le Chapeau-Rouge à Nantes; quatre poinçons et huit quarts de vin blanc auvernat nouveau, pour un négociant de Nantes, mais il n’y avait que deux poinçons dans le bateau naufragé; huit poinçons de vin rouge auvernat de Saint-Denis, dont deux dans un autre bateau non naufragé; huit ballons d’acier en barrés plates et vingt-cinq bouchoirs de four, de deux cents livres pour l'hôte des Trois-Écus, rue Saint-Symphorien à Tours; une balle de deux cents livres de fil blanc pour Tours, une balle de trois cents livres de lil bis pour Tours; un panier de pierres bleues de soixante livres pour Tours; un ballot de fil de fer de cinquante livres, un baril de mercerie de deux cent quarante-cinq livres, un panier de sucre de cent livres; six paniers de verre à vitre, le tout pour Tours; un tonneau de quincaillerie de quinze cents livres pour Nantes; un ballot de toile de lin pour Angers, une balle de toile de Saint-Gai de cent trente-cinq livres, dix ballons d’acier en bille et treize ballons d’acier grasset, de treize cents livres, vingt-cinq ballons d’acier grasset, trois cents feuilles enfer-blanc, de cent quarante livres, le tout pour Angers; deux barils de sel d’Epsom de deux cent quatre-vingt-neuf livres, pour Saumur; deux balles de draperie ordinaire pour Nantes, un baril d’huile d’olive fine, de deux cent cinquante-quatre livres; un jambon de quinze livres; trois cruches d'huile, de cent quarante livres; quatre balles de quincaillerie de six cent vingt-cinq livres, une balle de mercerie de Thiers de soixante-deux livres; un

Héliocj .L.Schutzenterger.P&ris.

CATHERINE DE RUSSIE ET LOUIS XV MÉDAILLONS PAR NINI ( GALERIE DU CHÂTEAU DE CHAUMONT) -

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paroisse de Saint-Paterne d’Orléans, cousin de l’enfant, et par Marie- Elizabeth Le Ray, sœur de l’enfant ». [Signé) « le chevalier d’Orléans, de la Verjuzière ».

Les hôtes de Chaumont, avec une affable simplicité, s’associaient volontiers aux joies et aux deuils de ceux qui les approchaient. Le 19 août 1765, à un acte de mariage on voit la signature de « Jacques Le Ray de Chaumont » en écriture d’enfant. Le 28 octobre 1769, fut marraine « demoiselle Marie-Elizabeth, fdle de Jacques-Donatien Le Ray, seigneur de Chaumont » (elle signe : « Marie-Élizabeth Leray de Rury »), avec Alexandre-Jogues des Ormeaux. Le 3 août 1771, la même fonction fut remplie par « dame Thérèse Jogues, épouse de M. Jacques-Donatien Le Ray, intendant des Invalides, grand maître des eaux et forêts, seigneur de Chaumont et autres lieux ». On voit aussi marraines les demoiselles Marie-Françoise Le Ray et Élizabeth- Marie Le Ray. A cette époque le régisseur se nommait Moreau, et on rencontre un garde appelé Catien Rrault. Le 4 novembre 1778, on voit assister à une cérémonie nuptiale « dame Marie Le Ray, épouse de M. Foucault », qui signe : « Le Ray Foucault ». Le 14 novembre 1780, le fds du jardinier fut tenu sur les fonts par «le sieur Jacques-Donatien Le Ray, fils de M. Le Ray, seigneur de Chaumont ». Le 22 août 1781, un enfant du garde fut apporté à l’église par Michel Foucault, chevalier, demeurant à Paris, et par « demoiselle Thérèse-Elizabeth Le Ray de Chaumont ».

Le désir de grouper ce qui regarde le château nous a fait remettre quelques renseignements relatifs à la localité. L’an 1770, le 2 février, dit un acte curial, « Marie Danseau, veuve de feu Pierre Razin, vigneron, a été reçue pour exercer l'office de sage-femme et a fait serment entre nos mains, suivant la forme prescrite par MfJ1' l’évêque de Rlois. [Signe) Gastineau, curé de Chaumont ». Le 4 février, « en l’assemblée des habitans, convoqués au son de la cloche au ban de l’œuvre, à la diligence du sieur Germain Fouilliou, sindic de la paroisse, » et d’après une lettre de l’intendant de la généralité d’Orléans, M. de Cypierre, on

petit baril de quinquina de soixante-quinze litres, pour Nantes; une balle, poil de chèvre filé; trois balles de mercerie de quatre cent quatre-vingts livres, pour Morlaix; une balle de tapis, de deux cent soixante livres; une caisse de vieilles hardes, de deux cent trentesept livres; deux poinçons de vin auvernat pour Nantes, un tonneau de couteaux en bois et corne, 110 livres; une caisse rie trois cents feuilles de fernoir, de deux cents livres, pour Angers; petit panier de huit sacs plomb à l’eau, de deux cents livres; panier de mercerie et de poudre à poudrer; vingt-cinq ballons d’acier en bille pour Angers, une caisse de chapeaux pour Nantes. Outre ces marchandises, il y en avait d’autres sans lettres de voilure et seulement avec l’adresse sur les paquets, ainsi qu’un « carlequin d’hareng blanc pour les religieuses du Calvaire de Tours ».

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procéda à l’élection « d’un ou plusieurs gardes des pauvres, à Telle t d’arrêter tous ceux qui seront trouvés mendians dans la communauté » ; l’on choisit à cet effet, d’une voix unanime, Catien Breau, « cy devant milicien, actuellement journalier de profession, seul suffisant pour cette paroisse, vu qu’elle n’est point un passage usité ».

Dans un acte du mois de septembre 1780, à ses titres de seigneur de Chaumont et autres terres J. Le Ray ajoute celui de « reformateur honoraire des eaux et forêts de France au département de Blois, Berry, Haut et Bas Vendômois, intendant honoraire de l’Hôtel royal des Invalides » ; il est dit demeurant paroisse de Passy, à cette date. Il reconnaît que, par suite de l’acquisition de la terre de Chaumont, il doit aux dames de Moncé les charges mentionnées dans la pièce, et il signe, à Passy, « Leray de Chaumont ». D’ailleurs, dans cet état des revenus de l’abbaye de Moncé, du xvuT siècle, on observe que le seigneur de Chaumont doit sur sa terre 500 livres de rente foncière, et le seigneur de Ililly 5 livres de renie foncière.

Dans la suite, la paroisse fut attristée par deux accidents. Le 26 novembre 1783, on enterrait « Gatien Brault, âgé de 48 ans, garde des chasses de M. Le Ray de Chaumont, lequel est décédé le 24, ayant été assassiné dans le bois des Chanvres, près la maison qui est à l’extrémité du dit bois; l’inhumation a été faite d’après le procèsverbal qui a été fait par les officiers de la justice de Chaumont ». Le 31 mai 1784, eut lieu la sépulture d’un noyé en Loire, « vis à vis la tuillerie de la Motte ; a paru âgé de 30 à 40 ans, ayant 5 pieds 4 pouces, cheveux roux, le visage marqué de petite vérole, habillé d’un gilet de serge blanche, et d’un autre de molton couleur olive rayé, d’une veste de molton doublé de toille, ayant deux grandes culottes de toile, une paire de bas de laine, des souliers et des boucles de cuivre jaune, découpés aux quatre coins, depuis assez longtemps dans l’eau ».

Mais, indépendamment de sa bienfaisance et des encouragements qu’il prodiguait à l’agriculture, ce qui donne à la mémoire de J. Le Ray comme une auréole enviée, c’est la protection spéciale qu’il accorda aux arts. Aussi bien, chaque époque apporta à la couronne artistique de Chaumont un fleuron en rapport avec les goûts du temps et des châtelains. Le Ray s’était réservé de doter sa résidence d’un groupe d’artistes et d’artisans d’un caractère très particulier. Le seigneur, épris de T union des arts et de l’industrie, qui a fait de nos jours de louables progrès dans l’esprit de la nation et dans les écoles professionnelles, rêvait d’installer à son château des fabriques de poterie et de verrerie, où les produits pussent atteindre toute la perfection désirable. A cet

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effet, il s’adressa aux artistes et ouvriers consommés, et, parmi eux, il eut la bonne fortune d’attirer le premier peintre sur verre du roi, l’Anglais Robert Scotl Godfrey. Le projet devint une réalité vers le milieu de l’année 1770, et, le 24 juillet, Le Ray, tout joyeux, installait les fours et autres dépendances, ainsi que nous l’atteste une inscription fort curieuse conservée à Chaumont.

En effet, au cours des fouilles pour les nouvelles écuries, on a découvert la première pierre de batelier de céramique, taillée en forme de cœur allongé et gravée sur les deux faces. Elle a été divisée verticalement en deux, et chaque face a été encastrée à l’entrée du manège, qui n’est autre que l’ancien four remanié. Le texte est gravé en lettres romaines rondes, genre d’imprimerie, avec capitales de même. La légende de gauche porte : A La Grâce de Dieu , IJ XV Roi de France et N avare, cette Pierre est posé par M** Le Rey, seicf de (J 11 AU MON T, Intût des Invalides , FONDA TEUR , le 24 juillet 1770.

Sur celle de droite on lit : A La Grâce de Dieu, LH XV Roi de France et de Navarre, cette Pierre est posé par le Noble Moié RoF Scott Godfrey de la nation anyloise, PT Peintre en verre du Roi de France, FONDATEUR, le 24 juillet 1770'.

La manufacture de poterie avait pour directeur Pierre Rerthevin. Originaire d’une famille des environs de Laval, il s’adonna au travail de la porcelaine et passa à l’étranger. On le trouve, en 1766, à la fabrique de Marieberg, près de Stockholm, puis, en 1769, à Frankenthal dans le Palatinat. M. Le Ray se l’attacha pour installer sa fabrique des bords de la Loire, en compagnie d’un certain nombre d’ouvriers. Comme les cérémonies religieuses les attiraient à l’église, les registres nous ont conservé les noms tout au moins de quelques-uns. A un mariage, le 20 janvier 1772 , assistent Joseph Leleu et J. -J. Caton, « ouvrier, » ainsi que Robert Scott Godfrey, dont il a été question, et Christophe Ainqué ou Aingué, « graveur et lapidaire, » que nous retrouverons bientôt.

Mais surtout les ateliers reçurent une impulsion et un éclat tout particuliers de l’arrivée d’un artiste de grande valeur, dont le nom a rejeté dans la pénombre la réputation de ses collaborateurs, peut-être dignes d’un meilleur sort. J’ai nommé J. -B. Nini.

C’est dans la patrie de Raphaël, la ville d’Urbino , que Giovanni

1 La fidélité dans la transcription des inscriptions, bien que de rigueur, n’a pas toujours été observée même par les meilleurs auteurs. Dans son ouvrage Blois et les environs (6e édition), M. de la Saussaye, en reproduisant celte légende, a commis plusieurs inexactitudes, telles que <■ Roy, Ray, juillet, Navare, Scorr God-frey », « et » pour « premier », et il a omis les derniers mots : « fondateur le 24 juillet, »

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Batista Nini vint au monde. Son père se nommait Domenico Antonio, et sa mère Agata Vagnini ; il fut tenu sur les fonts dans l’église cathédrale, le 19 mars 1717. En compagnie de ses frères Vincent et Mathieu, il étudia sous la direction de son père, graveur distingué, et se rendit cà Bologne où il approfondit son art, entra à l’académie Clémentine, obtint un prix au concours et composa une série de paysages, de vues

de monuments anciens et de chasses.

Trois de ses dessins se voient dans le musée de Blois, qui les doit à Ernest Nini, petit-fils de Vincent.

Cédant à ses instincts d’art aussi bien qu’à son humeur voyageuse , J. -B. Nini se rendit en Espagne, où il devint surintendant d’une cristallerie aux environs de Madrid. Cette seconde période de sa carrière fut marquée par une série de délicieuses compositions en verre gravé représentant des scènes de chasse et des paysages, dans lesquelles il atteignit une finesse au-dessus de tout éloge. Les galeries de Chaumont gardent deux de ces verres gravés, et le merveilleux verre à boire de Nini a été décrit par M. Villars.

L’artiste unit son existence à une Espagnole, sans doute une belle Madrilène répondant à l’idéal du maître, et dont il eut une fille. L’une et l’autre, croit-on, revivent à ses côtés dans un médaillon bien caractéristique de la série des terres cuites que nous visiterons bientôt. Nini quitta l’Espagne avec sa compagne et sa fille, et vint s’installer à Paris, grande rue du faubourg Saint-Honoré, où nous le voyons en l’année 1758; mais toutes deux, nous ignorons pourquoi, retournèrent, au moins pour quelque temps, dans leur pays d origine. Nini continua de s’adonner à la gravure au burin, et le cabinet de M. le prince A. de Broglie garde deux dessins a la plume figurant une aimable campagne, avec la signature Johannes Nini Lrhinatensis invenit et delineavit Parisiis anno Dornini MD C C LAI II. Mais surtout Nini s’appliqua à l’art du portrait sur médaillon en terre cuite, qui devait lui créer une réputation tout à lait à part, en raison de la délicatesse du modelé, de la finesse des lignes, de la grâce achevée

Inscription commémorative pour la manufacture de Chaumont.

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de l’ensemble et des détails, plus particulièrement dans les portraits de femme.

On a prétendu cpie le maître fit un séjour à la Charité -sur- Loire , mais cette tradition n’est autorisée par aucun document précis. Ce qu’il y a de certain, c’est que la capitale lit fête à chacune de ses productions et que l’on se disputait ses médaillons, en première ligne desquels figurent le prince de Beauvau,

Gamot, graveur du roi, le marquis de Paroy, MM. de Nivenheim et de laReynière, et plusieurs autres. Aussi le seigneur de Chaumont, frappé par la beauté de ces œuvres, songea à s’attacher Nini pour la direction des ateliers de céramique et de verrerie, qui font le plus grand honneur au goût du châtelain non moins qu’au talent de l’artiste.

En conséquence, le 1er octobre 1772, par-devant les notaires parisiens Dehérain et Fourcault, un traité fut passé entre Le Ray, « ccr du roy, grand maître honoraire des eaux et forêts, intendant de l’hôtel des Invalides, y demeurant, paroisse Saint-Louis, » et J. -B. Nini,

« sculpteur et graveur, dl paroisse de

la Madeleine ». L’artiste s’engageait à « montrer aux habitans du lieu à graver et à tailler les ouvrages de cristal qui se fabriquent dans la verrerie du dit sr de Chaumont et qui en sont susceptibles », au profit du seigneur; à diriger « les tuileries et y faire faire au mouton des pièces de parquet de terre, des carreaux, des briques, des tuiles et même des vases de jardins et bâtiments; il y exercera aussi son art « de faire des médaillons de terre cuite » : le tout à moitié entre le seigneur et Nini.

De son côté, M. de Chaumont s’engage à payer les frais de voyage de Nini et « de tout ce qui compose son atelier à Paris »; à lui fournir

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Inscription commémorative pour la manufacture de Chaumont.

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lerie, un petit four à cuire les carreaux chaque semaine et autres dépendances utiles; à lui avancer sur ses profits à venir l’argent « pour faire venir de Madrid à Chaumont sa femme et sa fille » ; à fournir le bois de chautfage, les bois des fours et hangars et autres installations, ainsi que les débours pour « la construction des outils propres à

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graver et à tailler le cristal » : le tout à moitié entre eux, une fois les premiers frais couverts.

« Dès que les instruments, les outils et les creux et poinçons de médailles qui composent l’atelier de Nini à Paris seront arrivés à Chaumont, » on en dressera un état pour les distinguer de ceux « qui seront construits par la suite ». « L’usage et le produit de ces outils seront communs au dit sr de Chaumont et au dit s1' Nini; les outils nouveaux qui seront faits appartiendront au dit s' de Chaumont, excepté les creux et poinçons des nouvelles médailles que le dit sr Nini pourra faire; la propriété de ces creux et de ces poinçons sera partagée entre lui et le dit sr de Chaumont. Mais lors du décès du dit sr Nini, il sera libre au dit sr de Chaumont et à ses ayant cause de retenir les outils actuels du dit s1 Nini et les nouveaux creux et poinçons des médailles, en payant à ses héritiers la valeur à laquelle ils seront estimés. » Enfin, pour « récompenser le dit s1’ Nini du soin qu’il se donnera pour montrer à tailler et graver le cristal », M. Le Ray lui constitua « douze cens livres de rente et pension viagère exempte de toutes retenues » , à condition qu’il employera « tous ses talents et son temps sans exiger aucun autre salaire ». Pour ce qui est de la durée du concordat, il était réglé que « la société finira par la mort du dit sr Nini seulement ».

Le traité conclu, Nini vint s’installer au château de Chaumont et se mit à l’œuvre. La supériorité de son talent aussi bien que sa réputation le placèrent du premier coup à la tête des artistes qui l’avaient précédé. Mais il ne tarda pas à perdre l’un de ses collaborateurs, ainsi que nous l’apprenons par les registres mortuaires conservés à la mairie. « L’an 1773, le 26 janvier, a été inhumé dans le grand cimetière de cette paroisse le corps de deffunt Godfred Hetzel, ouvrier en verres à table , depuis plusieurs mois travaillant dans la verrerie établie en cette paroisse, et cy-devant dans celle de Saint- Louis en Loraine, ainsi que l'atteste le sieur de Beaufort, directeur des verreries royales de Saint-Louis, le dit certificat en date du 20 juillet 1772, signé de Beaufort, et plus bas sont apposées les armes du d. Beaufort en cire jeaune, le d. deffunt Godfred Hetzel mort d’hyer après avoir reçu le sacrement d’extreme-onction , âgé d’environ cinquante ans; ont assisté à son enterrement Jean-Jacques Caton, Joseph Maugy, Charles du Perier, Christophe Aingué, ouvriers en cette verrerie, qui ont signé avec nous (Signé) : Charles Duprier, Christophe Aingué. »

Le mois suivant, l’allégresse avait remplacé le deuil dans la cristallerie chaumontoise , et l’un des ouvriers, venu du Nivernais, épousait

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une jeune fille du pays. Ici encore nous laissons la parole aux registres paroissiaux. « J. -J. Caton, ouvrier en cristal à la verrerie de Chaumont » était « né le 1er décembre 1738, de Jacques Caton, ouvrier de la verrerie de Nevers, et de feue Marie-Louise Coquenet, morte à Sainct-Gobain diocèse de Laon et inhumée le 19 juin 1750 ». Il était considéré comme « domicilier de fait à Chaumont et de droit à Saint- Laurent-de-Nevers », où « sa naissance eut lieu et le baptême fut fait en l’église de Sainte- Marie de Fère en Loudenois, diocèse de Laon ». Les pièces présentées par le futur comprenaient, outre le certificat ci-dessus, celui du sieur Fougère , curé de Saint- Laurent, sur « sa conduite, vie et mœurs » et sa foi catholique, et « il s’est comporté chez la dame veuve Borniol en homme de probité » , selon le certificat de Mmc Levèque, veuve Borniol, maîtresse de la verrerie de Nevers, et de celui de Mr0 Borniol, chanoine de la cathédrale de Nevers ». Le père, ne pouvant assister à la cérémonie, donna procuration « au sr François Bourniol de Fourchambault, ouvrier à la verrerie de Chaumont », pour consentir au mariage de son fils, « ouvrier en cristal demeurant depuis plus de deux ans à Chaumont, » suivant acte passé à Nevers par-devant Marais, nre à Chaumont. Ainsi que nous l’apprenons des actes officiels, J. -J. Caton s’était épris de Marie, fille du maître charpentier Jean Meunier, et c’est le 16 février 1773 que le curé de Chaumont leur donna la bénédiction nuptiale, qui fut suivie d’une allègre réjouissance dans la localité.

Tandis que Nini s’adonnait au travail si délicat de la cristallerie et des médaillons en terre cuite, la direction de la fabrique de faïence demeurait aux mains de Berthevin , qui, en raison de ses qualités de chimiste, avait des connaissances spéciales pour les émaux. Celui-ci était loin de se refuser à prendre part aux solennités du pays, et, le

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25 janvier 1774, en compagnie du notaire et régisseur Orient Marais, nous voyons assister à un mariage « Pierre Berthevin, directeur de la manufacture de fayence et de porcellaine à Chaumont » ; le 30 du même mois, il remplit les fonctions de parrain avec Marie- Catherine Jaquet , femme du régisseur, dont Nini nous a conservé les traits. A un mariage, le 27 juin, on remarque « Jean-Louis Palbroy, ouvrier à la manufacture établie à Chaumont ». En outre, au cours de cette même année, nous rencontrons plusieurs autres artisans qui assistent à une cérémonies nuptiale le 5 septembre; ce sont: Paul Follet de Toury (diocèse d’Orléans), Paul Fournier, Mathieu Maloiseau et Antoine Thibault, « lors ouvriers en la manufacture de poterie établie en cette paroisse ». Enfin, à une sépulture, le 28 décembre, apparaît le gendre du défunt, Jacques Germain, « ouvrier en la manufacture de céans ».

Au début, l'harmonie régna entre Nini et Berthevin, et l’artiste plaça le chimiste dans sa galerie en lui assurant ainsi l’immortalité. Les collections de Chaumont conservent deux exemplaires du portrait datés de la même année 1775, et qui ne diffèrent que par des détails de la légende. Berthevin y paraît de profil à droite; la figure est jeune, avec les traits harmonieux et intelligents, les cheveux relevés sur le front et les tempes, et retombant en une queue attachée par un ruban qui passe sous la gorge. La signature, sur la saillie du buste, porte en creux : J B NINI F 1775, et la légende : P. Berthevin cm : art : en : por : de roy de Sue : Dan : etcc 1775.

Le talent supérieur de Nini, et peut-être aussi son caractère original, dont nous aurons l’occasion de parler, ne fut pas sans susciter des rivalités au sein de la fabrique. A Sèvres, il semble que l’on regrettât quelque peu d’avoir laissé partir Nini, et Berthevin voulut profiter de la circonstance pour s’affranchir du contact avec l’artiste italien et obtenir une situation mieux assise que celle des bords de la Loire, ainsi que nous l’apprenons par une lettre de l’été de 1776, adressée au directeur de Sèvres et dont voici la teneur :

« De Chaumont, 16 mai 1776. — Monsieur, ce que j’ai prévue l’an passé m’arrive présentement. M. de Chaumont voyant des manufactures bien établie commence à me bouder très fort; je prend la liberté, Monsieur, de me recommander à vos bontés et à votre illustre protection. J’ai d’autant plus confiescence à vous demander cette grasse, que vous m’avée fait l’honneur de m’assurer que en pareille cituation où je me trouve présentement, que votre bonté me tendrais toujours les bras, et que je pouvois compter sur votre bienveillanse. C’est dans cette flatteuse espérance que je prend la liberté de vous

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offrir et mes talens et mon zelle. Daignez par votre bonté les accepter. Mr Nini n étant pas disposée a quitter Chaumont, si quelqu’une des lumières que j’ai acquis (en outre de mes talens particulier) peuves estre utiles à la manufacture, je me ferai un devoir de les communiquers. Je vous prie, Monsieur, de ne point communiquer cette lettre à M. de Chaumont; la prudence et la certitude d’un sort m’oblige à me pourvoir, cependant il est possible que M. de Chaumont s’en fâche s’il en esLoit instruit. Je suis, etc... P. Berthevin, aux chasteau de Chaumont sur Loir, à Chaumont par Ecure. »

Berthevin quitta Chaumont comme il le désirait. On sait que la manufacture de Sèvres lui est redevable du secret du cobalt de Suède ainsi que de l’impression sur la porcelaine, telle qu’on la pratiquait alors en Saxe. L’artiste se retira à Orléans. Mais déjà sa santé était très ébranlée; il rendit le dernier soupir à l’hôpital au commencement de septembre 1777, « poetrinaire ou attaqué depuis plus de dix mois de la maladie de la porcelaine ».

Berthevin ne fut pas seul à quitter Chaumont. J. -J. Caton, qui avait été l’un des premiers collaborateurs de celui-ci, alla porter son habileté à la fabrique d’Aprey, d’ailleurs si renommée par ses gracieuses faïences. Sa femme demeura quelque temps chez ses propres parents et, à l’automne, nous assistons à la naissance d’un garçon. A ce sujet, nous lisons dans les registres paroissiaux que le 8 octobre 1777 eut lieu le baptême de J. -B., né hier du mariage de Jean- Jacques Caton, « maître ouvrier en crystal travaillant à la verrerie d’Aprey, aux environs de Langres en Champagne, et de Marie Meunier, demeurant actuellement en celte paroisse; parrain Jean-Thomas Meunier, charpentier, » grand-père de l’enfant.

La fabrique continua de prospérer, et ses excellents ouvriers, de temps à autre, prennent part aux cérémonies religieuses, grâce auxquelles nous faisons mieux connaissance avec eux. Le 9 août 1780, au mariage du m® chirurgien François Aignan, lils de Pierre-Mathurin Aignan, aussi me chirurgien, assistait « Jean - Baptiste Nini, artiste, aussi de celte paroisse », qui mit au bas de l’acte son nom d’une belle venue. En 1782, le 14 février, avait lieu le baptême d’Angélique- Michelle, « née d’hier du légitime mariage de Jean Georges Libi, tourneur de la manufacture de poterie, » et de Françoise Gasnot; il s’agit sans doute d’un habile ouvrier venu peut-être avec Nini. L’année suivante il leur naquit un garçon, qui mourut en bas âge, et, le 29 août, nous assistons à la sépulture de « Armand, lils de Georges Libis, potier en terre, et de Françoise Gasneau, âgé de six mois, en présence de Louis Tessier et de Jean Ribaudeau ».

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Parfois les seigneurs de Chaumont ou leurs enfants faisaient aux ouvriers l’honneur de tenir leurs nouveau-nés sur les fonts. Nous sommes témoins, le 12 juin 1784, de la cérémonie du baptême de « Jean Georges, né ce jour de Jean Georges Libis, ouvrier à la manufacture de poterie, et de Françoise Gasneau ; le parrain a été messire Jacques Donatien Le Ray de Chaumont, fils, chevalier, représenté par M. Orient Marais, procureur fiscal, la marraine, d"110 Thérèse Elizabeth Le Ray ». L’acte porte les signatures de celle-ci et de Jacques- Donatien Le Ray de Chaumont, sans doute le seigneur présent à la

cérémonie. Mais, hélas! la mère de l’enfant mourut en couches et fut enterrée le lendemain, 13 juin, à l’âge d'environ vingt- quatre ans.

Quant à Nini, il se plaisait fort dans le calme de Chaumont, où il pouvait suivre et réaliser ses inspirations. D’un caractère enjoué et spirituel, il aiguisait la finesse de son humour en traits que l’on colportait sur les rives de la Loire. Ami du pétillant vin clairet et de la bonne chère, il goûtait les agapes plantureuses des réunions du pays. Seul le froid incommodait de ses âpres morsures cet enfant du soleil d’Italie, et, pour s’en défendre , il s’enveloppait d’une foison de vêtements. Par-dessus une longue houppelande de ton clair au collet montant, il jetait un châle de couleur plus ou moins bigarrée dans le goût d’outre-mont, et cet accoutrement donnait à sa personnalité courte et forte l’aspect d’une sorte de grotesque dont les loustics riaient, au moins à distance. Pour se distraire, à moins que ce ne fût pour se procurer des documents ou des objets en vue de son travail, Nini se rendait parfois à Rlois, où il était accueilli comme le méritait sa réputation. Ces jours-là, si c’était par un temps froid où la bise était plus mordante, il paraît qu’il doublait sa cuirasse de fourrures pour traverser la Loire.

L’originalité de Nini brillait tout particulièrement dans son atelier, où d’ailleurs il recevait volontiers les visiteurs de marque. Le duc de Choiseul, grand ami des arts, se plaisait à conduire ses hôtes les plus curieux à Chaumont, pour y voir celui qui manquait aux merveilles réunies par l’ancien ministre dans son palais de Chanteloup, à quelques

Signatures de Nini et de ses auxiliaires ( d’après les registres paroissiaux.)

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lieues en aval. Au nombre de ces derniers figure J.-M. Crommelin, de Saint-Quentin , qui nous a laissé le récit de son excursion à Chaumont, sans doute avec une légère pointe d’ironie.

« M. de Choiseul , écrit-il, voulut me faire connaître trois personnes bien remarquables dans des genres différents... Le troisième était un nain nommé Nini ; il n’avait pas quatre pieds de haut; la longueur de ses bras, depuis l’épaule jusqu’au bout de ses doigts, n’était pas de quatorze pouces; enfin la grosseur de sa tête me le lit

Chanteloup , d’après un dessin du Département des Estampes.

prendre pour un Samoyède; mais il n’a pas existé et peut-être n’existera-t-il jamais un homme aussi étonnamment adroit.

« Nous entrâmes dans son atelier sans qu’il prît garde à nous. Après avoir examiné une multitude de portraits en terre cuite de la plus grande perfection et d’un fini précieux, M. de Choiseul lui dit : « Nini, il faut nous montrer votre portefeuille. — C’est temps perdu, vous ne vous y connaissez pas. — Je vous amène un grand connaisseur. — Peut-être comme tant d’autres!

« Nini nous fit voir de très mauvaises choses, qui sûrement n’étaient pas de lui, je n’y fis aucune attention; il nous montra une esquisse heurtée seulement, mais pleine de feu. — Ah! on peut regarder cela, il y a de l’imagination et de la facilité. — Alors, prenant un autre portefeuille, il déploya ses vrais trésors. J’ai pris pour les plus superbes gravures que I on puisse voir, des dessins faits à la

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plume en observant les dégradations, non par les nuances différentes, mais par la finesse des traits. Cette observation lui fit plaisir. — Que cela est beau! m’écriai-je. — Je le crois bien, me répondit le nain; il n’y a pas deux Nini dans le monde. Regardez ce gobelet et dites que vous avez vu ce qu’il y a de plus rare, sans excepter le cachet de Michel -Ange.

<( Cet homme avait taillé dans le cristal quatre loupes de même foyer, et vis-à-vis de chacune, un paysage avec des figures presque imperceptibles, mais qui, vues à travers la loupe, paraissaient avoir une proportion de cinq ou six lignes. Callot ne dessinait pas mieux que cet homme; figures, perspective, arbres, terrasses, attitudes et animaux, tout était parfait. Je sais de quelle manière on fait les loupes par le frottement, mais je ne conçois pas comment on peut les couler exactes dans l’épaisseur d’un gobelet de cristal.

« Ce Nini avait des ongles d’une longueur excessive. Je lui demandai s’ils entraient pour quelque chose dans ses étonnantes productions. — Etes-vous musicien? — Oui. — Alors il tira cl’une mauvaise armoire un psalterion organisé, dont il joua avec ses ongles de la manière la plus agréable. Je demandai à M. de Choiseul si je pouvais lui offrir de l’argent. — Gardez- vous-en bien! Il nous prendrait, vous d’une main, moi de l’autre, et nous mettrait tous deux à la porte. — Nous remerciâmes cet être extraordinaire... »

A notre tour nous visiterons Nini dans son atelier, avec la certitude que nous serons bien accueillis en raison de notre attachement pour Chaumont et pour les arts qui l’inspirent à un si haut degré. Sous ses ordres, parmi les ouvriers, les uns s’appliquent à rechercher et préparer les matières premières et la terre qui, une fois pourrie, donnera « le gras et la souplesse », et les autres font cuire les médaillons, vases et objets divers, de façon à obtenir la teinte la plus convenable, sans d’ailleurs être absolument maîtres des caprices du feu.

Nini se réserve ce qui constitue le côté artistique de son travail. Avec ses crayons ou sa plume, il esquisse les silhouettes, puis leur donne le relief en les modelant avec la matière plastique, glaise ou cire. Ses ébauchoirs en ivoire, dont on possède une partie et dont plusieurs portent son nom avec divers motifs tels que fleurs de lis, boutons, croisillés d’étoffes et autres, sont guidés avec une dextérité ravissante par ses doigts aux ongles très allongés, par son coup d’œil si sûr et par son talent merveilleux. Il exécute ainsi la maquette, qui est plus ordinairement en cire; de fait, les traces de celte matière persistent sur les ébauchoirs, et l’on est séduit par le charme de

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ces médaillons en cire perdue, dont un délicieux buste de femme est conservé dans les collections de Chaumont.

La maquette une fois sèche, Nini applique dessus la matière qui servira à faire le moule ; il ne s’agit pas ici du métal, qui manquerait de la porosité nécessaire, mais de la terre qui sera cuite de façon à présenter une dureté incassable. Au reste, avant ou après la lettre, comme on dit en terme de gravure, Nini ne manque pas de prendre au besoin plusieurs moules du même sujet , avec des variantes de légendes et de détails secondaires , ainsi qu’on en a la preuve par ceux qui ont échappé à la destruction. L’artiste, à l’aide d'une première épreuve, retouche ses « coins » jusqu’à ce qu’il ait obtenu la finesse de lignes, les jeux de lumière et d’ombre , la coloration chaude, en un mot la perfection à laquelle il vise. A-t-il atteint son rêve?

il fait tirer et cuire à point les exemplaires, dont le nombre sera en rapport avec le sujet et avec les commandes.

Admirablement servi par ses talents de sculpteur et de graveur, Nini excelle à mettre tour à tour dans ses œuvres quelque chose de la noble beauté de l’antique, comme dans les bustes de Louis XV, de Franklin et de Péan de Mosnac, du charme profond de la Renaissance, comme dans la cire de Chaumont et le médaillon de Gamot, aussi bien que de l’exquise délicatesse du xvnf siècle, qui paraît dans les bustes de Catherine de Russie et de Marie-Antoinette.

Mais voici que Nini, après nous avoir laissé observer à loisir et saisir sur le vif les procédés divers de son art, a la gracieuseté de nous faire parcourir la galerie de ses ouvrages, à commencer par les médaillons modelés dans un encadrement à filets ronds ou ondulés suivant le style Pompadour. Ce sont d’abord ceux qu’il a exécutés durant son séjour à Paris, et parmi lesquels nous relevons M"° Alcoque, au man-

Médaillon en cire de la galerie de Chaumont.

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leau bouffant (1762); l’abbé Aimé des Moulins (1762, 1764, 1770); diverses têtes de laïques et d’ecclésiastiques innommés , de l’année 1764; J. de Castellas (1764); Hu gués -Joseph Gamot, graveur du roi, d’un modelé ferme (1766); Guy le Gentil, marquis de Paroy, noble et élégant, marié à Louise-Elisabeth de Rigaud de Vaudreuil (1767). Puis viennent Charles-Juste, prince de Beauvau, maréchal et académicien, d’une grande finesse aristocratique (1767, 1769); Charles- René Péan , seigneur de Mosnac et maître de la Chambre des Comptes, parent de Jean de Péan, seigneur d’Onzain, d’un galbe énergique (1768); et le jeune Hyacinthe de Rigaud, comte de Vaudreuil (1770).

Nous nous inclinons avec déférence devant les beaux médaillons de Louis XV, posé de plusieurs manières, mais toujours noble (1770), et du dauphin Louis- Auguste , petit-fils de Louis XV (1770). Quant à la grâce, elle brille surtout dans les portraits de femme, tels que ceux de la baronne Albertine de Nivenheim, célèbre par son esprit et sa beauté (1768) ; de Suzanne Jarente de la Reynière, aux traits et à la coiffure de haute envolée (1769); de Marie-Thérèse d’Autriche, mère de Marie-Antoinette (1769), et spécialement dans la tête souveraine de Catherine de Russie , que l’artiste a traitée de plusieurs façons (1771).

Les célébrités nationales n’étaient pas oubliées dans l’atelier de Nini. Voltaire est reproduit la tête ceinte de lauriers, sous des traits séniles d’un réalisme accru encore par le caractère posthume de l’exécution, avec la date 1781, c’est-à-dire trois ans après le décès. Un médaillon figure une jeune femme, avec la signature J. -B. Nini, et l’on considère celle-ci comme le portrait de Mme Roland, ainsi qu’on l’a écrit sur le cadre. Parmi les personnages de marque que nous devons saluer avec des égards particuliers, se voient Louis XVI jeune, que nous avons vu plus haut en dauphin; sa femme Marie-Antoinette, à la chevelure ornée du diadème et de fleurs , avec triples longues boucles dans le genre de celles de la dame de Chaumont (1774); et deux autres médaillons de Louis XVI et de sa femme sans rehaut de vêtement ou à l’antique, ayant très grand air, avec des variantes de détail H 779, 1780); un moule de ce dernier buste est conservé dans les collections de Chaumont. En outre, l’afelier renferme nombre de médaillons de petit et grand module, qui ne présentent pas de date, comme le portrait de « l’amirande marquise de Vaudreuil », ou qui ne montrent d’autre légende que la signature du maître : ainsi en estil de plusieurs jolies têtes de femme, d’un Charles III, roi d’Espagne, et vraisemblablement des peintres La Fosse et les deux Moreau.

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