LE U A Y
RENAISSANCE
variantes, le grand homme sans coiffure ni liant de vêtement, mais à la façon d’un buste antique avec, pour légende, la devise de Turgot : Eripuit cœlo fulmen sceptrumque tirannis, ou bien la traduction de l’épigraphe en français (1778-1779).
Les voyages de Franklin à Chaumont, pendant son séjour en France de 1776 à 1785, sa liaison intime avec Le Ray et surtout la célébrité du personnage dans les deux mondes, engagèrent Nini à exécuter plusieurs coins. Mais de tous, le plus populaire est le Franklin au bonnet de fourrure, et, entre tous les portraits faits à cette époque, l’illustre Américain manifesta ses préférences pour celui-ci. Aussi fut-il expédié et répandu aux Etats-Unis par milliers. Mais quelques-uns des envois n’allèrent pas à destination, et l’on en a retrouvé naguères à Chaumont et à Nantes, et c’est ce qui explique la profusion de ces médaillons, que l’on rencontre ici et là.
Nous ne suivrons pas Franklin à son retour en Amérique. Quand la bravoure des Américains et des Français eut contraint les Anglais à reconnaître l’indépendance des treize Etats unis et la restitution à notre pays de plusieurs possessions par le traité de Versailles (1783), Franklin, son œuvre achevée, retourna dans sa patrie; il y fut reçu au milieu d’ovations enthousiastes, et dès lors son nom fut associé à celui de l’immortel Washington.
Son séjour sur les bords de la Loire avait mis au front de l’antique castel un rayon de gloire emprunté aux plus nobles sentiments antiques, en même temps qu’aux plus chaudes aspirations modernes. Son départ fut salué par de profonds regrets, et quand les hôtes de Chaumont apprirent la mort du grand homme, en 1788, — l’année même où Bernardin de Saint-Pierre publia son délicat roman Paul et Virginie. — ce fut comme un deuil de famille dont tout le monde prit sa part. Longtemps la mémoire de l’illustre Américain demeura dans toute sa vivacité, et, de nos jours, elle continue d’être l’un des plus radieux souvenirs du livre d’or chaumontois.
La popularité, qui depuis lors s’est attachée à la personne de Franklin, tient pour une bonne part à la perfection avec laquelle Nini réussit à rendre ses traits si caractéristiques. Nous revenons ainsi à l'atelier de l’artiste, que nous devons étudier sous un autre aspect. Célèbre surtout par ses portraits en terre cuite, Nini est beaucoup moins connu par ses œuvres sur cristal, et cependant ce côté de son talent est on ne peut plus remarquable. De fait, dans le traité avec M. Le Ray, il est question avant tout de cet art, et, par l’article premier, Nini s'engageait à « montrer aux habitants du lieu à graver et à tailler les ouvrages de cristal qui se fabriquent dans la verrerie dudit