‹ Le Château de Chaumont dans l'histoire et les artsChapitre 43 sur 68 · Palais de justice de Rouen. — 2 et 3. Meillant · texte numérisé non relu

Palais de justice de Rouen. — 2 et 3. Meillant

4. Hôtel Bourg théroulde. — 5. Amboise. — 6 et 9. Blois. — Carrée , mais dont 1 évO- 7 et 8. Chambord. ....

lution intérieure a plus d’une analogie avec celui de Chaumont. Quant à Meillant, déjà nous avons fait connaissance avec quelques-unes de ses curiosités.

A l’instar de Chaumont, le château de Meillant, dans sa force aimable, reflète bien le double caractère de puissance et de grâce qui est comme le cachet distinctif des œuvres de la famille d’Amboise. Au dehors, sur le bord des douves où il mirç ses toits élancés, Meillant dispose ses deux corps de logis en équerre dont les abords sont défendus par des tours rondes ou carrées, ces dernières avec galerie de mâchicoulis et chemin de ronde éclairé de petites fenêtres rectangulaires. Du côté de la cour, l’habitation apparaît fleurie des motifs élégants que le ciseau des sculpteurs a suspendus aux portes et aux fenêtres, en particulier aux lucarnes surmontées de riches tympans; surtout les

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festons les plus épanouis s’évertuent à décorer l’une des tours d’escalier, dite la « Tour du Lion ». Celle-ci, de forme polygonale, a ses divers étages rehaussés ou mieux recouverts d’une dentelle continue formée d’arcatures flamboyantes, qui réunit les colonnetles en torsade, et de symboles, en particulier du rébus bien connu de « Chaud Mont ». Au-dessus de la porte, sous un triple dais à moulures prismatiques et au-dessous d’un bandeau de ces derniers emblèmes, deux sauvages liennenl les armes d’Amboise surmontées d’un cimier au sommet duquel apparaît une tête, blason qui fait penser au tableau héraldique de Chaumont.

Au surplus, à Chaumont, l’ordonnance la plus parfaite fit de tout temps régner la plus harmonique concordance entre les dehors et l’intérieur. L’ameublement répondait à la magnificence de la construction, et les d’Amboise avaient doté les vastes salles d’un mobilier en rapport avec leurs habitudes et leur goût, qu’un séjour en Italie avait encore singulièrement affinés. Par la pensée , à l’aide des objets d’art qui s’y trouvent , il est aisé de reconstituer cet intérieur.

Les salles spacieuses sont éclairées par de hautes fenêtres à meneaux, et les plafonds élevés, aux poutres robustes décorées de symboles, de monogrammes et de rébus dans le goût du temps, forment avec le carrelage historié et émaillé un cadre à souhait pour les yeux. Sur les parois sont tendues des tapisseries aux tons les plus chauds, figurant des scènes de la Bible, de l’antiquité ou de la mythologie. Autour des vastes cheminées sont disposés des sièges en bois sculpté garnis de velours et de soie aux couleurs les plus chatoyantes. Les bahuts aux panneaux ajourés et aux ferrures finement découpées, les dressoirs délicatement ouvragés, avec les hanaps délicieusement ciselés, « les chaises » à dossier et baldaquins tendus de fines broderies d’or, d’argent et de soie, se détachent en une harmonie à la fois vive et adoucie sur les grandes tentures, dont les dames et les chevaliers paraissent disposés à se mêler à la société. Çà et là, sont appendus des portraits d’ancêtres ou des tableaux représentant quelque scène religieuse, cependant que des armoiries et des armures achèvent de mettre une note féodale dans le concert des arts, qui reflètent si parfaitement les mœurs et les aspirations du temps.

Les grandes salles d’honneur se complètent par la décoration des galeries et des chambres à coucher, où la main délicate de la châtelaine a semé les aimables broderies et les objets les plus gracieux, sur les crédences, sur les lits, sur les sièges et jusque dans les embrasures des hautes fenêtres que les derniers rayons du jour éclairent de leurs reflets mystérieux.

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En ces pièces ainsi décorées avec une élégante simplicité et un goût achevé, c’était merveille de voir se presser la société distinguée des gentilshommes au pourpoint délicatement brodé et l’épée au côlé, et des dames aux jupes et aux surcots étincelants de broderies et de perles. Le froufrou des étoffes forme comme un capricieux accompagnement à la conversation tour à tour grave et animée, sérieuse et riante, toujours en rapport avec les préoccupations du moment, les goûts et le savoir-vivre des personnes. Le seigneur y raconte volontiers les émotions et les exploit s des champs de bataille où il a guerroyé, tandis que la châtelaine , l’aumônière à la main, fait le récit des douleurs qu’elle a soulagées sous le toit de chaume ou sous le porche de l'église paroissiale.

A notre tour, c’est avec la plus vive satisfaction, produite par les souvenirs du passé et par les merveilles du présent, que, après avoir franchi le pont-levis et la porte jadis munie du corps de garde, nous observons les détails de la cour d’honneur et nous visitons les différentes parties du monument. L’aile de l’est a vu jadis aménager les grandes salles du rez-de-chaussée en pièces modernes, où l’antiquité se fait apprécier par des meubles curieux, des tapisseries et des œuvres d’art. Le premier étage a conservé son grand caractère, et l’on y accède par l’escalier d’honneur, dont le charme est rehaussé tout à la fois par la blanche guipure des sculptures et par les émaux chatoyants des blasons des seigneurs qui décorent les fenêtres.

Le regard, de concert avec l’esprit, aime à parcourir la série des meubles, la plupart des xve et xvie siècles, la collection des armes offensives et défensives, et la belle ordonnance des tapisseries. Parmi cellesci, sans parler des Aubusson du xvne siècle, brille au premier rang la double suite des Flandres et de Bruxelles, ayant la marque de la manufacture. Le Jugement de Paris et les Jours, avec leurs sujets allégoriques et leurs riches bordures du milieu du xvi° siècle, captivent l’at-

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tenlion, tandis qu’un superbe carrelage émaillé, venu de Sicile, ajoute à la chaude tonalité de la grande salle d’honneur. Ailleurs, les lapisseries dites gothiques, de la fin du xv° ou du début du xvie siècle, apportent une note moins éclatante par le dessin et la composition, mais plus vibrante encore par la vivacité des couleurs1.

La chapelle, construite à l’angle nord-est, forme une avancée qui repose le regard d’une manière agréable au milieu de la frondaison des grands arbres. Ses dimensions sont de llm de long sur 5m,50 de large; et elle se termine au nord par un pan coupé qui a 3m,60 à l’extérieur et 2m,80 à l’intérieur. Trois grandes fenêtres flamboyantes éclairent ces pans dont les angles sont rehaussés de piliers à double pinacle, ornés de choux frisés.

La partie inférieure est ornée de quatre coquilles dont l'aspect a été modifié par l’encaissement qui a remplacé l’escalier, lequel descendait jadis en cet endroit et communiquait avec la terrasse du dessous. Cette partie alors dégagée pouvait présenter quatre statues dont il reste les dais en coquille.

L’intérieur de la chapelle offre le plus vif intérêt. Les voûtes de style ogival sont très élancées et d’une légèreté tout aérienne. Sur la nef unique s’ouvrent deux petites chapelles qui forment comme un bras de croix et dont les arcades sont ornées de lines sculptures à arcades ressemblant à des A ou initiales d’Anne de Bretagne, que l’on

1 La série des tapisseries gothiques représente des Moralités, dans lesquelles le sentiment religieux complète la pensée philosophique, telles que : Le Temps et l'Eternité — Le Couronnement de la. Vierge. Une campagne verdoyante et fleurie bordée par un cours d’eau où voguent des canards et que battent un homme et une femme. L’héroïne, vêtue d’une robe et d’un grand manteau rose brodé, est agenouillée sur un tapis rouge devant un livre d Heures sur un tapis bleu, la main droite posée sur la table et la main gauche sur le livre tenu par deux anges. A droite, se tiennent trois anges dont deux jouent de la flûte, et l’autre, de l'orgue ; à gauche, sont aussi trois anges, dont l’un lient un livre, un autre une mandoline, et le dernier une harpe ou psaltérion ; les exécutants jouent sans regarder. Le reste de la scène, figurant l’acte céleste du Couronnement, manque à gauche. La lé-

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remarque dans la décoration de la chapelle du château d’Amboise; on observe, en particulier, vers l’entrée, deux superbes piliers en torsade recouverts d’une broderie de dentelle de pierre, qui supportent des statues et s’harmonisent avec la base de l’escalier tournant, par lequel jadis on descendait dans la sacristie à l’est de la chapelle. L’ornementation avec ses autels, ses cuirs dorés, ses emblèmes, son mobilier et ses remarquables verrières dessinées par J.- P. Laurens, qui a pris soin d’y figurer des sujets empruntés à l’histoire de Chaumont, répond bien au caractère de la nef.

Un couronnement dans le style de l’édifice le surmontait, et il a été remplacé par ce qu’on voit actuellement; mais l’état ancien se laisse deviner par des vestiges tels que corniche à consoles, gargouilles et amorce de toit, qui indique bien que celui-ci descendait jusqu’à l’entablement. Sur la cour s’ouvre une porte à arc surbaissé dans un grand cadre carré également prismatique; un bas-relief occupait toute

gende, qui était plus au centre, est tissée en gothique noir avec les premières lettres rouges; elle comprend le quatrain français suivant :

Biens triumphat par droite auctorité $e permanët ne est perdurablement Biens pennànt dessoubz le firmament.

(Bais au dessus triumpbe léternité.

La suite du sujet se voit dans un second panneau qui figure aussi une scène de campagne (bordée par un cours d’eau). A gauche, dans le fond, un castel : le paysage est arrosé par une rivière où se voient des oiseaux et une île où parait une femme. Les douceurs de la Bonne Fortune sont représentées par la présence d’un seigneur et d'une dame en riche costume et d'autres figurants. Les angoisses de la Mauvaise Fortune sont représentées par les accidents ordinaires, dont une des victimes est un grand vieillard en robe et bonnet bleu. La continuation du sujet est dans l'autre panneau, et les trois réunis forment une pièce d’environ huit mètres de long. En un lieu clos paraît un seigneur en fauconnier, chaussé de pieds d’ours, culotte rouge, tunique brodée d’or et toque soutacliée d’or, un collier en bandoulière et l’épée au côté ; de la main droite il prend un bouquet et l’offre à une dame assise dans la campagne, et parée d’un grand manteau bleu brodé d’or et coiffée à la manière d'Anne de Bretagne. Sur le côté, des gens du peuple se livrent au travail.

La légende gothique en lettres rouges porte :

[1$)]» voit le temps atourné de verdure [$u]cunes foiz plaisat que ung ange [Bujis tout soudain change et fort estrange [la] mais le temps en ung estât ne dure

Un autre fragment représente un Eros de grande dimension avec les divers attributs de l’amour.

Je frappe tout à tort et à [travers]

B)e ars et de ders les chastes [cucrs],

(Bais à la fin, quelque jouste [revers]

B>a mort survient qui tout m[et à l’envers].

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la largeur du bandeau , et à sa place on a inséré un panneau plus petit : celui-ci représente l'entrée d'un pape sur sa mule, précédé de trois hommes et suivi d'un autre avec une lance; en avant, une colonne avec deux statuettes, dont une est tombée et en face de laquelle est un groupe de trois personnes saisies d’étonnement. La porte primitive a été remplacée par une autre composée de panneaux divers, qui figurent en particulier les Vertus morales et les Apôtres. L’escalier en spirale qui dessert la chapelle, en même temps que l’aile orientale, a son noyau évidé en torsade d’une élégante simplicité et se termine au sommet par un renflement en forme de balustre, qui n’est pas surmonté de la voûte en palmier et laisse la charpente apparente.

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