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Tombeau de Louis de Brézé à Rouen.
Inscriptions d’après Gaignières.
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mais Diane de Poitiers y a mar- " qué sa possession de plusieurs années , et tout naturellement aussi son séjour, par des travaux incontestables. Le chemin de ronde, en particulier, garde l’empreinte de son initiative. Outre la
série des petites fenêtres arrondies qui, semble-t-il, se rapportent au milieu du xvie siècle, la galerie des mâchicoulis, de l’entrée à la tour Saint-Nicolas, montre une série de motifs sculptés bien caractéristiques. Sur le pavillon d’entrée et les deux tours qui le flanquent, il y a des D entrelacés deux à deux sans II, ce qui accuse bien l’action de Diane seule après la mort de Henri II ; ces initiales alternent avec des symboles de chasse, tels que le cor avec cordon de support, ou des emblèmes d’amour, comme le carquois couronné avec les flèches, dont le sens révèle manifestement la même pensée avec un royal ressouvenir. Parmi ces motifs, les uns sont anciens et les autres sont restaurés, car il est à remarquer que l’on a refait les toitures du côté de l’entrée. Cette observation s’applique également à la décoration des mâchicoulis de l’aile orientale qui ont été remis à neuf.
Quant au chemin de ronde de la tour Saint-Nicolas, il se dis-
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lingue par une ornementation sur le sens de laquelle on s’est encore davantage mépris : l’intervalle des consoles est orné de trois anneaux insérés les uns dans les autres et placés sur un triangle. On y a vu sans raison un ressouvenir des idées et des pratiques astrologiques de la reine Catherine de Médicis. Ces symboles, que l’on retrouve peints à 1 intérieur, à une époque plus récente, se rapportent eux aussi à Diane de Poitiers, et nous les avons relevés sur le tombeau des Brézé dans la cathédrale de Rouen.
Le monogramme de Diane de Poitiers nous fournit l’occasion de donner ici quelques explications. Avant tout, il importe de distinguer plusieurs monogrammes. Henri II, le favori de Diane, est désigné par un II couronné et seul, comme aux Tuileries, et parfois on y ajoutait un croissant avec la devise Donec totum impleat orbem, qui marque l’accroissement de la grandeur et de l’éclat, comme dans la galerie du château d’Oiron. De même, on rencontre çà et là le monogramme de Catherine de Médicis formé d’un ou deux C, et celui de Diane formé de deux D entrelacés. Mais, le plus ordinairement, les monuments conservent le monogramme double formé de la lettre II et de deux C adossés eL insérés, de manière que les pointes terminent leurs extrémités aux jambages de l’initiale II qui les renferme : ainsi en est-il dans la plupart des châteaux royaux, comme les Tuileries et Fontainebleau, ou dans d’autres édifices de cette époque, tels que la Chancellerie à Loches et le château d’Oiron.
A son tour, Diane n’a pas manqué, non sans une joie peu voilée, de marier ses initiales et celles de son amant, ainsi qu’on le remarque au château d’Anet. L’examen attentif du double monogramme peut faire penser que les lettres insérées dans la lettre II devaient être prises indifféremment pour des C ou desD, et cette équivoque qui paraît voulue flattait la passion du roi et de sa favorite, sans blesser trop directement la dignité et l’honneur de la reine. Tout naturellement, après la mort de Henri II, Diane de Poitiers ne pouvait continuer d’allier ainsi ces deux initiales, ailleurs du moins que dans son cœur, et voilà comment à Chaumont on remarque le monogramme formé de deux D entrelacés. Seulement, pour se donner l’illusion des anciens jours, Diane fit scnlpter en même temps les symboles de son affection que les années ne parvinrent pas à éteindre. Ces observations, fondées sur l’étude attentive des divers monogrammes, nous semblent résumer exactement la question et dissiper les difficultés que certains auteurs ont amassées autour de ce sujet.
Pour la décoration du monument chaque siècle avait apporté son concours, et il en fut de même à propos de l’ameublement. Du soir du
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moyen âge à l’aube du xix° siècle, chaque période en possession d’un style propre avait fourni sa précieuse contribution , et l’on eut pris pour un musée cette série de salles, dans lesquelles les bahuts aux moulures ogivales et aux arabesques Renaissance confinaient aux coffres et aux fauteuils Louis XV et Louis XVI. Malgré nos recherches persévérantes dans les archives privées et publiques, nous n’avons pas été assez heureux pour rencontrer un inventaire. Du moins, la succession ininterrompue des documents historiques nous permet d’y suppléer avec quelque chance de succès. Une pièce, il est vrai, aurait pu nous apporter quelque inquiétude au premier abord. Dans un Répertoire des minutes de l’étude de Chaumont, nous avons relevé la mention : « 29 sep-
tembre 1680, vente des meubles du château ; » et c’est vainement que nous avons recherché l’acte lui-même, qui nous aurait tenu lieu d’inventaire. Mais il est manifeste que le fait d’une vente, par exemple à l’occasion d’une succession, n’a pas entraîné le départ du mobilier, du moins en totalité. Aussi, vers ce temps, Félibien était-il autorisé à écrire que, parmi les objets anciens, on remarquait notamment des « meubles », des « ouvrages de sculpture », des « tableaux et plusieurs portraits de la maison de Médicis ».
De nos jours, parmi les crédences, les sièges et les bahuts délicatement sculptés, on s’arrête avec le plus profond intérêt devant la belle collection des médaillons et des moules par Nini, qui complète si heureusement le rôle de Chaumont dans l'histoire des arts. A leur tour, les seigneurs et dames du temps passé revivent dans les portraits peints ou gravés qui ornent les parois des salles. Quant aux étages supérieurs, enveloppés par le magnifique chemin de ronde, ils sont
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occupés par de nombreuses pièces, avec une charpente dont la profusion de bois accuse l'opulence de l’antique forêt chaumontoise.
Au surplus, toutes les voix du passé sont bonnes à recueillir, comme toutes les aspirations du présent sont utiles à observer. Aussi bien les murs ont, dit- on, des oreilles, et l’historien ne constate pas sans une certaine satisfaction qu’ils renvoient parfois l’écho de ce qu’ils ont entendu. A côté des documents d’un caractère général, pour les compléter et leur donner la couleur locale, viennent se placer les souvenirs et les mémoriaux que la main a confiés au livre de la pierre, comme pour soulager une angoisse, exprimer une joie ou rappeler un événement domestique. A cet égard, les feuillets que nous parcourons ne sont pas sans nous livrer d’intéressantes révélations1.
L’aile orientale du château renferme les appartements « historiques », et nous nous y sommes attardés volontiers. Mais l’aile occidentale, occupée par les châtelains, mérite aussi de fixer l’attention, et ce n’est pas seulement pour son caractère architectonique que nous avons indiqué. Indépendamment de l’intérêt qui s’attache aux deux tours de style différent, « en particulier à celle d’Amboise , » et à l’avant-corps rectangulaire à l’ouest, l’ordonnance des vastes salles du rez - de - chaussée nous reporte directement à la seconde moitié du xvc siècle avec l’aménagement réclamé par les habitudes modernes.
Ici, c’est la salle à manger avec ses buffets historiés, sa cheminée monumentale délicatement ouvragée parle ciseau moderne dans le goût
1 Sur l’escalier en spirale de la tour Saint-Nicolas qui communique avec la chapelle, on lit en cursive du xvic siècle : La chapelle faict Gaisdon Jehan. — On rencontre fréquemment le nom de RENE en grandes capitales. — En cursives on lit sur l’aile orientale : « Anlhoine de Berlin, Anne de Bonacorsy — Félix qui dimora, Simplice qui far espira, Felicissimo poique qui sospirando fa sospirare doy. D. Cos. — Sujero morir per vos al fda tourluret. A fila turlata. — Ce C1110 may 1608, environ deu heures après midy, Nicolas de Sardiny. — Le quinze jeun mil six cens soixante et sept est décédé messire Paul de Sardiny chevalier seigr de Chaumont et aultres lieux priez Dieu pour luy. » — Ailleurs on voit : Un cœur avec B ; — deux cœurs réunis et percés par deux traits avec un monogramme formé des lettres R M S — mai 1616; un autre monogramme formé des lettres T H E O N et l’inscription : « Mon Dieu, famé perdue sy vous n’avoi pitié de moy » en écriture du xvn° siècle. — Du côté de l’entrée, on lit : P D I oo I , et en belles capitales du xvie ou xviie siècle : « P. Letourneau peintre. J. Leroy peintre. » — Sur le chemin de ronde, en cursive du xvie siècle : « Grandement je doiz [me] montrer doux et humain davers tous le... face riens traverse estre inhumain. »
Nous avons relevé çà et là d’autres inscriptions, telles que celles-ci :
« Le baron des Adrest 1593 » en capitales et grande cursive. — « Le pain et fort atsand. » — « Hector Bricougne » (écriture du xvie siècle). — « Simon de Gatebourée. Vive le seigneur! »; et sur le mur de la chapelle à gauche : « 158 (coupé) Brodeau ». Ailleurs : « Briais, invalide du régiment du roy 1765 »; le symbole de deux cœurs rapprochés; en un autre endroit : « Langevin dit la belle conduite d’Angers compagnon passant le couvreur a recouver cette tour en l’année 1842. » — Sous le porche, en capitales : L F ST L 1729. — et ailleurs : « 1741 Briais, couvreur. » — « Du 20 août Nicolas Briais ammena deux cloches montié a boulons jeudy 20 août 1772. »
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ancien, et une curieuse tapisserie dans le style de l’époque d’Anne de Bretagne. Plus loin, à la suite de la bibliothèque , s’ouvre la série des salons décorés de tout le luxe des plus somptueuses résidences. 1 ou t en devisant spirituellement sous les lambris dorés, parmi les objets d art, les botes de Chaumont ont le loisir de laisser leurs regards se délecter par le spectacle infiniment varié de la vallée merveilleuse, dont les séductions se transforment comme par en-
La Loire, vue des terrasses du château.
chantement avec les heures du jour et avec le décor de chaque saison.
Certes la France est justement fière de sa radieuse parure de châteaux. Versailles et ses magnificences, Fontainebleau et ses enchantements, Chantilly et ses trésors, Chambord et ses grandioses conceptions, Blois et ses merveilles groupées en un triple faisceau, Amboise et ses créations hardies, sont autant de joyaux qui scintillent au front de la reine des nations. Puis, parmi les demeures moins considérables mais toujours captivantes, on salue, dans le Blésois, les trois belles résidences du Moulin, de Beauregard et de Cheverny; plus vers l’ouest, on admire les magnifiques châteaux de Chenonceaux , d’Azay-le-Rideau , de Langeais et d’Ussé, auxquels l’ami des arts se hâte d’ajouter ceux de Champigny, de Coudray-Montpensier, de Bris-
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sac, de Serrant, de Josselin et quelques autres manoirs, qui sont l’ornement des provinces occidentales.
Or, entre toutes les demeures historiques, sur les rives de la Loire, nous l’avons constaté, il n’en est pas qui plus que Chaumont offre de charmes pénétrants par une alliance accomplie des magnificences de la nature et des splendeurs de l’architecture. Au milieu d’un parc ravissant dont les arbres défient les siècles, sur la frange de la colline taillée à pic, dans sa souriante majesté se dresse le château, à la silhouette à la fois martiale et gracieuse, avec ses hautes murailles à mâchicoulis, ses tours gigantesques, ses cimes aériennes et ses vastes salles remplies de souvenirs et de curiosités.
Des terrasses étagées en amphithéâtre, qui l’enveloppent de leur ceinture irisée des tons les plus chatoyants, le regard émerveillé plonge avec délices dans les horizons fuyants de la vallée de la Loire; cependant que le beau fleuve roule indolemment ses ondes, tour à tour d’opale, d’azur et d’émeraude, parmi les grèves et les îlots, entre les coteaux légèrement ondulés oii les vignobles et les vergers fertiles alternent avec les groupes pittoresques d’habitations et les masses verdoyantes, qu’on dirait ménagées tout exprès pour la joie des yeux, pour le rythme de la pensée et pour le plaisir de l'imagination.
Ex-libris de la bibliothèque de Chaumont dessiné par M. le prince J. de Broglie.
Bibliothèque du château de Chaumont.