Charte de Gedduinde Chaumont, pour Ponteevoy
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des formules officielles, par des usages publics ou privés, et par diverses circonstances intéressantes à étudier en les rapprochant des usages de l’antique Normandie.
Dans ces libéralités, le seigneur de Chaumont ne fut pas négligé. Il avait figuré en première ligne parmi les chevaliers dans la préparation de l’expédition et dans la bataille d’IIastings. Aussi fut-il des premiers à l’honneur le jour du couronnement et dans la distribution des terres que le Conquérant fit à ses compagnons d’armes. Guillaume fit don de divers domaines à Geoffroy, et, sans doute, ce dernier n’oublia pas les bénédictins de Pontlevoy dans ses largesses. De fait, un bref du pape, de l’an 1144, mentionne, en Angleterre, comme appartenant à cette abbaye les églises de Sainte-Marie de Luministro, les chapelles de Roxitunga, de Palingis, de Warmacan, de Pingis et de Sordes. D’autre part, il est à remarquer que le nom du roi Guillaume se trouve dans le nécrologe de l’abbaye parmi les bienfaiteurs, à la date du 8 septembre, et est indiqué avec un office. Egalement avec un office et une messe, on y voit, le 11 août, le nom de Sainfred, évêque de Cicestre, ce qui fait croire à 1). Chazal que les églises en question étaient situées dans le diocèse de ce prélat, qui en aura ratifié la donation, suivant le droit ecclésiastique.
Le roi d’Angleterre, voyant sa domination bien assise, songea à faire un voyage en Normandie pour visiter ses terres et recevoir les hommages et les félicitations de ses vassaux. Son voyage, au milieu des principaux seigneurs de sa cour, parmi lesquels l’archevêque d’York, fut marqué d’ovations que le prince sut encourager par la distribution de joyaux et de riches présents, dont il avait eu soin de se munir aux dépens des thanes et des maisons suspectes de désintéressement à sa cause. Mais son frère utérin, Eudes, évêque de Baveux, qu'il avait laissé comme vice-roi à la tête d’un conseil de gouvernement, lui ayant fait savoir qu’une agitation anglo-saxonne, entretenue par les fils et les partisans de Harold, menaçait la tranquillité du pays, le monarque s’embarqua pour l’Angleterre et arrêta les soulèvements survenus à Exeter, à Oxford, à Derby, à York et quelques autres villes, sans d’ailleurs éteindre le mécontentement parmi ceux qui demeuraient attachés aux traditions nationales, ou du moins aux intérêts dynastiques.
Vers la fin de l'hiver de 1070, on vit arriver en Angleterre trois légats du pape, auxquels le roi lit une brillante réception dans son palais de Winchester, et dont la présence ne fut pas sans exercer une religieuse influence sur les esprits. D’autre part, un concile de prélats et d’abbés prononça la déposition de Stigand , archevêque de Canter-
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bury, et de quelques ecclésiastiques suspects d’opposition au souverain. Ce siège illustre fut donné à Lanfranc, moine originaire de Pavie, qui avait professé le droit à Avranches et dont les vertus et les mérites égalaient le savoir et l’expérience.
Guillaume eut la douleur de perdre la reine Mathilde en 1083, et il résolut de profiter de la pacification de son royaume pour revoir la Normandie. Mais il fut pris de la fièvre et, au bout de quelques semaines, il rendit le dernier soupir à Rouen, le 9 septembre 1087. Ses obsèques eurent lieu dans l’église Saint-Etienne de Caen, qu’il avait dotée. Ainsi disparut l’un des personnages les plus remarquables du moyen âge par la supériorité de son intelligence , par la sagacité de son entendement, par l'énergie et la fermeté de sa volonté, aussi bien que par sa vaillance dans la lutte et son entente dans le gouvernement du pays. A voir le grand sceau qui représente, d'un côté, le guerrier à cheval et la lance au poing et, de l’antre, le monarque assis sur son trône, la couronne en tête, tenant de la droite l’épée et de la gauche un globe surmonté d’une croix, on devine le grand homme qui a marqué son passage par une carrière remplie d’actions hardies, heureuses et fécondes. Quelle que soit l’appréciation que l’on porte sur les entreprises et sur les procédés de Guillaume, il faut avouer que ses visées furent élevées, ses talents remarquables, ses œuvres puissantes, et qu’il avait en lui l'étoffe d’un capitaine de premier ordre et d’un souverain glorieux.
Trop souvent la passion a troublé la sérénité des historiens quand il s’est agi d’apprécier le rôle de la conquête normande. Pour la juger, nous emprunterons la plume d’un homme d’Etat anglais, Macaulay. Après avoir constaté la dureté du joug que les envahisseurs firent peser sur certaines catégories de la population, l’éminent auteur rend justice à l’influence utile du Conquérant. « Les rois français de l’Angleterre, dit-il, portèrent ce pays à une élévation qui fit l’étonnement et l’effroi des voisins; ils conquirent l'Irlande et reçurent l'hommage de l’Ecosse; par leur courage, par leur politique, par leurs alliances de famille, ils devinrent bientôt plus puissants sur le continent que les rois de France, leurs seigneurs suzerains; leur pouvoir et leur gloire éblouirent l’Asie comme l’Europe. » Il est vrai que les aspirations nationales n’y trouvaient pas absolument leur compte. Mais « l’Angleterre, depuis la bataille d’Hastings , eut presque toujours à sa tète des hommes d’Etat distingués par leur sagesse et des guerriers remarquables par leur bravoure ». Puis l’évolution des événements opéra la fusion des races. « Les arrière-petits-fils des compagnons de Guillaume et de Harold se rapprochèrent les uns des autres, une alliance
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s’ensuivit, et le premier gage de celle réconciliation fut la grande charte, arrachée par leurs efforts réunis, pour leur avantage commun1. »
De sa femme Mathilde , le roi d’Angleterre laissa Irois (ils : Robert, dit Courte-Heuse à cause de la petitesse de ses jambes, Guillaume, surnommé le Roux, et Henri, dont nous n’avons pas à raconter l’histoire. 11 avait, en outre, cinq filles : Cécile, qui fut abbesse de la Sainte-Trinité; Constance, qui épousa le duc de Bretagne, Alain Fergent;
Alix, jadis promise à Harold ; et Agathe, qui mourut en se rendant chez son fiancé, le roi de Galice.
Nous réservons à dessein la quatrième, Adélaïde, qui nous intéresse particulièrement et dont l exislence n’est pas sans avoir quelque lien avec Chaumont.
Nous avons hâte, en elfet, de revenir sur les rives fleuries de la Loire, et, si nous avons tenu à esquisser jusqu’au bout le tableau de la conquête d’Angleterre, c’est afin de ne pas interrompre le récit, nous réservant de reprendre ensuite ce qui regarde les annales chaumontoises. Du reste, tandis que Geoffroy recueillait, au delà du détroit, une gloire et des avantages en rapport avec ses mérites, son château de Chaumont n’était pas sans éprouver les effets de son éloignement. En l’absence de Geoffroy, son neveu, Sulpice Ier d’Amboise, qui avait reçu d’abord la moitié de la seigneurie de Chaumont, et auquel son oncle confia tout le domaine, au moment de son départ pour l’Angleterre, soutint fidèlement les droits qu’il pouvait prétendre exercer.
Sur la rive droite de la Cisse , au sommet d’un coteau qui frange, au nord, la vallée verdoyante, un chevalier du nom de Gervais, fils de Lancelin, possédait une terre avec une petite église, ter ram quamclam in Blesensi pacjo sitam, Buriacum nuncupatam. Avec le consentement de son suzerain, Hugues Chapel, vicomte de Châteaudun, et de son frère Geoffroy, il donna cette terre et la chapelle, eeclesiolam, à l’abbaye de Marmoutier. Mais Sulpice revendiqua ses droits sur cette donation. Afin de le gagner à leur cause, les bénédictins lui
Sainte Catherine , statue du xve siècle.
(Eglise de Chaumont.)
Macaulay, Histoire d’Angleterre , chap. Ier.
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remirent cinquante sols par les mains de frère Hugues, et, par ce moyen, Sulpice se désista de toute prétention, d’accord avec son épouse Denise, en présence des moines Hugues et Sulpice, du prêtre Gombaud, chapelain de la mère de Gervaise, de Gosbert, prévôt de Chaumont, d’André, serviteur des religieux, et aussi de Bastide, mère de Gervaise; l’acte relatif à Bury fut rédigé en 1080, la dix-septième année du gouvernement de l’abbé Barlhélemi.
Au nombre des gentilshommes qui habitaient alors Chaumont, on voit Maurice Eschirpel. Vers 1081, ce chevalier donna « à Saint-Martin de Marmoutier un bois, sur le territoire de Chaumont ». Sulpice accorda sa continuation pour le don « de la partie de sa forêt de Chaumont, laquelle tenait de lui le chevalier Maurice, dit Eschirpel ». Les témoins de cette ratification furent Gosbert, prévôt de Chaumont, Geoffroy, « fillâtre de Guarin de Fontanilis, » et Hugues de Fermeté ; la donation fut également ratifiée par Maurice, fils du bienfaiteur. Lon gtemps après, sous l’abbé Guillaume, qui gouverna Marmoutier au début du xii° siècle, Maurice Eschirpel voulut revenir sur ce fait. Enfin, « touché par la grâce de Dieu et l’amour de saint Martin, » il finit par confirmer pleinement la fondation, ainsi que sa femme Ameline, leur fils Mathieu, et leurs filles Agnès et Majentia, en présence de Hardouin, neveu de Maurice, de Renaud, fils d’Espiart, et de Gosbert Preratus.
Il ne faudrait pas s’imaginer que les lauriers de la paix fleurissaient ainsi, en tout temps, à l’ombre de la forteresse chaumontoise. Sulpice eut souvent maille à partir avec les comtes d’Anjou. A celte époque, la suzeraineté d’Amboise était partagée entre trois seigneurs. Sulpice avait pour siège de son fief la Tour de pierre, Fulcois de Thorigny occupait la Motte, et Ernoul de Meung était gouverneur du palais, ou .domicilium, des comtes angevins. C’était tout naturellement un nid à continuelles rivalités. Une nuit que Sulpice reposait dans son donjon amboisien, sur un rapport perfide de Fulcois, il fut surpris par les soldats du comte Foulques Réchin, qui l’emmena prisonnier à Angers. Mais le comte Geoffroy le Barbu ne tarda pas à réparer cette iniquité en lui rendant la liberté et le donjon, dont la garnison promit le serment à la fois au comte d’Anjou et au seigneur de Chaumont, qui, d’ailleurs, remit à titre de caution son fils Hugues1.
Sulpice, il est vrai, trouva dans l’amitié des siens un ferme soutien au milieu des difficultés. Sa femme, Denise, l’entourait de l’affec-
1 Au sujet des détails de ces démêlés, nous prenons la liberté de renvoyer le lecteur à 1 ouvrage: Amboise, le Château, la Ville et le Canton. Tours, Marne, 1897, in-4» de 616 pages (cf. p. 39-46).