VU MONT. EACADE ORIENTALE
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Geoffroy envahit les terres en deçà et au delà de la Loire. Sans s’arrêter à faire le siège d’Amboise, il attaqua l’armée du seigneur au lieu dit « Pont du Moulin ». La lutte fut si ardente que la nuit seule mit fin au combat. Sulpice était secondé par de vaillants chevaliers tels que Simon de Beaugency, Arnold de Yierzon, Ours de Freteval, Geoffroy Burel et d’autres, qui étaient suivis de nombreux gentilshommes du Berry, de l’Orléanais et du pays chartrain, en sorte que la « clientèle des Blésois et de Forêt-Longue » était de tout point remarquable. Aussi le comte, indépendamment des prisonniers, vit la plus grande partie des chevaux mis hors de combat. Comme l’on approchait du temps de l’Avent, où la Trêve - Dieu étendait son influence bienfaisante, on fit la paix; Sulpice rendit les prisonniers, et tout rentra dans l’ordre.
Le souffle des croisades apportait d’ailleurs avec lui des inspirations pacifiques pour la vieille Europe. Hugues prit la croix et partit pour la Terre sainte avec le comte Foulques, roi de Jérusalem, et il y demeura quelques années. Pendant ce temps, suivant les réflexions du chroniqueur, éloquentes dans leur laconisme, « la terre goûta le silence de la paix. »
Néanmoins le seigneur de Chaumont connut de nouvelles difficultés. A la mort du comte de Vendôme, son fils Jean, d’un naturel ardent, s’allia avec Renaud du Château, — d’où Château-Renault, — que Sulpice avait mécontenté dans une question de partage. Il paraît que, prenant les devants, ce dernier envahit les domaines de Renaud. Aussitôt le comte Jean d’accourir et de joindre ses troupes à celles de son allié. L’un et l’autre les disposèrent dans des passages difficiles, tandis que Sulpice développa ses hommes en pleine campagne. Le premier choc fut si violent (pie l’ost des Vendômois fut rompu, et le comte Jean fait prisonnier avec nombre de soldats. Le noble captif fut conduit dans la forteresse chaumontoise et mis en sûreté dans un cachot à l’abri de toute évasion.
Suivant la pensée de Sénèque, res inquiéta, félicitas , Sulpice triomphant ne sut pas se défendre d’injustices à l’égard du comte d’Anjou, Geoffroy IV. Il plaça bonne garnison dans ses chastels de Chaumont et de Montrichard, et, pour ce qui est d’Amboise, après avoir mis la forteresse en état, il la confia à son cousin Guillaume de Lignières. Geoffroy Plantagenet marcha contre Sulpice, et déjà son armée avait atteint Montloë, Monslaudiacus, que l’on eut tort de traduire plus tard par Monllouis. Par bonheur, l’archevêque Hugues, dans son désir d’empêcher l’effusion du sang, intervint et amena une solution pacifique.
Mais ce ne fut pas pour longtemps. Enflé par l’orgueil de sa puis-
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sance, Sulpice n’hésitait pas à faire bon marché des droits des comtes d’Anjou et de Blésois. Non content de pousser des incursions sur leurs terres et de troubler le commerce des marchands, il donnait l’hospitalité à ceux qui se déclaraient leurs adversaires, et son amour du lucre
y trouvait son compte. Il est vrai que le seigneur était parfois puni par où il avait péché. Une fois qu un pieux pèlerin revenait d’accomplir ses dévotions à Saint- Jacques de Compostelle et remontait le cours de la Loire, les gens de Sulpice lui dérobèrent sa monture. Mal lui en prit, et un jour qu’il montait le coursier, il lut désarçonné ; son armure se rompit et il éprouva une vive douleur dont il ne fut débarrassé qu’en rendant l’objet du larcin et en faisant lui-même un voyage à Saint - Jacques en Espagne.
Aussi bien , ses déprédations sur une grande échelle en firent un voisin redoutable et redouté.
Vis-à-vis du comte Geoffroy, il commit l’imprudence de dévaster ses possessions, de Genillé à Loches , et de brûler Bray, depuis Reignac ; au comte de Blois, il prit et brûla la forteresse de Bury, sur les bords de la Cisse.
En retour, le seigneur de Chaumont eut la satisfaction de se rapprocher de son frère Hugues, à sa rentrée de la Terre sainte. Ce dernier, recherché pour l’élégance de ses traits et de son langage, jouissait de l’amitié des princes, et le roi de France, Louis, lui donna un beau domaine dans l’Orléanais. Il avait uni son existence à celle de Lisoie, fille de Geoffroy le Roux, seigneur de Colombier, depuis N ilia n d ry . Comme il n’avait pas d’héritier, Sulpice n’en souhaitait que plus vivement raffermir leur union et lui témoigna toute sa confiance.
C’était d’autant plus à propos que Sulpice allait se mettre sur les bras une nouvelle affaire. Dans l’enivrement du succès, il refusa la
Geoffroy IV Plantagenet, émail du xne siècle. (Musée du Mans.)
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foi et l'hommage à son suzerain, Thibault comte de Blois. Celui-ci fortifia le chastel des Montils sur la rive gauche de la Loire, et installa son camp à Cangy, qui fut brûlé. Mais une fois de plus T intervention d’amis de la paix empêcha la lutte. Thibault n'hésita pas à promettre des gages. En sa cour de Blois, oh se trouvait alors le comte d’Anjou, il s’engagea à ne pas élever de forteresse entre Blois et Chaumont.
Le naturel hautain et belliqueux de Sulpice ne lui enlevait pas tout sentiment du cœur, et le seigneur de Chaumont fui frappé dans ses affections familiales. Il perdit ses deux filles Elizabeth et Denise. L’épouse d’André d’Aluie mourut de phtisie, non sans laisser à son mari la consolation d’avoir deux enfants, Hugues et Agnès; elle reçut la sépulture à Pontlevoy, le 10 juillet. Quant à sa sœur, qui avait eu de Ebbon, seigneur de Déols, deux garçons, Raoul et Eudes ou Odon, elle fut emportée au milieu de la vénération et des larmes de tous, et les religieux du monastère de Déols l’ense.velirent dans leur cloître auprès du mur de l’église conventuelle.
Un autre décès devait faire un vide d’un genre différent dans l’existence de Sulpice. Le frère de celui-ci, Hugues, avait été gagné par les flatteries des chevaliers de Montbazon. Ils l’invitèrent tà un repas, et, à la suite du dîner, il fut emporté soudainement. Le bruit se répandit, entretenu par ceux qui virent le cadavre, que Hugues était mort victime du poison; mais, remarque le chroniqueur, « la vérité n’est pas encore faite à ce sujet. » Quoiqu’il en soit , ce décès arriva le 9 janvier.
Du reste, la rivalité entre les seigneurs de Chaumont et de Châteaurenaull n’était pas éteinte, et une étincelle suffît à la rallumer. Le chevalier Renault avait jadis promis sa fille Sy bille pour Hugues, fils de Sulpice, et l’avait remise à celui-ci; mais, par suite des liens de parenté, à la demande du comte de Blois et des prélats, le seigneur de Chaumont dut rendre Sybille. Celle-ci fut épousée par Josselin d’Auneau, qui posséda cette terre jusque vers 1144. Pour se venger, Sulpice attaqua Châteaurenault en temps de carême, et brûla le bourg à l’exception de 1 église et de la citadelle.
La vie religieuse n’avait pas trop à souffrir de ces troubles. Au milieu du xnc siècle, le saint-siège était occupé par le pape Luce IL En 1144, il donna une bulle en faveur de l’abbaye de Pontlevoy. Dans le document pontifical sont mentionnées les deux églises de Chaumont, Saint-Nicolas et Saint-Martin, comme relevant de l’abbaye bénédictine. Un peu plus tard, le 24 juin 1148, s’il faut en croire une pièce relative à l’abbaye de Tiron, Sulpice, ainsi que Hugues,
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vicomte de Châteaudun et seigneur de Montdoubleau , auraient alors exempté ce couvent des droits de rachat, de vente, d'iiost et de chevauchée, de relief, etc., dus pour ses biens dans les fiefs des dits seigneurs. L’original fait défaut et il s’agit d’une copie collationnée du xvne siècle sur papier, conservée aux archives de Loir-et-Cher. Certaines formules de l’acte, telles que Calidi Montis super Ligerim dominus, que l’on ne voit point au moyen âge à propos de Chaumont, pourraient faire croire que nous sommes en présence de la copie collationnée d’un acte, sinon supposé, du moins dont on a depuis rajeuni certaines formules. On prétend, d’ailleurs, que les moines de Tiron ne connaissaient pas à cet égard les scrupules d’un stylet sans reproches1.
Le développement de la vie féodale nous amène à dire quelques mots du nerf de la paix aussi bien que de la guerre, de la frappe des monnaies. Avec la décadence de la dynastie carolingienne et l’hérédité des bénéfices et des charges publics, les suzerains s’attribuèrent le droit de battre monnaie. Les puissants comtes de Blois ne furent pas les derniers à en user, et, après celte époque, on ne voit plus sortir de pièces royales de l’atelier blésois, en pleine activité sous le roi Eudes, et dont treize variétés ont été publiées par M. de la Saussaye. Comme aucune des monnaies comtales ne porte l’effigie ni le nom des personnages, il est difficile de préciser l’époque à laquelle on a commencé à les frapper. On n’a pas encore trouvé de stipulation antérieure à celle de 11(39, sous Thibault Y, donnée par l'historien Bernier. Ces pièces sont des deniers et des oboles. J’ai parlé d’effigie : le droit, sans légende, montre des lignes étranges dans lesquelles les numismates les plus distingués ont reconnu la dégénérescence de copie d’une même tête de profil. L’avers garde la croix commune à toutes les monnaies du temps, avec la légende Blesis Castro. Quant aux comtes de la maison de Châtillon, à 1 instar de leurs prédécesseurs, ils frappèrent une monnaie à leur nom. A partir du moment où la ville fut protégée par son enceinte, l’atelier monétaire cessa d’occuper le château pour être installé dans un bâtiment dont il subsiste la tourelle d’escalier, dite <( Tour d’argent ». La frappe au nom des comtes cessera en 1328, époque à laquelle Gui Ier vendit son droit de monnayage à Philippe de Valois2.
La mort se préparait à frapper les deux chefs des puissantes mai-
1 Cf. dans la Bibliothèque de l'École des chartes, t. XV, 1853, Les chartes fausses de l’abbaye de liron, par L. Merlet, ancien archiviste d'Eure-et-Loir.
2 Revue numismatique, 1838, p. 358-359. — Preuves de l' Histoire de Blois. — Cf. l’étude de M. E. Cartier sur les monnaies chartraines, et un article de M. A. de Longpérier qui fixe la valeur de ce type. ( Revue numismatique, 1844, p. 409, etc.; 1859, p. 242-44.)
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sons de Blois et d’Anjou. Thibault III ou le Grand, par son décès arrivé en 1152, laissa ses domaines à ses fils, Henri, qui eul la Brie et la Champagne, Thibault IV, qui reçut le Blésois et le Chartrain, et Etienne, qui obtint le Sacre-César avec ses dépendances. A son tour, le comte angevin Geoffroy, de Mathilde, fille de Henri, roi (f Angleterre, laissa trois fils: Henri, Geoffroy et Guillaume. Or, le seigneur de Chaumont, renonçant aux traditions domestiques, tourna le dos aux comtes du Blésois pour s’entendre avec les comtes d’Anjou.
Il conseilla à Henri de refuser l’hommage féodal au comte Thibault , et lui -même, donnant l’exemple , refusa cet hommage au sujet de ses domaines des bords de la Loire, et remit aux mains de son lils Hugues Chaumont et ce qu’il possédait dans le fief du comte de Blois. Ce dernier recourut à la force des armes pour soutenir ses droits méconnus.
Cette lutte devait être fatale à Sulpice, qui fut victime de la trahison de l’un de ses chevaliers les plus intimes. Il s’agit d’un col 1 ibert de l’abbaye de Saint-Laumer, nommé Crispin de Mindray, dont le père était llaoul Cuiard de Candé, tous deux gens d’un naturel remuant et perfide. Crispin, qui avait épousé une fille de Garin de Chouzé, servante du seigneur de Chaumont, prêtait une oreille complaisante à tous les projets de ce dernier et les dénonçait aussitôt au comte de Blois. Il s’engagea même à lui livrer Sulpice mort ou vif. Le complot fut découvert, et Crispin se retira à Blois, où il reçut la garde de la forteresse.
De son côté, le seigneur de Chaumont, sans perdre un instant, fortifia la motte de Mindray. Ce fut l’objectif contre lequel Thibault IV dirigea ses chevaliers et ses fantassins. Sulpice, pour lui tenir tête, rassembla toutes ses forces. Il se trouvait, à cet effet, à Amboise, dans sa demeure auprès de l’église de Saint-Thomas, lorsqu’il fut visité par sa mère. La vénérable matrone aux cheveux blancs lui représenta, tout en larmes, le péril de la situation et la disproportion
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des troupes, le conjurant, au nom de l’amour maternel, de renoncer à cette lutte inégale. Sulpice lui répondit qu’il avait foi en la bravoure de ses soldats, qui valaient bien ceux de Thibault et de Robert, frère du roi de France.
Les deux armées étaient réunies, quand le comte de Blois, usant de ruse, invite Sulpice à une entrevue. Pendant le colloque, les hommes du comte passent le Beuvron aux Montils, et, évitant les haies épaisses de Mindray, observent les bois de Chaumont et rapportent au comte ce. qu’ils ont vu. Sur-le-champ Thibault rompt l’entretien et s’élance à leur suite. Il pénètre soudain dans Mindray, où il trouve les hommes surpris et désarmés, dans l’attente du retour de leur maître, et ceux-ci, subitement attaqués par devant et par derrière, prennent la fuite. Quand Sulpice revient de l’entrevue, il est fait prisonnier avec ses fils Hugues et Hervé, avec ses cousins Jean de Lignières, Seguin Rallier et André d’Aluie, et de nombreux cavaliers et fantassins.
Un bon nombre parvinrent à s’échapper, et parmi eux Jaquelin de Maillé, Thibault des Roches et Ridel de Rilli. Ils volent à Chaumont et mettent la forteresse en état de défense. A leur suite, les ennemis arrivent au bourg, qu’ils livrent au pillage; mais, à leur retour, ils sont attaqués par un bataillon caché dans les bois, qui leur enlève le butin et fait deux cents prisonniers. A cette nouvelle, le comte défend que l’on ne donne de nourriture à Sulpice et aux siens jusqu’à ce que les prisonniers soient remis en liberté. Sans attendre, la bonne dame Agnès, en proie à la terreur, s’empressa de rendre les captifs.
Les partisans de Sulpice, tout désorientés, songent alors à son frère Oudin, seigneur de Jaligny, et lui envoient en hâte un messager pour le prier de venir à leur secours. Sur-le-champ Oudin confie son domaine à un proche parent, Archambaud de Bourbon, et vient se mettre à la tête de la place. De son côté, le comte met le siège devant Chaumont et tente un assaut où « clameurs, flèches, épées, lances, torches, quartiers de rochers et autres engins font rage ». Les assiégés se défendirent avec courage et quelques-uns seulement furent pris. L’armée blésoise perdit plusieurs de ses hommes et brûla « la porte occidentale du bourg; en dehors du fossé ».
Le comte en fut quitte pour abandonner le siège, mais il comptait beaucoup sur la personne de ses otages. Sulpice, jeté dans les cachots de Chàteaudun, fut confié au geôlier Barthelemi Guine ou Cugné, qui s’ingénia à le torturer. Thibault se promit de ne recevoir pour la rançon ni or, ni argent, ni autre objet, tant qu'on n’aurait pas livré la forteresse. Les défenseurs de celle-ci refusèrent de céder et Sulpice
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sentit, s’aggraver le poids de ses chaînes et la dureté des tourments; on alla même jusqu’à l’étendre sur un chevalet , tant et si bien qu’il rendit l’âme dans les fers, le 24- août 1 153.
Les restes du seigneur ne devaient pas rejoindre les cendres de ses ancêtres. Les moines voulurent les transporter à Pontlevoy, mais le comte s’y opposa. Alors les religieux de Châteaudun l’ensevelirent en l’église de Saint-Yalérien , dans un tombeau convenable. Mais les comtes d’Anjou ne pouvaient oublier la mémoire de leur allié, et Henri, duc de Normandie et d’Aquitaine, profita de ce que le comte Thibault lui prenait le fief de Fréteval pour entrer en lice. Il rangea ses troupes en un endroit situé entre Vendôme et Fréteval. On combattit avec acharnement, mais les soldats du duc lâchèrent piecl, et son frère Geoffroy fut pris avec nombre de chevaliers.
Sur ces entrefaites, Oudin éprouva le besoin de revoir son domaine et s’ouvrit de son dessein à la vénérable douairière de Chaumont et à ses amis. Il remit la direction de la forteresse à des mains sûres et partit. Or, au moment où il s’y attendait le moins, il apprit un certain jour par un message que la forteresse de Chaumont était menacée. Le comte Thibault gardait en prison Geoffroy, frère du duc, et se refusait à lui rendre sa liberté, tant que cette place ne serait pas ruinée. Sur le conseil de sa mère Mathilde, le duc Henri intervint dans l’affaire, et, après en avoir conféré avec la veuve et les officiers,
11 accepta la condition , si dure qu’elle fût, avec la clause expresse que Thibault mettrait en liberté son frère, les enfants de Sulpice et les autres prisonniers. Il est vrai que, au cours de l’entretien, le duc avait promis aux intéressés la restauration de la place démantelée.
On sait que le duc Henri ne tarda pas à faire la paix avec le comte Thibault, et qu’après la mort du roi Etienne, il alla mettre sur sa tête la couronne d’Angleterre. Encore un peu et le seigneur Oudin va succomber à son tour. Comme il avait formé le projet de se rendre à Saint- Cilles, il fut victime d’une trahison de la part de quelques-uns de ses hommes, qui l’assassinèrent dans un guet-apens. Ses domaines passèrent aux mains de son neveu Hugues, qui vint recevoir l’hommage de ses sujets. Sa tante Elizabeth, qui, depuis la mort cruelle de son mari, était accablée de chagrin, lui avait donné Jaligny et tout ce qu elle possédait en son pays d’Auvergne. Elle ne survécut pas longtemps à ces événements. Sa constitution, brisée par « l’arthritisme », succomba sous le poids, et elle rendit le dernier soupir le
12 octobre; ses restes furent inhumés à Pontlevoy, aux côtés de sa fille, appelée du même nom.
Avec Hugues II la vie chaumon toise entra dans une période plus
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calme. Il possédait des domaines importants, comme ceux de Chaumont, d’Amboise, de Montrichard, de Bléré et de Jaligny; mais son humeur n’était pas inquiète et remuante. Un contemporain, qui l’avait vu à l'œuvre, vante « ses mœurs très douces, sa piété, sa libéralité et sa bonté ». Celui qui parle ainsi est l’auteur des Gesta, et nous ne pouvons que regretter qu’il se soit borné à cette simple mention, sous le prétexte qu’on le « voit » en action. En effet, l’historien qui nous a servi de guide a été pour nous un fil conducteur précieux à travers le labyrinthe du moyen âge. D’ailleurs, son récit, qui comprend environ quatre-vingts pages en latin, loin d’offrir la sécheresse d’une chronique décharnée, s’enveloppe agréablement de réflexions et de considérations dans lesquelles l’érudition classique joue un rôle, sinon toujours discret, au moins reposant et instructif. La forme de la narration n'est point barbare, et, si l'écrivain regrette « le style insuffisamment poli de son petit talent », du moins il a réussi à en bannir l’aridité. Il fait preuve de sincérité dans la recherche et l’exposition des faits, et il n’hésite pas à user du blâme énergique, aussi bien que de l’éloge, quand il s’agit d’apprécier les actions des seigneurs dont la vie constitue la trame de son livre.
Ainsi privés des informations recueillies « en diverses sources écrites » ou vérifiées sur le vif, nous sommes réduits aux renseignements assez rares que l’on rencontre dans les chartes. Elles nous apprennent, en particulier, que le seigneur de Chaumont ne se faisait pas prier pour ratifier les fondations pieuses dans l’étendue de ses domaines. En la cour de Hugues, à Amboise, en 1164, un certain Gofïier, ses fils et ses filles, à l’occasion de l’entrée en religion d’un fils, Sulpice , firent don à Marmoutier de trois arpents de prés, « situés sur la Cisse , entre Monteaux et la Loire; » parmi les noms des enfants se voit Ilainier ou Régnier. Hugues II confirma cette donation « en présence des religieux : Archambaud de Vendôme; Liret, prévôt; Aimery de Mosnes; Ervé , aumônier, et B..., porte-crosse. »
Hugues II avait uni son existence à celle d’une des familles les plus considérables du pays. Sa femme, Mahaut ou Mathilde, était fille de Jean 1er de Vendôme et de Richilde de Lavardin. Elle orna le foyer domestique d'une gracieuse couronne d’enfants. La grande salle du château et les terrasses s’animaient des joyeux ébats de quatre garçons : Sulpice, Hugues, Guillaume et Jean. Une gaieté plus douce, mais non moins heureuse, s’épanouissait sur le visage des tilles : Isabelle, Agnès, Denise et Mathilde. Avec une douceur qui n’excluait pas la fermeté, la dame de Chaumont veillait à l'éducation des enfants. Son mari,
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grâce à ses procédés empreints de déférence, entretenait des rapports excellents avec les comtes de Blois.
Hugues d’Amboise se trouvait à la cour de Thibault Y quand, un certain jour de l'année 1182 (a. s.), le comte se concerta avec sa femme Alice, ses fils Thibault, Louis et Henri, ses filles Marguerite et Isabelle, en vue de faire une fondation à Marmoutier « pour un anniversaire et pour l’intention de leurs parents ». Les bienfaiteurs concédaient au couvent une rente annuelle de 10 livres à percevoir, à la fête de saint Rémi, sur les moulins à foulon de Blois. A la suite du seigneur Hugues, on voit d’autres témoins comme le chapelain Renaud, le clerc Aignan, le maréchal Herbert et le camérier Foulques; et une note rappelle que l’acte était « scellé en cire verte ».
On sait que le comte Thibault V se croisa pour la Terre sainte et mourut au siège de Saint- Jean- d’Acre , en 1191. Son lils, le comte Louis, qui devait, quatorze ans plus tard, trouver lui aussi la mort sous le ciel d’Orient, à Andrinople, continua les traditions de ses ancêtres. Quant au seigneur de Chaumont, il se réjouit de ce qu’un mariage resserrât encore les liens qui l'unissaient aux puissants suzerains, les comtes de Blois et de Chartres. Isabeau ou Isabelle, deuxième lille de Thibault et d’Alice de France, donna sa main au fds aîné, Sulpice. Hugues II mourut à Amboise, non sans goûter la joie de voir tous ses enfants entourés de l’estime et de la sympathie. Guillaume fut chanoine de Chartres; Jean obtint la main de Marguerite de Berrie, lille de Renaud de Berrie en Loudunois; Isabelle, ou Elizabeth, fut comtesse d’Angoulême ; Agnès devint comtesse d’Evreux , et Denise fut dame d’Azay-sur-Cher.
Sulpice III hérita des domaines de Chaumont, ainsi que de ceux d’Amboise et de Bléré. La censive des seigneurs de Chaumont comprenait des immeubles en la ville de Blois, en particulier dans le fief des comtes. Jean le Gros ayant vendu à l’abbaye de Notre-Dame-de- Bourgmoyen une maison sise devant l’église conventuelle, à cette occasion le monastère lit un échange avec Sulpice III, dans la censive duquel elle se trouvait et qui tenait le cens en fief du comte de Blois. Au lieu du cens de quinze deniers, les religieux convinrent de fournir audit seigneur une rente de dix- huit deniers à percevoir en lieu avantageux, à Blois, sur les droits de ventes et de relief. L’abbaye aura la maison exempte de cens, et Sulpice tiendra ladite rente, comme il tenait le cens, au fief du comte.
Le seigneur de Chaumont étendait ses libéralités à quelques abbayes de Touraine, et, parmi celles-ci, au couvent cistercien de Fontaines-les-Blanches, paroisse d’Autrèches. De concert avec sa
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mère Mathilde, ses frères Hugues et Jean, ses sœurs Agnès et Denise, Sulpiee III fit un don à l’abbaye de Fontaines-les-Blanches. Il leur bailla le droit d’usage du bois mort et vif dans la forêt de Gastine , pour servir à la réparation de la grange que les religieux avaient à Vendôme, et dite Cresimentum. Dans une autre circonstance, en 1196, Sulpiee donna à l’abbaye de Fontaines un demi-muid de froment, « à prendre au meilleur tas dans le moulin de Braia, au pont d’Amboise, le jour de son décès ». En même temps, il leur lit remise des douze deniers de cens qu’ils payaient à son père, à Limerav.
Entre le foyer domestique et le monastère régnaient un perpétuel courant d’idées et un échange ininterrompu de sentiments et de pratiques qui avaient leurs sources dans les croyances chrétiennes. Dans la contrée, l'abbaye de Pontlevoy était plus spécialement le centre vers lequel se sentaient attirées les âmes éprises de la vie de prière, de contemplation et d’études. Parmi les toits modestes, abritant des vies laborieuses et fécondes, Chaumont comptait celui de Raoul. L’un des enfants avait pris le froc à Pontlevoy, un autre avait pris femme, et sa compagne se nommait Mahaut ou Mahoc. Il leur naquit une fille qui fut appelée Dalmas. Raoul de Chaumont quitta le premier ce monde et l’on n’êut garde d’oublier les mânes du défunt. La veuve, afin d’avoir des prières « pour l’âme du mort et la sienne », donna au monastère une mine de blé à prendre annuellement dans sa terre, à Bois-Arraut, de façon que « si par hasard on ne récoltait qu’une seule mine, elle reviendrait aux religieux ». Au nombre des témoins, on remarque leur fille Dalmas et son oncle, le moine Pierre, Raimond de la Varenne, Raimond d’Ouchamps, Henri Métivier, avec son frère Gauguen, et Geoffroy de Mosnes.
Sous tel autre toit, comme celui des Gofer, on ne comprenait pas autrement le cours de la vie et la fin de l’existence. Au mois de juin 1196, Régnier Gofer, de Chaumont, voyant arriver ses derniers moments, chargea son iils Robert et son frère Geoffroy d’appeler les religieux pontiléviens. Il demanda à ces derniers de revêtir l'habit monastique dans lequel il souhaitait mourir. En même temps, il laissa une fondation annuelle de deux setiers de blé, l’un dans sa dîme de Fahresium et l'autre dans sa dîme de Vernonium. La sépulture eut lieu dans le monastère, et ensuite le fils du défunt renouvela la donation , en présence de Gilon de Candé , alors chapelain de Chaumont , Raoul de Mosnes, Geoffroy, son oncle, et d’autres.
De son côté, Raoul de Mosnes, sur le point de mourir, « pour lui et ses parents, » et du consentement de ses fils Geoffroy et Raoul, fît don à l’abbaye d’une « rente de cinq sous en monnaie angevine », â
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prendre sur l’immeuble de Forgard de Yalères, à la fêle de saint Brice. Parmi les témoins, on relève Jean, 1 ils de Hugues d’Amboise , Eude de Cormeray et Guillaume de Limeray.
Au soir du xn° siècle, comme à l’aube, les seigneurs de Chaumont dirigeaient leurs aspirations religieuses et leurs pieuses libéralités vers l’abbaye de Pontlevoy, qui enveloppait la mémoire et les cendres des ancêtres dans le perpétuel murmure des dolentes oraisons et des divins suffrages. L’année 1196 nous offre un nouvel exemple de cet échange de bons procédés.
Un certain Hugues d’Azay ( sans doute Azay-sur-Cher) avait acquis de Hubert de Celerelis une dîme située sur la paroisse de Pontlevoy et dite de Cbarbonneau ou Charbonnel. Peu de temps après, du gré de sa femme Neptia, il céda la dîme à Mathilde, veuve de Hugues et mère de Sulpice III, l’un el l’autre en ayant manifesté le désir.
A son tour, du consentement de son lils, Mathilde donna cette dîme en tou le propriété à l'abbaye pontilévienne « pour l’àme de son père et de son mari ». A cette intention, les religieux s’engagèrent à célébrer chaque jour une messe, et chaque année un anniversaire « en chappes », pour l’âme du défunt seigneur Hugues, ainsi que deux autres anniversaires, aussi « en chappes », l’un pour Mathilde et son lils Sulpice, et un autre commun à ses frères Hugues, Jean, Guillaume, et à ses sœurs : Elizabeth, comtesse d’Angoulême ; Agnès, comtesse d’Evreux; Denise et Mathilde. Parmi les témoins, on voit Robert Marque, Guillaume Ferris, Hervé Barbillon, Renaud Gauguen, le prévôt Josbert, Mathieu, prévôt de Chaumont, Jean Gallus et son fils Pierre, Barthélemi Sechillon , Pierre de Gautier, Garin de Fenis, Jean Lopin, et Guillaume, prieur de Saint-Thomas d’Amboise. A l’acte original en parchemin, déposé aux archives de Loir-et-Cher, est appendu un sceau de cire verte sur lacs de soie jaune ; il est assez bien conservé et représente le sire de Chaumont et d’Amboise ayant toute sa barbe, à cheval, en costume de chasse, un faucon sur la main
liMÆ
Sceau de Sulpice III, seigneur de Chaumont. (Archives de Loir-et-Cher.)
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gauche; la légende rompue devait être : si [gillum Sulpicii domini Am] bazie [n] s | is] ; il n’y a pas de contre-sceau1.
S inspirant du sentiment de générosité qui lui mérita le surnom de Sulpice le Bon, Sulpice III, en l’année 1198, fonda à l’extrémité de la forêt d’Amboise, sur la paroisse de Souvigny, le prieuré de Montoussant ou Montaucent; l’archevêque de Tours Barthélemy ratifia la donation. Cet établissement religieux était placé sous la dépendance du prieuré de Bois-Rahier ou de Grandmont- lès- Tours , et fut réuni au séminaire diocésain au xvnC siècle. A cette heure, au milieu d’un bois touffu et dans un site sauvage, se dressent les ruines pittoresques de la chapelle prieurale, privée de son toit et qui garde des vestiges de peintures murales.
De son côté, la pieuse douairière de Chaumont n’avait garde de se laisser vaincre en largesses par son fils, qui d’ailleurs avait hérité d’elle ses meilleures dispositions. En 1198, dame Mathilde donna à la chartreuse de Notre-Dame-du-Liget une rente de vingt sous angevins à percevoir sur les cens qu elle possédait à Azay, pour acheter la cire nécessaire au luminaire de I église conventuelle, ainsi que deux bouteilles d’huile de noix, le tout payable à la Saint-Martin d’hiver. La donatrice avait plus particulièrement en vue le bien de son âme et de celle de son mari; elle obtint sans peine l’agrément de ses enfants et le consentement de Barthélemy, archevêque de Tours.
Cependant Mathilde était arrivée au faîte d’une vieillesse auguste, entourée de la vénération, non seulement de ses enfants et petitsenfants, mais encore de tous ceux qui l’approchaient et de la contrée tout entière. Pieuse envers Dieu, elle était secourable aux déshérités et pleine de mansuétude pour tous, petits et grands. L’aïeule aux cheveux blancs apparaissait sous le toit de Chaumont comme la bonne fée protectrice, personnifiant les vertus les plus aimables et les traditions les plus chères. Elle rendit sa belle âme au Créateur au commencement du mois de février 1200, et, suivant son désir, elle reçut la sépulture, le trois de ce mois, dans l’abbatiale de Fontaines-les-Blanches. Les obsèques furent célébrées très solennellement en présence de Jean, évêque de Dol, de Hamelin, évêque du Mans, des abbés de Fontaines, de Pontlevoy et de l’Etoile; la noblesse des environs avait tenu, elle aussi, à témoigner de ses regrets pour la mémoire de la dame de Chaumont. L’église conventuelle a été détruite, mais, au milieu d’une
1 Ce sceau a été dessiné par D. Cliazal dans son Histoire manuscrite de Pontlevoy, 2e partie, à la fin de la charte 33e, et a été reproduit par M. l’abbé Métais, dans le Cartulaire Jjlésois de Marmoutier, planche xv, n° 29. — Arch. de L.-et-C. II., abbaye de Pontlevoy. — B. N., D. Ilousseau, n« 2095, analyse par Mabille.
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aimable solitude, il subsiste encore de curieux bâtiments, parmi lesquels le logement de l’abbé avec une belle salle voûtée du xve siècle, une porte d’entrée ornée d’une statue de la Vierge, de la Renaissance, ainsi que la très curieuse prison monastique, de forme carrée avec contreforts, rare spécimen de ce genre de construction.
On ne pouvait mieux consacrer le souvenir de la dévote dame qu’à l’aide d’une fondation pie. Par « acte fait à Fontaines, le jour même où y fut inhumée dame Mathilde, de vénérable mémoire, en l’an de grâce 1199 » (a. s.), ses enfants eurent la bonne pensée de marquer cette solennité douloureuse par une œuvre de bienfaisance, capable de réjouir les mânes de la défunte. Du consentement de sa femme Isabelle, de ses frères Hugues, Jean et Guillaume, et de ses sœurs Denise et Isabelle, pour le repos de l’âme de leur mère, Sulpice III accorda la liberté à Martin de Méré et à ses hoirs, en les exemptant de toute charge et de toute redevance, et en leur permettant d’habiter où il leur plairait.
En outre, quelques jours plus tard, le 17 février, à Amboise, Sulpice III, avec le consentement des mêmes personnes, fit un don aux religieux du prieuré de Saint- Jean-du-Grès , en la paroisse d’Azaysur-Cher. Pour « les âmes de ses père et mère », il octroya au couvent la dîme de sept arpents de vigne « situés autour de l’étang et dans l’hébergement au-dessus de l’étang ». Ajoutons qu’à quelque temps de là, Sulpice III assistait à un contrat par lequel le seigneur de Rochecorbon , Robert de Prenne , faisait une transaction avec les bénédictins de Saint-Julien de Tours; il s’agissait d’un homme que ceux-ci devaient fournir au seigneur lorsqu’il guerroyait pour le service du comte d’Anjou. L’arrangement prévoit le cas où ledit homme mourrait pendant la campagne et limite les obligations des moines.
Le seigneur de Chaumont conservait vivace, au fond de son cœur, le souvenir de sa mère, et pour l’entretenir, de temps à autre, il accordait des libéralités aux couvents, et plus particulièrement à celui qui gardait la dépouille mortelle de dame Mathilde. Par acte de 1201, passé à Amboise, « pour l’amour de Dieu, l’âme de sa mère Mathilde d’heureuse mémoire, » il donna à l’abbaye de Fontaines une rente à percevoir dans sa dîme de Villebarou, et consistant en trois muids de blé, savoir dix-huit setiers de froment, un muid de méteil et un demimuid d’orge. Le seigneur avait l’agrément de sa femme Isabelle, de son lils Jean, de ses frères Hugues, Jean et Guillaume, de ses sœurs Isabelle, Agnès et Denise1.
Au nombre des témoins figurent Seincel, abbé de Pontlevoy, Robert Marcus, Hum-
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Les acquisitions que faisait parfois Sulpice III étaient pour lui l’occasion de nouveaux actes de générosité. Il acheta de Geoffroy Go lier ou Goffier, et de sa femme Mathée ou Mathieu, ayant deux fils, Geoffroy et Gui, ainsi que du frère de celle-ci, Guérin d’Avizé, « leur tenure de Fourcher avec tout ce qu’elle comprenait, terres, prés, arbres et autres objets, » pour « quatre-vingts livres de monnaie publique ». Dès lors, il eut la pensée de consacrer ce bien à perpétuer le souvenir « de sa très excellente mère, dont la tendresse souveraine lui restait empreinte au cœur, comme sa mémoire demeurait toujours en bénédiction près de tous, et comme son âme, espère-t-on, jouira à jamais des honneurs célestes ». En conséquence, « pour son âme, pour les siens et surtout pour sa mère, il fit don de celle terre au couvent de Fontaines, où sa mère a été inhumée le lendemain de la Purification de la Vierge Marie, comme elle l'a si vivement désiré »; c’était le 20 mars 1203 (n. s.). Sulpice fut hautement approuvé par les siens, sa femme Elizabeth, son fils Jean et sa fille Mathilde; par ses frères Hugues, Jean et Guillaume, et par ses sœurs Elizabeth, Agnès et Denise, fidèles à donner leur consentement à toute œuvre de bienfaisance1.
A Chaumont, on voyait toujours d’un bon œil la pacification des difficultés, trop inhérentes aux affaires domaniales. Un différend étant survenu entre Isabelle de Fougères avec ses fils, et le prieur de Cornilly, au sujet du bois de Salais, voisin de celui de Saint-Laumer, on convint de partager ledit bois entre les deux parties, de manière que les « hommes de Fougères » auraient, comme autrefois, le droit d’usage. Sulpice ratifia cet accord en même temps que Hervé, comte de Nevers, « en l’année 1203 ».
Les années ne diminuèrent point la vivacité des sentiments d’affection de Sulpice III pour sa mère. Au mois d’octobre 1207, à l'intention de la défunte, il fit une donation importante à l’abbaye bénédictine
baud Gaius, Renaud de l' Ile, Guillaume de Fosse-Maure, Pierre de Mosnes et Cornilleau de Mazères. — B. N., D. Rousseau, t. VI, n° 2155. — Extrait du carlulaire de Fontainesles-Blanches, f° 226.
Entre les années 1 202 et 1221 , des dons furent faits à Fontaines par Thibault de Chançay, Geoffroy Grosserii, Hervé de Pray (de Pereio), Pierre Maude et Mathieu de Saint-Ouen. Les notifications en furent établies par Barthélemy, archevêque de Tours , par Régnault, évêque de Chartres, au point de vue ecclésiastique, et, sous le rapport féodal, par Sulpice d'Amboise, Jean, comte de Vendôme, Philippe Lancelia et Guillaume de Mauléon. — Arch. d’I.-et-L. II. 1 13, abbaye de Fontaines-les-Blanches.
1 Dans les rangs des témoins, on remarque « Hugues de Batemor, Guillaume de Fosse- Maure, Robert Marca , Tliibaud Gaius et son frère, Maurice l'ainé de Saint-Ouen, Pierre de Gaudin, le chevalier Gilbert, Hugues, cellérier de Fontaines, frère Jean, Guillaume la Bête, Geoffroy de Langé, Foulques Coichart, Raimond d’Engoulème » et d’autres assistants. — B. N. Col. D. Rousseau, t. VI, n° 2174; extrait du carlulaire de l'abbaye de N.-D. de Fontaines-les-Blanches., f. 24.
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de Villeloin, dans le lit même du fleuve aussi bien que sur les deux rives de la Loire. La chapelle de bile, qui est devant la porte de la Léproserie d’Amboise, avec bile elle-même et ses dépendances , le fief que Pétronille de Vendôme tenait dudit seigneur, ou la métairie d’Outre-Loire , ainsi que les prés et les eaux que Pétronille avail près de la Cisse, constituaient l'objet du don. En outre, aux religieux qui habitaient l’île , il concéda les revenus d'une foire ou marché qui se tenait à Amboise, le jour de la Chaire de Saint-Pierre, ou le 18 jan-
Fossé de la première enceinte du château, à l'ouest (pont moderne).
vier. En retour, le couvent de Villeloin sera obligé d’entretenir dans cette île deux religieux prêtres qui serviront au culte divin et diront chacun deux messes par semaine pour la dame Mathilde et qui, dans les autres messes, devront faire d’elle une mention spéciale au Mémento; de plus, ils célébreront annuellement son anniversaire le lendemain de la Purification de Notre-Dame, et, en ce jour, ils nourriront un pauvre « comme un des moines ».
De leur côté, les moines de Villeloin abandonnèrent à leurs confrères chargés de desservir la chapelle de bile ce qu’ils ont à Columniers et à Civray , à la réserve de l’église de Civray et de quatorze setiers de blé à Expigny. Quant à ces derniers biens avec les vignes d’Amboise, les religieux de bile n’en jouiront qu'après le décès de Guillaume de Fosse-Maure et de Maurice Berlinni, chanoine d’Amboise, qui les tiennent leur vie durant. En attendant, à litre de compensa-
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tion, le couvent leur assigne huit setiers de blé et soixante sols, à Mareuil, avec l’obligation de compléter, si c’est nécessaire. Nous ajouterons que cette importante fondation du prieuré de l’Ile-d’Amboise, qui fait très grand honneur à la mémoire de Sulpice, sur la demande du seigneur et des religieux, fut confirmée par Geoffroy, archevêque de Tours, en « l'an 1207 ».
La possession des biens temporels, surtout aux époques de transition comme le moyen âge, ne va guère sans des difficultés complexes. Le seigneur de Chaumont apportait beaucoup de mansuétude dans l’aplanissement des obstacles et dans la solution des conflits, et plus d’une fois il voulut recourir à un arbitrage. En l’année 1208, le four banal de Chouzy ayant été le sujet d’une rivalité entre Sulpice et le prieur de celte localité, la veille de la Toussaint, par esprit de paix, le seigneur et l’abbé de Marmoutier s’accordèrent pour remettre la solution du différend à des arbitres. On désigna, à cet effet, trois prêtres vénérables : un archidiacre, un archiprêtre et un chanoine de l’église de Tours. Le compromis sur parchemin, conservé aux archives de Loir-et-Cher, paraît avoir porté deux sceaux. Celui de Marmoutier figurait des deux côtés « un moine, tout rasé, avec la chasuble, sans mitre ni crosse, et autour : Sigillum sancti Martini Ma joins Monast'erii ; une note d’un historien ajoute que, « en 1235, on remplaça ce sceau par un autre où le moine a la main bénissante ».
L’époque qui nous occupe fut marquée par une évolution politique et sociale qui constitue une étape considérable dans la marche des peuples. De son côté, le Blésois ne demeura pas étranger au grand mouvement de l'affranchissement communal, qui fit monter vers une action plus large, plus profonde et vraiment nationale, des énergies jusqu’ici latentes dans le sous-sol du pays. La charte qui contenait l’expression des droits populaires était comme un palladium sacré que l’on était prêt à défendre au prix du sang, envers et contre tous les attentats. Pour ce qui est de la grande charte d’affranchissement de la commune de Blois, le comte, à son avènement, faisait le serment solennel de la respecter. Pour être enfant, le suzerain n’était pas dispensé de celte obligation. Thibault VI, dit le Jeune, lequel, en 1205, succéda à son père sous la tutelle de sa mère, jura ladite charte lorsqu’il parvint à sa majorité, en 1213. Plusieurs actes passés au château attestent le hon vouloir du comte pour ses sujets.
Thibault VI fut emporté à la fleur de l’âge, en 1218, sans laisser d’héritiers. Le comté revint à sa tante Marguerite, fille de Thibault le Bon. La comtesse s’était unie, en troisièmes noces, à Gaultier d’Avesnes,
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qui trouva la mort sous les murs de Damiette, en 1249. Marguerite avait cessé de vivre en 1230, et avec elle s’était éteinte la dynastie des comtes de Blois, de la maison de Champagne.
L’émancipation communale ne fut pas le seul mouvement profond du moyen âge. Les esprits et la société furent agités par le développement de théories, en apparence purement platoniques, mais dont l’influence fut redoutable. Il s’agit de la secte des Albigeois, ainsi nommée d’Albi, qui fut le principal foyer. Idée et fait, l’albigisme était une théorie philosophique, un code moral et une action sociale. En face du problème éternellement posé des origines et de la destinée des mondes et de l’homme, il admettait la doctrine de Manès : deux principes souverains, l’un bon et l’autre mauvais, toujours en lutte, dirigent le monde par des forces inéluctables, entre lesquelles la volonté, la liberté, et partant la responsabilité, disparaissent. La justice humaine, la sanction civile, en conséquence, est une erreur, voire même un crime, qu’il faut détruire pour lui substituer absolument l’irresponsable laisser-faire.
Aussi bien, l’état de l’homme, esprit et corps, de la famille fondée sur la libre volonté, et de la société assise sur le principe du mérite et du démérite, n’étant que l’ouvrage du dieu mauvais, il est urgent de se servir de tous les moyens, d’employer le fer et le feu pour anéantir ceux qui enseignent une doctrine contraire. Au point de vue personnel, le suicide est non seulement un droit, mais un devoir dont l’accomplissement accuse le sommet de la sainteté. Oter la vie à ses parents, à ses amis, à ceux qui nous touchent de près, c’est opérer une bonne œuvre en procurant la délivrance des âmes. Gomme conclusion, guerre implacable à tous ceux qui, par leurs doctrines et par leurs actes, s’opposent à l’extension de ces idées, destinées à renouveler le monde : religions, Etats, paroisses, églises, propriétés, ne sont que des maux, des lèpres, qu’il faut extirper par le fer et le feu.
Ces maximes ne demeuraient pas dans le domaine de l’abstraction. Logiques avec eux-mêmes, les partisans de ces théories immorales et antisociales se réunissaient par bandes, parcouraient les villes et les campagnes qu'ils terrorisaient, massacrant les catholiques, brûlant les églises et les monastères. La pensée, semence de l’action, poussait ses germes; l’idée révolutionnaire et anarchiste donnait des fruits de mort. A côté des doctrinaires qui, en leur cerveau de rêveurs, reprenaient et aggravaient les conceptions manichéennes, se dressaient les propagandistes, qui mettaient leur parole et leur plume au service de la secte ; et les militants se chargeaient de soutenir la cause avec les armes et la torche, cependant que des bandes de miséreux et de criminels, tou-
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jours prêts pour tous les désordres impurs, les révoltes sanglantes et les honteux pillages, se mêlaient à la légion des Albigeois pour satisfaire leurs convoitises et leurs appétits de rapine et de crimes de toutes sortes.
La secte, qui se parait, suivant les circonstances, d’un manteau religieux, socialiste ou réformateur, se répandit vite dans le Midi. Outre Albi, elle fut bientôt maîtresse de Béziers, de Carcassonne et de Toulouse. Le comte Raymond VI crut devoir ménager l’insurrection grandissante et lui prêta l’appui de ses armes. Mais l’autorité ecclésiastique et le pouvoir civil s’alarmèrent justement de ces théories dangereuses et de leur progrès révolutionnaire, marqué par le meurtre et l’incendie. A la voix du pape Innocent, le Languedoc vit arriver le légat Pierre de Castelnau, accompagné de religieux, parmi lesquels saint Dominique, avec mission de gagner les révoltés par la persuasion et par les moyens spirituels. Mais l’assassinat du légat par les Albigeois porta le clergé et les princes à soutenir la propagande religieuse avec l’appui des armes, afin d’arrêter les ravages croissants.
On sait comment les troupes du duc de Bourgogne, des comtes de Nevers, d’Auxerre et de Forez se concentrèrent à Lyon, et sous la conduite du généralissime, l'intrépide Simon de Montfort, marchèrent contre l’ennemi. Après des alternatives douloureuses, où, de part et d’autre, des excès odieux furent commis dans l’entraînement de fureurs aveugles, la défaite des fédérés à Muret, en 1213, assura la prépondérance au parti de l’ordre, qui était en même temps le parti monarchique et national. Le fils de Philippe-Auguste, le prince Louis, plus tard Louis VIII, apporta aux croisés l’appui de sa valeur et de ses armées, et bientôt, par suite du traité de Meaux 1229), les insurgés se soumirent, ce qui procura à la France l’heureuse possession du comté de Toulouse. Il suffît, d’ailleurs, d’une légère observation pour se convaincre que celle révolte religieuse était avant tout une lutte nationale, celle, jamais éteinte, du Nord et du Midi, dans laquelle la victoire des idées d’ordre et de pondération sur les idées de désordre et d’anarchie assure à la fois le triomphe de l’harmonie, de la paix et du progrès politique et social.
L’appel jeté aux échos du nord de la France fut entendu sur les rives de la Loire, qui forme comme le trait d’union, à moins que ce ne soit la ligne de démarcation entre les deux zones françaises. Parmi les seigneurs figurait Renaud de Chantelou. Il vivait tranquille au milieu des siens, en la compagnie de sa femme Aremburge, son fils Eudes, sa lille Ilersende, sa belle-mère Ameline et la sœur de celle-ci, Marguerite, quand la voix du clairon retentit à son oreille et l’entraîna
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vers l;i croisade. Avant son départ, pour appeler la protection du Ciel et dans l’intérêt de son âme et de celles de ses parents, Renaud donna à l’abbaye de Fontaines-les-Blanehes un demi-arpent de pré dans la vallée de la Cisse, devant Cangy; et, moyennant vingt livres dix sols tle monnaie de Tours, il vendit au couvent trois sexterées de terre et une demi-mine, à Fulgeium. Les membres de sa famille ratifièrent l’arrangement, et, comme c’était du lief de Sulpice, le seigneur de Chaumont confirma l’accord, « en 1209, » en faisant remarquer dans l’acte que Renaud « était parti au loin pour la croisade albigeoise •> , in al bief e nsi cruce signa! us peregrè profectus erat.
La guerre traîne toujours après elle des désastres, même lorsqu’elle n’a qu’un caractère local. Quand il en trouvait l'occasion , le seigneur de Chaumont ne négligeait pas de les réparer. En ce temps là, pour indemniser les bénédictins de Marmoutier « des dommages causés par la guerre », et aussi pour 'obtenir la célébration de son anniversaire , il donna au couvent quatre muids de vin, valant douze poinçons, à prendre sur le lien du Pressoir.
D’ailleurs, Sulpice III pratiquait avec vigilance ses devoirs de frère aussi bien que d’époux. Il entourait les siens d’une solide affection et se plaisait à doter ses sœurs alin de leur assurer une position en rapport avec sa haute situation. En particulier, nous apprenons par un acte en son nom qu’il donna en dot mille sous de rente à chacune de ses sœurs, Agnès, comtesse d’Evreux, et Denise. La rente était à percevoir par moitié sur le péage de Chaumont et sur ses revenus de BléréL
Sur les rives du Cher, à Bléré, le seigneur et les moines de Saint- Julien se rencontraient dans la possession de droits se rapportant au mesurage et à d’autres titres. A cette occasion, le seigneur de Chau-
1 Dans son analyse de D. Ilousseau, Habille met la date MCCLX; mais celle-ci est manifestement inexacte et l’on peut supposer que le copiste avait sous les yeux celle de MCCIX.
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mont fit preuve d’esprit pacifique. Le sergent du suzerain avait dépassé la juste limite des prétentions féodales par rapport à l’enceinte de la ville et à la récolte. En 1210, un accord fut conclu entre Sulpice et les bénédictins au sujet des mesures à blé et à vin. L’ajustement de celle-ci demeurait au sergent du seigneur; mais, par contre, celui-ci s’engage à défaire les fossés qu’il a creusés autour de Bléré et à ne plus se servir pour les vendanges des chevaux et des bœufs des sujets de l’abbaye. A la même époque, outre l’arrangement relatif à une maison près de Bléré, Sulpice octroya aux bénédictins un moulin et le droit de four banal qu'il avait dans cette localité.
Les abbayes de Touraine, aussi bien que celles du Blésois, avaient part à la pieuse munificence de Sulpice. « Par pure bienveillance, » en (( Tannée 1211 », il lit don aux « chers » cisterciens de Beaugerais, paroisse de Loché, des prés qu'il possédait à Genillé, savoir un demiarpent à Sichilum , un autre à Pré-Morin et un quartier au Breuil1 * * *.
La sœur du seigneur de Chaumont, Isabelle ou Elizabeth, comtesse d’Angoulême, qui ne le cédait guère à son frère pour la générosité envers les couvents, manifesta ses sentiments religieux par plusieurs œuvres pies. Pour la fondation d’une chapellenie, « en souvenir d’elle et des siens, » elle constitua un bénéfice formé de vignes, d’une saulaie et d’une cave à Amboise, en désignant le prêtre Pierre pour la desservir.
Il est vrai que la maladie frappait à sa porte et qu’elle emporta bientôt sa victime. La comtesse, suivant son désir, reçut la sépulture dans l’abbaye de Fontaines-les-Blanches , non loin de sa pieuse mère. Les obsèques furent célébrées, le 30 septembre 1212, au milieu d’une pompe et d’une affluence considérables de clercs et de laïques. Parmi les ecclésiastiques, on remarquait au premier rang l’abbé de Fontaines, entouré des abbés de Pontlevoy et de Gâtines ; et nombre de gentilshommes étaient groupés autour de Sulpice et de sa femme Elisabeth, assistés de leurs fils Jean et Guillaume et de leur fdle Mathilde.
Avec les dernières prières, et au dolent murmure des cloches, les restes mortels de la comtesse d’Angoulême furent descendus dans le caveau funéraire. L’office terminé, après les dernières gouttes d’eau bénite jetées sur le cercueil, une réunion plénière se tint dans le cha-
1 Vers la même époque, Guérin Oury et sa femme Mathée firent don à l'abbaye de
Pontlevoy d’une cave sise auprès de Montrichard dans le bourg du Pusor , en ajoutant
qu’après leur mort, les moines recevraient en outre deux arpents de plantations sis dans le val de Chenvres, que les donateurs s’engageaient à cultiver jusque-là sous peine
d’en être privés au profit du monastère. Sulpice, « à la demande des parties, » s’empressa de revêtir l’acte de son sceau. — B. N., col. D. Housseau, t. VI. n05 2315-2340 (sans
indication d’origine).
DE SULPICE LE HUTIN A SULPICE LE BON
pitre. Sulpice III, pour lionorer la mémoire de sa sœur et jouir des suffrages du couvent, ratifia la donation faite par elle en lui donnant plus d'extension. Il augmenta cette fondation en y ajoutant une rente d’un muid de seigle et d’un muid de vin pur sur ses dîmes, ainsi que toutes ses menues dîmes et prémices à Amboise, avec toute la dîme qu’il avait sur les vignes de sa sœur. II spécifia, en outre, que si le chapelain Pierre perdait son titre par décès ou résiliation, la chapellenie avec ses dépendances reviendrait à l’abbaye de Fontaines- les- Blanches. En retour de ces libéralités, les religieux s’engagèrent, dans la réunion capitulaire, à célébrer chaque jour une messe des morts en la chapelle même où reposent la mère et la sœur de Sulpice. L’acte, revêtu du sceau du seigneur, portait : « A Fontaines, le n des kalendes d’octobre, en l’an du Seigneur MCCXII, sous le règne de Philippe, roi de France et comte d’Angers, Jean étant archevêque de Tours. » De fait, au mois de janvier suivant, à Tours, l’archevêque Jean ratifia la teneur de la fondation.
Le seigneur de Chaumont gardait au cœur le souvenir fidèle de sa mère et de sa sœur, et sa pensée se reportait souvent vers l’abbaye solitaire de Fontaines, dans le silence de laquelle elles reposaient au milieu du rythme harmonieux des oraisons et des psaumes, que les religieux faisaient sans cesse monter de la terre vers les cieux. « La chapelle des Infirmes, qui gardait leur dépouille et qui était consacrée à saint Michel archange, » ne pouvait-elle recevoir un nouveau témoignage de l’affection du fils et du frère? Sulpice III songea donc à y faire entretenir une lampe qui brûlerait sans jamais s’éteindre, « en mémoire des membres de sa famille, les vivants et les morts, et surtout de sa bien chère mère et de sa sœur aimée. » A cet effet, avec l’agrément de sa femme Elisabeth et de sa fdle Mathilde, il donna au monastère tout ce qu’il avait acheté dans la paroisse de Limeray des héritiers de Couleuvreux. L’archevêque de Tours, Jean, confirma cette donation, et l’acte porte la date de « l’an 1213, au mois d’avril1 ».
Tout en dotant de ses libéralités les couvents du voisinage, le seigneur de Chaumont conserva ses préférences à l’abbaye de Pontlevoy. Sulpice III montra son bon vouloir à l’égard de ses « bienaimés » bénédictins par plusieurs donations. En 1212, il leur octroya « une tierce partie dans le pasnage ou la glandée de sa forêt de Chaumont. » En 1213, le 14 février, il leur fit don de leur chauffage dans sa forêt, autant qu’un chariot à deux chevaux pourrait en conduire
1 Une note de D. Ilousseau, du xvnic siècle, nous apprend que « la chapelle des Infirmes de l’abbaïe de Fontaines est détruite aujourd’hui». — B. N., coll. D. Ilousseau, t. VI, n° 2373. (Extrait du eartulaire de l’abbaye de Fontaines-les-Blanches, f. 30.)
DE SULPICE LE MUTIN A SULPICE LE BON
chaque jour de l’année ; et ensuite il leur accorda la terre de Mautenier. Son clerc Martin, 1 un des témoins de cet acte, reçut de son seigneur deux pièces de vigne à Montrichard et les bailla au monastère en se réservant l’usufruit. Le seigneur de Chaumont ratifia cet acte, et le sceau le représente à cheval au galop et tenant l’épée de la droite. La légende porte : Sigillum Supplicii domini Ambasiæ; et le contre-sceau, aux armes d’Amboise , porte : Secretum Supligii domini Ambasiæ. On écrivait alors Supplice avec un ou deux P. Ajoutons que les deux
donations furent ratifiées en 1228,
par Richard de Beaumont et par sa femme Mathilde. Entre temps, Sulpice avait baillé au prieuré de Montoussant sa dîme des agneaux et des légumes à Genillé. Enfin, pour fonder un anniversaire, Sulpice donna à Pontlevoy quinze livres à prendre sur le port de Chaumont, et cet anniversaire était inscrit le 19 octobre, mais il était remis au lendemain à cause de la fête de la Dédicace.
Au manoir seigneurial, l’on était également bien disposé à donner et à confirmer les fondations faites par les sujets du domaine. Le chevalier Geoffroy Dreux et sa femme
Chaumont, façade sur la cour. Pétronille , du consentement de
Dessin de la Bibliothèque nationale. leur fille Julienne, firent un contrat
avec l’abbaye de Yilleloin. A celle-ci ils donnèrent un tiers des biens qu’ils possédaient dans la paroisse de Nouans et venant du mariage de ladite Pétronille; et ils vendirent, par l’organe de l’abbé Girard, les deux autres tiers, moyennant cinq mille sous et six livres de monnaie de Tours; de l’accord étaient exceptés le four et le moulin de Nouans. « En récompense et changement de maritage, » Geoffroy Dreux assigna à sa femme, sur la paroisse de Faverolles, sept muids de blé et trois hommes ou colliberts, Jean et Renaud Baudoin, et Geoffroy Durand, de manière que si Pétronille décédait sans héritiers, ces biens reviendraient à son père Tancrède. Les intéressés avaient confirmé leur accord devant Nicolas, archiprêtre d Amboise, délégué à cet effet par l’archevêque de Tours, et devant Martin, clerc de Sulpice, et Jean Poleter, alors prévôt
DE SULPIGE LE 1IUT1N A SULPICE LE BON
d’Amboise. A la demande des donateurs, et aussi de Tancrède, qui tenait ces choses en hommage de Sulpice III, celui-ci ratifia l’acte en « l’année 1213 ».
D’après ce qu’on a vu, les moines de Ponllevoy avaient droit de percevoir un revenu sur le port de Chaumont. Ils firent remarquer à Sulpice que ce cens était incertain et qu’ils ne possédaient pas de lettres seigneuriales pour l’appuyer : une somme fixe ferait bien leur affaire. En conséquence, « pour son âme et celles de ses prédécesseurs, » Sulpice leur assigna trois cents sous à prendre annuellement sur les revenus dudit port, la moitié à Noël et le reste à la Nativité de saint Jean-Baptiste ; cette somme leur sera versée fidèlement par celui qui percevra le revenu dudit port. Cette lettre seigneuriale, datée de « l’an 1213 », fut confirmée « en 1228 » par le seigneur, Richard de Beaumont, et sa femme Mathilde ; les titres furent contrôlés au bailliage de Ponllevoy en 1559.
Le prieuré Saint-Sauveur de file d’Amboise, desservi par des religieux, ne cessa point d’être l’objet des faveurs de Sulpice III. Les moines avaient besoin de bois mort pour leur chauffage et de bois vert pour se protéger contre les menaces de la Loire. Ils n’eurent qu’à adresser une demande au riche et bienfaisant suzerain. Au mois de décembre 1214, « pour l’amour de Dieu et pour l’âme de son père, de sa mère et des autres défunts, » il donna aux religieux du prieuré Saint-Sauveur le droit de prendre dans sa forêt de Chaumont, pour leur usage, le bois mort « qu’un chariot aLlelé d’un cheval, d’une jument ou d’un autre animal, pourra emmener de ladite forêt à la rive de la Loire, et cela chaque année, de Pâques à la Nativité de saint Jean-Baptiste » ; il y ajouta également la faculté de couper, dans la partie de la forêt « qui leur serait plus facile, les pieux nécessaires pour défendre leur île contre l’inondation et les vexations du fleuve ». En même temps, il leur octroya le droit de faire autour de file les pêcheries qui leur conviendraient1.
D’ailleurs, Sulpice III n’oubliait point la capitale du Blésois. Pour le bien de son âme, il donna à l’église de la bienheureuse Marie de Blois, ou Notre-Dame-de-Bourg-Moyen, une rente de un muid de blé, moitié seigle et moitié froment, à percevoir sur sa dîme de Villebarou. Son frère Jean accorda son agrément à celle donation, qui eut lieu le 20 avril 1215, et c’est par erreur que le copiste aura mis « 1225 ».
La succession des événements nous a conduit au seuil de cette
1 Parmi les titres, l’un porte « MCCXII1I », sans la date du mois, et un autre porte : mense decemhri. — B. N., coll. D. Ilousseau, t. VI, n° 2380.
DE SULP1CE LE BUTIN A SULP1CE LE BON
période, à tous égards considérable, qui fut le xmc siècle. Logiquement préparée par les âges précédents, celle époque vit l’épanouissement de ce qu’il y avait de meilleur dans les idées, les aspirations et les mœurs privées et publiques. Alors que les sciences et les lettres réalisaient une floraison d’une remarquable beauté, les arts se donnaient la main, dans une féconde unité, pour produire une série incomparable de merveilles qui forcent l’admiration des esprits les moins prévenus. Du nord an midi, c’était comme le rayonnement souverain des énergies intimes, tenues en réserve au cœur du pays. Tandis que la France affirmait de plus en plus sa nationalité au sein de l’Europe et qu’elle voyait croître son inlluence salutaire dans le domaine artistique et industriel, aussi bien que dans l’ordre politique et social, les seigneurs de Chaumont se montraient dignes de leur situation par la manière dont ils comprenaient leur rôle au point de vue civil et religieux.
Cul-de-lampe d’une tour du château, armoiries des seigneurs.
LES COMTESSES ISABELLE ET MATHILDE
« La dame de Chaumont de bonne mémoire. » [Charte des Archives nationales.]
u chastel de Chaumont, nous avons eu déjà l’occasion de saluer plus d’une noble dame que ses mérites recommandaient à l’égal de son rang. Mais il n’en est peut-être pas qui mérite mieux nos hommages que la comtesse Isabelle. Elle avait hérité des heureuses dispositions de Thibault V, comte de Blois et de Chartres, et d’Alice de France, dont elle était la deuxième fdle. Elle apporta à Chaumont les grâces de son aimable visage et les qualités d’esprit et de cœur dont la nature l’avait douée. Il était difficile de trouver deux époux mieux assortis que Isabelle, la douce châtelaine à la main toujours tendue vers les douleurs humaines, et Sulpice III, le chevalier lion et libéral entre tous.
Aussi, sous leur égide bienfaisante, il faisait bon vivre, et toutes les classes de la société rivalisaient d’attachement pour les hôtes de Chaumont. La Providence bénit leur union, et il leur naquit une fille et un garçon. Mais celui-ci, qui portait le nom de Jean et paraît dans
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les actes en 1203, devait mourir en bas âge. Leur affection se porta dès lors tout entière sur la lille, Mahaut ou Mathilde, que nous associerons volontiers à la mémoire de sa mère.
Et ce n’est que justice. La piété filiale que Isabelle avait montrée à l'égard de ses beaux-parents, la dame de Chaumont devait avoir la douce joie de la voir refleurir en l’àme de sa propre fille. L’année même de la mort de sa belle-mère, comme pour mieux affirmer ses sentiments d’inaltérable attachement, Isabelle fit une donation au couvent de Pontlevoy; elle fonda son anniversaire à célébrer en l’abbaye, en léguant quinze sols de rente à percevoir sur le péage d'Amboise. Dans la suite, en se rappelant ses liens particuliers avec le Blésois, Isabelle donna aux religieux du couvent de Cîteaux, dit le Petit-Cîteaux, une rente de dix livres qui fut confirmée en 1215 par Thibault YI, comte de Blois; celle-ci devait être perçue « sur les moulins du Pont de Blois, pour emploier en sel à l’usage du dit couvent ».
La mort de Sulpice, qui avait cessé de vivre en 1218, causa une vive douleur à sa veuve. Elle trouva une consolation dans la fidélité à la mémoire de son mari. En effet, Sulpice III laissait le renom d’un chevalier pieux et bienfaisant. 11 avait contribué à la fondation du couvent de femmes de Moncé, sur la paroisse de Limeray, et à celle du couvent d’hommes de Fontaines-les-Blanches ; ses libéralités, on l’a vu, s’étendirent également aux monastères de Beaugerais, de Yilleloin et de Grandmont.
Isabelle fut dès lors dame de Chaumont en même temps que d’Amboise, et son nom est associé à une pièce historique que nous devons mentionner. L’acte de cession de Nogent-l’Erembert au roi Philippe- Auguste a un appendice daté de Sainl-Germain-en-Laye, en mars 1218, qui garde le sceau d’Isabelle, comtesse de Chartres, dame d’Amboise, seconde fille de Thibault le Bon, comte de Blois. Le sceau, qui mesure quatre-vingts millimètres, représente la comtesse debout et de face, en manteau et coiffure carrée, tenant de la main droite une fleur de lis. La légende est conçue ainsi : -j- S[igillum] Isab[c1]le, Gomitissa CarnO' lensjis domine AMBAzi[ensi]s ; sur le contre-sceau est un écu parti, au premier, d’une bande, au second, d’un pale (on sait qu’Amboise porte palé d’or et de gueules de six pièces), avec la légende : j- Se-
CRETUM MEUM1.
Si Isabelle ne porte pas ici la qualité de dame de Chaumont, c’est que le champ de l’exergue ne permettait pas d’y inscrire ses différents
1 Archives nationales, J, 173, n° 2 ter. — Inventaire des sceaux, par M. Douët d’Arcq; Paris, 1863, t. I, n° 973.
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titres. Au premier rang des seigneuries, devait figurer celle d’Amboise, qui était la plus considérable et dont la famille des seigneurs de Chaumont retenait d’ailleurs le nom patronymique. Quant à son titre de comtesse de Chartres, elle le devait au droit d’héritage.
Son frère Louis, comte de Blois, parti pour la croisade avec Baudouin, comte de Flandre, et Thibault, comte de Champagne, en tombant glorieusement à la bataille d’Andrinople, en 1205, avait laissé ses terres à son fils Thibault VI. Mais celui-ci, qui, aux titres de comte de Blois, de Chartres et de Clermont-sur-Oise , ajoutait celui de duc de Nicée, n’ayant pas eu d’enfants, les domaines passèrent en partie à ses deux tantes. Marguerite eut le comté de Blois et épousa successivement Hugues, seigneur d’Oisy, Othes, palatin de Bourgogne, et Gautier d’Avesnes, dont la fille, Marie, porta le comté à Hugues de Chàtillon, chef de la seconde maison des comtes de Blois. Quant au comté de Chartres, il vint à Isabelle, qui le garda avec honneur en attendant de le transmettre à sa fille Mathilde, de laquelle il fut transféré à son cousin Jean de Chàtillon, comte de Blois, seigneur d’Avesnes et de Guise.
Avant d’avoir recueilli ce dernier héritage, la dame de Chaumont s’était remariée à Jean, seigneur d’Oisy, dont nous venons de voir la famille alliée déjà avec celle des comtes de Blois. Sa fille Mahault, ou Mathilde, qui avait fait l’orgueil de Sulpice III heureux de revivre dans une autre lui-même, ne cessa pas d'avoir pour elle les sentiments qu’elle inspirait. Isabelle le lui rendait bien et faisait participer à son affectueux attachement le mari que l’héritière de Chaumont s’était choisi. Il s’agit de Richard de Beaumont.
Isabelle, qui d’ailleurs vécut jusqu’en 1249, conserva son douaire jusqu’à l’année 1228. Du chef de sa femme, Richard de Beaumont réunissait dans ses mains les seigneuries de Chaumont, d’Amboise et de Montrichard. Par acte daté de Montrichard, « le jeudi saint 1219, » (n. s.), Richard de Beaumont et sa femme Mathilde donnèrent aux moines de l’abbaye de Pontlevoy, desservant Notre-Dame de Nanteuil, divers avantages dans cette localité. Ce sont une cave située sous leur château, à côté de la porte aux Roies et de la place qui mène au castrum . tout leur cens dans la ville et le faubourg, deux autres caves près de l’église de Nanteuil et trois maisons dans le bourg, avec les droits afférents, sauf celui de haute justice. Entre les témoins figurent Richard de Chisseau et Ouen d’Augé.
Parmi les parents que la comtesse Isabelle entourait de son affection, figure son oncle Jean d’Amboise, frère de Sulpice III et neveu de Geoffroy de Vendôme. Le chevalier Jean, qui est loin d’être un in-
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connu pour nous, possédait divers domaines sur les rives de la Loire. Il montrait beaucoup d’attachement aux moines de Notre-Dame de Bourgmoyen et leur donna, en particulier, l’engagement de sa dîme de Yillebarou et de Blois, moyennant cinq cents livres, acte dont il demanda la confirmation à son « très cher seigneur » le comte de Blois, vers l’année 1222. Jean adressa la même supplique à « très chère dame Marguerite, comtesse de Blois », et celle-ci, en qualité de suzeraine, ratifia le contrat au mois de janvier 1223 (n. s.).
Le chevalier nous apparaît à Amboise durant l’été, et un certain nombre d’actes se rapportent à lui au cours des années 1222 et 1223; on y rencontre aussi son frère Guillaume, qui entra dans l’état ecclésiastique et fut chanoine de Chartres. Au mois de mars 1223, le chevalier Jean d’Amboise fit don à Pontlevoy des prés qu’il possédait « entre le château de Blois et Saint- Gervais- des- Prés », et les religieux devaient, après la mort du donateur, célébrer solennellement son anniversaire.
Parmi les faveurs faites jadis par les seigneurs de Chaumont, se trouve le don d’une vigne à Saint-Denis d’Amboise, venant de Jean Hardouin, et qui fut remise à Martin, chanoine d’Amboise. A son tour, celui-ci donna aux religieux pontiléviens une rente de dix sous à percevoir sur ce domaine avec diverses rentes assises sur « l’Annonerie d’Amboise », et sur « la terre de la Mote »; il s’agit ici de l’Aumônerie, et sans doute du Châtelier. Cette donation fut confirmée par Jean, archevêque de Tours, « au mois de septembre 1227 ».
Richard de Beaumont et sa femme Mathilde avaient des droits sur l’étang et la chaussée de Montpoupon, et, de leur côté, les religieux de Villeloin se prétendaient en possession de droits à cet égard. Pour aplanir le différend, on convint de s’en rapporter à l’arbitrage « d’honnêtes gens », les abbés de Beaulieu et de Pontlevoy, ainsi que de Richard, chanoine d’Amboise. La solution aboutit à une transaction que le seigneur de Chaumont promit d’exécuter, par « serment corporel prêté sur les âmes » du seigneur et de la dame de Chaumont, par l’organe de son chevalier Eudes de Montault, ainsi qu'en fait foi une lettre seigneuriale du 20 décembre 1228. En cette même année, Richard de Beaumont, nous l’avons vu, confirma les droits de pasnage, de chauffage et de péage, que Sulpice avait octroyés au couvent de Pontlevoy.
Au nombre des vassaux de Richard paraît le chevalier Tristan Bizo, avec son fils Guillaume et sa femme Aalis. Lin différend s’éleva entre ce seigneur et des sujets de Richard et aussi du dit Tristan, lesquels demeuraient à Montrichard, à propos de plantations de vignes en des
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terres où Tristan avait le droit de terrage. Mais on finit par accepter une transaction, avec un cens à payer à l’abbaye de Pontlevoy. Au mois d’octobre 1230, Richard et sa femme ratifièrent l’accord intervenu en cette circonstance.
Vers le même temps, les seigneurs de Chaumont, « en qualité de protecteurs et patrons » de l’abbaye pontilévienne , lui firent T abandon de tous les droits qu’ils ont ou peuvent avoir sur les bois possédés par le couvent, de façon (pie les religieux soient exempts de tout cens et puissent en disposer librement. Ces bois étaient ceux de Jarriette près Booletam, de la Carte, de Busserole, le bois près la forêt de Montrichard, et celui de Saussaye. La faveur s’étend aux bois que les moines peuvent acquérir. L’acte, daté « d’avril 1232 », était muni de deux sceaux de cire jaune sur double lac. De même, « en l’an 1232, » Richard de Beaumont et sa femme, pour leur âme et celles des ancêtres, firent don à l'abbaye de Pontlevoy, en faveur du prieuré Saint- Jean-de- Grève , à Blois, de quatre livres tournois de rente; ce revenu annuel sera payé au prieuré par celui qui recevra le péage de Chaumont, moitié à Noël et moitié à la Nativité de saint Jean-Baptiste, sous peine de cinq sous par semaine de retard.
A l’ombre de la forteresse chaumontoise vivaient un certain nombre de gentilshommes dont les noms sont parvenus jusqu’à nous. Parmi ceux-ci on voit Geotfroy des Vaux, auquel sa femme Mathilde donna plusieurs enfants : Guy, Foulques, Agnès et Mathée. Sa dîme de Chaumont lui rendait de bons boisseaux de blé qu’il serrait dans « sa grange ». « En récompense de quatre deniers et moyennant vingt livres tournois, » le chevalier Geoffroy vendit aux religieux de Pontlevoy un muid de méteil à prendre annuellement, en l’oclave de saint Remi, dans sa grange de Chaumont, « soit par sa main, soit par celui qui lui sert de gardien de la dîme en grange. » Cet acte reçut l’apposition du sceau du chevalier Geoffroy de Mareuil, « en janvier 1233 ». Ajoutons que le nécrologe pontilévien, parmi les membres delà famille de Vaux, mentionne Mathieu, Guillaume et Herechin.
Richard de Beaumont, tout en appréciant l’utilité des bois, s’appliqua en plus d’une circonstance à les transformer en terre labourable. C’est ce qu’il fit notamment pour la forêt de Chaumont, qu’il défricha en grande partie. Mais c’était causer dommage aux moines pontiléviens, auxquels le seigneur Sulpice III avait baillé jadis le tiers du pasnage dans toute la forêt. Aussi Richard et sa femme, en dédommagement, s’empressèrent de donner à l’abbaye trente arpents de terre dans la même forêt, près de l’élang de Sudaie, suivant la délimitation arrêtée entre l’abbé et le représentant du seigneur, de façon que sol et gens
liO
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y soient exempts des coutumes et redevances, hormis celles que les seigneurs possèdent « sur les hommes demeurant dans le territoire de Pontlevoy » ; l’acle est du « mois de décembre 1234 ».
Le seigneur de Chaumont n’hésitait pas, à l’occasion, à donner à ses amis la plus haute marque de dévouement. Henri d’Avougour avait besoin de son appui, et Richard se porta caution pour lui envers le roi de France. Son sceau, appendu à la pièce et brisé, est un type équestre de forme ronde, mesurant soixante-quinze millimètres, avec écu chevronné et la légende : -j- S igillum j Ricardi de Rello | monte ü[omi]Ni Ambazie. Le contre-sceau est un écu chevronné avec la légende : -j- HOC EST SECRETUM MEUM 1 .
Mais voici que de nouveau nous rencontrons sur notre route l’oncle du seigneur de Chaumont. Guillaume d’Amboise, chanoine de Chartres, avait différents biens à Chouzy. Comme il avait reçu des services d’un certain Guillaume Richot, au mois d’août 1234, il lui fit don de son four banal de Chouzy, son rouage, son pressoir avec l’usage de « la roftée dans le bois de llaaçon ou Rançon » ; il y mit la condition que celui-ci lui en ferait l’hommage. Un acte nous apprend que le chanoine Guillaume donna au prieuré de Chouzy, dépendant de Marmoutier, l’usage du bois pour chauffer le four banal de Chouzy; cet avantage fut confirmé, en 1233, par Denise, sœur de Guillaume et dame d’Azaysur-Cher et, en 1238, par Jean de Berrie, sire de Berrie, neveu de Guillaume. L’écu de Guillaume porte une croix, et celui de Jean de Berrie, un bandé de trois bandes d’argent et de sable. Faisons remarquer de suite que, en 1377, le comte de Blois, Jean de Châtillon, seigneur d’Avesnes, de Schoonhoven, sur l’Hollandsche Ijssel, dans les Pays-Bas, et de Gouda, aussi dans les Pays-Bas sur le Leck, non content de ratifier le don de Guillaume, concéda au prieur de Chouzy le droit de prendre dans sa forêt de Blois le bois de chauffage qui lui serait nécessaire.
En outre, le chanoine Guillaume fit don à Saint-Martin de Tours de soixante sous de rente, à prendre sur le péage de Montrichard, le lendemain de la Toussaint. Guillaume avait cessé de vivre en 1235. A cette époque, dame Mathilde s’empressa de ratifier cette donation faite par son oncle « de bonne mémoire ». En cette circonstance, « Mathilde, dame d’Amboise, de Montrichard et de Chaumont, pour sou âme et les âmes de son mari Richard, de son père et des siens, sans y être contrainte par son mari, mais par pure charité et avec le gré
' Archives nationales, J, 399, n° 284. — inventaire des sceaux, par M. Doüet d’Arcq; Paris, 1863, t. I, n° 1369.
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de celui-ci, » lit don à la collégiale martinienne d’une place appelée Burdigale, « située à Tours sur le lief et dans le cloître de Saint-Marlin, » et « joignant la maison de Rallier des Monts ». Cette donation était faite à la condition que les chanoines martiniens célébreraient l’anniversaire des membres de la famille. Le 24 septembre de la même année, elle fut ratifiée par Richard de Beaumont, « seigneur d’Amboise, de Mont-Trichard et de Chaumont ». A sa demande, Juhel, archevêque de Tours, confirma ces fondations.
La mère de la dame de Chaumont, Isabelle, veuve de Sulpice III, avait épousé Jean, comte de Chartres et seigneur d’Oisy, ainsi que nous l’avons vu. En février 1235, celui-ci, avec sa femme, tit don de la ville de Châteaurenault à Hugues, comte de Rlois et de Saint- Roi. Le sceau d’Isabelle (soixante-dix millimètres), brisé, la représente debout et de face, en robe et manteau, avec la légende : | Sigillum Isj able c[omit isse carnoten [sis]. Le contre-sceau porte un écu aux armes indistinctes, avec la légende : -j- Secretum meum L
En 1236, Richard de Reaumont reçoit la qualité tout à la fois de seigneur de Chaumont et du Lude. A ce dernier titre, au mois d’août, avec le gré de sa femme, à l’abbaye de la Roissière il donna Gervais Trucle, avec ses biens, meubles et immeubles, en même temps que la demeure de Guillaume Opiche, après la mort de celui-ci. Gervais et ses descendants seront exempts, vis-à-vis des seigneurs du Lude, présents et à venir, de la taille, de l’ost ou service militaire, de toute coutume et redevance séculière; si Gervais n’a pas d’enfant, ceux qui tiendront ces biens jouiront des mêmes privilèges. Au bas de l’acte « pendait un las de soie et fil d’argent, le sceau brisé, » quand il fut vu par dom Rousseau.
Les relations entre les seigneurs de Chaumont et les comtes de RI ois étaient généralement bonnes; néanmoins, il était difficile qu’il n’y eût pas, ne fût-ce que de loin en loin, quelque différend au point de vue féodal. Richard, en raison du vicomté de Châteaudun, était tenu de satisfaire à un cautionnement à l’égard du comte de Rlois. Comme il avait négligé de remplir ce devoir hiérarchique, celui-ci fil une saisie de son château et de sa terre, et y mit des gens pour garder le chastel en son nom. C’est pourquoi, en la cour comtale, Richard fut condamné à remplir ses obligations et à payer quatre-vingt-neuf livres pour les dépenses faites par les gens du comte. C’est « le craantement ou engagement que, au mois d’août 1237, Richard fit au comte de li rendre tele somme de deniers pour les resons dites ».
1 Archives nationales, Iv 1244. — Inventaire des sceaux, par Douët cl’Arcq, 1863, t . 1, n° 974.
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D’autres fois, la solution du différend n’était pas effectuée par un arrêt de cour, mais par le moyen plus amiable d’un arbitrage, mieux fait pour ménager l’amour-propre du vassal, sinon satisfaire celui-ci du suzerain. Le seigneur et la dame de Chaumont avaient fait, dans ce territoire et dans le fief des comtes de Blois, des donations avec charges afférentes. Le suzerain prétendit qu’elles ne pouvaient être réalisées de la sorte, et le sire de Chaumont soutint qu’il en avait le droit suivant les us et coutumes du pays. Pour trancher la difficulté, on convia Hugues, comte de Saint-Pol et de Blois, avec sa femme d’une part, et Richard de. Beaumont, seigneur de Chaumont, avec sa femme d’autre part, de s’en rapporter à des arbitres. On désigna à cet effet les chevaliers Geoffroy le Jeune, de Bury, et Guillaume de Vauliard, qui s’obligèrent à rendre leur décision avant Pâques, à Blois. Richard et sa femme, en décembre 1238, prirent l’engagement écrit et scellé de se soumettre, sous peine de mille livres, à l’arbitrage rendu par suite de cette « compromission dou comte de Blois et de monsegnor Richart ».
L’exercice de la justice rencontrait dans la complexité des coutumes et dans l’enchevêtrement des fiefs avec les terres et les hommes, une source de difficultés souvent fort embarrassantes, et dont on ne sortait pas tout au moins sans des blessures d’amour-propre et d’intérêts. En 1234, Pierre Gautier, de Pontlevoy, fut arrêté pour vol et conduit devant le juge de Chaumont. Les moines réclamèrent en soutenant qu’il relevait de leur justice, et Richard de Beaumont reconnut leur droit. Par un acte du mois de mai, il fut réglé que si le crime comportait la peine de mutilation ou de mort, les religieux avertiraient le juge de Chaumont qui se transporterait à Pontlevoy pour faire justice sur place, et que les biens confisqués reviendraient au couvent. Ajoutons à cette occasion qu'en 1238, Richard et Mathilde fondèrent l’anniversaire de Menier et de Mathilde, femme de Guillaume d’Orchamps le Jeune, en donnant au monastère trente sols de rente sur les greniers de Montrichard.
Nous observons, en l’année 1239, un autre exemple frappant des rivalités judiciaires qui se présentaient assez fréquemment. Un voleur avait été pris sur le fief de Chaumont et dans le territoire de Pontlevoy; sans plus de formalité, le prévôt de Chaumont le fit pendre à un noyer. Les religieux pontiléviens protestèrent en disant que c’était porter atteinte à leurs droits ; du temps des anciens possesseurs de Chaumont, et sans réclamation aucune de ces derniers, les moines avaient, disaient -ils, érigé sur leur territoire des fourches patibulaires auxquelles les prévôts pendaient les larrons. Ces assertions étant con-
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testées par les hommes du seigneur, on décida de recourir à une enquête. Après un long examen de l’affaire, le témoignage d’honnêtes gens finit par établir que le couvent de Pontlevoy avait joui de ce droit sans contestation, et que, de fait, on avait pendu des voleurs à leur gibet. En conséquence, le seigneur de Chaumont, désireux de respecter les droits des religieux, ordonna à son prévôt de dépendre le voleur et « d’aller le pendre aux fourches de l'abbaye ». Et cette résolution, arrêtée au mois de juillet 1239, fut revêtue des sceaux du seigneur et de sa femme.
Il ne faudrait pas s’imaginer que l’affaire fût définitivement close. Dans la suite, Jean de Berrie, devenu seigneur de Chaumont, s’il faut en croire le chroniqueur du couvent , « usurpa les droits de justice » des religieux. La question s’envenima au point que l’abbé dut recourir aux moyens extrêmes de l’excommunication. Mais, par bonheur, de part et d’autre on en vint à des sentiments plus doux, et l’on décida de s’en rapporter à un arbitrage. Pourtant l’histoire nous apprend que cet accord n’atteignit pas le but et qu’il fallut, en fin de compte, recourir à une autorité plus considérable.
Quoi qu’il en soif, nous ne perdons pas de vue la noble veuve de Sulpice III. En 1239, Isabelle, comtesse de Chartres et dame d’Amboise, fît don aux religieuses de Moncé de dix-sept setiers de seigle, six setiers de froment, deux muids de vin et sept livres d’argent à prendre sur la dîme d’Amboise. Quant à sa fille Mathilde, dame de Chaumont, et à son mari, ils étaient tenus en grande affection par leur cousine Marie, comtesse de Blois et de Saint-Pol, mariée à Hugues de Châtillon. Ce n’est pas sans peine que celle-ci avait vu Thémis intervenir dans les relations familiales pour y apporter l’amertume bien plus que la paix. Cette préoccupation la suivit jusqu’à ses derniers moments, et elle cherchait sans cesse le moyen de renouer l’union, qui lui semblait l’un des biens les plus précieux. Au printemps de l’année 1241 , elle sentit les atteintes du mal qui devait l’emporter. « Etendue sur son lit de douleur, mais conservant la plénitude de ses facultés, » elle fît rédiger une pièce par laquelle, à son mari ou à sa chère tante Isabelle, à tous deux ensemble ou séparément, elle accordait carte blanche sur plusieurs points; elle leur laissait la liberté de faire les échanges qui leur plairaient dans le comté de Blois ou autrement, et elle leur accordait « plein pouvoir et liberté absolue de transiger sur les points en litige avec noble homme Richard de Beaumont et sa très chère cousine Mathilde, épouse de celui-ci, et de lui rendre et remettre ce qui leur paraîtrait à propos ». L’acte est du mois d’août, le vendredi après le dimanche de Quasimodo.
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Mathilde d’Amboise eut la douleur de perdre sa mère, la comtesse Isabelle, qui mourut en 1249, et son mari qui précéda celle-ci dans la tombe. On n'est pas d’accord sur l'époque du décès de Richard. S’il faut en croire D. Chazal, le seigneur de Chaumont aurait fait la croisade et serait mort en Palestine. « Parmi les seigneurs qui périrent en 1240 dans la Terre sainte, en combattant contre les infidèles, dit l'historien bénédictin, on trouve un Richard de Beaumont qui fut tué en voulant surprendre Gaza. » Mais l’identité du seigneur et du croisé ne paraît pas évidente, et l'on admet que Richard mourut en l’année 1243.
Quoi qu'il en soit, Richard de Beaumont avait cessé de vivre au printemps de 1249. En cette année, qui est celle du décès de sa mère, Mathilde prend les titres de dame de Chaumont, d’Amboise et de Montrichard, et de comtesse de Chartres. A cette époque, la forêt de Chaumont ayant alors subi de nouveaux défrichements, les moines de Marmoutier se plaignirent qu’il en résultait pour eux des atteintes aux droits dont ils jouissaient. Au mois d’avril, dame Mathilde, désireuse d’être agréable aux religieux, leur assigna « vingt livres de rente sur son péage de Chaumont, pour leur tenir lieu du droit d’usage qu’ils avaient dans la dicte forest ».
En ce temps-là, la vie paroissiale de Chaumont prit des développements en rapport avec le milieu favorable et avec les bonnes dispositions des seigneurs. D’après le pouillé du diocèse de Chartres, la paroisse de « Chaumont-sur- Loire », dont l’église avait pour patron saint Nicolas, et pour collateur l’abbé de Pontlevoy, était alors estimée d’un revenu de quarante livres et comptait cent quarante -quatre paroissiens. Au surplus, si nous consultons les documents contemporains, nous y remarquons que, suivant la loi commune , d’ordinaire les souvenirs professionnels passèrent à la fois aux personnes et aux localités. Une « gaignerie », ou terré cultivée, portait le nom de la Verrerie, et. à cette époque, on voit Guillaume Verrier donner aux moines de Pontlevoy la gaignerie de la Verrerie.
Au milieu du xm0 siècle, dans la parenté de la dame de Chaumont, nous remarquons un cousin, appartenant à la branche collatérale de Berrie, et qui est destiné à jouer un rôle important sur les bords de la Loire. Il s’agit d’un fils de Jean d’Amboise', frère de Sulpice III, et de Marguerite de Berrie , domaine près de Loudun. Ils étaient deux frères, Jean et Guillaume. Le dernier était chanoine de Saint-Martin de Tours, et le premier avait la qualité de chevalier. En mourant, Guillaume légua au chapitre, pour son anniversaire à célébrer chaque année, une rente « de quarante sols de monnaie courante ».
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Le chevalier Jean, « seigneur de Berrie, » ayant à cœur de remplir les obligations laissées par son frère, par acte du mois de juillet 1249, décida que cette rente serait perçue à Noël sur les cent livres qu’il touche du péage de Chaumont. De fait, la succession de ce beau domaine lui apparaissait comme une chose non seulement désirable, mais possible et normale. Aussi, ajoute-t-il, « si le château de Chaumont avec le péage, ou le péage entier, vient à m’échoir à moi ou à mes hoirs, » le percepteur, quel qu’il soit, paiera régulièrement les quarante sous de rente annuelle à la dite église, sous peine de douze deniers d’amende. Le même mois, la comtesse Mathilde ratifia ce qui avait été fait par Jean de Berrie, « son cousin ».
D’ailleurs, Jean de Berrie jouissait d’une considération bien méritée auprès des hauts et puissants seigneurs. Le « mardi après le dimanche Oculi 1250 » (a. s.), ou 1er mars 1251, son nom apparaît au lias d’une charte de Charles d’Anjou, qui règle le salaire des avocats dans l’Anjou et le Maine; il en est de même de son sceau rond (cinquantesept millimètres), brisé, avec son écu bandé de six pièces, à la légende : -j- Si[gillum] [J]oHA[n]Nis de [Be]RRiE. Le contre-sceau porte en pierre gravée une chimère montée par un génie, en face d’une autre chimère, avec la légende : SECRE[tum [m|Eu[m] imichi . En cetle circonstance, Jean de Berrie figure à côté des plus nobles chevaliers, tels que Bouchard, comte de Vendôme, Jacques de Maillé, Guillaume de Sainte-Maure, Gérard Savary et Herbert Turpin.
Sa pensée se portait volontiers vers Pontlevoy. « I^a veille de la Chandeleur 1251 (a. s.), Jean, seigneur de Berrie, chevalier, » pour son âme et celle de ses ancêtres, fit don au monastère de dix livres à prendre, le lendemain de la Chandeleur, sur les revenus du péage de Chaumont. Par un acte daté de « février 1251 » (a. s.), de la main de « frère Geoffroy, humble ministre de l’abbaye », c’est-à-dire l’abbé, nous apprenons que ce don est destiné à célébrer l’anniversaire du chevalier, non sans que la somme puisse être convertie « en pitance pour le carême, si on le juge à propos, à la réserve de soixante sols à retenir par le frère pitancier ». En outre, par égard pour sa libéralité, les religieux décidèrent de constituer en sa faveur une chapellenie dans leur couvent, « oii chaque jour, un moine célébrera une messe du Saint-Esprit pour son salut durant sa vie, et après sa mort une messe des défunts pour le repos de son âme. » Outre son anniversaire solennel, le donateur participera à toutes les bonnes œuvres qui se feront dans le monastère. L’original, conservé aux archives de Loiret-Cber, était scellé de deux sceaux pendant sur double queue de parchemin, qui ont été enlevés.
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La dame de Chaumont continuait à faire le bonheur de ceux qui l’approchaient. Par lettre du « mois de mai 1253 », la comtesse décida que l’abbaye percevrait « sur le revenu du port de Chaumont » quarante sous de rente, aux termes où elle y perçoit déjà quinze livres de revenu. Elle rappelle que ce don est mentionné dans les lettres de son père. Celui-ci avaiL baillé la rente à Jean, dit le Marchand, sur l’Aumônerie d’Amboise, en récompense des maisons sises au carrefour, que le dit seigneur avait fait démolir pour y rétablir l’Aumônerie; puis cette rente avait été achetée par Martin, chanoine de Saint-Martin. Les religieux, est-il dit, jouiront de ce revenu en toute sécurité.
Mathilde approchait de la fin de son existence. Ses dernières années se passèrent en la compagnie de Jean le Bon, comte de Soissons, qui avait demandé sa main; c’était un gentilhomme de marque, chez lequel le mérite des qualités rehaussait encore le lustre de la naissance. Après une carrière semée d’œuvres utiles, elle rendit son âme à Dieu, le 23 mai 1256. Sa mort fut un deuil pour le pays, oii l’on conserva vivace le souvenir de la comtesse, qui avait été pour tous un exemple et une bienfaitrice.
Cul-de-lampe du grand escalier.
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« Suivant les arbitrators ou aimables compositors. »
( Charte des Archives nationales.)
giu décès de Mathilde, son cousin entra en possession des domaines de Chaumont et d’Amboise. Nous avons déjà fait connaissance avec ce gentilhomme, appelé tour à tour Jean de Berrie à cause de la terre de sa mère Marguerite, et Jean d’Amboise en raison de son père, lui aussi nommé Jean. En sa personne s’opéra la fusion des deux branches d’Amboise et de Berrie; celle-là portait l’écu palé d’or et de gueules de six pièces, et celle-ci, fascé d’azur à la bande de six pièces d’or et de gueules.
Une fois seigneur de Chaumont, Jean Ier ne négligea aucune des obligations de sa nouvelle situation. Sur les rives verdoyantes du Cher aux vastes prairies, dans le fief du chevalier Robert Marques, à Bléré, se trouvait une demeure dite la Folie et possédée par Anselme de Bléré, qui lui laissa sou nom. Ce dernier donna la « tenue » ou maison à l’abbaye bénédictine de Saint-Julien de Tours, en 1245. A son tour, « au mois de mars 1258, » Jean de Berrie, « seigneur d’Amboise et de
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Montrichard, » dans le fief duquel se trouvait l’immeuble, accorda que « les dits religieux possèdent librement la tenue appelée La Folie Anseaume », près de Bléré; en outre, dans son fief, sur la paroisse de Saint-Cyr près de Tours, il leur octroya une pièce de vigne, dite La Monetere.
En qualité de vassal du comte de Blois, le seigneur était tenu de faire à son suzerain la déclaration féodale exigée par le droit coutumier. Nous y lisons : « C’est ce que J oh an de Berne tient don comte de Blois. Cest a savoir Chaumont et les apartenances , quant que il i a en domaine ne autres i onl de lui en fiez et en rierefiez, et quant que il y a a Chozi et es apartenances, et cinquante muis d’avoine, les quiez il prent tous les anz es greniers le comte Blois, qui muevent dou fié de Chaumont. » C’est le dernier acte du cartulaire du comte; le précédent est de l’an 1257 ; les deux derniers sont en cursive, et le reste du cartulaire est écrit en minuscule. En 1258, Jean d’Amboise, seigneur de Chaumont, reconnaissait pour suzerain le comte de Blois1.
« A Amboise, au mois d’août 1258, » le chevalier Jean de Berrie accorda aux bénédictins de Pontlevoy de posséder «en main morte et tout gré » la rente, quelle qu’en soit la nature, qu’ils ont achetée en la paroisse de Fougères, du chevalier Rainaud EguiMon et de ses hoirs, et tenue en son fief; plus ce qu’ils pourront acquérir dans les fiefs que le chevalier Philippe de Saint-Julien et l’écuyer Girard de Varennes, ses vassaux, tiennent dans la paroisse de Feings (Feins), et en outre leurs maisons sises au delà du pont d’Amboise. Il abdiqua sur ces domaines tout droit pour lui et ses héritiers, à l’exception de celui de haute justice et de voirie ( vicjeria ), ou basse justice.
Jean de Berrie eut la douleur de perdre sa femme, Jeanne, le premier jour de décembre, probablement de l’an 1268. Il se souvint de la douce affection de la défunte pour lui et de l’amitié qu’elle portait aux religieuses de Moncé, dont le couvent s’élevait au nord de la Loire dans une aimable retraite, sur la paroisse de Limeray. Aussi, par acte de l’an 1268, « le dimanche davant laseintTomas », ou le 16 décembre, le « seignor de Chaumont » fit-il une fondation en ce monastère. « Por le remede de Femme Joenne, jadis noutre femme, dit-il, asignons à religioses darnmes cinquante sooz a pitance por faire son anniversaire a toz jorz lendemain de la seint André, a prendre chacun an le jor don davant dit anniversaire sur notre paage de terre receu à Veves (Veuves) por la rnein de noutre pageor, jusqu’à tant que nos aions les
1 B. N., Fonds lat., 10108, f. 38. Cartulaire du comté de Blois, xiue siècle. — Archives nationales, P. 1421 , p. 109. Registre des fiefs du comté de Blois.
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dites religioses porveues des dix cinquante sooz en autre lou aussi certeiu ou plus. »
Le souvenir de sa femme et de ses autres proches demeurait profondément gravé en la mémoire du chevalier. « En mois d'avril mil et deus cenz et sexante et diz, » « Johan de Ambaize, sire de Chaumont, » « por Deu et por le sauvement de m’ame et de ma famé et de mon père et de toz mes antres amis, » donna aux « frères Menors » (ou Cordeliers) de Blois quatre deniers de cens, «assis en la ville de Blois sur une grange qui fut sire Acelin Becoet, chenoane de Saint-Sauvoor de Blois, laquele siet en une vasselor jouxte les murs le conte » .
Au nombre de leurs domaines, les moines de Pontlevoy possédaient une habitation avec dépendances sur la paroisse de Bourré près du Cher. L’écuyer Benaud, de cette localité, leur vendit deux boisselées de terre ou environ « dans l’enclos des murs de leur domicile ». Comme cette propriété se trouvait dans le fief du seigneur de Chaumont, Jean de Berrie approuva la vente, en sorte que les religieux possèdent cette terre et le sentier adjacent « en main morte », et cela par acte de « l’année 1271, le mercredi avant la Circoncision», ou le 31 décembre.
En mourant, la dame de Chaumont avait laissé à son mari pour consoler son veuvage un fils nommé Gilbert, sur lequel le seigneur reposait toutes ses espérances de père et de chevalier. Mais, hélas! la mort sans pitié lui ravit prématurément ce fils. Gilbert reçut la sépulture dans l’abbaye de Pontlevoy, et son père y fonda l’anniversaire solennel du défunt par acte « du dimanche après la fête de saint Nicolas d’hiver, 1272 », c’est-à-dire le 11 décembre. A cet effet, il fit don au monastère d’une rente de quarante sols à prendre sur le péage de Montrichard, le jeudi avant la saint Thomas apôtre, qui était sans doute le jour même du décès. Au bas de la pièce, sur double queue, pendait le sceau du seigneur en cire jaune (il est brisé), sur lequel Jean était figuré à cheval; sur le contre-sceau on lit encore : Johan |nis | de] BEn[ria .
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Fondation par Jean Ier de Berrie,
seigneur de Chaumont.
(Archives
de
Loir-et-Cher)
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et s’appuyant, au nord, sur les flancs escarpés d’une colline qui plonge ses racines dans les ondes dorées de la Loire, le seigneur de Chaumont découvrait en aval les fraîches et riantes perspectives d’un aimable domaine; la coquette demeure s’enveloppait du tapis des prairies, du cristal des fontaines bleues, de la verdure de saulaies baignant leurs tiges souples dans le fleuve, tandis que le moulin envoyait aux échos le mélancolique tic tac de sa roue mise en mouvement par l’eau d’un vaste étang, alimenté par des sources abondantes. C’était l’homme d’arme, à la lourde cuirasse brunie, apercevant une nymphe aux carnations rosées qui se joue dans la transparence nacrée des ondes de turquoise. Il eût aimé à se reposer ainsi des âpres cimes de son castel dans cette oasis délicieuse, assise dans la vallée entre la Loire et le coteau couvert de vignobles, auxquels l’automne suspend ses fruits d’or ou de pourpre sous un voile d’émeraude.
Ce domaine, situé « dans la châtellenie de Chaumont, sur la paroisse de Rillé ou Rilly » alors en Touraine, appartenait aux bénédictins de Marmoutier, dirigés par l’abbé Etienne, d’où son nom de « Roche-aux- Moines ». Le seigneur de Chaumont proposa aux religieux de leur échanger cette terre avec d’autres immeubles contre des dépendances en diverses localités, et l’accord se fit au printemps de l’année 1274.
Jean de Rerrie constitua le lot attribué à Marmoutier par plusieurs possessions. Il donna ce qu’il avait à Chouzy «en hommes, cens, justices ou reliefs de justice, relèvement, lestage, terres, prés, pacages, gastes et obliages, la gagnerie d’Escheray avec terres, prés, et autres terres contiguës aux rives de la Loire , le bois de Raaçon 1 avec le fond et ce qui en dépend, l’hommage dû par Girard, fils de feu Richot, à cause de l’usage de son four dans ledit bois, et tout son droit de roage et de mesures à vin et blé , et les autres choses qu’il peut avoir à Chouzy, à l’exception de l’hommage de Robert de Conan qu’il conserve pour lui, et ce qu’il possède jusqu’à Petite-Carte, du côté de Chaumont, ainsi que cela s’étend vers l’Aulnay, tant en justices et falcatoribus » que par raison de la châtellenie.
Le chevalier Jean y ajouta « ce qu’il possédait à Villebarou, près de Rlois, en hommes, justices, cens, relèvements, festages ou autres; à Rlois et dans la banlieue, certains cens et relèvements et justices pour ces cens; à Noëlle, près Blois, en hommes de corps et autres hommes, justices, cens et autres droits ». En outre, il remit aux religieux ce qu’ils « devaient lui payer annuellement à Chaumont en vin, pain, os courts et épaules de porcs ».
1 La carte de Cassini porte : « bois de Raceon » ; et celle d’état-major, « bois de Rançon ».
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A leur tour, les moines apportèrent à l’échange le manoir de la Borde, avec ses maisons, bois, clôture, terres, vignes, prés, vers liilly , Chaumont et la Loire, et les immeubles de Princé, de Muynet et de Vaux, situés sur les paroisses de Chaumont, de Rilly , de Vallières et de Veuves, tout ce qu’ils avaient dans ces paroisses (notamment à Vallières le pré de Massa), avec tous leurs droits, hommes, terres, prés, cours, moulins, vivier, cens, terrages, saulaies, buissons, rivages, les vingt livres qu’ils touchaient sur le péage de Chaumont, l’alleu au Moine avec bois et gaste, la maison de Chaumont avec vignes et terres, tout le territoire de la Borde et ses dépendances avec appartenances à Rilly, en se réservant le droit de patronat sur l’église paroissiale ; enfin, en deçà de la Loire et au delà du fleuve, un arpent de pré auprès de « Spinerias » à Veuves, la métairie de l’Epinette dans cette paroisse avec ses dépendances en prés, terres, cens et droits divers. Comme la valeur des deux éléments d’échange présentait un écart important, il fut arrêté que les moines de Marmoutier rapporteraient au seigneur de Chaumont deux mille livres en argent, savoir cinq cents livres à cause du bois de Raaçon et quinze cents livres pour les autres immeubles.
La pièce officielle, datée du « mois d’avril 1274 », gardait sur lacs de soie rouge le sceau rond du seigneur qui a été coupé dans la suite, mais dont on possède la reproduction par Gaignières. Le seigneur est représenté sur son cheval au galop tourné vers la droite, portant la cotte de mailles sur la tunique, avec le heaume sur la tête, le bouclier de la main gauche et ramené sur la poitrine, l’écu aux armes d’Amboise, et brandissant son épée de la droite. Autour se lit la légende : -J- S. Jouis : de ambazia : dni : calvimontis : militis : Le contre-sceau porte aussi l’écu d’Amboise avec autour : -J- Secretum : meum :
Un autre document nous fournit certains détails sur ce que Jean de Berrie concédait ainsi à Marmoutier. Il donnait à Chouzy cent sols de cens ou environ en rente ou en relief, deux muids d’avoine, dix gelines , et demy droit d’oublies, sept arpents et demy de pré dans une île de la Loire entre Chouzy et la Petite-Carte, cent sols de taille ou festage sur le hameau de Chouzy avec le droit de mesure à blé et à vin, la gagnerie d’Escheray avec ses dépendances, le rivage de la Loire entre Colommiers et la Petite-Carte, le bois Raaçon et le four, et généralement tout ce que ledit seigneur avait en la paroisse de Chouzy jusqu’à la Petite-Carte du côté de Chouzy ; tout ce qu’il possédait à Villebarou, dont onze sols six deniers de cens, quatre livres douze sols de taille ou festage, vingt-deux sous de cens aux Noelles joignant Blois ou la banlieue. De leur côté, les religieux rédigèrent à la même époque
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une charte relatant les conditions de l’échange, et l’original sur parchemin était scellé de trois sceaux sur lacs de soie verte, dont le premier en cire verte persiste à moitié rompu.
Cet échange fut suivi, au même mois, de l’approbation de Jean de Châtillon, comte de Blois, dans le fief duquel étaient ces domaines, et qui « loe, aprove » le contrat fait « par noble homme Johan d’Ambaice, sire de Chaumont, chevalier». De son côté, le Souverain Pontife ratifia l’affaire en 1275, par l’organe de Jacques, abbé de Cormery. Enfin, par lettres datées de « Paris, en août 1275 », le roi de France, Philippe III le Hardi, confirma le contrat non sans déclarer « pieusement
qu’autant qu’il est en lui, il veut que les religieux conservent ces domaines sans être jamais inquiétés, sauf d’ailleurs les droits du roi et d’autrui ».
Dans l’intervalle, le château avait été tour à tour égayé par les rayons de la joie et attristé par les ombres de l’angoisse. Jean, après avoir perdu safennne Jeanne, avait uni son existence à Agnès, laqu elle 1 u i sur vécut de hui t années , contrairement à 1 assertion de D. Chazal, cpii déclare que « l’on ignore le nom de son épouse ». Lui-même ne tarda pas à payer son tribut à la commune destinée. Il se trouvait à sa maison de Berrie quand il fut emporté, au mois de juillet 1274, et sa dépouille mortelle fut inhumée dans le couvent des Cordeliers à Loudun. On le revêtit de l’habit de saint François, pour lequel il avait une particulière vénération, et on l’ensépultura devant le grand autel de l’église conventuelle.
Au cours de son œuvre, l’historien de Pontlevoy a tenté d’éclaircir ce qui regarde l’époque du décès de Jean de Berrie. D’après les registres des Cordeliers de Loudun, Jean Ier a été enseveli dans la chapelle, le 6 juillet 1274; or le nécrologe ponlilévien met au 8 février la mort d’un Jean de Berrie. D’où l’auteur incline à croire que le seigneur de Chaumont mourut réellement ce jour-là, « fut transporté à Loudun dans la suite et enseveli le 6 juillet» aux Cordeliers. Mais, en supposant fondée cette interprétation, on doit se rappeler que D. Chazal mentionne un autre document qui fixe au 6 septembre l’anniversaire d’un Jean de Berrie, lequel avait donné, en 1251, dix livres à prendre sur le péage de Chaumont. Il est vrai qu’il attribue cette mention à la personne de Jean II; mais on sait que Jean II vivait encore
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au mois de mars 1313 et avait cessé d’exister au mois de novembre. Ainsi que le pense d’ailleurs l’écrivain, c’est à celui-ci que peut se rapporter la date du 6 septembre, inscrite au nécrologe comme étant celle de l’anniversaire d’un Jean de Berrie.
Quoi qu’il en soit, le seigneur Jean eut pour héritier sou fils Jean II, qui détint également Chaumont, Amboise, Montrichard, Bléré et Berrie, dont il laissa le nom, pour ne retenir que celui d’Amboise. Il paraît que Jean II ne respecta pas toujours absolument les limites du droit, même lorsqu’il s’agissait de biens ecclésiastiques. A Amboise, il fit saisir des jardins sis entre la Maison de Saint-Lazare et le cimetière de Saint-Denis. On lui fit voir qu’il excédait son pouvoir, ne pouvait exercer là aucun droit de justice, et partant avait eu tort de faire cette saisie. Jean II d’Amboise le reconnut par une charte « du mois de février 1275 » (a. s.).
Le seigneur de Chaumont, n’écoutant cette fois que ses sentiments religieux, « en mai 1275, » fit remise au couvent de Marmoutier de ce que les moines étaient tenus de lui bailler annuellement à son château, «en vin, pain, os courts et épaules de porcs ». En outre, il les exonéra des droits de péage ou autres impositions, soit sur les moines, soit sur ceux qui conduisent en leur nom les denrées « pour les besoins du couvent, par la Loire, devant le chastel de Chaumont et dans le parcours de la chastellenie ».
Jean d’Amboise souhaitait étendre son domaine, en particulier dans le ressort de sa châtellenie. A l’été de 1275, il acheta du chevalier Geoffroy de Chaussure- Rouge une terre pour la somme de trois cents livres qu’il lui paya « en monnaie comptée ». L’acquisition comprenait « le manoir de Mindray consistant en maisons, terres, prés, saulaies, cens, tailles, hommes, terrages, et autres droits», assis dans ledit ressort, avec les prés que le vendeur avait sur le bord de la Cisse, près le lieu dit Meré et touchant à ceux de l’acquéreur; une gagnerie avec ses appartenances en terres et autres choses, sise dans ladite châtellenie et appelée La liez, jadis à feu Brun; et tous les terrages qu’il a aux lieux dits la Roue et Pecouse, ainsi que la chasse et tout ce (pie le vendeur a et peut prétendre en droits quelconques dans la châtellenie de Chaumont. Le vendeur, en s’obligeant à ne pas aller à l’encontre de ce contrat pour motif de leurre de moitié prix ou toute autre raison, s’engage au besoin à obtenir, à cet effet , les signatures de llodolfe, doyen du chapitre de Poitiers, du comte de Blois et du bailli d’Orléans. En attendant, Herbert de la Chapelle, sénéchal du Poitou, donna des lettres d’attestation datées du « mardi avant l’Invention de saint Etienne 1275 », c’est-à-dire le 30 juillet.
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Par la faute des hommes, toujours entachés d’imperfections, et des institutions toujours perfectibles, des rivalités divisaient parfois les propriétaires laïques ou ecclésiastiques. Aux àpretés des passions en éveil des détenteurs de biens, venaient s’ajouter les enchevêtrements inextricables des domaines, des fiefs et des juridictions, ainsi que l’infinie divergence des poids et mesures avec l’incertitude des droits et devoirs seigneuriaux. Le seigneur de Chaumont revendiquait certains droits sur les biens des moines de Pontlevoy et les exerça non sans soulever les protestations des religieux. Afin de trancher le différend, on convint de s'en remettre à la sentence arbitrale de deux membres du clergé des diocèses limitrophes, et l’on désigna Gui de Naulphe, doyen de Saint-Martin de Tours, et Guillaume de Neuville, chanoine de Chartres, «clercs royaux ».
La décision se rapporte à différents points que nous allons mentionner. Les fourches patibulaires, que le seigneur a fait enlever de leur terre avec un larron, seront rendues à l’abbaye, et ce gibet, ou bien un semblable, sera solennellement remis en son lieu avec le larron. Le seigneur ou son représentant, appelé pour juger en cour desdits religieux, leur abandonnera le jugement et son exécution, lorsqu’il y a peine de mort ou de mutilation de membre. Les redevances pour la nourriture de ses chiens, qu’il percevait dans les prieurés de Chaumont et de Sembin, il les abandonne à l’abbaye et aux dits prieurés. Le seigneur aura la garde du monastère pour lui et ses successeurs, savoir uniquement lorsque lui ou ses hoirs seront appelés par l’abbé et le couvent pour défendre biens et personnes contre des violences et injustices, ou encore dans le cas de dissipation manifeste des biens de l’abbaye; les moines ne pourront demander un autre gardien, à moins que le seigneur de Chaumont et ses hoirs n’y apportent de la négligence, et celui-ci ne pourra rien exiger pour cette garde « en droit, provision ou vivres», si ce n’est lorsqu’il a été appelé par le couvent.
Dans les paroisses de Pontlevoy et de Sembin et dans les terres de ces paroisses ressortissant de la justice de l’abbaye, le seigneur jouira de l'appel en cas de défaut de droit et de faux jugement, rendu au tribunal de l’abbaye à Pontlevoy ou sur le territoire de ces deux paroisses. En ces dits lieux, il ne pourra pas avoir un sergent, un prévôt ou un mandataire y résidant pour faire la police, percevoir les impôts et exercer la justice.
Par suite des récoltes qu’il a enlevées, le seigneur remettra « publiquement et à ses frais », à l’abbaye, deux muids de froment et deux muids d’avoine sur dix chariots, deux pipes de vin, et aussi pour les
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charrettes qu’il a prises, ou tout au moins une de celles-ci, et pour le cheval qu’il détient, à l’endroit où il a fait couper du bois, il en reportera cinq charretées. En raison des dommages causés à l’abbaye ou aux personnes, le seigneur lui versera trois cent cinquante livres en monnaie courante, savoir cent livres à chaque terme de Saint-Jean durant trois années, et cinquante livres au quatrième terme, sous la caution des biens du seigneur et de ses hoirs et successeurs. Pour ce payement il présentera des lettres du roi ou des débiteurs solvables, au gré des religieux; et, moyennant ces restitutions et cette somme, le couvent le tient quitte des injustices, dommages ou violences subis par les biens ou les personnes.
Cet arbitrage devra être ratifié par le roi et par le comte de Blois, et les deux parties l’observeront avec bonne foi. Aussitôt lesdiles restitutions opérées, l’abbé enverra des gens autorisés avec le seigneur de Chaumont ou son mandataire vers les juges ou les conservateurs qui, sur l’instance du couvent, ont excommunié le seigneur et jeté l’interdit sur son personnel et son domaine, et ils supplieront de bonne foi ceux-ci de lever l’excommunication et l’interdit en raison de la satisfaction accordée. Enfin il est spécifié que si cette décision ne reçoit pas l’approbation du roi, les parties, au point de vue du droit, seront entre elles absolument dans la situation où elles se trouvaient auparavant.
La sentence arbitrale fut rendue à Pontlevoy par les deux délégués, en présence du procureur de l’abbaye, frère Jean de Dauzé, et devant le seigneur de Chaumont, lesquels s’engagèrent par serment, en leur nom et au nom des intéressés, à l’observer scrupuleusement; elle fut revêtue des sceaux des arbitres et des parties. On était alors « au samedi avant l’Epiphanie (ou 4 janvier) M°CC°LX neuf», ou peut-être plus probablement « M°CC°LXX nono », par suite de quelque erreur de copiste, ainsi qu’il arrive parfois dans la transcription des actes.
La décision, paraît-il, demeura purement platonique, et Jean II ne relâcha rien de ses prétentions. L’abbé le fit assigner devant l’archidiacre de Blois. Celui-ci fulmina une excommunication qui ne produisit pas d’effet. Alors, sur l’instance des religieux, une sentence et une excommunication furent portées par le doyen et le chapitre de l’église de Chartres. Le résultat n’étant pas plus sérieux, les juges recoururent à l’interdit, pénalité suprême dont les circonstances nous ont été conservées par les chroniqueurs d’autrefois et ont exercé le pinceau d’artistes de nos jours; l’une des conséquences fut de faire « oster le corps de Jésus-Christ des églises de ses terres».
Enfin, pour ne négliger aucun moyen d’action décisive, les religieux pontiléviens profitèrent de la réunion du concile provincial de
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Sens, à l’automne de l’année 1280, pour y dénoncer solennellement le seigneur. Ou y voyait notamment les évêques Renod de Paris, Guillaume d’Auxerre, Jean de Metz, Jean de Troyes et Gilles de Chartres; quant au siège de Tours, il était vacant. Le concile remit l’affaire aux mains de l'évêque de Chartres; il lui donna commission d’avertir Jean d’Amhoise de se soumettre et, faute par celui-ci de rentrer dans le giron de l’Eglise et de donner satisfaction dans le mois qui suivra le monitoire, il le fera citer en personne devant le tribunal diocésain; à cet égard, le concile lui donna plein pouvoir. La décision fut portée à Sens, <> le mercredi après la feste de saint Michel », qui cette année-là tombait le deuxième jour d’octobre. La lettre synodale ayant été adressée à l’évêque de Chartres, celui-ci, dès le 10 octobre, envoya une lettre à l’official de Blois et aux curés de Fougères et de Yineuil , leur intimant l’ordre de citer le seigneur de Chaumont et d’Amboise.
Les esprits ne semblent pas avoir retrouvé du même coup le calme et l’esprit de concorde. De fait, « la discorde, suivant une lettre de Jean d’Amboise, persévérait entre lui et le couvent pontilévien, dirigé par l’abbé Geoffroy, au sujet des choses exprimées dans les dites monitions des juges, par suite des actes ou violences commises sur les biens et les personnes dépendant de l’abbaye, par lui ou ses hommes, aussi bien qu’au sujet de certaines possessions acquises depuis trente ans par les moines dans ses fiefs et arrière -fiefs. » Finalement, « de l’avis de sages conseillers et par esprit de concorde, » on résolut des deux côtés de s’en rapporter absolument, pour toutes les choses passées, au jugement de l’archevêque de Tours, Jean, et de Simon, évêque de Chartres; en ce faisant, le seigneur entendait garder « sauves ses lettres au sujet d’un arrangement fait jadis avec le couvent, aussi bien que son patrimoine, ainsi du reste que les religieux », non sans que les arbitres prononcent également sur les dites acquisitions faites dans les fiefs du dit seigneur.
La décision arbitrale renfermait plusieurs points que nous fait connaître une lettre du seigneur de Chaumont. Rendue par les deux prélats, sans d’ailleurs suivre la procédure judiciaire, mais après mûr examen de toutes les pièces, il y est spécifié qu’elle sera obligatoire pour les deux parties sous peine de mille livres d’amende, que le contrevenant versera à la partie soumise au jugement des arbitres. Comme le roi, à la demande du seigneur, au cours du procès, avait saisi les biens du couvent, on ajoute que le dit seigneur en personne, si c’est nécessaire, priera le souverain de les remettre à l’abbaye. Au demeurant, Jean d’Amboise rendra au monastère les choses mentionnées dans les monitions précédentes quant aux lieu, nature et quantité, dans l’espèce
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où les arbitres décideront qu’il y a injustice, et aussi, ajoute-t-il, « pour les autres injustices que nous reconnaîtrons avoir commises, » suivant la teneur de la dite lettre.
En ce qui les regarde, les religieux consentiront à ce que le seigneur soit absous, ainsi que ses gens, et que soit levé l’interdit sur sa terre et ses hommes; pour ses serviteurs excommuniés , il les obligera, à cette fin, à restituer ce qu’ils ont pris aux moines et à leur donner satisfaction au gré des arbitres, en les contraignant à rentrer dans le sein de l’Eglise et à restituer, au besoin par la détention de leurs biens ou de leurs personnes, si l’abbaye le demande , sous la réserve des lettres seigneuriales et conventuelles , relatives au patrimoine des parties. Les moines consentiront de même à la levée de l’excommunication sur les hommes non au 'service du seigneur , à condition qu’ils fassent également la restitution. D’ailleurs, « les révérends pères » arbitres auront la faculté de connaître et trancher les divers articles, séparément ou ensemble , en une ou plusieurs fois, et les parties renouvellent l’engagement de se soumettre sous peine de mille livres d’amende à détails à préciser.
La lettre du seigneur de Chaumont, qui relate ces circonstances, porte la date du « lundi après la fête de l'apôtre saint André, 1280 », ou le 2 décembre, et est signée « Nicholaus », nom du scribe ou du notaire. L’original du parchemin est en cursive gothique, et le sceau, sur double queue, a été enlevé1. Selon l’historien pontilévien, la restitution par Jean II comprenait la maison d’Orchvq, la grange de Roland, la maison et la grange de la Verrerie, la maison et les vignes
Aile occidentale du château façade extérieure.
la sentence arbitrale, suivant les
Au dos, en écriture de la même époque, on lit : Lillere nohilis vin Johannis , domini
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de Montrichard, la grange de Chaumont et celle de feu Gindouin , avec la haute et basse justice de Pontlevoy.
Le seigneur de Chaumont n’eut pas que des déboires dans son existence et goûta les charmes de l’affection auprès de son épouse Jeanne de Charost. Elle lui donna quatre fils : Pierre, Hugues, Gilbert et Guillaume. Les deux premiers furent de puissants chevaliers; le troisième occupa une situation élevée dans la carrière ecclésiastique. Quant au dernier, nous le voyons tester à une époque que l’on peut supposer assez proche de son décès. Le prieuré de Montoussant, à l’orée de la forêt amboisienne, eut part aux libéralités et fondations de ce seigneur. Par son testament de 1282, Guillaume d’Amboise lui donna quarante sous pour la pitance des religieux et une rente de vingt-cinq sous pour la célébration de son anniversaire. Le frère du défunt, Gilbert d’Amboise, archidiacre de Tours, a fourni de cet acte un extrait daté de l’année 1304.
Un peu plus tard, nous nous trouvons de nouveau en présence de litiges domaniaux. Jadis, Sulpice d’Amboise, ayant causé des dommages aux biens de Marmoutier, promit, sur la décision de Jean, archevêque de Tours, de donner au couvent quatre muids de vin sur sa dîme de Saint-Cyr. Mais Jean refusa de bailler le vin, et il y fut contraint en 1292 par les « pressantes menaces » de Renaud, archevêque de Tours. D’autre part, les moines de Fontaines-les-Blanches eurent avec Guillaume de Borroz, ou Boureau, un différend au sujet du droit de pâture dans les bois de Cangey , de Borroz et de Lée, au profit des bêtes par eux tenues en leur maison de la Lande, paroisse de Fleuray. L’affaire fut portée en la cour de Chaumont, et le tribunal rendit un jugement en faveur de l’abbaye.
Le chevalier Jean II, qui réunissait dans ses mains les domaines de Chaumont, d’Amboise, de Montrichard, de Bléré et de Berne, jugea à propos de songer à un partage entre ses enfants en 1304. Par suite de cette résolution , les chevaliers Pierre et Hugues ou Hue d’Amboise, et Gilbert, archidiacre de Tours, décidèrent de faire leur partage à l’amiable et se réunirent à cet effet « chez les Frères Prescheurs », ou Jacobins de Tours, « le mardi emprès Quasimodo, l’an 1304. » D’après l’accord intervenu, « aux sires Hue et Gillebert et à leurs hoirs demeure la terre de Chaumont on toutes ses appartenances, et sept cents livres de rente on sont adjoutées, » en faveur de Hugues et de Gilbert; cette rente était assise à « Saint-Sire, o les ap-
Ambazie et Calvimontis, de compromisse» facto in venerahiles patres J [ ohannem ] Dci gracia arcliiepiscopum Turonensem et S. eadem gracia Carnoiensem de controversiis motis inter ipsum et abbatem et conventnm Beatæ Mariæ de Pontilevio.
Jfciio g . L . Schatzerib erger .F ails