L-nnrio et son lils
ibaud
, fils de Hicl.ard
; et du coté dos
funicr
Hniml>ai>d, l'Iiei
une .le Castello.
HUGUES LE CnOlSÉ 61
Noblesse oblige, disait l'antique proverbe, qui résume bien l'esprit de la chevalerie. Mais aussi le goût des domaines et la jalousie de la domination tentèrent plus d'une fois de faire reprendre la parole donnée : en voici un exemple. Deux quartiers de terre, sis à la Coulure Rathon, avaient été achetés par les moines de Marmoutier, et cette vente avait été ratifiée par qui de droil, je veux dire Hugues de Chaumont, et sa mère. Hugues, n arrivé à la jeunesse et devenu héritier de l'honneur paternel, » lorsqu'il obtint Amboise et Chaumont, voulut reprendre le terrain vendu. Les religieux, pour arranger l'affaire, attendaient une circonstance qui ne taixla pas à se présenter. En 1090, le pape Urbain II. au cours de ses prédications pour la croisade, vint à Marmoutier, où il dédia l'église abliatiale. Considérable fut l'afHuence des membres du clergé et de la noblesse, attirés par la présence du souverain pontife, par la solennité particulièrement grandiose et par les résolutions décisives qui devaient être prises en vue de l'héroïque expédition du Levant.
Dans les rangs de l'assistance , parmi les seigneurs les plus en vue, paraissait Hugues de Chaumont, aux côtés de Foulques le Jeune, comte d'Anjou. Quand le pape eut achevé de consacrer l'aulel majeur, il lit appel au comte et aux autres assistants en les invitant à « doter, selon la coutume, l'église et l'autel qu'il venait de consacrer ". Les moines avaient exprimé leurs intentions au pontife pour ce qui regardait le seigneur de Cliaumout. Le pape exhorta Hugues H ft rendre les champs » en question, ce que le chevalier fil de bon gré. La beauté de la cérémonie, dont les rites gardent un caractère de mystérieuse grandeur, était rehaussée par la présence de Hugues, primat et archevêque de Lyon, de Raoul, archevêque de Tours, de Ranger, cardinal, qui avait élé arelievêque de Iteggio (linffiensis) , de Bruno, évêque de >< Signiensis ", d'Albert, cai-dinal-prêtre, de Tbezo, cardinal-prêtre, de Grégoire Papiensis, cardinal-diacre, et de dom Bernard de Saint- Venant, abbé de Marmoutier. Du côté des laïques, outre le seigneur Hugues et le comie Foulques, se trouvaient Sigebranne, connétable de celui-ci, Robert des Roches et Gosbert, prévôt de Chaumont. Les actes font remarquer que -c les sœurs de Hugues, Adénor et Krmesende, concédèrent le même domaine ».
Mais ce ne fut là que l'objet très secondaire de la réunion. Les paroles enflammées du pape Urbain II produisirent une puissante impression et entraînèrent vers les plages de l'Orient, à la délivrance
JcBQ de Guastiiie, Joan de Sacliiniaco, Holtert de Guastiiu-, Andi-ù, rclliTiei', GcisIh prévôt, X proliablemeiit celui de Chaumont i|tic nous avon» renconlré (ilusicurs foiH.
62 HUGLES LE CROISE
du tombeau du Clirisl , des légions considérables. Gentilhommes et plébéiens, n'écoulant que les inspirations de leur foi, s'élancèrent vers ce noble but, sans calculer les innombrables difficultés de tous genres qui s'opposaient à la réalisation de la magnanime entreprise. Dieu le veut! tel était le eri qui s'échappait de toutes les poitrines, et les foules s'ébraTilèrent sur le chemin de la Palestine que devaient glorifiei- tant d'héroïques dévouements, et attrister tant de douleurs et de déceptions, couraffeusement supportées pour la réalisation d'un idéal sublime à tous égards. Ici, nous n'avons pas à raconter ces expéditions dont le récit a été fait avec tant de précision, et nous nous bornerons aux circonstances qui touchent plus directement notre sujet.
Au moyen âge, les chartes de donations se distinguent par un formulaire d'un caractère religieux bien en rapport avec les mœurs et les croyances. On y voit briller, sous une forme plus ou moins littéraire, l'idée religieuse qui était comme la flamme toujours vive du foyer et de l'Ktat. Afin de donner un exemple typique, nous citerons l'un de ces exordes les plus explicites, que nous empruntons à la pieuse libéralité du chevalier qui va partir pour la croisade, de Hugues, seigneur de Chaumont.
Il La sagesse antique, dit-il, a contracté l'habitude de recueillir les actions d'éclat des héros et de les transmettre à la postérité pour stimuler le courage ; mais, autant la valeur de l'àme l'emporte en dignité sur celle du corps, d'autant plus il est juste de conlier aux chartes, pour l'exemple de l'avenir, les actions méritoires inspirées par la piété. La force corporelle, souhaitée par d'aucuns en vue d'acquérir avec vanité le renom de vaillance, est bien inférieure aux vertus de l'àme, qui doivent être précieuses aux yeux de tous par l'espoir des célestes biens, en sorte que chacun doit s'appliquer à transporter en soi les qualités qu'il a observées chez autrui. Par contre, on doit travailler à extirper absolument les vices qui sont mortels pour l'âme, et, en première ligne, l'avarice, que les saintes Lettres appellent la racine de tous les maux, pour lui ^substituer la miséricorde, que Dieu a proclamée une source de bonheur, tant parce qu'elle porte secours aux diverses nécessités, que parce qu'elle prépare à son auteur un traitement miséricordieux. !■
Hugues, de concert avec son familier Aimeri de Gurruns, se disposait à satisfaire <( son désir de visiter le sépulcre du Sauveur en allant à Jérusalem n. Avant de partir pour la Terre sainte, ils pensèrent à user de leurs biens « en vue de se faire des amis auprès de Dieu ■■. Ils se rendirent au monastère de Poutlevoy, dirige par l'abbé Pierre, et lui firent don de l'église consacrée ii Notre-Dame et à saint
Florentin avec sa dépendance , église située ù Amboise el fondée par leurs ancêtres. Ils y mirent la condition que les chanoines qui la desservaient y resteraient jusqu'à leur rhort, et qu'au fur et à mesure des décès, les prébendes reviendraient à l'abbaye. Les auteurs de cette donation la déposèrent sur l'autel de Notre-Dame de Pontlevoy. Hugues souhaitait « que l'on priât pour l'âme de son père et de sa mère, inhumés dans le chapitre, ainsi que de ses autres parents » , et .\imeri demandait « que Dieu le préservât de la mort subite et éternelle, et lui permît de terminer sa carrière par une bonne confession' H.
Afin de donner à cet acte plus de stabilité, à .\mboise, il fut confirmé par les auteurs et par eux fut signé d'une croix autographe en présence de témoins*. A leur tour, les sieurs du seigneur chaunionlois s'empressèrent de ratifier la libéralité. Ermesende, qui vivait à Chaumont, apposa aussi sa croix autographe'. Enfin Adénor, qui « demeurait alors k Amboise •> , fit de même'. En vue d'entourer l'œuvre pie de toutes les garanties pour l'avenir, les donateurs se rendirent avec leurs hommes auprès de Foulques, comte d'Anjou, alor:* à Tours avec son fils Geoffroy. Ils lui exposèrent leur désir de le voir ratifier leur résolution de sa haute autorité, en raison de ce que la fondation première avait été faite par Foulques Xerra,
Le comte Foulques et Geoffroy confirmèrent la donation, non sans y apporter la condition que les religieux de Pontlevoy célébreraient, chaque lundi, une messe chantée à l'intention du comte, de son fils et de tous ceux qui périrent dans ta bataille de Pontlevoy\ Cette pièce,
' Nombre de témoins assistèrent à cette donation. Du côté de Hugues, on remarque : " Wicherius Ludovici, Gautier de Mala Palia, .\itar<l: du eôlé du couvent : le chevalier Herbert Cardonel, Itaoul, serviteur, Cnrin Vasta Bcisa, Hamelot, Girardus Arreberti, Vital Breton, Gelduin, ciiarpenlier. Pour ce qui est d'Aimeri, il y avait de son côlé : Césaire, LasccHn, Govin, Guillaume Tusellus ; et du côté du couvent : le chevalier Herbert CordoncI , Ulric Sichillons, Herbert Burgundio, Girard Arrct^crti et le ccUiirler Richard n.
* Ceui-ci furent, i< pour le seigneur de Chaumont, de son côté : L'iric Pejor Lupo, Hugues , fils d'Ebrard ; et , du cûlê de l'abbaye : Bernard de la Roche , Geoffroy Multuns , Haîmon, prévôt; Girard, moine; Geoffroy Inrcrnus, moine; Herbert Cardonel et Pierre, lils de Constance. Pour Aimeri de Currun, du côté de celui-ci : Acard Leus. Eudes Mesengellus, Renaud; el du côté du couvent: les moines Giraud et Geoffroy Infertius, ainsi que Herbert Cardonel et Pierre, lils de Conslance ».
' Les témoins furent, " de son côté : le prévôt Josbcrt et son fils, Gaufredulus, el Gautier, cellérier du prévôt; et de la pari du monastère : les moines Giraud et Geoffroy Inrernus, Herbert Cardonel, Vasiin malum faciès, et le clerc Ildemar ».
' I-es témoins furenl, pour elle : Gautier de Lavardin. Frodo, Girard Aguct; el pour l'abbaye ; les moines Giraud el Geoffroy Infernus, Herbert Cardonel el Pierre, fds de
^ Une noie du wn" sii'cle, mise au dos de l'acte, dit que le combat eut lieu le 6 juillet iOte, mais celle même note a le tort d'affirmer <|u'il s'agit ici de Foulques N'erra et
de très grande dimension el réglée au dos à la pointe sèche, constitue un superbe document sur velin conservé aux archives de Loir-et-Cher. Le sceau, mis au bas de l'acte et qui a disparu, devait être en cire jaunâtre, à en juger par une tache qui persiste sur le parchemin.
Les églises avec leurs dépendances embrassent un double élément religieux et temporel ; il s'ensuit que le patronat qui s'exerçait à leur endroit comprend un côté ecclésiastique et un côté laïque, dont le second se rattachait au pouvoir séculier, et le premier à l'autorité ecclésiaslique. En qualité de suzerain, le comte d'Anjou, nous l'avons vu, accorda son consentemenL à la donation Faite par le seigneur de Chaumont. C'est à rarelievèque de Tours, dans le diocèse duquel se trouvait Noire-Dame d'Amboise. qu'il appartenait de donner rantorisation canonique nécessaire. Par lettres aux clianoines Hubert, Maurice el autres, l'archevêque Raoul et son archidiacre ï*** firent savoir qu'ils ont approuvé la fondation réalisée par lingues et Aimeri, puis ratiliée par le comte d'Anjou. Kn conséquence, ils avertissent les chanoines de traitei' fraternellenient les religieux de Ponllevoy, sans d'ailleurs leur abandonner les prébendes avant le temps déterminé, mais aussi de ne pas retenir celles qui sont devenues libres par le décès des titulaires. C'est pourquoi ils ordonnent à l'un de rendre ce qu'il a reçu pour une prébende aliénée d'une façon sinioniaquc, et à un autre de ne pas garder une prébende contrairement à la volonté des religieux. Le prélat termine en avertissant les chanoines de veiller à ne pas soulever les plaintes des religieux. Nous devons ajouter que cette donation ne fut pas suivie d'effet, sans doute par suite de la résistance des chanoines qui conservèrent leurs titres.
Cependant la pensée dominante, qui poussait les esprits vers In Palestine, avait réuni une foule de gentilshommes des rives de la Loire autour du comte de lilois, Etienne. L'enthousiasme qui se manifesta sur ces bords enchanteurs a trouvé un écho dans les chants du poète de In (ierusulemme tihera/n, que nous sommes heureux de placer ici, sans d'ailleurs souscrire absolument au portrait qu'il fait du
<k son fils Gi'ijiïi-oy MurU-l. l,.'! sipialuri' du coiiile el de son lils est accompagnée d'une série de témoins; du côté du comte et de son fds : Geoiïroy, fils de Fulcrliade, écuyer du comte, et Sigil>rane, son conniHiilile: Pieri-e Hubiscalis, llai-douin Malum-Minnt, Geoffroy l.ujiellus, Eudes de Saint-Miclicl, Geoirn)y l'aveu, Robert <ie Uclismo, Girard Payen, Koujijtirs Grafiu, Riciiai-tl de Saint-Quenlin: du côté du couvent : Hugues de CliaumoDl, .\iniery de CiMTiiu, Mniirice Rsclier|»'l, (înulier ili; l.avarziu, (^ésaire, Goshert, prévôt; Etienne <le Itenidicu, Wiclier, lils <li3 Louis; Kulco<lius de Vaux, Haoul Gulofrus, Gautier de Mnla Pâli:.. <■! les moines Kudes. Auliry el Geoffroy lufernus. — Areh. de I..-et-C., 7'i(r^j. <le l.'il.lia;,,- -h l'onllecoi/.
iialurel des habitants. C'est du reste pour nous une occasion de restituer son vrai sens à ce passage historique, qui mentionne le groupement de '< cinq mille hommes d'armes d'Amboise, de Blois et de Tours » sous la bannière du comte Etienne:
Ma citique mila Siefano d"Anibuosa E (M Blesse e di Turs in puerra adduce; Non è (,'enle robusta o falicosu, Sebbcn tulta di Terro clia riluce.
I.a lorru molle c liela c diletlosa Simili a si.' gît abilator produce.
Le seigneur de Cliaumonl dit adieu à sa famille et reçut l'accolade de son vénérable oncle, qui, sans doute, eut quelque peine à dissimuler les larmes échappées de ses yeux afTaiblis. Avec ses hommes d'armes il rallia l'armée du comte où il tenait un rang des plus honorables. Il chevaucha de préférence avec son compagnon ordinaire, Aimeri de Curruns, et à leur suite marchèrent un certain nombre de guerriers, qu'ils guidèrent vers l'Orient. Mais, hélas! Aimeri trouva la mort au siège de Nicée, en 1D97, et ses restes furent ensevelis auprès du ponl où il avait signalé son courage. Hugues, tout en payant à son ami le tribut de chagrin que son âme ressentait, continua sa marche vers les Lieux saints, et il n'est pas de journée fameuse oii il n'ait montré une vadlance à toute épreuve. Sa bravoure éclata au siège d'Antioche ( 1098), où il garda la porte de Boemond, de concert avec Raoul de Beaugency , ainsi qu'à la prise de Mara ( 1098), à la prise de Jérusalem, le 15 juillet 1090, et au combat d'Ascalon. le mois suivant.
C'est avec de parlicuHères marques de vénération que Hugues fit ses dévotions au Saint- Sépulcre. Mais les fatigues extraordinaires de la campagne et la maladie ayant aiTaibli ses forces, il quitta l'Orient et revint en France. Il se rendit à la cour de Foulques, à Loches, où il se trouva le jour de Noël 1099. Dans son attachement pour Pontlevoy, il donna k l'abbaye les églises de Saint-Denis, à Tours, de Chaumont, et de Saint-Cyr au nord de la Loire, don qui fut confirmé par l'archevêque Raoul.
De fait, les croisades n'avaient aucunement interrompu le libre cours de la vie féodale. L'année 1098, ou la « seconde année de la dédicace de Marmoulier j>, fut mar(|uée par un événement de peu d'importance en soi, mais qui révèle le caractère de loyauté et de sincérité qui présidait aux relations entre les seigneurs et leurs conseillers. La comtesse Adèle, femme du comte Ktienne, h était de retour en France et se trouvait à Blois ". Près d'elle il y avait, entre autres gentilshommes, Geoffroy de Chaumont avec son prévôt (iosbert. Un
certain jour, on vil arriver A la cour de la comtesse les trois prévois des domaines d'Orcliaise, de Choiizy et de Mesland, dont les prieuré» dépendaient de Marmoulier; j'ai nommé doni Rodolphe de Chante - Merle, dom (îeoiTroy le Breton, et dom Arnoul de Bourges, avec le panelier du couvent, dom Bernard, dit Fléau. Les uns et les autres avaient à se plaindre de (ieofTroy, qui, sans raison, paraît-il, prétendait exercer sur ces terres des droits nouveaux, tel que celui vulgairement appelé " mestive ».
Une discussion s'engagea à ce sujet, et (ÎeoiTroy soutint fortement ce qu'il considérait comme son droit.
La comtesse Adèle écouta
les parties avec la plus parfaite
impartialité et le plus vif désir
d'arranger le différend. Avec
la droiture qui la caractérisait,
elle se tourna vers le prévôt de
Chaumont, « d'un âge avancé,
d'un loyalisme égal à son âge
et homme du seigneur ». Elle
lui demanda, par la fidélité
qu'il avait promise, de déclarer
publiquement si les seigneurs
PMA du xvi> Kjùcii-, tipUsc de chaumiini. de Chaumont et d'Amboise
"avaient ce droit. Le prévôt
répondit négativement. Sur-le-champ, (leoft'roy se leva et poursuivit :
« Alors je reconnais que ces obédiences ou prieurés sont libres de tout
droit, puisque mon fidèle (îosbert le soutient, et, à partir de ce jour.
je n'en exigerai plus aucun. » En cour de Blois, on rédigea séance
tenante un acte attestant ce qui venait de se passer, en pré.sence de
Gilo de Soliaco, d'Etienne, vicomte de Melun ; de (lermond, qui fut
sénéchal ; de (ieofFroy , sénéchal ; de Raymond de ^'ienne , de («eolfroy
Borel, de Hervé Relonius, d'André Barbe et de plusieurs autres.
.\n3si bien , les officiers des seigneurs se plaisaient à imiter les exemples de libéralité qui leur étaient donnés. De ce nombre était Renaud, » voyer du château de Chaumont >'. On sait que le voyer, vicarius, était un officier seigneurial chargé de l'exercice de la basse justice ou voirie, relative à la juridiction sur les voies de communication. Renaud possédait un domaine appelé Manse-Gorbon, pour
tlUGUES LE CROISÉ G7
lequel les moines de Marmoutier lui payaient un cens annuel de deux sols. De concert avec sa femme Hildeburge , il lit remise de ce cens à l'abbaye, aiin d'avoir des prières pour sa famille. Son père se nommait (laulier, et sa mère Ingelberge, et les parents de sa femme étaient (iautier et Hailvise. Cette donation fut ratifiée par leurs enfants au nombre de huit : llalon, Hervé, Kiide?, Hugues, Pierre, GeoH'roy, Milesinde et Florence. En outre, Renaud s'engagea à obtenir du chevalier Hugues de Iteaugency le renoncement au cens qu'il prétendait avoir sur ce même domaine. En conséquence, indépendamment de ta société de prières, les donateurs reçurent de l'abbaye vingt sols. L"acte fut rédigé en présence, du côté de Kenaud ; « de ses hommes " Bouchard, Kainier, Durand et Thibault; du côté du couvent , (le Durand Hisel , Renaud , boidanger ; Letard , charpentier ; les clercs Renaud et (.îuarin ; du cellérier Renaud Morin; du frère Beringer, et de Chrétien, chanoine de Saint-Martin.
Le seigneur de Cbaumont comptait parmi les familîei's des comtes de Blois, près desquels on le voit en maintes circonstances, notamment en l'année 1 lOi. La terre de Janil)e. dépendant du prieuré de Villeherfol qui reconnaissait pour prolecleur Raoul, seigneur de Beaugency. avait été enlevée aux bénédictins de Marmoutier par les frères (îîrard de Conan et Borrel, ainsi que par leur mère Areniburge. L'abbé Hilgod lit entendre ses protestations. Celles-ci arrivèrent jusqu'à " la très douce comtesse, fille de l'illustre roi d'Angleterre Guillaume », et la comtesse ordonna qu'un jugement fût rendu. Sans parler des religieux, dont André, frère de l'abbé, parmi les témoins, on relève le nom de Hugues de Cbaumont et celui de Maurice Eschirpel'.
Les liens intimes qui unissaient les seigneurs de Cbaumont aux comtes de Blois avaient causé des luttes douloureuses avec les comtes d'Anjou. Mais Hugues I" eut la satisfaction de réaliser un rapprochement avec ces derniers, de la manière la plus honorable. 11 épousa, avant l'année 1106, la s<i'ur utérine de (îeolfroy Martel II, Elizabeth de Jaligny. fille de Guillaume de .laligny. A cette occasion, le comte fit don de ce qu'il avait â .\mboise, et cette donation fut conlïrméc par Foulques le Jeune, fils du comte, qui reçut l'hommage en qualité de suzerain.
Cette union apporta au seigneur chaumonlois les doux fruits qui font le charme du foyer domestique. Il eut trois garçons et une fille. Les fils sont : Sulpice, qui naquit en H 03 et que nous retrouverons ;
' On remarque également Thierry de Vienne , le sénéchal Geoirrov <le Lcheia , lloger écuver de Itomoraotin; Geoffroy Borrel, Jlenry, écuyer de Hcaugency; Simon de Hoiit- Folet, Gilduia de MagduDO, Gosselin Iloel, Simon de Moncé et d'autres.
6B IILUUES LE CItOISÉ
Hugues, qui se maria à Lisoie de Colombier (depuis Villantlry), fille de Geoffroy le Houx, et Oudin ou Oldouin, seigneur de Jaligny, Ce dernier péril victime d'un assassinai, et le second, au retour d'un voyage en Terre sainte, en IIOQ, fui emprisonné par le chevalier de Montbazon. La iille de Hugues, qui se nommait Denise, donna sa main à Arnoul de Bourbon. Hugues I" ne goûta pas moins de satisfaction du côté de sa parenté en ligne collalérale. De ses deux sœurs, Adenor avait épousé Jean, seigneur de Lignières, dont elle eut cinq fils : Guillaume, Eudes ou Odon, Girard, qui fut trésorier de Sainl-Mar- Un, Seguin et Jean. La seconde, Erniesende, s'unit à Archambaull de Bléré, auquel elle donna Ilger, qui mourut sans héritier, et Campanie, qui se maria à Ride! de lîillé.
Le seigneur, satisfait, voyait en même temps s'élendre ses domaines et rayonner son influence. La mort de son oncle Geoffroy le fit héritier définitif de Cbaumont. Il est vrai que parfois un nuage, — et quel lie» en est exempt? — vint assombrir celle douce félicité. Le chevalier Maurit-e Kschirpel ne lui ménagea pas les effets de l'humeur Iracassière dont nous avons vu jadis les écarts; mais tout s'arrangea par l'entremise de son allié Raoul de lleaugency. Avec le concours du même seigneur il reprit Montricliai-d, qui avait été usurpé sur ses prédécesseurs par Hugues et par Aubri de Monlrésor.
Ce n'est pas tout. Hugues eut encore à lutter avec des cousins, qui lui disputèrent on domaine sur les bords de la Loire. Il s'agit de deux neveux de (îelduin, issus d'une sœur du fondateur de Chaumont et de son mari, Berlay de Monlreuil. d'où le nom de Montreuil-Bellay, donné depuis lors à cette localité d'Anjou , célèbre par son château féodal. Celte union donna le jour à Aenorde, qui s'unit à Hugues de Sainte-Maure. Or, sur cette souche, poussèrent les deux rejetons Josselin et Hugues, qui se distinguèrent par leur bravoure. Se sentant appuyés par le comte d'Anjou, ils s'emparèrent du domaine de SainL-Cyr que (^îeoffroy avait remis à sa nièce Denise, et qui fut ensuite donné au couvent de Ponticvoy, avec l'église paroissiale, à la collation de l'abbé.
Hugues eut aussi maille à partir avec les comtes d'Anjou. Il tenait fort à prendre le fief de Montrichard ; mais Foulques Rechin voulut le garder par devers lui et finit par céder à prix d'argent. Hugues entra ainsi en posses^^ion du fief de Nanteuil, qui était du domaine de Gelduin, et, grâce à sa libéralité, le prieuré avec l'église paroissiale passa à l'abbaye de Ponllevoy,
L'abbaye niarlinienne des bords de la Loire possédait à Blois une maison, dite la Grènelerie de Marmoutier. Hugues lui en contesta la
propriété. Le difFérend vint « devant les plaids à Blois », où les religieux donnèrent au seigneur dix livres deniers, et en conséquence celui-ci renonça à toute prétention'. Cet accord fut ratifié par Klizabeth, femme du seigneur Hugues, qui reçut deux sols, et par leur fils Sulpice, qui reçut deux deniers, en présence de (laudin de Tilly et de Élie de Mosnes. C'était en l'année 1108, alors que l'abbaye était sous la direction de (îuillaunie, « en sa troisième année >i. .\ ta même époque, on voit Pierre de Cbaumont assister à Marmoutier à un accord par lequel Uobert, seigneur des liocUes, du consentement de sa femme Majentia, de leurs filles Sibille et Lucie, et de leurs fils Thibault, Robert, Sulpice et(;uanelon, renonce, moyennant neuf cent soixante sols, aux droits qu'il prétendait avoir « sur les serfs ou colliberts de l'abbaye, à la suite de ses ancêtres ».
Au vieux temps, les rivières, aussi bien que les roules par terre, avaient leurs douanes, et la batellerie rencontrait assez fréquemment le commis du seigneur qui ne manquait pas de percevoir les di-oits établis suivant un tarif parfois très onéreux. Il y avait, en particulier, celui de " voillage » perçu sur chaque voile ou bateau, et sur les marchandises transportées. Or les religieux de Marmoutier avaient été gratifiés de certaines exemptions et ils prétendaient en bénéficier, notamment à Cbaumont. Mais Pierre Barbe, de Cliaumont, ne l'entendait pas ainsi. Enfin, après certaines démarches, il finit par accorder le libre transit pour les bateaux et pour les choses qui se rendaient à l'abbaye, quelle qu'en fût la direction. Il fît cette concession à l'abbé (luiilaume en présence de son frère Ernaud et de son fils Pierre Payen, qui à cet effet reçut du couvent quinze sols dix deniers. De plus, il fut convenu qu'on accorderait au donateur le monachat, ou le droit de recevoir l'habit, quand il en ferait la demande. Les témoins étaient les cellériers Hubert et Lancelin, avec Odo de Itochettes, le chevalier Raoul et son neveu Cautier.
L'étendue du domaine n'est pas sans créer de difficultés, et dans leurs chartes conventuelles les religieux mentionnent, non sans mauvaise humeur, le nom d" ■< un certain Hugues, seigneur •>, avec lequel ils avaient quelque différend. En une circonstance, le conflit portait sur les biens venus à l'abbaye par un serf nommé Ililgold le (îrand. et que le seigneur soutenait avoir été son serf propre. De plus, dans une rixe
' Parmi les témoins on remarque du cûlé de Hugues: ArchambaucI, fils d'i'lger de Mont-BazoD; Jordan de Bray i Itresis ou Rei|;nac, GeolTroy Itorel. Kaymond de Vienne, Thierry de Vienne, Hugues, fils d'Êvranl d'Amltoise; Etienne de Saliano, Robert, liU de Itainier de Cliaumont; GeolTroy de Genillé: du côté dos moines : Pierre de Itoiicii, prévôt de la comtesse ; Gilduin de Ma(;duno , Hugues de Orceio et Itenaud de Fontnine.
70 HUGUES LE CltOlSÉ
entre les sujets du couvent et ceux du sire des Roches, la mort enleva un certain Andraud Filioli, et Hugues soutint également que celui-ci était un de ses serfs. Mais l'esprit pacifique reprit le dessus. Le seigneur se rendit à l'abbaye, qui avait pour dignitaire (iuillaume. pour prieur un moine du même nom, naguère archidiacre de Rennes, pour aumônier Renaud ; il renonça à ses prétentions, non sans que les religieux lui fissent un don de dix livres deniers. Parmi les témoins pour le seigneur, il y avait, entre autres : Maurice Kschirpel, Césaire d'Amboise et Ascelin de Gisois, qui lui aussi avait quelque arrière -pensée à l'égard des immeubles de Ililgold ; l'acte est daté de 1114.
On se souvient que Auger Boordeuil et son frère Daefred firent don à Marmoutier d'une maison dite •< David " et sise ■< sur la place de Saint-Martin de Ghàteauneuf, près l'église Saint-Denis •>. Or il arriva que Hugues éleva une réclamation, en raison de ce que cette maison était dans sa censtve. Les religieux répondirent qu'ils la tenaient exempte de tout cens depuis au moins soixante ans, du temps de son oncle Geoffroy de Ghaumont, et avant le mariage de Sulpice, père de Hugues, avec Denise, et cela sous les quatre trésoriers Geoffroy de Preuilly, Renaud, fils de Grécie, Hardouin Gorbel et enfin (iautier, encore vivant. Hugues finit par abandonner ses dires, et l'accord en fut dressé en 1119, en présence de l'abbé Guillaume et du seigneur Hugues, devant Kschirpel, Hugues, fils d'Ébrard, et Césaire d'Amboise ',
Ces rivalités domaniales n'empêchaient pas le seigneur de Ghaumont de se montrer fort bien disposé pour les établissements religieux. Hugues étendit, en plus d'une circonstance, sa protection sur les monastères. En 1124, lorsque Foulques, comte d'Anjou, établit le prieuré de Troo, au diocèse du Mans, et y plaça des bénédictins de Marmoutier, Hugues accompagna le comte avec la comtesse .\remburge dans leur visite à l'abbé Guillaume, et, de concert avec Pierre de Montoire, il reçut la mission de défendre le prieuré contre toute vexation. Il s'acquitta de son rôle avec une parfaite équité.
Du reste, la cour du seigneur de Chaumont se distinguait par le choix des gentilshommes et des dames, par l'agrément des relations, des costumes et des harnais militaires, aussi bien que par te goût des arts groupés en un ensemble harmonieux, en particulier par le plus populaire de tous, la musique. Suivant le tableau que nous a tracé le
' Dom Cliantelou, dans son Hisloria de Marmoutier, place en cette année IMO un différend entre ce monastùre et <i Hugues, seif^-neur et trésorier di.' Saint-Martin '> , au sujet d'une maison pour laquelle cctui-ci se désista de ses prétentions devant plusieurs moines de Marmoutier, dont le prieur Fromond, Guillaume, ancien prieur, et le bibliothécaire Guingomar. — B. N,, f. 1. 13900, f, 97 V, //iXori.i Maj. Monatl.. ivii' siècle.