C.frri' du XV siW.- au cliSU-aii di- Cliaiimoiil
joie mtimc et de douce émotion.
Au dehors, le soleil dore les cimes altières du donjon et embrase la cour d'honneur de ses feux élincelants. Tout autour, les teiilures marient leurs semis de fleurs héraldiques aux bouquets des plates -bandes. Une nombreuse assistance, formée de la noblesse des environs et de la population cliaumontoise. apporte une animation merveilleuse dans ce milieu féodal. Les applaudissements éclatent de toutes parts, mêlés aux sérénades des « harpeors, giges et chifonie », quand le jeune seigneur apparaît sur le perron. Mais aussi qu'il est séduisant à ravir dans ses nouveaux atours et la fleur de sa jeunesse! Comme ses membres se destinent agréablement dans la fine chemise et les chausses, aussi " blanches que flors aprissans », qui ont été tissées par les doigis délicats de sa mère et de sa sœur, à moins que ce ne soit de sa fiimcée, durant les soirées d'hiver, alors que le seigneur faisait sentir sur les champs de bataille le poids de sa redoutable épée! Comme il porte allègrement le haubert à doubles mailles cl le heaume au travers duquel on devine l'éclat de ses yeux et la i-ésolution de son âme !
L'assistance est gagnée par une émotion à la fois douce et forte
IIUGCES LE CROISE 75
quand le seigneur se place aux côtés de son fils. D'un geste qui rappelle les hardis coups de mains du guerrier, il saisil l'épée dans le baudrier richement brodé, et sur la nuque du jeune chevalier incliné il applique « la paumée », en lui disant d'une voix ferme : « Sois brave et souviens-toi que tu es d'un lignage qui ne doit pas fausser; honore la chevalerie, donne aux pauvres, et que Dieu le défende contre tous tes ennemis. Va! »
lit le récipiendaire, fier d'èlre " adoubé » chevalier, se redresse avec une assurance mêlée de respect, et saute sur le coursier richement caparaçonné que lui tient son écuyer. Le destrier, hennissant, s'élance à travers la cour, et, pendant que résonnent les fanfares des ménestrels et des jongleurs, il fait caracoler sa haquenée en -lenanl haut et ferme l'écii et le gonfanon de combat. Puis des réjouissances terminent la fête, et, tandis qu'une main libérale distribue aux miséreux l'obole et le pain qui est " la part k Dieu i^ , des danses populaires, sous les ombrages du parc, associent les travailleurs aux joies des châtelains. Finfin, lorsque les ombres de la nuit enveloppent les épaisses murailles de la forteresse, une table frugale, chargée des produits de la maison, réunit les seigneurs, ayant au milieu d'eux le nouveau chevalier, les gentilshommes des environs et les vassaux. Des hanaps d'argent le vin coule en pétillant dans la coupe qu'on se passe de main en main, et les vivats enthousiastes pour le bonheur de l'élu se mêlent aux dernière accents des jongleurs et aux dernières cantilênes de la ronde populaire. Et, quand tout repose, le chevalier rêve tour à tour des jours de son enfance sous le regard béni de sa mère, des exploits qu'il songe à ajouter au livre d'or de ses aïeux, et sans doute aussi au « chief blond comme l'or des blés « de la fiancée, qu'il a saluée dans la brillante assistance et dont il désire faire la noble compagne de sa vie.
Les solennités n'avaient pas seules le privilège de fixer l'attention, et le seigneur de Chaumont faisait le meilleur usage de ses importants revenus. Son chastel était muni de tous les ouvrages de défense usités au moyen âge, et son attachement pour sa femme et pour les siens ne lui laissait rien négliger de ce qui pouvait apporter de l'agrément à leur résidence. Ses autres domaines étaient aussi l'objet de ses soins vigilants. A Monlrichard, il fit bâtir le donjon robuste qui domine la ville, et à Araboise, non content de la construction du donjon, il jeta sur la Loire un pont destiné à faciliter les communications et qui fit bénir sa mémoire par les populations reconnaissantes. De plus, comme les sentiments religieux ne perdaient jamais leurs droits, il fonda.
Mais une circonstance solennelle devait l'amener à changer de décision. Foulques V. comte d'Anjou et du Maine, avait résolu de partir pour la Terre sainte et se proposait de prendre la croix au Mans. En conséquence, le jour de l'Ascension 1128, il convoqua en cette ville une assemblée considérable de membres du clergé et de la noblesse, et Hugnes s'y rendit avec plusieurs de ses chevaliers. De son côté, Eudes, abbé de Marmoutier, y vint en compagnie de plusieurs religieux, dont Laurent, le porte-crosse, et Hugues, l'hôtelier. Naturellement la question du difl'érend fut agitée : c'était trop belle journée pour ne pas en profiter afin d'amener la concorde. Hugues de Fayen, maître du Temple, qui souhaitait vivement procurer le résultat désiré, fit une tentative en ce sens auprès du seigneur avant que l'on prît la croix. Hugues de Chaumont répondit que ce qu'il tenait ainsi dans le fief du comte, il ne le lâcherai! aucunement.
Alors le comte Foulques, élevant fortement la voix, répliqua que ces devoirs prétendus par Hugues sur ce fief " dans la terre de saint Martin » ne lui appartenaient pas et qu'il ne pouvait en faire la preuve. De son côté, le maître du Temple, qui avait de l'inlluence auprès du seigneur Hugues, intervint et le décida à reconnaître que les preuves lui faisaient défaut. Celui-ci renonça h ce qu'il considérait comme son droit sur les terres et les gens relevant de Marmoutier, en présence et « dans la main » de l'archevêque Hildebert, de Guy, évèque du Mans, d'Ulger, évèque d'Angers, et dKudes, abbé du couvent. Outre ces personnages , on remarquait maints autres témoins, parmi lesquels le comte Conan, avec sa mère, et Jean de Montbazon.
Cependant le moment de partir pour la croisade approchait, et le seigneur de Chaumont avait à cœur de ne laisser derrière lui aucun souvenir qui pût l'inquiéter. Quelques jours après l'assemblée du Mans, où il avait reçu la croix, il se présentai au chapitre de Marmoutier et renouvela les protestations qu'il avait déjà faites ; il déclina tout droit sur les terres du couvent, et les moines, « ne se rappelant que le devoir de prier, oublièrent ce qui les avait indisposés ». A cette réunion assistaient, notamment, Payen de Chemilly, Kudes de Fontaines, Aimery de Bollenl et le chevalier Haoul. L'acte qui mentionne ces diverses circonstances porte la date « 1128, indiclionvii», c'est-à-dire 1129 (n. s.).
Désormais rien n'empêchait plus le seigneur de Chaumont de suivre l'attrait qu'il ressentait pour les hardis coups d'cpéc sous le ciel d'Orient, Le voyage, d'ailleurs, revêtait l'aininble caractère, j'allais dire d'une marche nuptiale. Baudouin , roi de Jérusalem, avait une
fîUe à marier, dont la dol consîslait dans ]e royaume d'outre- mer. Le vaillant comte d'Anjou, Foulques le Jeune, fut jugé le plus digne de celle union princière. Avec l'agrément du roi de France, il prit la croix pour la Terre sainte, et, parmi les chevaliers qui l'accompagnaient, brillait en première ligne le seigneur de Chaumont. Celut>ci profita de l'occasion pour cimenter complèlemenl son union avec les comtes d'Anjou, et confia son fila Sulpice au comte (ieofri*oy, fils de Foulques, qui reçut Tliommage à litre de suzerain et promit d'étendre sa vigilance sur les domaines de son protégé. Au cours de l'expédition, Hugues suivit fidèlement le comte Foulques, et à ses côtés se signala dans le combat livré près de Damas. Mais, hélas! le noble chevalier devait succomber au champ d'honneur. 11 fut pris d'une maladie grave qui l'emporta ; il mourut â Jérusalem , le '2i juillet 1 1 2'.). Son corps fut inhumé au mont des Oliviers, près de l'église, et son anniversaire se célébrait, ce jour-là, dans l'abbatiale de Pontlevoy.
Hugo, lerrorem cieleris ingérons, multa insi^nia Deo patiente peregil.
{Getta Amb.iiieniiuii, hominanim, p. 208.)
rcL'ES le Croisé était descendu dans la tombe au milieu dtt rayonnement d'une existence honorée et pacifique, et dans le concert harmonieux des prières saintes à l'ombre des oliviers et des regrets universels de ses compagnons d'armes. La carrière de son fils aîné, Sulpice II, que l'on voit mentionné aux côtés de son père dans une charte de H08 ou H09, se présente sous un aspect moins calme. D'ailleurs, au soir de sa vie, avant le départ pour la croisade, le père avait pressenti l'ère des difficultés. Voyant son fils cadet Hugues refuser obstinément les domaines qu'il lui destinait, il avait recommandé en termes émus à son aîné « de se souvenir de ses leçons, de prendre conseil des hommes expérimentés, et d'éviter le commerce des gens factieux ».
En prévision des embarras, Hugues attribua à Sulpice les domaines de Chaumont, d'Amboise et de Montrichard, fit jttrer fidélilé à ses hommes et recommanda tout spécialement son successeur au dévoue-
menl de ses amis et de son suzei'ain. C'est duns le dernier château que le seigneur fit ses pins pressantes exhortations. Les faits devaient justifier les préoccupations du père vigilant. Après la mort de celui-ci, le jeune Hugues s'efforça de troubler les dispositions les mieux arrêtées, et Sulpice II ne fut pas assez heureux pour vivre en bonne harmonie avec les hauts suzerains qu'il avait intérêt à ménager.
Sulpice II unit son existence à la fiUe de Hervé de Donzy, qui était, dit-on, de la famille rojale des Pallades. Agnès, c'est son nom, dont les qualités égalaient la naissance, mil au monde deux garçons et deu\ filles : les garçons se nomment Hugues et Hervé, et les filles, Denise, qui se maria à Ebbon de Déols en lîerrj, et Elizabetb, qui donna sa main à André d'Aluie. Autant la dame de Chaumont brillait par la douceur de ses mœurs, autant le seigneur se distinguait par son caractère hardi el entreprenant. Son tempérament ne garda pas toujours la mesure et, écoutant par trop son humeur inquiète el remuante, il se mit à dos les seigneurs les plus puissants, el, bien entendu, ses voisins tout les premiers. Il est vrai que, s'il faut en croire le clirouiqueur des Hesln, il n'aurait fait parfois qu'user du droit de légitime défense.
Quoi qu'il en soit, dès le début de son << seigneurat », il fut en bitte vive avec les puissants seigneurs de Vendôme, dont, paraît-il, le sénéchal, Bouchard de Sainl-Aniand. s'était permis de ravir <c les coutumes dites conniiendatices, ■> que Sulpice avait dans le Vendômois. Mais celui-ci les paya de retour et fut soutenu par des auxiliaires dévoués, tels que Herbert de Poillé et Pierre de Palluau. qui avaient derrière eux noud)re de chevaliers. La fortune se rangea du côte du seigneur de Chaumont, qui fit prisonnier son rival du A'endômois.
Mais c'est de son frère Hugues qu'il eut à souffrir les attaques les plus amères. D'une grande distinction de formes, aussi bien que de langage et de manières, celui-ci était le familier du comte d'Anjou, (îeotfroy W Plantagcnet, qui, cherchant à diviser pour régner, favorisait les tendances séparatistes du cadet. Sulpice avait pour lui la foule et aussi les chevaliei's les plus fidèles qui lui répétaient : « Courage, vos provisions sont abondantes; faites tête à vos adversaires! » Au surplus, il eut la douleur de voir sa mère elle-même prendre parti contre lui, Kli/abeth vint se |)laiudre de son fils auprès du comte Geoiîroy, (jui était â Tours, el aussi auprès de .Tacquelin de Maillé, lequel avec ses frères s'était tourné contre Sulpice, et elle demeura longtenqis dans ces deux localités qu'elle remplit du murmure de ses doléances contre son fils aîné.
La partie était rude â soutenir. A la tète de ses troupes, le comte
Geoffroy envaliit les lerres en deçà et au delà de la Loire. Sans s'arrêter à faire le siège d'Amboise, il attaqua l'armée du seigneur au lieu dit CI Pont du Moulin ». La lutte fut si ardente que la nuit seule mit fin au combat. Sulpice était secondé par de vaillants chevaliers tels que Simon de Beaugency, Arnoul de Vierzon, Ours de Freteval, Geoffroy Burel et d'autres, qui étaient suivis de nombreux gentilshommes du Berry, de l'Orléanais et du pays chartrain, en sorte que la " clientèle des Blésois et de Forêt-Longue >• était de tout point remarquable. Aussi le comte, indépendamment des prisonniers, vit la plus grande partie des chevaux mis hors de combat. Gomme l'on approchait du temps de l'Avent, où la Trêve -Dieu étendait son influence bienfaisante, on fit la paix; Sulpice rendit les prisonniers, et tout rentra dans l'ordre.
Le souffle des croisades apportait d'ailleurs avec lui des inspirations pacifiques pour la vieille Europe, Hugues prit la croix et partit pour la Terre sainte avec le comte Foulques, roi de Jérusalem, et il y demeura quelques années. Pendant ce temps, suivant les réflexions du chroniqueur, éloquentes dans leur laconisme, n la terre goûta le silence de la paix. »
Néanmoins le seigneur de Ghaumont connut de nouvelles difficultés. A la mort du comte de Vendôme, son fils Jean, d'un naturel ardent, s'allia avec lienaud du Château, — d'où Ghâteau-Renault, — que Sulpice avait mécontenté dans une question de partage. Il paraEt que, prenant les devants, ce dernier envahit les domaines de Itenaud. Aussitôt le comte Jean d'accourir et de joindre ses troupes à celles de son allié. L'un et l'autre les disposèrent dans des passages difficiles, tandis que Sulpice développa ses hommes en pleine campagne. Le premier choc fut si violent que l'ost des Vendômois fut rompu, et le comte .Tean fait prisonnier avec nombre de soldats. Le noble captif fut conduit dans la forteresse chaumontoise et mis en sûreté dans un cachot à l'abri de toute évasion.
Suivant la pensée de Sénèque, res inquiéta félicitas, Sulpice triomphant ne sut pas se défendre d'injustices à l'égard du comte d'Anjou, Geoffroy IV. Il plaça bonne garnison dans ses chastels de Ghaumont el de Montrichard , et , pour ce qui est d'Amboise , après avoir mis la forteresse en état, il la confia à son cousin Guillaume de Lignières. Geoffroy Plantagenet marcha contre Sulpice, et déjà son armée avait atteint Monlloë, Monslaudiaciis, que l'on eut tort de traduire plus lard par Montlouis. Par bonheur, l'archevêque Hugues, dans son désir d'empêcher l'effusion du sang, intervint et amena une solution pacifique. Mais ce ne fut pas pour longtemps. Enflé par l'orgueil de sa puis-
foi et riiomiiiage à son suzerain, ïliibaiill comte de Blois. Celui-ci foi'liria le chastel des Monlils sur la rive gauche de la Loire, et installa son camp à Cangv, qui fut brûlé. Mais une fois de plus l'inlervenlion d'amis de la paix empêcha la lutte. Thibault n'hésita pas à promettre des gages. En sa cour de lîlois, où se trouvait alors le comte dWnjou, il s'engagea à ne pas élever de forteresse entre Blois et Chaumont.
Le naturel hautain et belliqueux de Sulpice ne lui enlevait pas tout sentiment du cœur, et le seigneur de Cliaumont fut frappé dans ses afiections familiales. Il perdit ses deux filles Kliznbeth et Denise. L'épouse d'André d'AIuie mourut de phtisie, non sans laisser à son mari la consolation d'avoir deux enfants, Hugues et Agnès; elle reçut la sépulture à Pontlevoy, le 10 juillet. Quant à sa sœur, qui avait eu de Ebbon, seigneur de Déols, deux garçons, Raoul et Eudes ou Odon, elle fut emportée au milieu de la vénération et des larmes de tous, et les religieux du monastère de Déols l'ensevelirent dans leur cloître auprès du mur de l'église conventuelle.
Un autre décès devait faire un vide d'un genre différent dans l'existence de Sulpice. Le frère de celui-ci, Hugues, avait été gagné par les ilatteries des chevaliers de Montbazon. Ils l'invitèrent à un repas, et, à la suite du dîner, il tut emporté soudainement. Le bruit se répandit, entretenu par ceux qui virent le cadavre, que Hugues était mort victime du poison: mais, remarque le chroniqueur, « la vérité n'est pas encore faite à ce sujet. » Quoiqu'il en aoil, ce décès arriva le 9 janvier.
Du reste, la rivalité entre les seigneurs de Chaumont et de Châleaurenault n'était pas éteinte, et une étincelle suffit à la rallumer. Le chevalier Renault avait jadis promis sa fdie Sybille pour Hugues, fils de Sulpice , et l'avait remise à celui-ci ; mais . par suite des liens de parenté, à la demande du comte de Blois et des prélats, le seigneur de Chaumont dut rendre Svbille. Celle-ci fut épousée par Josselin d'Anneau, qui posséda cette terre jusque vers 1144. Pour âe venger, Sulpice attaqua Chàleaui-enault en temps de carême, et brûla le bourg à l'exception de l'église et de la citadelle.
La vie religieuse n'avait pas trop à souffrir de ces troubles. Au milieu du xii" siècle, le saint-siège était occupé par le pape Luce H. En 1144, il donna une bulle en faveur de l'abbaye de Pontlevoy. Dans le document pontifical sont mentionnées les deux églises de Chaumont , Saint-Nicolas et Saint-Martin , comme relevant de l'abbaye bénédictine. Un peu plus lard, le 2t juin 1148, s'il faut en croire une pièce relative à l'abbaye de ïiron, Sulpice, ainsi que Hugues,
vicomte de Châleaudun et seigneur de Montdoubleau , auraient alors exempté ce couvent des droits de rachat, de vente, d'host et de chevauchée, de relief, etc., dus pour ses biens dans les fiefs des dits seigneurs. L'original fait défaut et il s'agit d'une copie coUationnée du xvir siècle sur papier, conservée aux archives de Loir-et-Cher. Certaines formules de l'acte, telles que (lalidi Montis super Ligerim dominus, (jiie l'on ne voit point au moyen âge à propos de Chauniont, pourraient faire croire que nous sommes en présence de la copie coUationnée d'un acte, sinon supposé, du moins dont on a depuis rajeuni certaines formules. On prétend, d'ailleurs, que les moines de Tiron ne connaissaient pas â cet égard les scrupules d'un stylet sans reproches'. Le développement de la vie féodale nous amène à dire quelques mots du nerf de la paix aussi bien que de la guerre, de la frappe des monnaies. Avec la décadence de la dynastie carolingienne et Thérédité des bénéfices el des charges pidilics, les suzerains s'attribuèrent le droit de battre monnaie. Les puissants comtes de Bloisne furent pas les derniers à en user, el, après cette époque, on ne voit plus sortir de pièces royales de l'atelier blésois , en pleine activité sous le roi Eudes, el dont treize variétés ont été publiées par M. de la Saussaye. Comme aucune des monnaies comtales ne porte l'effigie ni le nom des personnages, il est difficile de préciser l'époque à laquelle on a commencé à les frapper. On n'a pas encore trouvé de stipulation antérieure à celle de lt(i9, sous Thibault V, donnée par l'historien Bernier. Ces pièces sont des deniers et des oboles. J'ai parlé d'effigie : le droit, sans légende, montre des lignes étranges dans lesquelles les numismates les plus distingués ont reconnu la dégénérescence de copie d'une même tête de profil. L'avei's garde la croix commune à toutes les monnaies du temps, avec la légende lilesis custro. Quant aux comtes de la maison de (^hâtillon, à l'instar de leurs prédécesseurs, ils frappèrent une monnaie à leur nom. A partir du moment où la ville fut protégée par «on enceinte, l'atelier monétaire cessa d"occu])er le ciiâteau pour être installé dans un bâtiment dont il subsiste la tourelle d'escalier, dite « Tour d'argent ». La frappe au nom des comtes cessera en J328, époque k laquelle Gui I" vendit son droit de monnayage à Philippe de Valois*.
La mort se préiïarait à frapper les deux chefs des puissantes mai-
' Cf. dans la flif,li:lhi'-fie île l'Êcoh- <Im rh.trlfs, t. XV, 1853, /,<■« cb.irle» f.itiMe> <h l'abbaye île Tinm. par L. Mcrlet. ancien archiviste d'Eui-e-et-Loir.
• Her:ue HumismnUqae. 18J8, \>. 358-339. - Preuves de nii»(oire dr Btma. — Cf. l'éld<ie de M. E, Cartier sur les monnaies chartraincs, et un article de M. A. de I.ongpéricr qui fixe U rateur de ce type. {lUeue numitmaliijiu; I84i, p. 409, etc.; 1859, p. 24a-«.)
DE SULPICE tE MUTIN A SULPfCE LE BON 85
sons de lîlois et d'Anjou. Thibault III ou le Grand, par son décès arrivé en H52, laissa ses domaines h ses fils, Henri, qui eut la Brie et la Champagne, Thibault IV, qui reçut le Blésois et le Chartrain, et Etienne, qui obtint le Sacre-César avec ses dépendances. A son tour, le comte angevin Geoffroy, de Mathilde, fille de Henri, roi d'.-Vngleterre, laissa trois fils : Henri, (îeoffroy et Guillaume. Or, le seigneur de Chaumont, renonçant aux traditions domestiques, tourna le dos aux comtes du lîlésois pour s'entendre avec les comtes d'Anjou.
Il conseilla à Henri de refuser l'hommage féodal au comte Thibault , et lui-même, donnant l'exemple , refusa cet hommage au sujet de ses domaines des bords de la Loire, et remit aux mains de son fiU Hugues Chaumont et ce qu'il possédait dans le fief du comte de Blois. Ce dernier recourut à la force des armes pour soutenir ses droits méconnus.
Cette lutte devait être fatale à Sulpice, qui fut victime de la trahison de l'un de ses chevaliers les plus intimes. II s'agit d'un collibert de l'abbaye de Saint-Laumer,
nommé Crispin de Mindray , dont '^""'' «""■t'^'"- de^-i" <i,, „.u.Je de nioi,. le père était Raoul Guiard de
Candé, tous deux gens d'un naturel remuant et perfide. Crispin, qui avait épousé une fille de Garin de Chouzé, servante du seigneur de Chaumont, prêtait une oreille complaisante à tous les projets de ce dernier et les dénonçait aussitôt au comte de Blois. Il s'engagea même à lui livrer Sulpice mort ou vif. Le complot fut découvert, et Crispin se retira à Blois, oii il reçut la garde de la forteresse.
De son côté, le seigneur de Chaumont, sans perdre un instant, fortifia la motte de Mindray. Ce fut l'objectif contre lequel Thibault l\ dirigea ses chevaliers et ses fantassins. Sulpice, pour lui tenir tête, rassembla toutes ses forces. Il se trouvait, à cet effet, à Amhoise, dans sa demeure auprès de l'église de Saint-Thomas, lorsqu'il fut visité par sa mère. La vénérable matrone aux cheveux blinics lui représenta, tout en larmes, le péril de la situation et la disproportion
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des troupes, le conjurant, au nom de ramoiir maternel, de renoncer à cette lutte inégale. Sulpîce lui répondit qu'il avait foi en la bravoure de ses soldats, qui valaient bien ceux de Thibault et de Robert, frère du roi de France.
Les deux armées étaient réunies, quand le comte de Hlois, usiint de ruse, invite Sulpice à une entrevue. Pendant le colloque, les hommes du comte passent le Beuvron aux Montils, et, évitant les baies épaisses de Mindrav, observent les bois de Chaumont et rapportent au comte ce qu'ils ont vu. Sur-le-champ Thibault rompt Tentretien et s'élance à leur suite. Il pénètre soudain dans Mindray, où il trouve les hommes surpris et désarmés, dans l'attente du retour de leur maître, et ceux-ci, subitement attaqués par devant et par derrière, prennent la fuite. Quand Sulpice revient de l'entrevue, il est fait prisonnier avec ses fils Hugues et Hervé, avec ses cousins Jean de Lignières, Seguin Rallier et André d'Aluie, et de nombreux cavaliers et fantassins.
Un bon nombre parvinrent à s'échapper, et parmi eux Jaquelin de Maillé, Thibault des Roches et Uidel de Rilli. Ils volent à (Jiaumout et mettent la forteresse en état de défense. A leur suite, les ennemis arrivent au bourg, qu'ils livrent au pillage; mais, à leur retour, ils sont attaqués par un bataillon caché dans les bois, qui leur enlève le butin et fait deux cents prisonniers. A celte nouvelle, le comte défend que l'on ne donne de nourriture à Sulpice et aux siens jusqu'à ce que les prisonniers soient remis en liberté. Sans attendre, la bonne dame Agnès, en pi*oie à la terreur, s'empressa de rendre les captifs.
Les partisans de Sulpice, tout désorientés, songent alors ii son frère Oudin, seigneur de Jaligny, et lui envoient en hâte un messager pour le prier de venir à leur secours. Sur-le-champ Oudin confie son domaine à un proche parent. Archambaud de Bourbon, et vient se mettre à la tête de la place. De son côté, le comte met le siège devant Chaumont et tente un assaut où •< clameurs, flèches, épées, lances, torches, quartiers de rochers et autres engins font rage ». Les assiégés se défendirent avec courage et quelques-uns seulement furent pris. L'armée blésoise perdit plusieurs de ses hommes et brûla « la porte occidentale du bourg en dehors du fossé »,
Le comte en fut quitte pour abandonner le siège, mais il comptait beaucoup sur la personne de ses otages. Sulpice, jeté dans les cachots de Châteaudun, fut confié au geôlier Harthelemi Guîne ou Cugiié, qui s'ingénia à le torturer. Thibault se promit de ue recevoir pour la rançon ni or, ni argent, ui autre objet, tant qu'on n'aurait pas livré la forteresse. Les défenseurs de celle-ci refusèrent de céder et Sulpice
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sentit s'aggraver le poids de ses chaînes el la dureté des tourments; on alla même jusqu'à l'étendre sur un chevalet, tant et si bien qu'il rendit l'Ame dans les fers, le 24 août 1153.
Les restes du seigneur ne devaient pas rejoindre les cendres de ses ancêtres. Les moines voulurent les transporter à Pontlevoy, mais le comte s'y opposa. Alors les religieux de Châteauduii l'ensevelirent en l'église de Saint-Valérien . dans un tombeau convenable. Mais les comtes d'Anjou ne pouvaient oublier la mémoire de leur allié, el Henri, duc de Normandie et d'Aquitaine, prolita de ce que le comte Thibault lui prenait le fief de Fréteval pour entrer en lice. Il rangea ses troupes en un endroit situé entre ^'endôule et l-'réteval. On combattit avec acharnement, mais les soldats du due làchèrenl pied, et son frère Geoffroy fut pris avec nombre de chevaliers.
Sur ces entrefaites , Oudin éprouva le besoin de revoir son domaine et s'ouvrit de son dessein à la vénérable douairière de Cliaumont et à ses amis. Il remit la direction de la forteresse à des mains sûres et partit. Or, au moment où il s'y attendait le moins, il apprit un certain jour par un message que la forteresse de Chaumont était menacée. Le comte Thibault gardait en prison (leolfroy, frère dn duc, et se refusait à lui rendre sa liberté, tant que cette place ne serait pas ruinée. Sur le conseil de sa mère Mathilde, le duc Henri intervint dans l'affaire, et, après en avoir conféré avec la veuve et les officiers, il accepta la condition, si dure qu'elle fût, avec la clause expresse que Thibault mettrait en liberté son frère, les enfants de Sulpice et les autres prisonniers. Il est vrai que, au cours de l'entretien, le duc avait promis aux intéressés la restauration de la place démantelée.
On sait que le duc Henri ne larda pas à faire la paix avec le comte Thibault, et qu'après la mort du roi Etienne, il alla mettre sur sa tète la couronne d'Angleterre. Encore un peu et le seigneur Oudin va succomber à son tour. Comme il avait formé le projet de se rendre à Saint-Gilles, il fut victime d'une trahison de la part de quelques-uns de ses hommes, qui l'assassinèrent dans un guel-apens. Ses domaines passèrent aux mains de son neveu Hugues, qui vint recevoir l'hommage de ses sujets. Sa tante Elizabeth, qui, depuis la mort cruelle de son mari, était accablée de chagrin, lui avait donné Jaligny et tout ce qu'elle possédait en son pays d'Auvergne. Elle ne survécut pas longtemps à ces événements. Sa constitution, brisée par » l'arthritisme », succomba sous le poids, et elle rendit le dernier soupir le 12 octobre; ses restes furent inhumés à Pontlevoy, aux côtés de sa fille, appelée du même nom.
Avec Hugues II la vie chaumontoise entra dans une période plus
es DE SIJLPICE LE IIUTIN A SL'LI'ICE LE BUS
calme. Il possédnit des domaines imporlanU. comme ceux de Chaumont, d'Amboise, de Monlrichard, de Bléré el de Jalîgny; mais soa humeur n'élatt pas inquiète el remuante. Un contemporain, qui l'avait vu à l'œuvre, vante n ses mœurs très douces, sa piété, sa libéralité et sa bonté ». Celui qui parle ainsi est l'auteur des desla, el nous ne pouvons (|ue regretter qu'il se soit borné à cette simple mention, sous le prétexte qu'on le « voit » en action. En elfet, l'historien qui nous a servi de guide a été pour nous un ûl conducteur précieux â travei*s le labyrinthe du moyen âge. D'ailleurs, son récil, qui comprend environ quatre-vingts pages en latin, loin d'offrir la sécheresse d'une chronique décharnée, s'enveloppe agréablement do réflexions el de considérations dans lesquelles l'érudition classique joue un rôle, sinon loujoui-s discret, au moins reposant et instructif. La forme de la narration n'est point barbare, et, si l'écrivain regrette « le style insuffisamment poli de son petit talent », du moins il a réussi à en bannir l'aridité. Il fait preuve de sincérité dans la recherche et l'exposition des fails. el il n'hésite pas à user du blâme énergique, aussi bien que de l'éloge, quand il s'agit d'apprécier les actions des seigneurs dont la vie constitue la trame de son livre.
Ainsi privés des informations recueillies « en diverses sources écrites » ou vérifiées sur le vif, nous sommes réduits aux renseignements assez rares que l'on rencontre dans les chartes. Klles nous apprennent, en particulier, que le seigneur de Chaumont ne se faisait pas prier pour ratifier les fondations pieuses dans l'étendue de se» domaines. En la cour de Hugues, à Amboise, en 1164, un certain (îoflier, ses fils et ses filles, à l'occasion de l'enlrée en religion d'un fils, Sulpice , firent don à Marmoutier de trois arpents de prés, <c situés sur la Cisse , entre Monleaux et la Loire; » parmi les noms des enfants se voit Hainier ou Régnier. Hugues II confirma cette donation « en présence des religieux : Archambaud de Vendôme; Lirel, prévôt; Aimery de Mosnes; Ervé , aumônier, et B.... porle-crosse. »
Hugues II avait uni son exislence à celle d'une des familles les plus considérables du pays. Sa femme, Mahaut ou Mathilde, était fille de Jean 1er de Vendôme et de Richilde de Lavardin. Elle orna le foyer domestique d'une gracieuse couronne d'enfants. La grande salle du château el les terrasses s'animaient des joyeux ébats de quatre garçons : Sulpice, Hugues, Guillaume et Jean. Une gaieté plus douce, mais non moins heureuse, s'épanouissait sur le visage des filles : Isabelle, Agnès. Denise et Malhilde, Avec une douceur qui n'excluait pas la fermelé, la dame de Chaumont veillait à l'éducation des enfants. Son marî.
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grâce à ses procédés empreints de déférence, entretenait des rapports excellents avec les comtes de Bloïs.
Hugues d'Amboise se trouvait à la cour de Thibault Y quand, un certain jour de l'année il82 la. s.), le comte se concerta avec sa femme Alice, ses fils Thibault, Louis et Henri, ses filles Marguerite et Isabelle, en vue de faire une fondation à Marmoutier » pour un anniversaire et pour l'intention de leurs parents ». Les bienfaiteurs concédaient au couvent une rente annuelle de 10 livres à percevoir, à la fêle de saint Hémi, sur les moulins à foulon de Blois. A la suite du seigneur Hugues, on voit d'autres témoins comme le chapelain Renaud, le clerc Aignan. le maréchal Herbert et le camérier Foulques ; et une note rappelle que l'acte était -c scellé en cire verte ».
On sait que le comte Thibault V se croisa pour la Terre sainte et mourut au siège de Saint-Jean-d'Acre, en 1191. Son lils, le comte Louis, qui devait, quatorze ans plus lard, trouver lui aussi la mort aous le ciel d'Orient, à Andrinople, continua les traditions de ses ancêtres. Quant au seigneur de Cbauniont, il se réjouit de ce qu'un mariage resserrât encore les liens qui l'unissaient aux puissants suzerains, les comtes de Blois et de Chartres. Isabeau ou Isabelle, deuxième lille de Thibault et d'Alice de France, donna sa main au lîls aîné, Sulpice, Hugues II mourut à Amboise, non sans goûter la joie de voir tous ses enfants entourés de l'estime et de la sympathie. Guillaume fut chanoine de Chartres; Jean obtint la main de Marguerite de Berrie, fille de Renaud de Berrie en Loudunois; Isabelle, ou Elizabeth, fut comtesse d'Angoulême ; Agnès devint comtesse d'Evreux, et Denise fut dame d'Azay-sur-Cher,
Sulpice III hérita des domaines de Chaumont, ainsi que de ceux d'Amboise et de Bléré. La censive des seigneurs de Chaumont comprenait des immeubles en la ville de Blois, en particulier dans le fief des comtes. Jean le Gros ayant vendu à l'abbaye de Notre -Dame-de- Bourgmoyen une maison sise devant l'église conventuelle, à cette occasion le monastère fit un échange avec Sulpice HI, dans la censive duquel elle se trouvait et qui tenait le cens en fief du comte de Blois. Au lieu du cens de quinze deniers, les religieux convinrent de fournir audit seigneur une rente de dix-huit deniers à percevoir en lieu avantageux, à Blois, sur les droits de ventes et de relief. L'abbaye aura la maison exempte de cens, et Sulpice tiendra ladite rente, comme il tenait le cens, au fief du comte.
Le seigneur de Chaumont étendait ses libéralités à quelques abbayes de Touraine, et, parmi celles-ci, au couvent cistercien de Fontaincs-Ies- Blanches, paroisse d'Autrèches. De concert avec sa
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mère Malliilde, ses frères Hugues et Jean, ses sœurs Agnès et Denise. Sulpice III fit un don à l'abbaye de Fonlaines-les-Blanches. Il leur bailla le droit d'usage du bois mort et vif dans la forêt de Gasline, pour servir à la réparation de la grange que les religieux avaient à Vendôme, et dite Cresimenfum. Dans une autre circonstance, en 1196, Sulpice donna à l'abbaye de Fontaines un demi-niuid de froment, « à prendre au meilleur tas dans le moulin de liraia, au pont d'Amboise, le jour de son décès ». En même temps, il leur fit remise des douze deniers de cens qu'ils payaient à son père, à Linieray.
Kntre le foyer domestique et le monastère régnaient un pei-pétuel courant d'idées et un échange ininterrompu de sentiments et de pratiques qui avaient leurs sources dans les croyances chrétiennes. Dans la coutrée. l'abbaye de Ponllevoy était plus spécialement le centre vers lequel se sentaient attirées les âmes éprises de la vie de prière, de contemplation et d'éludés. Parmi les toits modestes, abritant des vies la))orieuses et fécondes. Chaumonl conipLtit celui de Raoul. L'un des enfants avait pris le froc à Pontlevoy, un autre avait pris femme, et sa compagne se noumiait Mahaut ou Malice. Il leur naquit une fille qui fut appelée Dalmas. Haoul de Cbaumont quitta le premier ce monde et l'on n'eut garde d'oublier les mânes du défunt. La veuve, afin d'avoir des prières « pour l'âme du mort et la sienne », donna au monastère ime mine de blé à prendre annuellement dans sa terre, à Bois-Arraut, de façon que <> si par hasard on ne récoltait qu'une seule mine, elle reviendrait aux religieux ». Au nombre des lémoins, on remarque leur fille Dalmas et son oncle, le moine Pierre, Raimond de la \'^arenne, Haimond d'Ouchamps, Henri Métivier, avec son frère Ganguen, et tîeoirroy de Mosnes,
Sous tel autre toit, comme celui des Gofer. on ne comprenait pas autrement le coui's de la vie et la tin de l'existence. Au mois de juin 11ÎI6, Régnier (lofer, de Cbaumont, voyant arriver ses derniers moments, cbargea son fils Robert et son frère Geollroy d'appeler les religieux poutilévieiis. Il demanda â ces derniers de revêtir l'habit monastique dans lequel il souhaitait mourir. En même temps, il laissa une fondation annuelle de deux setiers de blé, l'un dans sa dtme de Fiihresium et l'autre dans sa dîme de Vcrnoniitm. La sépulture eut lieu dans le monastère, et ensuite le lils du défunt renouvela la donation, en présence de (îilou de (]andé . alors chapelain de Cbaumont, Raoul de Mosnes, (îeoll'roy, son oncle, et d'autres.
De son côlé, Raoul de Mosnes, sur le point de mourir. « pour lui et ses parents, » et du consentement de ses fils Geoll'roy et Raoul, fit don à l'abbaye d'une " rente de cintj sous en monnaie angevine », à
IIE SULPICE LE IIUTIN A SULPICE LE BON 9t
prendre sur l'immeuble de Forgard de Valères, à la fêle de saint Brice, Parmi les témoins, on relève Jean, fds de Iltigues d'Amboise , Eude de Gormeray et {îuillaume de Limeray.
Au soir du xii" siècle, comme à l'aube, les seigneurs de Cbaumont dirigeaient leurs aspirations religieuses et leurs pieuses libOralités vers l'abbaye de Pontlevoy, qui enveloppait la mémoire et les cendres des ancêtres dans le perpétuel murmure des dolentes oraisons et des divins sulfrages. L'année 1 J% nous ofi're un nouvel exemple de cet échange de bons procédés, l'n certain Hugues d'Azay (sans doute Azay-sur-Cher) avait acquis de Hubert de Celerelis une dîme située sur la parois?»e de Pontlevoy et dite de Charbonneau ou Cbarbonnel. Peu de temps après, du gré de sa femme Ncptia, il céda la dîme à Matliilde, veuve de Hugues et mère de Sulpice III, l'un et l'autre en ayant manifesté le désir.
A son tour, du consentement de son (ils, Matliilile donna cette
d , , ' -É ' ■ I' Li Seca» •ie Siiluicc Ul. «^l'i^ncur de (IIihiiiiidiiI.
une CD toute propriété a I abbaye vrchiv.s de Lr.ii--fi-ciici-
pontilévienne « pour l'àme de son
père et de son mari ». A cette intention, les religieux s'engagèrent à célébrer cbaque jour une messe, et cbaque aimée un anniversaire Il en chajtpes », pour l'âme du défunt seigneur Hugues, ainsi que deux autres anniversaires, aussi « en chappes », Pun pour Matliilde et son lils Sulpice, et un autre commun à ses frères Hugues, Jean, <îuîllaume, et à ses sœurs : Klizabeth. comtesse d'Angoulème; Agnès, comtesse d'Kvreux; Denise et Mathilde. Parmi les témoins, on voit Robert Marque, tîuillaume Feri'is, Hervé Barbillon, Iteuaud (îauguen, le prévôt Josbert, Mathieu, prévôt de (Cbaumont, Jean (lalbis et son fils Pierre. Itartbélenii Sechillon, Pierre de (îaiitier, C.arin de Feuis, Jean Lopin, et tiuillaume, prieur de Saint- Thomas d'Aniboise. .\ l'acte original eu parchemin, déposé aux archives de Loir-et-(Ibei', est appcndu un sceau de cire verte sur laes de soie jaune ; il est assez bien conserve et représente le sire de (^haumont et d'Amboise ayant toute sa barbe, à cheval, en costume de chasse, un faucon sur la main
n DE SULPICE LE IIUTIN A SULPtCE LE BON
gauche; la légende rompue devait être : si [gillum Sulpicii domini Am]BAZiE[n]s[is) ; il n'y a pas de contre-sceau'.
S'înspirant du sentiment de générosité qui lui mérita le surnom de Sulpice le Bon, Sulpice III, en l'année 1198, fonda à l'extrémité de la forêt d'Amboise, sur la paroisse de Souvigny, le prieuré de Monloussant ou Montaucenl; l'archevêque de Tours Barthélémy ratifia la donation. Cet établissement religieux était placé sous la dépendance du prieuré de liois-llaliier ou de (îrandmont-lès-Tours, et fut réuni au séminaire diocésain au xviii" siècle. A cette heure, au milieu d'un bois toufîu et dans un site sauvage, se dressent les ruines pittoresques de la chapelle prieurale, privée de son toit et qui garde des vestiges de peintures murales.
De son côté, la pieuse douairière de Chaumont n'avait garde de se laisser vaincre en largesses par son fils, qui d'ailleurs avait hérité d'elle ses meilleures dispositions. Kn tlOK, dame Mathilde donna à la charlreuse de Notre-Dame-du-Liget une rente de vingt sous angevins à percevoir sur les cens qu'elle possédait à Azay, pour acheter la cire nécessaire au luminaire de l'église conventuelle, ainsi que deux bouteilles d'huile de noix, le tout payable à la Saint-Martin d'hiver. La donatrice avait plus particulièrement en vue le bien de son âme et de celle de son mari ; elle obtint sans peine l'agrément de ses enfants et le consentement de Barthélémy, archevêque de Tours.
Cependant Malhilde était arrivée au faîte d'une vieillesse auguste, entourée de la vénération, non seulement de ses enfants et petitsenfants, mais encore de tous ceux qui l'approchaient et de la contrée tout entière. Pieuse envers Dieu, elle était secourable aux déshérités et pleine de mansuétude pour tous, petits et grands. L'aïeule aux cheveux blancs apparaissait sous le toit de Chaumont comme la bonne fée protectrice, personnifiant les vertus les plus aimables et les traditions les plus chères. Elle rendit sa belle âme au Gréatenr au commencement du mois de février 1200, et, suivant son désir, elle reçut la sépulture, le trois de ce mois, dans l'abbatiale de Fon ta ines-les- Blanches. Les obsèques furent célébrées très solennellement en présence de Jean, évêque de Dol, de Hamelin, évéque du Mans, des abbés de Fontaines, de Pontlevoy et de l'Ktoile ; la noblesse des environs avait tenu, elle aussi, à témoigner de ses regrets pour la mémoire de la dame de Chaumont. L'église conventuelle a été détruite, mais, au milieu d'une
■ Ce sceau a été dessiné par D. Chazil dans son Histoire manuscrite de Pontlevoy, 2' partie, k la Un de la charte 33% et a clé reproduit par M. l'ahbé Méliils , dans le '.nrlulaire hlHoU île Mariiioiilier , planche ïv, n" 29. — Arch. de L.-et-C. II., abbaye de Pontlevoy. — B. N., D. Ilousscau, n» 3095, analyse par .Mabillc.
aimable solitude, il subsiste encore de curieux bâlimenls, parmi lesquels le logement de l'abbé avec une belle salle voûtée du xv" siècle, une porte d'entrée ornée d'une statue de la Vierge, de la Henaissance, ainsi que la très curieuse prison monastique, de forme carrée avec contreforts, rare spécimen de ce genre de construction.
On ne pouvait mieux consacrer le souvenir de la dévole dame qu'à l'aide d'une fondation pie. Par « acte fait à Fontaines, le jour même où y fut inhumée dame Mathilde, de vénérable mémoire, en l'an de grâce 1199 » (a. s.), ses enfants eurent la bonne pensée de marquer celle solennité douloureuse par une œuvre de bienfaisance, capable de réjouir les mânes de la défunte. Du consentement de sa femme Isabelle, de ses frères Hugues, Jean et Guillaume, et de ses sueurs Denise et Isabelle, pour le repos de l'âme de leur mère, Sulpice III accorda la liberté k Martin de Méré et à ses hoirs, en les exemptant de toute charge et de toute redevance, et en leur permettant d'habiter où il leur plairait.
En outre, quelques jours plus tard, le 17 février, à Amboise, Sulpice III, avec le consentement des mêmes personnes, fit un don aux religieux du prieuré de Saint-Jean-du-Grès, en la paroisse d'Azajsur-Cher. Pour « les âmes de ses père et mère », il octroya au couvent la dîme de sept arpents de vigne « situés autour de l'étang et dans l'hébergement au-dessus de l'étang <>. Ajoutons qu'à quelque temps de là, Sulpice III assistait à un contrat par lequel le seigneur de Rochecorbon, lîobert de Brenne, faisait une transaction avec les bénédictins de Saint-Julien de Tours; il s'agissait d'un homme que ceux-ci devaient fournir au seigneur loi'squ'il guerroyait pour le service du comte d'Anjou, L'arrangement prévoit le cas où ledit homme mourrait pendant la campagne et limite les obligations des moines.
Le seigneur de Chaumont conservait vivaee, au fond de son cœur, le souvenir de sa mère, et pour l'entretenir, de temps à autre, il accordait des libéralilés aux couvents, et plus particulièrement à celui qui gardait la dépouille mortelle de dame Mathilde. Par acte de 1201, passé à Amboise, » pour l'amour de Dieu, l'àme de sa mère Mathilde d'heureuse mémoire. >' il donna à l'abbaye de Fontaines une rente à percevoir dans sa dîme de Villebarou, et consistant en trois muids de blé, savoir dix-huit setier^ de froment, un muid de méteil et un demimuid d'orge. Le seigneur avait l'agrément de sa femme Isabelle, de son (ils Jean, de ses frères Hugues, Jean et Guillaume, de ses s<i'urs Isabelle, Agnès et Denise'.
' Au nombre des témoins Qgurent Scincel, abbé de Ponllevoy, Hoherl Marcus, llum-
Les acquisilions que faisait parfois Sulpice III étaient pour lui l'occasion de nouveaux actes de générosité. Il acheta de (Geoffroy GofFer ou Goffier, et de sa femme Mathée ou Mathieu, ayant deux fils, Geoffroy et Gui, ainsi que du frère de celle-ci, Guérin d'Avizé, i< leur tenure de Fourcher avec tout ce qu'elle comprenait, terres, prés, arbres et autres objets, » pour « quatre-vingts livres de monnaie publique •>. Dès lors, il eut la pensée de consacrer ce bien à perpétuer le souvenir « de sa très excellente mère, dont la tendresse souveraine lui restait empreinte au cœur, comme sa mémoire demeurait toujours en bénédiction près de tous, et comme son âme, espèrc-t-on, jouira à jamais des honneurs célestes ». En conséquence, u pour son âme, pour les siens et surtout pour sa mère, il fit don de cette terre au couvent de Fontaines, où sa mère a été inhumée le lendemain de la Purification de la Vierge Marie, comme elle l'a si vivement désiré «; c'était le 20 mars 1203 {n. s.). Sulpice fut hautement approuvé par les siens, sa femme Klizabeth, son fds Jean et sa iille Mathilde ; par ses frères Hugues, Jean et Guillaume, et par ses sœurs Klizabeth, Agnès et Denise, fidèles à donner leur consentement à toute œuvre de bienfaisance'.
A Chaumont, on voyait toujours d'un bon œil la pacification des difficultés, trop inhérentes aux affaires domaniales. Un différend étant survenu entre Isabelle de Fougères avec ses fils, et le prieur de Cornilly. au sujet du bois de Salais, voisin de celui de Saint-Laumer, on convint de partager ledit bois entre les deux parties, de manière que les <i hommes de Fougères <> auraient, comme autrefois, le droit d'usage. Sulpice ratifia cet accord en même temps que Hervé, comte de Nevers, " en l'année 1203 ».
Les années ne diminuèrent point la vivacité des sentiments d'afl'ection de Sulpice III pour sa mère. Au mois d'octobre 1207, à l'intention de la défunte, il fit une donation importante à l'abbaye bénédictine
baud Cflius, Renaud de l'Ile, Guillaume de Fosse-Maure, Pierre de Mosnes el Cornillcau do Maiéres. — B. N., D. Uousseau, t. VI, n" 2155. — Elirait du cartulaire de Fonlaines- Ics-Blanches, f" 226.
Entre les années 1202 et 1221, des dons furent Taits à Fontaines pur Tbibaull de Chançay, GcolTroy Groaserii, Hervé de Pray (de Pereio), Pierre Mande et Mathieu de Saiut-Ouen. Les notlGcatioQS en Turent établies par Barlliélemy, archevêque de Tours, par Itegnault, évéque de Chartres, au point de vue ecclésiastique, et, sous le rapport féodal, par Sulpice d'Amboise, Jenu, comte de Vendônie, Philippe Lancelia et Guillaume de Mauléoo. — Arch. dl.-et-L. 11. 113, abbaye de Foulaines-les-Blanches.
' Dans les rangs des lémoins, on remarque i< Hugues de Batemor, Guillaume de Fosse- Maure. Robert Marca, Tbibaud Gaius el son frère, Maurice l'ainé de Saint-Ouen, Pierre de Gaudin, le chevalier Gilbert, Hugues, cellérier de Fontaines, frère Jean, Guillaume la Bête, Gi-ofTroy de l.anfié. Foulques Coicbart, Raimond d'EngouIcmc >i et d'autres assistants. — B. N. Col. D. Uousseau, t. VI, n° 2174; extrait du cartulaire de l'abbaye de N.-D. de Fonlaines-les-Blanches., f. 24.
de Villeloin, dans le lit même du fleuve aussi bien que sur les deux rives de la Loire, La chapelle de l'Ile, qui est devant la porte de la Léproserie d'Amboise, avec l'ile elle-même et ses dépendances, le fief que Pétronille de Vendôme tenait diidit seigneur, ou la métairie d'Outre-Loire, ainsi que les prés et les eaux que Pétronille avait près de la Cisse, constituaient l'objet du don. En outre, aux religieux qui habitaient l'île, il concéda les revenus d'une foire ou marché qui se tenait à Amboise, le jour de la Chaire de Saint-Pierre, ou le 18 jan-
FosstS de la prciiiitVe ciicciiilf du eliàltau , à l'oiiosl (ponl modorni;;.
viePj En retour, le couvent de Villeloin sera obligé d'entretenir dans cette île deux religieux prêtres qui serviront au culte divin et diront chacun deux messes par semaine pour la dame Matliilde el qui, dans les autres messes, devront faire d'elle une mention spéciale au Mémento; de plus, ils célébreront annuellement son anniversaire le lendemain de la Purification de Notre-Dame, et, en ce jour, ils nourriront un pauvre « comme un des moines »,
De leur côté, les moines de Villeloin abandonnèrent à leurs confrères chargés de desservir la chapelle de l'Ile ce qu'ils ont à Columniers et à Civray, à la réserve de l'église de Civray et de quatorze setiers de blé à Kxpigny, Quant à ces derniers biens avec les vignes d'Amboise, les religieux de l'Ile n'en jouiront qu'après le décès de Guillaume de Fosse-Maure et de Maurice Bertinni, chanoine d'Amboise, qui les tiennent leur vie durant. En attendant, à titre de compensa-
tion, le couvent leur assigne huit setiers de blé et soixante sol», à Mareuil, avec l'obligation de compléter, si c'e:»t nécessaire. Nous ajouterons que cette importante fondation du prieuré de l'Ile-d'Amboise, qui fait très grand honneur à la mémoire de Sulpice, sur la demande du seigneur et des religieux, fut confirmée par Ceoffroy, archevêque de Tours, en i< Tan 1207 ».
La possession des biens temporels, surtout aux époques de transition comme le moyen âge , ne va guère sans des difficultés complexes. Le seigneur de Chaumont apportait beaucoup de mansuétude dans l'aplanissenient des obstacles et dans la solution des conflits, et plus d'une fois il voulut recourir à un arbitrage. Hn l'année 1208, le four banal de Chouzy ayant été le sujet d'une rivalité entre Sulpice et le prieur de cette localité, la veille de la Toussaint, par esprit de paix, le seigneur et l'abbé de Marmoutier s'accordèrent pour remettre la solution du différend à des arbitres. On désigna, à cet effet, trois prêtres vénérables : un archidiacre, un archiprètre et un chanoine de l'église de Tours, Le compromis sur parchemin , conservé aux archives de Loir-et-Cher, paraît avoir porté deux sceaux. Celui de Marmoutier figurait des deux côtés « un moine, tout rasé, avec la chasuble, sans mitre ni crosse, et autour : Sigillum suncti Martini Maj'oris Monaslerii; une note d'un historien ajoute que, v en 1233, on remplaça ce sceau par un autre où le moine a la main bénissante ».
L'époque qui nous occupe fut marquée par une évolution politique et sociale qui constitue une étape considérable dans la marche des peuples. De son côté, le Blésois ne demeura pas étranger au grand mouvement de l'affranchissement communal, qui fit monter vers une action plus large, plus profonde et vraiment nationale, des énecgies jusqu'ici latentes dans le sous-sol du pays. La charle qui contenait l'expression des droits populaires était comme un palladium sacré que l'on était prêt à défendre au prix du sang, envers et contre tous les attentats. Pour ce qui est de la grande charte d'affranchissement de la commune de Hlois, le comte, à son avènement, faisait le serment solennel de la respecter. Pour être enfant, le suzerain n'était pas dispensé de cette obligation. Thibault VI, dit le Jeune, lequel, en 1205, succéda à son père sous la tutelle de sa mère, jura ladite charte lorsqu'il parvint à sa majorité, en 1213. Plusieurs actes passés au château attestent le bon vouloir du comte pour ses sujets.
Thibault VI fut emporté â la fleur de l'âge, en 1218, sans laisser d'héritiers. Le comté revint â sa tante Marguerite, fille de Thibault le Bon. La comtesse s'était unie, en troisièmes noces, à (îaultier d'Avesnes,
qui trouva la morl sous les murs de Damiette, en 1249. Marguerite avait cessé de vivre en 1230, et avec elle s'était éteinte la dynastie des comtes de Blois, de la maison de Champagne,
L'émancipation communale ne fut pas le seul mouvement prorond du moyen âge. Les esprits et la société furent agités par le développement de théories, en apparence purement platoniques, mais dont l'inlluence fut redoutable. Il s'agit de la secte des Albigeois, ainsi nommée d'.\lbi, qui fut le principal foyer. Idée et fait, l'albigisme était une théorie philosophique, un code moral et une action sociale. En face du problème éternellement posé des origines et de la destinée des mondes et de l'homme, il admettait la doctrine de Manès : deux principes souverains. Ton bon et l'autre mauvais, toujours en lutte, dirigent le monde par des forces inéluctables, entre lesquelles la volonté , la liberté , et partant la responsabilité , disparaissent. La justice humaine, la sanction civile, en conséquence, est une erreur, voire même un crime, qu'il faut détruire pour lui substituer absolument Tirresponsable laisser-faire.
Aussi bien, l'état de l'homme, esprit et corps, de la famille fondée sur la libre volonté, et de la société assise sur le principe du mérite et du démérite, n'étant que l'ouvrage du dieu mauvais, il est urgent de se servir de tous les moyens, d'employer le fer et le feu pour anéantir ceux qui enseignent une doctrine contraire. Au point de vue personnel, le suicide est non seulement un droit, mais un devoir dont raccompHssement accuse le sommet de la sainteté. Oter la vie à ses parents, à ses amis, à ceux qui nous touchent de près, c'est opérer une bonne œuvre en procurant la délivrance des âmes. Comme conclusion, guerre implacable à tous ceux qui, par leurs doctrines et par leurs actes, s'opposent à l'extension de ces idées, destinées à renouveler le monde : religions, Etats, paroisses, églises, propriétés, ne sont que des maux, des lèpres, qu'il faut extirper par le fer et le feu.
Ces maximes ne demeuraient pas dans le domaine de l'abstraction. Logiques avec eux-mêmes, les partisans de ces théories immorales et antisociales se réunissaient par bandes, parcouraient les villes et les campagnes qu'ils terrorisaient, massacrant les catholiques, brûlant les églises et les monastères. La pensée, semence de l'action, poussait ses germes ; l'idée révolutionnaire et anarchiste donnait des fruits de mort. A côté des doctrinaires qui, en leur cerveau de rêveurs, reprenaient et aggravaient les conceptions manichéennes, se dressaient les propagandistes, qui mettaient leur parole et leur plume au service de la secte ; et les militants se chargeaient de soutenir la cause avec les armes et la torche, cependant que des bandes de miséreux et de criminels, ton-
jours prêts pour tous les désordres impurs, les révoltes sanglantes et les honteux pillages, se mêlaient à la légion des Albigeois pour' satisfaire leurs convoitises et leurs appétits de rapine et de crimes de toutes sortes.
La secte, qui se parait, suivant les circonstances, d'un manteau religieux, socialiste ou réformateur, se répandît vite dans le Midi. Outre Albi, elle fut bientôt maîtresse de Héziers, de Garcassonne et de Toulouse. Le comte llavmond VI crut devoir ménager l'insurrection grandissante et lui prêta l'appui de ses armes. Mais l'autorité ecclésiastique et le pouvoir civil s'alarmèrent justement de ces théories dangereuses et de leur progrès révolutionnaire, marqué par le meurtre et l'incendie. A la voix du pape Innocent, le Languedoc vit arriver le légat Pierre de Casteinau, accompagné de religieux, parmi lesquels saint Dominique, avec mission de gagner les révoltés par la persuasion et par les moyens spirituels. Mais l'assassinat du légat par les Albigeois porta le clergé et les princes à soutenir la propagande religieuse avec l'appui des armes, afin d'arrêter les ravages croissants.
On sait comment les troupes du duc de Bourgogne, des comtes de Nevers, d'Auxerre et de Forez se concentrèrent à Lyon, et sous la conduite du généralissime, l'intrépide Simon de Montfort, marchèrent contre l'ennemi. Après des alternatives douloureuses, oii, de part et d'autre, des excès odieux furent commis dans l'entraînement de fureurs aveugles, la défaîte des fédérés à Muret, en 1213, assura la prépondérance au parti de l'ordre, qui était en même temps le parti monarchique et national. Le fils de Philippe-Auguste, le prince Louis, plus tard Louis VIII , apporta aux croisés l'appui de sa valeur et de ses armées, et bientôt, par suite du traité de Meaux (1229), les insurgés se soumirent, ce qui procura à la France l'heureuse possession du comté de Toulouse. Il suffit, d'ailleurs, d'une légère observation pour se convaincre que cette révolte religieuse était avant tout une lutte nationale, celle, jamais éteinte, du Nord et du Midi, dans laquelle la victoire des idées d'ordre et de pondération sur les idées de désordre et d'anarchie assure à la fois le triomphe de l'harmonie, de la paix et du progrès politique et social.
L'appel jeté aux échos du nord de la France fut entendu sur les rives de la Loire, qui forme comme le trait d'union, à moins que ce ne soit la ligne de démarcation entre les deux zones françaises. Parmi les seigneurs figurait Renaud de Chantelou. Il vivait tranquille au milieu des siens, en la compagnie de sa femme Aremburge, son fils Eudes, sa fille Hersende, sa belle-mère Ameline et la sœur de celle-ci, Marguerite, quand la voix du clairon retentit à son oreille et l'entraîna
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vers la croisade. Avant son départ, pour appeler la protection du Ciei et dans l'intérêt de son Ame et de celles de ses parents, Renaud donna à l'abbaye de Fontaines-les-lîlanches un demi-arpent de pré dans la vallée de la Cisse, devant Cangy; et, moyennant vingt livres dix sols de monnaie de Tours, il vendit au couvent trois sexlerées de terre et une demi-mine, à Fulgeium. Les membres de sa famille ratifièrent l'arrangement, et, comme c'était du fief de Sulpice. le seigneur de Chaumont confirma l'accord, « en lliO!), » en faisant remai-quer dans l'iicle que Renaud « étaitparti au loin pour la croisade albigeoise » , in iilbigensi cru ce signal us peregré profeclus era t .
La guerre traîne toujours après elle des désastres, même lorsqu'elle n'a qu'un caractère local. Quand il en trouvait l'occasion , le seigneur de Chaumont ne négligeait pas de les réparer. En ce temps- s.-'-vii»<i.>s <i.. ...«yc-n .v^. .,„ s.ui ,i,. .-hMo.,..
là , pour indemniser
les bénédictins de Marmoutier « des dommages causés par la guerre ", et aussi pour obtenir la célébration de son anniversaire , il donna îiu couvent quatre muids de vin, valant douze poinçons, à prendre sur le lieu du Pressoir.
D'ailleurs, Sulpice III pratiquait avec vigilance ses devoirs de frère aussi bien que d'époux. Il entourait les siens d'une solide atfection et se plaisait à doter ses sœurs afin de leur assurer une position en rapport avec sa baute situation. Kn particulier, nous apprenons par un acte en son nom qu'il donna en dot mille sous de rente à chacune de ses sœurs, Agnès, comtesse d'Kvreux, et Denise. La rente était à percevoir par moitié sur le péage de Chaumont et sur ses revenus de Bléré'.
Sur les rives du Cher, à Bléré, le seigneur et les moines de Saint- Julien se rencontraient dans la possession de droits se rapportant au mesurage et à d'autres titres, A cette occasion, le seigneur de Chau-
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monl lit preuve d'esprit pacifique. Le sergent du suzerain avait dépassé la juste limite des prétentions féodales par rapport à l'enceinte de ta ville et à la récolte. En 1210, un accord fut conclu entre Sulpice et les bénédictins au sujet des mesures à blé et à vin. L'ajustement de celle-ci demeurait au sergent du seigneur; mais, par contre, celui-ci s'engage à défaire les fossés qu'il a creusés autour de liléré et à ne plus se servir pour les vendanges des chevaux et des bœufs des sujets de l'abbaye. A la même époque, outre l'arrangement relatif à une maison près de Bléré, Sulpice octroya aux bénédictins un moulin et le droit de four banal qu'il avait dans cette localité.
Les abbayes de Touraine, aussi bien que celles du Ulésois, avaient part à la pieuse munificence de Sulpice. " Par pure bienveillance, » en " l'année 1211 », il fit don aux « chers i> cisterciens de Beaugerais, paroisse de Loche, des prés qu'il possédait à Genillé, savoir un demiarpent à Sichilum. un autre à IVé-Morin et un quartier au Breuil '.
La sœur du seigneur de Chaumont, Isabelle ou Klizabeth , comtesse d'Angouléme, qui ne le cédait guère à son frère pour la générosité envers les couvents, manifesta ses sentiments religieux par plusieurs œuvres pies. Pour la fondation d'une chapellenie, << en souvenir d'elle et des siens, » elle constiUia un bénéfice formé de vignes, d'une saulaie et d'une cave à Amboise, en désignant le prêtre Pierre pour la desservir.
Il est vrai que la maladie frappait à sa porte et qu'elle emporta bientôt sa victime. La comtesse, suivant son désir, reçut la sépulture dans l'abbaye de Fontaines-les-Blanches, non loin de sa pieuse mère. Les obsèques furent célébrées, le 30 septembre 1212, au milieu d'une pompe et d'une afiluence considérables de clercs et de laïques. Parmi les ecclésiastiques, on remarquait au premier rang l'abbé de Fontaines, entouré des abbés de Pontlevoy et de (îàtines; et nombre de gentilshommes étaient groupés autour de Sulpice et de sa femme Elisabeth, assistés de leurs fils Jean et Cluillaume el de leur fille Matliilde.
Avec les dernières prières, et au dolent murmure des cloches, les restes mortels de la comtesse d'Angouléme furent descendus dans le caveau funéraire. L'ollice terminé, après les dernières gouttes d'eau bénite jetées sur le cercueil, une réunion plénière se tint dans le cha-
■ Vers la même éi>0(]ue, Guérin Oury ot sa rcmmi- Mathieu firent dmi h l'abbaye de Pontlevoy d'une cave sise auprès de Montrichard dans le bourg ilu Pusor, en ajoutant qu'après leur mort, les moines recevraient i-ii outre di'ux ai'pcnis de plantations sis dans le val de Chenvros, que k-a donateurs s "en gageaient û cultiver jusque-là sous peine d'en être privés au prolit du monaslèrc. Sulpice, " à la demande des parties, » s'iîmpressa de revêtir l'acte de son sceau. — B. N.. col. U. Ilousscau. t. VI. n- 2315-2340 (sans indication d'origine).
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pitre. Sulpice III, pour honorer la mémoire de sa sœur et jouir des suffrages du couvent, ratifia la donation faite par elle en lui donnant plus d'extension. Il augmenta cette fondation en y ajoutant une rente d'un muid de seigle et d'un muid de vin pur sur ses dîmes, ainsi que toutes ses menues dîmes et prémices à Amboise. avec toute la dîme qu'il avait sur les vignes de sa sœur. Il spécifia, en outre, que si le chapelain Pierre perdait son titre par décès ou résiliation, la chapellenie avec ses dépendances reviendrait à l'abbaye de Fontaines- les- Blanches. En retour de ces libéralités, les religieux s'engagèrent, dans la réunion capitulaire, à célébrer chaque jour une messe des morts en la chapelle même où reposent la mère et la sœur de Sulpice, L'acte, revêtu du sceau du seigneur, portait : " A Fontaines, le n des kalendes d'octobre, en l'an du Seigneur M("CXII, sous le règne de Philippe, roi de France et comte d'Angers, Jean étant archevêque de Tours. » De fait, au mois de janvier suivant, à Tours, l'archevêque Jean ratitia ta teneur de la fondation.
Le seigneur de Chaumont gardait au cœur le souvenir fidèle de sa mère et de sa sœur, et sa pensée se reportait souvent vers l'abbaye solitaire de Fontaines, dans le silence de laquelle elles reposaient au milieu du rythme harmonieux des oraisons et des psaumes, que les religieux faisaient sans cesse monter de la terre vers les cieux. « La chapelle des Infirmes, qui gardait leur dépouille et qui était consacrée à saint Michel archange, » ne pouvait-elle recevoir un nouveau témoignage de l'affection du fils et du frère? Sulpice III songea donc à y faire entretenir une lampe qui brûlerait sans jamais s'éteindre, « en mémoire des membres de sa famille, les vivants et les morts, et surtout de sa bien chère mère et de sa sœur aimée, » A cet effet, avec l'agrément de sa femme Elisabeth et de sa fille Mathilde, il donna au monastère tout ce qu'il avait acheté dans la paroisse de Limeray des héritiers de Couleuvreux. L'archevêque de Tours, Jean, confirma cette donation, et l'acte porte la date de « l'an 1213, au mois d'avril' ».
Tout en dotant de ses libéralités les couvents du voisinage, le seigneur de Chaumont conserva ses préférences à l'abbaye de Pontlevoy. Sulpice III montra son bon vouloir à l'égard de ses » bienaimés » bénédictins par plusieurs donations. En 1212, il leur octroya « une tierce partie dans le pasnage ou la glandée de sa forêt de Chaumont. » En 1213, le 14 février, il leur fit don de leur chauffage dans sa forêt, autant qu'un chariot à deux chevaux pourrait en conduire
' Une note de D. Housseau, du iviii» siôcle, nous apprend que " la chapelle des Inlirnies de l'abbalede FonUines est détruite aujourd'hui».— B. N., coll.D. Housseau, t, VI, n" 2373. (Extrait du cartulaire de l'abbaye de Pontaines-les-Blancbes, f. 30.)
chaque jour de l'année ; et ensuite il leur accorda la terre de Mautenier. Son clerc Martin, l'un des témoins de cet acte, reçut de son seigneur deux pièces de vigne à Montrichard et les bailla an monastère en se réservant l'usufruit. Le seigneur de Cliaumont ratifia cet acte, el le sceau le représente à cheval au galop et tenant l'épée de la droite. La légende porte : Sigillcm Supplicii domini Amhasi.e: et le contre-sceau, aux armes d'.\mboi9e, porte : Sechetim Suplicii domini Ambaslï. On écrivait alors Supplice avec un ou deux 1'. Ajoutons que les deux donations furent ratifiées en 1228.
par Uichard de Beaumonl et par sa femme Mathilde. Entre temps.
Sulpice avait baillé au prieuré de Mon toussant sa dime des agneaux et des légumes à Genillé. Enfin, pour fonder un anniversaire, Sulpice donna à Pontlevoy quinze livres à prendre sur le port de Chaumont, etcet anniversaire était inscrit le 19 octobre, mais il était remis au lendemain à cause de la fête de la Dédicace.
Au manoir seigneurial, l'on était également bien disposé à donner et à confirmer les fondations faites par les sujets du domaine. Le chevalier Geoffroy Dreux et sa femme Chaum.mi.façadt.s.,r la >-.„„■. POtronille , du consentement de
iX'ssiii de la BiiiUothiqiio iiniiimaic. leur fille Julienne, firent un contrat
avec l'abbaye de Villeloin.Acelle-ci ils donnèrent un tiers des biens qu'ils possédaient dans la paroisse de Nouans et venant du mariage de ladite Pélronille; el ils vendirent, par l'organe de l'abbé (iirard, les deux autres tiers, moyennant cinq mille sous et six livres de monnaie de Tours; de l'accord étaient exceptés le four et le moulin de Nouans. " En récompense et changement de maritage, " Geoffroy Dreux assigna â sa femme, sur la paroisse de Faverolles, sept muids de l)lé et trois hommes ou colliberts, Jean et Renaud Haudoiii. el (ieoffroy Durand, de manière que si Pétronille décédait sans héritiers, ces biens reviendraient â son père ïancrède. Les intéressés avaient confirmé leur accord devant Nicolas, archiprètre d'Amboise, délégué à cet clfet par larchevèque de Tours, et devant Martin, clerc de Sulpice, et Jean Poleter, alors prévôt
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d'Ainboise. A la demande des donateurs, et aussi de ïancrède, qui tenait ces choses en hommage de Sulpice III, celui-ci ralîiia l'acte en « l'année 1213 ».
D'après ce qu'on a vu, les moines de Pontlevoy avaient droit de percevoir un revenu sur le port de Chaumont. Ils lirent remarquer à Sulpice que ce cens était incertain et qu'ils ne possédaient pas de lettres seigneuriales pour l'appuyer : une somme fixe ferait bien leur affaire. En conséquence, " pour son âme et celles de ses prédécesseurs, » Sulpice leur assigna trois cents sous à prendre annuellement sur les revenus dudil port, la moitié à Noël et le reste à la Nativité de saint Jean-Baptiste ; cette somme leur sera versée fidèlement par celui qui percevra le revenu dudil port. Cette letfre seigneuriale, datée de « l'an 1213 », fut confirmée « en 1228» par le seigneur, Richard de Beaumont, el sa femme Mathilde ; les titres furent contrôlés au bailliage de Pontlevoy en loSO.
Le prieuré Saint-Sauveur de l'île d'Amboise, desservi par des religieux, ne cessa point d'être l'objet des faveurs de Sulpice III. Les moines avaient besoin de bois mort pour leur chauffage et de bois vert pour se protéger contre les menaces de la Loire. Ils n'eurent qu'à adresser une demande au riche et bienfaisant suzerain. Au mois de décembre 1214, a pour l'amour de Dieu et pour l'âme de son père, de sa mère et des autres défunts, » il donna aux religieux du prieuré Saint - Sauveur le droit de prendre dans sa forêt de Chaumont, pour leur usage, le bois mort « qu'un chariot attelé d'un cheval, d'une jument ou d'un autre animal, pourra emmener de ladite forêt à la rive de la Loire, et cela chaque année, de Pâques â la Nativité de saint Jean-Baptiste » ; il y ajouta également la faculté de couper, dans la partie de ta forêt » qui leur serait plus facile, les pieux nécessaires pour défendre leur île contre l'inondation et les vexations du fleuve ». En même temps, il leur octroya le droit de faire autour de l'île les pêcheries qui leur conviendraient'.
D'ailleurs, Sulpice III n'oubliait point la capitale du Blésois. Pour le bien de son âme, il donna à l'église de la bienheureuse Marie de Blois, ou Notre-Dame-de-Bourg-Moyen, une rente de un muid de blé, moitié seigle et moitié froment, à percevoir sur sa dîme de Villebarou. Son frère Jean accorda son agrément à cette donation, qui eut lieu le 20 avril 1215, et c'est par erreur que le copiste aura mis « 1223 ».
La succession des événements nous a conduit au seuil de cette
' Parmi les titres, l'un porte '< MCCXlill », sans la date du i menxe decembri. — B. N., coll. D. llousseau, t. VI, n» 2380.
lot DE SLLPICE LE IIUTIN A SULPICE LE BON
période, à tous égards considérable, qui fiil le xiii° siècle. Logiquement préparée par les âges précédents, celle époque vit répanouissement de ce qu'il y avait de meilleur dans les idées, les aspirations et les mœurs privées et publiques. Alors que les sciences et les lettres réalisaient une floraison d'une remarquable beauté, les arts se donnaient la main, dans une féconde unité, pour produire une série incomparable de merveilles qui forcent l'admiration des esprits les moins prévenus. Du nord a» midi, c'était comme le rayonnement souverain des énergies intimes, tenues en réserve au cœur du pays. Tandis que la France affirmait de plus en plus sa nationalité au sein de l'Europe et qu'elle voyait croître son influence salutaire dans le domaine artistique et industriel, aussi bien que dans l'ordre politique et social, les seigneurs de Chaumont se montraient dignes de leur situation par la manière dont ils comprenaient leur rôle au point de vue civil et religieux.
Cul-du-lanipL- d'une tour du cliStcaii,
0 de la llibliiAlièquc natU.
nie de Cliaumont do bonne mon ' Charte des Archive* national"»
u cliaalel de Chauniont, nous avons eu déjà l'occasion de saluer plus d'une noble diime que ses inériles recommandaient à t'égat de son rang. Mais il n'en esl peut-être pas qui mérite mieux nos Uommages que la comtesse Isabelle. Elle avait hérité des beureuses dispositions de Thibault V, comte de Blois et de Chartres, et d'Alice de France, dont elle était la deuxième fille. Elle apporta à Chaumont les grâces de sou aimable visage et les qualités d'esprit et de cœur dont la nature l'avait douée. Il était difficile de trouver deux époux mieux assortis que Isabelle, la douce châtelaine à la main toujours' tendue vers les douleurs humaines, et Sulpice III, le chevalier bon et libéral entre tous.
Aussi, sous leur égide bienfaisante, il faisait bon vivre, et toutes les classes de la société rivalisaient d'attachement pour les hôles de Chaumont. La Providence bénit leur union, el il leur naquit une fille et un garçon. Mais cehti-ci, qui portait le nom de Jean et parait dans
les actes en 1203, devait mourir en bas âge. Leur afTeclion se porta dès lors tout entière sur la fille, Mahaut ou Mathilde, que nous associerons volontiers à la mémoire de sa mère.
Kt ce n'est que justice. La piété filiale que Isabelle avait montrée à l'égard de ses beaux-parents, la dame de Chnumont devait avoir la douce joie de la voir refleurir en l'àme de sa propre fille. L'année même de la mort de sa belle-mère, comme pour mieux affirmer ses sentiments d'inaltérable attachement, Isabelle fit une donation au couvent de Pontlevoy; elle fonda son anniversaire k célébrer en l'abbaye, en léguant quinze sols de rente à percevoir sur le péage d'Araboiae. Dans la suite, en se rappelant ses liens particuliers avec le Blésois, Isabelle donna aux religieux du couvent de Cîteaux, dit le Petit-Cîteaux, une rente de dix livres qui fut confirmée en 1215 par Tbibault VI, comte de lilois; celle-ci devait être perçue « sur les moulins du Pont de Blois, pour eniploier en sel à Tusage du dit couvent ».
La mort de Sulpice, qui avait cessé de vivre en 1218, causa une vive douleur â sa veuve. Klle trouva une consolation dans la fidélité à la mémoire de son mari. Kn efTel, Sulpice III laissait le renom d'un chevalier pieux et bienfaisant. Il avait contribué à la fondation du couvent de femmes de Moncé, sur la paroisse de Limeray, et à celle du couvent d'hommes de Fontaines-les-lîlanches; ses libéralités, on l'a vu, s'étendirent également aux monastères de Beaugerais, de Villeloin et de Grandmont.
Isabelle fut dès lors dame de Chaumont en même temps que d'Amboise, et son nom est associé à une pièce historique que nous devons mentionner. L'acte de cession de Nogenl-l'Krembert au roi Philippe- Auguste a un appendice dalé de Sainl-Germain-en-Laye, en mars 1218, qui garde le sceau dlsabcUe, comtesse de Cliartres, dame d'Amboise, seconde fille de Thibault le Bon, comte de lïlois. Le sceau, qui mesure quatre-vingts millimètres, représente la comtesse debout et de face, en manteau et coifTure carrée, tenant de la main droite une fleur de lis. La légende est t'on^i'c ainsi : -J- S, igillumj IsAii[el|LE, Comitissa (^AiiNo lensiis DOMiM-: .\MHAZi;ensi s; sur le contre-sceau est un écu parti, an pi-eiiiier, d'une bande, au second, d'un pale ion sait qu'Amboise porte paie d'or et de gueules de six pièces j, avec la légende : -f Se- CHKTIM Mi:cM '.
Si Isabelle ne porte pas ici la i|U.ililé de dame de Chaumont, c'est (|ue le champ de l'exergue ne permettait pas (l'y inscrire ses dill'érents
' Arclii*L'< uali-.icilcs, J, l":t, n° 2 l.-r. — Inrcnlaire </,■.< scfnux. i>ar M. Uoui-t (VArcq;
tiires. Au premier rang des seigneuries, devail figurer celle d'Amboise, qui était la plus considérable et dont la famille des seigneurs de Chaumont retenait d'ailleurs le nom patronymique. Quant à son titre de comtesse de Chartres, elle le devait au droit d'héritage.
Son frère Louis, comte de Blois, parti pour la croisade avec Baudouin, comte de Flandre, et Thibault, comte de Champagne, en tombant glorieusement à la bataille d'Andrinople, en 120D, avait laissé ses terres à son fils Thibault VI. Mais celui-ci, qui, aux titres de comte de Blois, de Chartres et de Clermont-aur-Oise, ajoutait celui de duc de Nicée, n'ayant pas eu d'enfants, les domaines passèrent en partie à ses deux tantes. Marguerite eut le comté de Blois et épousa successivement Hugues, seigneur d'Oisy, Othes, palatin de Bourgogne, et Gautier d'Avesnes, dont la fille, Marie, porta le comté a Hugues de Châtillon, chef de la seconde maison des comtes de Hloi^. Quant au comté de Chartres, il vint à Isabelle, qui le garda avec honneur en attendant de le transmettre à sa fille Mathilde, de laquelle il fut transféré à son cousin Jean de Cbàtillon, comte de Blois, seigneur d'Avesnes et de Guise.
Avant d'avoir recueilli ce dernier héritage, la dame de Chaumont s'était remariée à Jean, seigneur d'Oisy, dont nous venons de voir la famille alliée déjà avec celte des comtes de Blois. Sa fille Mahault, ou Mathilde, qui avait fait l'orgueil de Sulpice III heureux de revivre dans une autre lui-même, ne cessa pas d'avoir pour elle les sentiments qu'elle inspirait. Isabelle le lui rendait bien et faisait participer à son affectueux attachement le mari que l'héritière de Chaumont s'était choisi. Il s'agit de Richard de Beaumont.
Isabelle, qui d'ailleurs vécut jusqu'en 1249, conserva son douaire jusqu'à l'année 1228. Du chef de sa femme, Richard de Beaumont réunissait dans ses mains les seigneuries de Chaumont, d'Amboise et de Montrichard. Par acte daté de Montrichard, « le jeudi saint 1219, » |n. s.), Richard de Beaumont et sa femme Mathilde donnèrent aux moines de l'abbaye de Pontlevoy, desservant Notre-Dame de Nanteuil, divers avantages dans cette localité. Ce sont une cave située sous leur château , à côté de la porte aux Roies et de la place qui mène au castrum , tout leur cens dans la ville et le faubourg, deux autres caves près de l'église de Nanteuil et trois maisons dans le bourg, avec les droits afférents, sauf celui de haute justice. Entre les témoins figurent Richard de Chisseau et Ouen d'Auge.
Parmi les parents que la comtesse Isabelle entourait de son affection, figure son oncle Jean d'Amboise, frère de Sulpice 111 et neveu de Geoffroy de Vendôme. Le chevalier Jean, qui est loin d'être un in-
connu pour nous, possédait divers domaines sur les rives de la Loire. Il montrait beaucoup d'at lâchement aux moines de Notre-Dame de Bourgmoyen et leur donna, en particulier, l'engagement de sa dîme de Villebarou et de lîlois, moyennant cinq cents livres, acte dont il demanda la confirmation à son « très cher seigneur >> le comte de Blois, vers l'année 1222. Jean adressa la même supplique à " très chère dame Marguerite, comtesse de Btois ». et celle-ci, en qualité de suzeraine, ratiiia le contrat au mois de janvier 1223 in. s.i.
Le chevalier nous apparaît à Aniboise durant l'été, et un certain nombre d'actes se rapportent à lui au cours des années 1222 et 1223; on y rencontre aussi son frère Guillaume, qui entra dans l'état ecclésiastique et fut chanoine de Chartres. Au mois de mars 1225, le chevalier Jean d'Amboise fît don à Pontlevoy des prés qu'il possédait « entre le château de Blois et Saint-Gervais-des-Prés », et les religieux devaient, après la mort du donateur, célébrer solennellement son anniversaire.
Parmi les faveurs faites jadis par les seigneurs de Chaumont, se trouve le don d'une vigne à Saint-Denis d'Amboise, venant de Jean Hardouin, et qui fut remise à Martin, chanoine d'Amboise. A son tour, celui-ci donna aux religieux pontiléviens une rente de dix sous h percevoir sur ce domaine avec diverses rentes assises sur « l'Annonerie d'Amboise », et sur « la terre de la Mote »; il s'agit ici de l'Aumônerie, et sans doute du Chàtelier. Cette donation fut conlirniée par Jean, archevêque de Tours, « au mois de septembre 1227 ».
Richard de Beaumont et sa femme Mathilde avaient des droits sur l'étang et la chaussée de Monlpoupon, et, de leur côté, les religieux de Villeloin se prétendaient en possession de droits à cet égard. Pour aplanir le ditl'érend, on convint de s'en rapporter à l'arbitrage » d'honnèles gens », les abbés de Beaulieu et de Ponllevoy, ainsi que de Richard, chanoine d'Amboise. La solution aboutit à une transaction que le seigneur de Chaumont promit d'exécuter, par « serment corporel prêté sur les âmes » du seigneur et de la dame de Chaumont, par l'organe de son chevalier Rudes de Montault, ainsi qu'en fait foi une lettre seigneuriale du 2(t décembre 1228. En cette même année, Richard de Beaumont, nous l'avons vu, confirma tes droits de pasnage, de chauffage et de péage, que Sulpice avait octroyés au couvent de Pontlevoy.
Au nombre des vassaux de Richard paraît le chevalier Tristan Bizo, avec son fils Guillaume et sa femme Aalis. L'n différend s'éleva entre ce seigneur et des sujets de Richard et aussi du dit Tristan, lesquels demeuraient à Montrichard, à propos de plantations de vignes en des
terres où Tristan avait le droit de terrage. Mais on finit par accepter une transaction, avec un cens à payer à l'abbaye de Pontlevoy. Au mois d'octobre i230, Richard et sa femme ratifièrent l'accord intervenu en cette circonstance.
Vers le même temps, les seigneurs de Chanmont, •< en qualité de protecteurs et patrons <> de l'abbaye pontilévienne, lui firent l'abandon de tous les droits qu'ils ont ou peuvent avoir sur les bois possédés par le couvent, de façon (jue les religieux soient exempts de tout cens et puissent en disposer librement. Ces bois étaient ceux de Jarriette près Booletam, de la Carte, de liusserole, le bois près la forêt de Montrichard, et celui de Saussaye. La faveur s'étend aux bois que les moines peuvent acquérir. L'acte, daté >< d'avril 1232 », était muni de deux sceaux de cire jaune sur double lac. De même, » en lan 1232, » Richard de Beaumont et sa femme, pour leur âme et celles des ancêtres, firent don à l'abbaye de Pontlevoy, en faveur du prieuré Saint- Jean-de-Grève, à Blois, de quatre livres tournois de rente; ce revenu annuel sera payé au prieuré par celui qui recevra le péage de Chanmont, moitié à Noël et moitié à la Nativité de saint Jean-Baptiste, sous peine de cinq sous par semaine de retard.
A l'ombre de la forteresse chaumontoise vivaient un certain nombre de gentilshommes dont les noms sont parvenus jusqu'à nous. Parmi ceux-ci on voit Geoffroy des Vaux, auquel sa femme Mathilde donna plusieurs enfants : Guy, Foulques, Agnès et Mathée. Sa dîmede Chaumont lui rendait de bons boisseaux de blé qu'il serrait dans » sa grange )•. « En récompense de quatre deniers et moyennant vingt livres tournois, >• le chevalier Geoffroy vendit aux religieux de Pontlevoy un muid de méleil à prendre annuellement, en l'oclave de saint Rémi, dans sa grange de Chaumont, « soit par sa main, soit par celui qui lui sert de gardien de la dîme en grange. » Cet acte reçut l'apposition du sceau du chevalier Geoffroy de Marcuil, <• en janvier 1233 ». Ajoutons que le nécrologe pontilévien, parmi les membres de la famille de Vaux, mentionne Mathieu, Guillaume et Herechin.
Richard de Beaumont, fout en appréciant Tutilité des bois, s'appliqua en plus d'une circonstance à les transformer en terre labourable. C'est ce qu'il fit notamment pour la forêt de Chaumont, qu'il défricha en grande partie. Mais c'était cauiser dommage aux moines pontiléviens, auxquels le seigneur Sulpice III avait baillé jadis le tiers du pasnage dans toute la forêt. Aussi Richard et sa femme, en dédommagement, s'empressèrent de donner à l'abbaye trente arpents de terre dans la même forêt, près de l'étang de Sudaie, suivant la délimitation arrêtée entre l'abbé et le représentant du seigneur, de façon que sol et gens
y soient exempts des coutumes et redevances, hormis celles que les seigneurs possèdent » sur les hommes demeurant dans le territoire de Pontlevoy ■>; l'acle est du « mois de décembre 1234 ».
Le seigneur de Chaumont n'hésitait pas, à l'occasion, à donner à ses amis la plus haute marque de dévouement. Henri d'Avougour avait besoin de son appui, et Kichard se porta caution pour lui envers le roi de France. Son sceau, appendu à la pièce et brisé, est un lype équestre de forme ronde, mesurant soixante-quinze millimètres, avec écu chevronné et la légende ; ■]- Sfigillumj Ricahdi |de Belio] monte D[omi]M Amiia/ik. Le contre-sceau est un écu chevronné avec la légende :
f Hoc KST SECHETUM MEIM '.
Mais voici que de nouveau nous rencontrons sur notre route l'oncle du seigneur de Chaumont. Guillaume d'Amboise, chanoine de Chartres, avait différents biens à Cliouzy, Comme il avait reçu des services d'un certain Guillaume Biohot, au mois d'août 1234, il lui Ht don de sou four ))anal de Cliouïy, son rouage, son pressoir avec l'usage de « la rottée dans le bois de Uaacon ou Hançon » ; il y mit la condition que celui-ci lui en ferait l'hommage. Un acte nous apprend que le chanoine Guillaume donna au prieuré de Cliouzy, dépendant de Marmoutier, l'usage du bois pour chauffer le four banal de Chouzy; cet avantage fut confirmé, en 1 23.'>, par Denise, sœur de Guillaume et dame d'Azaysur-Cher et, en I23K, par Jean de Berrie, sire de Berrie, neveu de Guillaume. L'écu de Guillaume porte une croix, et celui de Jean de Berrie, un bandé de trois bandes d'argent et de sable. Faisons remar- (pier de suite que. en 1377, le comte de Blois, Jean de Châtillon, seigneur d'Avesnes, de Schoonhoven, sur riIoUandsche Ijssel, dans les Pays-Bas, et de Gouda, aussi dans les Pays-Bas sur le Leck, non content de ratifier le don de Cïuillaume, concéda au prieur de Chouzy le droit de prendre dans sa forêt de Blois le bois de chauffage qui lui serait nécessaire.
Kn outre, le chanoine Guillaume fit don à Saint-Martin de Tours de soixante sous de rente, à prendre sur le péage de Montrichard. le lendemain de la Toussaint, Guillaume avait cessé de vivre en 123'). A cette époque, dame Mathilde s'empressa de ratifier cette donation faite par son oncle " de bonne mémoire ». En cette circonstance, " Mathilde, dame d'Amboise, de Montrichard et de Chaumont, pour son âme et les âmes de son mari Itichard, de son père et des siens, sans y être contrainte par son mari, mais par pure charité et avec le gré
' Arciiiv,-s iiiiUoiial.'-:, J, :t'.'9. ir 28'. — Inrenlairf il--K soe.iuj, |>ar M. Doiiel d'Arcii;
de celui-ci, )• fit don à !a collégiale martinicnne d'une place appelée Burdigale, « située à Tours sur le fief et dans le cloître de Saint-Martin, " et <■ joignant la maison de Hahîer des Monts ». Cette donation était faite à la condition que les chanoines niartiniens célébreraient l'anniversaire des membres de la famille. Le 24 septembre de la même année, elle fut ratifiée par Richard de Beaumont, n seigneur d'Amboise, de Mont-Trichard et de Chaumont ». A sa demande. Juhel, archevêque de Tours, confirma ces fondations.
La mère de la dame de Chaumont, Isabelle, veuve de Sulpice III, avait épousé Jean, comte de Chartres et seigneur d'Oisy, ainsi que nous l'avons vu. En février 1233, celui-ci, avec sa femme, iit don de la ville de Cbâteaurenault à lingues, comte de Hlois et de Saint- Pol. Le sceau d'Isabelle (soixante-dix millimètres), brisé, la représente debout et de face, en robe et manteau, avec la légende : \ Sigillum Is] ABLE c[omit] isse c.^rnoten [sis]. Le contre-sceau porte un écu aux armes indistinctes, avec la légende : -j- SE<:HKïrM .mkim '.
En 1236, Richard de Beaumont reçoit la qualité tout à la fois de seigneur de Chaumont et du Lude. A ce dernier titre, au mois d'août, avec le gré de sa femme, à l'abbaye de la Boïssière il donna Gevvais Trucle, avec ses biens, meubles et immeubles, en même temps que la demeure de Guillaume Opicbe, après la mort de celui-ci. Gervais et ses descendants seront exempts, vis-à-vis des seigneurs du Lude, présents et à venir, de la taille, de l'osL ou service militaire, de toute coutume et redevance séculière; si Gervais n'a pas d'enfant, ceux qui tiendront ces biens jouiront des mêmes privilèges. Au bas de l'acte <■ pendait un las de soie et fil d'argent, le sceau brisé, i> quand 11 fut vu par dom Housseau.
Les relations entre les seigneurs de Chaumont et les comtes de Blois étaient généralement bonnes; néanmoins, il était difficile qu'il n'y eût pas, ne fût-ce que de loin en loin, quelque différend au point de vue féodal. Richard, en raison du vicomte de Châlcaudun, était tenu de satisfaire à un cautionnement ïi l'égard du comie de Blois. Comme il avait négligé de remplir ce devoir hiérarchique, celui-ci fil une saisie de son château et de sa terre, et y mit des gens pour garder le chastel en son nom. (!l'est pourquoi, en ta cour comlale, Richard fut condamné à remplir ses obligations et à payer quatre-vingt-neuf livres pour les dépenses faites par les gens du comte. C'est " le craantement ou engagement que, au mois d'août 1237, Richard fit au comte de It rendre tele somme de deniers pour les resons dites ».
' Archives nationales, K 1244. — Iru-enlaireilcs jce,iux,par UouOlil'Arfi], ISiiil, 1. 1. ii" 'J74.
D'autres fois, la solution du différend n'était pas elfectuée par un arrêt de cour, mais par le moyen plus amiable d'un arbitrage, mieux fait pour ménager l'amour- propre du vassal, sinon eatisfaire celui-ci du suzerain. Le seigneur et la dame de Chaumont avaient fait, dans ce territoire et dans le fief des comtes de Blois, des donations avec charges afférentes. Le suzerain prétendit qu'elles ne pouvaient être réalisées de la sorte, et le sire de Chaumont soutint qu'il en avait le droit suivant les us et coutumes du pays. Pour trancher la difliculté, on convia Hugues, comte de Saint-Pol et de Blois, avec sa femme d'une part, et Richard de Beaumonl, seigneur de Chaumont, avec sa femme d'autre part, de s'en rapporter à des arbitres. On désigna à cet efTet les chevaliers Geoffroy le Jeune, de Bury, et Guillaume de \'auliard, qui s'obligèrent à rendre leur décision avant Pâques, à Blois. Richard et sa femme, en décembre 1238, prirent rengagement écrit et scellé de se soumettre, sous peine de mille hvres, à l'arbitrage rendu par suite de cette 'c compromission dou comte de Blois et de monsegnor Richart ».
L'exercice de la justice rencontrait dans la complexité des coutumes et dans renchevétrement des fiefs avec les terres et les hommes, une source de difficultés souvent fort embarrassantes, et dont on ne sortait pas tout au moins sans des blessures d'amour-propre et d'intérêts. En 1234, Pierre Gautier, de Pontlevoy, fut arrêté pour vol et conduit devant le juge de Chaumont. Les moines réclamèrent en soutenant qu'il relevait de leur Justice, et Richard de Beaumont reconnut leur droit. Par un acte du mois de mai, il fut réglé que ai le crime comportait la peine de mutilation ou de mort, les religieux avertiraient le juge de Chaumont qui se transporterait à Pontlevoy pour faire justice sur place, et que les biens confisqués reviendraient au couvent. Ajoutons à cette occasion qu'en 1238, Richard et Mathilde fondèrent l'anniversaire de Menier et de Mathilde, femme de Guillaume d'Orchamps le Jeune, en donnant au monastère trente sols de rente sur les greniers de Montrichard.
Nous observons, en l'année 1239, un autre exemple frappant des rivalités judiciaires qui se présentaient assez fréipiemment. Un voleur avait été pris sur le fief de Chaumont et dans le territoire de Pontlevoy; sans plus de formalité, le prévôt de Chaumont le fit pendre à un noyer. Les religieux pontiléviens protestèrent en disant que c'était porter atteinte à leurs droits ; du temps des anciens possesseurs de Chaumont, et sans réclamation aucune de ces derniers, les moines avaient, disaient-ils, érigé sur leur territoire des fourches patibulaires auxquelles les prévôts pendaient les larrons. Ces assertions étant con-
Lestées par les hommes du seigneur, on décida de recourir à une enquête. Après un long examen de l'affaire, le témoignage d'honnéles gens linit par établir que le couvent de Pontlevoy avait joui de ce droit sans contestation, et que, de fait, on avait pendu des voleurs à leur gibet. En conséquence, le seigneur de Ghaumont, désireux de respecter les droits des religieux, ordonna à son prévôt de dépendre le voleur et « d'aller le pendre aux fourches de l'abbaye ». Kt cette résolution, arrêtée au mois de juillet 1239, fut revêtue des sceaux du seigneur et de sa femme.
Il ne faudrait pas s'imaginer que l'alïaire fût détinitivement close. Dans la suite, Jean de Berrie, devenu seigneur de Chaumont, s'il faut en croire le chroniqueur du couvent, " usurpa les droits de justice » des religieux. La question s'envenima au point que l'abbé dut recourir aux moyens extrêmes de l'excommunication. Mais, par bonheur, de part et d'autre on en vint à des sentiments plus doux, et l'on décida de s'en rapporter à un arbitrage. Pourtant l'histoire nous apprend que cet accord n'atteignit pas le but et qu'il fallut, en fm de compte, recourir à une autorité plus considérable.
Quoi qu'il en soit, nous ne perdons pas de vue la noble veuve de Sulpice III. En i 239, Isabelle, comtesse de Chartres et dame d'Amboise, fit don aux religieuses de Moncé de dix-sept setiers de seigle, six setiers de froment, deux muids de vin et sept livres d'argent à prendre sur la dîme d'Amboise. Quant à sa fille Mathilde, dame de Chaumont, et à son mari, ils étaient tenus en grande affection par leur cousine Marie, comtesse de Blois et de Saint-Pol, mariée à Hugues de Chàtillon. Ce n'est pas sans peine que celle-ci avait vu Tliémis intervenir dans les relations familiales pour y apporter l'amertume bien plus que la paix. Cette préoccupation la suivit jusqu'à ses derniers moments, et elle cherchait sans cesse le moyen de renouer l'union, qui lui semblait l'un des biens les plus précieux. Au printemps de l'année 1241 , elle sentit les atteintes du mal qui devait l'emporter. « Etendue sur son lit de douleur, mais conservant la plénitude de ses facultés, » elle fit rédiger une pièce par laquelle, à son mari ou à sa chère tante Isabelle, à tous deux ensemble ou séparément, elle accordait carte blanche sur plusieurs points; elle leur laissait la liberté de faire les échanges qui leur plairaient dans le comté de Blois ou autrement, et elle leur accordait c< plein pouvoir et liberté absolue de transiger sur les points en litige avec noble homme Richard de Beaumont et sa très chère cousine Mathilde, épouse de celui-ci, et de lui rendre et remettre ce qui leur paraîtrait à propos )•. L'acte est du mois d'août, le vendredi après le dimanche de Quasimodo.
Mathilde d'Amboise eut la douleur de perdre sa mère, la comtesse Isabelle, qui mourut en 124!), et son mari qui précéda celle-ci dans la tombe. On n'est pas d'accord sur Fépoque du décès de Richard. S'il faut en croire D. Chazal, le seigneur de Chaumont aurait fait la croisade et serait mort en Palestine. « Parmi les seigneurs qui périrent en 1240 dans la Terre sainte, en combattant contre les infidèles, dit l'historien bénédictin, on trouve un Richard de Reaumont qui fut tué en voulant surprendre Gaza. " Mais l'identité du seigneur et du croisé ne paraît pas évidente, et l'on admet que Richard mourut en l'année 1243.
Quoi qu'il en soit, Richard de Beaumont avait cessé de vivre au printemps de 1249. En cette année, qui est celle du décès de sa mère, Mathilde prend les titres de dame de Chaumont, d'Amboise et de Montrichard, et de comtesse de Chartres. A cette époque, la forêt de Chaumont ajant alors subi de nouveaux défrichements, les moines de Marmoutier se plaignirent qu'il en résultait pour eux des atteintes aux droits dont ils jouissaient. .\u mois d'avril, dame Mathilde, désireuse d'être agréable aux religieux, leur assigna « vingt livres de rente sur son péage de Chaumont, pour leur tenir lieu du droit d'usage qu'ils avaient dans la dicte forest <>.
En ce temps-là, la vie paroissiale de Chaumont prit des développements en rapport avec le milieu favorable et avec les bonnes dispositions des seigneurs. D'après le pouillé du diocèse de Chartres, la paroisse de " Chaumont-sur- Loire », dont l'église avait pour patron saint Nicolas, et pour coUateur l'abbé de Pontlevoy, était alors estimée d'un revenu de quarante livres et comptait cent quarante -quatre paroissiens. Au surplus, si nous consultons les documents contemporains, nous y remarquons que, suivant la loi commune, d'ordinaire les souvenirs professionnels passèrent à la fois aux personnes et aux localités. Une " gaignerie », ou terre cultivée, portait le nom de la Verrerie, et, à cette époque, on voit Guillaume Verrier donner aux moines de Pontlevoy la gaignerie de la ^'e^rerie.
Au milieu du xiii" siècle, dans la parenté de la dame de Chaumont, nous remarquons un cousin, appartenant à la branche collatérale de Rerrie, et qui est destiné à jouer un rôle important sur les bords de la Loire. Il s'agit d'un (ils de Jean d'.\mboise, frère de Sulpice III, et de Marguerite de Rerrie , domaine près de Loudun. Us étaient deux frères, Jean et Guillaume. Le dernier était chanoine de Saint-Martin de Tours, et le premier avait la qualité de chevalier. En mourant, Guillaume légua au chapitre, pour son anniversaire k célébrer chaque année, une rente « de quarante sols de monnaie courante ».
Le chevalier Jean, « seigneur de Berrie, i> ayant à cœur de remplir les obligations laissées par son frère, par acte dn mois de juillet 1249, décida que cette rente serait perçue à Noël sur les cent livres qu'il touche du péage de Chaumont. De fait, la succession de ce beau domaine lui apparaissait comme une chose non seulement désirable, mais possible et normale. Aussi, ajoute-t-il, « si le château de Chaumont avec le péage, ou le péage entier, vient à m'échoir k moi ou à mes hoirs, » le percepteur, quel qu'il soit, paiera régulièrement les quarante sous de rente annuelle à la dite église, sous peine de douze deniers d'amende. Le même mois, la comtesse Matliilde ratifia ce qui avait été fait par Jean de lîerrie, « son cousin >■.
D'ailleurs, Jean de Berrie jouissait d'une considération bien méritée auprès des hauts et puissants seigneurs. Le " mardi après le dimanche Oculi 1250 I) (a, s.), ou ler mars 1251, son nom apparaît au bas d'une charte de Charles d'Anjou, qui règle le salaire des avocats dans l'Anjou et le Maine; il en est de même de son sceau rond (cinquantesept millimètres}, brisé, avec son écu bandé de six pièces, à la légende : •}■ Si[gillum] [J]onA|nJws de |Be]RniE. Le contre-sceau porte en pierre gravée une chimère montée par un génie, en face d'une autre chimère, avec la légende : SECRE[tumj [m|Er[m] [michi|. En cette circonstance, Jean de Berrie figure à côté des plus nobles chevaliers, tels que Bouchard, comte de Vendôme, Jacques de Maillé, Guillaume de Sainte-Maure, Gérard Savary et Herbert Turpin.
Sa pensée se portail volontiers vers Pontlevoy. « La veille de la Chandeleur 1251 (a. s.), Jean, seigneur de Berrie, chevalier, » pour son âme et celle de ses ancêtres, fit don au monastère de dix livres à prendre, le lendemain de la Chandeleur, sur les revenus du péage de Chaumont. Par un acte daté de « février 1251 » (a. s.), de la main de » frère Geoffroy, humble ministre de l'abbaye », c'est-à-dire l'abbé, nous apprenons que ce don est destiné à célébrer l'anniversaire du chevalier, non sans que la somme puisse être convertie « en pitance pour le carême, si on le juge à propos, à la réserve de soixante sols à retenir par le frère pitancier ». En outre, par égard pour sa libéralité, les religieux décidèrent de constituer en sa faveur une cbapellenie dans leur couvent, n où chaque jour, un moine célébrera une messe du Saint-Esprit pour son salut durant sa vie, et après sa mort une messe des défunts pour le repos de son âme. •• Outre son anniversaire solennel, le donateur participera à toutes les bonnes œuvres qui se feront dans le monastère. L'original, conservé aux archives de Loiret-Cher, était scellé de deux sceaux pendant sur double queue de parchemin, qui ont été enlevés.
La dame de Chaumont continuait à faire le bonheur de ceux qui l'approchaient. Par leltre du « mois de mai 1253 », la comtesse décida que l'abbaye percevrait « sur le revenu du port de Chaumont » quarante sous de rente, aux termes où elle y perçoit déjà quinze livres de revenu. Elle rappelle que ce don est mentionné dans les lettres de son père. Celui-ci avait baillé la rente à Jeau, dit le Marchand, sur l'Aumônerie d'Amboise, en récompense des maisons sises au carrefour, que le dit seigneur avait fait démolir pour y rétablir l'Aumônerie; puis cette renie avait été achetée par Martin, chanoine de Saint-Martin. Les religieux, est-il dit, jouiront de ce revenu en toute sécurité.
Mathilde approchait de la fin de son existence. Ses dernières années se passèrent en la compagnie de Jean le Bon, comte de Soissons, qui avait demandé sa main; c'était un gentilhomme de marque, chez lequel te mérile des qualités rehaussait encore le lui>lre de la naissance. Après une carrière semée d'œuvres utiles, elle rendit son âme à Dieu, le 23 mai 1256. Sa mort fut un deuil pour le pays, où l'on conserva vivace le souvenir de la comtesse, qui avait été pour Ions un exemple et une bienfaitrice.
Cul-df-lampi' [lu p'aiid l'-^luIii'
Chaumont d'après une gravure de la Bibliothèque
1 Suivant les arbilralors ou aimables impositors. »
(Charte dn Archives nalionalfi.)
U décès de Mathilde, son cousin entra en possession des
domaines de Chaumont et d'Amboise. Nous avons déjà fait
connaissance avec ce gentilhomme, appelé tour à lotir Jean
de Berrie à cause de la terre de sa mère Marguerite, et Jean
d'Amboise en raison de son père, lui aussi nommé Jean. Kn sn
personne s'opéra la fusion des deux branches d'Amboise et de Herrie;
celle-là portait l'écu paie d'or et de gueules de six pièces, et celle-ci,
fasi-é d'azur à la bande de six pièces d'or et de gueules.
Une fois seigneur de Chaumont, Jean I" ne négligea aucune des obligations de sa nouvelle situation. Sur les rives verdoyantes du Cher aux vastes prairies, dans le fief du chevalier Robert Marques, îi Hléré, se trouvait une demeure dite la Folie et possédée par Anselme de Uléré, qui lui laissa son nom. Ce dernier donna la " tenue » ou maison à l'abbaye bénédictine de Saint-Julien de Tours, en 1245. A son tour, n au mois de mars 125S, » Jean de Uerrie, » seigneur d'Amboise et de
Montrichard, " dans le fief duquel se trouvait l'immeuble , accorda que li les dits religieux possèdent librement la tenue appelée La Folie Anseaume », près de Bléré; en outre, dans son fief, sur la paroisse de Saint-Cyr près de Tours, il leur octroya une pièce de vigne, dite La Monetere.
En qualité de vassal du comie de Blois, le seigneur était Icmi de faire à son suzerain la déclaration féodale exigée par le droit coutiimier. Nous y lisons : « C'est ce que Johan de Berrie tient dou comte de Blois. Cest a savoir Chaumont et les apartenances , quant que il i a en domaine ne autres i ont de lui en fiez et en rierefiez, et quant que il y a a Chozi et es apartenances, et cinquante muis d'avoine, les quiez il prent tous les anz es greniers le comte Blois. qui muevent dou fié de Chaumont. » C'est le dernier acte du carlulaire du comte; le précédent est de l'an 1237; les deux derniers sont en cursive, et le reste du cartulaire est écrit en minuscule. Kn 12.^8, Jean d'Amboise, seigneur de Chaumont, reconnaissait pour suzerain le comte de Blois'.
ic A Amboise, au mois d'août 1258, » le chevalier Jean de Berrie accorda aux bénédictins de Pontlevoy de posséder » en main morte et tout gré I) la rente, quelle qu'en soit la nature, qu'ils ont achetée en la paroisse de Fougères, du chevalier Bainaud Eguillon et de ses hoirs, et tenue en son fief; plus ce qu'ils pourront acquérir dans les iîefs que le chevalier Philippe de Saint-Julien et l'écuyer Girard de Varennes, ses vassaux, tiennent dans la paroisse de Feings (Feins), et en outre leurs maisons sises au delà du pont d'Amboise. Il abdiqua sur ces domaines tout droit pour lui el ses héritiers, à l'exception de celui de haute justice et de voirie {vifferia), ou basse justice.
Jean de Berrie eut la douleur de perdre sa femme, Jeanne, le premier jour de décembre, probablement de l'an 1268. l\ se souvint de la douce affection de la défunte pour lui et de l'amitié qu'elle portait aux religieuses de Moncé, dont le couvent s'élevait au nord de la Loire dans une aimable retraite, sur la paroisse de Limeray. Aussi, par acte de l'an 1268, <( le dimanche davant laseintTomas », ou le 16 décembre, le 11 seignor de Chaumont » fit-il une fondation en ce monastère. « Por le remède de l'emme Joenne, jadis neutre femme, dit-il, asignons à retigioses dammes cinquante sooz a pitance por faire son anniversaire a loz jorz lendemain de la seint André, a prendre chacun an le jor don davant dit anniversaire sur notre paage de terre receu à Veves (Veuves) por la mein de neutre pageor, jusqu'à tant que nos aions les
' D. N., Fonds lui., 10)08, f. 38. Carlulaire du coiiilù do Dlois, ï:ii' siècle. — Arihivos nationales, P. U21 , p. t09. Hcgislre des fiefs du comlé de Hlois.
dites religioses porveues des dix cinquante sooz en aiilre lou aussi certein ou plus. »
Le souvenir de sa femme et de ses autres proches demeurait profondément gravé en la mémoire du chevalier. <. En mois d'avril mil et deus cenz et sexante el diz, » « Johan de Ambaize, sire de Cliaumont, » " por Deu et por le sauvement de m'anie el de ma famé et de mon père et de toz mes autres amis, >< donna aux '< frères Menors » (ou Cordeliers) de Blois quatre deniers de cens, « assis en la ville de Hlois sur une grange qui fut sire Acelin Becoel, chenoane de Sainl-Sauvoor de Blois, laqnele siet en une vasselor jouxte les murs le conte ».
Au nombre de leurs domaines, les moines de Pontlevoy possédaient une habitation avec dépendances sur la paroisse de Bourré près du Cher. L'écuyer Benaud, de celte localité, leur vendit deux boisselées de terre ou environ « dans l'enclos des murs de leur domicile ». Comme cette propriété se trouvait dans
le ûef du seigneur de Chaumont, Jean de Berrie approuva la vente, en sorte que les religieux possèdent cette terre et le sentier adjacent " en main morte », et cela par acte de >• l'année 1271, le mercredi avant la Circoncision», ou le 31 décembre.
En mourant, la dame de Chaumont avait laissé à son mari pour consoler son veuvage un fds nommé Gilbert, sur lequel le seigneur reposait toutes ses espérances de père et de chevalier. Mais, hélas! la mort sans pitié lui ravit prématurément ce fils. Gilbert reçut la sépulture dans l'abbaye de Pontlevoy, et son père y fonda l'anniversaire solennel du défunt par acte « du dimanche après la fête de saint Nicolas d'hiver, 1272 », c'est-à-dire le H décembre. A cet effet, il fil don au monastère d'une rente de quarante sols à prendre sur le péage de Montrichard, le jeudi avant la saint Thomas apôtre, qui était sans doute le jour même du décès. Au bas de la pièce, sur double queue, pendait le sceau du seigneur en cire jaune (il est brisé), sur lequel Jean était figuré à cheval; sur le contre-sceau on lit encore : f Johan jnis [de] BEB[ria].
Du haut des tours de son château fort entouré de bois au midi.
Hcipiii^iir (le Chaiiniui
■l-Ch«r).
et s'appuyant, au nord, sur les flancs escarpés d'une colline qui plonge ses racines dans les ondes dorées de la Loire, le seigneur de Chaumont découvrait en aval les fraîches et riantes perspectives d'un aimable domaine; la coquette demeure s'enveloppait du tapis des prairies, du cristal des fontaines bleues, de la verdure de saulaies baignant leurs tiges souples dans le fleuve, tandis que le moulin envoyait aux échos le mélancolique tic tac de sa roue mise en mouvement par l'eau d'un vaste étang, alimenté par des sources abondantes. C'était l'homme d'arme, à la lourde cuirasse brunie, apercevant une nymphe aux carnations rosées qui se joue dans la transparence nacrée des ondes de turquoise. II eût aimé à se reposer ainsi des âpres cimes de son caslel dans cette oasis délicieuse, assise dans la vallée entre la Loire et le coteau couvert de vignobles, auxquels l'automne suspend ses fruits d'or ou de pourpre sous un voile d'émeraude.
Ce domaine, situé «. dans la châtellenie de Chaumont , sur la paroisse de Rillé ou Itilly " alors en Touraine, appartenait aux bénédictins de Marmoutier, dirigés par l'abbé Etienne, d'où son nom de « Roche-aux- Moines ><. Le seigneur de Chaumont proposa aux religieux de leur échanger cette terre avec d'autres immeubles contre des dépendances en diverses localités, et l'accord ae fit au printemps de l'année 1274.
Jean de Berrie constitua le lot attribué à Marmoutier par plusieurs possessions. Il donna ce qu'il avait à Chouzy «en hommes, cens, justices ou reliefs de justice, relèvement, festage, terres, prés, pacages, gastes et obliages, la gagnerie d'Escheray avec terres, prés, et autres terres contiguës aux rives de la Loire , le bois de Raaçon ' avec le fond et ce qui en dépend, l'hommage dû par Girard, fils de feu Bichot, à cause de l'usage de son four dans ledit bois, et tout son droit de roage et de mesures à vin et blé, et les autres choses qu'il peut avoir à Chouzy, à l'exception de l'hommage de Robert de Conan qu'il conserve pour lui, et ce qu'il possède jusqu'à Petite-Carte, du côté de Chaumont, ainsi que cela s'étend vers l'Aulnay, tant en justices et falcatoribus » que par raison de la chàtetlenie.
Le chevalier Jean y ajouta « ce qu'il possédait à Villebarou, près de Rlois, en hommes, justices, cens, relèvements, festages ou autres; à Blois et dans la banlieue, certains cens et relèvements et justices pour ces cens; k Noëlle, près Blois, en hommes de corp.s et autres hommes, justices, cens et autres droits ». En outre, il remit aux religieux ce qu'ils " devaient lui payer annuellement à Chaumont en vin, pain, os courts et épaules de porcs «.
' La carie de Cassïni porte : " bois de Baceon » ; et celle d'étal-iiiajor, •■ bois de Rançon ".
A leur tour, les moines apportèrenl !Ï l'échange le manoir de la Borde, avec ses maisons, bois, clôture, terres, vignes, prés, vers Rilly, Chaumont et la Loire, et les immeubles de Prince, de Muynet et de Vaux, situés sur les paroisses de Chaumont, de Rilly, de Vallières et de Veuves, tout ce qu'ils avaient dans ces paroisses (notamment à Vallières le pré de Massa), avec tous leurs droits, hommes, terres, prés, cours, moulins, vivier, cens, terrages, saulaies, buissons, rivages, les vingt livres qu'ils touchaient sur le péage de Chaumont, l'alleu au Moine avec bois et gaste. la maison de Chaumont avec vignes et terres, tout le territoire de la Borde et ses dépendances avec appartenances à HîUy, en se réservant le droit de patronat sur l'église paroissiale ; enfin, en deçà de la Loire et au delà du fleuve, un arpent de pré auprès de «Spinerias» à ^'euves, la métairie de rÉpinelte dans cette paroisse avec ses dépendances en prés, terres, cens el droits divers. Comme la valeur des deux éléments d'échange présentait un écart important, il fut arrêté que les moines de Mamioutier rapporteraient au seigneur de Chaumont deux mille livres en argent, savoir cinq cents livres à cause du bois de Raaçon et quinze cents livres pour les autres immeubles.
La pièce officielle, datée du « mois d'avril 1274 >>, gardait sur lacs de soie rouge le sceau rond du seigneur qui a élé coupé dans la suite, mais dont on possède la reproduction par Gaignières. Le seigneur est représenté sur son cheval au galop tourné vers la droite, portant la cotte de mailles sur la tunique, avec le heaume sur la tête, le bouclier de la main gauche et ramené sur la poitrine, l'écu aux armes d'Amboise, et brandissant son épée de la droite. Autour se lit la légende : ■f S. Joins : DE AMBAziA : DNi : c.\LviMONTis : MiLiTis : Le contre-sceau porte aussi l'écu d'Amboise avec autour : -f- Sechetum : mel-m :
Un autre document nous fournit certains détails sur ce que Jean de Berrie concédait ainsi à Marmoutier. Il donnait à Chouzy cent sols de cens ou environ en rente ou en relief, deux muids d'avoine, dix gelines, et demy droit d'oubliés, sept arpents et demy de pré dans une île de la Loire entre Chouzy et la Petite-Carte, cent sols de taille ou festage sur le hameau de Chouzy avec le droit de mesure à blé et à vin, la gagnerie d'Escheray avec ses dépendances, le rivage de la Loire entre Colomraiers et la Petite-Carte, le bois Raaçon et le four, et généralement tout ce que ledit seigneur avait en la paroisse de Chouzy jusqu'à la Petite-Carte du côté de Chouzy ; tout ce qu'il possédait à Villebarou, dont onze sols six deniers de cens, quatre livres douze sols de taille ou festage, vingt-deux sous de cens aux Noelles joignant Hlois ou la banlieue. De leur côté , les religieux rédigèrent à la même époque
une cliarle relatant les conditions de l'échange, et l'original sur parchemin était scellé de trois sceaux sur lacs de soie verte, dont le premier en cire verte persiste à moitié rompu.
Cet échange fut suivi, au même mois, de l'approbation de Jean de Châtillon, comte de Blois, dans le tief duquel étaient ces domaines, et qui « loe, aprove •> le contrat fait n par noble homme Johan d'Ambaice, sire de Chaumont, chevalier » . De son côté , le Souverain Pontife ratifia l'affaire en 1275, par l'organe de Jacques, abbé de Cormery, Enfin, par lettres datées de « Paris, en août 127o.), le roi de France. Philippe III le Hardi, confirma le contrat non sans déclarer » pieusement qu'autant qu'il est en lui, il veut que les religieux conservent ces domaines sans être jamais inquiétés, sauf d'ailleurs les droits du roi et d'autrui ».
Dans l'iotervalle , le château avait été tour à tour égayé par les rayons de la joie et attristé par les ombres de l'angoisse. Jean, après avoir perdu sa femme Jeanne,
Chaumont. façade sur la Loire. •, • ■ i - » v
avait uni son existence a Agnes, laquelle lui survécut delmit années, contrairement à l'assertion de D. Chazal, qui déclare que » l'on ignore le nom de son épouse i>. Lui-même ne tarda pas à payer son tribut à la commune destinée. Il se trouvait à sa maison de Berrie quand il fut emporté, au mois de juillet 1274, et sa dépouille mortelle fut inhumée dans le couvent des Gordeliers à Loudun. On le revêtit de l'habit de saint François, pour lequel il avait une particulière vénération, et on l'ensépultura devant le grand autel de l'église conventuelle.
Au cours de son œuvre, l'historien de Pontlevoy a tenté d'éclaircir ce qui regarde l'époque du décès de Jean de Berrie. D'après les registres des Gordeliers de Loudun, Jean I" a été enseveli dans la chapelle, le 6 juillet 1274; or le nécrologe pontilévien met au 8 février la mort d'un Jean de Berrie. D'où l'auteur incline à croire que le seigneur de Chaumont mourut réellement ce jour-là, u fut transporté à Loudun dans la suite et enseveli le () juillet » aux Gordeliers. Mais, en supposant fondée cette interprétation, on doit se rappeler (jue D. Ghazal mentionne un autre document qui fixe au 6 septembre l'anniversaire d'un Jean de Berrie, lequel avait donné, en 1251, dix livres à prendre sur le péage de Chaumont. Il est vrai qu'il attribue cette mention à la personne de Jean II; mais on sait que Jean II vivait encore
LES CHEVALIEBS JEAN 123
au mois de mars 1313 et avait cessé d'exister au mois de novembre. Ainsi que le pense d'ailleurs l'écrivain, c'est à celui-ci que peut se rapporter la date du 6 septembre, inscrite au nécrologe comme étant celle de l'anniversaire d'un Jean de Berrie.
Quoi qu'il en soit, le seigneur Jean eut pour héritier son fils Jean II, qui détint également Ghaumont, Amboise, Monlrichard, Bléré el lîerrie, dont il laissa le nom, pour ne retenir que celui d' Amboise. Il parait que Jean II ne respecta pas toujours absolument les limites du droit, même lorsqu'il s'agissait de biens ecclésiastiques. A Amboise, il fit saisir des jardins sis entre la Maison de Saint-Lazare et le cimelière de Saint-Uenis. On lui fit voir qu'il excûdait son pouvoir, ne pouvait exercer là aucun droit de justice, et partant avait eu tort de faire cette saisie. Jean II d'Amboise le reconnut par une charte « du mois de février 1275 ■> (a. s.).
Le seigneur de Ghaumont, n'écoutant cette l'ois que ses sentiments religieux, « en mai 1273, » fit remise au couvent de Marmoulier de ce que les moines étaient tenus de lui bailler annuellement à son château, «en vin, pain, os courts et épaules de porcs ». lin outre, il les exonéra des droits de péage ou autres impositions, soit sur les moines, soit sur ceux qui conduisent en leur nom les denrées » pour les besoins du couvent, par la Loire, devant le chastel de Ghaumont et dans le parcours de la chastellenie ".
Jean d'Amboise souhaitait étendre son domaine, en particulier dans le ressort de sa chàtellenie. A l'été de 127.^, il acheta du chevalier Geoffroy de Chaussure- Rouge une terre pour la somme de trois cents livres qu'il lui paya " en monnaie comptée ». L'acquisition comprenait Il le manoir de Mindray consistant en maisons, terres, prés, saulaies, cens, tailles, hommes, ferrages, et autres droits», assis dans ledit ressort, avec les prés que le vendeur avait sur le bord de la Cisse, près le lieu dit Meré et touchant à ceux de l'acquéreur; une gagnerie avec ses appartenances en terres et autres choses, sise dans ladite chàtellenie et appelée La Hez, jadis à feu Brun; et tous les ferrages qu'il a aux lieux dits la Roue et Pecouse, ainsi que la chasse et tout ce que le vendeur a et peut prétendre en droits quelconques dans la chàtellenie de Ghaumont. Le vendeur, en s'obligeanl à ne pas aller à l'enconlre de ce contrat pour motif de, leurre de nioifié prix ou toute autre raison, s'engage au besoin à obtenir, à cet effet, les signatures de Itodolfe, doyen du chapitre de Poitiers, du comte de Rlois et du bailli d'Orléans. En attendant, Herbert de la Ghapelle, sénéchal du Poitou. donna des lettres d'attestation datées du ■< mardi avant l'Invention de saint Etienne 1275», c'est-à-dire le 30 juillet.
m LES CHEVALIERS JEAN
Par la faute des hommes, toujours entachés d'imperfections, et des institutions toujours perfectibles, des i-ivalités divisaient parfois les propriétaires laïques ou ecclésiastiques. Aux âpretés des passions en éveil des détenteurs de biens, venaient s'ajouter les enchevêtrements inextricables des domaines, des fiefs et des juridictions, ainsi que l'infinie divergence des poids et mesures avec l'incertitude des droits et devoirs seigneuriaux. Le seigneur de Chaumonl revendiquait certains droits sur les biens des moines de Pontlevoy et les exerça non sans soulever les protestations des religieux. Afin de trancher le différend, on convint de s'en remettre à la sentence arbitrale de deux membres du clergé des diocèses limitrophes, et l'on désigna Gui de Naulphe, doyen de Saint-Martin de l'ours, et Guillaume de Neuville, chanoine de Chartres, « clercs royaux ».
La décision se rapporte à différents points que nous allons mentionner. Les fourches patibulaires, que le seigneur a fait enlever de leur terre avec un larron, seront rendues à l'abbaye, et ce gibet, ou bien un semblable, sera solennellement remis en son lieu avec le larron. Le seigneur ou son représentant, appelé pour juger en cour desdits religieux, leur abandonnera le jugement et son exécution, lorsqu'il y a peine de mort ou de mutilation de membre. Les redevances pour la nourriture de ses chiens, qu'il percevait dans* les prieurés de Chaumont et de Sembin, il les abandonne à l'abbaye et aux dits prieurés. Le seigneur aura la garde du monastère pour lui et ses successeurs, savoir uniquement lorsque lui ou ses hoirs seront appelés par t'abbé et le couvent pour défendre biens et personnes contre des violences et injustices, ou encore dans le cas de dissipation manifeste des biens de l'abbaye ; les moines ne pourront demander un autre gardien, à moins que le seigneur de Chaumont et ses hoirs n'y apportent de la négligence, et celui-ci ne pourra rien exiger pour cette garde « en droit, provision ou vivres », si ce n'est lorsqu'il a été appelé par le couvent.
Dans les paroisses de Pontlevoy et de Sembin et dans les terres de ces paroisses ressortissant de la justice de l'abbaye, le seigneur jouira de l'appel en cas de défaut de droit et de faux jugement, rendu au tribunal de l'abbaye à Pontlevoy ou sur le territoire de ces deux paroisses. En ces dits lieux, il ne pourra pas avoir un sergent, un prévôt ou un mandataire y résidant pour faire la police, percevoir les impôts et exercer la justice.
Par suite des récoltes qu'il a enlevées, le seigneur remettra " publiquement et à ses frais », à Tabbaye, deux muids de froment et deux #muids d'avoine sur dix chariots, deux pipes de vin. et aussi pour les
charrettes qu'il a prises, ou tout au moins une de celles-ci, et pour le cheval qu'il délient, à l'endroit où il a fait couper du bois, il en reportera cinq charretées. En raison des dommages causés à l'abbaye ou aux personnes, le seigneur lui versera trois cent cinquante livres en monnaie courante, savoir cent livres à chaque terme de Saint-Jean durant trois années, et cinquante livres au quatrième terme, sous la caution des biens du seigneur et de ses hoirs et successeurs. Pour ce payement il présentera des lettres du roi ou des débiteurs solvables, au gré des religieux; et, moyennant ces restitutions et cette somme, le couvent le tient quitte des injustices, dommages ou violences subis par les biens ou les personnes.
Cet arbitrage devra être ratifié par le roi et p;\c le comte de Blois, et les deux parties l'observeront avec bonne foi. Aussitôt lesdites restitutions opérées, l'abbé enverra des gens autorisés avec le seigneur de Chaumont ou son mandataire vers les juges ou les conservateurs qui, sur l'instance du couvent, ont e\conmiunié le seigneur et jeté l'interdit sur son personnel et son domaine, et ils supplieront de bonne foi ceux-ci de lever l'excommunication et l'interdit en raison de la satisfaction accordée. Enfin il est spécilié que si cette décision ne reçoit pas l'approbation du roi, les parties, au point de vue du droit, seront entre elles absolument dans la situation ou elles se trouvaient auparavant.
La sentence arbitrale fut rendue à Pontlevoy par les deux délégués, en présence du procureur de l'abbaye, frère Jean de Dauzé, et devant le seigneur de Chaumont, lesquels s'engagèrent par serment, en leur nom et au nom des intéressés, à l'observer scrupuleusement; elle fut revêtue des sceaux des arbitres et des parties. On était alors « au samedi avant l'Epiphanie (ou 4 janvier) M°CC"LX neuf", ou peut-être plus probablement " M°CC°LXX nono )■, par suite de quelque erreur de copiste, ainsi qu'il arrive parfois dans la transcription des actes.
La décision, paraît-il, demeura purement platonique, et Jean II ne relâcha rien de ses prétentions. L'abbé le fit assigner devant l'archidiacre de Blois. Celui-ci fulmina une excommunication qui ne produisit pas d'effet. Alors, sur l'instance des religieux, une sentence et une excommunication furent portées par le doyen et le chapitre de l'église de Chartres. Le résultat n'étant pas plus sérieux, les juges recoururent à l'interdit, pénalité suprême dont les circonstances nous ont été conservées par les chroniqueurs d'autrefois et ont exercé le pinceau d'artistes de nos jours; l'une des conséquences fut de faire « oster le corps de Jésus-Christ des églises de ses terres )>.
Enfin, pour ne négliger aucun moyen d'action décisive , les religieux pontiléviens profitèrent de la réunion du concile provincial de
Sens, à l'automne de l'année 1280, pour y dénoncer solennellement le seigneur. On y voyait notamment les évéques Renod de Paris, Guillaume d'Auxerre, Jean de Melz , Jean de Troyes et Gilles de Chartres; quant au siège de Tours, il était vacant. Le concile remit l'afTaire aux mains de l'évêque de Chartres ; il lui donna commission d'avertir Jean d'Amhoise de se soumettre et, faute par celui-ci de rentrer dans le giron de l'Eglise et de donner satisfaction dans le mois qui suivra le monitoire, il le fera citer en personne devant le tribunal diocésain; à cet égard, le concile lui donna plein pouvoir. La décision fut portée à Sens, <( le mercredi après la fesle de saint Michel » , qui celte année-là tombait le deuxième jour d'octobre. La lettre synodale ayant été adressée à l'évèque de Chartres, celui-ci, dès le 10 octobre, envoya une lettre à l'ofllcial de Blois et aux curés de Fougères et de Vineuil , leur intimant l'ordre de citer le seigneur de Chaumont et d'Amhoise.
Les esprits ne semblent pas avoir retrouvé du même coup le calme et l'esprit de concorde. De fait, n la discorde, suivant une lettre de Jean d'Amboise, persévérait entre lui et le couvent pontilévien, dirigé par l'abbé Geoffroy, au sujet des choses exprimées dans les dites munitions des juges, par suite des actes ou violences commises sur les biens et les personnes dépendant de l'abhoye, par lui ou ses hommes, aussi bien qu'au sujet de certaines possessions acquises depuis trente ans par les moines dans ses fiefs et arrière-fiefs. » Finalement, « de l'avis de sages conseillers et par esprit de concorde, » on résolu! des deux côtés de s'en rapporter absolument, pour toutes les choses passées, au jugement de l'archevêque de Tours. Jean, et de Simon, évèqne de Chartres ; en ce faisant, le seigneur entendait garder « sauves ses lettres au sujet d'un arrangement fait jadis avec le couvent, aussi bien que son patrimoine, ainsi du reste que les religieux », non sans que les arbitres prononcent également sur les dites acquisitions faites dans les fiefs du dit seigneur.
La décision arbitrale renfermait plusieurs points que nous fait connaître une lettre du seigneur de Chaumont. Rendue par les deux prélats, sans d'ailleurs suivre la procédure judiciaire, mais après mûr examen de toutes les pièces, il y est spécifié qu'elle sera obligatoire pour les deux parties sous peine de mille livres d'amende, que le contrevenant versera à la partie soumise au jugement des arbitres. Gomme le roi, à la demande du seigneur, au cours du procès, avait saisi les biens du couvent, on ajoute que le dit seigneur en personne, ai c'est nécessaire, priera le souverain de les remettre à l'abbaye. Au demeurant, Jean d'Amboise rendra au monastère les choses mentionnées dans les monitions précédentes quant aux lieu, nature et quantité, dans l'espèce
OÙ les arbitres décideront qu'il y a injustice, et aussi, ajoute-t-il, « pour les autres injustices que nous reconnaîtrons avoir commises, " suivant ta teneur de la dite lettre.
En ce qui les regarde, les religieux consentiront à ce que le seigneur soit absous, ainsi que ses gens, et que soit levé l'interdit sur sa terre et ses hommes; pour ses serviteurs excommuniés , il les obligera, à cette fin, à restituer ce qu'ils ont pris aux moines et à leur donner satisfaction au gré des arbitres, en les contraignant à rentrer dans le sein de l'Eglise et à restituer, au besoin par la détention de leurs biens ou de leurs personnes, si l'abbaye le demande , sous la réserve des lettres seigneuriales et conventuelles, relatives au patrimoine des parties. Les moines consentiront de même â la levée de l'excommunication sur les hommes non au service du seigneur, à condition qu'ils fassent également la restitution. D'ailleurs, « les révérends pères » arbitres auront la faculté de connaître et trancher les divers articles, séparément ou ensemble , en une ou plusieurs
. , Aile occidentale' liii chfttuau .
fois, et les parties renouvellent fnvadc e.vtOrieurc.
l'engagement de se soumettre sous
peine de mille livres d'amende à la sentence arbitrale, suivant les
détails à préciser.
La lettre du seigneur de ChaumonI, qui relate ces circonstances, porte la date du <■ lundi après la fêle de l'apôtre saint André, 1280 », ou le 2 décembre, et est signée « Nicholaus ", nom du scribe ou du notaire. L'original du parchemin est en cursive gothique, et le sceau, sur double queue, a été enlevé'. Selon l'historien pontilévien, la restitution par Jean II comprenait la maison d'Orchyq, la grange de Roland, la maison et la grange de la Verrerie, la maison et les vignes
' Au <loa, eit écriUire île la niL-me cpoiiiic, on lit : /.i/tor imlAlis riW J-l-.inrm, iluniini
de Montrichard, la grange de Chaumont et celle de feu Gindouîn , avec la haute et basse justice de Ponllevoy.
Le seigneur de Chaumont n'eut pas que des déboires dans son existence et goûta les charmes de l'alTection auprès de son épouse Jeanne de Charost. Elle lui donna quatre fils : Pierre, Hugues, Gilbert et Guillaume. Les deux premiers furent de puissants chevaliers; le troisième occupa une situation élevée dans la carrière ecclésiastique. Quant au dernier, no\is le voyons tester à une époque que l'on peut supposer assez proche de son décès. Le prieuré de Montoussant, à l'orée de la forêt amboisienne, eut part aux libéralités et fondations de ce seigneur. Par son testament de 1282, Guillaume d'Amboise lui donna quarante sous pour la pitance des religieux et une renie de vingt-cinq sous pour la célébration de son anniversaire. Le frère du défunt, Gilbert d'Amboise, archidiacre de Tours, a fourni de cet acte un extrait daté de l'année 13l)i.
Un peu plus tard, nous nous trouvons de nouveau en présence de litiges domaniaux. Jadis, Sulpice d'Amboise, ayant causé des dommages aux biens de Marmoutier, promit, sur la décision de Jean, archevêque de Tours, de donner au couvent quatre muids de vin sur sa dîme de Saint-Cyr. Mais Jean refusa de bailler le vin , et il y fut contraint en 1292 par les « pressantes menaces » de Renaud, archevêque de Tours. D'autre part, les moines de Fontaines -les- Blanches eurent avec Guillaume de Borroz, ou Uoureaii, un différend au sujet du droit de pâture dans les bois de Cangey, de Borroz et de Lée, au profit des bêles par eux tenues en leur maison de la Lande, paroisse de Fleiiray. L'affaire fut portée en la cour de Chaumonl, et le tribunal rendit un jugement en faveur de l'abbaye.
Le chevalier Jean II, qui réunissait dans ses mains les domaines de Chaumont, d'Amboise, de Montrichard, de Bléré et de Berrie, jugea à propos de songer à un partage entre ses enfants en I3(t4. Par suite de cette résolution, les chevaliers Pierre et Hugues ou Hue d'Amboise, et Gilbert, archidiacre de Tours, décidèrent de faire leur partage à l'amiable et se réunirent à cet efîel « chez les Frères Prescheurs -, ou Jacobins de Toui-s, .. le mardi emprès (^uasimodo, l'an !-'i04. M D'après l'accord intervenu, «i aux sires Ilue et Gillebert et à leurs hoirs demeure la terre de Chaumont on toutes ses appartenances, et sept cents livres de rente on sont adjoutées, » en faveur de Hugues et de Gilbert; cette rente était assise à « Saint-Sire, o les ap-
,1 mliaiir el Cahiinunti», tie rninpromisao faclu in venembifes fiittm J ohannein' Dfi ;/raei» arrhicpheoiiiim Tumnenarm el S. eailcm ijrai-ia l'.arniitensem ili- cnntrorerfii* innii» inter iinum cl alihatem el i-onrrnliim llrnl.T Mari.r ih- l'imliln-ia.
CllAUMONT FAÇADE SUD OUEST
parlenances et le fié que le sire d'Amboise avait à Tours », dont cent livres « là ou monsieur Hegnault Grobois, chevalier, les voudra assouer sur la terre au dit sire d'Amboise » ; et pour le complément des sept cents livres, " le dit sire leur baille sa terre de Buré en Gastine et au plus près de celle terre ».
Au surplus, « tout le resneignent (ou reste) de toute la terre des desdits père et mère, demoura oudit sires d'Amboise, ou ([u'elle soit et quelle qu'elle soit, sans ce que les dits Hues et GiUebert y puissent rens demander, se n'esloit pas loial eschouate qui leur pourroit advenir par cou<itume de la terre emprès la dabte de cestes présentes lettres ». Ainsi les parties se tiennent pour contentes et s'engagent i< par la foy de leurs corps de non venir encontre ». Parmi les témoins de l'accord, on voit » M, Anseau, sire de Chevreuse; M. Geodroy de Vendôme, sire de la Châtre, et M. Jehan, son li!s; M. Jeban de Montigny, Mgr lïeignaut Grosbois, chevalier, et M. Nicole de Bapaume ». L'acte fut rédigé par Jean Morel, " clerc, tabellion juré du scel aux contracts de la chastellenie du dit lieu de Chaimiont, » et notification en fut faite par le bailli de Chaumont.
On sait que Jean II éprouvait quelque peine à vivre en bon accord avec les religieux pontiléviens, et il en fut ainsi jusqu'au soir de sa vie, Kn ce temps, « Jehan, sire d'Amboise, n eut un -i descort » ou différend avec les moines de Pontlevoy. Au dire de ceux-ci, de mémoire d'homme ils sont en possession « de jousticier par tous les terreoirs qu'ils ont en la paroisse de Feins et en la ville », qui est du ressort de la cbâtellenie de Chaumont; Jean répond que cette justice lui appartient et que le lieu est « mouvant » non de sa châtellenie de Chaumont, mais de sa châtellenie de Montrichard. — Ils prétendent avoir en leur moulin de Saint-Martin un " boesseau segné en leur seigneurie qui soit jouste mesure à recevoir et à rendre le blé et la farine au dit molin »; erreur, réplique Jean, « ils doivent prendre le dit boesseau seigné » de lui, ainsi que les autres <i sougiés de la chastellenie de Montrichard ». — De mémoire d'homme, ajoutent-ils, les moines lèvent le péage au lieu dit La Guarette, sur les <• passans et venans de la chastellenie de Saint-Aignan et d'aillors entrans dans la terre de Pontlevoy » ; à tort, cela a été fait par eux -i au préjudice de la chastellenie de Montrichard ». — Depuis le temps de la fondation de leur église, disent-ils, ils ont le droit de justice au lieu appelé la Mauboerie, relevant de Pontlevoy, du ressort de la châtellenie de Chaumont, dont serait aussi le dit lieu; non, réplique le seigneur, le territoire de la Mauboerie est « enclos dedans les bornes de nostre chastellenie d'Amboise », par laquelle nous appartient le droit prétendu.
Or, " volans le bien et la paix, » les parties décidèrent de s'en rapporter à un arbitrage et choisirent Philippe de Souvigné, chanoine de Tours, et Berlaiit Leclopier, chanoine de Sainl-Sauveur de Bloia ; ils s'engagèrent à suivre la décision de ces « arbitrators ou aimables composilors », " sous peine de trois cents livres à paier de la partie non obéissante, à la partie obéissant à la sentence de jeuge, » sans d'ailleurs faire " préjudice ni en sesine ni en propriété » au seigneur ou au couvent. La durée du compromis, arrêté en -i may 1313 », durera jusqu'à Noël suivant, après quoi les parties reprendront leur liberté.
Le seigneur de Chaumonl ne devait pas voir son existence se prolonger jusqu'à cette limite et fut emporté au commencement de l'hiver. Par son testament, -c en sa darriere volonté, » Jean laissa à l'abbaye de Ponlievoy une rente de vingt- livres, pour avoir son anniversaire et « k tous les jours une messe pour l'âme de luy et de ses ancesseurs ». Mais il n'avait pas désigné le bien sur lequel la rente serait perçue; aussi Pierre, u sire d'Amboize, » par lettre du " lundy avant la fesle saint André, en 1313 », confirma la volonté de son n seigneur et amé père, Ml)!' Jehan » ; cette rente sera perçue sur sa " taille de Montrictiart, à la feste de Toussains, ou si tost comme la dite taille sera levée ", jusqu'à ce qu'il ait assigné un autre lieu « soufBsant » à la rente de vingt livres.
La vénérable douairière de Chaumont, avant de disparaître à son tour, prit les dispositions en rapport avec ses sentiments personnels. Jeanne choisit pour exécuteurs testamentaires Pierre, seigneur d'Amboise, Hugues, seigneur de Chaumonl, et frère Pierre Beaudoin. La défunte fit une fondation « pour le salut de son âme i-, en léguant une rente de dix livres. Afin de préciser les circonstances, en se conformant à la volonté de la légataire, les exécuteurs fondèrent une messe quotidienne, avec perception de la rente sur la dîme de vin et de blé de Civray '. la pensée de Jeanne avait ainsi sa parfaite réalisation.
Cliaumotit. ra(iiilL- du sud el de l'oiu'
<i SoL\antc-<[uinze livros sur les gaigos de nous bnneret, 11 bacheliers, XVII escuJcrs de nostre compaignie , en cesie pn^eente clicvauchée sur les clinmps on païs de Flandres. >■
' Qaillanee ile Ilwjues, le tO septeiiiLre 1J83.]
'ici la destinée de Chaumoiit avait été plus ou moins îciée à celle d'Ainboise; désormais il n'en sera plus ainsi, rre I", en devenant « sire » d'Amboise, fut constitué chef
ne branche spéciale, et nous n'aurons pas à poursuivre
le cours de sa carrière. Hue ou Hugues, chef de l'autre branche, a le privilège de fixer notre attention, et sa descendance glorieuse suffit, dans le magnifique cadre de Chaumont, à satisfaire pleinement notre curiosité. Avec lui nous observons que les armes des seigneurs ctiaumontois portent : •• paie d'or et de gueules de six pièces à la bande en filet d'azur. »
Hugues ni d'Amboise — nous l'appellerons ainsi à la différence des pièces originales qui le nomment Hue — obtint la main d'une héritière de la noble maison de Sainl-Verain ou Saint-Vrain. Jeanne de Saint-Verain embellit Chaumont d'une radieuse corbeille d'enfants. Le foyer domestique présentait ainsi les délices de la joie fami-
liale unies à l'éclat du nom et des domaines, et le bonheur semblait avoir élu domicile au chaslel.
Le seigneur de Chaumont remplissait avec fidélité ses obligations féodales. En effet, les vassaux — et l'on était toujours le vassal de quelqu'un — étaient obligés de faire en temps voulu l'aveu de leur domaine à leur suzerain. Si cet acte d'hommage comportait avec lui quelque humiliation pour l'inléressé, il agrée singulièrement à l'historien qui y puise des indications très précieuses sur l'étendue , le caractère et la nature des domaines dont il déroule les annales. Le 17 mai de l'année 1315, nous assistons à une déclaration féodale très détaillée, rendue par Hugues au comte de Ëlois pour ses fiefs et arrière-fiefs. Nous nous empressons de lui donner ici la place qui lui revient.
" C'est la foi llue d'Ambaize, seigneur de Ciiaumont.
" C'est ce que Ilue d'.Xmbaize, seigneur de Chaumont, tient de noble prince, son chicr seigneur, monseigneur le comte de Bloys, a foy, a liomage vi a ligece, c'est assavoir le cliasleau de la ville de Chaumont et la chastellerie on toutes les apparlenences, soit mesons el en habergemanz, en paage par terre et pas esve, en tailles, en cens, en prez, en granges et en mestoiries, en terre gaignables. en boys, en garennes à toutes bestes grosses et petites par tout ses dîz boys, en noes, en molins. en vignes, le port de Chaumont et dessus Loire par toute la chastellerie, cinquante muis d'avoine que le dit seigneur de Chaumont a es greniers Mec le conte de Bloys de rente chascun ou en la feste saint Micbiel', toute joustice haute et basse, grant et petite par toute la chastellerie de Oiaumont, la garde et le resort que ledit seigneur de Chaumont a de l'abbaye de Pontlevoy en tout le domaine a l'abbé et au couvent doudit Icu et en toutes les choses qui sont tenues des diz abbé et couvent, et en leur estagiers que il ont es choses dessus dites et es paroisses de Pontlevoy et de Cembin et es leurs appartenenz au resort de Chaumont et toutes les autres choses quelles quelles soient et comment que elles soient nommées ne appelées que il a ou peut avoir pour reson dou chasteau et de la chastellerie de Chaumont dessus diz, tant en fiez comme en rerefiez ; lesquels il détient a baillier en escripl en Icu et en temps et au plustot que il pourra bonnement, et fet bien protestation de plus baillier se de plus se pouet avertir. Escript et scellé dou sceau de sa court de Chaumont, l'an mil m' et \v, le samedy veille de la Trinité. i>
Le seigneur de Chaumont se mit en règle et tint son engagement
' En marpe, d'une nuire i?criture : ■< Ils sont ncliaUcï cl no sonl plus [i.iii'z. "
HUGUES UAMHOISE — (iUEBRE DE CENT ANS 133
au sujet du délail des iiefs et arrière-fiefa , par l'acte qui commence e» ces lermes : « Ce sont les fiez et rerefiez qui sont tenus de moy, Hue d'Ambaize, sire de Chaumont, mouenz et appartenenz dou chasteau. » Nous en réservons le texte pour la série des pièces annexes, tant à cause de son importance pour l'iiistoire cliaumontoise qu'à cause de son caractère spécial, qui en rend la lecture assez ardue.
La fidélité à remplir les devoirs féodaux implique la réciprocité dans la tenue des droits. Le seigneur de Chaumont, mû peut-être par le souvenir d'irritants démêlés, entoura d'une solennité particulière un aveu féodal que l'abbaye devait faire à la cliâtellenie. II s'agit des droits dans les paroisses d'Oucliamps et de Feins. A cet effet, l'église d'Onzain fut le théâtre d'un acte particulièrement caractéristique, le 27 janvier 1318 (n, s.). Parmi les assistants on voyait les nobles chevaliers Jean de \'illesavoir , gouverneur du comté de Blois; Hugues d'Amboise, seigneur de Chaumont, et Etienne de Senelio, bailli de lîlois; les professeurs de droit Jacques Mercier et Philippe de Messie, Léger, maître des forêts du comte de IJlois; André de Covada, bailli de Selles, receveur des péages du seigneur de Chaumont, et Ilarpin, écuyer du dit seigneur, qualifié '• seigneur de Pontlevoy ".
De plus, outre le notaire apostolique Pierre Cliillo, qui rédigea l'acte, et Colin de Boelle, clerc notaire juré du chàtelet d'Orléans, on remarquait les prêtres lîertaut Clauserie, chanoine de Blois, et surtout l'abbé de Pontlevoy, frère Jean. Nonobstant la présence de ce dernier, par acte récent du -c mardi avant la Conversion de saint Paul », les moines avaient constitué pour procureur universel en tout genre d'action et de droit Guillaume Frenel, prêtre, avec le frère Gui de Palluau. Après la présentation des lettres de procuration, Guillaume Frenel, au nom de l'abbaye, déclara que celle-ci tenait « les dites villes de Feins et d'Ouchamps, avec leur justice, du seigneur de Chaumont, et qu'ils étaient du ressort de Blois ». De cet aveu l'ait " auprès du maître-autel », Pierre Chillo, clerc de Jargeau, du diocèse d'Orléans, fit rédiger l'acte qu'il signa et munit de son sceau.
D'ailleurs, d'excellents rapports unissaient les seigneurs de Chaumont aux comtes de Blois, qui aimaient à venir dans le voisinage jouir des agréments d'une aimable campagne : je veux dire les Montils. A la fin de l'année i'.iXS, le comte Guy I" et sa femme se rendirent aux « Montys », où nous les voyons en particulier à Noël, en compagnie de « X chevaliers, L\ dames et plusieui's autres gens ". Nous avons les comptes, qui sont en effet une mine précieuse pour l'historien désireux de faire « d'après le vif ■• la peinture des éyénemenls, des
coutumes et des mœurs du temps passé. Dans les actes des comtes de Blois pour l'année 1319, on lit : « A Mgr de Chaumonl, pour rente que on H doit à chascun an sur les greniers Monseigneur L muis d'avoine. » Dans une pièce de 1315, Jean Le Jav, seigneur de Candé, mentionne « sa meson de Chaumont », et peu après, Pierre, « fils de feu Jean le Jay, chevalier et paroissien de Chaumont, >■ fait hommage de quarante sols de rente au comte de Blois, auquel il les vendit dans la suite.
Cependant les générations succédaient aux générations, et dans la France endolorie par de terribles meurtrissures, la seigneurie de Chaumont allait avoir sa part des angoisses nationales. Au xni" siècle, grand par l'éclosion d'oeuvres puissantes au point de vue social, religieux et artistique, et dont le rayonnement avait illuminé jusqu'aux rivages de l'Orient, succédait un siècle tourmenté, que devaient troubler les luttes intestines et les invasions étrangères, les unes et les autres messagères de désastres et de ruines sans nombre sous tous les rapports. A l'aurore de cette période assombrie, le sceptre de France passa successivement aux mains de Philippe le Hel. de Louis X, de Philippe V, de Charles 1\' et de Philippe VI de ^'alois.
Au chastel de Chaumont. le pouvoir seigneurial, nous l'avons écrit, était venu de Jean II à son fils Hue ou Hugues III, dont nous avons vu tes commencements. De sa femme, Jeanne de Saint- Verain, dame de ce nom, le chevalier eut plusieurs enfants. On lui connaît Jean, Hugues, qui fut seigneur de la Maison-Fort à Amboise, et Anceau d'Amboise, ainsi que deux filles, Jeanne et Isabeau. Après avoir donné au foyer domestique le charme qui se dégage de l'aimable pétulance des jeunes années, les uns et les autres maintinrent le bon renom de la très noble maison de Chaumont et d'Amboise.
Cette félicité d'ailleurs n'allait pas sans quelque traverse, et la propriété donnait parfois occasion à des différends. Pierre, seigneur d'Amboise, qui avait cessé de vivre en 1322, eut pour successeur son (ils Ingelger lef, dit le Crand, qui possédait en outre les seigneuries de Berrie, <le Bléré et de Montrichard. Il eut une difficulté avec le couvent de Pontlevoy à propos de la justice de Feins et des Ouches, Durant le procès, le roi Philippe se saisit de l'objet du litige et, en I33H, l'affaire conclue, il commanda à son bailli de rendre le droit à l'abbé. De son côté. Hugues III eut à soutenir un procès pour des affaires d'intérêt avec Iiigelger et avec la sœur de celui-ci, Jeanne, vicomtesse d'Aunay. Son fils aîné, Jean, au mois de mai 1334, donnait une quittance datée de. Chaumont, dans laquelle il prend le titre de seigneur
de Saint -Verain'. Le 22 août 1335, — c'est le dernier acte que l'on connaisse de lui, — Hugues concluait un accord avec l'arclievèquc de Tours au sujet d'un hommage fort intéressant.
Suivant une coutume pratiquée dès le xiii° siècle, et qui présente un caractère à la fois religieux et féodal, l'archevêque de Tours, à la solennité de son intronisation, voyait son cortège rehaussé par l'éclat des plus puissants seigneurs de la Touraine. Il était porté processionnellement sur une sedU geslatoria analogue h celle <]ui sert au Souverain Pontife, Les seigneurs qui étaient chargés de ce rôle étaient ceux de Saint- Michel, de Freuilly, de la Haye, de Sainte-Maure et de la Papelardière ou Maison-Forl, à Amhoise, en raison des obligations féodales qui résultaient de la dépendance de leurs biens visà-vis de l'archevêque. En outre, les nobles feuda-
taireS avaient un rôle à Tombeau de Jeanne de SBint-Veroiii el de non niflii.
• ■ I I (D<'<><in de Gaicuièrcs.)
remplir au repas de gala
qui accompagnait la cérémonie : le premier devait surveiller la cuisine;
le second devait faire présenter le pain et recevait en retour les nappes
et le reste du pain; le seigneur de la Hâve servait d'échanson et avail
droit de prendre la coupe avec le vin qui restait dans la salle après le
festin.
Le seigneur de la Maison-Fort, laquelle parait être l'ancien .. domicile >■ ou chastel des comtes d'Anjou, dont il demeure quelques ves-
' " Sachent tous i|ue nous Jnhan de Amliaize, chevallier sire de Saint- Verain, co([nays «voir cil et receu de honorslilos personnes sire Niiholas Bekuchcl et Johan Millon, In-soricrs dou roy noaire sjrc. acxaute el huit livres deus eouIz tournois pour cause dou demouranl de mes gaiges de moy cl île pens darmcs de ma compaignic, faiï en la compagnie de nohle prince Mïr le conte d'Aleiiçon, en frontière de Gascongnc el de Saint Ooge. A Chaumont sur l.oirê, l'an de grâce mil troys cens trenle «lualre. le jour de In sainte Croei ni may. >. — B. N. Pièces originales.
136 HlKiUES D'AMBOISE — GUEURE DE CENT ANS
liges auprès de l'Hôlel-Dieu à Amboise, ne nous est pas inconnu. Ce iîef était alerta au pouvoir de Hugues III. Le siège de Tours, après Etienne de I3ourgueil, venait d'être conlié à Pierre Frétaud, qui fil savoir à ses hommes-liges qu'ils eussent à remplir leurs devoirs féodaux. Il invita notamment le seigneur de Chaumont à lui rendre hommage « à son manoir de Larçay >i pour les terres qui en dépendaient. Hugues III demanda à surseoir cet hommage jusqu'au lendemain de rintronisation, ce qui fut accordé par le prélat.
On fit un pas de plus dans la voie de l'entenle pacifique. L'archevêque Pierre se trouvait à sa maison de plaisance de Vernou, encore caractérisée par de curieux restes romains, au mois d'août 133.^, •< le m»rd) avant la saint Barthélémy ». Hugues s'y rendit et reconnut que le jour de l'installation it avait le devoir de porter l'archevêque, de garder la cour et de servir les plats. Mais il ajouta qu'il avait droit de retenir la vaisselle en prenant chaque plat aussitôt après le service. Le prélat soutint que c'était seulement à la fin du repas. Par amour de la paix " et sans préjudice des droits réciproques », on convint de s'en tenir au concordat suivant. Après le premier service, le seigneur prendra la vaisselle qu'il donnera aux servants en leur disant, en vue du service suivant : k Allez chercher! », et il procédera de même jusqu'au dernier service. Puis, à la fin, il prendra et gardera seulement la vaisselle du premier service.
D'après un document contemporain, l'argentier de l'archevêque, pour celte année-là, versa aux seigneure de Marmande cent livres; de Preuilly. cinquante livres; de Précigny, vingt livres; de l'Ile-IJouchard. huit livres. Quant « au seigneur de Saint-Verain , ou sire Hugues ». il reçut quarante-cinq livres, et une note nous apprend qu'au temps de l'archevêque Simon (1363-1379), il y eut une entente pour « trente florins » entre ce prélat et « Hugues d'Aniboise », c'est-à-dire Hugues ï\ ',
Mais n'auticipons pas sur la série des événements. A l'époque qui nous occupe, nous voyons que les bois du seigneur de Chaumont confinaient à une tenue de neuf arpents dite <- les Ulleiz ». " situés entre les Montils et Pont-Levoy, dans la paroisse de Sembin; et entre les dits bois de Chaumont et ceux de Geofl'roy d'Ouchamps » ( 1335). Le domaine devait bientôt changer de mains et vint à l'aîné des enfants. Jean III d'Amboise. Celui-ci épousa Jeanne de Heaumont, qui donna le jour à Hugues et à Jeanne.
' M. L. (te GranJmnisoii, Carlulaire île t'archevn-M, l, il, p. T.
HUGUES D'AMBOISE — liUEHnE DE CENT ANS 137
La douce sérénité de la dame de Chaumonl devait airrontei- des heures assombries par de pénibles angoisses. Le cliquetis des armes et les clameurs guerrières allaient remplir de leur douloureux fracas les jolies campagnes de douce France. Les états généraux en écartant la femme de la succession au trône, avaient ainsi fait passer la succession de Charles IV à son cousin Philippe, et éloigné Isabelle, fille de Philippe IV. en même temps que le fils de celle-ci. l'Idouard III. roi d'Angleterre. Mais le chef du royaume d'Outre-Manche ne l'entendait pas de la sorte, el il profita de ce que les Flamamls. vaincus par Philippe de Valois, sollicitèrent sou appui, pour envahir la France et réclamer ses prétendus droits.
Cette lutte, il est vrai, n'était pas sans apporter un aliment aux instincts belliqueux qui dormaient sous la cotte de mailles des chevaliers, et le seigneur deChaumont sentit son âme émue par le frisson de brûlante allégresse <]ue fait
,. , ■■ i I !■ Siiiibassi'tin'nl do (Chaumonl ciiisini.'*.
naître ta perspective des hardis coups, d'épées et des rencontres
triomphantes. Jean III embrassa sa femme et vola sans retard vers le Poitou et la Saintonge, théâtre des premières hostilités dans l'ouest de la France. A cet égard, on possède une quittance de gages relative â cette campagne el datée de Saint- Jean d'Angély, le (> décembre 1337, par les soins de « Johan d'Ambeze chevallier, seigneur de (^homont et de Saint- Verain »; elle conserve le sceau mutilé du seigneur Jean; le sceau rond {vingt-cinq millimètres] garde l'écu paie <le six pièces à la bande brochant, penché, timbré d'un heaume, cime d'un buste de femme, entre deux cornes, supporté par deux hommes sauvages; et un reste de la légende porte ; ...damiioiise). Les pièces de ce blason sont à rapprocher des armoiries qui sont sculptées à l'entrée du château et sur la tour d'escalier à l'ouest.
La lutte se poursuivit pendant ]>lusieurs années avec des alternatives de succès et de revers, sans qu'on livrât de bataille décisive. Kdouard III avait ravagé la Normandie en s'avançant assez près de Paris. Il se retirait vers le nord, quand le roi de France se mit à sa poursuite, en 1346, avec ime armée formée de ses meilleurs chevaliers. L'armée française l'emportait par le nombre, mais à Crécy. où eut lieu la rencontre, elle succomba faute de posséder la discipline et l'unité d'action qui présidaient aux mouvements de la troupe ennemie.
13a nUGUES D'AMBOISE — GUERRE DE CENT ANS
La fleur de la chevalerie joncha le champ de bataille, et parmi les morts se trouvait Jean III, dont le décès remplit de tristesse le cœur aimant de la dame de Chaumont*.
La prise de Calais, en dépit du courage de ses défenseurs, fut une nouvelle épreuve pour le patriotisme français, et le roi Philippe, en même temps que la couronne, transmit à son fils le Viennois ou Dauphiné. Le nouveau souverain, Jean le Bon ou le Brave, joignait à une loyauté et une vaillance éprouvées les ardeurs d'un tempérament entraîné. Il marqua les débuts de son règne par l'institution de l'ordre militaire de l'Etoile, dont les membres faisaient le serment de ne jamais fuir devant l'ennemi : rien n'était plus à propos. Le roi d'Angleterre se crut autorisé à réclamer de Jean la souveraineté d'une grande parlie de ta France, cependant que Charles le Mauvais, beau-fils de celuici, ayant été arrêté â Rouen pour assassinat politique en même temps que ses complices (parmi lesquels le sire de Graville dont nous retrouvons la famille à Chaumont), appelait les Anglais pour se venger.
C'était à l'automne de 1356. Edouard III débarqua k Calais, et son fils, le prince de Galles, toucha la France à Bordeaux. Tandis que le premier s'emparait de l'Artois et de la Picardie, le second envahissait le Ilouergue, l'Auvergne, le Limousin et le Berry. Le prince de Galles marcha résolument vers la Loire, la grande artère qui fut de tout temps le théâtre des suprêmes luttes nationales. L'armée anglaise suivait la route antique de Bourges à Tours, qui côtoyait la rive droite du Cher et se rapprochait sensiblement de la rive gauche de la Loire à environ trois lieues en amont de Tours. Le prince Noir prit position sur le plateau, à « Aumonk-sur-Loire », suivant les expressions du chroniqueur anglais contemporain, le moine de Malmesbury. Il y demeura trois jours et en profita pour tenter de surprendre la capitale tourangelle par l'envoi de mille hommes d'armes et de cinq cents arbalétriers; le capitaine Barthélémy Bourgascbe devait s'emparer de la ville, quitte à incendier les faubourgs qui n'étaient pas protégés par des remparts. Mais un violent orage, une trombe déchaînée et une pluie torrentielle, dans lesquels le prince lui-même vit, dit-on, un
' Ail cours de cctlo année 134l>, le 6 juin , il y avait eu •• vente raitc au seigneur comte (de Dlois), de ^>0 :iiuid»> d'avoine de rente sur le dit comté par Jean d'Amboîse, seigneur de Cl) RU m ont II (|iar erreur on a écrit Beaumont), pour la somme de 350 livres. A celte époque, un memlire de la famille d'Amiioise était chanoine de Tours. Guy d'Amboise, " souiis diacre do nostre très saint père le pape, chantre de Tours, ■■ donnait un reçu de cimj cents florin!) pour les bulles pontiHcHles, » à Villeneuve la Tour du pont d'Avignon, le X.\' jour <lc mHV Tan mil CCCXI. huiel. ... ~ B. N., f. tr. 5S80, t. 42, layette intitulée " IJlois ■.. Extrail des layettes île la (Chambre des comptes de Blois, reRisIre du iviii' sièch'.
effet de la protection de saint Martin, portèrent le chef de l'armée anglaise à renoncer à son projet, selon le rapport des annalistes.
Cet épisode eut lieu du 8 au \ù septembre, mais l'incertitude semble planer sur l'endroit qui en fut le théâtre. Assurément, quoi qu'on ait dit, on ne saurait accepter Grandmont, qui est situé sur le Cher et s'appelait alors » Bois-Rabier », non plus qu'Amboise, dont le nom est absolument différent de celui qui a été noté par les chroniqueurs. Par contre, Aumonk- sur -Loire offre une frappante analogie avec Chaumont-sur-Loire, et l'on a pensé que cette localité avait pu servir de séjour au prince de dalles; cet avis a été partagé par les derniers éditeurs de Froissart, les savants Siméon Luce et Kervyn de Lettenhove.
Mais ce bourg est à une distance de Tours qui ne s'accorde guère avec le récit des historieos et concorde difficilement avec ta
voie suivie par l'ar- ^'""^"^ ''■'"'" '^•'' ^""''^ '''^ '''^'""^'' "^^ Chaumcit.
mée anglaise. Au surplus, un écrivain ecclésiastique de Touraine, contemporain du fait qu'il rapporte avec des détails précis, raconte que le prince de Galles « demeura trois jours apud Montem Laudatum » ; il s'agit de Mont- Louis- sur- Loire, qui s'appelait alors Mont-Loé. Or cette localité, au point de vue topographique et stratégique, remplit absolument les différentes conditions indiquées dans les diverses chroniques; l'on peut donc croire que l'écrivain d'Où Ire-Manche entend mentionner celle-ci en rappelant que l'événement se passa « Au Mont-su r-Loire ».
De ce point, le prince de (îalles se dirigea au sud, vers le Poitou, en traversant « les trois rivières torrentueuses » du Cher, de l'Indre et de la Creuse, et vint prendre position à Maupertuis, près de Poitiers. Le sort des armes y trahit derechef la valeur française. Suivant les expressions d'un chroniqueur, <• là put-on voir grand'noblesse de belles armures, de riches armoiries, de bannières, de pennons, de belle chevalerie et écuyrie; car là étoit toute la fleur de la France; ni nul chevalier et écuyer n'étoil demeuré à l'hoslel, si il ne vouloit estre deshonoré. M Mais la bravoure de l'armée du roi Jean ne put triompher des
140 HUGUES D'AMBOISE — GUEBItE DE CENT ANS
ennemie; une foule de chevaliers périrent ou furent faits prisonniers. Le roi Jean fui du nombre de ces derniers, et il vit le prince vainqueur s'incliner devant le courage malheureux et le servir à table, au soir de la défaite, en proclamant que le vaincu avait <• aujourd'hui conquis le haut nom de prouesse ».
La France n'avait pas seulement à souffrir des lullea avec l'étranger, .qui trouvent leur cause et leur justification dans les délicatesses de l'honneur national. Des rivalités intestines meurtrissaient le corps et l'Âme de la patrie, et, ici encore, nous voyons les seigneurs de Chaumont tenir honorablement leur rang sous la bannière de France, aux côtés des coniles de lîlois. A cet effet, nous reprenons en main le fil de la succession des puissants suzerains. Hugue» 11 de Cbâtillon, en 1307, avait légué le comté à son fils Guy, dont les enfants, Louis et Charles, ont laissé un nom célèbre dans les annales françaises. A son décès, arrivé à Chambord en 13t2, Guy reçut la sépulture dans l'abbaye de la Guiche; ce couvent, fondé par Jean de Chàfillon, devint la nécropole ordinaire des comtes de Blois.
Charles de Ghiitillon ou de Blois avait épousé Jeanne de Penthièvre, dite la Boiteuse, Or cette noble dame n'était autre que la nièce du dernier duc de Bretagne, Jean III, décédé sans enfants. Aussi, en face des prétentions de Simon de Montfopt, frère cadet du défunt, Charles, au nom de sa femme, fil valoir ses droits à la succession du duché (1341). C'était raviver la vieille querelle de la France et de IWngleterre. Tandis que Charles de Blois, proclamé duc par la cour des pairs, recevait l'appui du roi Philippe VI, Jean de Montfort fit appel au concours de l'Angleterre , dont le souverain considérait ce territoire comme « la plus belle entrée en France ". On sait les sanglantes péripéties de ce drame de cent ans, que nous ne touchons ici que par les côtés qui confinent à notre sujet.
Le comte Louis seconda brillamment son frère à la prise de Chantoceau, près de \antes. Mais, l'année suivante, la néfaste journée de Crécy compta Louis de Chàtillon parmi ses victimes, ainsi que le seigneur de Chaumont, comme nous l'avons vu. Or la lutte pour la succession de Bretagne n'était pas près de s'éteindre, La maison de Blois- Penthièvrc comptait parmi ses capitaines le plus vaillant soldat du sol armoricain. De petite taille, de forte carrure, à la tète puissamment taillée comme une ébauche fruste et aux membres vigoureux, Bertrand du Guesclin — c'est de lui qu'il s'agit — dés son bas âge a fait entrevoir son avenir et, à di\-sept ans, au tournoi de Rennes, il a désarçonné les plus braves. 11 fil ses premières armes dans l'armée de Charles de Blois, d'où il passa au service du roi de France pour ne le
HUGUES D'AMBOISE — GUERRE DE CENT ANS lit
quitter jamais. Mais sa bravoure fut impuissante à faire triompher la cause chère à Charles V, Envoyé par le roi au secours de Charles de Blois, il ne put empêcher les troupes de ce dernier d'être vaincues à Auray par les adversaires aidés du secours des Anglais; le traité de Guérande mit lin à la rivalité en attribuant le duché de Bretagne à la maison de Montfort ll363|.
Dans l'intervalle, Jeanne de Haînault se remaria à (iuillaume de Naniur, avec lequel elle partagea la tutelle de ses enfants, qui fut exercée par son beau-frère après la mort de la comtesse. Lors du partage de la succession, en juin 1361, l'aîné des fils. Louis II, hérita du comté de Blois. C'était l'époque douloureuse où la France, privée de son souverain retenu prisonnier, conseillée par des états généraux divisés et conduite par le dauphin Charles, venait de signer le traité de Brétigny qui cédait aux .\nglais le pays au sud de la Loire. A Blois, oo ne négligea rien pour mettre la ville et le chàleau en parfait état de défense, et les comptes nous apprennent comment on entretenait avec soin la garnison composée d'archers, d'arbalétriers et autres gens « d'artillerie ». Outre le portier du chastel, on remarque celui de « la planche », ou pont-levis, et de la porte du donjon, et plus particulièrement « le châtelain » ou gouverneur, Thomas Petit-Pas, qui reçut quatre-vingts livres, c'est-â-dire un traitement quadruple des autres. Afin de donner plus aisément l'éveil, on s'entendit avec » l'ermite de la forêt » pour lui échanger contre du bois le « saint », ou cloche de son oratoire, situé probablement à l'endroit aujourd'Imi déboisé, qui s'appelle « l'Ermitage », et on la suspendit dans la grosse tour qui servait pour le guet.
Du reste, les troubles résultant de la guerre inquiétaient les intérêts sans arrêter le fonctionnement de l'organisation féodale. La mort du seigneur de Chaumont, Jean III, avait laissé la seigneurie aux mains de son fils Hugues IV, qui se maria à Anne de Saint- Verain. n Le jeudy feste de saint Symon, l'an mil CCCLX et sept », » Hue d'Amboize » fit à l'archevêque de Tours l'aveu de ce qu'il lient de lui « à foy et hommage lize », eu qualité de propriétaire de divers fiefs. C'est d'abord, à Amboise, le u hébergement » et appartenances de la Papelardière , les dîmes en blé et vin, n qui soloient valoir communs ans, par avant le temps de guerre, XL pipes de vin » ; puis différents devoirs à Chançay, » le hébergement » d'Azay-sur-Cher et de celui Verneuil, avec la terre du val d'Orquères.
De plus, à son n très cher et doubté et révérant père en Dieu >• il fait au même titre l'aveu de » servige » particulier, dont nous avons parlé plus haut. « Toutes fois que nouvel arcevesque vient à Tours,
142 HUGUES DAMBOISE — GUEERE DE CENT AMS
ge doy estre à Tours au jour de la feste de la réception, et le doy aider à pourler des le cueur de l'église Saint-Martin jusques à l'église Saint-Julien, en la compagnie des autres, qui doivent estre celuy jour pour porter le nouvel arcevesque, et doy servir au dyner en la sale, a la grant table ou sera mon dit seigneur l'arcevesque, et doy meslre et assoair les mes des viandes dovant mon dît seigneur en vesselle d'argent, telle comme il appartient a tel seigneur, au jour de telle feste; laquelle vesselle, puis que le dit seigneur est servi, doit estre moie, et la doy avoir et prendre et faire ma volenté, et doit à tous ce mon dit seigneur l'arcevesque paier les despens que moy et mes gens ferons à Tours la voiUe et le jour de la dite feste, »
Quelques années plus tard, nous assistons à un acte d'amortissement de droits, Michel Le Maire, de Candé, >< bourgeois et home coustumier, » avait acquis par échange et vente des écuiers Muet d'Orchamps, sire de la Houdinîère, et de Guillaume de Pois, divers Il terrages, cens, bois et tailles en la paroisse de Vallères », « qui furent à la feue mère du dit Guillaume, sœur du dit Huet. » Michel Le Maire les donna ensuite à « l'ospital de Saint-Jacque , novellement fondé en la ville de Blois », et grâce à cette libéralité et à d'autres, fut « commencée une église de monseigneur saint Jacque on dit hospital et fondez sis chanoines " pour célébrer l'office, et y sont » cbascune nuit hébergez plusieurs povres et très passants ».
Or, ces biens relevaient à foi et hommage du seigneur de Chaumont, et, comme la donation n'avait pas été soumise à son » asseiitement », il saisit les domaines et fit « lever et exploiter par delTaut domme et en prendre les profiz pour plusieurs années ». Les chanoines le supplièrent de renoncer à ses droits. En conséquence, » Hue d'Anibaize, chevalier, seigneur de Chaumont et de Sainl-Verain », se laissa toucher par « les bienfaiz » des suppliants et, « pour la bonne amour et affection a l'onneur » de saint Jacques, « le lundi après la feste de la Nativité Nostre Seigneur, 1370, » il renonça à ses droits, « sauve telle justice » comme auparavant. Il y mettait la condition que lui, sa compagne et ses enfants auraient part « es bonnes prières des chanoines », que ceux-ci chanteraient chaque année, le jour de la fêle, « une messe de madame sainte Katerine » durant sa vie, et après sa mort célébreraient à perpétuité son anniversaire.
Cependant l'honneur de la France ne lui permettait pas de rester sous le coup du traité de Brétigny. A Jean le Bon, qui hérita du duché de Bourgogne qu'il donna en apanage à son fils Philippe le Hardi, avait succédé Charles V, en 1304. Celui-ci mit son habileté k préparer la revanche en réorganisant l'armée et fortiOant les places, avec l'ordre
d'éviter les grandes batailles tout en lullant vaillamment sous la conduite de capitaines tels que du Guesclin. On reprit aux Anglais une partie des provinces conquises, et le seigneur de Chaumotit soutint avec éclat le renom de sa famille. On le suit, en particulier, au cours de la campagne de Picardie, à Saint-Omer. De cette localité est datée une quittance de gages, du 27 août 1377 , au bas de laquelle le sceau rond (dix-neuf millimètres) de Hugues d'Amboise porte un écu paie de six pièces au bâton en bande brochant. De la légende rompue il reste : ...OISE... D'après ce reçu, « Hue d'Amboize « touchait de Pierre Chanteprune, trésorier des guerres, « cens quatorze frans dessus ses gaiges ».
Hugues n'était pas seul de sa famille à guerroyer pour la France. Un peu plus tard, le chevalier Jean soutenait brillamment l'honneur de son nom sur les rives de la Manche, Par quittance donnée u à Ponlorson » le 27 août 137!), <• Jehan d'Ambaize » déclare avoir reçu de Jehan le Flament 97 livres «sur les gaiges de nous baneret, un autre chevalier et sept escuiers de nostre compaignie, depuis et advenir en ces présentes guerres en païs de Uretaigne soubs le gouvernement de Mg' le duc d'Anjou. » En outre, Jean, -c sire d'Ambaize chevalier, » reconnaissait avoir touché pour ses gages « neuf vins et quinze francs en blancs de cinq deniers », par reçu 'c donné à Pontorson le VHP jour de septembre l'an mil CCGLXXIX».
De sa femme, Anne de Saint- Verain, le seigneur de Chaumont eut un fils, Hugues V, qui posséda le domaine à partir de l'année 1380, en même temps que la terre de Saint-Verain. Le nouveau " sire » s'éprit de Marguerite de Joinville, fille d'Aimé, seigneur d'Emery et d'Estrelles, qui était veuve par suite de la mort de son mari, Eudes, baron de Culan et de Ghàteuneuf-sur-Cher, seigneur de Ilomefort et de Savigny. Dame Marguerite répondit à son affection et lui donna un fils, Hugues, et trois filles, Marie, Isabeau et Catherine, qui firent la joie du foyer domestique. En outre, il eut la tutelle de sa belle-fille, Aenor, dame de Culan, qui épousa en premières noces Philippe de la ïrénioille.
Les filles du seigneur de Chaumont virent leur main recherchée par des gentilshommes de noble lignée. Marie épousa Helion de Neilhac, d'une famille originaire du Berry. Helion possédait la terre d'Onzain avec son frère cadet Guillaume. En 1381, ils élevèrent un caste! en rapport avec leur situation et conservèrent le souvenir de leur initiative par une inscription en gothique, gravée sur le linteau de la porte de la grosse tour et accolée de leurs écussons, deux léopards passans, avec le lambel pour désigner le plus jeune. On y lisait : » L'an mil trois cent quatre vins et un firent faire Moss. Guill" de Neilhac et
aiiquel son oncle matt'rnel, Jean de IlainauU, avait laissé de riches possessions dans les Pays-Has, ce qui fut cause, aussi bien que son mariage avee Marguerite de (îueidres, qu'il résida de préférence dans le Nord. Jean II mourut en I3H1, en laissant deux bâtards; c'est pourquoi l'héritage des deux frères échut «^ Gui II, dernier fils de Louis 1er. Celui-ci se montra plus fidèle à son château de lUois et à son autre demeure de Châteaurenault , non sans avoir marqué son avènement par la confirmation ordinaire des franchises de la grande charte, confirmation qui d'ailleurs fut la dernière.
On sait comment, sous le règne du jeune roi Charles \i, qui eut la mauvaise fortune de voir la France en proie aux rivalités de ses trois oncles, les ducs de Bourgogne, d'Anjou et de Berry, les Flamands se révoltèrent contre leur comte et furent battus dans la célèbre journée de Rosbecque par les Français, sous les ordres du connétable de Clisson. L'année suivante, nous rencontrons le sire d'Amboisc bataillant avec ses hommes d'armes au pays du Nord. " Hue d'Amboize chevalier, seigneur de Chaumont » accuse avoir reçu " six vins cinq livres sur ses gaiges» es « chevauchée au païs de Flandres, le XXV" jour d'août CGC IIIP* et Irojs ». Le même jour, « Pierre seigneur d'Amboize, chevalier, » touche " huict vins douze livres dix sols sur les gaigea de moy et XIX escuiers de ma compaignie ". Un pou plus tard, une quittance de gages du 10 septembre 1383 conserve les armes de Hugues d'Amboise, chevalier banneret, seigneur de Chaumont. Le sceau rond (vingt-trois millimètres) garde l'écu paie de six pièces à la bande brochant, posé sur un lion couché, accosté de deux heaumes : celui à dexlre cime d'une tête barbue, celui à senestre d'une tête de lion (?) dans un vol; l'écu surmonté d'une banderole chargée de trois besants ou de trois roses. De la légende il ne reste que les lettres ...va... Le reçu porte soixante-quinze livres pour les c gaiges de nous baneret, II bacheliers, XVII escuiers de nostre compaignie en guerre soubs le gouvernement de Mo'' de Berry, en ceste présente chevauchée sur les champs on païs de Flandres ».
Le comte de Blois, Gui H, était parvenu à un âge assez avancé, quand la mort de Louis, son fils unique, en 1391, ébranla ses forces et angoissa son âme. Sa situation était d'ailleurs obérée, et ce fut pour le roi de France l'occasion de faire entrer le comté dans sa famille. Louis d'Orléans, frère de Charles VI, avait épousé Valentine de Milan, el en avait reçu une dot opulente, qu'il ne pouvait certes mieux employer qu'en placements de ce genre. Gui céda le comté moyennant deux mille couronnes d'or ; la couronne passait alors pour vingt-deux sous six deniers, et l'on a calculé que cette somme équivaudrait actuelle-
146 FIUGUES D'AMItUISE — UL'ERltE DE CENT ANS
ment à environ un demi-million. Seulement Gui se réserva la jouissance sa vie durant, et, à sa mort, en 1397, Louis d'Orléans entra en possession du comté,
Louis d'Orléans fut le chef de la quatrième dynastie des comtes de Blois. On connaît la vie mouvementée de ce prince, dont le rêve fut de disputer la direction des atTaires aux ducs de Bourgogne, Philippe le Hardi et Jean sans Terre, tant et si bien que la France, déjà troublée par les Anglais, fut victime d'affreuses calamités. Il prit possession de son comté par des commissiiires, qui substituèrent ses insignes à ceux des Châtillon, et « une grant bannière, couleur de fin azur, à grans fleurs de lys d'or, peinte à huille, fut mise es portes du chastel •> ; une autre fut placée sur la porte de la cité, et des écussons affirmèrent la pojisession du duc à l'entrée des villes et châteaux du comté. A l'occasion de son <c joyeux advénement », le 13 août 1403, le duc Louis remit à Jean lîeschebien, prévôt de Blois, une somme due par ce dernier. •
Le seigneur de Chaumont figure en première ligne parmi les familiers du comte, c ayant bouche à cour ». Un registre du budget du comté nous indique la série des « personnes que Mgr |e comte de Blois doit avoiner en la chaslellerie de Blois •>. On y lit : " Le sire de Chaumont a, chascun an, de renie sur le sexterage de Blois L muis d'avoine, que on paie à la saint Hemy. » Puis, le document continue : " Le comte Loys de Blois (Louis I*' de Châtillon) les acheta, et pour ce, ne sont plus deiiz. •> D'ailleurs, sire Hugues accompagnait d'ordinaire son suzerain et, entre Noël des années 1 103 et 1404, il se trouvait avec lui dans la capitale. La municipalité blésoise avait à cœur de se concilier les bonnes grâces du comte Louis et de ses officiers. Elle songea à leur « présenter plusieurs lamproies à Paris ». Les poissons furent conduits par Micho le Maire. « Il en fut présenté à Mgr le Chancelier d'Orléans VHI, à sire Jehan le Flament VI, à maisire Jean Day H, à maîstre Hugues de (îuinganl II, â maisire Jean d'Ailli III, à maistre Jehan de Villebresmc II, à maistre Thomas de la Uivière et Aubellet HII, à Mgr de Chaumont H, etc. ■•
Encore un peu cl. sur les rives enchanteresses de la Loire, les sentiments de douce sérénité vont faire place aux poignantes émotions qui jetteront partout un voile de deuil. Les échos du lleuve, qui chaque soir s'endorment bercés par le rythme harmonieux des Muses, vont, après une nuit sanglante, s'éveiller en redisant des cris déchirants. Profonde fut la douleur causée à Blois par la nouvelle de l'assassinat du duc Louis, à l'instigation de Jean de Bourgogne, et l'émolion, ga-
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gnanl le comté tout entier, eut son contre-coup particulièrement sensible au château de Chaumont dont les seigneurs élaienl fort attachés au prince.
Sur l'ordre de leur mère, les deux enfants du' duc se rendirent à lilois. et l'aîné en prit possession, non sans recourir aux précautions réclamées par la gravité de la situation. La duchesse vint également et fit renforcer la fjarnison en même temps que les abords de la forteresse. A partir de ce moment, elle consuma sa vie à demander justice pour le crime commis, et à donner libre cours à sa douleur inconsolable pour la perte de l'éjwux qu'elle chérissait si vivement. L'amertume de son chagrin qui n'avait pas assez de larmes, empruntant les dehors symboliques familiers à cette époque, la porta à prendre pour emblème une « chantepleure •> , outre les deux S initiales de Soupir el Souci/, avec la devise bien significative, qu'elle répéta sur les murs tendus de noir de ses appartements :
Riens ne m'est plus Plus ne mest riens.
Pcrroniirllc d'Ambnise, femme ilc llnrdoiiin VIII dt Mail!.'.
ViLmil de Luyne», dessin de Gaignièrc
Au début du xvi" siècle, on voyait encore au château des souvenirs de cette ornementation mélancolique, du moins dans les parties
anciennes et secondaires. Un visiteur mentionne " en haut vers les galetas, une chambre en laquelle étoit tendue une tapisserie de damas gris et jaune, semée de S de veloux noir brodez ». Les S signifiaient, paraît-il, que Valenline, Seule, Souvent, Se Souciait et Soupirail. Ce n'est pas seulement aux artistes que Valentine demandait de répondre aux inspirations de sa douleur; les lettrés, eux aussi, s'évertuaient à lui procurer les consolations que pouvait réclamer son esprit cultivé aussi bien que son cœur aimant. Parmi les manuscrits faits à son intention, il en est un auquel nous aurons l'occasion de revenir et dont l'illustration débute par une curieuse miniature en grisaille, avec les
armes de la duchesse, les symboles de son deuil et la devise liiens ne m'est plus sur un semis de larmes. Ce manuscrit est à cette heure un des plus curieux joyaux de la Bibliothèque Nationale, où nous pensons en prendre des reproductions.
La duchesse s'éteignit emmi « ses regrets et complaintes » de ne pouvoir obtenir satisfaction pour elle et ses enfants. Mais, après une période d'accalmie apparente, le fils aine, le duc Charles, épousa en 1410 Bonne, Bile du comte d'Armagnac et petite-fille du duc de Berrv, Cette alliance apportait au comte de Blois l'appoint de secours considérables, et la lutte recommença avec la violence que l'on sait, attisée au surplus par les bandes d'Outre-Manche, toujours à l'atTût d'exactions, de butin et de quelque province en payement de leurs marchandages. Blois devint dès lors une des bases d'opérations militaires les plus en vue , et le château fut fortifié , en particulier la tour dite de Chàteauregnault. Au mois de décembre 1409. Hugues Vfut chargé de garder le château et la ville de Blois, aux honoraires de trente livres, avec son écuyer. Du payement il donnait, quelques jours après, la quittance suivante : « Je Hue d'Amboîse, seigneur de Chaumont, chevalier, confesse avoir eu et receû de maistre Cuillaume Maigret, secrétaire de Mgr le duc d'Orléans et paieur des gens de guerre estans en son service, la somme de cinquante livres tournoys, pour les gages de moy et de Philippot de Marigny, mon escuier, cest assavoir pour moy trente frans et pour le dit Philippot XX frans. pour avoir vacqué à la garde des chastel et ville de Bloys, le moys de décembre dernier passé. Tesmoing mon scel cy mis le x° jour de janvier, l'an mil CCCCVIII » (a. s.). Le sceau en cire rouge, sur simple queue, porte un reste de légende : ...DANBO..., et dans le champ sont les armes de Hugues, surmontées d'un heaume de chevalier.
La citadelle pouvait, du reste, se reposer en toute sécurité aux mains de ses défenseurs sous les ordres du capitaine .\rchambauld de ^'illars. Mais, entre tous, le seigneur de Chaumont Bgure d'ordinaire parmi les officiers qui se tiennent aux côtés du comte de Bloia et l'assistent dans les actes oflîciels. Le 10 juin 1410, il se trouvait au château de Blois et était témoin de plusieurs actes intéressants. C'est d'abord un accord conclu entre le comte et la communauté des habitants de Blois au sujet de l'organisation militaire de la ville, et dont la confirmation fut faite par Charles, duc d'Orléans, en son conseil, en présence du sire de Cbainnont-sur-Loire, d'Archambauld de Villars et d'autres gentilshommes'. En même temps, le duc confirma la charte
' Cf. l'acte dans Vb'luile lar la commiinaut<' dei halùlanls de Bluii jusqu'au commence' ment du Xfi- siècle, par Jacques Soyer, Paris, 1894; pièces justilicativus, ti°ïiv, p. llB-i23.
HUGUES D'AHBOISE — GUERBE DE CENT ANS 149
par laquelle, en 1288, Jeanne de Chàlillon, comtesse de Cliàtillon et de lïlois, avait concédé le droit de citasse aux habitants de Blois ainsi qu'à ceux de plusieurs paroisses de la chàtellenie, et cela en présence de i< l'abbé de Chissy, le confesseur, le sire de Cliaumont, Archambauld de Yillai's... >■ ; il en fut de même de la charte par laquelle la comtesse concédait des privilèges aux habilanls des environs de la forêt de lîussv, entre le Cosson et le Beuvron, et dune autre charte de !34o, où était réglementé le droit de prise de vivres sur les habitants de Blois.
Le seigneur de Cliaumont, investi de la confiance du comte de Blois, occupait près de lui les charges de chambellan, de conseiller et de capitaine. Le dévouement que le chevalier montra en toutes circonstances lui valut une augmentation d'appointements, dont nous lisons les motifs dans une lettre du comte " Charles, duc d'Orléans et de A'alois, comte de Blois et de Beaumont, et seigneur de Coucy », scellée " du grant scel en cire vermeille •>, et datée de Blois, le iO mars i4!0 (a, s.| : " Pour considération des grans, bons et notables services que nostre amé et féal conseiller et chambellan, messire Hue d'Amboize, seigneur de Chaumont, nous a fait a nostre diligence, fait chascun jour, continuellement et espérons que encores face ou temps avenir, et afin que plus honorablement et honnestement nostre dit chambellan puisse estre et demourer eutour nous et en nostre service, et pour certaines autres causes et consideracions qui a ce nous ont meii et meuvent, a y cellui nostre chambellan avons tauxé , ordonné et consenti, par ces présentes ordonnons, tauxons, consentons et nous plaist que pour chascun mois doresnavant, a commancer du jour de la datte de ces présentes, il ait et preigne des deniers de noz finances par la main de nostre trésorier gênerai, la somme de trente livres tournois, tant come il nous plaira, oultre et par dessus des autres pensions, gaiges ordinaires, tan de capitaines que aultrement, et les autres gaiges, livraisons, proufiz et emolumens qu'il prent en nostre hoslel. )> Ce mandement du comte est transcrit dans un i-idimus du bailli de Blois, du 14 mars suivant, dont le sceau a été enlevé. De fait, le 12 novembre 1411, Hue d'Amboise donnait quittance à Pierre Renier, trésorier général du duc d'Orléans, pour " six vins cinq livres tournois pour le parpaiement de ii' livres » pour sa pension de huit mois à partir du \" février 1410, à raison " de m' francs par an ». Le sceau sur simple queue a disparu, mais il reste la signature autographe : Huet d'Amboise.
L'un des chambellans les plus considérables du duc d'Orléans était Gaillart de la Roque, écuyer et seigneur de Fontenilles, gentilhomme
liiO HUGUES D'AMBOISE — GUERRE DE CENT ANS
gascon. Au mois d'août 1 41 1 , le duc lui aclieta , moyennant « vi'^ escuz d'or», "deux coursiers et une galée » (vaisseau). Charles d'Orléans donna « lung des coursiers à Mo'' de Bourbon, l'autre à M9'' de Chaumont et ladite galée à Mgr son chancelier », et, le 24 décembre, le trésorier Pierre Renier parachevait le payement par la somme de deux cents écus contre une quittance scellée du créancier. Une autre fois, le duc mandait au trésorier de payer â son chambellan, le chevalier Lyonnel de Braquemont, cent quarante livres pour un i< roucin » que le duc avait acheté et donné à son chambellan, le sire de Boquiaux, en récompense de deux chevaux donnés l'un à Hue d'Amboise, et l'autre à Robert de Laire. Entre temps, devant le bailli de Chaumont comparaissait un habitant de la paroisse de Vallières, Jean Guyet, qui déclarait devoir à ce prieuré une rente annuelle d'une mine de seigle, mesure de Chaumont, et douze deniers en " monnaie courante de Chinon ».
Cependant, autour de la personne du roi Charles VI, la guerre civile battait son plein entre les Armagnacs et les Bourguignons, qui avaient pour chefs les oncles de l'infortuné monarque. Au nombre des prisonniers faits par les Bourguignons se trouvait le seigneur de Chaumont. Le duc d'Orléans ressentit une émotion profonde à la nouvelle de la captivité de son dévoué serviteur. R dépêcha vers son oncle le duc de Berry, à Bourges , deux chevaliers fidèles pour préparer la libération du captif. Ce sont les « amez et féaulx chevaliers et chambellans, le sire de Montbazon et niessire Loys de Laire», qui furent chargés de cette mission délicate, par lettre datée d'Orléans «le 48 février mil cccc et unze » (a. s.i. Le duc manda à son trésorier Pierre Renier de leur fournir présentement "vint escuz d'or», «pour un voyage ou nous les envoyons de cesle noslre ville d'Orléans à Bourges, par devers noslre très chicr et 1res amé oncle et père Mgr de Berry, pour avoir le sire de Montigen pour la délivrance de nostre amé et féal chevalier et premier chambellan, le sire de Chaumont, lequel est prisonnier d'aucuns de Paris noz ennemis ». La lettre, adressée au trésorier général, porte en finale : <■ Par My le duc, vous, et les seigneurs de Saint-Chartier et de Braquemont presens, J. de dynes. »
Le seigneur de Chaumont eul la vie sauve, mais non sans bourse délier. R dut s'engager à donner une très forte rançon, pour le payement de laquelle il comptait sur le précieux concours du duc d'Orléans. R n'avait pas espéré en vain, ainsi qu'en fait foi une lettre de Charles, datée de " Meleun, le XXVI jour de septembre mil cccc et douze ". Le prince s'y exprime en ces termes : " Gomme notre amé
HUGUES D'AMBOISE — GUERRE DE CENT ANS ibi
et féal conseiller el chambellan messire Hue d'Aniboise, seigneur de Chaumonl, ait nagaîres esté pris en la guerre que nous avons eiie, et delenuz prisonnier et mis a raençon el grant finance, laquelle, sans nostre aide et secours, il ne pourroit bonnement paier )•; partant, « pour considéracion des grans, notables et agréables services que nous a faiz nostre dit chambellan le temps passé, tant oudit office comme en nostre dicte guerre, et autrement en plusieurs et diverses manières, fait chascun jour, el espérons que encorcs face au temps avenir, et pour lui aidier a paior sa dilte raençon et finance, nous lui avons donné et donnons de grâce especial par ces présentes la somme de mil livres tournois ». Et le duc donne mandement â son « féal chambellan, messire François de l'Ospital, seigneur de Soisj », de faire délivrer cette somme par le trésorier Pierre Renier. La pièce est contresignée au conseil, par Sauvage, en présence de Mg' de Sainl- Chartier et autres.
Le 16 octobre suivant, le chevalier et conseiller donnait au trésorier général l'ordre en question, signé H Francoys de l'Ospytal », avec sceau plaqué en cire rouge,
dont il demeure un fragment sur "" " ' """ '""'"' -""'"'"" ■
la pièce. De fait, six jours plus
tard, le seigneur de Chaumont touchait la moitié de la somme, soit cinq cents livres, dont il donnait une quittance signée : Huet d'Amboise; puis le reste lui était versé le 17 décembre, ainsi qu'il appert de sa quittance identique. « Huet d'Amboise » continua ses bons services auprès du duc, en qualité de « conseiller et premier chambellan » , moyennant les honoraires de trente livres par mois . qui lui étaient baillés » oultre sa pension et gaiges ordinaires». Sur ce, nous le voyons toucher soixante livres, le 3 juin 1413; puis, le 24 juin, deux cents livres sur sa « pension de m" francs par an », dont les cent autres livres lui étaient baillées le 9 novembre : l'année financière se terminait au « derrain jour de septembre ». Le même jour, le seigneur recevait son supplément mensuel de trente livres, qu'il touche encore le 24 janvier 1414 (n. s.). Cette quittance, signée ainsi que les précédentes » Huet dWmboise » , garde sur simple queue le sceau
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de cire ronge du seigneur, donl les armoiries sont assez bien coiiseçvées ' ,
Au cours des dissensions intcslines du continent, T Angleterre veillait en attendant l'heure propice. Le roi Henri A' jeta sur les côtes une armée considérable. Au-devant d'elle se portèrent les Armagnacs, qui ffroupaient sous leur bannière les gentilshommes du nord de la France, et les princes d'Orléans marchaient au premier rang sous le commandement du connétable d'Albret. A Azincourt, comme à Crécy et à Poitiers, la France fut vaincue faute de méthode, de sangfroid et d'unité, et la valeur admirable des combattants n'empêcha pas que dix mille hommes, appartenant pour les trois quarts à la noblesse, ne restassent sur le champ de bataille (I4t.'i). De ce nombre fut Hugues de Chaumont, et parmi les prisonniers se trouvèrent Charles d'Orléans ainsi que le maréchal de lîoucicaiit, La captivité du prince devait se prolongei' durant vingt-cinq ans. Sa fdle, demeurée au château de lîlois, se confiait a la protection du gouverneur Archambauld de Villars, qui tenait la forteresse en état de défense et bien munie de matériel : » arbalestes, traits, artillerie, canons. lances et autres ahillemens de guerre , » ainsi que nous le montre un inventaire dressé en l'année I41H.
La dame de Chaumont, frappée au plus intime de son cœur, n'eut d'autre consolation que de reporter sa tendresse sur ses enfants. La pensée de Marguerite de Joinville se tourna de soi vers la reliyion, qui symbolise les divines espérances. Elle fit don à la cure de Chaumont du " quart de la disme de Vefves ». à la cliarge de célébrer quatre messes et quatre vigiles*. D'ailleurs, la veuve se vil entourée de la reiipeclueuse sympathie des plus illustres chevaliers, et en particulier du maréchal de Boucicaut. Le vaillant capitaine demanda au duc d'Orléans de montrer de l'intérêt à la compagne du dévoué chambellan, et le prince eut à cœur de faire un don à la dame de Chaumont en 1 il 7.
La mort de Hugues \' fit passer les domaines de (Chaumont et de Saint-Verain à son fils Hue ou Hugues, qui fut chambellan du roi Charles VI et du duc d'Orléans. Le chevalier unit son existence à celle de Jeanne Cuenand, d'une puissante famille de Touraine et de Herry.
I Dans le Qilnl'.-jue anali/U'/iie des archivos du baron Joiirsauvoll (1S:iR, t. Il, {>. lOti, à projioa de ces quittaiieos, Hue d'Amboisf i-st dit >■ ca|iit.iiiic du chàleau <tc ttciugi-ncy ■■.
* Dans une déclaration de l'année 1*71, (|ui relaie ce don. on lit ; " t>il le curé qu'il ne veult point II a. VI d. t. ■.. — Archives nationales, P. 1480^ non foliole, cnie .le Chaumonl-sur- Loire, Chambre des eoniples de ntois. liléaois. Déclarations de tcni- [iorel: 1278-1723.
HUGUES D'AMBOISE — GUERRE DE CENT ANS IS-l
Celle noble souche avait naguère donné au cleryé deux frères qui ne sauraient être oubliés : Aimeri, archevêque de Ilouen ( 134()-I343|, et Robert, clianoine de Tours. L'un et l'autre eurent une dévotion marquée pour Tapôtre des (laules et le témoignèrent par une peinture murale. Sur les murs de la collégiale on voyait figurer deux épisodes de la vie dii prélat et du comte Anicien, dans lesquels ce dernier est puni pour ne s'être pas levé devant le saint, puis guéri par le bienheureux devant lequel il tombe à genoux. La double légende portait : <■ Ci ce prenl le feu en la choère deu Roy quer il ne s'en veux lever contre li. — Ci guéris est le Roy en santé et se reste a Monseigneur sainct Martin. »
A la partie supérieure à gauche, étaient représentés le prélat et le chanoine avec leuvs armes: «d'or â la fasce fuselée de gueules ».
Jeanne Cuenand avait pour père Guillaume, seigneur des Bordes I paroisse du Pelit-Pressigny) et du Bianc, lieutenant général de Touraine et porte-oriflamme de France, tué à la bataille de Nicopolis, et pour frère Jeau, chambellan du roi. Ce dernier étant mort sans enfants, Jeanne hérita des domaines qu'elle porta à son mari. Mais ce n'était pas sans impliquer des droits de rachat. Dans un acte du début de l'année 1411 , nous lisons cette mention : n De Mgi" de Chaumonl pour rachaz pour le mariage de Madame sa femme, fille de messire Guillaume Chevalier Guenant, l'un des rachaz pour leschange que fit ledit messire Guillaume Guenant, avec messire Guillaume Dargenlan et sa femme, de cent livres de rente que ledit messire Guillaume (iueuant avait sur la terre des Rochettes, et l'autre pour le mariage, liné le 12 février i410 à XII'^* livres. »
Cette union donna le jour à deux enfants : Pierre, qui fut la souche
d'une magnifique floraison, et Madeleine, qui épousa Antoine de Prie, baron de Biizençais. Elle ne fut pas de longue durée, et Hugues VI avait cessé de vivre en 1421 . Jeanne se remaria au chevalier Amaury d'KstisBac, La succession de Hugues fut l'occasion d'un procès très compliqué, relativement aux seigneuries de Cbaumont et de Saint-Verain. Parmi les héritiers impliqués dans le débat figurent, d'une part, Amaury d'Estissac. en qualité de deuxième mari de Jeanne, Pierre et Madeleine d'Araboise, et, d'autre part, Raoul de Gaucourt. Ce dernier fut promu chambellan de Charles VH et bailli d'Orléans. Son souvenir se rattache tout particulièrement à celui de Jeanne d'Arc. Lorsque la noble Pucelle se rendit auprès de Charles VH , Raoul de Gaucourt était gouverneur du château et de la ville de Chinon, et il approcha souvent la bergère de Domremy. que le roi lit loger dans la partie du chaslel, dite du Coudray. Raoul entoura la future libératrice de sa vénération, combattit au siège d'Orléans où il fut blessé, et plus tard, lors du procès de Jeanne, il fit une déposition digne de son noble caractère.
Les héritiers directs de la terre de Chaumont étaient Pierre et Madeleine, mais au cours du procès, outre les intéressés qui ont été nommés, on voit Pierre Frotier, baron de Preuilly. Dans les comptes du domaine de Blois pour Tannée 1420, on rencontre « messire Almaury d'Estissac, chevalier, pour le rachat à cause de sa femme », et avec lui il est « composé à mil livres » au sujet du dit rachat. Avec ces derniers seigneurs, la scène va s'élargir, et le moyen âge s'achèvera dans le rayonnement précurseur de la venue des temps modernes.
Frise sculptiïc de l'intOricur de la chapello de Cliaumoiit, x
Vinl au roy une bergerelte Du villaige de Vaucoulleur, Qn'oii nommait Jeliaciiie la Pucelle, 1 yigiU$ du ni Charles VII, parMarlial d'Auvergne.]
■EPUis tantôt un siècle, l'histoire de Ghanmont s'endeuillait I trop souvent des calamités qui frappaient la patrie, et les angoisses de la France trouvaient un écho douloureux dans I l'âme des seigneurs. La tristesse allait faire place à l'allégresse, et il était réservé à Pierre d'Amboise de voir se lever au ciel assombri l'aube de temps meilleurs pour la France et plus glorieux pour les rives de la Loire. Mais, avant d'acclamer le triomphe, nous assistons aux dernières crises qui précédèrent la délivrance.
Le roi Charles VI, pour éloigner de Paris son indigne épouse, Isabeau de Bavière, en 141f> l'envoya « en lieu sûr » fi Blois, d'où elle fut conduite à Marmoutier, dont elle devait sortir en 1427, grâce au duc de Bourbon, Les progrès des Anglais, la prise de Melun et les inquiétudes croissantes portèrent le gouverneur de Blois à tnviler les seigneurs vassaux à venir, armés et montés, pour défendre le château; vers le même temps, des mains pieuses tran-sportèrenl les reliques de
saint Miindry, ermile de la forêl de Hussy, « dans la chapelle de sainte Constance . en lien sûr et fortifié, » ainsi que nous l'avons appris. Cependant le comte de ^'e^tus, frère du duc Charles , était décédé au château , et ses obsèques solennelles avaient été célébrées, le 16 novembre 1420, dans la collégiale de Saint- Sauveur. L'administration du comté passa au bâtard d'Orléans, et sous son régime, au courant duquel le captif était tenu régulièrement , le dauphin-régent , alors à Blois il 4211, ordonnait aux seigneurs (I de se rendre en avant », sous peine de félonie, pour combattre les Anglais. Un peu plus tard {142ti. le « chastel >■ voyait la gracieuse princesse Jeanne, fille du duc Charles et d'Isabelle de France, sa première femme, donner sa main à Jean II, duc d'AIençon, La jeune fiancée dut sentir son cœur attristé en pensant à son père, détenu sur les bords mélancoliques de la Tamise , et elle envoya sans doute son souvenir ému au prisonnier , avide de revoir les siens avec les rives fleuries de la Loire.
Hélas ! les Anglais continuaient à gagner du terrain dans le centre, et une partie de la Beauce était en leur pouvoir. Bientôt les principales forteresses, à rexce])tion de Marchenoir , furent en leur possession.
Cîipitaines et hommes d'armes, prêtres et moines, chevaliers et vassaujc se rassemblaient pèle - mêle à Blois , devenu un centre de ralliement et un rempart d'espé-
Vilrail <!.• la cliapello .
Ji-nnnpiiALvi:! Fii-m'dAmi>.«si,eic, rauce , quaucl unc apparuion céleste tu :i)i.s>iii a.- J.-i". i-min-ns.) tressaillir de joie la Touraine , le Blésois
et l'Orléanais, La bannière de Jeanne la libératrice, qui avait été exécutée à Tours, fut bénie solennellement â Saint-Sauveur de Blois par rarchevêque de Ileims. Jeanne réveilla les courages, fit organiser des processions, ranima les sentiments religieux et patriotiques, et, le 28 avril, on se mettait en marche vers Orléans. En têle du défilé flottait la bannière
PlERltE I.E PATRIAHCIIE tS7
(le la Pucelle, portée par frère Pasquerel, et, au milieu des rangs, apparaissait l'héroïne monlée sur un coursier noir, •< armée tout à blanc {ou de toutes pièces), sauf la teste, » et escortée de son frère, de ses deux hérauts d'armes, Guyenne et Ambleville, de son écuyer, de cinq lances ou vingt-cinq hommes, et de plusieurs pages; au total, une trentaine de cavaliers formant son cortège. L'armée, petite par le nombre — elle comprenait environ six mille hommes — était puissante par la foi, la vénération eL l'enthousiasme qu'inspirait à tous Jeanne d'Arc, messagère divine, qui « de par le roy du ciel » devait » bouter l'Anglais hors de France ».
La Pucelle de Domremy n'eut pas d'admirateur plus sincère et de collaborateur plus dévoué que le seigneur de Chaumont. Le domaine était alors aux mains de Pierre, fils de Hugues VI. A Pierre d'Amboise était réservé le rôle glorieux d'asseoir définitivement les bases de la fortune de sa famille et de préparer les voies à une notoriété et un éclat qu'elle n'avait pas encore atteints. Le noble chevalier avait de riches domaines en plusieurs provinces, et, outre Chaumont, on lui connaît, dans le Blésois, la Borde, les Kochettes et Asnières; dans le lierry, Meillant, Saint- Verain et Bussy; de plus, il possédait en Tou- . raine les Bordes -(luenand et Preuilly, et en d'autres contrées Moulins, Charenton et Sagonne. L'estime de Charles VII lui valut la dignité de conseiller et chambellan du roi. D'une bravoure égale k son mérite, le seigneur de Chaumont s'honora de suivre la bannière de Jeanne d'Arc, et, an siège d'Orléans, il se signala par son courage aux côtés de l'héroïque Pucelle. Après avoir été avec elle au labeur glorieux, il parut auprès de la Libératrice, en la cathédrale de Reims, au jour solennel du triomphe.
Quand le cliquetis des armes se fut éloigné en laissant à la France un repos bien nécessaire au développement des énergies nationales, Pierre remit son épée au fourreau. Cependant il conserva la main sur la poignée, le roi lui ayant confié le poste de gouverneur de Touraine qu'il remplissait en 1440. Or, dans cette poitrine de gentilhomme vaillant et soucieux de la grandeur de son pays, battait un cceur d'époux (îdèle et de père dévoué. Bien peu de châteaux, en effet, ont goiUé la joie de voir les grandes salles aux riches tentures, les cours aux arcades ajourées et les terrasses aux aimables frondaisons s'animer au pétillant babil et aux joyeux ébats d'une si délicieuse nichée d'enfants. Mais aussi quelle femme remarquable entre toutes par ses rares qualités, que celle que s'était choisie le seigneur de Chaumont! La noblesse du caractère et la dignité de la vie formaient comme le lien indissoluble d'une rare élévation d'intelligence, d'une admirable bonté
de cœur, d'un esprit de suite remarquable el d'une distinction achevée, qui se manifestaient dans les actions les plus communes comme dans les circonstances les plus solennelles.
Aussi bien, elle appartenait à la puissante famille de Bueil, dont le blason reflète quelque rayon de la grandeur de la patrie. Son père n'était autre que Jean ï\', qui réunissait dans sa main les belles terres de Bueil, Monlrésor, Courcelles. Saint-Calais, Saint-Michel-sur-Loire
el d'autres, el les dignités de chambellan du roi et de capitaine de cent hommes. Au surplus, ce qui vaut mieux, s'inspirant de son patriotisme ardent, Jean fît sentir la puissance de son bras aux.\nglais, surdix champs de bataille, des bords de la Creuse aux rives de la (îaronne. Le nom du grand maître des arbalétriers résonna comme le clai-
l'ii-rro (lAniUoiso «t Ji'auiii.- il Arc iiu sucre iIl- OmiU-s \ 11. p^,^ ^^ Jj, victoire -SUr
' la terre de France,
jusqu'au jour du désastre d'Azincourt, où il péril avec tant d'autres chevaliers dignes d'un meilleur sort.
La mère de la châtelaine de Chaumont était Marguerite de Clermont, fille de Iféraud, daupliin dWuvergne, cl dame de Marmande. c|ui transmit également soii sang généreux à Jean, l'amiral de France, dit le Fléau des Ant/lnis, a J^ouis, le glorieux vaincu du tournoi tourangeau, et à Pierre, seigneur de Hois et de la Motte-Sonzav, qui fut inhumé dans l'église collégiale de liueil avec sa femme, Marguerite de la Chaussée.
C'est le 'l'.i aoûl 1 128 que le seigneur de Cliaumonl épousa Anne de Hueil, au milieu des acclamations et des vœux de toutes les classes réunies. Celle femme distinguée et cette mère accomplie marqua l'empreinte de sa grande nature sur la trempe de caractère de ses enfants, dont le groupe achevé trouverait dillicilemcnl un émule dans
PIERRE I.E PATRIARCHE ISg
l'histoire familiale. En effet, quelle plus gracieuse couronne nuptiale et quelle plus radieuse auréole que celle de cette série d'enfants qui continueront les traditions domestiques en les agrandissant, et seront tout à la fois la joie de leur maison et l'honneur de la patrie ! La lignée masculine renferme neuf garçons : Charles, Jean et Hugues ; puis Jean, Louis, Pierre et Jacques, qui portèrent la milre ; Aimery, qui fui grand prieur de France et grand maître de Rhodes, el (îcorges, qui unit le chapeau de cardinal et le portefeuille de ministre d'Ktal. La lignée féminine compte huit filles : Anne, Marie, Catherine, Louise et Marguerite, qui s'engagèrent dans les liens du mariage. Madeleine, Charlotte et Françoise, qui prirent le voile.
La pensée s'arrête avec complaisance sur cet intérieur chevaleresque, dont les charmes ont bien de quoi fixer l'altention et provoquer l'admiration. Ce foyer domestique, tout proche de l'idéal, est si loin des réalités auières ou troublantes qui s'oflreut au regard de l'historien et de l'observateur, en certains milieux passés ou présents I L'antiquité, avec son culte exclusif de la force et de la forme, de la force brutale el de la forme voluptueuse, avait mis au service de l'homme les violences de la conquête et créé pour la femme les gynécées, où la polygamie enveloppait le groupe des épouses légitimes d'un bataillon de concubines choisies et parées pour les plaisirs du maître. Dans une pièce voisine, les rejetons de ces promiscuités de hasard étaient confiés aux soins d'esclaves, chargés de donner quelque culture à des enfants livrés aux caprices de volontés perverses ou barbares.
Le pur rayon du cœur du Christ, la chaste flamme de son Evangile et le divin code de son Église mirent au front de la femme une auréole sacrée de noblesse, de dignité el de dévouement, qui imposa progressivement le respect et la tendresse, une tendresse respectueuse, et un tendre respect, à l'homme pour lequel elle cessa d'être l'instrument de plaisir pour devenir la noble compagne. Sous l'aile protectrice de ces deux âmes, dont l'une fait rayonner la raison, et l'autre la douceur, en un foyer domestique transfiguré, l'enfant grandit dans la piété filiale fondée sur le culte souverain de la Divinité aves ses fortifiantes leçons, et sur l'amour inlassable des parents avec leurs trésors de dévouement.
Aux régions d'où la lumière évangélique n'a pas chassé les ténèbres épaisses d'un foyer livré à la promiscuité, le liarem, sous une forme ou sous une autre, continue d'enlever a la mère le divin sourire qui illumine de reflets incomparables le visage et l'âme de l'enfant, et de ravir à l'enfant les caresses qui mettent, en sa jeune âme, une em-
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preinte doucement «alutaire. De temps à autre, comme pour faire mieux apprécier les sublimes beautés de la civiUsation cbrétienne, l'Occident a été affligé par l'apport pestilentiel de fièvres infectieuses, et l'on a vu, sous des livrées diverses, des potentats esclaves de leurs passions tenter d'introduire les pratiques orgiaques proscrites par le catholicisme. Mais les augustes préceptes et les salutaires leçons de l'Kglise ont répudié ces prétentions de sultan de haut ou de bas étage, et le fover domestique a conservé la dignité auguste et la beauté attendrie de ses origines chrétiennes.
En nos jours, la famille est en voie de traverser une crise redoutable, et, de la base au couronnement, cet asile béni est fort ébranlé par des doctrines renouvelées d'un paganisme sans pudeur et par des théories sans autre logique que la loi des attractions moléculaires. Le jardin fleuri, où croissaient les plantes embaumées à l'abri du souffle corrompu et corrupteur, est en train de se transformer en un cloaque nauséabond d'acres odeurs de chairs impures ou pourrissantes. Si par hasard, sous l'inlluence inconsciente des idées chrétiennes, le foyer conserve encore (|uelque vestige de dignité, lentement il se fait solitaire, en attendant les stériles réalisations que l'œil découvre avec etl'roi et que des statistiques nous révèlent dans leur lamentable crudité. Naguêres, écho de l'Kvangile, le poète se faisait l'interprète des nobles inspirations de la raison et du cœur quand il s'écriait :
Il est si beau l'eiiriKil avec son douv sourire , Sii douce bonne foi, su voix qni vcul tout dire,
Ses pleurs vite apiiisés , l.aissiinl errer sa vue clonnée el riivie, Oll'ranl do loules parts sa jeune âme à la vie
Eisa bouche aux baisers :
A l'ombre du château de Chaumont, sous le toit de Pierre d'Amboise et dWnne de Hueil, on ne savait rien des immondes satisfactions de l'antiquité, ni des égoïstes pratiques des temps modernes. Le foyer domestique conservait son rayon divin, su flamme réchaulTanle, ses saintes énergies, ses culLures vigilantes, ses dévouements attendris fécondés par la pratique de devoirs destinés à adoucir les droits, ses bonheurs, dont les roses faisaient oublier la piqûre des épines, enfin la splendeur de ses douces promesses couronnées par de plus douces réalités.
Le premier garçon dont la naissance réjouit les seigneurs est Charles h' , qui, à ce titre, hérita de la terre de Chaumont et auquel nous reviendrons bientôt comme à l'une des personnalités les plus
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dignes de fixer i'nLlention. Après Charles vient Jean, dont la vie fut une alliance de haules dignités ecclésiastiques et de sentiments mondains; Jean eut une alfection pour une femme du nom d'Antoinetle Caille, qui lui donna un fils naturel, dit Jean de lîeaumont, ou le bâtard d'Amboise, légitimé en j i98. Quant à Aimery, il entra dans la carrière qui réunissait à la fois le caractère religieux et le rôle militaire. Il remplit les dignités enviées de grand prieur de France, de grand maître de l'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem et de Rhodes ; il occupait cette dernière charge en lîiOS. Son portrait a été gravé à plusieurs reprises, en particulier par des artistes italiens. Aimery mourut à l'âge de soixante- dix -huit ans, le 23 novembre 1512. Son décès arriva, selon les uns, à Rhodes, et suivant d'autres, à Rome.
Un autre fils porta le nom de Jean et suivit une carrière absolument séculière. II fut seigneur de Bussy , et épousa , en 1474, Catherine de Saint- Belin, fille de Geoffroy de Saint- Helin, qui fut tué à la journée de Monllhéry, en 1465, et de Marguerite de Baudricourt. A l'instar du foyer domestique de Cbaumont, celui de Jean et de Catherine fut doté d'une belle auréole de seize enfants, neuf garçons et sept filles, qui réjouirent le cœur des aïeux non moins que des parents. Ce
sont : Jacques, qui hérita de la terre prin- Tombco<i >i>^ Jcnn <iAmi.oifle. cipale de Bussy ; Jean , lequel, à l'exemple ^"'"" '''^ '■«w'^'-cs.
de son oncle du même nom, reçut l'évèché
deLangreset fut ainsi duc et pair de France; Georges II, archevêque de Rouen et cardinal à l'instar de son oncle Georges I", et qui à sa mort, en 1550, fut inhumé près de lui en la cathédrale de Rouen, dans le magnifique mausolée de marbre que l'on ne se lasse pas d'admirer. Les autres garçons sont: Geoffroy, qui fut abbé de Cluny et décéda en l'UK; Charles, qui parvint au grade de colonel général d'infanterie; Jacques, qui suivit François I«r en Italie et trouva la mort à la bataille de
t6î PIERHE LE PATRIARCHE
Pavie, en 1525. Trois garçons, Bernard, Robert et Louis, n'entrèrent dans la vie que pour en sortir prérnatu renient et monrurent en bas âge.
Catherine donna le jour à sept filles : Renée, qui fut dame de liussy et donna sa main à Louis de Clermont; Françoise, qui s'unit à Grisegonel Froltier, possesseur de la riche baronnie de Preuilly; Charlotte, qui épousa Pierre de Beauffremonl. Une autre, Marie, fut abbesse de la Trinité de Poitiers, et, entre autres oeuvres d'art, on lui doit la superbe Mise au tombeau en pierre, peinte à ses armes, qui fait l'un de« plus beaux ornements de l'église Nolre-Dame-la-Grande à Poitiers; elle mourut en 1.^37. Enfin viennent Anne, qui fut abbesse de Sainle-Menehould, Madeleine, qui fut religieuse dans le même monastère, et Marguerite.
Mais nous avons garde de nous éloigner du foyer des seigneurs de Chaumont. La crosse vint, à son tour, rehausser l'éclat de la famille d'Amboise. Jean occupa le siège de Langres qui conférait en même temps la qualité de duc et pair, et Louis dirigea l'évêché d'Alby, non sans jouir de la plus haute confiance des rois de France. Pierre posséda les bénéfices abbatiaux de Sainl-Jouin et de Lire, et gouverna le diocèse de Poitiers ; ses goûts magnifiques le portèrent à enrichir son palais d'oeuvres d'art et à rebâtir sur un plan somptueux le château d'été des évêquesde Poitiers, à Dissay. Il mourut à lîlois en 150,5, et, selon son désir, son corps fut rapporté et inhumé dans la chapelle de Dissay. A son tour, Jacques obtint l'abbaye de Jumièges, au diocèse de Rouen, en 1476, et celle de Cluny, au diocèse de Màcon, en 1481 ; puis on lui donna l'évêché de Clermont. .\ sa mort, en 1516, il reçut la sépulture dans la superbe abbatiale de CInny.
Le plus illustre des enfants de Chaumont est assurément Georges d'Amboise, qui parvint aux plus hautes dignités de l'Eglise et de l'Ktat, au point de gravir presque les degrés du souverain pontificat et de s'asseoir sur les marches du trône dont il fut l'habile conseiller et le sage mentor. Georges fut successivement évêque de Monlauban en 1484, archevêque de Narbonne, puis archevêque de Rouen en 149.3. Il reçut le chapeau de cardinal en I49H et obtint la charge de légat en 1499. Georges mourut à Lyon en 1510 et fut enterré dans la cathédrale de Rouen, où son tombeau de marbre blanc fait l'admiration de tous les amis des arts.
Nous allions oublier Hugues d'Amboise, qui posséda la seigneurie d'Aubijoux et fut la souche de la branche de ce nom. Quant à la gracieuse théorie des filles de Pierre et d'.\nne, sans briller d'un éclat aussi étincelant, elle ne mérite pas moins de fixer l'attention par les
qualités et les vertus dont elles continuèrent l'aimable tradition. Nous y saluons, tour à tour, Anne, qui donna sa main à Jacques, sieur de Chazeron; Marie, qui s'unit ii Jean de Mangest, sieur de (ienlis, fils de Jean de Hangest et de Marie de Sarrebrucke; Catherine, qui lia son existence à celle de Pierre, dit Tristan, baron de Castelnau et de (^lermont-Lodève ; Louise, qui épousa en premières noces (îuillaumc (iouffier; Marguerite, qui se maria successivement à Jean Crespin et â Jean de Rocliechouart, fils de Jean de ilocliecbouarl et de Jeanne
Abbavc (If Fonfevi-niill, ilcssiii ilc Gnitjiiii-rrs.
de Torsay, sa deuxième femme. Knfm trois prirent le voile; ce sont : Madeleine, abbesse de Saint-Menou â lîourges, en 1498; Charlotte, qui fut prieure de Poissy et mourut en I i97 ; et Françoise, qui devint religieuse à Fontevrault.
Quel que soit l'intérêt qu'il y ait à suivre le développement de la carrière des enfants de Pierre et d'Anne, nous ne devons pas nous y arrêter davantage. Nous aurons bientôt l'occasion de mettre en relief ce qui caractérise la vie et l'œuvre de ceux qui ont tous les titres pour attirer l'attention. Pour l'instant, nous continuerons à raconter l'hisloire du possesseur de Chaiimont.
Nous avons laissé le seigneur de Cbaumont en la compagnie de Jeanne d'Arc et nous reprenons sa carrière. La Libératrice de la France avait rendu le dernier soupir au milieu des flammes du bûcher
I6i PltHRE LE PATltlAHCliE
de Rouen , et de son cœur, aemble-t-il, était tombée une dernière prière pour la pacification du pays qu'elle avait aimé jusqu'à lui donner aa vie. Charles VII, secouant les liens de la mollesse et secondé par ses lieutenants de Richemont, Dunois, La Hire et Xaintrailies, poursuivit l'œuvre de la Pucelle. D'ailleurs, la paix d'Arras (l43o) fit rentrer les Bourguignons dans le grand parti national, et bientôt, derrière Richemont et Danois qui ont pris la capitale, Charles VII fit son entrée triomphale dans Paris. Encore un peu, et les Anglais expulsés du territoire n'y conserveront plus que la ville de Calais.
Au château de Blois, on continuait à faire bonne garde, au nom du duc prisonnier. Comme le capitaine Arcbambauld de Villars, ce à cause de son grand aage et de sa débilité, ne pouvait plus faire le service dans ce temps de guerre, » le duc Charles donna le commandement de la place à son frère naturel, ie bâtard d'Orléans. Le 30 septembre ]430, eut lieu dans le chastel la conclusion du mariage de Charles, fds de Philippe le lion , et de Catherine de France, en présence du roi, qui voyait ainsi la maison de Bourgogne se rapprocher de la monarchie. Un rapprochement eut lieu aussi entre la maison de Bourgogne et celle d'Orléans. Pendant la captivité de Charles, sa femme, Bonne d'.\rmagnac, mourut, et le prince épousa Marie de Clèves, nièce de Philippe le Bon, Aussi, eu 1440, le duc de Bourgogne mit son influence en œuvre pour obtenir la délivrance du duc d'Orléans. Il est vrai que la Praguerie vint semer le trouble par la révolte des seigneurs, dont les chefs étaient le duc de Bourbon, le duc d'Alençon et le comte de Dunois : il s'agit du bâtard Jean d'Orléans, auquel, à l'occasion des conférences de (iravelines, où il avait été autorisé à prendre part en qualité de plénipotentiaire français, son frère, te duc d'Orléans, avait donné le comté de Dunois et ses terres du pays chartrain. Le Dauphin, on se le rappelle, fit alors cause commune avec les conjurés.
Cependant ' les soucis de la guerre ne faisaient pas négliger à Charles VII le soin des affaires de l'iitat. En I43K, à Bourges, se tînt un concile dans lequel fut promulguée la pragmatique sanction qui porte le nom de cette ville. On sait qu'elle repose tout entière sur les doctrines gallicanes : elle proclame la supériorité du concile général sur le pape, qui devait, au moins tous les dix ans, assembler un concile œcuménique ou universel ; elle attribue aux églises et aux chapitres l'élection aux évèchés et aux grands bénéfices, et supprime des redevances payées à la cour de Rome ainsi que les appellations au pape même dans les causes ecclésiastiques.
Le roi se trouvait à Bourges, le 3 juillet I43S, époque à laquelle
PIERRE LE PATBIABCliE
il donna aux habitants de Dtin-le-Koi i actuellement Dun-siir-Auroii, arrondissement de Saint-Amand-Monlrondj l'autorisation de transférer leurs foires et marchés intra muros , par crainte de l'ennemi et des gens de guerre qui pillaient les marchandises. Dans celte pièce, aux côtés du roi, nous voyons « l'évesque de Clermont, le sire de Chaumonf et autres ».
On se souvient qu'au moment de sa caplivilé par les Bourguignons. HuguesVI d'Amhoise avait trouvé dans le duc d'Orléans un concours précieux pour solder sa rançon. Un quart de siècle plus tard , le (ils et successeur de Hugues, Pierre d'Amhoise, devait il son tour donner au duc d'Orléans un témoignage éclatant de son attachement à la personne du prince. On sait que ce dernier avait été pris par les Anglais. La liherté lui fut accordée sur parole, sous la condition qu'une caution serait déposée pour sa personne.
Le seigneur de Chaumont n'hésita pas f> fournir la garantie demandée. Par acte du 17décembrel 439, « Pierre d'Amhoîze . seigneur
j -,, , ,. IVlnils cl iHi'lifs (II' sculpture i\e Cliaiimoiit
de LhaumOnt, chevalier, COn- ,|a|ir;->; un ilo^lu (!.■ la Hil)li.>lli,V|iie Nnli.jimlp
seiller et chanihellan du roi . »
prit l'engagement de payer an l'oi d'Angleterre <> quatre mille saluz d'or », au cas où son prisonnier Charles d'Orléans ne lui serait pas rendu au terme convenu. La pièce portait sur un sceau rond i quarante millimètres) les armes du seigneur, l'écu paie de si.v pièces à la hande par-dessus, penché et timbré d'un heaume, avec la légende en écriture gothique : jBifBÏ [Sierra b'^mïtaîs*.
Le seigneur de Chaumont était exact à remplir ses devoirs féodaux à l'égard de son suzerain. D'après le registre de » Déclaration des fiefs, l'an mil cccc et quarente », le comte de Bloi-s reçut alors la déclaration de « Pierre d'Amboize pour le cliastel. chasiellenie. terre, justice et seigneurie de Chaumont-sur-Loire, pour le lieu et appartenances de la Borde » ; une note indique que le seigneur » :i fait foy 1 an mit iiiic \ui ".
D'ailleurs, le comte de Blois veillait avec soin à ne rien laisser
166 PIERRi; LE PATItlARCIIE
prescrire des droits de ses vassaux. Kn particulier, par lettre pulenle du 4 juillet 1434, il avait ordonné de faire payer aux non-nobles de son comté, ayant acheté des biens tenus en fief, les droits et devoirs dus en pareils cas pour •< desamparenient de fief i-; en même temps, il obligeait les gens d'église à faire amortir les biens qu'ils avaient acquis ou à les abandonner. V.n 1445, la caisse des « finances du desaniparement de fié •> reçut six livres de Pierre Durant, pour la métairie appelée « rOstcUerie )>, qu'il avait achetée sur la paroisse de Chaumont et consistant en « masure, court et courtilz. lx arpens de terres. six arpents que prez que pastiz et noues ». qui sont " tenues en fié du seigneur de Chaumont, en rerefyé » du comte de Hlois, Un Vidimus en parchemin, daté de "l'an mil quatre cens quarente six après Pasques, le vingtungiesme jour d'avril <>, relate un hommage fait au comte de Hlois « par Pierre d'Amboise, seigneur de Chaumont, d'Asnières et des Ilochetes ».
En dehors des puissants suzerains, il y avait les obligations féodales à l'égard des fiefs d'ordre secondaire. A Herbaull, le .^ juin 144M, Jelian liastart de Saulx. écuyer, « procureur especial de noble homme mossire Pierre d'Aniboize, chevalier, seigneur de Chaumont et des lîordes-Cuenanll, » faisait la foi et hommage dus à te Guillaume Prunelle, escuier, seigneur de Harhaiilt , pour les prez communs et pour la rue des diz prez seans à Onzain, et pour les cens, tailles et autres revenus que le dict chevalier tient de lu\' à cause de sa seigneurie de Harhault ». Puis, c'est à l'endroit du comte de Itlois, n a la saincl Jehan Haptiste, l'an mil iicci: cinquante et ung ■■, que Pierre d'Amboise fit la déclaration pour » le lieu et appartenances des lïochettes ». paroisse de Santhenay, pour ■■ le chastel. chastellerie et appartenances de Cliaumont " et pour n le lieu et appartenances de la Horde ", Par acte du 20 août 14,').T, Pierre d'Amboise donna procuration à Jean Kerrageau et Jean Itobiltard, en vue de '. bailler les adveus et denombremens au comte de Itloys ». pour les domaines de Chaumont et des Rochettes. D'après l'aveu, rendu le lendemain sur « troys peaux de parchemin et denive ■>, avec sceau de cire rouge en double queue, le seigneur avait aussi, dans cette dernière terre, le droit de haute, moyenne et basse justice. A son tour, eu 14.'>~. le seigneur de (-haumont reçut im aveu pour \'arenne. peut-être la Carenne, qui se trouve mentionnée dans une déclanition de l'année \'i\").
XeTS cette époque , les seigneurs aliénèrent le domaine qu'ils possédaient dans le voisinage de Tours. Cette terre, dont le nom vient sans doute de celui de uostre chastel, comprenait •< l'hoslel de Chaumont avecques les roches et jardins ", clos de vigne, dime de blé
(lo à 20 muid-s), de vendan|,'es (35 à i(t pipes), menue dîme, et quelques cens et renies (10 livres). Elle jouissait de divers droits, dont ceux de «justice haulte, moyenne et base, en la rivière de Loire du cousté devant Sainl-Cire, tant comme je pourrai aller ou envoyer sur un coursier sans le faire noer, et quand le dit coursier ne poura plus aller sans nouer, tout comme celui qui sera dessus, le dit coursier poura giter devant soi une lance et se contiant de longueur en ladite rivière ». La seigneurie réunissait encore la justice de la Noeraie, « au lieu appelé la (îrouspic-Pierre, en allant contre aval jusques au lieu appelé le Boullan , qui fait la départie de la terre de Marraoutier et de Chaulmonl »; enfin la garenne où ■< nul ne peut chasser lièvres, conils, faisans ou pepdris ".
En l'année liOi, celte terre, du moins en pavlie. était aux mains d'Antoine de Clermont, chevalier, qui, le i avril, en faisait l'hommage simple au « thesaurier de Mgr saint Marlin de Tours ». Dans la suite, les seigneurs se décidèrent à la vendre fi la collégiale, ainsi que nous l'apprenons par un acte du 18 novembre lifiU. On y voit figurer i< en la court du roy nostre sire à Tours, noble et puissante dame Anne de Dueil, dame de Chaumonl et des deux partz de la lerre et seigneurye de Saint-Cire, et Anllioine lîoberl, receveur dudit lieu de Chaumonl, au nom et comme procureur du noble et puissant seigneur messire Pierre d'Amboize, chevalier seigneur dudit lieu de Chaumonl et des dictes deux partz de Saint-Cire». Les intéressés vendirent « les deux partz par indivis des terres, fief, seigneurie, cens, rentes, dixmes, teraiges, fromenlaiges, maisons, dommaines, justice, hommaiges, fruye, garannes, granges, nieslairies, manoirs de Saint Cire les Tours, patronaiges, collations de bénéfices, et autres droictz appartenances, appendances el deppendances et autres choses quelconques » à « vénérables et discretz les doyen, trésorier et chappilre de l'église de Monsieur saint Martin de Tours, maistre Marlin Chabot maisire escolle, Alexis Bouju soubz-doyen, Jehan P'estin celerier », pour « la gomme de deux mil Iroys cens escuz d'or des escuz du coing du roy, apresenl ayant cours, payez el nombrez en nostre ])résence ■>. Mais on lit cette réserve que « le sire de Chaumonl ne peut de présent faire tradition», puisqu'il a vendu ces deux parts à « d"'" Jehanne de Uoussy a grâce qui encore dure », et les vendeurs promettent de les " retraire hors des mains de ladite Jebanne de Uoussy' ».
La perception des cens et rentes amenait parfois des conflits assez brûlants enlre les seigneurs temporels et le clergé séculier ou régulier.
I6S l'IEItRE LE PATRIARCHE
En 1461 , les dîmes de Meillant et de Sainl-Amand, dans le lierrv , furent l'occasion d'un procès entre Pierre d'Amboise, qui était seigneur de Meillant à cause de sa femme Anne, et les prêtres Jean Flory, prieur, et Jean Péron, curé de Saint-Amand-L'Aillor (aujourd'hui Saint-Amand-Montrond]. Il intervint une sentence arbitrale rendue par l'offîcial de lîourges et par Jacques Diiboys, licencié en lois. Le procès mettait en opposition, d'une part, Pierre d'Amboise, « seigneur de Chaumont, Sagonne, Meillant et de la baronnie de Cliarenton, » et. d'autre part, Anne de Beaujeu , veuve de Philippe de Culan, Jean de Casteliio, écuyer, avec Marie Culan sa femme, fdle de feu Philippe de Culan et d'Anne. On connaît peu de détails sur ce procès. On sait que, à Tours, le 14 octobre 14(i'2, Louis XI adressa à son « amé et féal conseiller et chambellan Pierre d'Amboyse , chevalier, seigneur de Chaumont », une lettre d'anticipation. Ce mandement « au premier huissier ou sergent sur ce requis » autorisait cet ollicier à citer par anLicipalion, en appelant par-devant le parlement, alin d'activer la procédure et le jugement. Par ailleurs, Nicole de <^anay. <■ juge des exempts par appel du pais et diicbié de Berry pour le roy el commissaire en cesle partie, » à la requête de Pierre d'Amboise, ordonne de comparaître devant lui, à Hourges, à dame Anne de Beaujeu. ou son procureur, pour la collation de titres, l'entérinement de lettres royales et autres choses se référant à la « cause méfie et pendant par devant » lui, entre les diles parties.
Nous venons de prononcer le nom de Louis XI. Un événement considérable avait eu lieu par l'arrivée de ce prince au trône de France, et, pour sa part, Chaumont connut tour à tour les rigueurs et les faveui's du puissant monarque. Charles VII avait laissé la France délivrée des Anglais, le domaine de la couronne accru d'une façon notable et l'aulorité royale fortifiée par la prudence d'une administration avisée. A Louis XI incombait la tâche de fonder l'unité nationale sur le démantèlement de l'apanage des puissants suzerains, qui prétendaient se gouverner à leur gré. Il ne fallut rien moins que l'habileté consommée et la volonté indomptable d'homme d'Etat de ce prince pour tenir en échec les quatre maisons princières de Bourbon . de Bourgogne, d'Orléans et d'Anjou, ainsi que les puissants duc de Bretagne et comte d'Armagnac. La coalition n'attendait qu'une occasion pour entrer en lice. Louis XI ayant voulu enlever aux intéressés certains privilèges en leur imposant l'obligalion de lui rendre les aveux féodaux, les principaux seigneurs constituèrent la redoutable Ligue du Hten public, qui trouva des chefs résolus dans les ducs de Bourbon et de Bret;igne, dans les comtes de Danois. d'Armagnac et d'autres, mais dont les deux
PIEHHE LE PATRIARCHE 169
têles les plus redoutables furent, à l'est, le duc de Bourgogne, Cliarles le Téméraire, et, dans le centre, le frère du roi, Charles, duc de lierry.
Commines, faisant la peinture de la lutte contre le comte de Charolais ou duc de Bourgogne, raconte qu'après la baUiiile de Monllliéry, le comte se retira à Ktampes, cl le spirituel chroniqueur était alors dans ce parti. « La, écrit-il, arrivèrent messire Charles de France, lors duc de Berry. seul frère du roy, le duc de Bretaigne, Mo"" de Dunoys, M'Jf de Dampmartin, Mgr de Loheac, Mgr de lîueil, Msf de Chaumont et messire Charles d'Amboise, son filx (qui depuis a esté grand homme en ce royaume) , tous lesquels devant nommez le roy avoit desappointez, et deffaictz de leurs eslats, quand il vint à sa couronne, nonobstant qu'ils eussent bien servy le roy son père, et le royaume , es conquestes de Normandie et en plusieurs autres guerres. Mgr de Charoloys et tous les grands de sa compagnie tes recueillirent et leur allèrent au devant, et amenèrent leurs personnes loger en la ville d'Estampes, ou leur logis
estoit fait, et les gens-d'armes demeurèrent aulx champs. Kn leur compaignie avoit huit cens hommes d'armes, de très bonne estofîe, dont il y en avoit très largement de Bretons, qui nouvellement avoient laissé les ordonnances qui amendoyenl bien leur compaignie. D'archiers et d'autres hommes de guerre, armez de bonnes brigandines, avoit en très grand nombre, et pouvoyent bien estre six mille hommes à cheval, très bien en poinct. Kt sembloit bien î'i voir la compaignie, que le duc de Bretaigne fust un très grand seigneur : car toute cesie compaignie vivoit sur ses cofl'res '.»
De fait, le seigneur de Chauniont oublia qu'il était chambellan du roi pour suivre le parti des princes et des hauts suzerains, parmi lesquels il avait des relations plus intimes, notamment avec le duc d'Orléans et le comte d'Armagnac. La punition ne se fit pas attendre, et le roi confisqua sur-le-champ les domaines de Pierre d'Amboise, dont il fit présent à sa cousine la duchesse d'Orléans. La lettre du prince, datée de « Mehun-sur-Loire, le dernier jour de may IKio ». contresignée » Bourré », fut enregistrée à la Chambre des comptes
' Mémoire», 1. I, cb. v.
l'Icssis-lcz-Toui-*, favBtie L-xU-rieiirc (dessin de la B. N.).
r.» PIEIIKE LE PATItlAIlCIlE
de Paris, le 9 juillet suivant. Elle est trop importante pour notre sujet pour que nous ne transcrivions pas ici les principaux passages.
« Loys, par la grâce de Dieu roy de France, à tous ceux qui ces présentes lettres verront, salut. Comme Pierre d'Amboise, chevalier, nagueres au lieu de Chaumonl-snr-Loire se soyt, puis aucun temps, armé et eslevé allenconlre de nous et fait plusieurs macliinations et sollicitations et poursuites afin de grever et dommager nous et nos loyaux suhjecls, à l'accaslon desquels cas qui sont tous notoires, tous ses biens nous soient acquis, et ayant forfait comme et desja eu signe de ce et pour l'absence du dit Pierre d'Amboise, qui sest rendu fugitif de nostre royaume et n'y a peii eslre appréhendé pour procéder contre sa personne, ayons fait démolir et abattre son cliaslel dudit lieu de Chaumont et autres de ses maisons, comme loisible nous estoit;
>' Sçavoir faisons que nous, considéré la proximité de lignage dont nous attientnoslre très chère et très amée cousine, la duchesse d'Orléans, a icelle, pour ces causes et autres nous mouvans, avons de Tours. chi.i..-ii.- .a u-irassi- d,- ciinunioni . nostre propre mouvement et grâce
iiqii. .iiiiinn.. e-ipccialc donné, cédé et trans-
porté, donnons, cédons et transportons par ces présentes a tousjours, perpétuellement et héréditairemont pour elle, ses hoirs, successeurs et ayans cause, le dit chasiel, ehastellenie, terre et seigneurie de Cliaunionf, avec la terre et seigneurie de la Horde, près du<Iit Chaumont, et la terre el seigneurie des Uoclietlcs, ensemble les garennes a connins des dites terres et seigneuries, s'aiicnnes il y en a, sans en rien^ retenir ne reserver excepté le péage du dit Chaumont, que nous avons aboli et abbatu, et aussy les bois qui soni des dites terres el seigneuries lesquels nous avons retenus el retenons pour nous... ' "
hliolliJ'.jiie ite Sniiit-G.Tinaln, t. VI, f. 8, - I(. N,. Cfili. U. Houssenii, I. IX, n-*068.
PIERRE LE PATRi-VRCEIE 171
En donnant la terre de (^lianniont à sa " très amée cousine la ducliesse d'Orléans », Louis XI avait déclaré que c'était pour en jouir, elle et ses successeurs, « a toujours, perpétuellement, héréditairement, en payant les charges et faisant les devoirs qui en pourroient estre deîîbs ». Le roi sous-entendail la condition de son bon plaisir, reposant sur le vieil adage que » la cause cessant, l'effet peut cesser aussy ". Et il le fit bien voir, en reprenant à la duchesse le domaine qu'il lui avait octroyé « comme sa propre chose ». Le seigneur de Chaumont devait, en effet, voir cesser la disgrâce et, avec elle, la punition qu'il avait encourue.
Mais le souverain ne s'était pas contenté de confisquer le domaine. " Le roi ordonna, au mois dejanvier 1 i6o, que la place de Cliaumont fût brûlée et rasée, ce qui fut exécuté, »
comme s'exprime le docte Père Anselme. De fait, en recherchant les vestiges du castel médiéval , on remarque , dans l'aile qui regarde le couchant, à la base des murailles , des j,.s Sage^. lu-iiitiLit du xv siicU',
restes d'une construction ci.nivo ae in Mattck-ine, A Amlmiw.
fort ancienne qui doit être le
bâtiment sur lequel Louis XI étendit ses mesures de répression. II est probable, en effet, que la justice royale se borna à démanteler l'habitation sans la ruiner complètement et que les portions survivantes furent utilisées dans la réédificalion entreprise par le chevalier Pierre.
Celui-ci, nous l'avons dit, ne Uirda pas à rentrer en grâce auprès du roi. qui savait bien l'étendue des aptitudes et du dévonement de son chambellan. Louis XI lui accorda toute facibté de relever la forteresse chaumontoise et l'aida, dit-on, dans cette œuvre de réparation.
De cette époque on possède une confirmation ou Vîdimus d'une sentence arbitrale de l'archevêque de Tours et de l'évêque de Chartres, entre les religieux de Pontlevoy et le seigneur de Chaumont, sur plusieurs différends ( fif>6) ; un autre, touchant « l'hommage et foy faicte
.\njou et Touraine, cbarlcs 1400 â 1547 (sa Ir.inscriplion ost défuclucuse cil plusieurs pansages). — B. N., F. fr. 5980, f, 52 v.. Extrait des layettes de la Cliambre des comptes ■le Blois, registre du xviii» siècle. — Vhlimus,; id. S'JHÔ, f. 4:i v. -- B. N., Coll. Clêrami>aull, 96", p. 50i , coliiei- du xviii" sii-cle. Inventaire des titres de la Chambre des comptes de Blols.
PIEIIKE LE PATRIARCHE
ail comte de Uloys par Charles d'Amboise pour raison de la lerrt' el seigneurie de Chauniont-sur-Loire. en dalle du vingt deuxiesme jour de janvier mil quatre cens soixante neuf, » signé Villebresme. Ensuite,
^i:i(leiilaIo du cliAtuH
nous rencontrons un Vidimus en parchemin de « la foy faicle par Gliarles d'Aniboisf . au nom el comme procureur de Pierre d'Amboise. son père, pour raison de la terre et seigneurie de Cba uni ont-su r- Loire et ses appartenances, datte de l'an mil quatre cens soixante el neuf, le dixiesme jour do febvrier >•, signé ïremeau et scellé de cire verte sur simple queue. Le I't septembre li70, n Pierre d'Amboise fil
l'hommage et foy », par son procureur Anloine Hobert, pour « la seigneurie des Rochetles, paroisse de Sentlienay », et un Vidimus. daté du lendemain, est scellé de cire verte sur double queue.
Le seigneur de Ghaumont, que ses fonctions attachaient à la Touraine, montra une prédilection spéciale pour le couvent des Cordeliers d'Amboise qu'il dota de ses largesses, et il fut suivi dans cette voie par les membres de sa famille, dont plusieurs y reçurent la sépulture. De cet ancien couvent, à l'ouest de la ville et au milieu d'un parc agréable, il reste des parties intéressantes. Outre la cliapelle avec traces de peintures et d'enfeu, on remarque le cloître et le logis conventuel, refaits au xvn° siècle. Tout à côlé s'élève le vieux collège de la Madeleine, si remarquable par ses curieuses peintures murales du xv' siècle , figurant les Siiges de Vanliquifé, et dont les blasons attestent l'intervention des seigneurs de la famille d'Amboise.
Pierre d'Amboise touchait à la lin de sa longue carrière, remplie d'honneurs. Il possédait de nombreux et riches domaines, et les rois Charles VII et Louis XI y avaient ajouté des charges importantes. Il occupa les dignités de chambellan du roi. de gouverneur de Touraine, de prévôt de Blois et d'ambassadeur à Uome. Mais la meilleure récompense du chevalier était dans l'affection de sa femme et de ses enfants, chez lesquels se devinaient les aptitudes les plus variées et se faisaient jour les espérances les mieux justifiées.
Avec un culte profond pour la mémoire de ses aïeux, Pierre s'était appliqué à rendre à Chaumont son éclat des temps anciens. Son œuvre, qui fut continuée par son fils, se montre en particulier dans l'aile occidentale, laquelle garde bien la physionomie du dernier tiers du xv° siècle. La façade intérieure de la cour, avec ses meneaux, la tour d'escalier en vis de Saint-Gilles, avec sa porte surmontée d'un arc en talon à tympan orné du casque de chevalier, tout dans l'ensemble et les détails accuse cette époque. Elle brille davantage encore à Textérieur. Une grande partie de la muraille du couchant avec son chemin de ronde, la magnifique tour à quatre étages qui flanque l'angie nord-ouest et continue de s'appeler « tour d'.\mboise ». aussi bien que l'aile en retour vers nord, appartiennent, selon toute probabilité, au plan de reconstruction du chevalier Pierre, dont le travail fut répris par ses successeurs.
C'est qu'en effet, tout en présentant une silhouette magnifique par l'ampleur et la fermeté de ses lignes, ainsi que par l'harmonieuse unité de ses proportions, le château laisse deviner au regard scrutateur les vicissitudes de son histoire à travers les siècles. Tel le preux des combats légendaires garde empreinte sur ses traits et sur son armure
la trace des luttes auxquelles il a pris part, et les cicatrices ne font que rehausser la noble fierté de son visage.
Parmi ses domaines, celui que Pierre d'Amboise plaçait dans son attachement après Chaumont, est ia terre de Meillant en lierry. Dans la suite, nous verrons se transformer superbement cette résidence, qui mérite à tous égards d'arrêter l'artiste et l'historien; mais, dès l'époque qui nous occupe , c'était une terre et une maison fort agréables. Sans doute, le désastre subi par le château des bords de la Loire avait porté le seigneur à faire des visites plus fréquentes et des séjours plus prolongés au castel berrichon. Il s'y trouvait le 28 juin 1473. quand il fut emporté par la maladie. Ses restes mortels furent inhumés dans l'église du couvent des religieuses de Sainte- Glaire à Bourges.
c cmblèmi'S de Choumunt cl inillalvs de C.harli
LES GRANDS OFFICIEliS
Charles U'"", 1res vaillant homme, sage et (llllgenl.
[Combines, M.'m.,t>M. I. vi , c. i.]
: relèvement de Cliaiiniont devait êlre conliiiiié par le fils aîné de Pierre, Charles I", qui posséda également divers cliâleatix et fut aussi baron de Charenton , seigneur de Sagonne, comte de lïrienne, seigneur d'Ennordres, d'Augy-sur-Aubois et de Château-sur-AlIier. Louis XI lui accorda toutes ses faveurs et lui vint en aide pour la reconstruction de sa demeure. On connaissait « plusieurs quittances de lui, des années antérieures à Ii75, tant pour les sommes que le roi lui avait accordées pour la réparation et réédification de son chaslel et place de Chaumont, que pour les pensions qu'il avait reçues de ce prince >). Nous avions le plus vif désir de retrouver ces pièces, mentionnées par le P. Anselme, mais nous les avons vainement cherchées îi la Bibliothèque Nationale.
« Monseigneur de Chaumont, » comme on l'appelait, entre autres domaines, possédait la belle terre de Meillant, ainsi que nous l'avons vu. Dans le ressort de celle-ci, Jean lleslion de Chez, écuyeret seigneur des Mazières, avait vendu, le 19 janvier li7i, la dîme de Monteaulx assise sur les paroisses de Saint-Amand, Drevant et Colombier, à Charles de Bigny. écuyer, seigneur de lïigny, de latïoursse, d'Avnay le \'ieil
et de Meaulne. L'acheteur ne se pressa guère de faire l'honimage pour cette dime « au fié de Meillant » dont elle relevait, et il se vit, <■ faulle d'homme, » menacé de la saisie féodale, d'autant mieux qu'il n'avait pas, à cet effet, mis à profit le séjour que le seigneur fît dans sa résidence du Berry.
Enfin il se décida et, le 2 octobre 1474, vers les qualre heures du soir, il se transporta au château et demanda Ms'' de Chaumont : on lui répondit qu'il était absent. Il se rendit ensuite à la maison du procureur de Meillant, Claude Libault. également absent, et dit à la femme de ce dernier v qu'il esloit venu pour faire le fié et hommaige a mondit seigneur de Cliaulmont, s'il y estoit, de la moitié du disme de vin de Monteaulx ". Ensuite il s'avança vers le chaslel et trouva, tout auprès, François Le Bailhe, écuyer et seigneur des Brosses, et Beraul Franc, écuyer, seigneur de La Mothe, « officiers et gouverneurs de ladite seigneurie ». Il leur exprima son intention en leur demandant que « s'ilz avoient puissance de mondit seigneur de le recepvoir audit fié, qu'ilz le receussent». Ils lui répondirent négativement, non sans ajouter que le seigneur « avoit assez longtemps esté audit Meillant, et durand icelluy temps devoit venir, et que a présent venoit a tort et quilz avoient charge de lever la dicte disme parce que mondit seigneur n'avoit point de homme •>.
Les officiers poursuivirent « qu'ilz avoient de la vesselle dargent du seigneur, dont ilz luy en laisseroient, s'il vouloit, jusques à la somme de quatre cens escus d'or que luy avoit cousté la dicte disme >■. L'interlocuteur répliqua « qu'il venoit assés à temps a faire le dict fié et, si mondict seigneur y esloit, qu'il esloit délibéré de le faire à luy et a sa personne, mais qu'il ne se congnoissoit en vesselle d'argent et s'ilz luy vouloienl bailler les diz quatre cens escus d'or, qu'il les prandroit voulontiers ». On échangea encore plusieurs propos et, finalement, le visiteur résolu « s'en vint vers la porte principale dudict chastel et illec vint baiser le courroilh et verroilh dicelle porte, disant qu'il faisoit illec le fié et devoir de fié qu'il estoit tenu faire à mondict seigneur de Chaulmont de la dicte disme ou que soit le possible a luy, affin de obvier a tout dangier et inconveniant qu'il pourroit au deffault dudict fié encourra envers mondict seigneur, faisant plusieurs protestations selon qu'il disoit perlinens a son cas ». Ce dont le seigneur de Bigny demanda à un notaire « lettre et instrument », qui lui fut remis.
La retenue féodale, opérée au nom du seigneur de Meillant, de la moitié de la dîme de Monteaulx émul fort le seigneur de Bigny; et, le 3 octobre , pour trancher la contestation, un acte fut passé entre celui-ci et les préposés du château, acte par lequel les parties déclaraient s'en
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rapporler à l'arbitrage de M' Jean Cordier et Jean Uaclielier, devant lesquels on produirait les pièces et moyens utiles. Le seigneur de Clianmont, nous l'avons dit, portait le tilre de i< baron de Cliarenton ». el, au printemps de 1475. il avait pour prêvôl de cette terre Jean Chevasson.
Cliarles I". " très vaillant homme, sage et diligent, » selon les expressions de Commines, fut honoré de plusieurs dignités par le i-oi Louis XL 11 était capitaine de Pézenas en 1474. suivant une quittance du 12 juillet, el capitaine de (juatre-vingls^lances en 147.^. d'après une quittance du 30 juillet. Aux titres de conseiller et de chambellan du roi, il joignit ceux de gouverneur de rile- de- France, puis de Champagne el de la ville de Langres. En cette qualité , on le voit toucher ses gages le 13 septembre 1476et mettre à la quittance son sceau rond (23 mill.l
... , , j ■ Château de Meillanl, <]o«siii de la Itihliolhôqni' Nalioiialf.
avec I ecu pale de six
pièces, penché, timbre
d'un heaume â lambrequin, cime d'une tête de lion dans un vol. La
légende mutilée porte encore : S... d'Amueize.
Le seigneur de Chaumont reçut aussi le gouvernement de la Bourgogne, et il se trouva mêlé aux afTaircs de l'Kst, où il servit le roi avec dévouement. Après la bataille de Morat i 1476i, qui lui ravit environ huit mille hommes, le duc Charles le Téméraire se retira « bien désolé » en liourgogne. 11 fit amener au château de Rouvre, près Dijon, la duchesse de Savoie, sœur de Louis XI, alors désunis par v haine moult grande et longue»; avec elle, on conduisit un de ses enTants, depuis duc de Savoie, tandis que l'aîné fut mené à Chambéry. La duchesse tourna alors sa pensée vers le roi de France, qui répondit à l'envoyé Kivarol qu'il " ne vouldroit avoir failly à sa sœur, nonobstant leurs differens passez, et si elle se vouloit allier de hiy, qu'il la feroit envoyer quérir par le gouverneur de Champaignc, pour lors messire Charles d'.\niboise, seigneur de Chaumont ».
ne LES GRANDS OFFICrERS
Ayant reçu du roi l'espérance qu'elle retournerait en Savoie avec ses enfants et ses places, elle promit de renoncer à toute alliance pour la sienne. Sur-le-champ, Louis XI envoya à Charles d'Amboise l'ordre de délivrer la duchesse, et " l'entreprise fut bien exécutée ». « Et alla
le dict seigneur de Chaumont. avec bon nombre de gens, jusques à Rouvre, sans porter dommage au pais, et amena M"' de Savoye, et tout son train, en la plus prochaine place, en l'obéissance du roy. »
A son retour de Lyon!iTours,LouisXI, en apprenant la délivrance de sa sœur, V fut très joyeux , et manda diligemment qu'elle vint devers luy )■. Le séjour de la duchesse au Plessis pendant une semaine scella leur amitié '<jusques à la mort ", et, selon sa promesse, le roi " iuy fait rendre ses enfants, et toutes ses
T..iir il'cnlrOc iK' Cliauiiu.nl , ,-mblôines dos si-it:m-virs plaCCS Cl bagUCS , et
tenoit' ".
Le seigneur de Chaumont avait uni son existence à celle de Catherine de Chauvigny, dame de lïavel, fille d'André de Cliauvigny et de Catherine ou Jaquette de lîeaujeu. Associée à la vie du seigneur par les liens d'une tendre aU'ection, il convenait que son nom fût uni k celui de son mari dans le souvenir de la reconstruction du château. Suivant l'usage du temps qui parait dans les miniatures , les tapisseries et autres œuvres d'art, les initiales des <leux prénoms sont enlacées d'une
façon intime el sans lacs intermédiaire, aulour du château, dans la curieuse frise qui court sur l'entrée, les tours el sur les façades latérales.
Cette union symbolique n'était que justice et ne faisait que consacrer la douce mémoire de dame Catherine, dont les qualités avaient embelli l'existence du seigneur auquel elle avait d'ailleurs donné une jolie couronne d'enfants formée de quatre garçons et deux filles. L'aîné, qui se nommait François, fut prieur de Saint-Lazare; le second, Charles, parvint à tme situation considérable; quant à Louis, il devint évèque d'Autun et d'Albi , et reçut la pourpre; enfin Guy ou Guyon fut seigneur de Ravel, chevalier de l'ordre royal et capitaine de deux cents gentilshommes de la maison de Louis XII. Les filles se nommaient Marie et Catherine. Marie se maria d'abord à Robert de Sarrebruck; puis, après la mort de son premier époux , elle s'unit à Jean VI, seigneur de Créqui; elle était qualifiée dame de Risse et donna le jour à Georges de Créqui , sieur de Risse. Catherine contracta trois mariages successifs, dont nous nous réservons de parler à cause du lien particulier qu'ils ont avec les annales chaumontoises.
Louis XI comptait parmi ses confidents les plus intimes les deux frères d'Amboise, Charles et Louis, ce dernier évêque d'Albi et confesseur du roi. Ils ne s'éloignaient guère de sa personne, et le monarque les avait auprès de lui, au mois de mars i iKO, sur les bords riants de la Vienne, ainsi d'ailleurs que le maréchal de Gié et le sieur du Lude. On sait qu'en cette circonstance, le prince fut frappé d'apoplexie et perdit quelque temps connaissance. Durant une dizaine de jours, les chambellans avec le secrétaire Commines, dans une chambre au-dessus de celle du roi. expédièrent les affaires urgentes dans l'expectative de l'amélioration du souverain, «.avec lequel, dit Commines, il fallait charrier droict. " .\ussi, poursuit-il, •< nous faisions peu d'expéditions en attendant la fin de la maladie ".
Charles I" remplissait les fonctions de sa charge auprès du roi quand il fut emporté le 22 février 1481 (n. s.i. Son corps fut transporté en l'église conventuelle des Cordeliers à Amboise, où il reçut la sépulture. Un historien qui a vu son mausolée nous en a laissé la description suivante :
" Charles I" d'Amboise. fui enterré dans le ca-ur des Pères Cordeliers, derrière le grand autel où est son tombeau. Ce monument peu recherché, de huit pieds de long sur trois pieds dix pouces de large, ne porte plus que deux pieds huit pouces de hauteur, la base sur laquelle il avait été élevé ayant été enterrée. Le massif de ce monument, construit en pierre de lîelle roche, présente un quarré long, sur les faces duquel on a sculpté des agréments gothiques, symmétrisés en
forme de croisées d'église. Revêtu d'une table de pierre de Ménars de quatre pouces environ d'épaisseur, les \-ives arresles abbatues en chanifrain en-dessus et en-dessous, forment une espèce de gros tors, sous lequel est l'épitaphe suivante, gra%ée en écriture capitale nsigothique,
dont les lettres sont massives, à bases
el Irancbées :
'I Cy <;ist nobie et puissant seij^ncur Charles d'Amboise, en son vivant 8eij;neur de Chaumont. baron de Charenton, et lieutenant ^'énéralduroy et frouverneurès pavs, duché et comlé de Bourgo^'ne et Campai^'ue, lequel trespa^sa l'an mil quatre cens quatre viu(,'ts le iMi" jour de février. Plaise vous prier pour l'âme de luy. ■•
" Sur cette table est une figure de marbre blanc, représentant Cbarles revêtu de la coite d'armes, ayant une soubreveste en-dessus, la teste appuyée sur un carreau, et les mains jointes. L'n casque fermé se trouve derrière la tête, au milieu de deux anges qui l'accompagnent; un lion, symbole du courage, est à ses pieds.»
Lors du décès de Cbarles I", ses enfants étaient encore mineurs , et leur mère, Catherine de Cbauvigny, eut la tutelle des personnes et des biens, (^est la qualité que nous hii T..nii.i-aiiii.- i:i.nri,« I", .liiim-GHi^-iiims. VOYOUS dans un actc quî débute par les mots : « Katberîue de Cbauvigny, comtesse de Ifricnne. dame de Cliaumonl, de Uavcl, de Charenton, MfiUiint et Sagonne, luteresse naturelle et ayant le bail, gouvernement et adininislracion de Francoys, Marie, Cbarles, (îuyon, Loys et Katlierine, nos eufl'an/ et de feii nostre très chier seigneur et mary, (!])iaflcs d'Amboize, seigneur des diz lieux, que Dieu absoille ! "
A ce titre, le 2.*> juillet I 4H5, au cbàteau de Sagonne en IJerry, où elle se trouvait, la dame de Cluiumont recevait de noble homme Martin I''r;mc, seigneur de Preiles. <i pour et au nom de ses enfTants, les l'oy et liomniaige des chcvances, terres et seigneuries qu'il tient en fiez à cause de la seigneurie et cliastel de Sagonne ». Celui-ci fit le
LES GRANDS OFFICIERS t8J
serment accoutumé el promit de remettre le dénombrement particulier au bailli " dedans quarante jours ». L'acte de réception, donné « an cbastel de Sagonne ». porte : <> Parcommendementde M"° Dubourg. » Trois jours plus tard. Catherine était à son manoir de Cbarenton, et, au même titre, elle y recevait l'hommage féodal de Chariot de Crosses, de la paroisse de Vernay, pour les terres qu'il possédait dans h la baronnie de Charenton » ; le vassal s'obligeait également â donner le dénombrement dans les quarante jours. L'acte porte : « Donné à Charenton, le XXVIII juillet liHîl. i>
Parfois l'hommage féodal était rendu devant un représentant du suzerain. Ainsi, le o septembre de la même année, c'est devant Pierre Merlin, notaire de Cbarenton, que (Guillaume Deni.s faisait aux " enfants héritiers de Charles d'Amboise ■■ l'aveu de certains biens. 1! déclarait tenir de la seigneurie de Meillant une dime appelée Sencion. sur la paroisse de Meillant et u d'Arpheulhc » (Orfeuil), dont il « a fait les foy et hommaige el services en tel cas acostumés es mains de noble et puissante damoiselle Katherine de Chauvigny, mère et Intéresse naturelle des diz seigneurs ». Sur la paroisse de Vernay, dont il a été question, l'écuyer Jean Carrelier, seigneur en partie de la A'aul, dite localité, le 31 mai 1486, reconnait tenir des dits enfants el seigneurs Il certaines terres, bois, cens, relevant de la baronnie de Charenton », dont il a fait l'hommage à la dame de Chaumont. Outre les titres ordinaires, le défunt porte ici ceux de seigneur de " Aneurdre (Vandœuvresi, Augy-sur-Boys et Chasteaulx- sur- Allier -i. Le même jour, Antoine de la Faye, écuyer, seigneur de la Faye, même paroisse, déclarait tenir des dits seigneurs à cause de leur baronnie de Charenton " un hostel appelle l'ostel de la Faye, avec les foussés et un plex (haie) de boys, la garenne et troys petites oucbes, etc. ".
Au cours des années qui fixent notre attention, de ses hautes fenêtres à meneaux, la dame de Chaumont vit défiler sur les rives de la Loire le cortège qui accompagnait les restes mortels du roi. L'année HH3 avait enlevé à la France Louis XI, dont les éminenles qualités d'bomme d'Etat, appuyées d'une énergie invincible, avaient donné à la nation l'unité, la paix, la prospérité avec les bénéfices les plus précieux de l'industrie, du commerce el des divers avantages qui contribuent au développement de la civilisation. Toute défaillance et tout excès mis de côté, le souverain avait gardé au cœur deux amours profonds et sincères, celui de la France et ceUii de Notre-Dame dont il portail d'ordinaire les insignes. Aussi voulut- il reposer non à l'ombre de la nécropole royale de Saint-Denis, mais sur les bords solitaires de la
LES GRANDS UfKfCIEItS
Loire, en l'égiise Nolre-Damt- de Clérj-, où son tombeau le représentait à genoux en simple costume de chasse.
Le mépris souverain du faste ne parut pas au même degré dans la personne de Charles \lll. La célébration de son mariage à Langeais à l'hiver de 1491 fut entourée d'une brillante solennité, que présida l'un des frères du seigneur de Ciiaumont, Louis, évêque d'Albi. Le contrat de mariage fut rédigé par le notaire royal, Boureau d'Amboise. Les registres paroissiaux ont conservé le souvenir de cet acte solennel par la plume du curé de Saint-Jean, qui vivait au xviii" siècle et qui a connu les pièces officielles.
(' Ce qu'il y a do plus considérable â Langeais, y lisons-nous, c'est le chasteau où Charles huit, roy de France, a espousé Anne de Bretagne, dans la grande salle du dit chasteau de Langeais, l'année 1491, le seize décembre, où assistèrent M"" Anne de France, duchesse de Bourbon, sœur du dit seigneur roy; furent espouzés par M. l'évesque d'Alhv. et encore présens et du consentement de très hault et très puissant M. le prince d'Orange, proche parent et héritier de la dite dame, et encore de très haults et puissants princes messieurs duc Pierre de Bourbon, Charles, comte d'Angonlème , Jean, comte de Foix, François, comte de \'endôme; MM. Cny de Rochefort, chevallier et chancelier de France, Bévérend Père M'' Louis d'Amboise, evesque d'Alby, Jean d'Exety, docteur en théologie, confesseur du dit seigneur roy . esleu esveqne d'Angers, avec plusieurs autres de la part du dit roy. et le dit seigneur prince d'Orange, M' Philippe de Monlanban, chaneellier de Bretagne, le sire de Guimené, le seigneur Couacquin, grand maistre de la ditte Bretagne, el plusieurs austres de la part de la dite dame reine, aussy présents; ce fut fait et passé par M" Pierre Bourreau, licentier es lois, notaire apostolique, les jour et an que dessus. Fait à Langeais, ce dix septiesme febvrier mil sept cent trente six. Fallu, curé et doyen'. ■>
Trop court allait être le règne du jeune Charles VIII, qui fut moissonné dans la fleur de l'âge. L'évèque Louis d'Amboise ne devait pas goûter longtemps les faveurs de son souverain, et de nouveau, des fenêtres de son chastel, la dame de Chaumonl allait voir se dérouler la pompe funèbre {l'un roi de France, non sans que le souvenir éveillât en son âme une profonde émotion. Les complaintes du Icnips célèbrent le prince •< juste. loyal, piteux, miséï'icors. — auquel l'œil doit pleur, le cueur, doléance; la langue, loz; l'esprit, dêligence; — qui tant vallolt, qui bien parloit et qui bien vivoit. •> C'est ici le langage des
' Archives île la ni.iirie ilc Langeais, registre de la pnroisse Saiiil-Jean.
LES GRANDS OFKECIERS 183
Miises, qui redisent " sa beauté » et « complexion remplie de sobresse' ». Quant aux historiens, ils nous ont laissé des réflexions contradictoires au sujet de Charles VIII. Au dire de Brantôme, il avait « ie visage doux et agréable » et était .■ de petite stature ». Ciuichardin le fait difforme de corps et de visage; d'après Barthélémy Coclilès, il était » petit de taille et laid de visage, avait la tète grosse, le nez aquilin et outre mesure, les yeux grands et saillants, le cou court et épais, cuisses et jambes grêles ». Peut-être ne faut-tl accepter ni le dire de Brantôme, qui ne connut le prince que par sa grand'mère, ni celui de Cochlès, qui pourrait avoir chargé le tableau. II ressort de ces observations que Charles VIII était court, de complexion défectueuse et de visage doux mais pas harmonieux, ce qui s'accorde bien avec son i( effigie douce et bénigne à Saint- Denis, en bronze doré, devant le grand autel » , selon le rapport même de Brantôme,
Quoi qu'il en soit. Charles \'III. d'un naturel débonnaire, avait au soir de sa vie rêvé de rendre la justice et de « donner audiance au pauvre peuple, mesme comme Monsieur sainct Loys y procédoit». Soudain , par une nuit printaniëre d'avril li98, la " veille de Pasques Hories », à la suite d'un heurt de la tête contre le cintre soubaissé de la galerieHaquelehac.il fut emporté par une congestion suivie d'un coma d'environ neuf heures : touchant exemple d'une jeunesse moissonnée dans la fleur et montrant, suivant l'expression naïve du chroniqueur, « que c'est peu de chose que nostre misérable vie », et qu'à ce passage, «les roys n'y peuvent résister non plus que les laboureurs».
Sur la couche funèbre on répandit des larmes avec des prières, et très grande, en particulier, fut la douleur d'Anne de Bretagne, dont un témoin, Imbert de Batarnay, seigneur de Montrésor. écrivait à sa femme que » l'on ne la peult appaiser », Les comptes de la reine nous révèlent le changement qu'elle apporta dans la façon de porter le deuil, pour lequel elle substitua le noir au blanc. Nous y relevons en particulier « un manteau d'agneaulx blanc soyeux (trente-trois livres trois sous) avec quatre-vingt-seize frizons blancs pour la fourrure; un grand manteau de deuil de drap noir de dix aunes, avec queue de deux aunes et demie de long, et quatre cent cinquante et une ventrées de menu ver épuré et soixante-dix non épuré, tout le dedans resemé de queues «; un corset de drap noir à grandes manches et deux queues; une cotte de fin drap noir avec salin noir pour le corps de la cotte; un chaperon de iin drap noir avec deux cent cinquante
' " Compkinte sur la moil Oe Cliarlcs VIII, >. par Oclaiicii de S.ii d'An);ouIênie.
184 LES GHANOS OFFICIERS
ventrées de menu vair pour le fourrer et « onze couvreciefs ou coiffes de toile de crespe de lin » avec cinq barbiches de même toile. La peine donna un deuil à ses demoiselles d'honneur, parmi lesquelles nous remarquons Charlotte d'Aragon, princesse de Tarente, Anne de
Montpensier , Françoise de Bretagne et M"° de Candale ; ainsi qu'à divers personnages comme l'évêque de Laon , son conseiller l'abbé de Redon , en lïretagne , M. de Rohan, premier baron de Bretagne, les barons de Hieux, de Montafilant, d'Avaucourt, de Qutntin et autres.
C'est le mercredi 18 avril que , sur la route d'Amhoise à Paris , qui dans ces parages se déroule au long de la Loire, la dépouille mortelle de Charles VIII fut conduite à Saint- Denis avec loull'apparatqui figurait comme l'ombre de la grandeur passée.
Au château d'Amhoise eut lieu la première cérémonie mortuaire. L'office célébré dans la collégiale de Saint- Florentin se poursuivit avec une solennité royale, el un héraut, deux heures avant le départ du cortège, fit savoir à won de trompe que « tous valets portans malles, et meneurs de sommiers (ou besLes de somme) aient â aller devant ».
Le service achevé, le cortège se mit en marche. Il avait été décidé qu' « on portera le corps à quatre lieues d'ici, et ira tous les jours jusqu'à ce qu'il soit à Saint- Denis, excepté que dimanche il séjournera à Cléry ». En tète du convoi marchaient les menus ofïiciers de la maison.
LES GRANDS OFFICIERS fBS
en noir, autour du maitre d'hôtel Chasteaudieux, avec mission « d'entretenir l'eslat accoutumé » le long de la route; puis quatre cents pauvres en habit noir portant des torches, avec les commissaires chargés de les diriger. En même temps, s'avançait ime compagnie de vingt-quatre archers à cheval, en robes noires ouvertes sur le devant, avec les bâtons d'usage à la main, sous les ordres du capitaine de la Chastre, « esleu A porter le guidon du corps du roy, comme homme de bien, » lequel guidon est roulé autour de la lance; et sur son ordre, à Tentrée des localités et églises où le corps doit séjourner, il fait descfudre de cheval et ranger ses hommes « des deux costés en ordre, pour donner voye au corps et à sa suite ».
Ensuite marchaient le premier maître d'hôtel avec ses maîtres d'hôtel ordinaires au nombre de quarante, tenant o leurs bastons noir », et les divers officiers de la maison, panetiers, échansons, valets tranchants, etc., tous en deuil, ainsi que les gentilshommes qui n'avaient pas « d'autre charge pour le jour ». Les uns et les autres sont sous les ordres du grand maitre, qui se tient derrière eux et les fait mettre en rang à l'arrivée dans les églises et asseoir « chascun selon leur degré »; quant à lui, il demeure alors (. avec l'espée, plus prochain du corps, comme il appartient >'.
Puis venaient les huissiers d'armes, suivis <i des chevauclieurs d'escurie, vestus de noir ■>, des trompettes, des pages de l'écurie chevauchant n les petites haquenées du roy », avec l'écuyer du corps de la dépense. Derrière celui-ci marchaient six pages en costume de velours noir sur six coursiers habillés de même, « jusques en terre, avec la croix blanche dessus, » que suivait n le cheval de l'espée, aussi housse de veloux noir », tandis qu'à leurs côtés se voient les hérauts et les deux sergents à masse, à la gauche desquels se tiennent deux des mattres des requêtes « des plus anciens ».
Voici qu'apparaît le char funèbre somptueusement paré. Devant lui se tient, sur son coursier, le grand écuyer, le chevalier Pierre d'Urfé, qui a réglé o l'ordonnance » de la cérémonie; il est entouré des laquais " pour soustenir et redresser le chariot du corps, s'il versait », ainsi que de vingt-quatre suisses portant des torches. On voit également, à pied, quinze religieux cordeliers et quinze " bonshommes », ou religieux minimes, des couvents d'Amboise. Sur le côté gauche du char, chevauchait le premier valet tranchant, Louis Daux, portant le pennon du roi enroulé qu'il déploie à l'entrée des bourgs et églises où descend le corps; au côté droit, se tenait Mfi'" d'Alègre, choisi comme " bon personnage et de grande maison » pour porter l'enseigne du roi, qu'il doit tenir « enroulée autour de la lance et en
9on fourreau » jusqu'à l'office célébré à Noire-Dame, puis A Saint- Denis, où elle <i demeurera sur le corps quand il sera enterré ».
Derrière le corps, et aussi dans son fourreau, la bannière royale était portée à cheval par le premier chambellan, Mlf de La Trémoille, qui avait aussi la qualité de lieutenant du roi. A sa suite marchaient <i les seigneurs du deuil, cardinaux, prélats, chevaliers de l'ordre et chambellans »; puis les gentilshommes de la main, qui, à la descente du corps dans les bourgs et églises, doivent avoir « leur hache au poing » et se tenir à l'entrée du chœur. La cérémonie était rehaussée par la présence du cardinal de Gurce , « délégué pour faire le service, » et des évêques d'Angers, confesseur du roi, de Cornouailles, d'Angoulême et de Hethléem. Au premier rang des gentilshommes étaient les seigneurs du Bouchage, de Piennes, le sénéchal de lieaucaire, Philippe du Moulins, les seigneurs de Mauléon, de Montauhan, de Rocbepot, de Ravel et de Chaumont.
Magnifique était la représentation mortuaire. Le cercueil était recouvert d'un « grand poisie de veloux noir, ayant au milieu une grande croix de satin blanc et sur chacun quartier un écusson aux armes de France, la couronne et ordre du roy autour; et sur le poisie, un autre grand drap d'or frizé, aussi avec croix blanche de satin blanc et pareilles armes; autour du dit poisie est attaché du veloux violet azuré, semé de fleurs de lys d'or avec un get d'hermines. Sur les poisles et cercueil, du côté de la teste, il y avait un oreiller de drap d'or frizé avec la couronne, au milieu du sceptre et main de justice; aux pieds est une croix d'argent doré •>.
Sur tout le parcours, la population s'empressa pour voir passer le cortège, et, tout en satisfaisant une légitime curiosité, on s'inclinait dans un dernier et respectueux hommage à l'égard de la jeunesse et de la bonté sitôt moissonnées. La cérémonie funèbre fut renouvelée dans la capitale. L'efligie du roi dont le masque avait été fait i< d'après le vif <>. à l'aide d'une " cire appliquée sur la face du défunt •>, était le point de mire de tous les regards. Elle était « vestue d'une chemise de toille de tlollande, bordée et faicte à l'esguille de soye noire au collet el aux manches; par-dessus, d'une camisole de satin rouge cramoisy, doublée de taffetas de même couleur, bordée d'un petit passement d'or avec mouches jusqu'au coulde, et dessus une tunique de satin azuré semé de fleurs de lys d'or à un passement d'or et d'argent, et aussi les manches jusques au coulde. Par dessus est le manteau royal de velours violet cramoisi azuré, semé de fleurs de lys d'or, ouvert devant, san.t manches, doublé de taffetas blanc, collet et parement d'hermines, de longueur de cinq aunes, comprins la queue.
" Au col, sur le manteau, esl le grand ordre i ou collier i du roy; sur la leste, un petit bonnet de velours cramoisi brun, et dessus, la couronne garnie et enrichie de pierreries. Les jambes sont chaussées de bollines de toile d'or traict, senielées de satin cramoisy rouge; l'effigie a les mains joinles; sur le clievetsontdcux oreillers de velours cramoisi , faict autour k broderie et pourfilerie d'or, sur l'un desquels à la main dextre est le sceptre , presque aussi long que l'effigie, et sur l'autre, à la main scnestre, i-st la main de justice ouverte, le baston long d'environ deux pieds et demi. Dessus la dite effigie, en haut, il y a un dercelet i baldaquin i, très riche. »
Le roi est mort, vive le roi! avait dit le grand maître en inclinant l'épée royale sur la tombe prête à se refermer, Kt l'auteur di' la complainte
d'ajOUler : » (îrâce T<>«r do IVnlnV <io a.«..m..nl, ».■....-> .l.. Chn.!,-, \".
divine , par mesure
et compas, y a commis successeur magnifîque, débonnaire el unicque. " Louis XII. après avoir rendu les derniers devoirs à la dépouille de Charles VIII, s'était retiré à Hlois. où il faisait d'ordinaire son séjour «,•1 d'où il avait convoqué les divers corps de l'Ktat aux funérailles. Son règne allait être pour la famille des seigneurs de Chauniont le point de départ d'une ère de grandeur et d'éclat qu'elle n'avait pas connue.
En première hj^na figure Charles II, dont on place !a naissance en l (73, et qui hérita du domaine chaumontoîs. 11 devait fournir une carrière courte, mais remplie de biens et d'honneurs considérables. Outre la terre de Chaumont, il possédait les seigneuries de Meillant, de Charenton, Chandeuil, Pondix, Celette et les Bordes-Guenand. Il reçut les dignités de clievalier de l'ordre du roi, de gouverneur de Paris et de la Normandie, de capitaine de cent lances, de grand maître (1499), enfin de maréchal el amiral de France. En oiilre, de l'autre côté des Alpes, on le voit lieutenant général du roi -i au delà des monts », en Lojnbardie, en l.'iOl, el gouverneur des duchés de Milan et de Gênes. Los historiens l'appellenL tour à tour " Chaumont ", " grand maître de Chaumont », et " maréchal de Chaumont ». Mais nous ne devons pas anticiper sur le cours des événements et nous avons à parler d'un fait capital, auquel prirent part les frères du seigneur de Chaumont.
Autant la nouvelle de la mort de Charles VIII avait apporté une donloureui^e émotion aux bôles de Chaumont, autant ils se réjouirent de l'avènement de son successeur, au dire du poêle, i. roy débonnaire », ami a des graves et des menus » gens, par la grâce duquel
Piiix llcurira, justice décon'e .Aura son cours comme l'àfjc dorée.
Louis XH , qui n'eut rien déplus k cœur que d'oublier les injures faites au duc d'Orléans, ne désirait rien tant que de voir son héritier lui succéder à un titre dillerent de celui qui lui valait à lui-même la couronne. Marié dans la chapelle du château de Montrichard, le 8 septembre 1479, et dès avant l'âge de quatorze ans, à la fille contrefaite de Loui:!4 XI. qui n'en avait encore que douze, il ne gardait aucun espoir d'en recevoir d'enfants; après avoir consulté ses plus intimes conseillers, il résolut de demander l'annulation de son union avec Jeanne de France. \ cet ellèt, il adressa au pape une supplique dans laquelle il motivait sa demande par la parenté doublée de l'affinité spirituelle , par le défaut de liberté du côté de l'époux et par la complexion de l'épouse qui la rendait n inhabile el inféconde ■>.
Le pape constitua un tribunal ecclésiastique composé du cardinal Pliilippe de Luxembourg, évèque du Mans; de Louis d'Amboise, évêque d'Albi; de Fernand Firaille, évèque de Ceula, ainsi que de l'official et de l'archidiacre de Paris et du doyen de Gassicourt. C'est il Tours, dans la demeure du doyen du cliapiLre, (ju'eurent lieu, le 3(t août, l'audition de la requête du roi, le i) septembre, l'ordonnance de l'assignation à chacune des parties, et que, le 13 septembre, jour fixé par l'assignation, la reine Jeanne subit l'interrogatoire obligé. Aux
procureurs choisis par le roi, la reine opposa ses défenseurs, pamû lesquels l'oIBcial de Tours, le provincial des Carmes de Touraine el plusieurs laïques. L'interrogatoire des témoins des deux parties eut lieu successivement à Amlioise, â Blois, à Orléans el à Ponllevov. pour la commodité des intéressés.
Le lundi 17 décembre, toutes les formalités du procès achevées, en l'église Saint-Denis d'Amboise fut promulguée la sentence. Klle portail, vu le procès canonique exposé devant le cardinal de Luxembourg, Louis, évêque d'Albi, et Fernand, évèque de Geuta, désignés comme juges par le pape Alexandre VI, les pièces produites de part et d'antre, l'avis de nombre de personnages considérables, cardinal, archevêques, évéques. docteurs en théologie, jurisconsultes : " Xous déclarons ce mariage n'avoir pas tenu et ne pas tenir, avoir été et être nul et sans poids, obligation et efficacité. » avec liberté pour le demandeur de contracter une autre union véritable, el exemption pour la défenderesse de tous les dommages el frais du procès. La sentence, ainsi que le déclare la finale, fut » lue et promulguée en l'église paroissiale de Saiut- Denis, devant le cardinal Philippe de Luxembourg, évèque du Man», Louis, évèque d'Albi, et Fernand, évèque de Ceuta, juges délégués par le pape, assistés des maîtres Pierre de Hellosor, officiai de Paris, (luillaume Feydeau. doven de (iassicourt, et Robert de La Longue, archidiacre de Paris, assesseurs en la cause : en présence de lîuillaume, cardinal du titre de Sainte-Polenlienne, archevêque de Reims, de Tristan, archevêque de Sens, de Geoffroy, évêque d'.\nnecy, de Charles, évèque de Castres, de Geoffroy, évêque de Coutances. et de René, évêque de Chartres, ainsi que de plusieurs maîtres en droit, en théologie, de membres de la noblesse et de personnes du peuple ».
Il est vrai d'ajouter que le peuple, toujours disposé à se ranger du côté des faibles, ne vit pas de bon œil cette conclusion de l'affaire. Ses plaintes trouvèrent un organe éloquent dans la bouche du cordelier Olivier Maillard, qui blâma l'iitlitude du roi et exalta Jeanne en qualité de reine de France; et, comme on menaçait le frère de le jeter dans un sac à la rivière, il répondit qu'il lui était indifférent d'aller au paradis par la voie d'eau ou de terre. Une légende ne tarda pas à se former, suivant laquelle, au moment où la sentence fut proclamée, un violent orage troubla le ciel et •< changea la clarté du jour en l'obscurité d'une sombre nuit ».
La veuve de Charles VIII n'attendait pas sans émotion le résultat de l'enquête et le prononcé de la sentence, lille n'avait pas oublié le voyage du jeune duc Louis en Bretagne, et lorsque le roi demanda sa main, elle ne fit que cédera l'inclination de son cœur en la lui accordant.
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A Chaumonl, on avait suivi de Irop près les différentes procédures et on nourrissait trop d'attachement à l'égard de la bonne reine Anne et de Louis d'Orléans, pour ne pas se réjouir des promesses de cette union, dans laquelle la France et la Bretagne s'embrassaient une seconde fois en une forte et suave étreinte.
Louis XIL qui songeait à soutenir ses droits sur l'Italie, confia au seigneur de Chaumonl la dignité de grand maître avec celles de maréchal de France et d'amiral, dont le rôle était prépondérant dans la conduite de la campagne. Le sort de la politique et des hostilités amena Charles II à employer tour à tour ses armes pour et contre le pape Jules II, le hardi et indomptable chevalier du domaine pontifical. Far suite delà ligue de Cambrai, formée contre Venise . hostile aux projeta de Louis XII sur le Milanais, avec le concours de Jules II. de Ferdinand d'Aragon et de Maximilien d'Autriche . le maréchal commanda les troupes ayant mission d'attaquer Hologne en faveur du pape (1506). puis il dirigea le siège de tiênes {1507).
Le. U«nu.s ,1c M^l.l <i. G.-.villc- . ï'^""'^ ^''"'P^ ' CliarlcS II
dans 1111 viiruii ii.'s Céksiins i Roiuii , accomplissait les actes de
aipuuiT.. droit seigneurial propres à
sa situation. En 1503, on lui voit la qualité de " seigneur de (Ihaumont, de Mcillant et de Pondiz iPondixi ". A ce dernier titre, le 7 novembre, il recevait un aveu rendu par If chapitre de la collégiale de Notre-Dame de Sales, à liourges. En raison de sa ceusive de Ponthx . les chanoines l'ont la déclaration pour une maison, à l'enseigne de l'I-Jcii de France, en la dite paroisse, pour un étang dans la paroisse de Cliarenton, et pour une terre dans la paroisse de Pondix près la rivière d'Auron; suivant la coutume féodale, ils nomment un « homme vivant et mourant » cicarii/s), à la mort duquel ils devront payer au dit seigneur les ch'oils de mutation