LES GRANDS
el procéder à la nominalion d'un autre rtimplaçant. De son côlé , le seigneur ne négligeait pas de remplir le devoir féodal vis-à-vis de son ■ suzerain. C'est ce qu'il fil notamment en iîi(l4, suivant un duplicata daté du 5 mai et signé : " par le roy, Cottereau, » touchant la « réception de ioy faicte par Charles d'Amboise pour raison de la terre et seigneurie de Chaunionl ».
Charles II rêvait de continuer la noble tradition de ses aïeux, et.
pour asseoir le foyer domestique, l'ancre d'amiral de France ne pouvait s'allier plus parfaitement qu'à un autre insigne de même ordre, dans le souverain commandement des armées. L'amiral Louis Malet, seigneur de CraviUe, avait deux fdles. L'une, Jeanne, qui eut l'honneur de vivre auprès de Jeanne de France, duchesse de Berry, donna sa main au seigneur de Chaumont, dont elle eut un garçon et une fille. Au château, on ne savait qu'admirer le plus, de l'honneur chevaleresque dans le grand maître, ou de la grâce souriante dans la maréchale. Aussi ne sera-t-on pa« surpris que le roi Louis XII, qui nourrissait une particulière sympathie pour l'un et l'autre, se soit plu à honorer Chaumont de sa présence. Au courd de l'été 1503, il y fit un séjour de deux semaines. Le prince y était le "22 juillet, jour où il adressait au sii*e d'Albret une lettre, datée de " Chaumoul-sur-Loire "
14 r.r.i r» vC.-i-i iKl-TCiURH-
-t ■.'in(r«-<»iïîn«* ■ Ruberti-f ■. I^ ?m noii^ jpnamit en oe riant ît-jonr ^■•v -on ■••-cpt-ïsirf . 1»-* ii- -^ itT |niUet. En '>iupe. le ^ÎH jniiirt. le roi - ■ct'k^iI i*^ >fin*« patent»^. F.n '{uillanl (Ihanmtjnt. le roi donna -jonp I» hnnnf main ■ -^ize ■^ti.* la enncienie et iïui chambrière*. Non .nin 'if là. ^ii mois 'i'«i>it. rjini:- XJI pas?« -iix-^Tept jours au ■îiwtfsn If \failnn . "t. -"n parlant. ;i iat~~a -lis— ^l •«lis- de pour-
''>'p»*iiilanl r>i'iis \lî ne pouvait ^ ^-oiiîToitsr île la perte du .''ty^Mmf iff Naple*. 'lUf !»•« Franraiîs .ivaient ^té oblii^é^ d'abandonner ^1lv ^rnif»*=> 'nomp(ianri*s .lu ^ramt oapilaine 'ntozaive de Cordone et l't r-v. -l' K-pa'jnf K-rdiitand ie OihoLiipie. Il pen:?a trouver ane oom- >'-îi-ia)ion ^ '^t -ctiei* ■'n > tierohanr ii .letrr'iitre et .-nn^ilider le* posses- ■■irtn- iVanf^n-»"* 'lan- 1*- Milanais, Pinr vaincra Le* résidences de la ?'in<* ■!•• i'AHrialiqii'' qui. -"Ue ^ii;*;*!. .ivait 'les vi:i«fe* îur celte riche '.^Titi'-i/i. il tVirnia l'oniP" l;i puir^ante répiibliipte Ut Liinie de Cambrai. -iHfii isMiiflIi- ■• inircni 1^ papt* .riie* IE. le poi if.Vraiioii. Fenlinand. -' /■■mi>'Ti-m" \faY,mili'*n >! Aulrii'tie. iVêlait â la tin de l'année l-"i*)ï*: {./-.ny* \l[ jp :iiit ^n 'ampairne ef pa:*^a [n^ Alpe* au printemps de . •innt-'» ■'ursin--. On -"ait qn ,* A^rnadel. im inoi;i après, le* Vénitiens >ir'*ni nill'--' -n pien'"" par le-* rniiiper* de L'Ui* \II. ijui du-ii^ea les '.p^r^tihOtiJ ^vj/- irn* bpavruire indumptabte. dont le stiaveair nous a •'■1^ i^y,nt^r:-- par l»* ''i^ftaii du Joulptenr *nr le soufaa^senieot historié 'l'i m»'.''rtifiqnt> maii-'f.lt'ff rr.val. à Saint:-r>eni.-.
vr^ii-* (1 ;(n(i.-ipon-' pa-*. .\!i iT>mmr-ni:emt-nt de limnêe I5*»y, le ma- .-.i.'li^l /if '^;hHiini''»nt Ktait oo-up.- dan-» U HanCe-Italie â préparer les ■r'■^^f■^ ^ 1 AVjy-'lifK.ri prr.j'^l'i'^. Il tenait -■>« *ijtiverain au courant de ce "■fi il f^H'-iit "n liM ■"■.'im'''tArii ■■»-' pp.-.jrL- et :*«■? réflexion*. Il Tentre- 'm' ft''>i>imm'"ni '1 Un Irait^' n\f.- U- Valé^iens. d une échaulTourêe à yif',r>f '-t d iir.'- ^tf-iir.:- r'l..tivt- a f'.^rnei^. Louii* \II. qui était â Bloi*. l'M r/jf.riflit p^r un*- |i-tr;-<- datf'-fi dt- cttte ville. ■■ le \xmi' jour de U-'/H'f. ■■ fi 'I'jdI I'- d'-tail' noti- parai^Tient mériter qu'on lui retire le
\\i,u r'.ififi. i'av f'^t^'-M dfdx l*-l.lrtrt que vou* mavez escriptes. I iifc iiu*:tu* ttutKUiu '!'■ l-'i '-'ircln-idn de l'allianoe faite avectjues les V'îdl'-'ii'fi-' (t. i .l'ilfc du dfh;il qui v*i .-urvenu a \'eri>nne entre les AM'n»;uj' »t V,*\i:ni!ui>\/. qui -oui, ;i la -oiilrle d*- l'empereur. El quant it la d«t»' iillian';'-, je -ni- tr';^ ai-'- de la dicte crmclu^^ion et la Ireuve \tf* liourc' cl. luiuyi-' mcilliurc la forme r|uilz ont tenue a ta faire, qui » f^U- i-ii df-jfil di- |i-ur .v.-.qnc cl a ^^a barbe. S'il e^t be^oing que jen fficc quelque ralillicaciou. J'aiclc:- la par delà en forme et la m'envovez. «•(je 1» ferai JuroDliMCMl expédier.
■ \ llilic ■!
Iin^'c:. hjiu' lum-
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CH/^^1,KSII DAMBOÎSE POKTB.MT PAU /^IDRFaSOLARI
■y"GEf: iiv i.ouvRKi
LES GIIANDS OFFICIERS 193
H Quant au fait de Véronne, c'est une 1res mauvaise chose que les gens de l'empereur se baient el courent sus les ungs contre les autres, et fault bien dire quil y a peu dordre el de justice; el, pour ce, est besoing que ceulx qui sont et seront cy après pour moy au dit Veronne, pourvoient bien en leur cas el quilz soient lousjours loings ensemble et facent bien guect et de jour et de nu\l en manière quilz ne soient surpris, et surtout que souvent îlz escripvent a celui qui sera à Bresse (Brescia) de leur* nouvelles el ce qui leur seiir surviendra pour y pourveoir.
« Au demourant, en tant que louche le cappilnine de (îodeffa, j'ay. depuis les lettres que vous ay escriptes, sceil pour vérité qu'il n'est aucunement coulpabledeceslefaulsemonnoye qui sest faicle a tiennes. Par quoy . je ne luy vouldraye pour rien fere honte ne dommaige. A ceste cause nesl besoing que la chose tire plus avant; maiz luy escriptz une bonne lettre que vous luy ferez tenir, affin quil continue de me servir a la garde de la dicte place eongneusement et loyan- Siirii«iiiivr> d'Amb-.i'.-:
, ,. * I, IViT.' lill . 2. ChBrli'» II (l.iM .
ment, comme jay en luy liance et que, 3 , .,|,j^ ,^g.
doresenavant, il ne permettra que nulz
eslrangiers de quelque estai quilz soient entrent en la dicte place.
" Mon cousin, au surplus, vous me ferez tousjourâ savoir de vos nouvelles en ce qui surviendra et je vous manderay des myennes. El a Dieu, mon cousin, qui vous ail en sa garde. Kscript a lïloys, le xxitiie jour de février. — Lovs. — IÎeiiertkt. -
I/adresse porte : » A mon cousin, le sire de Chaumont, grant maistre, maréchal et admirai de France, mon lieutenant gênerai delà les mons. »
La campagne n'inlerronipail pas la régularité des devoirs féodaux. A l'horizon de la Loire, vers le couchant, sur le sommet septentrional de la pittoresque colline, se profile l'aimable châleau de Monlcontour. [| appartenait, au début du xvi' siècle, à une famille d'origine bretonne, .lacques d'Kspinay, ami et parenl du maréchal de (lié, Pierre de Hoban, encourut la disgrâce de Louis \I à la lin du règne; mais (;harles VIII lui rendit la faveur royale en altendant une nouvelle disgrâce. Jacques d'Espinay possédait des domaines importants, tels que ceux de Segré, d'Ussé et de Saînt-Micbel-sur-Loire. V.n outre, il détenait d'autres terres plus en amont du fleuve, et c'est à ce titre qu'il prend place
194 LES GllANDS OFFICIERS
dans nolfe cadre. Le 20 septembre 1509, Charles d'Amboise. « clievalier de l'ordre ide Saint-Michel), grand maître et mareschal de France gouverneur de Milan, baron de Sagonne, Meillan. seigneur de Chaumont et des Bordes-Guenant, >. recevait l'aveu de son vassal. Celui-ci déclarait tenir de son suzerain, à cause de Chaumont, son .. hostel et hébergement de Moncontotir, assis en la paroisse de Vouvray, le lieu de liois-Kichier, aiiquel lien il avoue toute justice, haute, moyenne et
basse, sauf et excepté four a ban seulement au dit lieu de Moncontour et en tous ses domaines ».
A linstar de son père, le domidne que le grand maître préférait après Chaumont est la terre de Meillant.
Aussi fit-i! pour celle-ci ce que son père avait fait pour Chaumont, et il donna au château un caractère superbe, bien digne de sa haute situation. Il est vrai, s'i[ faut en croire un historien, le maréchal aurait tiré de son gouvernement d'Italie les ressources né-
MdllHi.I, <l.-ssin dL-la l!il.li..11ii'<iu.- Ntilhmali'. . .
cessaires pour batir au moms une partie de ce beau monument, et cette créance, â tort ou à raison, fut consacrée par le dicton populaire : " Milan a fait Meillant. »
Indé))endamnient de ses autres dignités militaires, Charles II nous apparaît encore avec la charge de capitaine de cent lances; à ce titre, il toncliait ses gages, le S juin l.'iHl, et la quittance porte le sceau rond ( trente uiillimètres avec l'écu d".\niboise, entouré du collier de l'ordre de Sailli-Michel et la légende : Caiiolls lik Ambo... D|oniinus] Calvo...
On sail les péripélies de l'expédition dont nous n'avons pas à raconter ici les détails. .Vu demeurant, en l.'illl, Charles II dirigea ses troupes contre Bologne que défendait le pape; mais ce fut en vain, car Jules II déjoua ses projets par des négociations de nature â montrer que la fiirin fruncese n'a pas toujours raison de la conibinazione italinna. Mais, parmi les plus beaux titres de gloire du seigneur de Chaumont, on doit placer le rôle de Mécènes qu'il remplit auprès do l'im-
LES GRANDS OKFICIEBS 195
morlel Léonard de Vinci, dont nous nous réservons de parler dans un chapitre spécial sur les aria.
Le grand maître soutenait avec une prudence consommée et une vaillance infatigable les intérêls politiques et économiques, aussi bien que l'honneur de la France, par delà tes Alpes, quand il fut pris, à Correggio, de la maladie qui causa sa mort aussi regrettable que prématurée. C'était le 1 1 février 1511 , et il n'avait que trente-huit ans. La dépouille mortelle du seigneur de Chaumont fut rapportée en France et conduite à Amboise, ou elle fut inhumée dans l'église des Cordeliers, auprès du tombeau de son père. On le plaça dans la chapelle Saint-Jean, et, au rapport d'un témoin, ". sur trois lames de cuivre posées sur ia tombe qui couvre le caveau où il repose, est l'épitaphe suivante en lettres gothiques capilales : •> Ci-gît messire Charles d'Amboise, seigneur de Chaumont, grand maître el amiral de France, gouverneur et lieutenant général pour le roi Louis XII au duché de . Milan, en Lombardie; lequel trépassa en mars, l'an 1511. Priez Dieu pour lui. Pater noster. Ave Maria. >»
Charles II laissa, de son épouse, un garçon et une fille, dont la tutelle demeura à << M°" de Chaumont >'. La jeune fille, dans la suite, inspira une vive afTeclion à deux gentilshommes de race, le prince de Talmont et le jeune Chablemure. II s'ensuivit un duel dans lequel le dernier fut tué. Quant an fils, il se nommait (leorges el hérita du domaine de Chaumont. Indépendamment de celle succession légitime, le maréchal laissa une descendance entachée d'irrégularité. Pendant son séjour prolongé en Italie, il eut d'une Napolitaine un fils qui fut appelé Michel el aurait, paraît-il, été légitimé dans la suite. Celui-ci fut seigneur de Chevillon el s'adonna à la culture des lettres sous le pseudonyme de V Esclave Infortuné. Nous ne suivrons pas celle branche, qui poussa plus tard des rameaux en Touraine, en particulier à Clos- Lucé, et dont les derniers rejetons se sont étendus jusqu'à la première moitié du xrx' siècle, vu qu'elle ne présente pas de rapports avec l'hisloire de Chaumont.
Georges hérita de la terre de Chaumont el fut en même temps seigneur de Meillanl, des Rochettes, de Charenton , de Sagonne, de Pondix et de la îïonduye. Les qualités chevaleresques de son père ne furent pas la moins brillante part du patrimoine qu'il reçut. Autant il éprouva de rancœur lorsqu'il vit les Français contraints d'abandonner le royaume de Xaples, puis le nord de l'Italie, autant il ressentit de joie quand François I" reprit le chemin d'outre- mont à la lèle d'une brillante armée. On sait comment la victoire de Marignan ouvrit la Lombardie et amena la Pitix perpétuelle avec les Suisses, en atten-
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dant la reprise des rivalités de la France et de l'Espagne, conduite par l'ambitieux Charles -Quinl. Mais ne devançons pas l'évolution des faits.
Jeanne de (Iraville s'occupa avec soin des intérêts qui lui étaient confiés sur les bords de la Ivoire et dans les diverses localités que nous connaissons. KUe agissait ainsi pour son fils (îeorges, encore plus que pour elle-même. D'ailleurs, elle savait apporter dans les affaires la douceur propre, sinon à prévenir les conflits, du moins à les pacifier. Les religieuses de l'abbaye de Saint-Laurent de Bourges possédaient un domaine à Vineuil, et celui-ci confinait aux seigneuries de Meillant et de Pondix. Une contestation, suivie d'un procès, s'éleva au sujet des limites de la juridiction de ces domaines, entre le couvent et la dame de Cliaumont, " au nom el comme tuteresse naturelle et légitime administra rresse de Mflf Georges d'Aniboyse, son fils. » Le 31 mai 1513, <i tant pour elle que comme ayant la garde noble de Georges d'Amboirie '1, son fils, elle donna son assentiment à un arbitrage entre " Madame de Meillanl » el les religieuses de Saint-Laurent. On convint ainsi de fixer les limites entre les justices des seigneurs de Meillant et du Pondix, appartenant k « Madame la grant maistresse », et celle de ^'ernellil dépendant du monastère.
Au surplus. Jeanne, en excellente mère de famille, ne négligeait pas d'étendre les domaines de son iils quand loccasion se présentait. Le chevalier Arthur de Villequier. seigneur de cette localité, vicomte de la Gnerche en Touraine et de Saint-Sauveur-le-A'icomte, des îles (l'Oléron, etc., de concert avec sa lemnie, Marie de Montbron, ayant résolu de se défaire de sa cliàtellenie de Menetou-Salon. cette seigneurie fut acquise par la dame de Chaumonl. La vente eut lieu le :25 mars, et l'acte est daté du château de la Guerche. le 12 avril 1513, avant PAques la. s. i Toute acquisition impliquait l'obligation de payer au suzerain les droits réglés par la coutume féodale. Dans le cas qui nous occupe, le suzerain était le roi lui-même, en raison de son château de Meun-sur-Yèvre. La dame de Cliaumont n'eut qu'à se féliciter de cette circonstance. En ellet, à sa demande, par lettre datée de Paris, le 3 mai suivanl, le gracieux souverain lui fil remise de ce qu'elle devait, ainsi que ncius l'apprend la pièce suivante :
" Loys. par la grâce de Dieu roy de France, a nos aniez et feaulx les gens de noz comptes et trésoriers a Paris, au bailly de lierry ou son lieutenant, advocat, procureur et receveur ordinaire au dit bailliage, salut et dilcelioii. Savoir faisons que nous, iuclinans libéralement a la supplieacion et re(jue.'*te de nosire cliere el aniée cousine Jelianne de <iraville, veulVe de feii nosire cousin le sire de Chaulmont,
LES GRANDS OFFICIEHS 1«
en fion vivant grant maistre de France, en faveur mesmement des bons et recommandables services que noslre dit feii cousin nous a faîz luy vivant que voulions bien recongnoislre envers noslre dicte cousine, a icelle, pour ces causes el aultres a ce nous mouvant, avons donné et quitté, donnons et quittons par ces présentes tous et cliacuns les lotz, ventes, rachapf . aultres droiz el devoirs seigneurianlx, montans cens livres tournois ou environ, avenuz el escheiiz et esquelz noslre dicte cousine nous pourvoit cstre tenue pour raisonet acausede l'aquisilion par elle faicle de la terre et seigneurie deMenelou-Salon.
mouvans "el tenu es de nous a cause de nostre chastel de Meun... Il
Tout seigneur se devait à lui-même de faire dresser avec soin le rôle ou catalogue complet des droits féodaux qui lui étaient
I /-■ , -I ■■ 1 c ■■ FnciKlf c)riciilale du nhaumiiiit
dus. Ce travail fut fait ^
au printemps de l'année 1514, en particulier pour ce qui concerne les domaines du lîerry échus au (ils de Charles et de Jeanne, sa •< Intéresse naturelle ». (ïrâce à cette opération de la rédaction de l'état de lieu et de devoirs, nous possédons " le terrier des censives, renies tant de blé que d'argent, poullailles des terres, justices, seignories du Pondix et la Honduye. appartenans à noble et puissant seigneur (leorge dWmboisc, fîlz de feu hault et puissant seigneur messire Charles d'Araboise, seigneur de Chaulmonl, Meilhand. Sagonne, ^'andeuv^e, la Cellele, les lîourdes- Guenand, baron de Charenlon. grant maistre. mareschal el admirai de France, gouverneur, lieutenant gênerai pour le roy noslre sire delà lez Montz . et chevalier de l'ordre du dicl seigneur; lequel terrier a
LES GHANDS OFFICIERS
esté faict mettre en ce présent papier, par noble homme Symon de Gumyères, escuver. recepveurdes dictes terres pour le dict seigneur, — Le dix-neuvième jour d'avril mil v= et xiiii après Pâques. •>
Sur les bords de la Loire, à Amboise, on se préparait à célébrer par des fêles magnifiques la venue d'un enfant royal, ainsi que le mariage de Laurent de Médicis, duc d'L'rbin et neveu du pape Léon X, avec la fille du duc de Bourbon. Kn prévision du prochain accoucliement de la reine , quatre médecins de la cour furent chargés de rechercher les femmes les plus aptes à prêter leurs services; on en recueillit une cinquantaine des divers points de France , et Chaumont ne fut pas oublié. Un mandement royal, daté d'Angers, le '20 juin 1518, ordonne au receveur général, Jean Sapin, de payer deux mille six cent six livres dix sous aux médecins et à » cinquante et une nourrices et accoucheuses venus d'Orléans, Blois, Tours, Vendôme, Uléré, Loches, Chaumont, Chinon, Chàteaudun , lîeaugency, Moulins, de la liasse- Normandie, du Perche et du Poitou, à Amboise ». Un tournoi célèbre, qui réunit les princes et genlilshonimes du plus haut lignage, fut célébré à Amboise, le 1" mai. •■ pour la rejouyssance, nativité el bienvenue de monseigneur le daulphin «.
Par ailleurs, la France el l'Espagne se partageaient l'hégémonie do rUurope occidentale, et Charles-Quint s'efforçait en toutes circonstances de rivaliser avec François I". Le roi d'Espagne ayant fait alliance avec les Italiens, ceux-ci obligèrent les troupes françaises à évacuer le Milanais, qui revint aux mains des Sforza. La défaite de la Bicoque eut pour pendant la défection du connétable de Bourbon, dont les talents militaires égalaient la puissance, et qui prétendait avoir à se plaindre de Louise de Savoie; puis vint la défaite de la Biagrasso, où l'amiral Bonnivet, chargé de l'expédition, vit périr Bayard, le chevalier sans peur et sans reproche, mourant <■ en homme de bien ».
C'en était trop. François l" prit lui-même le commandement des troupes, chassa les troupes impériales qui avaient envahi le midi de la France et s'empara de la capitale du Milanais. Mais, hélas! son entrain chevaleresque devait se briser devant Pavie. où le roi fut défait el pris, ne gardant ([ue le droit d'en écrire ii sa mère : " Il ne m'est resté que l'honneur et la vie sauve » '24 février 1325, n. s.). A ses côtés et imitant les prodiges de valeur du prince qui , blessé à la face et il la main , cherchait diins son fier courage à ne pas survivre à sa défaite, tondjèrent les meilleures épées de la noblesse française. Parmi les morts illustres, dont les principaux senties grands capitaines Bonnivet. I-a Trémoille et La Palice, le deslin moissonna le jeune seigneur de Chaumont. Les restes mortels de ( ioorges furent rapportés en France,
LES GRANDS OFKICIEHS 199
et, au milieu des larmes allendries de tous les siens, on les déposi) dans l'église des Cordeliers â Amboise.
S'il faut en croire l'iibbé de Marolles, la sépulture aurait eu Heu dans la collégiale de Pontlevoy; mais c'est ici une erreur de l'écrivain, d'ordinaire mieux informé, (k'orges fut inbumé dans le couvent amboisien, auprès de son père. C'est là que son tombeau a été vu el dessiné par Gaignières; et. au rapport d'un témoin, « sur la lame de cuivre du milieu de l'épilapbe (de Charles II !, esl la suivante en lettres gotliiques. curaves, minuscules : « Cy-gîl Maistre (îeorges, fila du dit seigneur Charles d'Amboise, qui mourut en la bataille devant Pavie, où le roi François fut pris, le 2:1' jour de février \'')'2i. Priez Dieu pour lui. »
Georges d'Amboise, emporté â l'âge de vingt-deux ans. était demeuré célibataire, et avec lui linil la branche d'.Amboist'-Chaumont. Une partie des domaines échurent â Catherine d'Amboise. dont nous aurons bientôt l'occasion d'étudier l'eKistcnce, traversée par des angoisses doniesliques et rehaussée par d'éminentes ([ualilés.
Jean fut couronné d'honneurs de toutes sortes. On lui voit le titre de vice-roi ou gouverneur de Bourgogne, ainsi que des territoires d'Auxerre et d'Aulun. D'abord, il fitl choisi pour l'évêché de Maillezais par Louis XI; mais, quelques mois plus tard, en 1481, le roi le désigna pour le siège de Langres, Son entrée fut si pompeuse qu'on eût dîl une solennité princière, qui tout d'abord fit appréhender un peu ses goûts somptueux. Mais bientôt l'expérience fit aimer en lui le protecteur de l'Église, et aussi l'ami de la justice et le père des pauvres. Le prélat se distingua par le charme de son éloquence, par sa régularité parfaite, par ses libéralités envers les églises et les déshérités. Il réfablit les maisons épiscopales atteintes par le temps et les guerres. Par ses soins, Mussy reçut une enceinte fortifiée et devint une agréable demeure, A Dijon, il acheta et décora le bâtiment de la justice ecclésiastique. Ses largesses s'élendirenl au mobilier et à la bibliothèque de l'église cathédrale.
Le prélat fut nommé [)ar le roi, le 23 octobre 1483, gardien des sceaux de Bourgogne. Il usa de son aulorilé pour rétablir la discipline dans son diocèse, notamment au cours du synode qu'il réunit en 1491. Sentant ses forces diminuer, Jean donna sa démission en faveur de son neveu en 1497 et se retira à Dijon, où il décéda le 28 mai de l'année suivante. Ses entrailles furent inhumées dans l'église des Franciscains de cette ville , et son corps, rapporté dans sa cathédrale , fut déposé sous une tombe de cuivre agréablement décorée, dont le dessin nous a été conservé par (laignières.
Au temps de la prélature de Jean (dit Jean VII), son neveu Jean, tils de Jean, seigneur de Bussy, et de Catherine de Saint-Belin, occupait la dignité de doyen de l'église de Langres. Par suite de l'abdication de son oncle, il devint évêque le 3 décembre 1497, La maladie et les infirmités troublèrent et abrégèrent son épiscopat, qui promettait des œuvres utiles. Le prélat fut emporté le 26 septembre 1S12. II laissa le souvenir d'un évêque recommandable , et, à l'instar de son oncle, se fit remarquer « par sa grandeur d'âme, sa libéralité envers les pauvres, son talent de parole, la probité de ses mœurs et son esprit d'équité ». On l'ensevelit dans le chœur de la cathédrale, sous une tombe de cuivre portant celte inscription :
cri IIEIHT INGEMl'H FEUX ASIHASIA NOMEN
Un autre fils de Pierre et de Anne obtint la crosse : c'est Louis, que nous avons rencontré à plusieurs reprises. A la mort de Jean III de Joffroy, le siège d'AIbi passa k Louis, premier de ce nom. Le pape
LES PnÉL.VTS — LE CARDINAL MIMSTHE 203
eslime, ne voulut pas se passer de ses services et demanda au pape de le délier de celle promesse, ce qui fut fait par Sixte IV, par bulle du 30 avril 1472, et ainsi le pieux évêque se vit pour ainsi dire contraint de s'occuper malgré lui des affaires séculières. A ce titre, on le voit remplir, en 1474, le rôle de lieutenant général dn roi en Aquitaine el, comme tel, remettre la ville de Perpignan au roi d'Aragon.
Ou sait le rôle de Louis dans le procès en nullité de mariage entre Louis XII et Jeanne de F'rance. Par une bulle du 13 septembre 1498, le pape Alexandre VI lui mandait d'accorder toute facilité en vue du nouveau mariage à intervenir entre le roi et Anne de Bretagne, bien que cousins au second degré. Le Saint-Siège lui confia une autre mi^^sion de baute confiance, par l'intermédiaire du cardinal-légat Georges, son frère. Celui-ci lui commit le soin de réformer les églises, collégiales, monastères et couvents dans les provinces ecclésiastiques de Narbonne , de Toulouse el de Berry: mission délicate que le roi s'empressa de confirmer par lettres du 22 mars lî)02,
Louis mourut à Lyon, le {lt juillet 1503 [alias 1505), laissant le renom d'un prélat inlegerrimie f»miv, suivant l'expression d'un contemporain. Son corps fut rapporté dans la calliédrale d'AIbi, oii il fut déposé, selon son testamenl du 28 janvier li85, dans la cbapelle de la Vierge qu'il dota de cinquante livres. Mais, à cette époque, il avait cessé d'occuper le siège d'Albi. Il avait remis sa démission en 1502, et le pape Alexandre VI, par bulle du 22 mai, lui donna pour successeur son neveu, qui portait le même nom, en réservant la tierce partie des revenus avec le droit de conférer les prébendes et dignilés.
Louis II était fils de Charles l^^ et de Catherine de Chauvigny. Il entra dans les ordres et de bonne heure fut doté de bénéfices ecclésiastiques. A dix-huit ans, il avait la qualité d'archidiacre de Narbonne, quand le pape, en 1497, lui conféra le titre d'évêque d'Albi par anticipation, per aniecessum. Cette formule demande une explication. Le roi Charles VIII, ainsi que le chapitre d'Albi et d'autres personnages, remontrèrent au pape que le siège d'Albi était presque sur les confins du royaume et que, comme ce prélat était seigneur de plusieurs villes et citadelles, il importail de ne confier celte charge qu'à une personne « bien fidèle au roi très chrétien ». Eu conséquence, le pape Alexandre VI se réserva le droit de choisir le titulaire, que le siège vint à vaquer par le décès ou la démission de Louis 1er. l)t>9 l'année 15111, Louis II est dit évêque d'.\lbi, ce qui n'empêche pas que, celle même année, le siège d'Autun étant devenu vacant par la mort de Jean llolin, le jeune prélat en fut honoré par le pape, par bulle du mois d'août.
20i LES t>IIÉI,ATS — LE CARDINAL MISISTIIE
Après la démission de sou oncle, Louis n'avait plus qu'à monter sur le siège qui lui était réservé. Aussi, en l'année 1503, fit-il son entrée solennelle, assisté de son frère Jacques, qui était abbé de Cluny, et d'un grand nombre de notabilités. Il Tut reçu à la porte de la ville par les consuls, qui portaient les clefs de la place et dont le premier lui offrit en outre le serment de fidélité. Au printemps de Tannée 1506, il donna quatre mille livres pour construire dans le prieuré de Fargis un couvent de Tordre des sœurs de TAnnonciade, ordre institué par Jeanne de France. Au mois de janvier de la même année, à Bologne, le pape Jules II le nomma cardinal du titre de Saints-Pierre-et-Marcel. Louis II mourut à Ancône, en 1517, alors qu'il se trouvait en Italie, et reçut la sépulture dans l'église de Loretta. Un peu plus tard, son tombeau ayant subi les injures du temps, le cardinal d'Armagnac, qui lui était uni par des liens de parenté, y fit placer une épitaphe latine '. Quant au cœur du cardinal Louis d'Amboise, il fut transféré dans la catbédrale d'AIbi et placé près du mausolée de son oncle.
Le siège d'AIbi semblait être comme le fief des familles du Ulésois, riveraines de la Loire. Louis II eut pour successeur le frère de Florimond lîobertet, secrétaire du roi et baron d'Alluye et de Brou. J'ai nommé Charles, fils de Claude Hobertet et archidiacre d'Orléans, dignité à laquelle il réunissait celle de prieur comxnandataire de Saint- Pierre-de-la-Hègl.e , près la Garonne. Le chapitre l'ayant cboisi pour évêque au mois de décembre 1510, il donna son assentiment à l'élection au moisdejanvier suivant et pi:it possession du siège en Tannée 1511. Charles avait hérité de sa famille un goût prononcé pour les arts et il en donna la preuve en faisant décorer la cathédrale de peintures. Il mourut le 9 août 1515 et fut enterré devant la porte latérale du chœur de la cathédrale. On recouvrit sa dépouille d'une tombe de cuivre sur laquelle on grava Tépilaphe funèbre.
Avant de mourir, Charles Kobertet avait transmis sa crosse épiscopale à son frère Jacques, De bonne heure, celui-ci fut honoré de dignités ecclésiastiques; il occupa la charge de prieur de Saint-Iîamberl, au diocèse de Lyon, d'archidiacre de Bourges, de doyen des chapitres d'Orléans et de Tournai, de prévôt de Saint-André de Grenoble, et en même temps de chanoine de Paris, d'AIbi et d'aulres collégiales. C'est au" milieu de ces honneurs qu'on vint le prendre pour
' Luilovjco Cardioali
Ambosiano, Gallo, Albicusi t>|)isco|io, pnetcr generis nobililalcm singuluris pLctatîs viro ac omnes omnium virtutes compkxo Georgius cardinalis .\rmcniacus affîni, et prim» œlatis alunino, neglecto et collsbaato Ju tumulo jaccnti, voli i-eus bue posi seilum et Irigesimum ab ejus obitu aonum cum vcnîsset, pro tcmpore posuit MDLIII, kal. octobris.
recevoir la milre demeurée libre par ]a démission de son frère. On le voit en possession de la dignité épiscopate an mois de juillet 1515. Cependant son installation solennelle n'eut lieu que le 22 novembre 1517, époque à laquelle les consuls lui firent le serment traditionnel d'obéissance. On se demandera peut-être quelle fut la cause de ce relard. Elle vint de ce que, après ia résignation de Charles, les chanoines se réunirent, le 10 août 1515, pour élire un prélat et portèrent leur choix sur François, évéque d'Auxerre ; mais ce dernier, après quelques diffîcullés, s'effaça devant Jacques, qui fut reçu par le clergé et le peuple, en novembre 1517, au milieu d'une démonstration toute pacifique. On place sa mort le 2(î mai 1518, sans être bien d'accord sur son prénom. O'après les uns, comme les frères Sainte-Marthe, il aurait eu nom Jean; selon d'autres, tels que les nouveaux auteurs du Gallia, it se serait appelé Jacques. Sans doute qu'il était en possession des deux prénoms, dont le premier d'ailleurs paraît dans les registres de Paris et sur son épilaphe.
Entre AIbi et Chaumont se place la capitale du Poitou, qui elle aussi emprunta un prélat à la famille d'Amboise : j'ai nommé Pierre. he monastère de Saint-Jouin de Marnes, situé dans les Deux-Sèvres, est célèbre par ses origines lointaines qui le rattachent au moins au vi* siècle, et par le souvenir du pieux abbé de ce nom. Pierre y entra de bonne heure, et, la dignité suprême étant venue à vaquer par la mort de Bernard de Pheller, il fut choisi pour diriger le couvent, à la tète duquel il parait au moins dès 1467. L'abbé marqua son gouvernement par des œuvres utiles; en particulier, en 1476, il fit reconstruire les bâtiments réguliers. Il aimait tellement son couvent de Saint-Jouin que, même après qu'il fut monté sur le siège de saint Ililaire, il en conserva la direction en qualité d'abbé commandatairè et d'administrateur, ainsi qu'il apparaît notamment dans les actes des années H8i) et 1493.
Le siège de Poitiers étant vacant par la mort de (Guillaume de Clugny, la dignité fut remise à Pierre d'Amboise, dont l'élection eut lieu le 21 novembre 1481, et le couvent bénédictin en éprouva une légilime fierté. En l'année l.">02, il eut occasion d'être agréable au noble seigneur de Champigny-sur-^'eude, Louis It de Bourbon-Montpensier, en ratiiîanl la faveur par laquelle le pape avait accordé au doyen du chapitre des rives de la Masse l'autorisation de porter les insignes pontificaux. Au mois de janvier de la même année, Pierre fut homme exécuteur du testament du chevalier Jean du Puy, seigneur du Coudray. On lui doit d'importants travaux d'art dont nous parlerons dans un chapitre spécial. Son portrait, conservé dans la sacristie de la cnlhédralc de Poitiers, accuse bien le clair rayon de l'inlelligence et
aU6 LES PHÉLATS — LE CAHDISAL MINISTRE
le souple ressort de la volonté qui distinguaient le prélat. Pierre d'Amboise mourut à Blois le li^r septembre lu05. Il reçut la sépulture dans la chapelle de Dissay, qu'il avait construite et dont nous aurons plus loin l'occasion de parler'.
Pierre laissa deux enfants, dont l'un, nommé René, devint abbé de Saint-Cvprien, d'après le Père Anselme; et l'autre, Pierre, dit de Cliambe, fut nourri dans sa jeunesse auprcs du comte d'Angouléme, depuis François le"", qui en fil son lieutenant de vénerie.
11 semblerait que la maison dWmboise fût en possession de donner des évéques aux principaux sièges de la France, et des supérieurs aux principales abbayes ; la capitale de l'Auvergne n'eut qu'il s'en féliciter en même temps que le couvent bénédictin de Cluny. Ce monastère est célèbre dans le monde entier par l'éclat de son bistoire , la splendeur do ses monastères et la fécondité de ses travaux , , ,. ,,,... comme chef d'ordre, ber-
ceau des lettres et foyer de civilisation. Fondé, en 910, par l'abbé lîernon avec le concours de (iuillaume ler^ comte d'Auvergne et duc d'Aquitaine, il remplit les annales de la France et de l'Kglise de la beauté des œuvres de ses moines. De bonne heure, Jacques fut reçu dans le couvent au nombre des six enfants élevés à Cluny. Dans la suite, il devint abbé de Jumièges; il fut aussi abbé de Saint-Illidius de Clermont el prieur de Sainl-Martin-des-Cliamps.
K\i);uo claiislro vils dlkclor lionostii' ,
lliijiis snrc<ipha(:i |iulvcre, l'ctru, jiicus. Cui Kcncrosa derljl orlus Ambnsia claros
Stir|)S, piller abbali'iii tt'cjuc Jovinuï ail. l'rbis Pii'taïifii' modo ni mi lia prcsul n(;cbas;
Dormis ciim [iRti'iI>us piilvitj cl ossa, iVIre. .Vniiis millciiis quingcnlis i]uiDi[ue locatus,
l'riiiin sopicmbris mors tibi vila fuit.
Jean de Bourbon ayant donné sa démission d'abbé de Cluny, Jacques fut nommé à cette dignité qn'il détint dès 1481, bien qu'il n'en ait pris possession réelle qu'en 1483.
Le religieux marqua son passage à Saint-Martin par ses soins à rétablir la discipline monastique. Il ne fut pas étranger à la réforme des slaluts du prieuré, et son cachet est appendu à l'acte portant la date de la veille de l'Epiphanie loûO (a. s.). Le sceau, de forme ogivale |70miL), est remarquable : dans une double niche gothique paraissent les saints Pierre et Paul; au-dessus est la Vierge vue à mi-corps; et au-dessous, dans une niche, une personne priant entre deux blasons, l'un aux armes d'Amboise. et l'autre chargé de deux croix en sautoir posées sur .ime épée en pal. La légende en lettres gothiques est indistincte, et le contresceau a l'écu d'Amboise sans légende.
Jacques signala son gouvernement à Cluny par le don d'objets précieux, notamment par des tapisseries pour le chœur représentant la Fie des quatre saints abbés de Cluny. Le 19 juillet 1503, les consuls d'AIbi remirent les clefs de la ville à Jacques, neveu de l'évèque Louis et son procureur. A son tour, il allait recevoir la crosse en laissant le bâton abbatial à son neveu (ieofTroy. Celui-ci commença par diriger le prieuré de Senlis, et, à la suite de la démission de son oncle, obtint l'abbaye de Cluny, le 27 décembre 1310. Il goûtait quelque repos à Passy, près Paris, quand il fut emporté par la mort le 13 avril 1518. Ses restes mortels furent déposés dans la chapelle de Saint-Martial en l'église couventuelle. Mais, on l'a deviné, le désir bien légitime de ne pas scinder ce qui regarde le couvent de Cluny nous a fait ouvrir une parenthèse à la carrière de Jacques d'Amboise, dont nous reprenons la suite pour ne plus l'interrompre.
Charles II de Bourbon avait été pour le siège de Clermont un génie bienfaisant, surtout au point de vue artistique. Il avait attaché sa mémoire, d'une part, aux travaux de la cathédrale, et, d'autre part, à la somptueuse construction du palais épiscopal de Beauregard et d'autres demeures. A la mort de Charles, en 1504, l'évèché fut confié à Jacques II, le 15 mars de l'année suivante, avec l'agrément de tout le chapitre et par une bulle du pape du 23 mai. A son tour, Jacques d'Amboise marqua sa prélature par une série d'oeuvres utiles où les arts furent loin d'être oubliés, ainsi que nous le verrons en son lieu.
La tranquillité du prélat fut un moment troublée par un différend avec l'abbé de la Chaise-Dieu, mais le calme revint grâce à l'intervention du pape, qui, en 1507, confirma les privilèges de l'abbaye. Jacques se trouvait au prieuré de Paray-le-Monial en lliiver de 1.^16,
lorsqu'il y rendil le dernier soupir, le 27 décembre; ses restes mortels reçurent la sépulture à Cluny, dans la chapelle de Saint-Martial.
Mais, de tous les enfants de Pierre d'Amboise et d'Anne de Bueil, (Georges est celui qui porta au plus haut point de gloire le nom des seigneurs de Chaumont. Sur son front convergent tous les rayons des grandeurs ecclésiastiques et politiques, et les lauriers des succès humains s'y croisent avec les palmes des honneurs religieux. C'est en I i60 que l'on place sa naissance à Cbnumont, dont le château,
tant à rinlérieiir qu'à l'extérieur , conserve précieusement le souvenir du plus noble de ses enfants.
Les brillantes qualités de (îeorges lui gagnèrent l'estime de Louis XI et de Charles VIII. et, en Ii84, ilfut choisi pour l'évécbé de Montauban.
Ses mérites lui avaient
CliHmbie du chùtcaii di.- Cliaumonl. COncilté tOulCS IcS Sym-
pathies lorsque , l'archevèclié de Narbonne étant devenu vacant, il fut appelé à ce siège par les suiTrages des chanoines, le 22 août 1493. Ceorges ne devait faire que passer dans ce diocèse. L'archevêché de Rouen vint à vaquer par la démission du cardinal Frédéric de Sanseverino, et (ieorges y fut nommé par le pape Alexandre VI, le 20 juin 14H4. Après avoir pris possession par son procureur (leoffroy, évèque de Coutances, le titulaire entra lui-même dans son archevêché, le 21 septembre.
Cette fois, ce ne sera plus un passage rapide , marqué par des leuvres ordinaires, mais une carrière trop courle, il est vrai, caractérisée par des travaux considérables sous les aspects les plus variés. La cathédrale, qu'il dota d'une cloche du poids de treiile-six mille livres portant son nom, le palais archiépiscopal, d'autres monuments de la ville et le palais de plaisance de (îaillon témoignent de la munificence de (Ieorges d'Amboise avec un éclat auquel nous reviendrons, après avoir esquissé les grandes lignes de cette belle existence. Au cours de son administration aussi bien que de son expédition en Italie, Charles VIII et Anne de Bretagne purent apprécier les sérieuses qualités du prélat. A l'été de 1497, l'archevêque (îeorges d'Amboise se trouvait au manoir
patrimonial. Le duc d'Orléans était dans le chef-lieu de la province de Touraine, alors le séjour ordinaire de la cour et des princes. Il eut besoin de transmettre des informations au prélat, et nous en trouvons l'écho trop peu explicite dans le compte du trésorier ducal pour le trimestre de juillet à septembre : « III journées pour estre aie de Tours à Chaumont porter lettres de mondit seigneur à Monseigneur de Rouen, qui sont IX journées, au feur de X sous tournois par jour. »
Le duc d'Orléans, devenu Louis XII, s'attacha Georges d'une manière encore plus intime, et, sur la demande du souverain, Alexandre YI le créa cardinal du titre de Saint-Sixte, le 12 septembre 1498. Le chapeau cardinalice fut apporté par le cardinal César Borgia, auquel le roi allait attribuer le duché de Valentinois, etcet insigne lui futimposé, à Paris, par un autre cardinal, Julien de la Rovère, du titre de Saint - Pierre - Hux-Liens, venu en France el depuis pape sous le nom de Jules II. Après avoir
. , . - ■ I . , , GhAtcaudi.- (:aillnn,(lL'ssindL'lanibli.)th^que\alionale.
échange amsi un salut tout
pacifique, les deux grands
hommes devaient se rencontrer plus tard sur un terrain brûlant, celui
des compétitions pour la tiare.
Georges, désireux de rehausser l'importance de la capitale de la Normandie, porta Louis XII à ériger Rouen en cour perpétuelle, que François I»"" devait doter d'un parlement; et l'archevêque contribua à faire construire le magnifique palais de justice dont les agréables proportions el les exquises décorations charment les regards les moins préparés à goûter la beauté des monuments de la fin du moyen âge. Le roi compléta celte institution en nommant le cardinal gouverneur et duc de Normandie, titre auquel il ajouta l'investiture du duché de Milan. En possession de la confiance royale et devenu premier ministre, Georges d'Amboise dut trouver les ressources nécessaires pour exécuter l'expédition d'oulre-mont, et c'est dans sa sagacité, d'ailleurs attentive à ne pas grever la nation, qu'il puisa les éléments de succès. En moins d'un mois, les troupes du roi conquirent le duché de Milan, alors aux mains de Ludovic Sforza, avec la république de Gènes. Les habitants purent bien secouer le joug du gouverneur Trivulce et rappeler
Ludovic , mais la conquête fut refaite avec rapidité par La Trémoille et Georges d'Amboise , qui fut nommé duc et gouverneur de Milan (1 500) . Louis XII ne pouvait s'arrêter en aussi bonne voie, et, de concert avec Ferdinand le Calbolique, roi d'Aragon, il s'empara de Naples (1501). Trois semaines iiprès, les Français entraient à Rome et, au mois d'août de l'année suivante, le roi faisait son entrée triomphale à Gènes, ayant à ses côtés le ministre d'État.
Assurément le cardinal fut bien récompensé de ses services, ne fût-ce que par les avantages qu'on lui attribua. La conquête d'Italie fut pour le premier ministre de Louis XII l'occasion de jolis revenus. Outre les vastes possessions que le maréchal de Gié obtint du roi, Geoi^es, en 1502, reçut des Génois quatre cents ducats de vaisselle d'or à litre de bienvenue, et son frère l'évêque d'AIbi en obtint autant. De plus, Georges fut honoré d'un plat et d'une aiguière d'or, valant deux mille cinq cents ducats. A la fin de sa vie, il reconnaissait que comme cardinal-légat, archevêque de Rouen et ministre du roi, il recevait annuellement, depuis la conquête de Milan, cinquante mille ducals , rendus à Lyon, de la part des Milanais, Génois, liolonais, Lucquois, Romains, Napolitains et Siciliens; et, en outre, il toucha trente mille ducats des Florentins et Sardes, ainsi que divers cadeaux des Florentins; enfin il fut doté de terres dans le Milanais.
Au cours de la conquête, l'épée avait fait son œuvre avec éclat, et elle appelait son complément. Georges d'.\mboise apporta tant d'habileté et d'humanité dans la pacification et l'organisation, qu'il devint comme le vice-roi et l'arbitre de l'Italie. Le pape voulut reconnaître tant de mérites supérieurs et revêtit le cardinal de la légation de toute la France , à l'exception de la Bretagne ; nommé d'abord pour un temps limité, il ne tarda pas à recevoir de Jules II te titre de légal à vie avec d'autres dignités, telles que la légation ecclésiastique d'Avignon. De son côté, le roi Louis XII se l'attacha de plus en plus étroitement comme premier ministre en lui confiant les pouvoirs les plus étendus, dont Georges usa pour le plus grand bien de l'État, aussi bien que de l'Église, des lettres et des arts.
Sur ces entrefaites , s'ouvrit la succession d'Alexandre Yl, auquel ses grands travaux à Home, en particulier la protection accordée aux artistes, aux lettrés et aux savants, méritent le souvenir de la postérité. Les regards se portèrent sur Julien de la Rovère et Georges d'Amboise, mais les compétitions rivales furent écartées par le choix de François Piccolomini, qui prit le tilre de Pie III. Ce dernier fut vite emporté par la maladie, et, le 31 octobre suivant, le conclave formé de trente-huit cardinaux appelait à la dircclion de l'Église Julien de
la Uovère. En prenant le nom de Jule» II, le pape s'écria : «Seigneur, délivrez - nous des barbares! » et, par là, il entendait les étrangers, à l'égard desquels il montra une résolution soutenue avec une indomptable énergie.
La tiare avait été tout près de se poser sur le front de Georges, qui comptait un grand nombre d'amis dans le Sacré Collège; mais les destinées de la France gagnèrent à la continuation des bons offices du ministre, toujours attentif au bien de son pays. Au printemps de ISOo, (ieorges reçut de l'empereur Maximilien, au nom de son roi, l'investiture du ducbé de Milan, et, l'année suivante, il eut la satisfaction de célébrer solennellement les fiançailles de François d'Angoulême et de Claude de France, auxquels la couronne était réservée.
Parmi les documents relatifs aux affaires d'Italie, on possède un rôle des sommes d'argent et de la vaisselle distribuées par Louis XII à la cour du roi des Romains, à l'occasion de l'investiture du duché de Milan, le 8 avril 1505. Cette pièce porte le sceau du cardinallégat; il est rond { i7 mil.}, avec l'écu d'Amboise, timbré d'un chapeau de cardinal, et la légende est ainsi conçue : fGe]oRGii de AMitAs[iaJ fcJAHDiNfaljis lioTHOMAfgensisJ. AfrchiepiscopusJ.
Le 12 février 1506, le cardinal Georges était à Blois. Par bulle de ce jour, il autorisa Jeanne, douairière de Bourbon, à garder l'Eucharistie dans la chapelle du château de Mirefleur. La pièce est munie d'un grand sceau ogival {H5 mil.), sur lequel on voit dans un pavillon fleurdelisé, à gauche, une PiefH, où le Christ sans vêtement est soutenu par sa mère; et, à droite, un personnage agenouillé et les mains jointes assisté par saint Jean debout. .\u-des30U3 est un écu k deux léopards passants, timbré d'une croix, et un autre aux armes d'.\mboise, timbré d'un chapeau de cardinal. La légende porte : Skjillum Gi-oRtn Caru|inalisj Ambasia HoTnoMiagensisj AH<:niEPi[scopusJ. En outre, dans la sphère des questions religieuses, le cardinal donna une délégation à plusieurs évèques en vue de l'ordre de l'Annonciade; il agit auprès du pape pour la réforme des Ordres mendiants et accorda sa protection aux Minimes, dont il connaissait et vénérait le pieux fondateur, saint François de Paule.
L'année loOH fut surtout marquée par la ligue de Cambrai que le ministre conclut avec Jules II, l'empereur Maximilien et Ferdinand le Catholique, pour consolider les possessions milanaises fi l'encontre de la puissance vénitienne, qui subit un redoutable échec à la célèbre bataille d'Agnadel (1509). Les Vénitiens devaient y répondre par la Sainte Ligue, qui aboutit, pour les Français, à la douloureuse journée de Havenne; mais celui qui conduisait ainsi les destinées de la nation
n'eut pas la tristesse de voir son œuvre entamée, et la mort l'empêcha de connaître le deuil de sa patrie, qui allait traverser une série de revers.
Sans éprouver le moindre alfaiblissement dans l'énergie de ses facultés, Georges, sentant ses forces ébranlées à l'hiver de 1309, fit son testament le dernier jour d'octobre. Il institua les pauvres pour ses héritiers. A cet égard, on rapporte qu'en présence dun legs montant
à trente mille livres d'or, le pape fit entendre les droits que prétendait avoir le Saint-Siège ; mais le roi prétexta qu'il s'agissait de biens particuliers en dehors de la puissance romaine. Georges n'avait plus que quelques mois à vivre. Le travail soutenu et sans trêve avait miné sa constitution, et il n'avait que cinquante ans quand il fut emporté à Lyon , au couvent des Gélestins où il était descendu. Ses funérailles furent célébrées en grande pompe, et le roi y assista en témoignant de la douleur qu'il éprouvait.
Tomi)oaucksinni[iinii\ iiAmiJuiso SoH cœur et ses entrailles
,iHnsiacaii..'di'ai<;<ie iioiicn. d.-ssiii auGflipiK'ros. demeurèrent en ce pieux
asile, et son corps fut rapporté dans la cathédrale de llouen. Le 25 mai, au milieu d'obsèques vraiment princières. Georges re<;ut la sépulture dans la chapelle de la sainte A'ierge, et sa mémoire fut consacrée par un mausolée d'une incomparable magnificence qui ne manquera pas de fixer notre attention. La nouvelle de la mort de (ieorges d'Amboise ne fut pas sans apporter quelque sérénité en l'àme du pape Jules II. On en trouve l'écho dans la réflexion du docte et spirituel cardinal Bembo. Au témoignage de celui-ci, la crainte que le pape avait de se voir troublé dans son autorité par le cardinal Georges lui fit considérer la mort de celui-ci comme une garantie de sécurité, si bien qu'en l'apprenant il se serait exclamé : Adesso io solo papu sono!
Quoi qu'il en soit, ce décès fut pour la France une perle presque irréparable. En sa personne la nation voyait disparaître l'un de ses enfants les plus, glorieux. Par la distinction de son esprit, l'élévation de son caractère, la dignité et l'honneur de sa vie, aussi bien que par les immenses services qu'il rendit aux affaires de son pays, par la protection éclairée qu'il accorda aux lellres, aux arts et à tout ce qui peut contribuer au progrès et à la civilisation, Georges d'Amboise mérite que la postérité entoure sa mémoire dun souvenir reconnaissant et impérissable.
L'exercice de la justice était trop souvent entravé par des abus invétérés dans la législation et dans son application. Pénétré de l'importance souveraine de l'équité dans la marche de l'administration à ses divers degrés, le ministre s'attacha à améliorer les lois et à prépaver la rédaction si utile des coutumes; il voulut réprimer la vénalité des charges et enrayer la corruption de la part des juges, assurer leur indépendance par l'inamovibilité, et abréger la durée des procès dont les lenteurs sont, hélas ! de tous les temps. Afin de favoriser ces réformes judiciaires, le ministre fit créer deux nouvelles cours, Aix pour le Midi et Rouen pour le Nord, et, du même coup, la capitale de la Normandie fut dotée d'un monument qui est un chef-d'œuvre d'architecture ogivale. Au surplus, les diverses sources de la prospérité nationale trouvèrent en lui un protecteur éclairé : l'agriculture, l'industrie et le commerce fixèrent continuellement son attention, et il ne négligea rien de ce qui pouvait favoriser leur essor. Dans la sphère supérieure où les créations les plus élevées du génie humain entretiennent comme une atmosphère plus sereine et plus pure, le grand ministre s'appliqua à favoriser les lettres, les sciences et les arts par les encouragements qu'il accorda aux hommes que la nature a doués pour enrichir le patrimoine de l'humanité; il remplit ce rôle avec une parfaite largeur de conception, sans se préoccuper des questions de frontière et sans avoir égard à d'autres considérations que celles du véritable mérite, ainsi que nous aurons plus loin l'occasion de le constater.
La satisfaction que le ministre éprouvait dans la compagnie des esprits distingués ne lui faisait rien négliger du soin des questions courantes, et il veilla rigoureusement à ce qu'on pratiquât l'honnêteté et l'économie dans la gestion des deniers publics. Avec un sens profondément humain du rôle, des besoins et des mérites de la classe populaire, il eut à cœur d'alléger les charges du travailleur avec un zèle d'autant plus louable, que lui-même avait vu le jour sous des lambris dorés. Mais, sans rien diminuer de l'excellence de ses sentiments.
nous aimons à penser qu'aux: jours de son enTance et de sa jeunesse, dans le village qui entourait alors le château, et aussi dans le bourg, au cours de quelque promenade à la ferme, (ieorges fut à même d'observer de bonne heure ce que la chaumière cache parfois de douleurs et de besoins, qui s'enveniment trop vite, hélas! au contact des opulences incapables de se faire compatissantes et secourables. En tous cas, ces souvenirs des jeunes ans ne pouvaient qu'ouvrir, plus large encore, un cœur que la Providence avait fait bon et aimant.
Le peuple ne fut pas le dernier à comprendre ce que valait le ministre et ne lui ménagea pas les témoignages de sa sympathie. Aussi bien, Cîeorges le lui rendait avec usure. Dès le début de sa charge, il supprima la taxe extraordinaire qu'il était d'usage de lever pour le couronnement du souverain : n'était-ce pas la meilleure façon de porter le peuple à s'associer comme il convient au «joyeux avènement >i ? A une époque où les guerres prolongeaient tour à tour leurs triomphes cl leurs désastres, pour le plus grand dommage du trésor public, le ministre ne se départit pas un instant de sa résolution de ne pas lever de nouveaux impôts. Hien plus, quelque jaloux qu'il fût de ce qui pouvait accroître la grandeur et l'éclat de la France, (ieoi^es d'Amboise s'etForça d'arrêter le souverain dans la voie des expéditions aventureuses où l'engageait son humeur chevaleresque. S'il ne réussit pas à empêcher ce que le tempérament national paraissait désirer, tout au moins il sut atténuer les inconvénients et diminuer le poids des charges que les guerres entraînent après elles.
Le patriotisme du ministre le porla même à entraver ce que le cardinal aurait pu se croire obligé d'accorder au chef de l'Kglise. Quand le pape Jules II, cédant à des considérations religieuses et politiques d'un ordre assurément respectables, s'elTorça d'engager le roi de France dans une expédition vers l'Orient , (Ieorges sentit que l'heure n'était pas favorable pour jeter la nation dans une nouvelle croisade contre les Turcs : ce n'élail pas au moment où les diverses puissances européennes pratiquaient une politique d'intrigues contre la France , que celle-ci pouvait trouver la liberté de tenter une aventui-e aussi périlleuse. Le ministre n'hésita pas à encourir la rancune de Jules II, qui ne lui pardonna pas, même après sa mort, ainsi qu'il le fit sentir au roi.
La gloire de Georges d'Amboise rejaillit sur la personne et sur le règne de Louis XII. On sut gré au souverain des bienfaits que l'on devait sans doute à la haute direction de sa politique, mais plus particulièrement aux grandes qualités et à hi sage administration de son premier ministre. Le monarque, dailleurs, le reconnaissait sans peine, et imitant le Pharaon qui disait à son peuple : « Allez à Joseph, » il se
plaisait à répéter aux solliciteurs: « Laissez faire Georges! » Ce fut assurément une jouruée fort honorable pour le souverain que celle en laquelle , aux états généraux tenus à Tours, l'assemblée, dans un mouvement d'entbousiaste gratitude, décerna à Louis XII le titre précieux entre tous de 'i Père du peuple •>. Mais l'homme d'Ktat qui avait valu ce titre au prince par ses éminents services était bien (îeorges d'Amboise, et le sculpteur n'a fait que fixer le sentiment de l'histoire en gravant sur sa tombe le titre glorieux de Pater populi.
Cette appréciation sur les éminenles qualités et sur la carrière politique de Georges d'Amboise a reçu dès longtemps l'approbation des esprits les plus indépendants en France et à l'étranger. Le savant Jacques Piccolomini, cardinal de Pavie, a écrit ; « Parniy celte généreuse nation, il n'y a rien de plus grand ni de plus illustre que son Excellence; aussi le grand roy se repose de toutes les affaires de son Klat sur le plus infatigable, le plus fidèle et le phis modéré ministre qui fut jamais. " — " A aucune époque de son histoire, dit Henri Martin, la France n'avait joui d'une aussi grande prospérité : l'absence des discordes civiles, le bon ordre maintenu par une administration régulière et vigilante, la sécurité des personnes et des propriétés, la protection accordée aux petits contre les grands, aux laboureurs contre les gentilshommes et les gens de guerre, portaient des fruits merveilleux : la population croissait rapidement... Le produit des terres augmentait dans une proportion énorme. L'industrie et le commerce n'avaient pas un moindre élan , les relations se multipliaient à l'infini; le luxe et l'élégance des bâtiments, des meubles et des habits signalaient l'essor des arts et, de la richesse publique. La condition de toutes les classes s'était améliorée, et le peuple on avait une profonde reconnaissance au roi et au ministre. "
Il de Gflillnn ■». N.!.
Kallicrine d'Amboise Que trouveras, au tems qui vien Pius que jamais-
te» DérolfiEpiUresfhK^thei
K décès du chevalier (ieorge? laissa la branche des Araboise sans
héritier masculin. La f^eigneurie passa aux mains de sa tante.
Catherine, fille de Charles I^"" d'Amboise et de Catherine de
Chauvigny, épousa Christophe de Tournon , seigneur de
Heaiichâtel. La mort brisa vite cette union, et Catherine resta veuve
à l'âge de vingt ans. Son oncle, le cardinal (îeorges, lui chercha un
époux digne de ses mérites et de sa grande fortune, aussi bien que
de sa beauté et de son esprit.
Le 10 novembre 1501, à Paris en Bourgogne (Haute-Saône), Catherine donna sa main à Philibert de Beaujeu, fils de Jacques de lîeaujeu et de Jacqueline des L'rsins, née de Guillaume Juvénal des Ursins. Son principal domaine était la belle résidence de Lvnières en Berry ; mais la réunion des deux maisons fit qu'elle posséda des terres en maintes localités. Philibert porte les litres de chevalier, conseiller et chambellan du roi, sénéchal d'Auvergne, baron de Lynières et
CATHERINE ET ANTOliNETTE D'AMBOISE SH
vicomte de Troyes, seigneur de Chaumont, des Rochelles et la Borde, de Traîne), de Meillant, d'Autri-le-Châleau, de Charenton, Blanche- Brague, Saint-Brisson et Amplepuis; à ces seigneuries il convient d'ajouter celles de Nohant, Marigny, La Motte- Jeu sserant, Thevel, Rezay, Grosbois, La Haie-Blanche, Villemorle, Pierrefite-ès-Bois, Le Pondix et Chandeuil, ce qui constituait un superbe patrimoine.
Des liens fort étroits rattachent les seigneuries de Chaumont et de Lignières-en-Berry, suivant l'orthographe moderne, et nous devons nous arrêter quelques instants à ce château digne d'intérêt. Dès le moyen âge, les seigneurs étaient unis entre eux, et Jean I" de Lynières, selon l'ancienne désignation, paraît dans les chartes du premier tiers du xn* siècle. Il épousa Aénor, fUle de Sulpice 1" d'Amboise, que nous connaissons, et leur fils atné Guillaume assista son cousin, Sulpice II, dans sa lutte contre le comte d'Anjou.
Un autre maringe resserra les liens entre les deux maisons. Philippe de Lynières s'unit, en 1366, à Marguerite, fille de Gui de Chauvigny, seigneur de Châteauroux, et l'une de ses enfants, Florie, donna sa main à Guillaume de Tusse, puis à Tngelger, fds de Pierre d'Amboise. vicomte de Thouars, La terre de Lynières passa dans une nouvelle famille par l'union de Jaqueline avec Edouard de Beaujeu. L'un des seigneurs de cette maison, Jacques, de sa femme Jaqueline des L'rsins eut Philibert, avec lequel nous avons fait connaissance.
L'union se présentait sous les auspices les plus favorables et présageait une heureuse carrière. La dispense de parenté au troisième degré — Catherine étant, par sa mère, petite-ûlle de Catherine de Bourgogne — fut accordée par l'organe du cardinal Georges d'Amboise. L'acte fut dressé avec la solennité convenable, et parmi les témoins on remarque, du côté de la fiancée, Louis d'Amboise. alors évêque d'Aulun, depuis cardinal, et Jacques d'Amboise, abbé de Cluny, qui représentaient les autres frères de Catherine. La corbeille de mariage était enrichie d'aimables présents et « les babillemens » dépassaient cinquante écus d'or.
Par le contrat de mariage de Catherine et de Philibert, il était stipulé que, à tléfaul d'enfants légitimes de celte souche, les domaines de Lynières. de Rezai et Thevé reviendraient à Charles d'Amboise, seigneur de Chaumont. et à Guy d'Amboise. seigneur de Ravel. En donnant Lynières à son ûls, Jacques s'était réservé vingt mille livres dont il lui fit don, en lolo, pour ses « bons, agréables et aimables services ». à la condition que celui-ci fera célébrer son anniversaire en la collégiale'.
' Cf. de M. l'abbé A. Oranger, doyen de Ligniùres, Documents [iréoicux sur Lignièret-
La famille des seigneurs de Chaumont continua d'être l'objet des allenlions du souverain , et nous voyons Catherine gratifiée d'une faveur particulière par François I". En lo2î), Jean Perceval présentait les lettres de foi « faitte par noble et puissante dame Catherine d'Amboise, femme de haut et puissant seigneur Philbert de Beaujeu, chevalier, seigneur de Lynières». On sait qu'en l'absence de François 1er, retenu captif en Kspagne, la régence fut exercée par sa mère, Louise de Savoie. A ce titre, par lettres datées de Lyon, le 19 juin 1525 et contresignées " Robertet », la reine mère remit à " dame Katherine d'Amboise tous et chascuns les droiz de rachapts, quintz, requinz , deniers et autres proffitz de fief et droits seigneuriaulx au roy nostre sire apparlenans, deiîbz et escheiiz par le trespas de feii messire Georges d'Amboise, jadis seigneur de Chaumont, pour raison de la dicte seigneurie ". En même temps elle accordait à Catherine « certain respit et delaiz de faire à nostre dicl seigneur la foy et hommage quelle est tenu fere pour raison de la dicte terre et seigneurie de Chaumont ». A quelque temps de lA, le "24 juillet, au nom de sa noble dame, le procureur et receveur de Chaumont, Jean Perceval le jeune, présenta ces deux lettres à la Chambre des comptes de lilois, en demandant leur " entérinement et verificacion », ce qui fut réalisé le même jour.
L'année suivante, le 19 avril » après Pasques », Philibert de Beaujeu se présenta à la Chambre des comptes de Blois et offrit c< de faire la foy et hommage au roy à cause de son conté de lîlois, pour raison de la chasteltenie, terre et seigneurie de Chaumont et ses appartenances, item pour la seigneurie des Uochetles a luy appartenant à cause de dame Katherine d'Amboise, sa femme, et a elle escheiies et advenues par le decez et tresjias de feii noble et puissant Geoi^es, jadis seigneur des dictes seigneuries ».
C'est lépoque où l'on possède des documents précis sur le développement de la vie paroissiale à Chaumont. Jusque-là, à l'ombre de l'église Saint-Nicolas, on sent s'épanouir progressivement la double iiiiluence religieuse et féodale; mais on ne conserve pas de pièces officielles, relatives aux manifestations du culte dans le bourg chaumontois. Désormais il sera por^sible de suivre pas à pas l'extension, les effets et le caractère de l'action catholique qui, de l'aveu de tous, fut un facteur prépondérant dans l'histoire nationale.
Le premier registre baptismal de Chaumont a pour titre : //oc est
cK-Il'-rnj ol sfssfi(îi»'urs, iliiiis la R.-vue ik- eu nom, .innées l'JOi i-l I',m:i; et aussi TînléifhSitnte Lliido <ie M, lahiM; C. Bcriumlioii snr la clinjuUe Saiiit-S.TUvfiir de Ugnit^res, linns la Bevut du Iterry et du Centre, n" de jnilk-l I'.'Oj.
CATE[ERINE ET ANTOINETTE U'AMBOISE 319
rei/îsterium infiintium baptizatorum in parrockia de Calvomonte supra Ligerim Carnotensis diocesis ; il remonte à l'nnnée 1527, et le premier acte est du 1" avril. Le curé a mis en tête cette maxime d'une noble philosophie : Dne da mïchi te diligere el me ipsum agnoscere. Les registres sont en assez bon état de conservation; mais, de nos jours, le relieur a interverti l'ordre de nombre de cahiers.
Kii l'année ]o27.
jusqu'il Pâques I52K, il y eut trente naissances, dont dix-sept garçons et treize fîUes.
Suivant l'usage , on voit deux parrains pour les garçons et deux marraines pour les niles , en sorte que chaque baptême comportait trois présentateurs. Les actes sont rédigés en latin, et l'on y remarque parfois des insertions en grec. Le 2i juin 1533, Nicolas Ambvé, curé, tint sur les fonts Antoine , fils d'Antoine de Nevers, avec noble dame Marie Deschamps, veuve de
noble homme Uertrand de Vaulx. La même année, Bernard d'Angiers et sa femme Andrée ont une (llle, Jeanne, qui fut apportée sur les fonis par Jehan lirodeau et par Antoinette, (ille d'Ktienne de la l'iaine. el par Jehanne. fille de feu (aiilleniin Hrisemur.
Le retour de Fnuiçois I" fut le point de départ d'une nouvelle tentative sur l'Italie, et, tandis que l'on remettait les enfants de France k (]harles-Quint comme garantie de l'exécution du traité de Madrid, on songeait à franchir les Alpes. Après des succcs , les Français furent iléfaits par les Impériaux, et l'on dut signer le traité de Cambrai. La reine était alors sur les bords de la Loire et Chaumont re^ut sa visite. Klle s'y trouvait à l'automne de 1.j27 et se rendit ensuite au château
d'Amboise. Au mois de juin, nous lisons dans les comptes de cette dernière ville : « A Jehan de la Harre, Pierre de la Barre (el autres), la somme de six livres quinze sols tournois, qui ont estez baillez pour aller au devant de Madame mère du roy, pour atirer le basteau de madite dame du lieu de Chaumont jusques en ceste ville au moys d'octobre dernier; ils ont vacqué chacun une journée et Jehan de la Barre a furny son challen. »
Après avoir été reçue à Chaumont avec tous les honneurs dus à la reine mère, Louise de Savoie vit les Amboisiens se mettre aussi en frais pour lui être agréables. On lui offrit notamment d'excellentes poires la quantité d'un <t quarteron >i. Un peu plus tard, c'est le roi François I" qui descendit la Loire, et, au printemps de 1329, on envoya des bateliers tirer la barque du roi. L'accueil dut être moins empressé, car le prince voulait deux mille livres « pour la rédemption des enfans de France ». La ville remontra qu'elle était trop « pauvresse » pour offrir cette somme et supplia le trésorier général Bobier, de Chenonceaux, d'intervenir auprès du roi non sans lui faire présent de gibier et « d'hypocras clairet « , en sorte que la contribution fut réduite à cinq cents écus d'or.
Au printemps de 1330, François I" et sa mère descendirent de nouveau la Loire, au grand contentement des hôtes de Chaumont, toujours heureux de saluer leurs souverains. En mars, on voit encore les habitants d'Amboise envoyer des « (irots » au-devant de Madame, mère du roi, qui venait par eau à Amboise. D'autre part, au-devant du prince, on dépêcha également « des tirots, pavoises de taffetas jaune et rouge ». Celte même année, la ville amboisienne devait recevoir la reine Eléonore, et ce fut l'occasion de la représentation d'un mystère dont les décors furent exécutés par « M° André de Linnières » , appelé de Blois.
Le seigneur et la dame de Chaumont apportaient une parfaite exactitude à remplir leurs devoirs féodaux, même sur les points les plus éloignés des rives de la Loire. Henry de Foix, comte de Comminge, possédait les terres de Itethellois et de Beauforl en Champagne, était seigneur de Lautrec, d'Espineul, de Brugères et d'Orval. De cette dernière seigneurie n mouvaient « les domaines de Charenton et de Meillant. A ce titre, Philibert de Beaujeu lui fit l'hommage obligatoire. Comme le suzerain était « mineur d'ans », c'est à ses deux tuteurs, M. Menant de Morlhery, (i evesque de Conserans, curateur testamentaire confirmé par le roy, » et à Mg"" de Châteaubrianl, représenté par le docteur en droit Itené de Saint-Melan, son procureur, que le vassal rendit ce devoir en s'engageant à présenter dans les quarante jours
CATHERINE ET AM'OINETTE D'AMBOISE 2îi
« les aveux et dénombremeiita » desdites seigneuries, échues « à Catherine d'Amboise par le trespas de feu Georges d'Amboise , son nepveu ». On sait que la région de Conserans, dont il s'agit, tire son nom de l'antique cité gallo-romaine des Conseranni et qu'elle est comprise actuellement dans le département de l'Ariège. La lettre de l'évêque, attestant la réception de l'hommage, est datée du château de Montrond, le 26 septembre 1534.
A leur tour, le 27 juillet 1537, Philibert de Beaujeu et sa femme, en raison des terres de Charenton etdeMeillant, recevaientl'hommage de Pierre Ronsard, bourgeois de Bourges, seigneur de Chaillon et de Lhosmoys. Ce dernier leur rendait le devoir pour son « hoslel de Chailhon », et pour son « hostel et manoir de L'Iiosmovs », sis en la paroisse de Meillant, avec la garenne de Lhosmoys » a chasser a cor, a cry, a hu et a toutes manières de besles et a nourrir porcs et tout ce que bon lui semblera ».
Le règne de François 1er continuait d'être agité par la lutte avec les Impériaux, qui se poursuivait avec une alternative de succès et de revers. A l'été de 1538, on conclut une trêve de dix ans, et une entrevue eut lieu dans le Midi entre les deux souverains rivaux. Un peu plus tard, le roi apparaît sur les bords de la Loire. Lé 27 août, il séjourna au château de Chaumont, ainsi qu'on l'apprend par le recueil officiel des actes du prince.
On sait que la France commençait alors à être émue par les progrès des théories protestantes. Philibert de Beaujeu eut l'occasion de voir Calvin et entretint avec lui quelques relations. Le chef de la Réforme étudia à Bourges et se plaisait à répandre ses idées en Berry ; il se fit entendre à plusieurs reprises à Lynières, et le seigneur appréciait les qualités oratoires du théologien. Mais Philibert n'embrassa pas les croyances calvinistes et demeura ferme dans la religion de ses ancêtres.
Vers cette époque, sur les indications du roi, on préparait la réforme des lois provinciales. En 1539, Philibert fut élu aux états du Berry, réunis au chef-lieu pour la rédaction des Coutumes de la province. A l'été de l'année 1540, il « fit la foy au roi comme comte de Bloys », par son procureur Martin Bergerot, pour les seigneuries de Chaumont, les Rochettes et la Borde, et la lettre royale qui l'atteste est du 5 juillet. Moins d'un mois plus tard, le 2 août, le procureur Raymond de Pic, écuyer et seigneur de Prades, au nom du seigneur de Chaumont, présenta la lettre de réception à la Chambre des comptes de Blois. Elle en prit acte en disant que l'original sera rendu avec la mention de la présentation de l'hommage, mais non sans ajouter cette
22i CATHERINE ET ANTOINETTE D'AMBOISE
réflexion : » Sauf au procureur du roy de pouvoir procéder par saisie des fraitz pendans par les racines des diz lieux de ta Borde et des Rocheltes pour raison du proffit de rachaptz, deiiz et acquis audit seigneur par le Irespas de feu Georges d'Amboise, et non de la dite terre de Chaumont parce qu'il est apparu du don des diz prouftiz fait à la dame de Lynières par feii très liaulle et puissante dame Madame mère du roy, lors régente en France, datées du xix' jour d'avril mil V"^ vingt quatre, entérinées en la Chambre le xxiiii* jour de juillet mil V"^ vingt cinq. »
Cependant te seigneur de Chaumont louchait à la fin de sa carrière. Philibert vivait encore au mois d'août 1540, et mourut à la fin de l'année sans laisser d'enfants. Kn homme prudent, il n'avait pas attendu les derniers moments pour arrêter ses volontés. Par son testament du 14 janvier 1528, il donnait à sa femme la terre de Lynières; mais, faute d'enfants, elle n'en aurait que l'usufruit, et, après la mort de Catherine, le domaine passerait à sa nièce Antoinette, femme du seigneur de Itarbezieux. Pour sa sépulture, il arrêta qu'elle se ferait dans l'oratoire seigneurial de l'église de Lynières.
Dans un codicille ajouté à son testament, en février 1340, il spécifia que dans cet oratoire « il veut être bâtie une chapelle telle que le marché en est fait et sans y rien omettre •>. Il institua une fondation pieuse, dont les revenus seraient pris sur sa terre de Marigny. Catherine s'attacha à réaliser les volontés du défunt, et, selon un témoignage autorisé, cette chapelle était « une des plus belles de la province et remarquable par ses vitres peintes, sa grandeur, sa structure et les statues qu'on y avait placées ; parmi ces sUilues on y admirait celles de Philibert el de Catherine, reposant sous de riches mausolées ».
On suivit de point en point les dispositions arrêtées par Philibert de lieaujeu, et désormais Cliaumont nous apparaît aux mains de celle qui l'avait reçu de sa famille, de Catherine d'Amboise. Une lettre de réception du 13 août I3il porte que pour ces domaines la foi a été faite au roi, « père et légitime administrateur du conté de Bloys par Ceorges de Crequi ». Il ne faudrait pas s'imaginer pour cela que la terre avait changé de propriélaire. Mais il s'agit ici, non de la personnalité du seigneur, mais bien de son neveu, comme fds de Marie, sœur de Catherine, lequel agissait évidemment comme procureur de sa tante'. De fait, le 0 du mois suivant, Jean Duchemin, « procureur de la dame de Chaulmont et de Lynières, » présenta à la Chambre des
' Ai-ch. Nal-, I' 1479, f. IIII" V s. — M, Cli. de Croy fait observer que l'erreur d'analyse (le l'Invcnlnire P 1470 n pssé dans le l'.alalnijiic iha actes de Fraixcioh l'r, t. VI , n» 22190.
comptes de Htois la lettre même de réception de cette « foy faite audit seigneur » le roi.
On a remarqué que l'acte est présenté « au nom de la dame ■> de Chaumont ; à celte époque, Catherine d'Amboise était veuve de nouveau. Avec son premier mari elle n'avait eu qu'un avant-goùt du contentement qu'elle puisa dans sa seconde union de quarante années. Mais les joies de celle-ci devaient s'effacer sous les amertumes d'un troisième mariage qu'elle contracta à l'âge de soixante-cinq ans. Il est vrai qu'il s'agissait d'un prince de la maison de Nevers, du chevalier Louis de Clèves, comte d'Auxerre et capitaine de cent gentilshommes de l'hôtel du roi. Son nouvel époux commença par lui faire donner ses terres avec ses meubles. Il eut vite dissipé en folles dépenses le beau mobilier, en particulier la vaisselle d'argent, <• dont elle avait jusqu'à XIV douzaines ».
Le nouveau seigneur de Chaumont demanda au roi une certaine latitude de temps pour lui faire l'hommage et la déclaration qu'il lui devait. François I"^ par lettres datées de Lyon le 10 août, se rendit au désir de son familier. t< Kn consideracion des bons, grans et recommandables services que le dit conte d'Auxerre a par cy devant faiz et fait par chascun jour au dit seigneur, » le prince, est-il dit, x luy a donné et octroyé terme, souffrance et delay de fere et presler les foy et hommage et bailler la déclaration quil est tenu fere des terres et seigneuries de Chaulmont, la Borde et les Rochettes, au dict conté apparnans par le mariage nagueres fait entre luy et dame (en blanci d'Amboise, dame de Lynières, tenues du dict seigneur a cause du conté de Blois, et ce pour Iroys moys commencans au jour et datte de ces présentes ». Jean Duchemin, procureur du seigneur de Chaumont, le 28 septembre lo42, remit les lettres royales à la Cour des comptes de Blois, qui en consentit << l'entérinement ". L'année suivante, une pièce du 5 mars nous apprend que Louis de Clèves avait fait l'hommage au roi pour les seigneuries en question, suivant une lettre de réception de cette date.
De ce chef, le seigneur de Chaumont avait à payer au roi certains droits de rachat et autres, en qualité de néo-propriétaire de domaines relevant du château de lilois. Il en avait versé une partie et trouvait la charge lourde pour son budget. Il le dit en haut lieu, et, celle fois encore, François I"" fit acte de libéralité par lettres données à Fontainebleau le I" mai 1543. Le souverain fit « don au dit hault et puissant prince, des prouffStz de rachaplz et autres droiz et devoirs seigneuriaulx advenuz et escheiiz au dit seigneur à caut^e du mariage fait de luy et de haulle et puissante dame Katherine d'Amboise, dame de
1544. qui arrélail le tarif et les marchandises â taxer au péage de Cliaiimont.
L'ordonnance portail l'obligation pour les marcliands de paver les droits conformément au tarif, à peine de " soixante sols un denier tournois d'amende », et, pour le seigneur, celle << de n'en user autrement •> que le tarif, par rapport aux denrées et aux prix « sous peine d'amende arbitraire, dont la moitié au roy et l'autre à ceux qui en feront la poursuite, et de perdition de péage s'il y échet ». Le seigneur fera afficher l'arrêt au port de Chaiimont, sur un pilier, « au lieu le plus convenable ». D'autre part, les marchands « ne seront tenus bransler leurs batteaux audit péage, si bon ne leur semble. Ains pourront envoyer à celui qui sera ordonné lever ledit péage et qu'ils seront tenus payer à cause de la marchandise, au lieu qui sera destiné sur le dit port, et si le dit péageur prétend ledit payement n'estre loyalement fait, pourra envoyer arrester les dits batteaux et visiter les marchandises, et s'il est trouvé le dit payement avoir esté loyalement fait, et que le dit péageur à cause de la visitalion ait tenu en arresl les batteaux plus de deux heures, il payera aux marchands leurs interests à cause du dit arresl; et s'il esl trouvé iceulx avoir commis fraude au payement, ils encourreront les peines accoustumées ». Enfin, suivant la coutume, le seigneur devra i< faire baliser et nettoyer la rivière et faire oster les bois, pierres, paulx et autres choses empeschans le navigage, en sorte que les marchands puissent naviger sans aucun péril et inconvénient ". Le tarif du péage de Chaumont, conllrmé en 1544, nous donne une idée des droits qu'on levait alors sur les diverses marchandises '.
' " Par muiii de sel, mesure de Nantes, dix deniers loiirnois, revenanl pour la mesure de Paris à vingt-cinq déniera. Si le cbalan a huit muids el au-dessus, mesure de Paris, on prendra pour droit de sallage un septicr de mesure de Paris, ou vingt-cinq deniers <i au choix du seigneur ou fermiern; au-dessous de huit muids, pas de droit de sallage, mais seulement dix deniers pour péage. — Par muid de bled, mesure de Chaumont, huit deniers. — Par tonneau et pipe de vin chargé entre le pont de Blois et le pont d'Amboise, quatre deniers, el pour la pipe chargée au-dessus et au-dessous, six deniers. — Pour la somme d'huile, quatre deniers. — Par bœuf et vache, un denier. — Pour le fardeau de drap, douie deniers. — Pour la pièce de drap, deux deniers. — Par sac de noix , deux deniers. — Par sachée de pain , deux deniers. Pour cent d'oingt et de remais, quatre deniers, et s'il n'y a un quarteron, un denier. — Par cacquc d'un millier ou environ d'harenc blanc ou sor, dix deniers, ou dix harancs au choix du marchand. — Par millier de seiches, huit deniers. — Par millier de hadots, huit deniers, et au fur sur l'emplaige. — Par millier de macquereaui , merlans et autres poissons saliez , douic deniers.
«Par meulle de moulin percée, huit deniers, cl non percée, quatre deniers. — Par meulte à feuvre, deux deniers. — Par lot de cuirs contenant deux douzaines de peaux de boeufs ou de vaches, huit deniers. — Par Iraict de batterie pesant un millier, vingt deniers. — Par millier d'airain, cuivre et autre mêlai, vingt deniers. — Pour deux Itestes â laine, obole tournois. ~ Par chalan de tonneaux vuides, quatre deniers. — Par couesle
Au surplus, Callierine d'Amboise é(ait loin de goûter le contentement juiqnel lui donnaient droit ses mérites, son âge et sa haute situation. Louis de Cloves ne se relûelia point de la vie déréglée qu'il menait Jadis à Paris. De la capitale, où il entretenait des filles de mauvaise vie, « il en emmenait quelques-unes en province, les faisant mettre à lable auprès de lui devant sa femme, qu'il niallraitait de paroles et d'actions devant ses gentilshommes, ses damoiselles et ses pages », Ses violences n'épargnaient pei'sonne et ses officiers en éprouvaient les ell'ets. Un jour, notamment, il appliqua un soufflet au lieutenant (lu bailli de Lvnières, par la raison ([ne, selon le chroniqueur. « en lui parlanl, ce bon vieillard n'ostoit que son chapeau sans osier un petit bonnet de velours qu'il portail parce qu'il estoit chauve ».
Non content d'abreuver sa femme d'outrages, Louis de Clèves lui refusait même tes deniers nécessaires à son train de maison, en défendant aux fermiers de lui rien payer, si bien qu'elle se vit réduite à la détresse. Durant les heures sombres, ("alberine chercha un soulagement à son angoisse dans la médilation des vérités élernelles. Son
dp Ik'l [Kiur vi'iulre, ifiiiiti'fi di'iiici's, cl pour celle diisagecl mcnagc, ne sera pnyï' aucune chose. — l'our la cliicure li'huillo d'olive par millier, vingt deniers, — Par millier de fer et d'aciei' et tout autre millier de poix, vin^l deniers et au fur l'cmpL-tige. — Par millier de cire et beurre, vinftl deniers, — Par cliidiau ou battcau charpé de pelles fcrnies, une pelle, et si elles sont toulcs de fer, vinj;! deniers, par millier de j>(>ix comme dessus.
" Pour le mercier i|ui jHiHc siiincturt's ferrOi's de Isilon , de soye ou de fil d'Inde pour la balle, huit deniers, pourvu qu'elle soit cordée. — l'oor cosle de lard contenant un demy |)orc , un denier. — Par chariço enliôrc de verrt-s, un verre. — l*nr charge d'aux el d'oignons faisant trois septiei-s, mesure de Itlois, un denier, — l'nr saumon, un denier. — Par lamproye, un denier. — Par douzaine d'allouzcs, nn denier. — Par fardeau de Cor- (louan, huit deniers. — Par somme de ginKembre, poivre et autres espieeries posant
quatre
' cents livres, seize deniers o
u quiilre deniers pour cenl. — Pour s
omme d'amande
pesa ni
. un milicr, vingt denier». —
Par enbbns du figues pcsiint un millie
r, vingt deniers.
- l'ai
■ charge de peaux de s.invngi
ne, huit ileniers. - Par somme de fil
, lange ou linge.
quatre
' cent pesnnt, huit deniers.
— l'nr tardel de loilles pesant qua
tre cent, quatre
deniei
■s. — P.ir fardcl ou pouehée
de Iflinc de qiiali-e cent, quatre déni
ers. — Par dou-
laines
d'nrsons comprennnl devinit
et derrière, deux deniers. — Pour ie
s coiiifs d'acier,
soit d<
■Lombartlie ou d'ailleurs, il i
lin millier de p<jix , vingt deniers.
.. Pi
ir charge de hallnine de ip.ii.
Ire cent, huit deniei-s. — Par somme
de miel, quatre
deniei
•s. l'nr sac <le guesde coiil
enant la charge d'un cheval, six déni.
îrs. — Par balle
de K»,
-ence de Ni charge d'un cliev
al, six deniers. — Par sac de |)omme
s ou poires, n'y
ine de peaux île mouton, un denier. — Par challan de • mei'rien, huit deniers. — Par rottée de tan on charretée, pour millier, vingt deniers. — Pour challan neuf, pour en le demandanl. pourvcu ipi'il est peaultre. — Par sen-
- Pour le
.. Par
pac
■inel de mer
ccrie a
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au fur .
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X deniers pour ce
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CATIIEltlNE ET ANTOINETTE liAMDOISE 227
esprit élevé, son coeur .limant et son âme nivsliqiie. snr les ailes de la poésie religiense, montaient doucement vei-s les sphères divines, source des célestes consolations. C'est surtout en son castel de Lvnières, oii elle connut davantage te calice d'amertumes et où elle se plaisait comme auprès d'une source alimentée par ses larmes, (pi'elte composa ia plus grande partie de ses poésies, qui ont pour titre : <■ Les dévotes Kpistres. >■ Ce recueil de prières invocatives adressées au Sauveur et à la ^'ierge se distingue par la fraîcheur et la délicatesse des sentiments, par l'aronie des pensées et des images, par la sérénité des idées et du langage, en un mot par une suave harmonie empreinte de foi et de raison, de réalités et d'espérances, qui font honneur au caractère et à la dignité de vie de la dame de Chaumont.
La pensée se reporte de soi vers une contemporaine de (Catherine, la séduisante sœur de François 1", " la Marguerite des Marguerites, » que l'on a appelée <• la dixième Muse ». Le talent poétique de Marguerite de Valois l'emporte par la grâce des formes plus souples et plus chatoyantes. La Muse de Chaumont, sous des couleurs moins sémillantes, exprima des idées plus graves, des aspirations plus hautes et des résolutions plus salutaires. Pour célébrer les louanges de '< Jésus- Christ I) , de « la Vierge Royale » et -i Mère de Dieu >i , « la plus belle qui jamais fut au monde » , Catherine évoque tour à tour les souvenirs de la Bible et de l'antiquité classique: Ksther et Judith se concertent avec Apollon et Orphée, ■■ pour sonner harpes et clairins ».
Le volume qui renferme les poésies de ta dame de Chaumont est conservé à la Bibliothèque Nationale. C'est un in-t° de dix-huit feuillets en vélin, relié en velours et écrit à longues lignes, 11 renferme près de sept cents vers, d'ordinaire de dix pieds, à rimes presque toujours accouplées. Le manuscrit est orné de trois miniatures, dans lesquelles figure l'auteur en diverses circonstances. En la première, Catherine paraît â genoux sur un prie-Dieu, ayant une autre personne agenouillée derrière elle, et un ange oH're les « Epistres " au Sauveur Jésus. Dans le second sujet, les personnages gardent la même attitude, et l'offrande est faite à la Vierge. La troisième miniature représente Catherine agenouillée sur un prie-Dieu avec un livre ouvert : dans le ciel, on voit le Sauveur le globe sous les pîeds et la A'ierge priant, tandis qu'un ange reçoit un anneau qu'il remettra en c. présent » à l'humble <i espousc •> du Christ, « prince très gracieulx et très débonnaire. »
Catherine veillait à écarter de sa lyre « songe ou fable », et à vivre chaste « comme la tourterelle " en sa retraite. Loin des trompeuses séductions de la cour, elle " escript au lieu segrect de la maison de
Lynières. — C'est, comme elle dit, de la main non d'autre que de celle — Qui se maintient estre ta povre ancelle Katherine d'Amboyse ». La " povretle mondaine ». qni présente ses hommages avec ses repentirs an prince du Ciel et à Marie, sa « dame et maitrei^se ». reçoit en retour les divins encouragements du céleste Kpoux à sa -i mye •> . Les suaves conceptions de son esprit et de son cœur sont traduites en une langue facile, élégante et exempte de tout pédantisme. Le luth de la dame de Chanmont est accordé aux sons de la lyre angélique et ne sait redire que les chastes inspirations qui, )tar de l'échelle mystérieuse de Jacob, sans interruption de la terre au ciel, ersonnalilé de l'auteur transparaît avec les ressouvenirs de son existence dans le signet terminal :
« Fin par moy K. d'Amboyse, »
aussi bien que dans le double blason qui rehausse les deux premières miniatures du manuscrit.
Ajoutons seulement qu'un savant écrivain tourangeau , M. l'abbé J. IJourassé . a publié « Les Dévotes Epislresde Katherine d'Amboise » (Tours, Manie, 1861 , in-8°. i.x pagesi.
C'est ainsi que la dame de chiitcaii di- r.vnièics i.ii LLpnuii.-» ciiir . Chaumout puisail daus le culte
de la Muse chrétienne un aliment à sa foi et un adoucissement à ses épreuves. D'ailleurs, ta mort se préparait à exonérer Catherine du joug conjugal qui pesait sur ses épaules. La fin de Louis de Clêves fut le reflet de sa vie. En 1546, il arriva que, h s'étant couché sur un long banc qui rompit sous lui, parce qu'il était gros et pesant, il se cassa le filet des reins et mourut ». Catherine rentrait ainsi en possession de ses domaines, et parait en qualité de dame de Chaumont . de la ' Borde , des Rochettes, de Meillant et de Lynières, ainsi qu'avec le titre de comtesse d'Auxerre. Dans un aveu et dénombrement de divers biens relevant de la seigneurie de Thevé, le 17 janvier 1547 (n. s.), on rencontre la mention de " puissiinte princesse madame Catherine d'Amboise, contesse d'Auxerre, dame de Lynières. Kezav et Thevé ». Il en est de même, le 27 avril 1518. dans un hommage pour une dtme en
la paroisse de Saint-Christophe et relevant de la seigneurie deLynières, rendue à Catherine, " conteased'Aiixerre, dainedeLynières, Chaulmonl, Meillant, Charenlon, Thevé, Hezay, Saincl-Iirisson, Aullry, Amplepuys, Monlmallitjs, La Ceilelte et Nouhant ». Il s'agit ici du domaine de Xohant-Vicq, acheté par Philibert de lîeaujeu en lo29 et illustré, à notre époque, par le séjour de George Sand , dont les lettres gardent le fidèle souvenir.
Catherine, parvenue à un âge avancé, termina sa vie par une mort digne de sa longue et sympathique existence. Klle s'éteignit, à Lynières, le 1" janvier jîioO, dans le calme d'un soir illuminé des radieuses espérances d'outre-lombe, et sa dernière parole fut cerlainemenl l'une des dévotes oi'aisons qu'elle se plaisait à adresser à Jésus et à la benoîte Vierge Marie. Ses restes furent inlumiés dans l'église aux côtés de son mari. Mais le fanatisme protestant devait troubler le repos de sa tombe; en 1569, les huguenots, maîtres de Lynières, profanèrent les restes des seigneurs, afin de s'emparer du plomb des cercueils, et mutilèrent les tombeaux.
La dame de Chaumont n'avait pas laissé d'enfant, et le domaine échut â sa nièce Antoinette d'Amboise, fille de Guy d'Amboise, sieur de lîevel. Al'hiverde 1550 (n.s.i, « Anthoinetted'Amboyse, comtesse de Roussy, dame des baronnyes de Lynières, Chaulmont, Meilhant, Cliarenton, Le Pondix, Chandeulli, Thevé, Rezay, Jalligny, Vendeuvre, Sainct-Ilpize, Ravel, Meymont . Enuzat, Vaulx et Limaigne d'Auvergne, » remettait à Lionnet Raquin, écuyer, seigneur des Gruttes, et à son fils Claude, ainsi qu'au " survivent d'enlx deux «, l'office de la capitainerie des seigneurs de Meillant, Cbandeuil et Pondix, et aussi la maîtrise des eaux et forêts, aux gages de cinquante livres à prendre sur la recelte de Meillant; et, en outre, la maîtrise des eaux et forêts des terres de Lynières, Thevé et Rezay. Ce jour-là, la noble dame se trouvait en sa belle résidence du Berry, ainsi que nous l'apprenons par la finale de l'acte : << Faict et donné en nostre chaste) de Lynières ce vingt-cinquième de janvyer l'an mil cinq centz quarente neufz — Anthoinette d'Amboyse. »
Antoinette était jeune quand elle s'unit à son cousin Jean d'Amboise, sire de Bussy. La mort ayant brisé ces liens, elle fut demandée par Louis de Luxembourg, comte de Roussy. Puis, après le décès de celui-ci, elle s'unît à Charles de la Rocliefoucault. Ce dernier, d'une très honorable famille de Guyenne, était chevalier et seigneur de Barbezieux et occupa plusieurs dignités importantes'.
' Le catalogue des actes de François ['^''renferme quelques pièces relatives & celle époque. Le i juia 1539, François de la Rocheroucaull , au nom de sa nière Anne de Polignac,
Charles était tenu en haute estime par les princes, à cause de ses qualités et de sa valeur. Quand il n'était pas à la cour, il guerroyait dans les camps, et il signala son habileté et sa bravoure en luttant contre les troupes protestantes auxquelles il infligea plusieurs défaites. Parmi les chargea qu'il remplit, on remarque celles de capitaine de cinquante hommes d'armes des ordonnances du roi et de gentilhomme ordinaire de sa chambre, de lieutenant général au gouvernement Ae (Champagne, et de grand sénéchal de Guyenne. De fait, dès l'année 1544, Charles de la Rochefoucault, seigneur de Barbezieux, occupait la charge de grand sénéchal de Guyenne, et, en celte qualité, le i 3 décembre, il donnait de ses gages une quittance avec son sceau rond 1 40 m.), portant un écu écartelé : -c au 1 et 4 à trois fasces, avec trois chevrons brochant; au 2 et 3 un écusson en abîme; sur le tout un écusson chargé de deux vaches pas.sanl l'une sur l'autre; » la légende mutilée porte : de la rochefo rezi
Quant à ce qui est des domaines des rives de la Loire, le iO juin 1550, on voit Charles de la Rochefoucault faire hommage au roi. comme comte de Blois, pour les « seigneuries de Chaumont, la lîorde et les Rochettes et appartenances -i. Puis, le 6 novembre, en la Cour des comptes de Rlois, Charles fit ■' la foy et hommaige au roy pour la seigneurie de Chaumont , la Borde el les Rochettes » ; en même temps . il lui fut t< anjoinct de bailler son adveu dedans ung moys ".
Antoinette ne fut que peu de temps dame de Chaumont. A sa mort, le 2 juillet 1552, elle laissait à son mari deux fils, Charles et Antoine. Par contrat passé à Paris, le 31 janvier 1555, devant les notaires Trouvé et Payen, Charles fit avec son frère Antoine un arrangement au sujet de leurs domaines. D'après cet acte, Antoine eut Chaumont « jusques à sa valleur de 2,000 livres », sous la condition du droit de réméré durant quatre ans. Mais cet accord n'empêcha pas Charles de porter dans la suite le titre de seigneur de Chaumont. Charles de la Rochefoucault, « chevalier, grand seneschnl de (îuyenne, gentilhomme ordinaire de la chambre du roy, seigneur de Barbezieux , Linières, Meiltant et Chaulmonl, » était l'hôte de son manoir de Meitlant. le 11 mai 1556. A cette date, de concert avec Jean Delaloue, écuyer, seigneur du <i Puys Saint-Chrislofle. gentilhomme el maislre d'hoslel du
(léclaration de l'homma^EC Tait pour la cliâtellenie d'Ûjizain. Le 5 juillet 1540, dc^cl a ration de l'hommage de Philibert de Beaujeu, seigneur do Chaumonl et de Landres, pour les seigneuries de Beaumont, des Itocheltes cl de la Dordc. Le 13 août 1541, déclaration do l'hommage de Georgcii de Créquy pour les seigneuries de Chaumont, les Rucheltes et la Borde. — Cf. la revue Le Loir-et-Cher, anoée 1900.
(lict seigneur », y demeurant aussi, il vendit à Claude Libault. liceucié es lois, lieutenant de Charenton, Meillant, Chandeuil et le Pondyx, « le dixme et terrage de bledz, vulgairement appelé de Grosbochet, dépendant de la seigneurie dudit Meillant et sis en cette paroisse ».
En possession de plusieurs seigneuries importantes avec de superbes demeures et de belles dépendances, Charles de la Rocbefoucault, " seigneur de Chaumont » et autres terres, éprouva néanmoins le besoin de réaliser des espèces bien sonnantes. Suivant une procuralion passée « l'avant veille au cbàleau de Meillant », son « procureur " Claude Libault. en son nom et au nom de sa femme, vendit à Jean Foucault, conseiller au siège présidial de Bourges .
trois " molins bannyers » , dont deux à Meillant et l'autre près de la ville ; une mention mise au dos indique le « moullin du Creuzeau ».
Le seigneur de Chaumont tenait à ses droits et prérogatives, mais il savait se montrer conci-
,. , , , . , .-(■,■ Ant<jLncdL-laRi,di«foiicauU,(li:3siiiilcl«l(.N.
liant, lorsque de justes motiis lui étaient présentés par les vassaux.
On sait la vieille rivalité entre la France et l'Espagne. La descente de Charles-Quint dans la pénombre mystérieuse de son couvent, puis dans l'ombre glacée de son tombeau de Saint- Jusl (1558). n'éteignit pas la flamme guerrière. Les Espagnols, désormais gouvernés par Philippe II. ayant envahi les Etats du pape et la France, le duc François de Guise, envoyé par Henri II, chassa les étrangers des Etats pontificaux, puis, volant au nord, par un merveilleux coup arracha Calais aux Anglais, désormais tout à fait « boules hors de France ». On n'a pas oublié que par le traité de Cateau-Cambrésis, signé l'année suivante entre Henri II et Philippe II, la France conservait les places importantes au nord et renonçait à tous droits sur l'Italie. Parmi les gentilshommes qui combattaient sous les ordres du duc de Guise, figurait Florimond Descartes, seigneur du Guérinel et des Ilaules-Vallettes, sur la paroisse de Cangey. Il paraît qu'il avait en même temps à satisfaire à ses obligations féodales pour les domaines
des Ilatites-Valletles, « mouvant du dit seigneur en plain fief », Aussi, le 23 mai 1558, par-devanl le notaire de Clianniont Nicolas Puzelat, (' noble damoyselle Loyse de la lîarre, vefve feu noble homme Loys Descartes, en son vivant escuver, Heifi;ne(ir du (lUérinel et des Haultes- Vallettes, laquelle ponr et an nom de Florimont Descaries, son fils aysné, aagé de dix hnicl ans ou environ , s'est adressé à baull et puissant seignenr Mgr Anthoine de la HocbefoucauU, seigneur dudict Chaunionl, auquel par son dict fils elle a offert fere les foy et hommage qne il doibt et est lenn fere a mon dict seigneur à cause de sa chastetlenie du dict Chaumonl ».
Alors, le seigneur " a faict responce à hi dicte damoyselle que son dict filz est en aage competlant pour luy fere la dicte foy et hommage; toutesfoiz, attendu l'excuse de la dicte damoyselle , qui a dict cl afCermé son dict filz estre de présent en Piednionl au service du roy et que, à ce moyen, il ne peult fere et porter la dicte foy et hommaige. mon dict seigneur luy a donné et donne surceance pour son dict filz de luy faire et porter le dict bommaige jusques à Pasques charnelles prochainement venant, sauf eu aullre chose son droict et raultruy, et mesmement des profficlz feodaulx, s'aiilcunz hiy sont deiibz n. I/acte fut dressé en présence de Pierre Louât, lieutenant général de Cbaiimont. On a remarqué l'expression de « Pasques charnelles », c'esl-â-dire celles où commence l'usage de la viande, sans doule pour les distinguer de (1 Pasques fleuries u, nom populaire donné à la solennité des itameaux.
A l'hiver de loRS, les seigneurs continuaient à se défaire de divers domaines d'importance secondaire. Le 7 novembre, Jean Esmard, receveur de Charenton, Meillant, Cliandeuil el le Pondix, demeurant à Charenlon, au nom de Françoise Cbabot, >< espouze et procuralrico de Charles de la Rochefoucault, » seigneur de " Cbanmont » et des autres domaines connus, vendit un moreeau de prairie, dit le pré Guignard, à Hugue Aurousel, curé d'Angy, avec faculté de rachat durant vingt ans.
Charles avait été pris par une maladie qui nécessitait des dépenses, et sa femme s'ingéniait à se procurer les ressources nécessaires. Le seigneur de Chaumonl avait, an printemps de 1557, vendu à son receveur «1 les pi*és Pellardz el Guignard «, faisant partie delà seigneurie de Cbarenton , avec faculté de les racheter. Mais, au château de Meillant, le H novembre 135H, « pour subvenir aux fraitz de maladie survenue au dict seigneur en la ville de Paris, où il est encores de présent malade, » Françoise Chabot requit Jean Esmard de bailler les prés (• pour les deniers en provenans les prester à la dicte dame, pour envoyer au dict seigneur et luy ayder ef fornir aux fraitz de sa dicle
CATIIEniNE ET ANTOINETTE D'AMBOISE 233
maladie ». Le même jour, elle vendit h Claude Libault " ung disme de charnaiges concislanl en aignanix, laines, couchons, vins, rêves (raves),, meillelz (millet), chanvres el aullres chozes decîmabtes, » dépendant de In seigneurie de Meillant.
Dans un acte de vente du 8 novembre 1558, Charles de la llochefoucault paraît avec la qualité de seigneur de « Chaumont », ainsi que nous l'avons vu. Mais, dans un dénombrement pour une part de dîme relevant de la seigneurie de Rezay, le 18 octobre 1559, il ne porte plus ce titre, non plus que dans un dénombrement de dîmes relevant de Lynières, du io janvier 1560 (n. s.)'. Que s'était-il passé dans l'intervalle el quel événement avait motivé ce changement? Avec la disparition de ce seigneur nous voyons entrer en scène une reine célèbre entre toutes par ses puissantes qualités aussi bien que par ses prestigieux défauts,
' Dans la suite, Charles de la Hocliefoncdiill consiM-va sa seii^neiirio iIp Barlitîzieiix cl aa charge de capitaine de trenic lances. l,c 18 décembre 1564,il tloniiail de ses (fagos inie quittance avec son sceau rond (93 mil.), portant l'écu ccarlelé: au 1 et l, trois fasccs à trois chevrons brochant; au 2 et ;i, écusson en abîme ; sur le tout, un écusson chargé de deux vaches passant l'une sur l'autre, sans légende. Quant ii Antoine de la Rochefoucaull. il était HeulcDaDt de trente lances sous le comte de la Rochefoucault. Le -29 mai I56C, il donnait de ses gages une quittance avec signet rond ( 20 mil.), ayant l'écu écartelé : an l et 4 UD burrelé à trois chevrons brochant; au i et 3, un pale de six pièces; sur le lout, un écusson au dauphin, sans légende.
David . mMaillon rn uiarl (Mus.*c (II-
Chniiiiiiint, aile uriciifflEc, fnçBilc sur la cnur (l'hcjiiiicur.
Vous estes icy des Muscs amenée.
{Ode de Ronsard, Œuvres, t. V, p. 34.)
mariage de Henri II et de Catherine de Médicis, en réalisant l'union intime du génie français et du génie italien, dota notre pays d'avantages précieux, qui d'ailleurs trouvèrent un contrepoids dans les émotions poignantes dont ils furent suivis. Catherine avait importé des rives de l'Arno , son pays d'origine, aux bords du Tibre, son pays d'adoption, la flamme éclatante des goûts artistiques et dos conceptions politiques qu'elle puisa comme à l'ombre des palais des Médicis. En franchissant les Alpes, elle conduisit avec elle le groupe des Muses, qu'elle installa définitivement à ia cour de France.
Héritière des qualités éminentos qui distinguent plusieurs des membres de la famille dos Médicis, Catherine se fit remarquer par l'élévation de son intelligence, par la culture de son esprit, par la pénétration et la largeur de ses idées, par la souplesse et la fécondité de ressources de son tempérament fait pour gouverner. Ses contemporains
^niilERINE DE MËUECIS ET DIANE DE PUlTiEKS 235
l'ont appelée tour à tour « la Jiinon » et « la Minerve » de la France, << la déesse si valeureuse et si belle », laquelle « sise an gouvernail » sait conduire au port la nef vagabonde. El le poète, s'adressant à la reine, lui dit dans son noble langage :
Le vieil soldiil se lienl à son mesnage , L'artisan chante en faisant son ouvrage, I^s marchez sont fréquentez des marchiins , Les laboureurs sans peur sèment les champs, Le pasteur saute auprès d'une fontaine , Le marinier par la mer se promeine , Sans craindre rien : car par terre et par mer, Vous avez pu toute chose calmer.
Mais nous n'avons pas à nous occuper ici àv 1» rOgente, habile à «enduire les affaires de l'État, et il n'est question pour nous que do la reine, amie et prolectrice de tout ce qui fait la grandeur do la nation. Or, on sait commenl elle fil recbercher partout « les livres les plus ^'ieux", dont elle orna « le haut palais du Louvre », et comment elle favorisa les arts et les Muses. Après avoir rappelé qu'elle aime son
lionceaux « tout gaillard », et Saint-Maur avec 'c sa rive plus belle »,
1« poète ajoute :
Et Chenonceau rend pour vous diaprez De mille fleurs son rivage et ses prcz '.
Le maître du Parnasse a omis de nous dire ce que Catherine de ^dédicis fut pour Chaumont. Nous avons à le rappeler, en suivant le iîl cïcnducteur des documents avec d'aulant plus de vigilance que les fielions romanesques prennent plus aisément la place de l'histoire.
A propos du château qui nous occupe, le vieil historien du Blésois a écrit ; a Chaumont-sur-Loire est une seigneurie fort considérable, accompagnée d'un château très fort et très bien bâti.- Quoyque la structure tienne du gothique, elle ne laisse pas d'avoir fort bon air. » Mais cet écrivain s'est étrangement mépris au sujet de l'échange opéré entre Catherine et Diane, et a interverti les rôles. D'après lui, « Diane de Poitiers avait acheté Chaumont du seigneur de lu maison d'Amboise, el Catherine de Médicis, laquelle avait ménagé la retraite de cette Diane, souhaita passionnément l'acquérir, luy donnant comme elle fit *n échange le château de Chenonceaux. L'échange est passé : « Au château de Blois, le roy y estant, par devant Ihiguet et Aubert notaires, l'an 13.^9, M. le cardinal de Lorraine stipulant comme procu-
' Ronsarf, OEuvifi, édit. Lemerre, t. IH, pp. 379-385.
reur spécial de la reine, et messire Jean Marcel, seigneur d'Averlon, conseiller du roy en son conseil privé, stipulant pour Diane. »
Les circonstances de l'acte sont exactes, mais celles de l'échange doivent être retournées pour être vraies. C'est Catherine qui acquit Chaiimonl pour l'échanger avec Diane contre Chenonceaux, que la favorite possédait depuis quelques années et qu'elle avait embelli de travaux considérables. Il n'est pas davantage exact de poursuivre avec lîernier ;
i( Cette Diane avait augmenté Cliaiimont, avant cet échange, de quelques appartements, comme on le voit par sa devise qui est un cor de chasse, une trousse et un croissant sculptez en divers lieux des murs. <i Kn effet, si elle l'a embelli, et nous verrons jilus loin ce qu'il en est . ce ne peut être qu'après l'échange ou à partirdel'année 15i)0 (n.s.).
Suivant le même historien, que d'ailleurs l'on consulte souvent avec profit, le château est décoré « en plusieurs endroits de devises , cl particulièrement de celle de la maison d' Amboise , qui est un Monlgibel avec c«n,enne.i.>Kyici.,d.s.m,iH«Bibi.N«,umaE.. ^^^ doublcs OC. qui signifient Chaumont , inventions qui paraissaient en ce tenqis-là très spirituelles, quoy qu'à parler proprement, elles ne fussent que de vrais rcbus •<. En regard de ces réflexions, en partie fantaisistes, nous avons le devoir de placer les documents dans leur lumineuse réalité.
Lorsque dans un tournoi fameux, à Paris, le 10 juillet 1539, la lance malheureuse du chevalier écossais Montgommery eut tranché le fil des jours de Henri II, la veuve donna au roi et à l'époux les regrets profonds et les larmes amères que lui inspirait un amour fidèle et constant. En même temps, elle veillait à ne rien abdiquer de l'influence de sa nature active et entreprenante sur la tête de son jeune fils le roi Erançois II, lequel n'avait que dix-sept printemps et devait tomber sous
la faux de la mort, le 5 décembre 1560, au milieu des sourdes clameurs qui présageaient de poignantes luttes civiles et de sanglantes journées, sur lesquelles on voudrait pouvoir jeter un voile à tout jamais.
Au cours d'une visite, le château de Chenonceaux était apparu à la reine comme un séjour enchanteur et digne d'abriter les langueurs de son veuvage, aux henres où elle éprouverait le besoin de chercher dans la solitude une diversion aux bruits et aux intrigues de la cour. Au surplus, il ne pouvait que lui plaire de retirer celte merveilleuse résidence des mains de sa rivale, désormais sans appui, et de la priver ainsi d'un joyati sur lequel la favorite avait concentré une partie de ses rêves et de ses prodigalités, sans d'ailleurs que les arls aient à le regretter.
Plusieurs voies s'ouvraient devant Catherine de Xlédicis pour la conduire au but qu'elle désirait. Elle pouvait faire conlisquer Chenonceaux au prôtît du domaine royal en se fondant sur ce qu'il avait été acquis des deniers du trésor. Elle avait, en outre, la ressource d'acheter le château, en obligeant la belle favorite, désormais privée d'autorité, à consentir le marché au prix qui conviendrait à la reine mère. Catherine prit un chemin détourné et préféra recourir à un échange de domaine, par une opération bien en harmonie avec les procédés diplomatiques qui lui étaient familiers. En regard du château féerique des rives du Cher, elle songea à mettre le château princier des bords de la Loire. Afin de réussir à coup sûr, avant de rien conclure d'une façon définitive, la reine, avec l'inQuence qui s'attachait à sa personne, s'assura de l'agrément des possesseurs des deux domaines. Au seigneur de Chaumont elle demanda une promesse de vente de sa terre, si cela lui convenait à elle, et à la dame de Chenonceaux elle offrit, pour nous servir d'un euphémisme, de faire l'échange des deux châtellenies avec leurs dépendances. Comme elle n'entendait avoir Chaumont que pour l'échanger contre Chenonceaux, elle se contenta de la promesse de vente qui lui fut faite par Charles de la Hochefoucault, se réservant sans doute de n'en rien faire, au cas où, par impossible, Diane de Poitiers s'obstinerait à ne pas lui céder Chenonceaux. Comme procédé d'affaires, on te voit, c'était assez bien compris, et tout réussit a point au gré de Catherine.
Après les pourparlers utiles, on conclut « l'eschange faict entre la reyne-mère, ou procureur d'elle, et la duchesse de Valentinois, de la terre et seigneurie de Chaumont-sur-Loyre, les Hochettes et la Papelardière, par la royne délaissée à la dite dame duchesse pour et en contre eschange de la terre et seigneurie de Chenonceaux , ses appartenances
238 CATHERINE DE MÉUICIS ET DIANE 1>E l>OIT[ERS
el deppendances de Molin-Fort, Chisseau, la Chernière, Bois-du-Pont, Vrigny, Le Deffais, Thoré et générallement tout ce que la dite dame duchesse tenoit et possedoit audict Chenonceaux et es environs ». ainsi qu'en font foi par le détail « les lettres de transaction passées par Martin Huguet, notaire à Blois, le quatriesme jour de janvier mil \e cinquante-neuf» (a. s.).
Désormais Catherine de Médicis était tranquille sur le placement de la terre de Chaumont, possédée par elle en vertu d'une promesse de vente, et elle pouvait en réaliser le contrat en toute sécurité. C'est
ce qu'elle lit au mois de mars suivant. Mais le vendeur avait , au préalable , une formalité à remplir. Sa femme, Françoise Chabot, avait des intérêts dansl'alîaire. et il convenait de lui donner légalement « la surté pour raison de la vente ». C'est pourquoi, « en la court d'Ani- ' boise '< et par- devant
les notaires Martin et Jacques Lelarge, le 9 mars -1360 (n. s.), « Charles de la Kochefoucault, chevallier, seigneur de Barbezieux et des baronnies de Lynières, de Meillan, Charenton, Chandeuil et le Pondis, gentilhomme ordinaire de la chambre du roy, estant a présent audit Amboise, » lit une convention avec sa femme. D'une part, » au moyen de ce qu'il veult et entend vendre, transporter à perpétuité h la royne-mère du roy la chaslellenye, terre, seigneurie, appartenances et deppendances de Chaumont-sur-Loyre, laquelle appartient au dit seigneur de son propre et de son cousté et ligne tant directe que collatérale ", D'autre part, attendu que sa femme Françoise Chabot « pouvoit prétondre et demander droict de douaire et autres droietz par le moyen de ses conventions matrimoniales, donations ou autrement sur la dite terre, el par conséquent droict d'hypotecque sur icelle ■>, le seigneur s'engagea visà-vis de celle-ci, d'ailleurs absente, mais représentée, à lui fournir la garantie absolue desdits droits. En conséquence, ce même jour, il lui « obligea ses domaines <le Meillan, Charenton, Chandeuil et le Pondis, au choix el option » de sa femme et de ses ayant cause, sous
la caution de tous ses biens, meubles et immeubles, « ce qui fut accepté par les représentants de Françoise Chabot. (Signé) M. Lelarge, Le large. >•
Tout était en règle du côté du vendeur, et l'on pouvait en toute liberté passer l'aclc d'acquêt « de ladite terre et seigneurie de Cliaumont-sur-Loyre et des Hochetles, appartenances et deppendances , des seigneurs de Uarbezieulx ". L'acquisition fut « failte pour le pris et somme de six vingtz mil livrer tournois, francs deniers venus aux dictz seigneurs de Barbezieulx , comme appert par contrat de ce faict et passé en la court d'Amboise par Martin Le Larj^e et Jacques Le Large, notaires royaux au dicl lieu, le vingt ungiesnie jour de mars LMV<^LIX (a. s.l >i.
Le roi se devait à lui-même de faire acte de générosité envers sa mère, en lui remettant les droits dus au souvenùn, et il n'y manqua. On connaît le i. don faict par ledicl seigneur à ladicte dame royne mère desdils proffictz par ses lettres en date du xui« jour de juing MV<"LXI". A son tour, Catherine ne se montra pas moins libérale envers sa rivale devenue sa voisine de prapriété, comme on le voit par « les lettres de delaiz et transport faittes par ladite dame roynemère à la dite dame duchesse des dis prouffictz seigneuriaidx, donné à Saint Germain en Laye le XV* jour de janvier Mil \'c soixante et ung (a. s.). (Signé) Catherine, Tizes ». Ce qui fut ratifié sur-lechamp parle roi en ses lettres c données à Saint-Germain le XV^ jour de janvier mil V^LXI », par lesquelles le prince « a pour agréable lesdictz don, promesse, cession et transport ainsi faictz par sadite dame et mère, et, en tant que besoing est, a subrogé et subroge la dite dame duchesi^e de Valentinois ausditctz don et cession desdits droicfz et deniers seigneuriaulx ».
Kn conséquence de ces divers actes dont elle fait mention, la ('our des comptes de Htois, « le 9 avril 1562 après Pasques », a « (iné et composé avec maître Jacques d'Amboise, procureur de Madame la duchesse de Valentînoys, à présent dame de Cbaumonl, à la somme de vingt-huit mille livres tournois pour les prouffitz feodaulx. quint et requînt, ce quoy la royne mère du roy estoit tenue à cause de l'acquisition que la dite dame avait faitte de la dite terre de Chaumont ».
Avant de suivre Diane à Chaumont, nous devons jeter un coup d'œil sur l'état dans lequel elle laissait Chenonceaux. L'antique fief de la famille des Marques, acquis par Thomas Bohier au prix de douze mille cinq cent quarante livres, fut transformé par ce dernier dans le goût de la Henaissance avec ses avant-corps, sa jolie loggia, ses tourelles en encorbellement et son élégante cliapelle. qui garde encore
UO CATHERINB 1>E MËDICIS ET DIANE DE PulTIERS
les traditions du style flamboyant et fut consacrée par le cardinal Antoine Bohier, frère du fondateur. Dans la suite, en 1536, des chargea
trop lourdes firent remettre ce domaini' a»\ mains du roi, et Henri II en fit don à sa maîtresse, Diane de Poitiers, non sans couvrir le procédé sous les dehors d'une adjudication en l'année lo55.
Diane, d'ailleurs captivée par son château d'Anet, apporta à Clienonceaux des embellissements par la construction d'un parterre, de jardins italiens et surtout du pont, rêvé par Bohier, et qui devait permettre de franchir le Cher et de communiquer avec les belles futaies de la rive gauche. Le pont devait être recouvert d'un étage formant galerie avec un grand balcon au midi « comme terrasse pour prendre l'air». On sait que les plans furent dressés par le célèbre architecte Philibert de Lorme, « conseiller et aumônier du roi et maître des comptes à Paris, » dit l'abbé d'Ivry par suite de sa commandite de l'abbaye de ce nom au diocèse d'Evreux.
Les travaux, commencés au printemps de i;i56, furent conduits activement jusqu'à la mort de Henri II, laquelle marqua l'éclipsé de la fortune de Diane. Catherine de Médicis. une Ibis en possession de Chenonceaux, résolut d'édifier la galerie avec des embellissements en rapport avec son rang et sa fortune, aussi bien qu'avec la beauté du site, non sans faire les préparatifs pour la réception solennelle <le François II et de Marie Stuart le dernier mars 13(KI. En se conformant aux inspirations de la reine, qui a k jugement très admirable sur le faict des bâtiments », si bien, dit de Lorme, qu'elle fait « le principal architecte et ne me laisse que la partie de ta décoration», celui-ci traça un plan grandiose qui nous a été conservé par Androuet du Cerceau. Le pont était couvert d'une galerie à double étage, terminée au midi par un grand salon ovale. Au couchant, deux corps feront pendant à la chapelle et « la librairie '>, tandis que deux ailes, s'élevant à droite et à gauche dans le Cher, termineront le château. La cour sera entourée d'une imposante colonnade circulaire, et l'avant-cour avec pavillon devait s'ouvrir sur l'avenue par un double portique à colonnades, de manière k créer une délicieuse perspective.
Catherine, désireuse de doter Chenonceaux de tout ce que demande « la commodité et honeste plaisir que l'on peult désirer et percevoir en une maison bien mesnagée», demanda aux tapisseries somptueuses, aux meubles élégants, statues et vases de marbre et de porphyre, d'embellir les appartements, en particulier la grande galerie des fêtes, tandis que « la librairie » s'enrichissait de manuscrits et de livres rares, « relyez de maroquin, dorez à petit fer ». Puis, soit faute d'argent ou changement d'orientation, Catherine renonça à ses vastes projets et se contenta d'élever la galerie sur le pont, de couvrir d'un double étage la terrasse entre la librairie et la chapelle, et de construire, sur des proportions restreintes, une des ailes obliques de l'avant-cour â laquelle la charpente « à la Philibert», détruite plus tard par M. Dupin, fit donner le nom de « dômes ». Ces divers travaux, exécutés en partie
SOUS le règne de Henri III, furent dirigés, après la mort de Philibert de Lorme (1^70), par son successeur Jean Bullanl, puis par Baptiste Androuet du Cerceau, qui tous deux respectèrent même le caractère un peu lourd de certains détails des plans de Philibert.
Les embellissements que Catherine apporta à Chenonceaxix ne peuvent que nous faire regretter qu'elle n'ait pas possédé plus longtemps le domaine de Chanmont. Assurément, son goût particulier pour les arts nous aurait valu quelque œuvre magistrale ; d'ailleurs ses habitudes de luxe ont incliné la postérité à voir des souvenirs de la reine dans les vastes appartements et dans le mobilier somptueux qui
lui sont attribués par les historiens anciens, en particulier par Félibien, que nous aurons l'occa- ■ sion de citer.
Il est d'autres témoins que le visiteur
Ch.'n<mco)iii.\avaiitlHc-(>nstrurli<ni<lulafiilc.'ri^-,(l»sindclan. N. 56 platt à interroger.
Jadis , un escalier pittoresque de cent soixante-sept marches, taillées dans le roc, conduisait à l'esplanade de l'église, sise fi l'est du château. Suivant Tusage du temps, on avait planté au milieu de la place un ormeau qui étendit dans le coteau les ramifications de ses puissantes racines et, dans l'espace, les frondaisons do son opulente ramure. S'il faut en croire la tradition, à son baptême, l'astrologue de Catherine lui avait prédit longue vie et avait assuré <|u'il dépasserait trois siècles. Le langage populaire ie désigne encore bous le nom d'Orme de Catherine de Médicis, et, ainsi qu'on l'écrivait il y a quelque cinquante ans, cet arbre se fait remarquer par sa « dimension prodigieuse et sa vénération dans le pays ».
J'ai parlé d'astrologue. La tradition locale associe la mémoire de Catherine à celle d'un familier des astres, dont la science divinatoire seml>le projeter sur l'histoire chauniontoise comme un faisceau de rayons mystérieux. Le xvi"! siècle fit marcher de front les recherches astronomiques et les formules astrologiques. L'astrologie embrassait dans sa sphère non seulement les connaissances astronomiques, mais encore la médecine et les malhénialiques. et imposait son vocabulaire et ses signes, empruntés des Arabes, à la foule aussi bien qu'aux initiés. Elle invoquait le concours de la magie, dont les rites secrets piquaient fort la curiosité, et demandait à la position respective des
pour la première fois ii Lyon, en lijoo, et l'une des plus célèbres se rapporte à la mort de Henri II, oii <c jeune lion vieux surmontera » (i" centurie, 35° quatrain). Ses théories sont exposées en plusieurs ouvrages, dont la série a été donnée dans les Eloges des hommes savants, par Antoine 'fessier, historiographe de l'électeur de Brandebourg (Ulrecht, t(>98, in-8°). Ses mérites ont été célébrés par Jules Scaliger dans une pièce en vers latins, insérée dans les l'oema/a, etc. (Lyon, 1561 , in-folio).
Mais quel était le nom de l'astrologue favori de Catherine? Il se nommait Luc Gauric. et, au rapport des historiens, il se retira à Home, où il mourut à l'âge de quatrevingt-deux ans, et reçut la sépulture dans l'église de l'Ara-Cceli. D'un autre côté, certains écrivains placent auprès de la reine l'astrologue Cosmc Uuggieri, qui, après avoir été poursuivi pour une affaire de matétîce dit envoûtemeni , fut sauvé parCatherine. C'était,
OI«iTïa|..irc<lcCathcrinedeM.'«licisai.d.McaudoBl..is, racOnlC-t-On , UU « hommC
noir, qui n'a le visage bien fait, joue des inslrumcns. a quelque fois chausses noires et quelquefois de talfetas, toujours de noir habillé : homme d'esprit et qui passait pour savant ». Quoi qu'il en soit, les auteurs s'accordent à reconnaître les consultations astrologiques de la reine. Ce n'est pas qu'il faille faire fond sur de prétendus signes cabalistiques gravés sur les murailles de Chaumonl et qui ne se rapportent pas à Catherine, ainsi que nous le verrons; mais le rapport des écrivains permet de dégager cerUiiiis jtoints.
L'observatoire astronomique de Catherine, à lîlois, lequel conserve encore sa dédicace officielle. L'raniic sucrum, est comme la consécration des goûts de la reine pour la consultation des astres. D'autre part, la tra<Iition et les historiens placent dans les vastes salles du château de Chaumotit l'une des scènes de magie et d'astrologie les plus célèbres. Au milieu d'instruments de toutes sortes, la reine, en tête à tête avec son astrologue, le sollicitait de soulever le voile qui recouvrait l'avenir de ses enfants et de la France, alors secouée de troubles
inquiétants. L'horoscope ou thème de nativité annonça, paralt-il , que ses quatre fils devaient mourir jeunes sans avoir touché le trône. A la demande de la reine, l'astrologue compléta ses dires par une séance de fantasmagorie à l'aide d'un miroir magique, et l'on prétend que la reine fut très impressionnée par la vision d'événements douloureux relatifs à sa famille.
Le souvenir en a été conservé par divers auteurs. Brantôme, il est vrai, attribue la prédiction à Xostradamus. Mais d'autres, tels que Nicolas Pasquier, Favin et Bayle, racontent la scène comme s'étant passée à Chaumonl, Au rapport de Nicolas Pasquier, « la rojnemère désireuse de sçavoîr si tous ses enfants monteroient à l'Estat, un magicien, dans le chasteau de Chaulmont, luy monstra dans une salle, autour d'un cercle qu'il avait dressé, tous les roys de France qui avoient esté et qui seroient , lesquels firent autant de tours autour du cercle qu*ils avoient régné et dévoient régner d'années. » Quoiqu'il en soit, Catherine garda jusqu'à la fin une confiance absolue en Ruggieri, qui entra dans les ordres. Ruggieri vivait encore sous Henri IV, et, comme on l'accusait de pratiques secrètes, il se défendit en distinguant la magie de l'astrologie, qu'il entendit rattacher à L'observation des phénomènes célestes. Il fut mis en liberté, non sans que le président de Thou lui fit remarquer que cette science était en opposition avec les idées chrétiennes. Au cours du wii' siècle, le docte Félibien recueillit à Chaumonl la mémoire de -ces observalions d'astrologie, qu'il place dans « la grande salle fort spacieuse, ayant veue du coslé de l'eau, où la royne Catherine tenait ses assemblées d'astrologues et de desvineurs, auxquels elle avoit beaucoup foy 11,
On nous demandera comment il est possible de concilier ces séjours de Catherine à Cbaumont avec la façon dont elle acquit et transmit le domaine à Diane. Il ne faut pas oublier qu'il s'agit ici d'une reine, très attachée aux bords enchanteurs de la Loire et qui eut plus d'une fois l'occasion de s'y rendre, toujours sûre d'être bien accueillie par des seigneurs dont la plupart étaient ses protégés. Mais nous ne devons pas prolonger plus avant ces observations que nous terminerons par une simple réflexion.
Catherine de Médicis connut le comble des honneurs et de la puissance; mais aussi la satire populaire exerça contre elle, surtout par delà le tombeau, la malignité de ses traits. Parmi les pamphlets dirigés contre sa mémoire, il est telle épitaphe où il est dit qu'elle fut « un diable et un ange ". La reine ne mérita cet excès ni d'éloge ni de blâme. KUe ne fut ni un ange par l'excellence de ses mérites, ni un
démon par l'odieux de ses vices. Ce fui une femme, une Italienne en laquelle les qualités les plus brillanles se rencontrèrent avec des défauts que les circonstances se chargèrent de mettre davantage en relief.
A propos des seigneurs de Chaumonl au xvi° siècle, nous trouvons dans Féiibien quelques indications, qui complèlenl ce que nous avons dit. Antoinette épousa en deuxièmes noces Antoine de la Hochefoucault, qui mourut vers l'an lo37; elle en eut Antoine, qui fut chambellan du roi, et eut pour femme Cécile de Montmirail, dont Jacques de la Hochefoucault, seigneur de Cliaumont, qui épousa F"rançoise de Lengeac. En lo.'JO, le fi novembre, Antoine fit hommage au roy. « Après luy il ne paraît plus d'autre seigneur de Chaumont. Il peut estre qu'Antoinette d'Amboiae, estant demeurée, après la mort de son deuxiesme mari, chargée de beaucoup d'enfants el de debtes, les enfants de ce second lit furent obligés de vendre la terre de Chaumont. En l'an iViîiS), la reyne Catherine de Médicis l'achepta pour la bailler à Diane de Poitiers, en eschange de Chenonceau. 11 y a apparence que la revue Catherine y a fait quelque séjour avant ou après la mort de Diane de Poitiers, qui arriva en 1364, parce qu'il y a encore des meubles qui lui ont appartenu. Cependant en 1571. le 28 juin, les ofiicîers du domaine accordaient un delay de six mois à la dame de Bouillon, qui estoit lîlle de la duchesse de Valenliuois, pour donner son aveu de la seigneurie de Chaumont. •>
Entre les châtelaines dont le nom a jeté un éclat tout particulier sur Chaumont, se place Diane de Poitiers, la favorite séduisante qui se gloriliait de prendre pour devise : Vîctorem omnium vîci. La maison de Poitiers, surnom de Valentinois, était la plus puissante famille du Daupbiné après celle des Dauphins de Viennois, et parmi les branches célèbres issues de cette souche, on compte celle de Saint-Vallier. Sa fille Diane n'avait que treize ans et faisait pressentir ce que serait sa beauté, quand elle fut unie, le 29 mars 1514, k Louis de Brézé, comte <le Maulevrier. qui occupa la ciiarge de grand sénéchal de Normandie; par sa mère, le fiancé était petit-fils d'Agnès Sorel. Diane eut la douleur de voir son père se faire le complice de la rébellion du connétable de Hourbon; mais la enndamnation à mort du gentilhomme ne fut pas mise â exécution par suite de la grâce accordée par François I". A cette occasion, le roman, se faisant travestisseur de l'histoire, n'a pas manqué de transformer cette grâce en un marché odieux dont l'honneur de la jeune Diane aurait été lu prix ; mais c'est là une de ces lictions mensongères qui ne s'appuient sur aucun dociunent sérieux.
Ce qu'il y a de cerlain, c'esl que Diane devait inspirer au fils du roi, à Henri d'Orléans, une passion profonde qui occupa son existence entière. Elle était encore an printemps de la vie par le charme puissant de sa beauté, quand elle perdit son mari , le 23 juillet 1531. Le grand sénéchal de Normandie reçut la sépulture au caveau de sa famille dans la chapelle du chevet de la cathédrale de Ilouen , en sorte que . par une curieuse occurrence .
son tombeau se dresse en face de celui des d'Amboise. Ce sont les deux représentants de destinées, d'époques et d'arts bien différents, auxquels nous reviendrons dans une élude spéciale -«ur les monuments.
Les Muses célébrèrent à l'envi la beauté de Diane, et le chef du Parnasse donnait, en ses odes, une
i . n' . ■ CliAteau ilp IWic cii Anjou , dcHsin de GaionifTes.
place a « Diane, a qui ' '^
cent noms ne sçauroient
suffire » ; il proclame que sa muse est à ce « nom vouée » et ajoute
aussitôt :
J'ay peur d'être accusé de la postérité
Qui lanl ovra parler de voire déité.
De quoy, nioV la voyant, je ne l'auroy louée.
Ronsard écrivait ces vers l'année même où Diane devint dame de Chaumont à la suite de l'échange que nous avons exposé. Tout d'abord, au fond de son âme elle dut éprouver quelque tSmolion, et ce ne fut peut-être pas sans quelque regret qu'elle s'éloigna de sa résidence de Chenonceaux; mais la duchesse de Valentinois, qui d'ailleurs possédait Anet, devait trouver une compensation dans la superbe situation de l'antique demeure féodale qui domine la magnifique vallée de la Loire de son port majestueux , et d'où le regard plonge k l'horizon en des lointains ravissants.
Une circonstance allait contribuer à accroître l'intérêt qu'elle portait à ce beau domaine. La Chambre des comptes lui demandait des droits pour l'échange réalisé avec la reine. Le 22 mai 1561,
CATHERINE DE MÉDiCIS ET DIANE DE POITIEBS 219
Trente, si important dans les annales eallioliques, le pouvoir royal créa des justices consulaires en quelques villes, bientôt suivies de plusieurs autres, et porta un édit sur l'aliénation des biens des communautés religieuses. La cure ou prieuré de Chaumont eut à se préoccuper de cette dernière mesure. A l'automne de 1564, le prieur était Jean de Pleus, chauoine du Saint-Sauveur de Blois. Le 20 oclubre . il se présenta devant le bailliage de celte ville, où se trouvait " François de Molins, sieur de la llauldiniere. Tun des deppulez du clergé de Chartres pour le faict du rachapl du domaine de l'église ci devant aliéné », 11 déclara que lesdits députés avaient taxé le prieuré « tant pour sa part du principal dudit rachapt que pour les loyaux couslz et fraiz, à la somme de huict vinglz huit livres ». Or, il lui est
... , , La fontaine de Diane â Ancl, gravure de la II. N.
<< impossible » de le fournir, « sinon que ,
suivant l'éditdu roy, il expose en vente quelque domaine du prieuré ». A cet effet, le prieur offrit de vendre «deux arpens de pré ou environ , en la paroisse d'Onzain , joignant d'un long au sieur de Hault- Lieu vers le vent d'aval, d'aultre long aux prez des Jacobins de Bloys, abbutant d'un bout aux hoirs de la trésorière Morin, vers gallerne. et d'aultre bout à la Scisse en la prairye de Meuves, partissant avec le prieur de Ponllevoy ». La vente de ces prés serait « moings dommageable au prieuré •>; suivant l'altestation de trois habitants de Chaumont, Michel Breton, Jean Tervet et Guillaume Itournigalle , » on y recueille bien peu de foing parce qu'ilz sont fort sablonneux et subjectz à l'inondation et a eslre mangiez des belles du pays [)arce qu'ilz ne
sont gardé, » en sorte qu'ils les évaluent à cent cinquante livres. En conséquence, la vente sur enchères fut annoncée « au prosne de la messe à Onzain », et fixée au 25 octobre. Mais il ne se présenta pas d'acquéreur, non plus qu'à quinzaine, ni à trois semaines, et l'on ne put procéder aux enchères que le 15 novembre. Les prés furent adjugés pour <i neuf vinglz une livres » k HippoUte Dufour, dernier enchérisseur » au feu el extainte de chandelle », avec obligation de payer ladite somme <i dedans. huitaine ».
Diane résidait d'ordinaire au château d'Anet, dont elle avait fait une somptueuse demeure ; mais elle ne négligeait pas Chauniont. D'une main elle se montrait libérale envers l'église , qu'elle dota d'une rente en nature et en espèces, et, de l'autre, elle s'attacha à embellir le chà-
pravure .le l« nil,li..thèq.,c Nationale. l*^»" ^*^^ ^^'^^^ ^^ '« Lo""«- ^e
dernier conserve dans le chemin de l'Onde la trace aimable de la série d'ornements qui forment, à la partie supérieure des murs, une zone décorative, parallèle à la frise des d'.\mboise qui orne la partie médiane, et d'un effet non moins gracieux.
Aussi bien, dans le Blésois. le maître du Parnasse accordait alors son lulb pour célébrer les mérites, sans doute légèrement exagérés, de son héroïne. Qui ne le sait? De la belle dame, le « nom seul est une Iliade entière » et lui vient d'ancêtres « olievaleureux ». Puis, après un prologue sur le passé de sa race prédestinée, le poète poursuit ;
Je ehaiilerois encore ta bonté,
Ton port divin, la t'rùcc, ta beaulé;
Gomme toujours la vertueuse viu
A repoussé par sa verlu l'envie.
Je chauleroiis vers )'l%glise ta fov;
Comme tu es la parente «lu rov
Qui II' L'IiiTisI comme une dame saige,
|)c bon conseil et de j,'cnlil couraige,
Grave, bcninc, aymaiit les bons esprils, El ne mettant les Muses a nicspris.
Je chanterois d'Anct les édifices, Thermes, piliers, cliapitoaux, frontispices. Voûtes, lambris, eaniielurcs, et non.
Comme plusieurs, les fables de ton nom. En te louant Je chanlcroy peuL-esIre Si hautement que ce (çrand roy. mon maislre. En la faveur auroit l'ouvrage à f;ré Que je t'aurois humblement cojisacré'.
De fait, lus années passèreiil, sans i'alleindre , sur la léte de celle qui a été immortalisée par le pinceau de Primatice et par le ciseau de Jean Goujon. Elle avait franchi la période st'xa<;énaire , et rhislorieii Uranlôme pouvait écrire que <c sa beauté, sa grâce et belle apparence étoienl toutes pareilles qu'elle avoit toujours eu ». Maïs la mort , elle , ne la perdait pas de vue, et Diane se trouvait à son cbâleau d'Anet quand elle fut emportée, le 22 avril 156().
Sur les rives de la Loire ou ne fut pas moins sensible à celte perte que
dans la vallée de l'Kure. T.>mbfau <le Diane <ie PmtkTs.aesshi de l. b. x.
On jfarda le souvenir des ^ '
séjours qu'elle y fit et des
travaux d'art qu'elle y réabsii, ainsi que de ses œuvres de bienfaisance. Ses restes furent honorés d'un superbe mausolée, dont on possède des reproductions. D'ailleurs, la riche collection Du Cerceau conserve, pour Anet, le << desseiug du dedans de la chapelle neufve hors le logis, où se doit mettre la sépulture feu madame la duchesse de Valentinois ... On voyail le tombeau de la duchesse en i< marbre
' ItonsanI, IJHiirrrt oo/ii/./i»/fa, .■dit. I.cmcrre, t. [I, p. 4H1.
blanc et noir diins le milieu du chœur de la chapelle » , suivant le dessin conservé dans la cotlection d'Oxfoi-d. Sur un socle de marbre, des « Dianes » symboliques supportaient le cénotaphe taillé à l'antique. La plate-forme qui couronnait le monument était surmontée d'une statue de la défunte agenouillée devant un prie-Dieu, avec ses armoiries. Le soubassement et le sarcophage étaient de marbre noir, la statue priante ainsi que les supports étaient de marbre blanc. La duchesse, en costume de cour, apparaissait dans une grâce aimable, qu'il est intéressant de rapprocher de l'austère gravité de la statue de Diane au tombeau de son mari dans la cathédrale de Rouen.
De Louis de Brézé , Diane avait eu deux filles : Françoise et Louise. Celle-ci épousa Claude de Lorraine, duc d'Aumale, et la première appartient à notre histoire comme héritière de Chaumont. Le nom de Françoise lient, dans le xvi' siècle, une place moins retentissante que celui de sa mère, et les Muses mirent moins d'empressement à célébrer ses qualités. Mais sa mémoire revit dans les annales chaumontoises, en une clarté sereine qui lui sied à merveille.
<lu cn[,' de In OHir.
Il Kililiothi-qiic Nali.i
château (l'Aiiut. v
Françoise de Brôii- prés icelluy cliasleiiii de Chaumont veuU faire Taire un parc.
[Acieile l'année tSTS.j
iEV (le grandes dames jouirent de domaines aussi étendus et de faveurs aussi considérables que Françoise de lirézé, que Ton voit de bonne heure dame d'honneur de la reine. Klle avait épousé, en i53H, Uobert de la Marck, maréchal de France et capitaine de cent lances, qu'elle devait perdre dix-huit ans plus tard. Françoise était ii Fontainebleau le 23 février 1555 (n. s.). jour oii elle donnait quittance pour les gages de l'office de capitaine, qu'elle avait reçus au nom de son mari'.
A l'imilation de François I", ([ui avait fait des concessions dans le parc de Chambord à certains personnages, Henri II peraiit à .1 divers princes, seigneurs et gentilz hommes i> de bâtir à Chambord, et |>our cela d'extraire des matériaux du pare. Par lettres de Fontainebleau, le 29 août 155(), il donna à lioberl de la Marck. maréchal de France,
' Le sciîau <|nVlk> y np|>os.i, rond (lli mil.), a un écu : parli i <]uul('-e de trois liri.-s; nu 2°, un c'tussoii eu nliiiiie accompngiK- d> dans un Iresclieur; surmoiid' (l'une couronne et sons létT''""^''-
qu'il avait fail duc de 13ouilIon, et à Françoise de Brézé une maison dans le village de Ghambord, à laquelle c pendoil l'image de sainle Barbe et qu'habitoit messire Marin ». Ajoutons que vers la même époque il fit bâiir près du château, en vue du connétable Anne de Montmorency , « pour son logis et retraict et de son train , audit Ghambord, " une maison ii deux étages, avec trois écuries, jardin et pré; le logis garde encore le nom d'IIôlel de Montmorency.
La mort vint jeter un voile de deuil au front de l'aimable château de Ghaumont. L'année 1550 est précisément celle qui emporta le maréchal de Bouillon, On sait comment il guerroya contre les Espagnols et fut pris à lu bataille de Hesdiii. Il recouvra la liberté à la trêve de Vaucelles. mais il mourut peu de temps après, non sans que courût le bruit d'un empoisonnement dû à des rivalités. Sa veuve hérita des nombreuses seigneuries et portait les titres de comtesse de Maulevrier, de Urienne et d'Alban . de duchesse douairière de Bouillon , de marquise deCotrou, de baronne de Serignan, Privas, Plannes, Maulay, de dame de Ghaiiniont , des Hochetles et la Borde , Breval , Nogent , Beynes, Limours, Rouvray, Brainville el Arcis-sur-Aube. On conserve, dans la riche bibliothèque de sir Thomas Pbîlipps, à Gheltenham, les Il (Comptes de la ehastellenie de Ghaulmont-sur-Loyre » pour l'année lii(»7. Deux ans plus tard, on voit Jean Dikarse, capitaine d'Amboise, délivrei" au fermier du péage de Ghaumont un certificat, dans lequel il atteste que par suite des guerres, jusqu'à Veuves, il a été fait défense aux bateaux de monter ou de descendre la Loire.
La duchesse douairière de Bouillon , en qualité de dame de Ghaumont, eut à présenter l'aveu de sa terre au roi, comme comte de Blois. Le 28 juin 1.571, la chambre du Itlésois acconla un « delay de six moys à la dame de Bouillon pour bailler son adveu de Ghaumont ». Le 27 du mois suivant, elle faisait hommage " pour les fiefs des Hoebettes et de la Borde, à elle échus par la mort de sa mère , Diane de Poitiers » .
A l'été de 157'î. Françoise de Brézé jouissait des charmes de son ehàtcau quelle se proposait d'encadrer dans un parc agréable. A cette époque, elle fil un bail général de son domaine de Ghaumont et des Kocbetles. dont l'acte fut rédigé par Thomas Pelletereau, notaire de la cbàlellenie de Blois. Le 21 juin, la puissante dame. » duchesse douairière <le Bouillon, comtesse de Bryenne, marquise de Cotterou, comtesse d'Alban , baroiuie des baronnyes de Serignan , Privas , Mauliiy. Plasnes, chastelaine de Nogent. Breval, Ghaulmont sur Loyre, dame de Beyiies, Lymours. Brenville. Arcy sur Aube et Houveray. estant de présent au dicl Ghaulmont, » alferma , à partir de la Sain t- .lean-Baptiste i)rochaiue , pour six années ou « six cuiUelles et six
despoilles entières », à " hoiinestes personnes maistre Pierre Lecompte, pralicien, Gabriel Le Noir et Loys Le Noir, demourans an dict Chaulmont •>. Le bail comprenait la terre de Gliaumont, ainsi qu'elle se comporte » en dommayne, terres, boys, tailtiz. prez, vignes, maistaries, peaiges, portz et passaiges, pesclieries, ostangs, cens, renies, dixmes, mollins, lerraiges, festaiges. boucheries et aultres droictz, fruictz, proufficts, revenuz et esnioUumens et autres appartenances, avec la seigneurie des Uocbettes, consistant en raestaryes, lerrages. cens,- rentes, estangs, boys, tailliz, et toutes ses autres appartenances ».
La duchesse réservait : « le chasteau du dict Chaulmont, les jardins et places vagues estans près icelluy chasteau ou ma dicte dame venlt faire faire ung parc, isles el isleaux du dict
,, , Chniimonl, çrancl salon d1u)ii!K-ur.
Ghaulmont , et tous prouffictz de fief, ra-
chaptz, quint, requint, aubeynes, espaves, confiscations, nominations d'ofiices et bénéfices, el tous aultres droictz de fief, de choses tenues en foy et honimaiges de ma dicte dame à cause des dictes terres et seigneuries de Chaulmont et des Rocbettes; et ou ma dicte dame vouldra faire quelques acqnetz au dedans des dictes terres de Chaulmont pour s'accomoder, en ce cas les dicts preneurs n'en pourront demander aulcuns prouffictz. » Kn outre, ils « ne prendront riens es boys de haulte fustaye de la dicte terre , synon les glandées, paissons et pasturages, et ou ma dicte dame vendra les vieilz hiveaulx (baliveaulx) et modernes des ventes qui se coupperont des boys de la dicte terre, les preneurs n'en pourront demander aulcune diminution ».
Les preneurs auront en jouissance quatre-vingts arpents de bois taillis à couper suivant Its coupes ordinaires, ainsi qu'il leur sera baillé, et qu'ils exploiteront en mai. ■< bien et deut'ment sans resseper ». avec poin- <• desbouche et vuidange » jusqu'à Noël; ils ne toucheront pas les vieux baliveaux ni les arbres fruitiers étant dans les ventes, mais ils en laisseront par arpent .. huit de chesnc, s'y tant s'en
trouve, ou d'auUre boys, selon qu'il est porté pur l'ordonnance du rov », et seront responsables des dommages causés par ■■ 1h congnée ». Ils feront le charbon « es places vacques ou l'on a coustume de ce faire », et ne pourront demander <( aulcuns remplaiges des places vacques ». Aussi ne, leur sera-t-il rien délivré dans l'étendue d'environ quarante arpents « de frische, nommé le Defoix, au Perthuis de Cours et de la Molinière, ny des chantiers que ont accouslumé d'avoir les mestaiers de Lourme et de Maindray ».
En outre, tes preneurs étaient tenus dVcquitter les charges suivantes : n A l'abbaye de Pontlevoy, pour les services et prières que sont tenuz faire par cliascun an les religieux pour les seigneurs et dames de Chaiimont, 27 1. t. ; au conseil de ma dicte dame à Hlois, IQO s.; à son bailly de Chaulmont, 20 I.; au lieutenant du dict lieu, 10 1.; au procureur du dict Chaulmont, 2(t 1.; aux deulx gardes des boj's, ii chasciin d'eulx, 20 1.; au consierge du chasleau, 20 1,, deux septiera de blé niestcil, ung poinson de vin et ung cent de fagotz ; et au curé de Chaulmont, ung septier de blé seigle, cinq sols d'argent de don à luy faicl par feu madame la duchesse de Valentinoys. »
Le bail est fixé à la somme annuelle de quatre mille huit cents livres tournois. Les preneurs « auront une chambre au cbasteau avec le grenier accoustumé à meclre les grains de la dicte terre seuUement ». Ladite dame leur mettra en main les baux et papiers divers par inventaire, et de trois en trois ans ils bailleront l'état des recettes qu'ils feront et des droits de ladite terre, et à ta fin ils rendront le tout en bon élnt. Ils prendront les blés ensemencés de la métairie de l'Orme et, à la fin, la rendront » enfruictée de teiie quantité et qualité », ainsi que les grains des métairies des Rochettes et de Maindray. Les preneure ne pourront sous-afïenner sans le consentement de ladite dame, qui s'engage à leur bailler, à la Toussaint prochaine, la somme équivalant à cinq muids quatre setiers de seigle manquant en la métairie de Veuves, où ils ne prennent cette année que n la moeson des avoynes ". (îomme caution, les preneurs présentèrent Nicolas Lecompte, marchand, et Renée Jarry, veuve de François Le Noir, aussi marchand, demeurant à Chaumont.
A l'acte <t passé au chasteau » furent présents en qualité de témoins " Charles de Saint-Privat, écuyer, seigneur dudit lieu, Nicolas de la Chaussée, écuyer, seigneur de Itrucherville , maistre d'hostel de madite dame, maistre Jacques Cotelle, secrétaire de niadite dame, el Michel Grajoie ». La minute fut signée de la duchesse, des preneurs et des témoins, ainsi que du notaire. Plus lard, le 13 septembre 1574, collation de l'acte fut faite par Pierre Moreau, notaire de la chàlelleiiie
CHAimONT POPTE D'ENTREE AVEC PONT LEVIS SDR LA FAÇADE T)V HJDI
de Nogenl-Ie-Uoy. " pour servir à madame la duchesse douairière de Bouillon, dame de Cliaumont, ce que de raison. »
Françoise de lirézé survécut près de vingt années à son mari, et son décê.-* arriva en l;i7i. Elle avait entre autres enfants un fils, Henri-Robert de la Marck, qui hérita de la seigneurie de Sedan et du duché de lionillon. A sa mort, celui-ci laissa ces domaines à son lils Guillaume-Robert de la Marck. qui fut prince de Sedan. Ce dernier étant mort à (ienève sans avoir été marié, ses biens passèrent â sa
sœur Charlolle de la
Marck.
Cependant les luttes polîtico - religieuses poursuivaient leur cours néfaste. Or.
dans le ciel assombri de la France , une accalmie et un rayon de soleil avaient paru entre deux nuages.
Entre le traité de Fleix (l."iS(»), bien favorable aux huguenots, et la
guerre des trois Henri, o>iTrc du xvi'si.vii-. au chiiii^aii de (.i..iiim.iiit.
les partis fatigués gardèrent quelque repos, du moins à l'extérieur. L'indolent Henri HI en profita pour donner plus libre cours à sa molle faiblesse et à ses goùls pour un singulier mélange de pratiques religieuses et de licencieuses mondanités. L'année l.'îSI vil les anciens favoris céder le pas à deux nouveaux venus: .\nne dWrcpies, fait due de Joyeuse, et Jean de Nogarel de la A'alelte, créé duc d'Kpernon, que la su'ur du roi, à l'esprit fin et mordant , eu manière de représailles qualifiait de t< champignons poussés en une nuit ».
La belle Marguerite de \'alois, que nous venons de rencontrer, nous intéresse par plus d'un côté et mérite de fixer notre attention, ne fût-ce que parce qu'elle a été dans une circonstance la rivale de Charlotte de Brézé. Filie de Henri H et de Catherine de Médicis, elle fut mariée à l'âge de vingt ans, en la trop fameuse année l."i72, avec Henri de liéarn. Douée d'une rare habileté polilique qui faisait penser à sa mère, Marguerite vit les grâces de sa pei-sonne devenir le point de mire d'aventures galantes, qui finirent par la bi'ouiUer avec son frère Henri HI, aussi bien qu'avec son mari. A Paris, comme à Nérac.
OÙ elle tint une petite cour, elle aimait à se voir entourée d'artistes, de poètes, de musiciens et de savants, qu'elle charmait par sa conversation en attendant de confier à ses intéressants Mémoires le secret de ses impressions.
An milieu des intrigue» qui remplissaient la cour des Valois, c'est un curieux spectacle que celni des trois reines présentant chacune une physionomie spéciale. La reine mère s'efforçait en vain de maintenir son influence de politique consommée dans l'art de concilier les partis et d'aplanir les diflicultés. La reine épouse faisait des pèlerinages à Chartres et à Gléry " pour obtenir masle lignée par l'intercession de Notre-Dame •>, La reine sœur s'abandonnait tour à tour aux traits de son <• esprit impatient <• contre la cour, el à l'ardeur de ses amours avec Jacques de Chanvallon , appartenant à une branche de la riche famille de Harlay.
Marguerite s'était éprise d'alfeclion pour ce " jeune homme d'un caractère aimable et d'une ligure fort gentille », au rapport du baron de lîusbec, ambassadeur d'Autriche. Sa pensée la suivit au cours de ses voyages, et elle eut le loisir d'en faire la confidence aux aimables manoirs de Touraine et de Blésois, lorsqu'elle revint de Guyenne au printemps de 1582. Le 3 avril, venant de Chàtellerault, elle coucha à la Guerche , le lendemain à Loches, et le surlendemain à Ghenonceaux, où elle resta les jours suivants '< avec tout son train >i. Ce ne fut pas, il est vrai, sans aller à Plessis-Iès-Tours « avec partie de son Irain », les 9 et 10 avril, et sans passer la journée du 19 avril dans un autre joli château des rives du Cher, selon cette indication : v Le jeudi 19 avril, la dicte dame et partie de son train disne et souppe à Veret. »
Au dire de Urantôme, le séjour de Marguerite à Ghenonceaux fut marqué par la mort de la belle Rebours, qui « luy avoit faict quelque grand desplaisir » pour avoir accepté les privautés de son mari ; mais elle lui pardonna el la visita dyns sa dernière maladie. Le dimanche 22, Marguerite quitta les bords riants du Cher, parés des grâces naissantes du printemps et endeuillés par la morl inopinée de la « pauvre fille », comme tant d'autres, victime de sa trop complaisante beauté. La belle voyageuse dîna à Pontlevoy et alla coucher el souper à Gheverny, d'où elle continua son chemin vers la capitale.
Chanvallon occupait la charge de grand écuyer du duc d'Anjou. Il fut envoyé en Flandre, ce qui causa un interrègne dans les relations amoureuses de Marguerite. Klle ne lui montra que plus d'attachement lors de sa rentrée à Paris. Peut-être, comme on l'a dit, convient-il de voir « dans les amours de Marguerite plus d'art et d'apparence que d'effet )•; mais il n'est pas moins certain qu'elle donna à son ami des
preuves évidentes de son affection, et ses lettres respirent une profonde sympathie. « D'autre que vous mon âme n'est régie, » lui écrivait-elle dans sa langue imagée.
Une circonstance d'ailleurs allait faire sentir la vivacité de l'attachement de Marguerite pour Ghanvallon. Le chevalier à la " ligure fort gentille » était aimé par une autre femme, et celle-ci devait voir le couronnement naturel de leur mutuelle aifection. Au mois d'août 1582, eut lieu le mariage de (]hanvaIlon et de [Charlotte de la Marck, fille du duc de Bouillon Robert de la Marck, et dame de lîrevel. Celte union étreignit le cœur de Marguerite, et la jolie reine épancha sa douleur dans une lettre à son ami. Elle lui rappela » l'ardeur de sa sincère el trop fidèle passion ■>, non sans ajouter en manière de flèche du Parlhe : « Je croîlray le nombre de celles qui, à la postérité, témoigneront la perfidie de vostre
sexe » (^liiltcau d'Aiiet. l'tal actuel.
Ghanvallon renonça à sa charge de grand écuyer, et, à l'été de l'année suivante, on le voit quitter Anvers pour rentrer à Paris. Marguerite entendit conserver son influence sur son ami et reprit sa correspondance avec son « beau cœur ". Puis, ses désillusions, ses soupçons sur les rapports de son amant avec M°" de Sauves et les bruits qu'au mois de juin l'on répandait sur une grossesse, découragèrent la belle reine de Navarre et la firent songer à retrouver son mari. Elle protesta vivement contre les accusations répandues par des satires plus ou moins politiques; et, sans approuver aucunement la conduite de la princesse au milieu des licences d'une cour déréglée, l'historien se doit de douter de la véracité tout au moins d'une partie de ces racontars, qui ne trouvent pas le plus léger fondement dans les comptes des dépenses journalières el très détaillées de la reine Marguerite de Valois.
A celle heure, Henri III cherchait à enlever la direction de la Ligue aux Guises pour la donner à son favori le duc de Joyeuse, Marguerite, qui montrait de la sympalhie pour les Guise et pas du tout pour Joyeuse, fut accusée d'avoir inspiré un guet-apens dans lequel on arrêta et saisit le courrier du roi à son protégé. Le monarque, qui ajoutait foi aux rumeurs répandues sur la conduite de sa sœur.
profila d'une grande fête donnée au Louvre le dimanche 7 août, pour faire à Marguerite les reproches les plus sanglants sur sa conduite, et il termina en lui ordonnant « de sortir de Paris et d'aller trouver le roi de Navarre ». Elle partit le lendemain, accompagnée de soixante archers de la garde du roi; en même temps elle protesta contre les accusations dont elle était l'objet et en appela de son honneur à celui de sa mère, dont die sollicite un examen n digne de foi >i, et à celui de son frère le roi, dont elle ne veut qu'être la " très humble
servante >' , aussi bien qu'auprès du duc de Lorraine , son autre frère.
La reine de Navarre prit le chemin de ta Gascogne, sans s'attarder en roule.
Son » train » était composé de plusieurs gentilshommes , parmi lesquels se trouvait l'archevêque de Langres. Par Ablis, Char-
ï^limimoïil- nvcc iiin" pnrtio <if rancicnnc rcJisr sur le coton u, , , /^i ^ , j
' "^ 1res et Cnateaudun ,
elle atteignit Blois.où elle soupa et coucha k' mardi 'Xi août et déjeuna le lendemain. La reine partit de Hlois après « le disner )■ et redescendit les rives de la Loire qu'elle avait suivies en des jours plus heureux, et elle dut alors se ressouvenir de la mélancolique pensée du grand poète Dante qu'elle goûtait si pleinement :
Nessuii niiif,';.-ior dolori?
niio ricordarsi dcl lenipo fclicc Nellu miseria.
A la chute du jour, les derniers rayons dn soleil baignaient leur nappe de pourpre et d'or dans les ondes indolentes de la Loire, si merveilleusement épandue en cet endroit, quand la caravane aperçut se profiler à l'horizon du coteau les toits aigus du château, qui avait appartenu à sa mère Catherine et était aux mains de sa rivale heureuse, la duchesse de liouillon. A cette vue, Marguerite ne put manquer de sentir son cœur ému au souvenir des joies qu'elle avait goûtées et des désenchantements qui depuis avaient troublé sa vie. Klle eut tout le
loisir de savourer l'amère tristesse de ces contrasles douloureux, carie cortège fit halte en face Chaumonl. Nous lisons dans son itinéraire : n Le mercredi 24 août, la dicte dame et lotit son train disne à Hlois, souppe et couche à Escures. Le jeudi 2o août, la dicte dame et tout son train disne à Escures, souppe et couche à Amboyse. » Peut-être au cours de ces deux demi-journées, passées comme à l'ombre du château de (^haumont, y a-t-il place pour une visite h la somptueuse résidence. Toujours esl-il que, durant ce voyage et sur ses instances, la reine Catherine lui envoya deux cent mille livres pour ses besoins.
Le lendemain, Marguerite déjeuna à Chenonceaux, qu'elle souhaitait revoir, et cuucha à Plessis-les-Tours, Dans l'austère manoir de Louis XI la reine séjourna quelques jours, et partit le 31 au matin, ce qui lui permit de déjeuner à Azay-le-Ilideau et de souper à Chinon. L'antique cité des rives de la Vienne vit partir, le lendemain après déjeuner, Marguerite, qui alla souper et coucher à Champigny. La reine se reposa une journée entière sous les frais ombrages de la Vende et dans h) demeure hospitalière de ses parents. Champigny avec sa radieuse Sainte- Chapelle était alors aux mains de Catherine de Lorraine, veuve de Louis II de Hoiirbon-Montpensier, qui avait plus de sympathie pour la Ligue que pour Henri III, ou plutôt le domaine élîiit en la possession du fils de Louis II. c'est-à-dire de François de Bourbon, marié à Uenée d'Anjou.
Ajoutons de suite que Marguerite prit le 3 septembre la route de Fontevrautt, en déjeunant « an faulbonrg de Chinon >> ; elle quitta la célèbre abbaye angevine pour aller coucher, le lendemain, à Loudun, d'où elle -Se dirigea vers Mirebeau, Vandeuvre et Dissay. Celte belle résidence, créée par les d'Amboise, accueillit la voyageuse avec empressement; elle y resta du 7 au 13, et, profitant du passage d'« Osât », elle écrivit à son mari pour lui « rendre conte de son voyage ■•, en lui annonçant qu'elle s'arrêtera à Poitiers au couvent de Sainle-t'roix , pour y visiter l'abbesse et oii M. de ^'illequier lui a demandé de la voir: et elle termine en priant Henri de lui » continuer l'honneur de sa bonne grasse ■•.
Le 13 septembre, après déjeuner, elle s'éloigna de Dissay et vint souper et coucher à Poitiers, où h elle fit festin à M" de Sainte-Croix et aultrcs dames ". Elle quitta les bords du Clain le jeudi !,"> septembre, dîna à " Itufligné », ou Huffigny, soupa et dîna à Vivonne, où nous prendrons congé de la reine, non -'«ans la suivre de notre profonde pitié. Pauvre épave abandonnée à la dérive du sort, humiliée par son frère et dédaignée par son mari , elle va errer sans protection pendant huit mois, victime tout au moins de trop faciles prétextes
politiques. A Henri III, qui avait renvoyé l'épouse à son mari, le roi de Navarre faisait entendre sa protestation par l'organe de Duplessis- Mornay, disant : « L'honneur des femmes ne se doibt jamais profaner, si elles ne l'ont profané elles-mêmes. » Aussi bien, Henri de lîéarn réclamait preuves ou satisfaction entière à son beau-frère. En réalité, il ne cherchait qu'un prétexte à pousser plus avant la guerre, ce qu'il fit avec succès, comme l'on sait'.
Mais revenons à Charlotte de Brézé, dont l'existence fut plus calme que celle de la reine de Navarre, Parmi ses riches domaines, Charlotte goûtait fort celui de Cliaumont, au sujet duquel elle fait acte de propriété en 1388. KUe avait alors pour tuteur et curateur son oncle, o très haut et très puissant prince Mg^ Françoys de Bourbon, duc de Montpensier et Saint-Fargeau , pair de France, gouverneur et lieutenant général pour le roy en Normandie ». Celui-ci, par-devant Lasseron, notaire à Blois, le 30 septembre 1588, avait constitué son procureur spécial Geoffroy Raymon. écuyer, sieur de Cussé et gentilhomme ordinaire de la chambre du roi. Par suite, le 28 juin 1390, au nom de la <( princesse damoysclle Charlotte de la Marck, duchesse de Bouillon, dame souveraine de Sedan, Jametz et Raucourt, dame de la terre et seigneurie de Cbaumont » , le dit écuyer donne le bail du domaine à Pierre Leconte et Louis Lenoir, <i marchans demeurans à Chaumonl m. Outre les objets que nous avons observés dans le bail de 1573, on remarque « la prévoté et les amendes jusques à soixante sols, le droict de greffe notarial et tabellionnage de toute la cliastellenye » , les « places vagues près le grand jardin, la Borde et la Molinière pour entasser les boys » ; la « dixme de Thézée, la seigneurie de la Papelardière ». le tiers de tous les droits desdites seigneuries, et la terre des Hochetles.
Une réserve est faite au sujet <i des aubaynes, espaves, confiscations, nominations d'oflices et bénéfices ». Les preneurs payeront chaque année : au bailli de Cbaumont, six écus deux tiei*s; au lieutenant, trois écus un tiers ; au procureur fiscal, six écus deux tiers ; à un avocat de Blois, un écu deux tiers; à un procureur de Blois, un écu deux tiers ; aux officiers de la baronnie de la Papelardièrc, cinq écus un tiers; au concierge du château de Cbaumont, six écus deux tiers, un muid de grain (les deux tiers méteil et un tiers avoine}, deux cents de fagots; aux gardes des bois, chacun six écus deux tiers, et s'ils remplissent mal leurs fonctions, les preneurs « en pourront commettre
' Mémoires et lettres de Marguerite de Valoi», publics par Guessard, Paris, (8*2. — P. 1.auzun,le très inslruclifel savanl Itinéraire raisonné Je Marguerite de Valois, Paris,
aullres en leur place » ; « an couvreur d'iirdoyse, pour l'entrelenement de la couverture du dict cliastel, par an dix écus hoI; aux religieux de Ponllevov, neuf écus; au curé de Cliaunionl, un setier de seigle et cinq sols en argent ; aux cordeliers d'Amboise, seize écus deux tiers. »
Les preneurs acquitteront les charges accoutumées dues sur le péage, feront n le ballizaige de la Loire, en ce que madicte dame en est tenue, à leurs couslz et despens •>. Ils exploiteront les bois selon les lois et coutumes, entretiendront les bâtiments des métairies de la Borde et de Meuves « avec couverture thuile et chausme ■> , et veilleront à soigner en « bon père de famille » les vignes et terres labourables. Pour " les droictz de fief ■>, ils les pourront louclier, et ils en bailleront les deux tiers à ladite dame et l'autre tiers leur demeurera. Ils rendront les quittances et h pappiers censuels », et devront « poursuivre le procès intanté pour les reparacions des estangs i>.
Le bail est fait pour neuf années à partir de la Saint- Jean- Baptiste dernière, moyennant le prix annuel de mille quatre cent trente-trois écus un tiers, payables en deux termes à Noël et à la Saint-Jean ; et par avance ils ont baillé comptant quatre cents écus d'or sol, « en escuz sol, pislolles, francs et demy-francs. quartz d'escnz, testons et monnoye ayant a présent cours et de l'ordonnance ».
Parfois les puissants seigneurs étaient heureux de rencontrer dans leurs fermiers des gens disposés à leur faire des avances de fonds, ainsi que nous t'apprenons par le bail qui nous occupe. Dès le 6 mai 1589, les preneurs avaient -c advaucé la somme de rail escuz qu'ilz avoient esté contraiactz prandre a interests pour subvenir aux affaires nécessaires de la dicte dam oy selle par l 'ad vis de son conseil, et mise es mains de Loys de Chezelles, escuyer, sieur du Perron, pour les faire tenir à ta dicte damoyselle », comme il paraît dans le bail que ledit sieur du Perron leur avait fait, ce dit jour devant le notaire Patrix, bien qu'ils ne d.issent « entrer en jouissance que à lafeste de saint Jean-Baptiste dernier 1590 » ; en sorte que sur le prix du bail ladite somme de mille écus leur sera " rabatue » avec les intérêts « à raison du denier douze, jusqu'à ce que les preneurs soient remboursez de la dicte somme de mil escuz et interetz », selon qu'il avait été réglé par ce précédent bail.
Nous relevons dans l'acte principal une observation relative aux circonstances douloureuses que traversait le pays, " Est accordé, y lisonsnous, que, à cause des troubles qui ont a presant cours en ce royaulme, le commerce de la rivière de Loyre n'est libre aux marchans trafficquans par eaux, tellement que le péage deppendant de la dicte ferme n'est de valleur comme il seroit en temps de paix et ou le commerce seroyt libre, et que au cas que la guerre continue et que le commerce
Après la mort de Charlotte, k- domaine chaumonlois vint à Charles- Robert de la Marck. Aussi hien, le 7 mars 1593, Charles, « duc de Bouillon, prince souverain de Sedan, Jamaictz et Raucourt, comte de Maulevrier et seigneur chastelain de Chaumont », recevait un aveu du sieur de Nanteuil. Jean Courtois — c'est son nom — avec sa femme Marie Gallois faisait la déclaration pour leur fief et métairie du Petit- Charmeteau, paroisse de Mesland. Ils disent que ce lieu est « franc de disme, lerrages et autres debvoirs, sauf envers M'Ji" de (^haulmont de la dicte foy » ; il est à noter que celte exception n'est pas mentionnée dans l'aveu du seigneur de Chaumont en 131.J, suîvantque le remarque une note marginale. Vis-à-vis dudit seigneur, « les advouans » se proclamaient tenus « au droit de rachapt, quinct et requinci denier, quand le casy eschet, et a ung roussin de service, à nuiancecrhoinme. » A cette époque, le » capitaine et concierge du château » était Nicolas lîrossart, dont la femme, Marguerite Joyeulx. paraît comme marraine en 1597'.
Avant de poursuivre le développement des annales cliaumontoises, nous devons présenter dans un tableau d'ensemble le côté artistique de notre sujet, que nous avons renvoyé à dessein. Nous avons pensé que celte esquisse gagnerait à n'être pas fragmentée, quille à interrompre quelque peu le cours de l'histoire des seigneurs. D'ailleurs c'est encore leur physionomie que nous continuerons d'étudier, puisqu'il s'agit du rôle prépondérant qu'ils remplirent en qualité de Mécènes des arts.
' Un document de la fin <Iu kvi--- siècle, parmi les justices et sei|;iieuries " niouvaus en toy et hommage du roy ii cause de sou comté de Bloys, lesquelles justices rcssorlissent par appel par devant le baîlly de Blois, " mentionne « la terre, eliaslel, chastellcnie, justice et seigneurye de Chaumont sur Loire >■. — B. N.. coll. Clnirenibaull, 967, pp. 5 et 10.
Laus alit artes, noD laudatio.
(Senëque, Ejiinlol. 103.)
L'Art, splendeur du lîeau comme le Beau est la splendeur du Vrai et du Bien, a ses manireslations multiples en harmonie avec la marche de l'humanité, aussi bien qu'avec les conditions ambiantes qui président à l'évolution des énergies natives de l'intelligence et au progrès des mœurs et de la civilisation. Les maîtres de l'antiquité, Aristote, Cicéron, Sénèque et d'autres ont soutenu que l'art est " l'imitation de la nature » dont il corrige parfois le défaut ou satisfait le désir. A l'aube des origines chrétiennes, tel penseur austère comme Tertullien a bien pu lui faire grise mine en proclamant que « les arts ont autant de liions que les hommes ont de concupiscences " ; mais la Religion elle-même, dégagée de partis pris exclusifs, à sa cour, enveloppée des voiles mystérieux du berceau et dès lors rendez-vous de tous les nobles sentiments, accueillait avec joie les fidèles que la Divinité avait favorisés de quelque maîtrise dans l'expression sensible de l'idéale Beauté. Et c'est ainsi d'ailleurs que sous les diverses latitudes a pensé, senti et agi celle que le grand philosophe africain appelait « l'âme naturellement chrétienne » des peuples.
Tout est dans tout, a-t-on dit non sans raison. L'ordonnance de
i'L'nivers, poème sublime supérieur à toutes les merveilles, est formée d'une conception universelle, d'une Irame générale, et sur celle-ci la nature, le temps et les êtres ont jeté le fruit de leur œuvre propre toujours en rapport avec le génie, le milieu et les influences multiples. Aussi bien, dans les arts, il y a le côté général qui est absolu, et le côté concret qui est spécial. Pour emprunter le langage du plus sublime d'entre tous, les arts ont leur physionomie absolue et supérieure qui est Tbarmonie, et leur aspect relatif et concret qui est la mélodie que chacun se chante à soi-même dans le rêve de son àme, inspirée par les spontanéités du dedans et par les pénétrations dn dehors, ou mieux par la fusion des unes et des autres au contact des divines et impondérables réalités.
Le sage de Tusculum est d'avis que « rbonneur entretient les arts n, et le philosophe tragédien de la cour impériale, complétant cette observation, dit que v la gloire nourrit les arts, mais que la louange les corrompt ». A l'autre extrémité de la civilisation, tout près de nous, un des princes de l'art ne parlait pas autrement. Priidhon flétrit » la frénétique ambition de vouloir tout faire sans se donner la peine de penser à rien ». Lorsqu'on veut « faire sa cour, on se gâte; on perd son caractère, sa façon de sentir, on ne veut chercher qu'à plaire : si les grands maîtres avaient agi de la sorte, nous n'aurions rien à puiser dans leurs ouvrages ». C'est à ce culte souverain du Beau en dehors de toute considération mesquine qu'obéissait le sublime Michel-Ange quand, sa vue étant très affaiblie, il se rendait dévotement au Vatican près du torse de l'Hercule du Belvédère et se plaisait à palper amoureusement la forme divinement harmonieuse de ce chef-d'œuvre de l'antiquité.
Par son climat tempéré, exempt des âpretés glaciales ou torrides et doté des sites, des fleuves et des productions qui empruntent à la fois la grâce, la saveur et les avantages des diverses zones, la France devait avoir et a possédé un merveilleux faisceau des arts les plus variés. Entre tous les peuples, à cet égard comme sous les autres rapports, elle se distingue par la netteté, l'originalité et la mesure de ses conceptions, et l'art français brille par sa noble simplicité, sa lumineuse précision, la logique serrée de ses idées et la suave éloquence de ses formes, d'une beauté exempte à la fois de sécheresse et d'emphase.
Dans cette gamme générale il règne d'ailleurs une admirable variété de procédés, de tons et de nuances. L'école d'Avignon et de la Provence s'inspire davantage des influences de l'Italie; celle de Dijon reflète mieux le souffle des Flandres, et il semble que celles de la Seine et de la Loire puisent plus avant aux sources vives du tempérament
268 AKTS ET MÉCÈNES
national, ainsi qu'on peut s'en convaincre par la caractéristique de leurs grands maîtres, initiateurs du pinceau et du ciseau, Jean Fouquet et Michel Colombe pour la dernière, Jean Perréal pour la première.
Ici et là, dans l'enveloppement harmonique du milieu et des conditions diverses, d'ordinaire l'artiste trouva près d'opulents Mécènes l'appui et les encouragements dont le génie lui-même a souvent besoin pour réaliser pleinement son œuvre, A l'heure où les ducs de Bourgogne s'entouraient des splendeurs dont les chroniqueurs nous ont conservé la description, oii les ducs de Berry et de Bourbon demandaient à de véritables maîtres les -i jmaigea » , les tableaux sur bois et les exquises miniatures que l'on sait, les rois de France Charles VII et Louis XI, soit dans l'Ile-de-France, soit en Touraine, avaient à cœur de secouer la langueur causée par la guerre de Cent ans et de ne pas demeurer en relard dans le mouvement artistique et le renouveau qui se faisaient sentir dans l'Kurope occidentale.
Sur les bords de lu Loire.
Or, entre Paris et Tours, nous avons à saluer un autre foyer artistique, qui doit fixer particulièrement notre attention. Avec le chevaleresque Charles VIII, secondé de maîtres choisis, la Renaissance, inspirée des incomparables primitifs italiens du xv" siècle, prit définitivement pied sur les rives enchanteresses de la Loire, qui devint l'émule de l'Arno. D'Amboise, fortuné séjour de cette émigration artistique, les Muses remontèrent le tleuve et se fixèrent plus longtemps dans le Blésois, qu'elles embellirent de merveilles qui font l'envie du Jardin de la France, pourtant si riche de joyaux.
Au reste, le Blésois n'avait pas attendu cette pénétration remontante pour se parer d'une floraison remarquable, et de bonne heure ses princes, comtes et hauts suzerains furent des protecteurs goûtés des amis des lettres, des sciences et des arts. Entre tous, ainsi que nous le constaterons, brillèrent au premier rang, à partir de la seconde moitié du xv" siècle, les seigneurs de Chaumont qui portèrent aux quatre coins de la France, de llouen et Gaillon à Albi et àClermont. le goût du beau sous toutes ses formes. Mais avant de retracer le tableau de ce que la France doit à la dynastie chaumontoise. nous tenterons d'esquisser à grands traits le cadre dans lequel cette évocation prendra place.
La capitale du Blésuis fut un foyer singulièrement favorisé par
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l'éclat des lettres et des arts. Sur l'antique oppidum , le cliaslel médiéval développa progressivement ses ouvrages de défense, en particulier aux xmeet xive siècles. Le comte Gui II de Glialillon aimait à encourager les esprits d'élite, et c'est à sa demande que son chapelain, le docte et spirituel Froissart, rédigea les immortelles chroniques que l'on ne se lasse pas de relire. D'ailleurs, dès l'année I38H, Froissart proclamait le château <' hel, grant, fort et plantureux et un des heaux du royaume de France >■.
A son tour, le duc Louis avait hérité de son père Charles V un goût spécial pour les arts et pour les lettres , et l'influence de sa femme Valentine de Milan, dont on sait les admirahles qualités, ne put que développer ces heureuses inclinations. Kn 1397 , Jehan Hersejean, peintre à Blois, exécuta pour le comte Louis d'Orléans une u grant hannière, couleur de fin azur, à grand fleurs de lys d'or », destinée à la porte du château et pour laquelle il reçut seize livres tournois; une autre plus grande pour la ville, et trente-deux écussons aux armes du duc, peintes sur hougran, en vue des villes et châteaux du comté. Les séjours du duc et de la duchesse à Blois, bien que trop rares et trop rapides, y conduisirent des lettrés fort distingués, dont ils se plaisaient à encourager les travaux, soit en s'y associant directement, soit en leur accordant des faveurs toujours bien accueilUes. Il est probable que, grâce à ce courant intellectuel, la cité blésoise eut la satisfaction de voir et d'entendre Christine de Pisan, (iiltes Malet, Eustache Deschamps et d'autres écrivains très en vogue.
La bibliothèque était l'objet tout particulier des soins assidus de Louis d'Orléans, et le docte bibliothécaire du roi Charles \l secondait utilement le duc dans cette tâche bien passionnante. Le premier fonds, qui comprenait un Missel, deux lUbles, les Voi/ages du Vénitien Marco Polo et le Couronnement des Hois, s'enrichit bien vite d'ouvrages remarquables par la beauté du texte et parfois aussi des miniatures, que le duc achetait ou commandait aux enlumineurs. L'antiquité y était représentée par les écrits de Tite-Live, de Suétone, de Lucain, de Hoéce, les Fnbles d'Isopet ou Ksope, le Livre du Ciel et du Monde, d'Aristote, traduit par Nicolas Oresme, et d'autres. Parmi les auteurs ecclésiastiques, saint .\ugustin figurait par la Cité de Dieu, Le moyen âge y avait tout naturellement la part du lion, et l'on voyait le Miroir historial de Vincent de Beauvais, en quatre volumes, commandé par le duc; le Dict royal, « payé vingt francs d'or à Jehan Froissart, prêtre et chanoine de Chimay . » le liomim de Lancelof. le Roman de la Hose, le Livre des Echecs, etc. L'Histoire, la muse au front serein, au regard lumineux et aux instructives leçons, n'était pas oubliée, et l'on
y remarquait notamment les Chroniques de France historiées et toutes complètes avec enluminures, II va de soi que la Myslicilé y resplendissait en des volumes de blanc vélin richement rehaussés d' i. j'sloires », aussi agréables à voir qu'utiles à méditer, tels que Livres d'Heures, Traité de l'Ame et du Cuer, etc.
D'ailleurs, à la cour du duc on savait trouver d'agréables délassements, et l'on passait des occupations sérieuses aux aimables divertissements. Louis d'Orléans aimait à faire sa partie d'échecs, et on le voit jouer, en particulier , avec le trésorier de Saint-Martin, Mathieu Regnault ; le partenaire était digne du prince, car il lui gagna une fois '• une aulmuce de gris à chanoine », enjeu qui convenait à merveille au membre d'un insigne chapitre.
La duchesse ne le cédait en rien à son mari pour le culte des choses de l'esprit et des œuvres d'art. Valentine
Ch«um„„l,»il>:.>ne,.Ulo,r«,«dceM.Ticur.. j^ .^j;,^^ ^^ plaisait,
au milieu de cette cour distinguée, à demander aux artistes des preuves de leur habileté, et un beau Livre d'Heures répondit pleinement à l'objet de ses vœux. L'artiste chargé de celle lâche fut Angelot de la Presse , « peinti-e et enlumineur à Blois ». lin 1398, il reçut 12 livres 10 sols « pour avoir faict vingt Hystoires aux Heures en françoys de Madame la Duchesse », et S livres 4 sols « pour avoir faict relier et dorer les dictes Heures et le Traictié de l'âme et du cuer ".
Un des maîtres de la littérature en Europe au xiv" siècle fut assurément Giovanni Boccaccio, à qui les raffinements de la cour de Jeanne de Naples inspirèrent le Decumerone, dans lequel les charmei^
de la langue rivalisent avec les séductions de la mondanité. Boccace composa une nombreuse et brillante série d'œuvres moins importantes, mais également remarquables par les grâces de la forme, et parmi celles-ci on compte Filoslralo. Le sujet en est emprunté à l'antiquité grecque, mais les caractères et la marche appartiennent aux poèmes chevaleresques, II s'agit des amours de Troïle, fds de Priam et d'Hécube, dont la mort d'après les destins devait présager ta chute de Troie, avec la belle Cressida. L'alliance des souvenirs antiques, que l'humanisme remettait à la mode, avec les mœurs de la chevalerie contribua à donner de la vogue au Livre de Troïle et de (Cressida, et c'est ainsi qu'on l'appela en deçà des Alpes. Le seigneur de Chaumont ne fut pas étranger à celte fortune littéraire. L'ouvrage avait été rapporté d'outre-mont par le seigneur de Champigny-siir-\'eude, Pierre de lîeauvau, chambellan de Louis d'Anjou, roi de Sicile, qui nous a raconté lui-même dans le prologue les circonstances de cette émigration romantique dont il fut « le translateur " ou traducteur.
Le goût des arts était héréditaire dans la famille. Charles d'Orléans, s'inspirant des meilleures traditions, modifia sérieusement la physionomie de son château par de nouvelles construclions. Dans une lettre du 18 août lilO, il mentionne les <i bois qu'il a nagueres faict prendre pour édiffier la grosse tour du chastel de lîlois » , tour qui flanquait peut-être la façade septentrionale refaite par François hr. Pendant l'absence du duc Charles, retenu prisonnier en Angleterre, son frère le comte des Vertus, chargé de l'administration du comté, vint à mourir, et ses obsèques solennelles furent célébrées, le 16 novembre I42D, en la collégiale de Saint-Sauveur. L'église fut tendue d'une litre rehaussée de deux cents écussons aux armes du comte; les blasons furent peints par Lynain de la Fontaine, qui toucha 52 livres pour ses honoraires.
La guerre de Cent ans poursuivait son cours désastreux. La bibliothèque et les objets précieux conservés au château étaient un trésor qu'il eût été sacrilège de laisser tomber aux mains de l'ennemi. En 1427, les Anglais, solidement établis sur les bords de la Loire, menaçaient IJlois, et l'on n'hésita pas h mettre le trésor en lieu sûr. Les livres, tapisseries, chartes et autres objets curieux furent confiés à la garde de Jean de Uochechouart, seigneur de Morlemart, et mis en sûreté à la Rochelle. Par l'inventaire, on connaît la description sommaire de quatre-vingts ouvrages.
Le malheur supporté avec vaillance affine les qualités et leur donne une trempe que la prospérité et le succès leur enlèvent trop souvent. Durant son exil, le prince avait développé sa sensibilité et
sa veine poélique par la conversation des esprits cultivés d'outre- Manche. Son retour en France, où il revenait avec l'auréole de la grâce, de la bravoure et de l'infortune, fut un triomphe et, au dire d'un chroniqueur, « partout où il passa, le peuple en estoit aussi réjoui que si c'eust été un ange qui fust descendu du ciel, » Le château de Blois, embelli par ses soins, devint son séjour préféré, et, après une tentative vaine pour soutenir ses droits sur le Milanais, il s'appliqua à donner ses soins et son temps soit à l'administration de ses domaines, soit à la culture des lettres et des arts. Sa cour n'eut bientôt rien à envier à celle du roi de France et resplendissait de tous les charmes que procure une société choisie, adonnée aux œuvres de l'intelligence, à la pratique des arts et aux nobles exercices dignes d'occuper des âmes cultivées.
Les goûts du prince étaient partagés par son épouse, et l'un et l'autre se plurent à s'entourer d'amis des lettres. C'étaient le secrétaire, du duc. Astezan , le secrétaire de la duchesse, Guillaume de Villehresme , du pays blésois. Guillaume et Jean Cadier, (iuyot Pot, Vaillant, Garencières, Boucicault, Jean et Simon Cailleau, Tignouville, Benoit d'Amiens, Philippe de Boulainvilliers, Redet, Gilles des Ournics et d'autres. Ces nobles esprits, qui s'évertuaient à ressusciter les trouvères d'autan, firent du chastel une académie du beau langage, laquelle n*a pas peu contribué à donner à celte région la politesse et l'art de bien dire qui continuent de distinguer les habitants des rives enchanteresses de la Loire.
Ayant à ses côtés son épouse et visité par le roi René", par le duc de Nevers, les comtes d'Alençon et d'Ktampes qui s'efforçaient de disputer au prince Charles les lauriers d'Apollon, au milieu de ses officiers et de ses familiers dont plusieurs étaient ses émules, le duc trouvait le plus vif plaisir à composer ou à redire un rondel, une ballade de sa façon. Sa muse volait avec grâce des sujets philosophiques aux lieder amoureux et puis descendait des hauteurs du Parnasse pour contempler avec satisfaction, sur les ondes dorées de la Loire, les barques.
Qui sintrloiciil leur droiclc voje l£t aloient Ic^'ièremenl.
Sa bibliothèque lui tenait au cœur. En Angleterre , il n'avait pas manqué de se procurer nombre de manuscrits, et ce n'était guère qu'une restitution, car une bonne partie provenait de la tour du Louvre à Paris, d'où le duc de Bedford les avait transportés sur les rives de la Tamise. En France, le prince augmenta sa collection toutes
le» fois que l'occasion s'oflril à lui d'acquérir quelque bel ouvrage, et Ifi posiérité lui sait gré de ces joyaux qui enricliissent à cette heure notre trésor national.
Les Muses d'ailleurs s'embrassaient en son cliastel dans une étreinte trop profonde pour que l'architecture, ia sculpture et la peinture ne fussent pas appelées à seconder leurs sœurs, ia poésie et l'éloquence. Le mouvement artistique qui traversa la France dans la seconde moitié du \\° siècle , exerça une inlluencc marquée à la cour de Charles d'Orléans. Par ses soins la forteresse du moyen âge se transforma en une résidence fleurie, où les galeries ouvragées, les pinacles ajourés et les fenêtres souriant toutes grandes au '< souleil luysant, cleretbeau ■>, parèrent de leurs charmes l'austère cuirasse du château fort. Dès lors, le cadre fut en parfaite harmonie avec les hôtes aimables et polis qui V coulaient des jours
'.. . , , , . . Cliaiiniiitil , iiilo 111.1-.I - ouosl , façadii .-xU-rii-iirc.
toHunes, désormais a
l'abri des sanglantes
fureurs de Beltone, en demandant à la Providence, sinon à Minerve, de leur envoyer « a plaisir et gré le vents » qu'ils souhaitaient. Kntre les années lii.") et 1448, le duc Charles refit l'aile du couchant et les galeries qui la rattachaient aux autres corps de logis, en ayant soin de l'agrémenter d'un de ces remarquables escaliers de forme polygonale en vis de Sainl-(!illes, qui donnent un aspect si pittoresque aux façades intérieures des vieux hôtels.
Nous serions heureux de pouvoir rappeler les noms des artistes qui jouèrent un rôle prépondérant dans ces ouvrages, mais par malheur les documents sont rares et se bornent à mentionner quelques
indications. On voit que les travaux importants avaient parfois deux-ou trois maîtres d'œuvre. Ici, le maître d'œuvre des travaux « de charpenterie » paraît avoir été Jehan de Reims, ainsi nommé de son pays d'origine, ou du moins de celui de ses ancêtres. Quant au « maistre des ouvraiges n ou principal conducteur, et peut-être architecte, auquel il est fait allusion ci-dessus, il y a tout lieu de croire que c'était Guillaume Barrillon, de Blois. Kn elTet, ce dernier remplissait ce rdle de haute confiance peu d'années après, et tout indique (jue c'était depuis n un certain temps ». De fait, le 28 septembre 1453, il est spécifié que « Guillaume Barrillon, maître maçon {lathomus), demeurant à Blois, maître des œuvres [magister operum) du duc d'Orléans dans son comté de Blois, depuis un certain temps a reçu » des chanoines de Saint-Sauveur « un jardin situé rue Porte-Côté, in vico Parle taleralis Biesis, » et qu'ils l'autorisent à y bâtir.
Parmi les chevaliers qui vivaient dans l'intimité du comte de Blois, il n'en est pas qui fussent honorés d'une estime et d'une confiance plus absolues que les seigneurs de Chaumont, ainsi que nous l'avons vu en son lieu. Mais aussi il n'en est point qui se firent remarquer par une application plus soutenue â cultiver les ouvrages de l'esprit, à favoriser les arts et les lettres, à s'entourer d'œuvres et d'ouvriers capables de rehausser l'éclat d'une demeure justement recherchée. Ces gentilshommes firent de leur château un foyer étincelant dont les rayons illuminèrent la région. Chaumont fut pour le Bléaois ce qu'Amboise fut pour la Touraine, c'est-à-dire le berceau d'une véritable rénovation artistique. On y venait chercher des artistes en renom, en attendant que les divers membres de la famille de Pierre d'Amboise, répandus dans toute la France, devinssent en vingt endroits des Mécènes auxquels on doit des monuments de premier ordre.
A l'instar de Charles d'Orléans, qui avait apporté à la forteresse de Blois tous les charmes du xv° siècle, Pierre d'Amboise dota Chaumont de tous les agréments, d'ailleurs d'une noble simplicité, ainsi qu'on les comprenait à l'époque de Charles VII et de Louis XI. A côté du « deviseup » qui fournissait les plans ou « pourlraict » du remarquable quadrilatère flanqué de tours imposantes, <• besoignaient » des maîtres habiles à demander au pinceau et au ciseau les ressources d'une décoration à la fois pittoresque et variée.
Au premier rang des artistes qui paraissent â Chaumont et dont le talent devait rehausser la demeure des seigneurs, figure Pierre Briaut. Nous ignorons s'il était originaire du pays ou s'il avait été appelé pour les travaux du château. Du moins sa famille s'y fixa
d'une façon ferme, et on la rencontre durant plus de cent ans à partir du milieu du xv° siècle. Pierre Briaut jouissait alors d'une sérieuse réputation de statuaire, et pour les entrées solennelles des princes, c'est-à-dire pour les travaux qui exigeaient le plus de puissance de conception et d'ingéniosité d'exécution, on recourait à ses » devis » el « belles fainles ». C'est ainsi qu'à la même époque, à Milan et à Florence, les Sforza et les Médicis, pour l'organisation de fêtes, demandaient le concours de maîtres tels que Verrochio, LcQuard de A'inci et Micliel-Ange.
Louis XI se préparait à faire son entrée solennelle à .^mboise aux côtés de la reine , el la municipalité se hâta d'appeler Briaut de Cliauniont, ainsi que nous l'apprenons aux sources officielles. Kn 1461 , pour celte cérémonie, le corps de ville décida d'aclieter « ung pesle de beau drap de soye, qui soit porté sur le roy à sa joyeuse entrée dans ceste ville, que le carroire fut tendu à pavillon à la venue de la reyne et que tous joyeulz esbatcmens se feissenl et mistères telz qu'il soit advisé ». D'ailleurs, » le XXVI* jourd'aoust 1461, en l'assemblée de ville, » ou paraissent Julien Forgel et Estienne Tissart, on délibéra au sujet de " la venue de la Royne en ceste ville qui tantost devoit venir. Ont esté d'une opinion que la ville fust tendue depuis le pont jusques au carroué, el du carroué jusques à la porte du chasteau, et que joyeulz esbatemens se facent comme anges volans et autres belles choses pour la dite venue, et que Jehan Gandion le jeune aiast quérir Briaut à Chaumont pour faire quelque belle fainle el aux despens de la dite ville, et que ce que par lui seroil advisé en la présence des dits esleuz et de deux ou troys de la dite ville, qui fust fait. Aguillon. » Sa mission achevée, Pierre Briaut retourna à Chaumont et continua de travailler pour les seigneurs. C'est encore là qu'on vint le chercher, quelque vingt ans plus tard, tant était grande son habileté de sculpteur, pour « les faintes » à l'occasion de l'entrée solennelle à Amboise de la dauphine Marguerite d'Autriche, fiancée avec le dauphin Charles, en 1483. Comme nulle description ne saurait rendre la physionomie de cette fête plus parfaitement que la teneur même des comptes, nous en transcrivons ici le texte que nous avons copié sur les registres municipaux.
<t A Regnault de Precigny la somme de vingt et deux sols six deniers pour neuf journées quil a vacqué a tendre le pavillon du carroué d'Amboise pour la venue de madame la Daulphine et a garder le d, pavillon et tantes dentour dicehiy de nuyt lespace de neuf nuytées, et fut la dite venue au moys de juinz darrenier passé comme appert par mandement et quictance datée du XVIIP jour de juillet lan mil
IIII"^ IIII** et trois. — A Jean Gallier, menuisier, demoiirant à Amboise, la somme de 20 s. l. pour boys de seaige et de reportaige dont on a fait partie de l'eschaffaulx soiibz le pavillon on carroué d'Amboise. — A Jehan Rougemont, 4 1. ) s. pour huit journées dhome mises a faire le préau d'entour le masl mis au carroué, qui
portoit le pavillon mis aud. carroué pour la venue de madame la Daulphine.
o Item à Pierre Briaut, faiseur d'imaiges demeurant à CUaumonl , la somme de 20 s. t. pour deuxjournées qu'il a vacqué en ceste ville d'Amboise a appareiller les faiules mises a leschaffautl fait a lenteur du d. pavillon.
'< Plus 10 s. t. pour
le louaige d'un homme
et ung cheval qui fut
a\'en<losme quérir ung
. des cler^eons du chas-
hiilrcc du cliulenu du Uiaiimoiit. ^
tel nommé Jacquet, qui avoit esté eud'ant de cueur de leglise monseigr Sainct Florentin, poiu- chanter avecques les autres enlTants au dit escball'ault à la venue de la d. dame. — A la femme Florentin Legay, 2 s. 0 d. pour deux serisiers ou estoient les seriges. qui furent mis et plantez au d, preau, et i s. 4 d, pour violectes acheptees de plusieurs femmes mises et espanduessur le d. preau et escbaffault de dessus icelui. — A Jehan Vallin et Jean Pasquier pour tendre et détendre le d. pavillon et à coudre les drapz dicellui, et leurs despens, 22 s. Kl d. — A Kstienna Biart, CoUin Biart, charpentiers, Etienne Barrière, Jehan Gallier et à GeufFroy, menuisiers, 54 s. 2 d. pour faire leschalfault a lentour du mast planté au carroué soubz le pavillon, auquel eschalTault ont esté les personnaiges de Paris, des trois déesses, deux hommes sauvaiges, les petiz enfants de cueur de leglise Sainct Florentin, la serine gectant vin et eaue, et autres personnaiges, le jour de lentrée faicte par madame la Daulphine, et
pour aud. fait des lisses tout à l'environ du d. eschaffault pour garder quon ne approuchasl dicellui.
(I A Estienne des Salles, paintre, la somme de 9 1. 5 s. t., assavoir 55 B. t. pour avoir paint de couleurs la bannyère qui a esté mise sur le mast qui portoit le pavillon des tantes, en laquelle bannyère il fist les armes de Mgr le Daulphin a deux anges qui les soustenoient de chasciin cousté ; 50 s. pour la painture de la serine qui esloit au chafTault, et pour trois cscussons de Gn or et azur qu'il fist l'ung aux armes du Roy, ung aux armes de Mgr le Daulphin, et lautre aux armes de ma dicte dame la Daulpliine, et pour avoir painct ung bâton et une marguerite mise aud. chafTault; item t>5 s. t. pour avoir painct les trois abitz des trois déesses iilles, qui esloient au d. eschalTault, et io s. pour la painture des quatre balons et a chascuu ung escripteau qui servirent à perler le pesle sur mad. dame la Daulphine. )■
Le compte renferme ensuite des détails sur les " espingles, laite, seilte, ung ruban de soie pour attacher le pelle au châssis qui le portoit, bougran pour bannière et habit des déesses, dont une de bougran rouge, une autre toille teinte en vert avec de la teille linople pour les manches, mât, cordages, tuyaux de plomb pour servir a la serync qui gectoit vin et eaue, cordes, vin du cru d'Amboise ou d'Orléans, etc. » Enfin on y relève encore cette note : n Aux femmes et lingères jusques au nombre de quinze ou vingt personnaiges qui ont cousu les draps qui ont esté mis au dessoubz du d. pavillon et pour le soupper des filles et autres personnaiges au d. eschaffault le jour de l'entrée, pour les enffans de cueur de léglise Monseigr Sainct Florentin qui celui jour à ta d. entrée chanloient au d. eschaffault; à Denisot, fourbisseur, 2o s. pour le louaige d'ung harnois à homme darmes pour celuy qui fist la remonstrance de Paris, avecques les dites déesses au dit eschaffault. » Ces indications, empruntées à la plume d'un secrétaire contemporain, sont comme un croquis pris sur le vif qui conserve toute la fraîcheur des événements.
Aux côtés du statuaire Pierre, on voit un autre artiste du nom d'Antoine, peut-être son fils. Du moins le talent de ce dernier ne fut pas moins apprécié en Touraine que dans le Blésois, et Amboise lui confia une statue destinée à décorer l'hôtel de ville. D'après le compte de 1487, une <> ymaige de saint Michel » fut exécutée à cet effet par Antoine Briaut, " peintre et tailleur d'ymages, •> et fut posée au pignon de la maison par l'artiste et par Jehan Françoys. Dix ans plus tard, le même peintre et ymagier sculpta les armes du roi au-dessus du portail du pont. En cette année-là, Charles VIII, à l'occasion de la fétedeNoël, voulut voir représenter au château le mystère de h» Nati- ,
vite de Nostre-Seigneur ", et les décors furent exécutés par le peinti-e Antoine lîriaut.
Aussi bien, Charles VIII sut utiliser le talent de cet artiste, et lorsque le roi entreprit de faire du château d'Amboise une demeure digne de sa magnificence, le contrôleur des travaux ne manqua pas de i'aire appel à l'expérience et à l'habileté des Briaut. Nous ne nous arrêterons pas à parler des maîtres maçons Colyn liyart, Guillaume Senault et Louis Amangart, qui ont charge et direction d'une partie du château au prix de 6 s. 3 d. par jour ; non plus que d'autres maçons, dont les principaux sont les Françoys Jean, Martin et Bastien, ainsi que Jean Sourdeau, Pierre Nepveu, Catien Fierdebras et Pierre Gadjé, car plusieurs nous apparaîtront dans le Blésois. Mais, parmi les principaux chefs de chantiers, nous voyons Pierre Briaut et Pierre Rousseau diriger i. l'œuvre de charpenterie « ; ainsi que Antoine Briaut, qualifié « maistre paintre », en même temps que Jean Fauvert, auquel nous reviendrons.
Les Briaut ou Briault appartiennent à une famille qui Ht souche à Chaumont, et dans les registres on observe longtemps des rejetons de ce nom. En 1530, on voit paraître Jacques Briault, qui se maria le 6 octobre 1532; en 1531, Pierre Briaut présente aux fonts avec Jean Dunoyer, prêtre , un fils de Louis Turmeau ; Cuillaume Briaut, prêtre, est parrain en 1333, ainsi qu'en 1531) et en 1545. Enfin, en l'année 1637, la fonction de vicaire était remplie par un prêtre de ce nom, et sans doute que certaines indications nous ont échappé.
En compagnie des sculpteurs et peintres, on rencontre les autres ouvriers qui jouent un rôle plus ou moins considérable dans la construction. Ce sont les maîtres maçons Charles Rousseau et Charles Leroux, le maître charpentier Jean Bredy et d'autres'. Un nom inscrit sur l'escalier voisin de la chapelle parait se rattacher tout spécialement au grand œuvre des d'Amboise, Nous y relevons cette mention : n Jehan Guedion a fait la chappelle, » qui semble se rapporter au maître de l'œuvre de maçonnerie au commencement du xvi* siècle. Dans la suite, en 1363, on remarque la présence, tout au
' Sur les registres paroissiaux, nous relevons les menlions suivantes : Jehan Hcgnart en 1533-t564; Sulpice Rcgnart (1575); Charles Rousseau, M< maçon, en 1S44 et IS64. En 1S64, un ftls de Pierre Bredi ou Drcdy est tenu sur les tonts par le parrain M* Charles Itousseau, eymenlarii faber, et M' Jehan Bredi, lii/narii falier, ainsi que par la marraine Jacquette, épouse de Louis Joyeulx; en I55S, Ji>han Itiverain, faLer ffri-ariut. Le 4 mai 1565. avait lieu le baptême da Nicole, Glle de M>^ Charles Le Roux, fal,cr (apidtrii, et de Renée, avec pour parrain Nicole Brossarl et pour marraine Marie, femme de Jean Ferrant, et Louise, fille de leu Nicolas Dcnys. En IS73, Jacques Le Clerc, maçon, a un fils dont le parrain est Jacques Debart, avocat et greffier.
ARTS ET HÉCÈKES 279
moins à une cérémonie religieuse, de Claude Sourdean, contrôleur des bâtiments du comté de Blois, précisémenl à l'époque où des travaux furent exécutés par Diane de Poitiers.
La réputation artistique de Cliaumont était telle que son rayonnement s'étendait au loin. Le cardinal d'Amboise se garda bien d'oublier les maîtres qu'il avait pu connaître sous le toit paternel, elpour les travaux de son magnifique palais de Gaillon il manda l'un d'eux, un de ces maîtres maçons qui parfois possédaient un véritable talent d'architecte. C'est dans la première moitié d'octobre 1Î108 qu'il arriva près du grand Mécène. Les comptes nous apprennent que le trésorier versa 12 livres 8 sols « à Michellel Amangart.
maçon, pour ung voyage partant de Chaumont estre venu à Houen et à Gaillon, par quittance du vii° octobre v* huit. » Peut-être y a-t-il quelque lien de parenté entre cet ouvrier et J. Aman- chapdie .le ChaumoiU.
gart qui construisit l'École des IHlxme communiquant avec le» appartements.
lois el décrets de Bourges, de
1527 à 1528. Quoi qu'il en soit, cette circonstance nous amène àparler du rôle considérable que les enfants du château de Chaumont jouèrent, au point de vue artistique, sur les divers points de la France.
Le cardinal d'Amboise.
Sur la souche féconde et glorieuse des seigneurs de Chaumont poussa une floraison magnifique de Mécènes des arts, au premier rang desquels brille (îeorges d'Amboise. Assurément il ne dut pas être étranger aux embellissements du manoir paternel, et son frère et ses neveux n'ont fait que payer une dette de justice en sculptant ses armoiries sur l'entrée et sur l'escalier d'honneur. Aussi bien le prélat manifesta son goût avec distinction dans toutes les villes où il porta la crosse, à Montauban, à Narbonne el à Rouen.
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Auprès du souverain sa demeure, plus modeste il va de soi, n'était pas sans offrir un aspect agréable. Elle s'élevait dans la première cour du palais de Blois, et actuellement encore l'ancien hôtel d'Amboise se dresse sur la gauche de l'aile Louis XIl , à côté de l'hôtel d'Épernon. Jadis la cour de la maison était ornée d'une charmante galerie de pierre , qui a été détruite de nos jours. De la fenêtre d'un avant-corps en bois, au-dessus de la porte, le minisire pouvait causer avec le roi à la fenêtre de sa chambre à coucher, bordée d'un balcon de pierre sculptée. Mais c'est surtout dans la capitale de la Normandie, et en divers endroits de celte province, que le cardinal se montra zélé protecteur des arts.
Pitloresquement étagée sur la colline verdoyante qui est frangée par les eaux d'émeraude de la Seine, Rouen présente un aspect et une note d'art bien caractéristiques. C'est la ville française où le xv" siècle a laissé une empreinte plus large et plus profonde par le développement infiniment riche du style ogival flamboyant. Du nord au midi et de l'est à l'ouest, ses monuments religieux et civils font éclater aux regards émerveillés les opulences de leurs façades ajourées et de leurs lignes contournées, de la base au sommet.
C'était, semble-t-il, l'ordre naturel des choses qu'il en fût ainsi dans la cité assise non loin de la bouche du fleuve national par excellence, qui porte au septentrion les trésors du centre et de l'est. L'art, cette manifestation radieuse des aspirations les plus élevées, ne se développe-t- il pas, plus que toute autre expression humaine, dans une harmonie parfaite avec les conditions du milieu et des éléments qui sont les matériaux de l'habitat? Au soleil ardent et sous le ciel bleu du midi, les lignes horizontales, les arcades à plein cintre et les galeries à terrasses ; au nord avec son firmament traversé de nuages et ses ondées fréquentes, les lignes verticales, les toits aigus au-dessus d'arcs brisés qui montent vers la nue, et les nefs qui s'élancent hardies et mystérieuses vers un ciel plus avare de rayons.
Aussi est-ce dans les régions septentrionales, peut-être sur les confins des Flandres et de la France, qu'il convient de placer le berceau de celle superbe végétation artistique, qui remplit le moyen âge. du xii° au xv° siècle, de l'opulence de ses frondaisons et de l'arôme de ses floraisons, auxquelles nos contemporains ont voué une admiration bien justifiée. Quoi qu'il en soit, la capitale de la Normandie peut se glorifier de posséder les monuments les plus affinés et tes plus nombreux de la dernière période de celte luxuriante manifestation lapidaire. Ses rues sont bordées de logis à pignons où le bois, la brique et la pierre se marient pour réaliser des files d'habitations d'un
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pittoresque achevé; à chaque instant, le regard se pose sur un édifice qui redit avec éclat les goûts des ancêtres du \\' siècle.
Entre tous tes monuments, le Palais de justice est comme un poème qui chante, en une langue souverainement fleurie et colorée, les conceptions, les rêves et les réalités de la fin du moyen âge et de Taurore des temps modernes. Sur cette façade imposante et en cette cour de délicieuse intimité, autour de ces portes, de ces fenêtres, de ces lucarnes, de ces escaliers, de ces colonnes et pilastres, quel luxe incomparable d'ornements qui s'accrochent en un caprice délirant à toutes les parties de l'édifice! Qui dira jamais la profusion de liges, de fleurs, d'animaux, d'êtres humains allégoriques ou fantastiques, qui portent la vie en toutes les parties et plus spécialement aux contreforts et à l'encadrement des lucarnes? A leur tour, les salles, par l'ampleur des perspectives et la magnificence du décor, répondent pleinement à l'exlérieur. Ici et là, c'est une véritahle féerie d'ornements où le ciseau a poussé l'ingéniosité et le savoir-faire jusqu'à l'extrême limite possible, au delà de laquelle l'art pris de vertige deviendrait de l'artifice.
Veut-on voir se briser ces pinacles aigus, s'éteindre ces flammes brillantes, s'abaisser ces arcs en talon, s'efTacer ces décorations de choux et de chardons? Tandis que sévanouissent les derniers héritiers de l'art ogival, désire-t-on voir s'affirmer de plus en plus les procédés nouveaux ou mieux les canons anciens el classiques, qui se faisaient progressivement jour un peu partout? On n'a qu'à se rendre à l'hôtel Bourgtheroulde. A côté d'une façade qui conserve les inspirations et les méthodes ogivales, se déroule une aile où la Renaissance a brodé ses plus fines arabesques sur des bandeaux, des arcades, des pilastres et des frises que la gravure a popularisés. La comparaison entre les deux édifices est pleine d'enseignements, et, dans ce. rapprochement instructif, il importe de ne pas négliger les deux escaliers en forme de tour polygonale qui, chacun à leur manière, sont des témoins d'une conception d'art national plus ou moins modifié par le contact de l'inspiration étrangère.
Les mêmes principes d'art et une évolution identique se manifestent dans les édifices religieux. Si Houen est la ville de province curieuse par excellence pour le pittoresque de son architecture civile, elle détient également la palme pour l'architecture religieuse. Trois églises, Irois cathédrales, on peut dire, s'épanouissent en la cité comme autant de merveilles du style flamboyant. La cathédrale proprement dite, aux vastes proportions, à l'ornementation affinée, présente une façade principale qui est comme un bouquet de clochers et de clochetons, de dimensions variées et toujours élégantes, aussi bien
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que les deux tours qui terminent les portails du transept- De son côté. Saint-Ouen élève vers le ciel l'orgueil de ses deux clochers de dentelle, tandis que la belle tour centrale surplombe l'inter-transept et les nefs harmonieuses par sa silhouette qui rappelle les plus gracieuses tours d'outre- Manche. Enfin, Saint-Maclou , au-dessous de son unique clocher de guipure et de ses ouvertures finement ajourées, a le privilège de présenter un narthex ou vestibule de forme arrondie, dont les cinq portes sont soutachées des broderies les plus délicates.
Mais, à cet égard encore, il y a intérêt à constater la transition du flamboyant à la Renaissance par une gradation nettement caractérisée. Sans parler de l'Aître Saint-Maclou qui appartient à la seconde période, il est curieux de distinguer le mélange des deux arts dans la façade de la cathédrale. On le remarque en particulier dans le portail du centre et dans la tour de gauche, dite h tour de Beurre », parce qu'elle fut construite en partie avec les aumônes ou componendes. grâce auxquelles les fidèles obtinrent de faire usage de cet aliment durant le carême: il s'agit ici des carêmes entre les années 1485 et 1507, qui virent sa construction.
L'un des promoteurs de cette reconstruction, aussi bien que de la reprise de la façade, fut le cardinal Georges d'Araboise, dont le protectorat artistique contribua puissamment à développer le goût du beau dans la ville, le diocèse et la province, pour ne parler ici que de ce coin de la France, Suivons plutôt ses traces. En descendant la rue Saint-Romain, au pavé rugueux, on longe à droite un monument qui n'en finit pas et dont les hautes murailles, à peine éclairées de quelques fenêtres, font penser à une forteresse. Vous êtes tout surpris d'apprendre que c'est le palais archiépiscopal, dont les cours et les appartements présentent une physionomie d'austère mélancolie assez en rapport avec le caractère moyen-âgeux de la vieille ville.
Le prélat trouva ce logis féodal tout construit. Mais en opposition avec celte demeure sombre, le cardinal Georges, qui avait vu le jour sur le sommet du riant coteau de Chaumont au gai soleil des bords de la Loire, dut éprouver le besoin de se bâtir une résidence plus en harmonie avec ses aspirations d'art méridional et avec les merveilles qu'il avait admirées sous le ciel azuré de l'Italie. La maison de campagne des archevêques, à Gaillon, non loin de la voie de Paris à Rouen, était tout indiquée pour servir de théâtre aux artistes que le cardinal songeait à employer, et aux rêves qu'il pensait réaliser en Mécène plus encore qu'en prince de l'Kglise.
(îaillon, actuellement au département de l'Eure, sur les marches
A Gaillon, l'ami du passé s'attarde plus volontiers encore à l'élude des vestiges anciens, et, par la pensée, se plaît à rechercher la place des fragments et à reconstituer l'ensemble du palais. Mais ce n'est pas sans une profonde mélancolie qu'il constate les ravages causés par la vente et la démolition, et, plus près de nous, par les travaux d'aménagement exécutés pour la transformation en maison centrale. On est réduit à se consoler de la perte de ce qui a disparu par l'examen du porche d'entrée, flanqué de ijualre tourelles, d'une tour de la chapelle, du betîroi de riiorloge , et surtout de la grande galerie qui renfermait jadis tant d'objets précieux.
Les marbres de Gênes et de Carrare, à la blancheur de neige, allaient supplanter les marbres du nord aux tons noirs ou gris, et, dès l'année 1504, le cardinal s'était mis en rapport avec ces carrières dont un agent bien connu était Spinola de Serravalle , et d'où l'on vit des ouvriers amener en France des morceaux de choix. Il avait été précédé dans celte voie par Anne de Bretagne en vue du tombeau de son père, et par Louis XII pour le mausolée de sa famille. Fcnitaiiicdii,iarUindfGailloii,partiesupirieure,
Georges d'Amboise traita avec K™'uru dt la Hibiîuiiicquu Naiionaie.
le marquis de Massa, propriétaire
de carrières, touchant « certains ouvrages de marbre pour la construction qu'il avait en vue ». Parfois les blocs éUiienl travaillés sur place, et on voit le sculpteur Pace Gazino ou Gaziui dans son atelier près du port de Gênes, où il travailla dix-huit mois pour le cardinal, qui, en l'année io08, le fil exempter de payer son loyer à la ville. Sans doute que plus d'un de ces morceaux se retrouve dans les fragments de Gaillon conservés au musée du Louvre ou dans la cour de l'Kcole des beaux-arts. Mais surtout l'on est autorisé à reconnaître le ciseau de cet artiste dans la célèbre fontaine qui ornait la cour du palais.
La république de Venise se proposait de faire un royal présent au
cardinal, et le souvenir en fut consigné plus lard par celle inscription en lettres d'or sur la façade : S/upendo fonte marmoreo ex Venetorum munere illuslralum. Elle fut commandée à Gènes à trois sculpteurs qui s'associèrent par acle du M décembre 1506. Outre Pace Gazino, c'était Agoslino Solari et Anlonio délia Porta. Elle fut amenée à Gaillon par Bertrand de Meynal, qui l'installa de concert avec Jérôme Pacherot.
La description donnée par le contrat trouve son complément dans le dessin de Du Cerceau. Elle comprenait une cuve hexagonale ornée de
bas-reliefs, dont une face montrait saint Georges terrassant le monstre, un autre le porc - épie couronné , emblème du roi , et un autre un cartouche tenu par deux génies avec , en arrière , la croix surmontée du chapeau cardinalice et couronné de quatre G.
Le pilier central était
Jardin de Gaillon, gravure de la Bihliolliiquc NHliiiiinlc. i , >.
enveloppé d un groupe de nymphes adossées tant au-dessous qu'au-dessus de la grande vasque, formée de sections réunies par des tenons de métal et rehaussée de godrons et de quatre mascarons d'hommes et de femmes jetant l'eau; la cuve supérieure, plus petite, à côtes profondes et revêtement d'écaillés, était également percée de mascarons pour l'écoulement de l'eau el supportait un dé fort élégant, qui servait de piédestal à une statuette de saint Jean- Baptiste. La fontaine, qui appelait des réparations, fut démolie au milieu du xviii" siècle, el le château de Liancourt, dans l'Oise, reçut lout au moins la grande vasque en marbre de noble allure d'environ quatre mètres de diamètre, qui se dresse sur un piédestal de pierre sans rapport avec celle-ci, dans le parc du château.
La fontaine des jardins, également d'un travail italien de grande finesse, était de dimension plus restreinte et de décoration moins riche. La grande vasque, que l'on connaît par un dessin de la collection Lenoir, reproduit dans l'album de M. Deville, était aussi percée de mascarons pour le passage de l'eau; la seconde cuve, posée sur un socle polygonal et sur un piéduuche arrondi, était ornée de motifs en
creux par manière de damier, ainsi qu'on peut le voir au musée du Louvre, où cette dernière partie est conservée; au-dessus, sur un piédestal élégant, se dressait une statuette de Diane, qui a disparu. La cathédrale de Tours conserve pour fonts baptismaux une vasque de marbre ornée des mêmes motifs en creux arrondis, et qui devait provenir également d'une fontaine. La présence des lys et des hermines dans la fontaine des jardins de (îaillon donne à entendre qu'elle a dû être exécutée en France, et sans doute sur place.
De l'esplanade, on passait dans le jardin, ou parterre, dont un des côtés était occupé par une immense galerie richement décorée ; et le visiteur, après avoir donné un coup d'œil au jeu de paume, se perdait dans un vaste jardin, puis à travers les allées ombreuses d'un parc boisé qui n'avait pas moins de huit cents arpents. Au sortir du jardin, une avenue d'environ trois cents toises conduisait au Lidieu , où s'élevaient de charmantes tonnelles, un ermitage et une chapelle voiitée à clochetons sculptés, avec un beau vignoble dit " d'Orléans ". La basse-cour foisonnait en v faisans, outardes et poulies du Loudunois H ; la volière renfermait des oiseaux rares. Le parc était animé par des biches, et l'une d'elles ayant eu une patte cassée, on la voit dans les comptes remise par un '< médecin ».
Nous n'essayerons pas de décrire la richesse de décoration de ce palais. A l'extérieur, dans les frises, les fenêtres, les portes, les médaillons, les pilastres, les clochetons et les lucarnes, la sculpture avait prodigué ses plus fines arabesques, ses figures allégoriques les plus séduisantes, et l'œil ne savait qu'admirer le plus des grâces de la galerie avec ses médaillons de marbre des Césars, de l'élégance de la fontaine , ou de ta beauté du bas-relief en marbre la Bataille de Gênes, placé par manière de frise au-dessus de la colonnade de la galerie. La conception et le faire des motifs d'ornementation indiquent que l'architecte entendait allier les traditions du gothique à son déclin avec les procédés de la Renaissance à son aurore.
Un des plus beaux ornements de la cour était l'escalier ou « grant viz », au sud-est, qui conduisait à la chapelle et dont le faîte était couronné par un saint Georges en cuivre; celui-ci fut exécuté en 1509 par Jacques Bîllon n et ses conipaignons i>, avec le concours de Jehan de Bony « ymaginier », qui fit « la façon du sainct Georges qui sera assiz sur la grant viz » ; les frais s'élevèrent à 268 livres 31 sols 15 deniers.
Le cardinal avait apporté une attention particulière à l'ornementation de la chapelle, éclairée par dix -huit fenêtres enrichies de verrières. Les plus beaux marbres et les tableaux les plus estimés en
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rehaussaient l'éclat. Le maitre-autet était décoré du bas-relief de Saint Georges terrassant le dragon , œuvre de Michel Colomhe que le Louvre se glorifie de posséder. Des niches finement fouillées servaient à abriter les statues des Apôtres, dues au ciseau de mattres consommés dans l'art d' » ymagerie ». Les parements les plus somptueux tissés d"or, d'argent et de soie, et les vêtements pour la cêlébralion
du culte , exécutés par les brodeurs les plus habiles de Franct.' et d'Italie, donnaient k la nef une magnificence vraiment digne du prince de l'Église et du minisire d'Klat.
Les tentures précieuses semblaient recouvrira regret des boiseries dont les arabesques rivalisaient pour la finesse avec celle du marbre ; les stalles, ouvrées avec une patience et une habileté consommées, n'étaient pas l'un des moindres agréments de la chapelle, ainsi qu'on peut s'en convaincre par
Iloismes de la ol.«polk. d. Gaillo., , con.erv.^o. ù Saii.l-lXm.. J^^ gpécimens COnSCr-
vés au musée du Trocadéro : les panneaux des onze stalles, figurant des scènes de l'Ancien et du Nouveau Testament, étaient incrustés de bois de couleur au milieu d'arabesques et d'enroulements plus légers et plus fins les uns que les autres. La chapelle <( ouvragée partout », suivant îa remarque d'un voyageur, renfermait « une plus grande quantité d'ornements que l'espace ne semble le permettre, mais ils sont si bien disposés qu'ils ne présentent aucune confusion'. »
' Les inveiilaires oflloicls ilu \\\<' sii-clc donnent pour Gaillon la liste des tableaux suivonlH, que nous ap|jelons aujourd'hui des Primitifs :
■' Lng beau tableau où il y a une Nostre Dame de pilié, paincle à plate paincture de la main de Perusin. — Liig autre tabloau de la Visitation Nosire Dame et saincle tllirabelli.
vu DE LA PJVT: droite, en 1699 )ES31N DELA COLULCTION GAIGNIBRF.S 1
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Aussi bien, par la richesse du mobilier l'intérieur du palais répondait pleinement à la magnificence du dehors; on peut s'en convaincre par le détail des inventaires dans lesquels les objets d'or et d'argent, les pierres précieuses, les meubles et les étoffes rares, les statuettes, les tableaux et manuscrits recherchés défilent devant les yeux éblouis du lecteur. Ainsi, dans l'espace de deux ou trois années, les orbatleurs de Rouen, ouvriers occupés à préparer l'or en feuilles, livrèrent aux peintres du château 115 milliers de feuilles d'or, au prix de 13 livres le mille. Le poids de la vaisselle d'or, « compris la chapelle et ymages et médailles. » s'élevait à 242 marcs 1 once 7 gros; celui de l'argent doré à 7()i) marcs '.i onces \ gros ; et celui de l'argent blanc à Ï8(> marcs 3 onces 10 gros.
Gaillon, on le voit, était un véritable musée de merveilles dont on serait désireux de connaître la valeur. Il est difficile d'évaluer les dépenses; pourtant, en ne tenant compte que des frais de main d'œuvre et de quelques objets consignés au livre des dépenses, on arrive à un total de l;lli,t)00 livres 15 sols iU deniers. Or, si l'on prend pour base de comparaison le prix des nlimenls à cette époque et de nos jours, c'est-à-dire 1=20, on trouve que les frais montèrent environ k 3,(t72,0(ID livres.
Le cardinal (ieorges d'Amboise suivit avec le plus vif intérêt tous les travaux qu'il fit exécuter à son palais. Dans son désir de réaliser une ifuvre à tous égards superbe, il y venait souvent pour donner son idée aux artistes. Au cours de l'année 1502, on le trouve à (■aillon les 24 octobre, 20 novembre et IS décembre: i! y resta du
Vnp autre tableau sur verre. — Udr petit lablenu sur verre où est fleuré le Saiiil-Exprit.
— Ung autre tableau en boys où «st uiu- N'ostre Dame ICDant nostre Seigneur entre ses liras. — L'ng autre petit tableau rond où est une Nostre Dame tenant son fils et Joseph.
— Ung autre petit tableau rond où est figurée rAnnonciallon. — l'ne autre Nostre Dame, en (wtit tableau carré, tenant son lîlz en ses bras. —Ung autre petit tableau aneien oi'i y a une [lelite Nostre Damti Tort noire. — Unp grand tableau de Nostre Dame de pitié ci autres ymages. — Ung autre tableau de Nnsli-c Dame et suincle llelizabcth. — Ung autre tableau sur verre de sninct Jehan Kapliste. — Ung autre Intileau comme aainct Jelian lin|>lise Notre Seigneur. "
Dans l'inventaire de lUriO, on voit :
" Ung tableau eai-ré lio boys formant couvert de voirre qui est une Assciinplion de Nostre Dame. — Ung tableau de cèdre avec son couvercle auquel est l'image de Nostre Si'igneur portant croix, et ond. couvercle l'efDgie du sacrifice d'Abraham. — Ung grand tableau auquel est l'efligic de sainct lieorges. — Ung tableau du tros|ia s sèment de Nostre Danie. — Ung autre tableau auquel est l'effigie Noslre-Seîgneur priant au jardin d'()li»et.
— Une grande pièce de loille piiincte ilu pouriraict de la Cène de Notre-Seigneur. — Un beau tableau <lc la Nativité Nostre Seigneur, que a faict maîstre André de Solario, peintre de Monseigneur. — Le tableau île Pcrusin où est la deposicionde Jésus Christ avec plusieurs personnages. — Le grand tableau ronil contenant Nostre Dame, son tlli, ung petit sainct Jehan bourde d'un large bort d'or bruny. — L'ng moyen tableau carré où est Jésus Christ mort. .■
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26 décembre au 4 janvier. En 1504, il paraît dans les mois de juin et de novembre. Au commencement de janvier 1505, il vint pour recevoir Louis XII qui devait y passer la fête des Rois, et aussi au printemps. On le rencontre encore le 26 septembre 1506, puis trois ans après, en janvier et octobre lo09. A aon dernier voyage, le cardinal tomba malade et en repartit à la fin de novembre , sur les instances du roi, pour n'y plus revenir.
Autour du glorieux et puissant Mécène se groupait une légion d'artistes que l'bistorien a le devoir de rappeler dans la mesure du possible. On ignore quel architecte ou deviseur dressa « les portraitz » ou plans de l'édiiice, et nous inclinerions à les attribuer à Joconde plutôt qu'à un autre mailre de France ou d'Italie. En attendant qu'un document nous éclaire sur ce personnage, dont le rôle ne doit pas être confondu avec les artistes qui « besoignent » à la tâche, nous pouvons du moins nous réjouir de connaître les principaux maîtres qui travaillèrent au palais.
Ce qui frappe précisément dans la série, c'est la largeur d'idées avec laquelle le cardinal avait fait appel à ses collaborateurs. Les écoles italienne et française rivalisèrent de virtuosité pour satisfaire le prélat, et nulle part ailleurs on ne rencontre un théâtre aussi favorable pour comparer les travaux exécutés par les maîtres et le;^ disciples des deux écoles. Pour noire part, nous ne saurions assez exprimer notre gratitude au grand homme d'avoir ainsi réalisé, sinon la fusion, du moins la réunion des belles œuvres signées tour à tour de Colombe et Paganino, de Fauvert et André Salarie, de Valence et Juste.
Parmi les maîtres maçons qui furent chargés de la conduite et de l'entreprise du gros œuvre, on remarque Guillaume Senault, qui va à Rouen « porter les pourtraictz » ou plans au cardinal, et Pierre Fain de Rouen, chargé de nombreux travaux, notamment de la chapelle, du grand escalier et du portail, et dont l'un des marchés s'élevait à 18000 livres. Pierre Delorme édifia le grand bâtiment de la cour d'honneur, appelé " grand maison » ou *( maison de Pierre Delorme 11, et se chargea « de faire et tailler à l'antique et à la mode françoise lés entrepiez qu'il fault à asseoir les médailles », ou les supports et encadrements des médaillons. A Gaillon on voit encore Roullant Leroux, dont le nom est intimement lié à la construction du palais de justice de Rouen, et, pour la cathédrale, aux travaux du grand portail, de la tour centrale et du tombeau de Georges d'Amboise.
A côté de ces maîtres, auxquels incombait une tâche spéciale, se
plaçait l'artiste qui avait la mission de surveilier, de contrôler et de diriger d'une façon plus ou moins générale. Ce rôle, qui se rapproche de celui de l'architecte moderne, est rempli en particulier par Colin Byart et Pierre Valence. Nicolas ou Colin Byarl, « maître maçon en la ville de Blois. >» fut mandé par le cardinal au moins à trois reprises, à Rouen et r.aillon fen mai 1503, mai 1505, juillet et septembre 1506), et cela non point pour bâtir. On ne voit aucune trace de travail matériel, et c'était '< pour visiter les édifices que mon dit seigneur y foit faire» ; aussi est-il désigné dans les registres capitulaires de Houen , de concert avec (îuillaume SeiiauU, par la qualité de " niaistre maçon des œuvres du cardinal à Gaillon ». Or, ce ntaiire , qui va d'abord visiter les travaux , qu'il surveille ensuite entre les années 1504 et ioOfî, qui vient au chantier au moment ou l'on jette les fondations de la chapelle, duquel — à en juger
par l'initiale B dans un triangle — on possède un dessin relatif à la décoration de cette chapelle, et qui en cette qualité est cité sept fois dans les comptes, ne serait-il pas celui-là même qui a donne ou conduit tout au moins une partie des plans, c'est-à-dire im architecte au sens rigoureux du mot?
Quoi qu'il en soit. Colin Byart, né, croit -on, en 1460, fui un des maîtres les plus estimés de son temps. Au témoignage de précieux documents, Byart ■< depuis son jeune aige a toujours esté mesié et entremis du faict de massounerie, et entr'iudlres y a esté a conduire le commencement des pons Notre-Dame de I*aris. Depuys fut appelé par le seigneur de Cuver iCyéi, mareschal de France, a veoir. fitire et visiter quelques œuvres du chasleau de Verpré (Verger^i el au chasteau
lluistrks Jl' la (-Iib|>vI1o <1o Ooillim.
d'Aniboise, et depuys an cliasleau de Blois, qui sont choses somptueuses el de grant entreprise, et a toujours hanté et fréquenté plusieurs niaistres expérimentés audicl meslier ><. Un fragment de comptes du château d'Aniboise pour l'année 1498 nous montre, parmi plusieurs maîtres maçons travaillant à l'édifice, Colin Byart, et c'est des bords de la Loire sans doute qu'il émîgra sur les rives de la Seine.
Au surplus, le contrôle élail tout spécialement dévolu à Pierre Valence, de Tours, qui parait en possession de la confiance absolue du cardinal. Entre les années i5U3 et i508, il paraît très souvent dans les comptes et y joue lu rôle de visiteur, de surveillant, de conseiller et d'artiste tout à la fois. En 1505, notamment, Valence fut « envoyé par monseigneur de Blois à (îaillon et à llouen pour visiter les édifices que mon dit seigneur y fait faire », et pour ce voyage il reçut dix écus soleil. Au dire de l'historien de (iaillon, <■ il y déploya ses talents tour à tour comme maçon, menuisier, charpentier, peintre, hydraulicien : car Pierre de Valence était un de ces artistes à la façon des Léonard de Vinci, des Michel-Ange, dos Bandinelli, maniant également bien le compas, le pinceau, l'équerre et le ciseau. "
Dans les comptes, Pierre ^'alence se montre en qualité d'hydraulicien, s'occnpant spécialement de la conduite des eaux et de l'installation des fontaines; mais ce n'est qu'à partir de 1306 el alors que le gros œuvre était fort avancé. Jusque-là ses voyages sont fréquents, et tandis que Byarl ne parait que sept fois, le nom de Valence est cité environ quarante fois; d'ailleurs il précède le premier d'environ dixsept mois. En janvier 1503 (n. s.i, Pierre Valence se rend à Gaillon à cheval, et, quelques jours après, il va conférer avec le cardinal à Blois. A la fin de février, il » loisoit la villa où Mg"" veull faire faire une allée et pavillon »; et, le 29 avril, il revient " veoir et visiter la place où Mgr fait faire la grande tonnelle ». Durant les mois de juin et août (deux fois dans ce mois) aussi bien qu'en mai 1,304, il reparaît pour •< visiter les tonnes (tonnelles) et aullres édifices que M'ji" fait i>, ainsi que la maison et chapelle de Lydien. Du mois d'octobre au mois de décembre, il fait de nombreux voyages " pour visiter les édifices de Mo' ».
Les frais du voyage indiquent que Valence venait probablement de Itouen où il dirigeait des travaux. Dans celle dernière ville, on le voit exécuter pour le palais arcbiépiscopal " un pavé esniaillé » et « un cerf avec les armes el ordre du roy ", et, pour ce dernier, il recevait iO livres 4 sols 11 deniers. De concert avec d'autres experts, il fut consulté, en i.">04, par le chapitre de la cathédrale, » pourscavoir si la neuve lour de ladite esglise seroil admurtie ou achevée à esguille ou à terrasse ». Malgré l'avis de Valence et de collègues favorables à
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« ItfSguiUe » OU clocher pyramidal, la tour fut achevée en terrasse et à couronne, selon Jes idées architectoniques qui s'Introduisaient en Normandie. Par contre, vers la même époque, la caihédrale de Tours allait élever dans l'azur du ciel ses deux ravissants clochers à dômes fleuris, dont le premier, celui du nord, porte la date 1507 avec les initiales du nom de ses hardis constructeurs, BF. MF : Bastien Françoys et Martin Françoys.
Le cardinal Georges d'Amboise venait visiter les travaux par intervalles. Il était à Gaillon à la fin de février 130o. Valence s'y rendit et y resta dix jours, à la demande du prélat, qui le fit venir '> pour luy deviser des affaires de Gaillon ». Outre ses frais de voyage qui étaient soldés, ses honoraires égalaient et même dépassaient ceux des premiers maîtres maçons qui payaient toute la journée de leur personne. Les deux sculpteurs ornemanistes d'Italie, Jérôme Pacherot et Bertrand de Meynal, touchaient, par jour, le premier 7 sols 6 deniers, et le second o sols; Guillaume Senault recevait également 7 sols 6 deniers. Quant à Valence, il reçut 75 sols pour « ses vacacions n de dix jours.
A partir du commencement de 1506, Valence s'occupa plus spécialement de l'aménagement des eaux et des fontaines, dont les frais s'élevèrent à 1250 livres. Une fois les plans tracés et les travaux engagés, Valence allait en voyage, tantôt pour voir le cardinal, comme au printemps de 1506, tantôt pour surveiller d'autres ouvrages. Il revint avec un « Italien >■ pour visiter la fontaine. Puis, quand le magnifique édicule en marbre de Gènes, don de la république de Venise, fut débarqué, Valence présida aux travaux de pose et d'appropriation avec un traitement fixe de 20 livres par mois. Les meilleurs artistes d'Italie, occupés à Gaillon, ne touchaient pas davantage. Le sculpteur Antoine Juste recevait 407 livres pour environ deux années de travail, et l'élève de Léonard de Vinci, le peintre Andréa Solario, en dehors de ses frais de dépenses, louchait 92 livres 10 sols pour quatre mois. Vers le même temps. Valence fut appelé à Rouen par l'abbé de Saint-Ouen, dit le grand bâtisseur, pour aménager la conduite des eaux à une fontaine au milieu de la cour abbatiale.
Sous le prétexte que Pierre Valence fut un artiste presque universel, faut-il l'identifier avec « Pierre Valence menuissier » qui sculpte les lambris de la grande galerie du jardin, au prix de 35 sols la toise? On Ta pensé, mais il nous est difBcile de partager cet avis. Valence n'a reçu nulle part le nom de menuisier, et nous croyons qu'il s'agit simplement d'un homonyme; cette occurrence n'offre rien d'extraordinaire, et l'on voit notamment à Gaillon deux ouvriers nommés Jean Alexandre, l'un maçon et l'autre tapissier.
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Quoi qu'il en soit, à partir du mois de mai, Pierre Valence semble être rentré à Tours; de celte ville, au mois d'octobre 1508, il fit un voyage à Gaiilon, pour lequel il toucba 10 livres. L'année suivante, au mois de février, il revint encore de Tours « pour visiter la fontaine », en compagnie, celte fois, de son fils Germain Valence. Ce dernier venait s'occuper du « pavé de la cour », formé de carreaux et de -1 pierre de liais grise et autres couleurs ». Pour ce travail Germain Valence, du mois de juillet au mois de septembre, reçut 85 livres 2 sols. De plus, il avait la direction du pavage el jouissait, à cet égard, d'un Irailemenl fixe de 10 livres par mois. On est autorisé à croire, bien qu'on l'ait attribué à son père, que c'est Germain qui fit pour l'abbé de Saint-Ouen <i deux armories de carreaulx esmaillés », destinés au devant de la maison abbatiale, « sur la cour ».
A sa mort, le cardinal-minisirc, tout en remettant le château et la terre de Gaiilon à l'arclievêché de Rouen dont c'était la propriété, légua à son neveu u les meubles et l'accommodement de la maison tel qu'il étoit ». Dans un projet de testament, il évaluait lui-même « toute sa déferre à deux millions ». Le neveu imita son oncle dans la confiance pour le grand artiste des rives de la Loire. Lorsque Georges II d'Aniboise pensa à élever à son prédécesseur un mausolée digne du génie du grand homme, son souvenir se porta vers le principal architecte de Gaiilon. Il l'envoya consulter — toujours le même rôle d'architecte-ingénieur — <i pour avoir son opinion sur le faict de ladite sépulture, et pour sçavoir s'il voudrait entreprendre l'ouvrage d'icelle avec ses compaignons. •> Pierre Valence, qui était probablement occupé à des travaux importants, répondit qu'il ne pouvait s'en charger.
Sans doute Gaiilon devait une partie de ses charmes à l'harmonie des lignes, mais aussi le ciseau s'était chargé de rehausser le palais de toutes les grâces dont un édifice peut être paré. Jusqu'ici nous n'avons pu démêler la collaboration avec ses diverses influences ; mais, sur le terrain de la sculpture, nous allons voir en scène les maîtres des deux écoles française et italienne, dont nous avons la bonne fortune de pouvoir reproduire au moins quelques spécimens en regard des documents écrits, fournis par les comptes.
Le cardinal d'Aniboise fil appel aux meilleurs « tailleurs d'ymages •> de France, el parmi ceux-ci nous remarquons Jean de lîony et Guillaume de Bourges, fixés à Rouen, et surtout Michel Colombe. De 1308 à 1509, Jean de Rony sculpta un saint Jean, une » Melusine », un (' monstre », des anges et des têtes de cerf en bois. Guillaume de Bourges exécuta quarante-deux médaillons, ainsi que trois statues
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pour la chapelle. Il était réservé à Colombe de « tailler " le Patron du grand ministre.
Michel Colombe, né vers 1430 dans « l'évesché de Léon », pays des falaises mélancoliques, des clochers ajourés, des calvaires pittoresques et des naïves légendes, fut, sous les règnes de Louis XI, de Charles VIII et de Louis XII, l'un des maîtres du ciseau dans le nord et l'ouest de la France, Grâce à son génial talent, Tours devint un atelier de sculpture de premier ordre, où rois, reines, prélats et grands seigneurs faisaient leurs commandes. Louis XI demanda au maître un ex-voto où figurait saint Michel sauvant le prince des atteintes d'un sanglier. L'évéque de Mailtezais, Louis de Rohault, avait son tombeau des mains de l'artiste. Le prieuré de Solesnies s'enrichissait de la belle statue de saint Pierre, dont la chape porte l'inscription bien significative iîâcio/ie M. C. T., que nous nous félicitons d'avoir jadis mise au jour, et surtout „ ,. . j ^u ■ . , c i
•> Ensevelisse ment du Chi-isl a Sulcsmcs.
du superbe groupe VEn- groupe en pierre atli-ibuii à Michel Colombe.
sevelissement du Christ,
sorti manifestement des mêmes mains dans son émotion contenue, et
portant la date M CCCC IIII'"' XVI.
Tour à tour on voit le maître choisi comme expert par l'abbé de Saint-Florent de Saumur, et chargé de modeler l'armure de Turnus dans le mystère joué à l'entrée d'Anne de Bretagne à Tours, ainsi que le patron de la grande médaille frappée pour l'entrée de Louis XII en 1300. Le bas-relief en marbre du Trépassement de la Vierge pour l'église de Saint- Saturnin de la même ville, ouvrage qui fut ensuite « tout painct d'or et d'azur », lit proclamer Colombe « le plus sçavant de son art qui feust en chrestienté ».
D'après « le patron » donné par Jean Perreal, dit de Paris, et sur l'ordre d'Anne de Bretagne, Michel Colombe exécuta le magnifique tombeau de François II de Bretagne et de Marguerite de Foix, achevé en 1507, jadis dans l'église conventuelle des Carmes à Nantes, actuellement dans la cathédrale : œuvre magistrale où notamment les statues d'angle, les Vertus, sont dues à l'inspiration du maître, qui pour l'ornementation fut secondé par n deux tailleurs de massonncrie antique
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italiens », dont Jérôme de Fiesole. Ce même artiste italien travailla à la décoration du tombeau des enfants de Charles VIII, naguère à Sainl- Marlin et présentement dans la cathédrale de Tours, peut-être égalementaux côtés de Michel Colombe, auquel on attribue les deux enfants et les anges d'une grâce exquise posés sur le mausolée.
Colombe était « le tailleur d'ymaiges du roy » et de la reine Anne, tout heureuse de faire appel au génie de son compatriote. A l'été de 1507, l'église de la Itoclielle lui commandait un Ensevelissement du Christ avec sept personnages, comme « il est acoustumé faire en tel cas ». C'était le moment ou le cardinal d'Amboise décorait son
palais de (îaillon. L'enfant des bords de la Loire et le ministre ne pouvait manquer de demander une œuvre au ciseau du maître. Pour l'autel de la chapelle il lui commanda, en 1508, le bas-relief de Saint Georges terrassant te dragon , qui mesure 1 m, 85 de longueur
Sainl Gcontes temiKSHnt le Uiap^n, par MichoL Gilomlio. SUr 1 m. 2t de haUlCUr. Bfls-i-eliefp.ovcnanl<lcG«ill<.neU<ir.3crv.!auJ.o.ivrL-. g,, gg ^^jj actuellement
au musée du Louvre.
Le marbre fut conduit dans l'atelier de Colombe par un artiste qui travailla beaucoup à (îaillon, et l'argentier paya » à Géraulme Pacherot, masson ytalien, 57 livres 7 sols fi deniers, pour avoir mené de Gaillon à Tours le lumbe de marbre, par quittance du 27 septembre 1.508 .). Quant au maître, on le voit toucher un acompte d'après cet article : « A Michaull Colombe, sur le marché à lui fait pour la façon de faire le saint Georges, tailler et graver sur le dit marbre, par cerlificalion de Patris Binel, du 25' de février 1508, pour ce, cy 300 livres. »
On connaît le remarquable « tableau de marbre " dans lequel le sculpteur, au milieu d'une campagne mouvementée, a placé le théâtre delà légendaire victoire de saint Georges; le vaillant cavalier, revêtu du harnais militaire, frappe de la lance le monstre qu'il transperce à terre, cependant que, sur une éminence, la fille du roi de Candie, à demi agenouillée, rend grâces au Ciel et à son libérateur d'être délivrée des atteintes du dragon. L'uruvre se fait remarquer par un heureux mé-
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lange de mouvement et de sincérité, de force et d'élégance, de tradition et de rénovation , qu'il est intéressant de rapprocher du même sujet traité par un ciseau italien pour le tombeau du cardinal à Rouen. Assurément, il est fort exagéré de répéter avec un vieil auteur que « Phidias à peine eût su produire un ouvrage aussi beau » ; mais le bas-relief fait le plus grand honneur à Colombe et à la sculpture française de son temps.
Ce bas-relief a d'ailleurs l'avantage de symboliser l'union des deux arts français et italien, et la décoration qui lui sert de cadre de marbre est l'œuvre du sculpteur Ilieronymo Pacchiarotti . que nous venons de saluer sur notre chemin. Nous arrivons ainsi aux maîtres d'au delà des Alpes qui travaillèrent avec distinction pour le compte de Georges d'Amboise,
Les sculpteurs ornemanistes, quaHfiés alors " tailleurs de massonnerie antique ou à l'italienne » , jouèrent un rôle considérable au palais de Gaillon, Hieronymo Pacchiarotti vint d'outre-mont avec la colonie d'artistes ramenés par Charles VIII en lii)5. Dans les comptes de Tannée 1497, on rencontre pour les honoraires: " .\ Jerosme Passerot, me ouvrier de massonnerie, 240 livres. » L'artiste avait une maison à Tours, dans la rue des Filles-Dieu, où il paraît en ]oÛ3, et dut travailler assez longtemps pour le compte de Louis XII, car il est dit ensuite i< demeurant à Ëmhoise ». Sa rare habileté à fouiller le marbre pour en faire sortir ces ornements exquis qui le disputent à la broderie et à la dentelle la plus fine, l'attacha au cardinal pour le compte duquel il exécuta maints travaux. De concert avec « Bertrand de Meynal » ou Myenal, le " Génois », il 'i besoigna » en juin et juillet lo08 à la fontaine de marbre qui ornait la cour d'honneur; il contribua â la « tailler » et y plaça « six rozes de cuivre doré », Pacherot, nous l'avons vu, fut désigné pour conduire à Michel Colombe le marbre destiné au bas-relief de saint Georges. Un article des comptes parle d'abord de 50 livres à lui payés pour « mener ou faire mener la table de marbre à Orléans, pour la table ou sera le saint Georges en ta chapelle », comme si le morceau devait originairement être sculpté dans cette ville; mais ailleurs, ainsi que nous l'avons dit, on voit que Pacherot reçut 57 livres 7 sols tî deniers « pour avoir mené de Gaillon à Tours la tumbe de marbre »,
A son retour, il fut chargé de la balustrade ou « contouer en la court >i ; il devait faire » l'apuy d'auprès du grand portail neuf » au prix de 7 livres 10 sols la toise; l'ouvrage était terminé au mois de septembre. On lui confia alors un travail considérable, qui devait durer
à peu près une année, du mois d'octobre 1508 à l'automne de 1509; il s'agissait de construire l'autel de marbre, merveilleux bijou dans un superbe écrîn. Ses aides dans ce travail, « à la table, soubz table et piHers de marbre, ■> furent Jehan Ghersalle ou Chairsalle, qui recevait 4 sols 6 deniers par jour, et Bertrand de Meynal avec 5 sols. Quant à Paclierot, son salaire, qui était de 7 sols 6 deniers, indique suffisamment qu'il avait le rôle principal et que son talent était tenu en grande estime. Nous pouvons d'ailleurs en avoir une idée par l'encadrement du saint Georges, dont l'élégance peut servir de point de comparaison pour rechercher les ouvrages du maître, en particulier dans le Blésois et la Touraine.
Peut-être le cardinal vint-il visiter les travaux de son palais à l'automne de 1508. Toujours est-il que Pachcrol fut chargé par M. de Sauveterre d'élever un « arc triumpfant », qui fut décoré de divers agréments et aussi de « bouyz et d'if » ; cet arc triomphal devait être important, car Pacherot y consacra seize jours, pour lesquels il reçut 6 livres le 5 novembre 1508. En quittant Gaillon, Paeberot revint sur les bords de la Loire, où il se fixa définitivement, et une inscription nouâ le montre à Tours en « may 1527 », à l'occasion d'une inondation.
Le principal collaborateur de Pacherot, en 1508, était un « maître masson tailleur de marbre » qui le seconda dans tous ses travaux, en particulier pour la fontaine et l'autel : j'ai nommé Bertrand de Meynal ou Myenal, qualifié n Genevoiz », c'est-à-dire originaire non de Genève, mais de Gênes. Il quitta l'Italie et arriva en Normandie au commencement de l'hiver de 1507, chargé qu'il était de « la conduicte de la fontaine de Gennes au chasteau de Gaillon », pour laquelle il reçut 15 livres 13 sols 8 deniers. Il fut employé à sculpter le marbre de la fontaine , et, le 28 janvier 1509 (n. s.), il recevait ses honoraires de quatorze mois à 10 livres l'un, » pour avoir compaigné et assiz la fontaine de marbre », Nous savons qu'il travailla ensuite avec Pacherot à l'autel de la chapelle; le 15 mai 1509, il louchait, à cet égard, la somme de 15 livres pour trois mois de labeur. Lorsque Bertrand de Meynal quitta Gaillon, nous ne saurions dire s'il suivit son compatriote Pacherot.
De son côté, Louis XII, pour élever un mausolée à ses parents, s'adressa à des sculpteurs italiens. La commande, faite en 1502, fut donnée aux sculpteurs génois Michèle d'Aria et Girolamo di Viscardo, et aux deux Florentins Donato di Battisto Bentiel Benedettodi Bartolommeo, plus connu sous le nom de Benedetto da Rovezzano; parmi les œuvres qui recommandaient ces artistes en Italie, on peut citer, à Gènes, la Cantoria de San Steftino. Les l^res des gisants, représentant Louis
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d'Orléans avec sa femme Valenline de Milan et leurs lils Charles el Philippe, sont enveloppées de la sérénité un peu lourde de ta mort, tandis que les figures des douze apôtres, en des niches à plein cintre et colonnettes antiques, sont d'un mouvement cherché el d'une fine élude de nu et de draperie ; cette série des apôtres, sous une formule plus ou moins variée, fit dès lors école en France, et on la retrouve en particulier à Nantes, à Saint-Denis, à Montrésor et ailleurs. Le tombeau fut élevé dans l'église des Célesttns, et actuellement il se voit à Saint- Denis. Le même Girolamo di Viscardo, sur la commande, en 1507, par Antoine Bohier, frère de Thomas et abbé du couvent, sculpta ensuite pour l'abbaye de Fécamp trois œuvres d'une extrême délicatesse de ciseau. Ce sont un tabernacle, une châsse et un autel, rehaussés de bas-reliefs, de statues et statuettes, et ces ouvrages remarquables sont conservés en grande partie.
Au nombre des sculpteurs italiens occupés à << besoigner » pour le cardinal, figure Antonio délia Porta, dit Tamagnino, qui avait travaillé k la merveilleuse chartreuse de Pavie avec Stefano da Sosto. C'élail un artiste d'élite, auquel on doit le tombeau de Ilaoul de Lannoy, gouverneur de Gênes, el de sa femme, dans l'église de Folleville. Sur le soubassement orné de deu.\ panneaux offrant des armoiries, cantonnées chacune de deux anges pleureurs d'un mouvement exquis, reposent les gisants traités avec un art souverain dans la demibosse que les Italiens préféraient au procédé français. Le monument, signé « Antonius di Porta », a pu être exécuté en Italie et posé par quelque Italien, par exemple, son neveu, celui qui signe « Paxius nepos suus ». Ce Pace Gnzlno, que nous voyons associé à son oncle en diverses circonstances, a pu venir pour conduire l'œuvre et, au besoin, sculpter sur place les gracieux ornements de l'enfeu, ainsi que d'autres ouvrages conservés dans le pays. Du moins nous savons sa collaboration à l'ouvrage de la fontaine de Gaitton.
A leur tour, les statuaires ou « taitteui's d'ymaiges » contribuèrent largement à la beauté du palais cardinal, et parmi eux on compte en première ligne Guide Paganino, Antonio Betli et Lorenzo da Mugiano. dont les travaux méritent au plus haut point de fixer notre attention.
Guido Mazzoni était originaire de Modène, d'où son surnom de Modanino. Il travailla tour k tour pour sa ville natale et pour Naples. A partir de 1489, il produisit nombre d'ouvrages, surtout des terres cuites coloriées pour les églises et les palais' napolitains : on connaf t, en particulier, le sépulcre de San Giovanni decollato à Modène, de Santo Antonio à Venise, de Santa Maria délia Rosa à Ferrare. et de Monte Oli-
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veloâ Naples. C'est dans cette dernière ville que Charles VIII le connut et le prit pour le conduire en France, afin d'y « ouvrer à la mode d'Ytalie ». En 1497, l'intendant Jacques Taillandier faisait payer à rt mes»ire Guydo Paganino , chevalier, paincte et enlumineur, la somme de 703 livres 2 sols lournoys à \uy adonnée pour ses gaiges et entretenement des dicts neuf mojs, qui est à la raison de 4 ducats par moys ». La virtuosité du talent de Guido lui fil donner des titres de nohlesse et confier l'exécution du tombeau de Charles VIII à Sainl-Denis, que le vandalisme ne nous permet de connaUre que par des dessins, en particulier celui de Gaignières, un hois de Jean Rabel et une gravure anonyme dans Felibien ; le monument était signé ; Opus Pagamni MuTiNENSis. Le roi, devant un prie-Dieu portant la couronne et un livre, avait les mains jointes et la tête nue ; la statue était en cuivre doré avec manteau de couleur bleue, dans un mouvement qui fait penser au Coramines du Louvre, œuvre également italienne. Aux angles étaient quatre statuettes d'anges tenant des armoiries, et le soubassement était orné de douze vertus assises en des médaillons, séparés par l'épée flamboyante, symbole de la conquête de Naples, que l'on observe en plusieurs endroits du château d'Amboise, notamment dans le remarquable panneau à l'entrée de la tour du midi, et le champ était orné d'une série de K, initiales de Karolus, également dans le goût des lettres qui se voient à Amboise.
Guido travailla en province et à Paris, h l'hôtel du Petit-Xesle, où l'on admet qu'il demeura avec sa femme Pellegriua Discalzi et sa fille, venues le rejoindre et qui étaient ses collaboratrices. Louis XII lui commanda une statue équestre pour l'entrée du château de Blois. Dans la niche de style flamboyant italianisé, sur son cheval caparaçonné, tourné à gauche et le pied droit levé, paraissait le roi armé, l'épée au côté gauche, le sceptre de la droite, coiffé d'une sorte de toque et portant la tunique avec un mantelet court. Felibien nous en a légué un dessin, et un autre dessin est conservé à la Bibliothèque Nationale. Le mérite de la statue fut célébré par l'Italien Lodovïco Heliano, qui la donne à c< Paganino >> ; mais l'on aurait tort de croire qu'il fut fait une seconde statue du roi sous le prétexte que le même auteur a écrit une seconde épigrammc oii il parle de k Phidias » : il s'agit de la même œuvre sous une désignation métaphorique. On admet qu'elle ne fut mise en place que vers 1502, et que la date de J-iUH sur le quatrain latin de Faust Andrelin, gravé au-dessous, se rapporte à l'avènement du roi, qui d'ailleurs fut peut-être l'époque de la commande. Cette œuvre fut détruite à la Uévoluliou, et celle que l'on voit actuellement à l'entrée du château de Blois, est due au ciseau de Seurre.
Le cardinal d'Amboise, qui avail pu apprécier Paganino, lui demanda plusieurs morceaux pour Gaillon; il exécuta notamment une série de médaillons d'empereurs romains, qui ont été dispersés en plusieurs endroits, et dont on voit quelques-uns dans la cour de l'Kcole des beaux-arts ; le Louvre garde celui de CoLDvsivs, qui a du caractère. Mais le maître n'exécuta pour Gaillon que des ouvrages secondaires, et son ciseau dut s'attacher à des travaux dilîérenls, tels i[uele superbe mausolée de Philippe de Commines et de sa femme Hélène de Ghambes, portant la date iÔOO et dont de charmants motifs de décoration se voient dans la cour de l'École des beaux-arls, et les statues des priante au Louvre : la richesse des figures, l'attitude, la forme des prie- Dieu, la polychromie, les détails aussi bien que l'ensemble accusent un maitre italien qui doit être Paganino. Le même caractère se retrouve dans plusieurs des personnages du curieux groupe de la Dorinition de la Vierge dans l'église de la Trinité de Fécamp, où l'on peut reconnaître la main du maître avec des collaborateurs moins habiles. L'iniluence, sinon le ciseau de Paganino, se montre dans le sépulcre commandé par Marie d'Amboise pour son couvent à Poitiers, dont nous aurons à nous occuper.
Pierre Delorme eut mission de " faire et tailler à l'antique et à la
, , . . , I.uuis XII |>ai- Puicaiiino.
mode françoise les entrepiez qu il j,.„i„ .,,. ,„ ,,ii,ii.,tiu..|,..- N«ri.,L,alc. faut a asseoir les médailles baillées
par messîre Paguenin ». Il s'agissait de la décoration du « grant corps de logis » , et les médaillons au nombre de vingt étaient en place au mois d'août 1509. A en juger par les termes du compte, le maître ne les sculpta pas sur place et peut-être furent-ils exécutés k Illois. On voit d'ailleurs que Paganino fit un voyage en son pays en 1;>07 et revint en France, en attendant de réintégrer définitivement l'Italie après la mort de Louis XIL II rendit le dernier soupir à Modène, où
l'on éleva un tombeau <> au magnifique chevalier Guide » , décédé le )2 septembre 1518.
Un autre statuaire qui envoya ses ouvrages des ateliers d'Italie est Lorenzo de Mugiano. du Milanais où il avait dû être distingué par le seigneur de Cliaumont Cliarles d'Amboise, qui était gouverneur du pays. Sans doute sur l'indicalion de ce dernier, le cardinal lui demanda trois statues de marbre, auxquelles il attachait une particulière importance :
celles de Louis XII, de son neveu et son propre portrait. Les trois figures étaient terminées à la fin de l'année 1508. L'artiste les expédia par la voie de Ljon et de Paris, et au printemps de loÙ9, débarquaient à Gaillon n trois quesses plaines de besoignes » ou « portraictures du roy, de M. le légal et de M. le grant maistre ».
Les iconoclastes de la fin du xvui' siècle ont brisé les statues. Mais par bonheur A. Lenoir put sauver le torse de Louis XII,auquel il adapta une tête d'après celle du tombeau et des jambes, et qu'il plaça au Musée des Petits-Augustins, d'oii il est venu au Louvre.
Par les délicats ornements de la cuirasse k la romaine, on peut apprécier le fini du ciseau du maitre. Le doute n'est pas permis sur l'identité, et sur le bord inférieur de la cuirasse on lit i-ouis XII proviiianidL' Griiii.m, ^u capilalcs la Signature : Mediola-
Mnsiie du I.oiivrc. XENSIS L.\VIU:NCIVS DeMVGIANO OPVS
nxiT loM8. A ce propos, nous ferons reniai-quei- cpie le même fait se reproduisit, à la même époque, pour la statue d'un autre Louis dans le palais d'un autre Georges. Dans le chàleau de llichelieu, création du grand cardinal-ministre, le marteau des vandales brisa la statue de Louis XIII en marbre blanc, œuvre du sculpteur Guillaume lîerthelot, et dont le magnifique torse revêtu de la cuirasse finement ouvragée orne le musée des Antiquaires de l'Ouest à Poitiers : mystérieuse et frappante
coïncidence dans La marche des événements et dans le sort des œuvres d'ai-l ' !
Tous les statuaires ne n besoignèrent •> pas ainsi en dehors de Gaillon, et nous saluons sur place le maître Antonio Betti. Il appartenait à une famille de San Martine à Mensola, assez près de Florence. Le chef de famille, né en 1418, se nommait Guisto, d'où le surnom transmis à ses enfants. Son fils André donna le jour à trois garçons : Antoine, Jean et André. Antoine, né en i479, et Jean, né cinq ans plus tard . avaient les plus heureuses dispositions pour la sculpture et vinrent en France sous le règne de Louis XII, attirés sans doute par les promesses du roi ou de quelque riche Mécène.
On a mis l'arrivée à Tours à la fin de 150i, et l'année suivante, Antoine eut de sa femme. Isabeau de Pacvs ou de Pache, un fils qui porta le nom de Juste de Juste. En regard de l'atelier célèbre du maître français Michel Colombe, d'ailleurs secondé par des ornemanistes d'outre-mont, s'installait un « studio » dont le caractère et les œuvres devaient modifier progressivement les procédés et le tempérament de l'école des bords de la Loire, et d'où sont sorties des œuvres capitales, par exemple le tombeau de Louis XII et d'Anne de Bretagne à Saint- Denis, que le critique d'art se plaît à rapprocher du mausolée de François II de Bretagne à Nantes.
Le premier grand travail que l'on soit autorisé à attribuer aux Juste est le tombeau de Thomas James, mort en 1504. Le prélat, ami des lettres et des arts qu'il avait goûtés sous le ciel d'Italie, fut doté par ses neveux, François et Jean James, d'un mausolée élevé dans le transept nord de la cathédrale de Dol, si curieuse à tous égards. Sur l'édicule en forme de portique inséré dans la muraille, la lïenaissance épanouit ses motifs les plus élégants, et si la statue du défunt a disparu, du moins il reste le buste des neveux. Suivant une inscription en lettres gothiques : SceUe.Btruxit.opuB.maflister.Utud.Iohea.cujus.cognomen. eel.XustuB.eiJj'loreiitiiiua. — Il s'agit ici de Jean Juste, mais il est vraisemblable que l'on doit associer les deux frères et qu'Antoine, l'aîné, eut une part principale dans ce travail, bien que la célébrité de son puîné ait éclipsé sa gloire dans la suite des temps, à l'époque où celte seconde légende aura été ajoutée; la confusion eut lieu d'autant plus facilement que l'un et l'autre s'appelaient « Juste » et « Florentin ». C'est peut-être durant le séjour de ces artistes à Dol qu'on leur demanda d'exécuter le très grand et très curieux retable en pierre
' Cf. Histoire de Richelieu et des environs au point de vue eicil, religieux el artistiqut par L. Bosaebœuf, in-go, 532 pages , 1890, p. 2i3, 244, 496.
dans l'église de Pontorson . Celui-ci, au milieu de pilastres etd'arabesques du goût florenlin, figure en vingt compartiments rectangulaires les scènes de la vie du Christ, avec aux angles les donateui's, hélas! mutilés comme le reste du travail, Jean aurait pu exécuter cette œuvre, tandis que son frère se rendait k Caillou , el cela expliquerait la persistance de son nom à Dol.
Quoi qu'il en soit, Antoine Juste fut le sculpteur préféré du cardinal-ministre, qui le fit venir à sou château de Caillon en l.'illK et lui confia des travaux plus variés et plus importants qu'à tous les autres statuaires. Au mois d'octobre 1508, >• Anthoiue de Just, ymaginier, » et ailleurs « Anthoiue Just faiseur d'ymages, » avait ruc" 200 livres lournois « pour ouvrage qu'il a fait de son mestier ■>, et du 1" novembre I.o08 au 'l'.i octobre l.')09 il toucha 297 livres. (îrâce aux comptes détaillés, nous n'en sommes pas réduits à des frais d'imagination pour connaître ces ouvrages. Un article nous apprend, en particulier, qu'il a été payé 40 livres <> à maistre Anthoiue Just Fleurentin, faiseur d'ymages, pour le payement de l'histoire de la bataille de Gennes, d'un granl lévrier, d'une grande teste de serf, de la pourtraiclure de monseigneur et d'un enfant ». Ku passant, nous ferons remarquer que des nombreux artistes qui ont travaillé à Caillou, Antoine Juste et André Solario sont les seuls auxquels les comptes attribuent le titre de « maistre ».
A quelle place étaient posées, en quel lieu se trouvent maintenant ces sculptures? Le bas-relief qui était destiné â rappeler le souvenir de la bataille de Gènes et de l'entrée de Louis XII dans la ville, le 20 août 1502, succès auquel le cardinal d'Amboise eut la plus grande part, avait été, assure-t-on, sculpté sur les bords de la Loire; il était placé â la façade de la galerie de la cour d'iiouneur, au-dessus de la série d'arcades par manière de frise, et il était si remarquable que l'on prit l'habitude de désigner l'entrée en l'appelant « la court où est l'entrée de Gennes ». Les voyageurs anciens se plaisent à mentionner 11 un long bas-relief de marbre d'Italie représentant une marche triomphale », trn simplement le " triomphe », ainsi que des bustes 11 en bas-relief saillant du roy Louis XII, du cardinal » et « du grand maistre de France ». Le busle du cardinal figurait à la façade, avec celui de Louis Xll, au milieu des médaillons des douze Césars et des impéralriees. Le grand lévrier et l'enfant ornaient probablement les parterres du jardin magnifique dessiné sous la direction du Le Notre de Louis XII, je veux dire de Passelo de Mercoliano, qui se rendit exprès d'Amboise à Caillou au commencement de 1506. « Pierre de Mercolienne, doyen du Plessis, » ou simplement « Monsieur le Doyen
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du Plessia, jardinier du roy », (c'est le nom qu'il porle dans les comples), reçut 116 livres pour ses honoraires d'environ six mois. Peul-èlre la grande lêle de cerf fut-elle mise également à quelque pavillon du jardin, car on voit des ouvriers occupés à faire « au jardin des testes de serf, une de biche eltme de lévrier ». Enfin Antoine Juste fut appelé à sculpter les •> ymages de la chappelte », dans laquelle brillaient tant de chefs-d'œuvre. Il fit les statues des douze apôtres, qui lui demandèrent une année de travail et pour lesquelles il reçut 297 livres.
C'est sans raison que l'on a cru longtemps que ces statues étaient en marbre. Il s'agit de terres cuites rehaussées de peintures, ainsi que Lenoir le constate dans une lettre du 26 frimaire an X. Aujourd'hui, deux de ces figures, un Christ et un apôtre, sont conservées dans l'église de (iaillon, mais couvertes d'un vilain badigeon, et la tradition les attribue en réalité à Antoine Juste; de fait, leur allure et leur geste, le mouvement des draperies et le style s'accordent bien avec ce que nous savons du maître, aussi bien d'ailleurs que la tête d'apôtre en terre cuite conservée au Louvre comme provenant de (îaillon et qui fait penser à telle tète d'apôtre du tombeau de Louis XII.
Les frères Juste, les travaux de Gaillon terminés, ne manquèrent pas de commandes à exécuter dans leur atelier de Tours. Il est à supposer que Louis XII les employa à son château de Blois. Du moins, après la mort d'Anne de IJretagne et celle du prince, ils furent chargés de « (ailler >• le mausolée, qui fait l'un des ornements les plus somptueux de Saint-Denis. Au mois d'août 1516, Antoine, >< maistre sculpteur du roy, » fît une importante commande de marbre à Carrare, et le travail était en pleine activité quand l'artiste mourut. II était décédé avant le mois de février lolS, et la veuve, d'accord avec ses 11 entrants », vendit leur domaine d'Orchaise, dit « la Clouserye du roy », pour 800 livres à « noble homme Bernard Salvialy ».
La maîtrise fut continuée par Jean Juste, " ymagier du roi, » et << sieur de la Bodinière à Chanceaulx », auquel François I^r accorda ses faveurs et qui fut secondé par son neveu. Juste de Juste. Le travail était achevé h la fin de l'année t.")30 et, en janvier, « un voycturier par eau » transportait à Saint-Denis les pièces de marbre emballées dans 'c soixante trois ques^es, tant grandes que petites ». On ne se tasse pas d'admirer le monument, qui se fait remarquer par la beauté des statues du roi et de la reine, en priants sur le sommet et en gisants sous le baldaquin, porté par des pilastres finement « ouvrés », sur lesquels on relève les dates M V' XVII et MV° XVIII, et accompagnes des statues des douze apôtres. Le soubassement est rehaussé des
quatre statues des Vertus morales et présente une série de bas-reliefs fort remarquables, qui figurent l'entrée à Milan, le passage des montagnes par les troupes au milieu desquelles apparaît Georges d'Amboise, et la victoire d'Agnadel. François ler, satisfait de cette œuvre magistrale, qui compte parmi les plus magnifiques de France, paya de beaux honoraires à son <c cher et bien amé Jehan Juste, son sculpteur ordinaire ». Quant à nous, dans notre admiration pour le monument, en particulier pour les statues historiques, nous ne pouvons que regretter, que la disparition du « tableau de marbre et des apôtres » de Gaillon nous prive de l'avantage de faire la comparaison avec le bas-relief et les statues du tombeau de Louis XII.
Au palais de Gaillon, la suavité des lignes s'enveloppait agréablement dans l'harmonie des tons et des nuances. Les peintres chargés des décorations or et couleurs sont Jacques le Guerleux , Pierre Archambault, Jehan Briquensot et Richard Duhay: celui-ci exécuta les travaux les plus considérables, en particulier le cabinet du cardinal en " fin or et azur et aultres couleurs ». On voit encore Jehan Testefort, Lyenard de Feschal, Pierre Leplaslrier et Jacques de Longchamp; ce dernier, en juin 1508, reçoit 21 livres « pour la façon et dorure de trois escripteaux d'Annibal, Nero et Agrippa », et plusieurs autres; il travailla aussi à dorer les « piliers de cuivre " de la fontaine, et porte le titre d'orfèvre. En ce qui concerne les peintres, le cardinal avait également fait appel au talent des maitres les plus renommés. Il mît tout en œuvre pour attirer en France Léonard de Vinci, et eut du moins la joie de voir son meilleur disciple, Andréa Solario. Son pays d'origine ne fut pas oublié dans le choix éclairé qu'il aimait à faire, et Jean Fauvert, qu'on a aussi appelé Favert, et à tort Fanart, fut mandé à Gaillon. C'était un artiste distingué, secondé de plusieurs ouvriers et ayant l'habitude de travailler pour la cour, les gentilshommes et les municipalités. A cet égard nous lisons dans tes registres amboisiens :
« Entrée du roy et de la royne, le mercredi 2° jour de décembre l'an mil cinq cens. » — v Petit Jehan Fauvert peinctre et ses compaignons 9 1. 8 s. 4 d. pour avoir faict ung porc espy, une hermine et deux escuczons coronnez, pour avoir paint deux gros pilliers de boys mis au carroué de la dite ville, qui portoient les dits porc espy et hermyne, 48 banderolles, 48 bastons pour banderolles, huit bastons pour les dits poiles, et ung cstandarl, ung escuczon, ung escripteau, troys coronnes et ung chappeau pour devoir jouez quelque mislère. » Il s'agît du mystère de Jules César.
A Gailloii, Jean Fauvert, « peintre demeurant à Amboise, » vinl à l'automne de 1508 et reçut mission de peindre et dorer le bas-relief de la bataille de Gênes. On lui voit, d'ailleurs, des collaborateurs, et aux bâtiments du Lidieu on rencontre les peintres Jeban de Tours, Jacques de Fessai, Pierre Arcliambault, Jacques Leguerleux, Richard des Hays, Jean Dupont, qui reçoivent chacun i sols par jour, et, en outre, Haulin Soudain, Jehan Dantain, Jean Picquart et Henri Achier, qui reçoivent le même prix, et surtout Vincent Uerpin et Guillaume de Beaulart, qui touchent ")3 livres « pour plusieurs parties de painctures n.
Mais ces ouvriers semblent travailler en second ordre et pour rornemenlation ; les sujets à personnages sont faits par un artiste appelé indifféremment Ilérosme, Gérosme ou Géraulme, sans autre désignation. C'est sans doute le même que Jérôme de Tourniol ou Tourniel , qui touchait un traitement de 16 écus soleil en qualité de « peintre de Monsieur » le cardinal, et qui reçut un supplément de 10 écus sol pour l'indemniser des frais qu'il « a faicl à venir de son pays »; celte somme, d'ailleurs, suppose que son pays d'origine était assez éloigné, peut-être sous le beau ciel d'Italie. Quoi qu'il en soit, dans les comptes Jérôme occupe un paragraphe spécial ; il est payé à la fois n pour sa despense » et pour « son service ». Ainsi, au mois de juin 1503, il reçoit 6 écus à la rose « sur ses ymages », ce qui montre clairement qu'il peignait des fresques avec personnages. De fait, en un autre endroit, on lit : « A Jérosme de Tourniolles, paintre, pour ses despens qu'il a faiz estant à Gaillon et paignant la maison de Lidieu , l'espace des mois de septembre , octobre , novembre , décembre, et douze jours au mois de janvier 1504, 12 livres 17 sols; pour ses gages de six mois, 22 livres, 16 sols, 3 deniers. » Il peignit encore, avec Antoine Lépreux, le pavillon de la grosse tonnelle dans le jardin, et le travail dura deux ans, jusqu'en août 1505.
Lorsque le coloris du pinceau a pour lit la transparence du verre, alors la lumière irise les émaux de tous les charmes du prisme le plus féerique. Le prélat n'avait pas manqué de doter sa chapelle de ces tableaux translucides qui tendaient de plus en plus à remplacer les médaillons du moyen âge. Pour l'exécution des verrières, il avait sollicité le concours de Jean Leviel et de Jean Barbe, maîtres peintresverriers de Rouen; d'Antoine Chenesson d'Orléans, et d'Alexandre Duboys, qui parait appartenir à la célèbre famille des artistes de ce nom, bien connus par leurs travaux au xvi° siècle.
De leur côté, les menuisiers, dont le ciseau rivalisait souvent
aussi pour l'extérieur dans les cours et même dans les parterres, n pour faire des petits parquez ». En janvier 1309, il en fut livré 26000, au prix de 3 livres 10 sols le mille; c'était du <■ carreau plombé blanc et rouge ".
La somptuosité du mobilier répondait à la richesse du cadre. Venise et Milan avaient fourni leurs pierreries et leurs perles les plus précieuses. " Pour l'enchâssement de la pierre de Milan, pour le cabinet et aussi pour les perles, » Georges d'Amboise s'adressa à l'orfèvre Robin llousseau, « demourant à Tours. " dont le mémoire, acquitté le 12 février 1508 (a. s.), se monte à 3i7 livres r> sols. Un passage où il est question d' v asseoir les chatons de la pierre " , fait supposer qu'il s'agit d'un tableau de diamants.
La beauté des étoffes de soie, des broderies et des tapisseries le disputait à la magnificence de l'architecture, de la statuaire et de la peinture. Les fabriques de Gênes, Milan, Paris et Tours avaient été mises à contribution. Gênes envoyait, au mois de septembre lottH, un convoi de 243 aunes de velours vert acheté 1333 livres 16 sols, puis 14 aunes de velours cramoisi avec les pentes du lit d'écarlate pour le cardinal; les franges venaient de Milan; Paris expédia du damas blanc, du velours vert et blanc, du taffetas vert et d'autres draps de soie.
Parmi les brodeurs, on distingue Cardin Manneveu, Nicolas Dufour, Nicolas Georget, Nicolas Lefaut, qui confectionne « deux pailles de drap d'or » ; Guillaume de Bayeux, qui aide à faire les « pailles de drap d'or " ; Cardinot Sirende, qui recouvre une chaise et un lit de velours, et Richard Sirende, qui place le cuir doré. A ces ouvriers, il convient d'ajouter les deux tapissiers parisiens Guillaume Rau et Antoine Grenier, qui fournirent cinq chambres de tapisserie pour 2136 livres, somme bien faite pour nous donner une haute idée de la richesse de l'ameublement; enfin Grégoire Leroy s'occupa à garnir plusieurs chambres.
La fabrique de soie de Tours expédia du velours bleu pour faire les écussons aux armes du roi et de la reine, « de la soye de filles de toutes couleurs >■ pour les bordures, du drap ras d'or cramoisi à 13 éciis l'aune, de la toile d'or et d'argent, du satin cramoisi k 4 écus l'aune. Comme la chambre en velours vert brodé, fournie par le Milanais Loys Demousse, n'avait pas été trouvée assez magnifique au sortir des (' quatre coifres à bahu » , bien qu'elle fût rehaussée de soie de couleurs variées, d'étoffes d'or et d'argent, de satins verts, bleus et rouges et de franges d'or, le plus célèbre tapissier d'alors. Jean Galle, de Tours, reçut la mission de i< l'enrichir ». travail pour lequel il
demanda 321 livres. Ce dernier broda, en outre, quatre écussons aux armes du roi et de la reine sur velours bleu, et deux aux armes du cardinal avec « chappeaux, houpes et bouleaux », ainsi que 123 fleurs de lis à ]ll sols la pièce.
D'ailleurs, toute cette partie de l'ameublement fut confiée à une petite colonie de brodeurs de Tours, i< envoyez » et dirigés par Galle; ce sont Jehan Lepage, Colas Levallois, Jehan de Brucelles, Jehan Legay, Gola-s Leflament et Mathurin Moireau, auxquels il faut ajouter Jehan Alexandre, qui travailla à la chambre de velours vert. A la fin d'octobre lo(t8, ils touchaient 3.^ livres pour leurs travaux.
Nous ajouterons qu'on fit également venir de Tours des faisans pour le transport desquels le messager reçut 6 livres 10 sols, et du » linge de table de Flandres », qui fut envoyé par » M. le général » de Ueaune, dont le clerc reçut quatre livres.
, .^ j.. L . Georgesd'Amboise, dont
Tapisserie du caruinal Georges d Ambois». "
Dessin de Gai^niéres. le gOÙt pOUr Ics lettres était
si vif, avait chargé plusieurs écrivains et enlumineurs de lui faire un certain nombre de beaux manuscrits. Parmi les écrivains, on remarque Pierre Giraud, qui parait travailler à l'année pour 32 livres 17 sols, non compris le bois et l'éclairage; les autres étaient payés par cahier de huit feuillets, de 15 à 3<l sols, selon le talent du scribe et le format. Ce sont Nicole de Saint -Lô, Pierre Permelot, Pierre Delapolerne et Leboucher, qui tous travaillèrent au bréviaire du cardinal ; Hoyvin , Guillaume et Michel Leroux, qui écrivirent un Tite-Live, et dont le dernier touchait le prix de vingt cahiers à 30 sols l'un ; en outre, frère Jean Langlois, ou Anglici, sous-prieur des Augustins de Rouen, écrivit vingtsix cahiers d'une Bible; Ktienne Devaulx rédigea le Décret ou Décrelales, et Baulet fils fut employé à la Mer des Histoires.
Au surplus, cinq enlumineurs étaient chargés d'orner et historier
les volumes rédigés par ces écrivains. Jean Serpin, le 24 décembre 1501 , reçut 30 sois « pour V vignetes et ung cent de lettres fleuryes faictes en troys cayés du bréviaire », et, dans la suite, 17 livres 15 sols 0 deniers pour l'enluminure de ce bréviaire, qui paraît achevé au mois d'août ]503. Jean Serpin travailla encore à la Grande Bible, aux Annales de Valère, pour lesquelles, le 6 janvier 1502, il touchait 30 sols « pour avoir recouvert de lettres d'or l'envyronnement de huit histoires », à un ouvrage de saint Augustin, pour lequel il reçut 6 livres 14 sols 9 deniei-s, le 25 novembre 1502 ; enfin aux Proverbes et aux Epitres de Sénèque.
Un des plus beaux manuscrits de la bibliothèque du cardinal était " un grant volume en parchemin nommé Titus Livius, richement enluminé et hystorié, garni d'argent blanc à ouvrage antique '>. Il fut enluminé par Nicolas Iliesse, qui travailla aussi au bréviaire et à d'autres manuscrits, du mois d'avril au mois de septembre 1503, et exécuta quarante-sept grandes hystoires et soixante petites, les premières à 6 et 10 sols la pièce, et les secondes à 2 sols environ. Hobert Boyvin fit également deux hystoires pour le Tite-Live et une pour le Sénèque,
D'autre part, Klienne Dumouslier, qui toucha 67 1. 7 s. 0 d., semble avoir travaillé plus que les autres au bréviaire du cardinal, lequel est décrit ainsi : » Un bel et magnifique bréviaire en parchemin, usaige de Rome, couvert de drap d'or, qui fermoit à fermeaulx d'or en quatre endroits. » Enfin, à ces enlumineurs, que l'on croit appartenir à la Normandie, il faut ajouter Jean Picbon, installé fi Paris, qui exécuta, en 1502, pour la (2ité de Dieu, de saint Augustin, et pour un autre manuscrit des « histoires grandes et petites " , dont le prix s'élevait à 16 livres, dont trois grandes et vingt-sept petites pour 4 livres.
La magnificence de Gaillon en faisait un palais vraiment princier, où tous les arts s'étaient donné rendez-vous. A propos de ses charmes, Bras de Bourgueville, le vieil historien de la Normandie, écrivait au XVI' siècle : " Gaillon, maison archiépiscopale la plus belle, magnifique et plaisante qui soy en France, qui consiste en un grand parc bien muré et fourny d'orangers, fontaines à grandes cuves de marbre, qui coulent en divers endroits, et d'un délectable jardin et' fruictiers, grands cyprès, voiliers d'oyscaux, galleries grandes et magnifiques, avec tableaux exquis ; tellement qu'il est transi en adage commun , quand l'on voit une plaisante maison, l'on dit vulgairement : c'est un petit (îaillon. »
A cette heure, le constructeur de Gaillon repose dans un mausolée
312 ARTS ET MËCËNES
qui rappelle en minialure les trésors de son palais. En la cathédrale de Rouen, clianiiant édifice de l'art ogival flamboyant, le tombeau des cardinaux d'Amboise brille et attire comme un délicieux joyau de marbre dans un superbe écrin. Vous avancez religieusement sous les voûtes aériennes et vous arrivez à la chapelle dti chevet, qui occupe le centre des chapelles rayonnant autour du choeur. De suite votre regard se porte à droite , sur le mausolée qui constitue l'une des merveilles de la première moitié du xvi' siècle. Sa conservation absolue ajoute à la beauté de l'oeuvre , et dans ce parterre infini de blanches fleurs marmoréennes , chacune conserve sa fraîcheur pnntanière avec la teinte légèrement adoucie du temps, lequel , — phénomène bien rare, — de concert avec les hommes, a respecté entièrement ce bijou funéraire.
L'harmonie éclate dans la pondération des lignes de l'ensemble, aussi bien que dans la suavité des détails.
,.«.,:. .u i=...^>..a.i ^v .. A la différence de plus d'un
travail de la Renaissance, la noblesse de la conception de l'architecte n'a rien à envier â l'élégance du ciseau du statuaire et de l'ornemaniste.
En des lignes bien assises se déroulent des arabesques d'une grâce achevée, et au milieu des unes et des autres se dressent ou s'asseyent des statues et des statuettes bien en place et d'un mouvement heureux : c'est le cortège recueilli des deux princes de l'Eglise, agenouillés sur une table de marbre noir, dans une majesté digne du sujet, de la gravité du lieu et du recueillement de la tombe.
Au centre du monument sont les statues des cardinaux (iecrges I" et Georges II, l'oncle et le neveu, la première de profil et la seconde de trois quarts. La tète nue, d'une expression à la fois noble et simple, reflète avec sincérité le caractère des personnages; ils sont à genoux sur un coussin, et les mains jointes passent â travers l'ouverture du
manleau, tandis que la cappa maffna enveloppe le torse el se prolonge en une traîne majestueuse. La vérité qui parait dans les traits, dans l'attitude, dans l'ajustement des draperies, met une double note d'un réalisme élevé au milieu de la symphonie impersonnelle des nombreuses figures de saints et de saintes qui forment le concert harmonieux qu'est ce monument de marbre de Parcs. Nous avons dit que tes cardinaux étaient au centre. Le monument, qui occupe toute une travée, est inséré entre les colonnettes élancées et nues de la cathédrale, à l'intérieur desquelles il profile ses pilastres brodés d'ornements dont la plume est impuissante à décrire la richesse et la variété. Dans le sens horizontal, le mausolée est divisé en trois compartiments : le soubassement, la table avec ses accessoires, et le baldaquin. Sur un socle de marbre noir d'une grande simplicité repose le massif formant support, constitué par une série de sept pilastres agrémentés de statuettes et rehaussés de motifs très variés, avec chapiteaux où des écus vides sont tenus par des êtres symboliques, anges et autres personnages. Ces pilastres sont terminés par des consoles qui supportent la table de marbre noir, et entre les pilastres se voient des statuettes en haut relief, dont la tète se détache sous une niche à coquille ou à tieurons, et dont les pieds reposent sur un socle en forme de pilastre triangulaire.
Au milieu des fleurs de marbre qui festonnent tous les pleins, se détachent les statuettes assises, bien dignes de fixer le regard par l'élégance du modelé, aussi bien que par la variété des attitudes et des expressions. Si leur position, leur rôle et leurs symboles ne suffisaient à indiquer qu'il s'agit ici des vertus théologales et des vertus cardinales ou morales, les légendes gravées sur les dais, en lettres dorées , le disent nettement. Kn allant de gauche à droite, ou remarque : FiuES, avec un livre et un calice; Cahitas, avec une croix et un cœur; pRUDENCiA, avec un miroir, un serpent el un compas; Tempehancia, avec un mors et une horloge; Kortitido, avec un serpent arraché d'une tour, el Justicia, avec une épée et un livre- Le style des statuettes est nettement italien, ce qui d'ailleurs s'accorde bien avec la substitution de la lettre C à la lettre T dans les légendes. Les petites statuettes sculptées en haut relief sur les pilitslres sont des pleureuses d'un sentiment plein de justesse, tjuant à la seconde vertu théologale, Spes, avec l'ancre, elle a trouvé place plus haut à gauche, où elle est comme pressée par l'extrémité de la dalle noire, et son sort est partagé, û l'extrémité opposée, par Vuiginitas, avec de longues tresses et une palme, dont la pensée rappelle bien la mission des deux prélats.
Sur le bord de ta table de marbre noir, on lit, gravée en capilales dorées, la légende suivante, qui est comme mise sur les lèvres de Georges I" :
uuA st'BDEHANT «L'ERcus ET ipsA MicHi (avcc SU cciitre le blason d'Amboisel
MOHTLLS E>- JACEO , MORTE EXTJNGIUNTUR IIONORB:^ , AT VIRTVS MOHTIS NBSCIA MORTE
L'inscription fait nllusion à la royauté et aux délia Rovere, qui avaient un chêne dans leurs armes. Elle redit, non sans une certaine recherche, le double caractère de pasteur du clergé et de père du peuple, avec
TumbcBU dcfi cardinaux d'Amboixc. détail du s
l'émincnte dignité devant laquelle les Hs et le chêne même se sont inclinés; elle exprime en même temps la vanité des honneurs, au milieu desquels la mort ne laisse debout que la vertu, qui fleurit par delà le tombeau.
Ces pensées prennent, pour ainsi parler, un corps de marbre sur le compartiment qui sert de fond aux deux statues cardinalices. En celui-ci, la partie inférieure formant stylobate montre, entre autres ornements, une série de losanges renfermant les blasons alternés des cardinaux. Au-dessous, en des niches élégantes, apparaissent des statuettes , tandis que le panneau central est occupé par l'admirable haut relief saint Georges terrassant le monstre. La reine de Candie se tient à gauche sur un rocher, et son elfroi cesse devant le dévouement de saint Georges; le preux chevalier, armé de pied en cap, l'épée au côté et le manteau flottant au vent, sur son cheval caparaçonné, brandit de haut en bus sa puissante lance qui traverse le monstre; sur le sol,
comme pour rattacher ce fait à l'idée da mausolée, une têle de morl portant des traces de peinture gil près de l'animal terrassé. Ce haut relief occupe le tond du monument de la façon la plus harmonieuse.
En contemplant ce << tableau de marbre », la pensée se reporte de soi vers le même sujet exécuté par Michel Colombe pour la chapelle de Gaillon, et qui est actuellement conservé au Louvre. Il y a entre les deux morceaux toute la différence qui sépare le tempérament italien du tempérament français. La conception de la scène, le mouvement, l'ordonnance et le rendu des détails se présentent d'une façon absolument dissemblable. Le ciseau du maître de Bretagne, d'ailleurs légère-
Tumbcau des tniiiinauï d'AmhnUi; , diilail ilu aoubasscmi-iit.
ment italianisé sur les bords de la Loire au conlacl des artistes d'outre-monl. a conservé sa pondération et son rythme, qui continuent, en les idéalisant, les procédés des imagiers du moyen Age. Au contraire, l'auteur tlu saint Georges de Rouen s'inspire nettement du concept et (le la méthode des <• plasticalori » d'au delà des Alpes. Le premier donne davantage l'impression d'une scène hiératique, et le second nous met en face d'un preux en champ clos sous le regard de sa dame : il y a plus de calme dans celui-là, plus de vie dans celui-ci. et ces deux formules expriment bien le caractère propre de chacune des écoles.
Une parenté évidente existe entre celle œuvre et la statue équestre de Louis XII qui décorait l'entrée du château de Blois. Paganino, qui travailla pour la cour, besoigna également, on le sait, pour le cardinal Georges A son chAteau de Gaillon, et l'excellence des travaux du maître de Modêne a dû lui faire confier des parties importantes du tombeau que nous étudions. Ko attendant qu'un docunienl vienne nous fixer h
dimension, avec arcature capricieusement ajourée, abritant une statue symbolique.
Ce riche bandeau, à la partie supérieure rehaussée de guirlandes qui retombent au droit des niches, est couronné par une rangée de pinacles en forme d'édicules, dont la sveltesse, la grâce et les capricieux festons constituent le couronnement le plus original. En cette galerie, le faîtage est pour la Renaissance ce que sont pour l'cre flamboyante tes pinacles du Palais de justice de Rouen. On dirait que les
artistes, en appliquant les procédés de leur art nouveau, ont voulu lutter de souplesse aérienne avec les ornemanistes qui les avaient précédés. De ces édicules, les uns sont de forme ronde et portent des statuettes, les autres sont de forme allongée et deux gardent les insignes cardinalices.
A voir la façon dont la table noire coupe, aux extrémités, la ligne des deux statuettes opposées, on pourrait supposer qu'il y a eu quelque transformation lors de la pose des statues funéraires, à moins que cela ne tienne à certaine disposition d'onienienl qui n'avait pas été prévue. Notre examen nous a fait remarquer les doubles armoiries des deux prélats. On les trouve notamment sur le pilastre épannelé qui forme comme le cadre général du tombeau et sur lequel un cartouche porte, d'un côté, les armesd'Amboise et,de l'autre, cellcsde Georges II. En outre, sur le pilastre de droite, on dislingue, avec un lion et un
aigle, un homme à la tête fort expressive el barbue. La Iradilion y a vu le portrait de l'artiste qui a dessiné et dirigé ce grand œuvre.
Or, à quel artiste convient-il d'attribuer ce monument de premier ordre pour l'histoire de l'art en France? C'est à un groupe d'artistes qu'il faut dire. Les sculpteurs ornemanistes sont manifestement des « tailleurs de massonnerie à la mode d'Italie », dont le ciseau a répandu sur toutes les parties du tombeau la plus riche floraison de motifs qu'on puisse rêver. Il est à supposer que l'un des principaux fut Jérôme Pacherot, qui venait de réaliser de si beaux morceaux à Gaillon.
Quant aux statuaires ou « tailleurs d'jmaiges •>, on observe parmi eux l'influence française, flamande et italienne. Les comptes ont révélé le nom de Pierre des Aubeaulx, fils du sculpteur Raymond, qui s'établit à Rouen après avoir travaillé à (ïisors, lequel Pierre a exécuté le grand bas-relief de l'arbre de Jessé au portail de la cathédrale. Il y a, en outre, Raymond Therouyn et André le Flamenl, auxquels il faut ajouter Roland le Roux, qui fut maître de l'œuvre. Mais « les flgures », les pleurants, les apôtres, les vertus et les diverses statuettes religieuses ou allégoriques, présentent surtout une impression d'art italien. Ce caractère est souligné par les légendes qui sont manifestement gravées par des mains d'outre-mont, par exemple les noms de S. Petre, de S. Matkee (de Pietro et Matheo), et d'autres. Ici el là, le calme de la sculpture de l'école de Colombe a cédé la place au mouvement el à la recherche de l'école d'au delà des Alpes.
Le plus magnîlique morceau du mausolée est assurément la slalue priante de Georges I", dont le réalisme idéalisé se manifeste par la vérité des traits, de l'attitude et du costume. C'est là un des plus beaux ouvrages de la sculpture en France et qui peut supporter la comparaison avec les statues de Birague el de Henri II, par Germain Pilon. Nous formons des vœux pour que les comptes, muets à ce sujet comme sur plus d'un autre point, trouvent leur complément dans la découverte de quelque précieux contrat. En attendant, s'il était permis d'indiquer une impression, nous songerions à (luîdo Mazzoni, un des rares maîtres en Europe qui fût alors capable de modeler une pareille œuvre. Sa statue équestre de Louis XII à Blois el sa statue priante de Charles VIII au tombeau de Saint-Denis, dont l'allure n'est pas sans rapport avec celle de Georges I", suffisent à révéler le génie du sculpteur. On sait que le mailre ne quitta définitivement la France pour l'Italie qu'en 1316, et jusque-là il avait pu trouver le temps de réaliser cette œuvre magistrale.
Pour ce qui est du « pourtraicl » ou modèle du monument, considéré dans sa conception et dans ses traits généraux, il est difficile de
prononcer un nom. En tout cas, le mouvement des lignes et des attitudes, aussi bien que la richesse surabondante des motifs, oblige à écarter toute idée d'un « diviseur >i des bords de la Loire. On y sent l'influence d'un maître de l'école flamande et de l'école italienne; il est possible que l'on ne soit pas bien loin de la vérité en cliercliant auprès de Joconde et de Dominique de Cortone, qui furent, durant
Tunilieaii <rAnilKiisi:, ili'tail <lii fonil du monumcill,
les règnes de Louis XII et de F"rançois I", les architecles ingénieurs de maints ouvrages en France.
Peut-être le cardinal Georges I" taissa-l-il des instructions pour son tombeau, mai» l'œuvre ne fut commencée qu'après sa mort et dut son impulsion à son successeur el neveu Georges II. On y travaillait encore en l;)2.'>, et l'un des cartouches porte la date de l.'>27, qui peut être celle de l'achèvement. Le nouveau prélat était fds de Jean d'.A.mboisc et de Catherine de Sainl-Belin, Son intelligence se manifesta de bonne heure, et on le confia à des maîtres distingués; il étudia, notamment, sous le célèbre jurisconsulte Philippe Dccio, qui plus tard lui dédia des Commentaires de droit. Le jeune Georges devint chanoine et occupa les charges de trésorier et de grand archidiacre de Houen. Il n'avait que vingt-trois ans quand son oncle mourut, et. avec
de Bourg-DéoU, il fil recouvrir le chœur de l'église de lames de plomb et décora le toit d'une statue équestre de saint Georges. L'année d'après, il prit soin de couvrir de même la grande chapelle de la Vierge au chevet de la cathédrale. En outre, il répara les ruines causées par un incendie, en octobre 1514, au clocher et au toit, en le couronnant par une pyramide d'une prodigieuse hauteur sous la direction de l'éminent archilecte de Rouen, Rohert Becquet.
Les deux Georges d'Amboise sont unis dans la tombe, comme ils l'avaient été dans leur existence. Georges II réserva sa place dans le mausolée et. en pendant à la statue de son oncle, il fit placer la sienne par le ciseau de Jean Goujon, qui, à ce moment, travaillait au tombeau voisin, celui du mari de Diane de Poitiers. Mais, après que le prélat eut reçu les insignes cardinalices, on enleva celte figure, dont on croit reconnaître la tête mutilée dans le musée de la ville, ol on la remplaça par celle que l'on voit actuellement. On ignore son auteur, qui d'ailleurs n'a pas su atteindre à la noble beauté de la statue de Geoi^es I".
Nous venons d'assister à un admirable épanouissement des arts sous l'influence des cardinaux Georges d'Amboise. C'est assurément la page qui fait le plus d'honneur aux nobles rejetons de Chaumont. Nous devons la compléter en parlant des initiatives dues aux autres membres de cette famille sur les divers points de la France, où ils ont semé la bonne parole artistique.
Le roi proQla de la présence de son grand maître et lieutenant général en Lombardie, Charles II, pour demander à Léonard d'exécuter à son intention « certains travaux », sans d'ailleurs préjudicîer aux engagements que celui-ci avait avec le gouvernement florentin. Le grand artiste se rendit à la demande avec un empressement qui montrait bien son estime pour la France, dont on essaya ensuite de lui faire un reproche. A l'été de 1506, le travail était commencé, et, dans son désir de le voir achevé, le maréchal écrivait le 18 août à la Seigneurie de Florence que, « ayant encore besoin de Léonard pour fournir certains ouvrages qu'on lui a fait commencer, » il la prie de prolonger le temps accordé à l'artiste, <• afin qu'il puisse demeurer à Milan et dans ce temps exécuter ces ouvrages u. La lettre en italien, datée de Milan, se termine par ces mots : » le tout vostre d'Amboize. » D'autre part, un personnage influent insistait pour que la Seigneurie accordât la demande du maréchal, qui « a besoin pour quelque temps de l'œuvre de Léonard, et qu'on lui laisse au moins tout le mois de septembre ».
Une lettre du gonfalonier Pierre Soderini rappelle les obligations que l'artiste avait avec Florence, pour laquelle il avait commencé « un grand travail ». Mais le grand maître ne devait pas se considérer comme vaincu; le 16 décembre, il écrivit à Florence une lettre dans laquelle il insistait. c< Les œuvres excellentes, disait-il, exécutées en Italie, et en particulier dans cette ville, par votre compatriote maître Léonardo de Vinci, inclinent tous ceux qui les ont vues à l'aimer singulièrement avant même de l'avoir vu, et nous devons avouer que nous étions du nombre de ceux qui l'aimaient avant de l'avoir connu. Or, depuis que nous l'avons fréquenté et que l'expérience nous a appris ses mérites variés, nous constatons que son nom, célèbre pour la peinture, est obscur par rapport â ses très grands mérites dans les autres parties. Les preuves qu'il nous en donne par ce que nous lui avons demandé en dessins, architecture et autres choses se rapportant à notre situalion, nous a satisfait au point de nous inspirer de l'admiration. » En conséquence Charles remercie la Seigneurie de l'avoir laissé à sa disposition, et le proclame digne de toutes les faveurs de la république.
Grâce à l'influence du maréchal, qui ne manquait jamais de souligner « le plaisir et la satisfaction qu'on lui apportait », Léonard prolongea son séjour k Milan, en attendant de venir en France. Il tenait son auguste maître au courant du résultat de ses démarches, et, au besoin, le souverain intervenait pour donner plus de poids. Une matinée d'hiver, — c'était le 12 janvier 1507, — au château de Itlois, le roi s'adressa à Francesco Pandolfi, ambassadeur de Florence, et le
chargea d'écrire ses vœux à la Seigneurie. " Je désire, dit-il, me servir de maître Léonard, leur peintre, qui se trouve à Milan, et je souhaite qu'il me fasse quelques ouvrages; que les conseillers de Florence lui recommandent de me servir de suite, et de ne pas partir de Milan avant mon arrivée. C'est un excellent maître, et je veux avoir
quelques œuvres de sa main, et faites-le savoir immédiatement à Florence. "
L'ambassadeur répondit que la Seigneurie ferait tout pour plaire au roi , foit que Léonard fût encore à Milan , soit qu'il fiU retourné à Florence , et dans ce cas il se rendrait à Milan « à toute requête du souverain >i. L'admiration du roi provenait de ce qu'il avait vu " un petit tableau arrivé récemment en France, de la main du maîlre. et considéré comme -une chose excellente w.Pandolfi s'enquil auprès de Louis XII sur ce qu'il
Eiilrùc du chStcau de Cliaumoiit. avec le uonl-lcvia relcvi'. j . ■ :, ■ j„ r !
' "^ désirait avoir de Léo-
nard. <> Certains petits tableaux de ma femme et d'autres, répondit le roi, suivant qu'il me viendra à l'idée, et peut-être aussi lui ferai-je faire mon portrait. » Le roi ne tarissait pas sur les éminentes qualités du maître. » Et vous le connaissez personnellement? dit-il à Pandolfi. — Je crois bien, c'est un ami intime à moi. — Alors, mandez-lui de suite qu'il ne quitte pas Milan jusqu'à ce qu'on le lui écrive de Florence. » Aussitôt l'ambassadeur adressa une lettre à Léonard en l'assurant des excellentes dispositions du roi et en lui recommandant une sage prudence. En même temps il envovail une dépêche au gouvernement florentin, pour lui rendre compte de ces détails, que nous connaissons grâce à sa lettre datée delilois.
AIITS ET MÉCÈNES 321
Cependant le grand arliste continuait de demeurer à Milan , où il se trouvait encore vers la fin de Tété. Entre Léonard et Charles d'Amboise s'établirent les liens de la confiance la plus entière. Le maréchal voyait croître son n admiration » pour le génie du maître et pour ses mérites infinis, et en même temps il se sentait attiré vers lui par le charme invincible qui se dégageait de toute sa personne alors dans l'irrésistible séduction de la cinquantaine. Le jeune amiral, qui n'avait pas dépassé Irente-qualre ans, laissait sa jeune imagination vibrer d'enthousiasme sous le rayonnement du génie incomparable de l'Apollon de la Renaissance. Entre le prince des arts et le seigneur de Chaumont ce fut une liaison aussi douce que forte, qui devait influer sur la carrière de Léonard de Vinci.
Au mois d'août 1507, Léonard nous apparaît avec le titre de « peintre du roi très chrétien », dans une lettre datée de Milan. le 5 de ce mois. A cette époque, il avait accepté de « faire un tableau pour Sa Majesté très chrétienne ». Or, la succession d'un oncle ayant soulevé des différends entre Léonard et ses frères, le maréchal lui accorda la liberté d'aller terminer l'alTaire sur place; mais ce ne fut pas sans faire de difficulté et sans prier la Seigneurie de lui prêter son appui, afin que l'affaire soit conclue rapidement. En agissant ainsi, écrivait l'amiral, « vous ferez plaisir à Sa Majesté et à nous. — Le tout vostre d'Amboize. »
Nous ignorons quel tableau Léonard fit pour Louis XII, mais la qualité de « peintre du roi », qui lui fut conférée par le souverain, indique assez le désir que le prince avait de s'attacher le Maitre. Le maréchal ne fut pas étranger à cette résolution, et ce fut sans doute à son instigation et à l'inHuence de son oncle le cardinal -légat que Léonard se décida à venir en France, Le fait du voyage est certain, et un manuscrit florentin nous apprend que « de Milan, Léonard alla ensuite en France où il visita plusieurs villes; enfin il retourna en Italie, à Milan, on il s'occupa à jeter en bronze le célèbre cheval de Sforza dont on a tant parlé ».
Nous pensons que ce voyage fut etlectué â l'automne de l'année 1507. Parmi les villes où il séjourna, il faut placer celles où résidait la cour; il y a notamment Blois, duquel il décrit le château dans vin manuscrit dont on place la rédaction à cette époque, et aussi Amboise, que l'on trouve mentionné dans un autre manuscrit avec Cette adresse : A monsieur Lyonard, peintre du roy , pour Amboise. Nous ignorons si le cardinal d'Amboise fut assez heureux pour emmener à Gaîllon le Maître, dont il devait souhaiter recevoir les avis au Sujet du palais qu'il était en train de décorer. Du moins il eut la
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satisfaction d'attirer chez lui un des meilleurs élèves de Léonard, Andréa Solarîo, qui peut-être avait suivi le Maître en France. On sait qu'il lui confia divers travaux à Gaillon et que le grand artiste vint à Blois où il travailla pour la cour, et parmi ses œuvres on connaît la Vierge au coussin vert, l'un des joyaux du Louvre. Cet ouvrage de choix fit longtemps l'admiration des visiteurs et, au xyii' siècle, Marie de Médicis en commanda une copie au jeune peintre Jean Mosnier,
dont le talent fait honneur à son pays natal et dont la toile est conservée au musée du château.
Durant ses pérégrinations sur les bords de la Loire, de Blois à Amboise. il est tout naturel que Léonard ait visité le château de son ami et prolecteur, le maréchal de Chaumont. Son imagination puissante ne put que se sentir éprise de la beauté des horizons infinis, dont le charme pénétrant rappelle les collines de l'Arno. Qui sait si ce n'est pas à sa pensée que l'on doit le délicieux
Vierice par Andréa Solario. Musie du Louvre. escalier , aUSsi élégant à
l'intérieur qu'à l'extérieur, et dont l'allure et les proportions ont été modifiées par les constructions faites dans la suite? Du moins, le spectacle des souvenirs réunis par celui qu'il chérissait comme un frère ne dut pas laisser insensible cette grande Ame ouverte à tous les souffles vivifiants partis des cimes de l'humanité.
Léonard de Vinci, pris sans doute de nostalgie, retourna en Italie, peut-être en compagnie de Louis XII, qui allait faire la conquête du -Milanais; il revint à Milan, où il travailla pour les Sforza. Dans la suite, le Maître se rendit A Rome et à Florence. Il ne put apprendre, sans éprouver de mélancolie, le deuil qui ravit son bienfaiteur, le maréchal de Chaumont, à Corcggio, Dans la suite, l'expédition de François I^i" devait lui remémorer ses souvenirs de France, Il accom-
pagna le roi à Milan, à Pavie et à Bologne, Le courant de sympathie qui s'établit de suite entre le prince de l'art et le souverain fut tel que Léonard, cédant à la prière de François I«r^ prit le chemin de la France, ayant avec lui son élève Francesco Melzi et son serviteur Salai. Il arriva à Amboise au commencement de 1516, et s'installa dans la jolie villa de Clos-Lucé que le roi et la reine mère firent aménager pour lui, avec une pension de 700 écus d'or pour subvenir à ses besoins.
François 1er nourrissait une profonde admiration pour le Maître, dont une paralysie vint gêner le mouvement de la main droite, sans l'empêcher de peindre, et surtout de 11 faire des dessins et d'enseigner les autres » , au dire d'un visiteur en octobre 1517. Le roi veillait à ce qu'on servit ses honoraires au pensionnaire de la France. A cet égard, un compte de 1518 nous apporte les détails suivants : « A maistre Lyenard de Vinci , paîntre ytalien , la somme de 2 000 écus soleil pour SR pension d'icelles deux années (1517-1518). .. — " A mess.
Francisque de Meice [alius Myllece] (Francesco de Melzi J , ytalien, gentilhomme qui se tient
1 j*. -T j oi-iri • Conïe <lo 1b VicrRc do Solario par .1. Mosnier.
avec ledit me Lyenard, 800 ecus 1) ' ., , ^ ,„ .
•^ Miisl'c de Itlon.
(aussi pour deux années). —
■i<ASalay,8erviteurdem°Lyennard
«le Vinci, paintre du Roy, pour ses services, 100 escus d'or. » D'après le même compte, on lit : » André de la Sarte (a/i'ax D'Alserte), paintre <lu païs de Florence, » recevait 300 I. par an. La même année, il toucha 200 écus d'or « pour les frais et despenses qu'il a faiz de venir de sa maison vers le dit sgi", pour luy aider à vivre et soy entretenir à son service, en attendant quil ait estât du dit sg'. » — Antoine de ".Tuai, « ymagier, » <i Jérôme de Robia , paintre ytalien, » Jérôme l*acherol et d'autres louchent des pensions de 120 livres.
Le H octobre 1517, un cortège cardinalice longeait les rives délicieuses de la Loire. Le jeune cardinal prince Louis d'Aragon, petit-fils du roi de Naples, Ferdinand 1er, ami des arts autant que grand seigneur, parcourait la France pour en visiter les curiosités et observer les habitants et les mœurs. Une quarantaine de personnes formaient
son escorte, et, outre les gens de service, on y remarquait une dizaine de gentilshommes, et en première ligne son médecin l'évèque d'Anglona, son majordome le P. Annibal Monsorio, et son secrétaire D. Antonio de Bcntis , prêtre napolitain de Molfetla, qui nous a conservé la relation détaillée du voyage, déposée à la Bibliothèque de Naples. Une seyante couleur rose sèche nuançait les costumes de laine pour les officiers, et de satin pour les gentilshommes, avec pour rehaut un simple galon de velours noir porté aussi par le cardinal. En remontant la Loire et après avoir visité Tours, le tombeau de saint François de Paule, le Plessis, la ville « où l'on fabrique des lames d'épées d'une grande précision » , ils s'arrêtèrent à Amboise, où le cardinal avec son cortège tint à rendre visite à Léonard de Vinci, H le peintre le plus excellent de l'époque ». Le Maître génial, qui travaillaitde la main gauche par suite de la paralysie de la droite . se plut à leur montrer ses tableaux d'une beauté achevée, ses nombreux travaux d'anatomie et d'études scientifiques les plus variées , « qui seront à la fois l'enseignement et les charmes de la postérité •>. Puis,
LtVjnni'd de Vinci par Vasai-i, i' ■ i- ■ ^ ■ iii
dans lair frais du matm, le 11 octobre , la caravane italienne partit en devisant de bonne humeur, sinon en jetant de temps en temps aux échos une aubade due à la troupe de musiciens qui faisaient partie du cortège. Nous aimons à croire que Chaumonl fut favorisé d'un coup d'ceil de satisfaction par les voyageurs de la rive droite. Du moins, Blois les captiva par son aspect pittoresque, et surtout par son château avec d'agréables façades, décorées de charmantes sculptures, et ses beaux appartements.
Le cardinal s'intéressa fort à la bibliothèque remplie de livres, et plus encore à un cabinet voisin renfermant de riches manuscrits avec couvertures de soie variée, fermoirs et agrafes d'argent doré. Parmi ceux-ci, il s'arrêta avec complaisance devant deux ouvrages de Pétrarque : le Remède contre la mauvaise fortune et les Triomphes de Pétrarque, celui-ci << historié par l'iammingo avec un art consommé )) ; il admira encore des Heures de la Vierge, de grand format
el bien enluminées; les Mystères de la Passion, •' de peinture grecque très belle et antique, >• les Mélumor phases en latin et français, tout H hystorié u, et nombre d'autres remarquables manuscrits, dont l'un avait «ne couverture rehaussée de caboclions finement ciselés, el plusieurs aux armes de Ferdinand d'Aragon et de Louis de Sforza. La curiosité des visiteurs se porta sur » trois jardins d'arbres à fruits et de plantes d'ornements » et sur les galeries ornées de tètes de cerfs, de chiens, de faucons, ainsi que d'un renne et d'une biche aux cornes superbes, avec inscription toucbantson origine, et sur divers ornemenls du même genre. " Le grand jardin ou jardin haut est couronné de galeries élégamment lambrissées, et le centre montre un pavillon avec dôme abritant une belle fontaine ». Tous se réjouirent de constater que l'ordonnateur qui avait transformé ce sol aride était « le prêtre napolitain Pacello , dont l'habitation est voisine d'une grande loggia couverte où l'on serre les fleurs pendant l'biver. » Leur visite se termina par les écuries du
roi François I"", qui renfermaient trente-neuf chevaux, dont seize pour la couree, et qu'ils se plurent à comparer avec les meilleurs chevaux d'Italie, dont ceux-ci provenaient d'ailleurs. Les visiteurs quittèrent Blois le 13 octobre; leur voyage se poursuivit par lïonioranliii, Mehun et Ifourges, et nous les laissons s'éloigner dans celte direction, non sans leur savoir gré des rcnseigneuienls précieux qu'ils nous ont fournis.
En Léonard, l'ingénieur rivalisait avec l'artisle ; aussi François I", se souvenant de ce que le Maitre avait imaginé pour les canaux do la Loinbardie, lui fit part de son désir de fertiliser l'aride Sologne. Kn faisant les éludes nécessaires, dans le mois de janvier ITilO. Léonard eut une idée géniale, celle de rattacher la Loire el le Hbône et, par là. de créer entre le centre de la France el le midi, aussi bien qu'avec l'Italie, un
courant nouveau de relations industrielles et commerciales. 11 fil donc un tracé qui partait des confins de la Touraine, passait près de Blois, à Romorantin, offrait un port d'embarquement à Villefranche, franchissait l'Allier, traversait le Charolais et rejoignait la Saône près de Mâcon .
Les plans, qui se trouvent dans les manuscrits de Léonard, ne reçurent pas d'exécution immédiate; mais l'idée ne pouvait manquer de fructifier quelque jour, à l'instar de plusieurs des projets scientifiques du savant. Plus près de nous, on a réalisé ce projet considérable par un tracé un peu différent, à l'aide du canal latéral de la Loire et du canal du Centre, qui mettent en communication la Loire et le Rhône. Mais la pensée de cette grande artère, si favorable à tous égards pour les intérêts du pays, remonte à Léonard, et nous ne saurions l'oublier.
Léonard de Vinci était à Clos-Lucé, et non à Fontainebleau, ainsi que l'a rêvé l'imagination de certains peintres, quand il dicta son testament le 23 avril 11)19 (n. s.). Il rendît le dernier soupir le 2 mai entre les bras de ses familiers, et reçut la sépulture dans la collégiale Saint -Florentin du château. Hélas 1 le temps et les vandales ont dispersé les restes du grand homme, dont la tombe se trouvait à peu près à l'endroit où l'on a érigé son buste dans le jardin du château d'Amboise. Ainsi disparaissait l'un des génies les plus merveilleux qui aient éclairé la marche de l'humanité, et l'un des maîtres qui ti'acèrent un sillon d'incomparable splendeur dans le domaine des arts et aussi des sciences. Puisse la France, sa seconde patrie, ne jamais laisser s'affaiblir le souvenir du Maître grand et glorieux entre tous, dont on pourra approcher peut-être, sans le dépasser jamais, car, ainsi que l'a remarqué Prudhon, « ni Michel-Ange, ni Corrège,ni Raphaël n'iront au delà, "
Dans la sphère artistique, les seigneurs de Chaumont , dont nous avons constaté l'influence bienfaisante, trouvèrent dans leur proche un émule distingué. Pierred'Amboisealaisséla marque de son goût pour tes arts dans son palais épiscopal de Dissay, comme, quelque dix ans plus lard, son frère le cardinal Georges devait exprimer en une œuvre plus superbe les rêves de sa pensée el des artistes les plus en renom. C'est à trois lieues de la capitale du Poitou, sur la rive droite du Clain aux eaux profondes d'émeraude, que les évèques de Poitiers avaient leur résidence de plaisance, et ils y remplissaient le rôle de seigneurs temporels de « l'hostel », avec droits de justice sur une douzaine de fiefs. Pierre d'Araboise, nommé à l'évêché de Poitiei"8 en 1481 . rajeunit domaine et paroisse. On reconstruisit l'église paroissiale, for-
AHTS ET MÉCÈNES 333
mée d'une vasle nef avec abside à pans, et les armoiries du prélal attestent en plusieurs endroits le bon vouloir du Mécène.
A la place de la demeure moyen-âgeuse, l'évoque fit conslruire un château imposant, remarquable par ses dimensions, son allure et son style militaire, aussi bien que par la beauté des matériaux. Il lui donna la forme d'un rectangle , avec enceinte continue , fenêtres élevées, cour d'honneur au centre, et quatre grosses tours rondes aux angles, un peu dans le genre de celui de Chaumont. et tout autour des douves alimentées d'eau vive défendaient le chastel. L'entrée , que l'on abordait par un pont-levis, était à l'une des extrémités , et les portes , où paraissent les rainures, étaient surmontées d'une statue de saint Michel dans une niche et d'un panneau sculpté aux armes du constructeur.
Le portail était protégé par une tour pareille à celle de l'angle; la défense était assurée par une galerie de mâchicoulis avec gracieuses con-
, " Chtllcoii iiniscopal ilo Di'say.
soles superposées par trois et reliées par des arcatures
trilobées, et par-dessus règne le chemin de ronde avec parapet, créneaux et meurtrières. Le château comprenait plusieurs corps de logis ; la partie centrale formait un pavillon dislincl, et de l'intérieur de la cour se dressait l'escalier en saillie dans une tour polygonale avec porte à cintre en anse de panier encadrée de colonneltes, et toit surmionté du coq, symbole de la vigilance, peut-être par allusion à saint Pierre, patron du prélat.
Aussi bien tous les arts s'étaient donné la main pour embellir !Cette demeure. La sculpture sur bois et la ferronnerie n'étaient pas demeurées en retard; la porte, à droite de l'entrée, garde ses jolis motifs flamboyants avec les blasons d'Amboise et de l'évêque. et la crosse en pal; de plus, deux portes montrent encore leurs serrures ouvragées, dont l'une est ornée de saint Jean-Baptiste révélant le Christ, Les carrelages s'harmonisaient bien avec le style, à en juger
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par les epécîmens à fond rouge et coloration blanche. Les motifs du décor comprenaient les armoiries d'Amboiae et de Bueil, ainsi que la devise de Pierre : « Toute adversité, patience. » La peinture murale, les vitraux et la sculpture complétaient l'harmonie de celle résidence, dont un ancien écrivait qu'elle est : « lieu plaisant, beau, délectable et bien édifié. >• D'ailleurs la maison avait reçu un ameublement en rapport avec sa destination , en même temps qu'avec les goûts et la fortune du prélat.
Pierre d'Amboise érigea dans son château une collégiale sous le vocable de son patron. A en juger par les vestiges, elle s'étendait de l'entrée à la tour de l'est, et comprenait environ une trentaine de mètres de long sur sept mètres de large, el le cliu.'ur se terminait par un mur droit. Les vitraux représentaient la Vie du Christ, et seize panneaux ont été disposés sans ordre dans les fenêtres d'une galerie ; dans la scène de la tlagellation, le peintre a écrit par distraction : Milites popUles (pour plectanfes) coronam spinis. Du reste, faute de revenus bien assis, la fondation canoniale devait un jour s'évanouir.
Au cours des âges, le château de Dissay a subi des altérations; tels évèques de l'ancien régime tentèrent de le moderniser et y firent, du côté du jardin, une tranchée, véritable plaie béante qui l'a défiguré. Un dessin en est conservé dans la collection Gaignières. On peut se rendre compte de la richesse des décorations par l'oratoire installé à l'est dans une tour extrême de ta façade; il mesure cinq mètres soixante de large sur six mètres quatre-vingts de long, et comprend une travée voûtée aux armes du prélat avec chevet à trois pans. Il garde un charme particulier en raison des peintures posées directement sur la pierre sous un ciel d'azur semé d'étoiles à cinq rais. Les scènes représentées sont à la fois historiques et symboliques; à la partie inférieure, des anges couronnés de fleurs tendent une riche draperie qui fait penser à celle du pourtour de la chapelle Sixline au Vatican.
Les sujets, indiqués tout naturellement par le prélat comme cela se pratiquait d'ordinaire, figurent une synthèse de l'Ancien et du Nouveau Testament: la chute, avec ses effets attristants et aussi avec ses espérances entretenues par les Prophètes, et la Rédemption par le Christ. A l'origine, c'est le Paradis terrestre, entouré d'une muraille, arrosé par quatre fleuves et paré d'une riche végétation, dont les arbres aux pommes d'or au milieu desquels Adam et Eve coupables apparaissent terrifiés par le châtiment. La diffusion du péché et le règne du mat dans le monde sont figurés par Manussés, qui fait scier le
corps du prophète Isaïe et est emmené captif à Babylone ; comme châtiment Dieu suscite contre lui Assaradon, roi d'Assyrie. En face, avec pour fond un monument qu'on dirait inspiré de Notre-Dame de Poitiers, paraît Nabuchodonosor couronné, assis sur un siège avec fronton en coquille de forme Renaissance, et tenant le sceptre et le globe. Le vainqueur emmène ensuite en captivité Jéchonias, roi de Juda, et en présence de la statue du prince qu'ils refusent d'adorer, trois jeunes Hébreux sont jetés dans la fournaise.
Puis c'est le royal pénitent David. Dans un panneau de grande dimension est résumée son émouvante histoire. De la terrasse de son palais le prince observe Bethsabée; ailleurs, Urie, le mari de la belle Juive, succombe sous les traits; enfin, David, la couronne en tète et sa harpe muette près de lui, à genoux et les mains jointes, prie le Très-Haut de lui pardonner son péché, et dans le ciel apparaît un ange, héraut de la rémission accordée. Il est à remarquer que, suivant le procédé de certains artistes, le peintre, pour figurer le palais de David, a dessiné en perspective le château de Dissay ; de fait, l'entrée montre la statuette de saint Michel, les armes de Pierre d'Amboise tenues par deux sauvages nus avec leurs massues, la lucarne, le cadran et le campanile avec son timbre.
Dans cette représentation, faut-il voir autre chose qu'un souvenir graphique assez conforme à la tendance des artistes? N'y aurait-il pas, en outre, de la part du prélat, une pensée d'humilité chrétienne non sans quelque analogie avec la position du prophète? On sait que Pierre d'Amboise, mis de très bonne heure au couvent et engagé assez peu librement, comme cela se pratiquait alors, dans les liens de la cléricature, eut deux enfants naturels : René, qui devint abbé de Saint-Cyprien à Poitiers, et Pierre, dit de Chambe, qui fut lieutenant de la vénerie de François I", près duquel il fut nourri dès sa plus tendre jeunesse. L'évêque, en faisant dessiner son château de plaisance, aurait-il songé à une allusion repentante pour ces errements de jeunesse, à l'instar de David? De même, plus d'une fois certaines grandes dames, plus ou moins pénitentes, se sont fait représenter en Madeleine en obéissant à un sentiment analogue. Dans cette hypothèse, les deux iïarie pécheresses et repentantes qui se voient près de la croix en compagnie de saint Pierre, son patron, pourraient rappeler les souvenirs de ces défaillances.
D'ailleurs, dans le poème biblique de l'oratoire de Dissay, la protestation du Bien se dresse de soi contre la voix du Mal. On observe deux prophètes, qui ont mission de flageller les erreurs et de rappeler les espérances messianiques, et l'on peut croire <|ue ce sont Isaïe et
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Daniel, qui furent les hérauts les plus illustres du Libérateur promis. La chute a été réparée grâce à la Rédemption , figurée par le Christ en croix sur la paroi de l'ouest. Le Crucifix est accompagné d'anges qui tiennent les instruments de 1» Passion, ainsi qu'on le voit sur plus d'une peinture murale et sur certaines tapisseries, en particulier celles qui ont passé du curieux château du Verger dans la cathédrale d'Angers. Quant h la croix, elle se dresse au centre d'une vasque remplie de sang, sur laquelle on lil la devise de la régénération : Ifons pietatis, et qui porte les symboles des quatre évangélistes, par où s'écoule l'onde purificatrice. En outre, l'on remarque, à droite, la représentation de saint Pierre et de sainte Madeleine, et, à gauche, saint Paul et sainte Marie l'Egyptienne. On sait que cette scène symbolique avec des variantes, a été plus d'une fois reproduite. On la voit notamment à Châteaudun et â Sainl-Mexme de Chinon. A leur tour, les peintres -verriers l'ont reproduite à Saint-Jacques de Reims, à Boumois et à Saint- Antoinedu-Rocher, en Touraine.
Les peintures murales sont accompagnées de longues légendes explicatives en français el en caractères gothiques, que nous ne devons pas négliger, ne fût-ce qu'en raison du patois poitevin dont elles gardent le gortl de terroir. Nous devons, en effet, nous arrêter maintenant aux circonstances de la reconstruction du château de Dissay. Ce qu'il y a de certain, c'est que la construction fut, sinon achevée totalement, au moins réalisée en grande partie par Pierre d'Amboise, suivant un plan dont on ignore l'architecte, mais dont l'initiateur était peut-être le prélat lui-même, qui avait vu nombre de belles œuvres et avait un goût artistique affiné par l'éducation aussi bien que par les traditions de famille. Du moins, en l'année 1493, l'édifice était très avancé, et on avait placé Tliorloge et le timbre au-dessus de l'entrée. Sur ce timbre, présentement à l'église paroissiale, on lit sur quatre lignes en lettres gothiques :
1 Kei-erend perc en Dieu mcseirc lierre d'JXmboijee evcaque de
li'oiliers ccst aulogc ehnsteau cl portait Ciet faire lan qu'on
dieoit en crue ' t^ ^(^<^(S quatre viiifjt et Iro^e csloîct sans aucune erreur
lamct Iferccchaussc receveur et du tout principal conducteur.
Peut-être sommes-nous ici en présence, non pas seulement d'un simple I' receveur », mais d'un intendant des bâtiments du prélat ou tout au moins d'un surveillant qui pourrait bien n'être pas étranger au devis, suivant les expressions : « du tout principal conducteur. »
' Il s'agit d'une grande crue du Clain.
De fait, une circonstance semble bien favoriser cette interprétation. A la façade qui regarde le parc, sur là tour qui contient l'oratoire, on remarque, parmi les sculptures des mâchicoulis, deux I ou J réunis par le lac d'amour qui rapproche d'ordinaire les initiales des époux. Or, de même que les armes du fondateur sont répétées en maints endroits manifestes, il ne serait pas invraisemblable de supposer qu'en un point sans relief, les artistes aient gravé les initiales de celui qui fut le a principal conducteur » de l'œuvre, de Jean Percechausse, dont la femme se serait appelée Jeanne.
Quoi qu'il en soit, en 1493, le gros œuvre du château, dont il reste deux corps de logis et quatre tours, était élevé. Essayons de préciser la date qu'il convient d'attribuer aux peintures de l'oratoire, qui se font remarquer par la richesse des costumes, le mouvement des attitudes et les perspectives. Les termes poitevins employés dans les légendes indiquent que, suivant l'usage, les inscriptions ont été fournies par les personnes qui faisaient la commande ou leurs représentants, l'évèque ou quelque secrétaire qui procura le texte aux peintres, en même temps que l'indication plus ou moins détaillée des divers sujets. L'inscription du timbre, rapprochée de la représentation du château, montre que tout au moins l'on peut accepter cette date comme jalon sur la frontière reculée. Mais, par contre, quelle ligne de démarcation fixer comme extrême limite avancée? L'évèque de Poitiers vécut jusqu'en 1505, et l'on peut supposer que les peintures étaient terminées à celte date, d'autant que leur style s'accorde bien avec les données relatives à cette période. Du moins, nous formons le vœu que la découverte de quelque marché vienne nous éclairer au sujet des artistes qui ont collaboré à cet ouvrage, ainsi qu'au reste du château.
Parmi les objets qui décoraient la maison, il y avait un portrait de l'évèque peint sur bois, qui se trouve aujourd'hui dans la snlle capitulaire de la cathédrale de Poitiers. A sa mort, arrivée à Blois. le ier septembre 1505, le prélat fut rapporté dans la collégiale de Dissay. On plaça ses restes dans un enfeu à voûte surbaissée et peinte, où l'on érigea son mausolée.
A cet égard nous lisons dans un annaliste ancien : » Alla de vie à trespas. au dit an ( 1505). monsieur Pierre d'Amboise, evesque 88 de Poitiers, d'une maladie de flux de ventre, qui le surprint en la ville de Blois, ou il cstoit allé vers le roy; et fut apporté son corps en son église et château de Dissay, qu'il avoit fait somptueusement édifier et bastir, et faict certaine érection de chanoines, qui dejîuis a esté rompue et anichilée. au moyen de ce que leur fondation estoit sur
certains bénélices, qui n'esLoienl valablement unis à ladite érection ' ».
Les au(res fils du seigneur Pierre d'Amboise et d'Anne de Bueil ont joué aussi un rôle considérable au point de vue que nous étudions. Louis I" se fit remarquer par l'élévation de son esprit non moins que la régularité de sa vie. S'in?pirant du goût prononcé pour les arts qu'il puisa au foyer domestique, il dota le diocèse d'Albi d'oeuvres et d'objets dignes d'intérêt. On n'a pas oublié que la catbédrale, consacrée en 1480, fut enrichie par ses soins d'un cbœur, dont les délicates proportions et l'ornementation fine comme de la dentelle font un bijou du style flamboyant, La pompe des cérémonies et l'éclat du culte fixèrent son attention . et par ses soins la cathédrale fut gratifiée d'ornements magnifiques et de vases sacrés, dans les formes exquises qui caractérisent l'orfèvrerie de la seconde moitié du xv° siècle. La cbapelle épiseopale ne fui pas oubliée dans les libéralités du prélat, non plus que l'oratoire du château de plaisance de Combéfa, qui lui servait de résidence de campagne.
Le Christianisme a su revêtir le culte de la Divinité de magnificences qui répondent merveilleusement aux splendeurs du dogme et aux beautés de la morale, base et clef de voûte de la religion. La liturgie, qui est la forme extérieure et populaire de la prière, son épanouissement aimable au regard, autant qu'instructif pour l'esprit et émouvant pour le cœur, fut de tout temps le livre par excellence de l'enseignement religieux. Les célestes mélodies, au fond des sanctuaires recueillis, trouvèrent de pieux auxiliaires dans « les figures » ascétiques et dans les » ystoires >• saintes, représentées par le pinceau ou le ciseau, qui rivalisèrent de virtuosité pour accroître la pompe des fêtes et la décoration des temples.
Or, le culte catholique enveloppe son unité d'origine et d'exercice en des formes qui participent des temps et des lieux. La dévotion de la Passion remonte à la plus haute antiquité et, au moyen âge, ce sont les Franciscains qui popularisèrent le chemin de la croix, en vue d'honorer plus parfaitement la vie douloureuse du Sauveur. Le
* L'épilajihc en vers luliiis était ainsi conçue :
Exiguo claustro vilic dilet-lor lionestae lliijus sarcopliiigi pulvere, Pelre, jaces , Cui genLTosa (ledit arlus Ambasia claros Slirps, Palcr abbatcni lequc Jovious ait Urbis Pictavicie nioderamina, Prœsul agebas, Dormit) cum patrîbiis, pulvis et ossa, l'être. Annis millcnis r|ningi>ntis ijuinijuc localur. Prima septcmbrîs mors tibi rila fuit.
xve siècle, par Torgane des peintres et des sculpteurs, contribua puissamment à répandre les Dépositions de croix et les l'ietà, et aussi les Sépulcres.
Pour ces derniers monuments, c'est dans le nord et l'ouest de l'Europe qu'ils semblent avoir été plus vénérés. Au pays ensoleillé d'Italie, parmi les charmes séducteurs de la nature, les idées et les représentations macabres s'harmonisent moins avec le milieu et les mœurs. Les sépultures, au lieu d'y revêtir la gravité reposée dont nous les entourons, présentent une pliysionomiequelquepeu théâtrale. C'està la chute du jour et dans le décor mystérieux formé par les torches , les cagoules et les pauvres, que le défunt est emporté en hâte à l'église, puis au cimetière, si bien que l'étranger s'imagine tout d'abord assister à une représenlalîon scénique. Au contraire, la sérénité douloureuse de nos funérailles s'accorde parfai- ^,. , u . •. rv . n
> Mise au lombeau , Iprrc cuilc par LHiiintcLlo,
tement avec notre sen- SgUsc SBint-Anioiiicie Padoue.
timent religieux et avec
notre caractère heureusement pondéré. L'EnseveliPsement du Christ répondait trop bien à cette tendance pour ne pas inspirer le pinceau et surtout le ciseau, sans compter que l'effet décoratif de l'ensemble et des détails était de nature à captiver pieusement le regard des iidèles. C'était là comme un poème religieux d'une beauté noble et émouvante, sereine et louchante, qui parlait à la fois aux regards, à l'esprit et au cœur.
C'est pourquoi la plupart des églises des couvents, aussi bien que des paroisses et des chapitres, possédèrent jadis quelque représentation tout au moins d'une scène de la Passion. Elles avaient atteint le comble de leurs vœux quand elles offraient à la vénération populaire le groupe de l'Ensevelissement du Sauveur. Le vandalisme a détruit plus d'une de ces œuvres, capitales pour l'histoire de l'art erj France; mais il en demeure encore quelques-unes qui 6xent l'attention. On connaît notamment, dans l'est, les sépulcres de Saint-Mihiel , d'Amiens, de Verneuil , de Chaumont-sur-Marne , de Troyes, de Pont-à-MouBBon, de Tonnerre, de Semur et de Bessey-lès-Ctteaux ; dans le '
l'ouest ; les sépulcres de Solesmes, de la Chapelle-Rainsouin , d'Amboise, de Bourges, de Rodez et de Nevers, sans parler des calvaires que la Bretagne a taillés dans son granit rose ou bleu, en si parfaite barmonie avec la mélancolie pittoresque de ses sites, de ses falaises et de ses horizons.
Or, le souvenir de deux membres de la famille des seigneurs de Chaiimont est attacbé, d'une façon spéciale, à des œuvres intéressantes et présentant ce caractère à la fois religieux et artistique. Il s'agît, tout d'abord, de Louis I", évêque d'Albi. Vers 1490, il lit exécuter pour sa chapelle une Mise au tombeau d'un sentiment bien particulier, qui paraît avoir influé sur les œuvres de ce genre dans la contrée. Ce monument se voit actuellement dans l'église du canton, à Saint-Jacques de Monestiès-sur-Cerou, et le type féminin s'y fait remarquer par les traits moins arrondis que ceux qu'on observe dans l'école des bords de la Loire, et par une physionomie plus amincie et plus iîne.
Pendant que nous sommes à Albi, nous devons mentionner le rôle artistique qui fut rempli par Louis II d'Amboise, neveu et successeur du précédent, qui trouva la mort en Italie. Lui aussi se distingua par la protection qu'il accorda aux artistes. Afin de décorer sa cathédrale, il fit venir une colonie d'Italiens qui s'appliquèrent à orner les voûtes avec la souplesse et la variété de talent qui caractérisent les peintres du raidi.
On se souvient qu'un frère de Louis I" fut abbé de Jumièges et de Gluny, et évêque de Glermont. Jacques, c'est son nom que nous connaissons déjà, marqua sa prélature par une série d'œuvres utiles. Les arts y avaient d'avance leur place marquée. En particulier, il contribua grandement à la décoration de la cathédrale. Il retit la couverture en plomb, fit construire un campanile, dota le chœur de stalles nouvelles et le revêtit d'une élégante décoration en bois. Non content de contribuer ainsi au gros œuvre, il rehaussa la magnificence de l'édifice par ses dons, et il gratifia l'église d'ornements précieux et de tentures; il l'enrichit, en outre, de peintures et de divers objets se rapportant au mobilier. S'inspirant de son goût pour la musique sacrée, le prélat fit une fondation pour l'entretien des enfants de chœur. Les besoins publics n'étaient pas négligés, et il fil installer dans la cour de son palais une fontaine, où l'eau fut amenée par une canalisation dont il se chargea.
C'était , en effet , l'époque où les préceptes de l'hygiène , plus écoutés que durant le moyen âge, portaient à ériger des fontaines plus ou moins monumentales dans les villes et les demeures fortu-
ARTS ET MÉCÈNES 3il
nées. Parfois c'étaient des merveilles d'élégance, comme dans les châteaux de Blois. de Gailloo, de Bury et de Villesavin; d'autres fois, sans atteindre à ce style d'une souverainedistinctlon, les fontaines présentaient quand même un cachet d'art fort curieux, par exemple celles des villes de Blois, de Tours et de Clermont, dont l'ornementation s'inspire des procédés d'au delà des Alpes. Celte dernière fut érigée par le prélat dans la cour de l'évêché, et pour cela elle est appelée " Fontaine d'Amboise ».
Le goût des arts était si parfaitement entré dans les mœurs de la famille des seigneurs de Chaumont, que tes neveux et nièces aimaient aussi à le répandre dans leur milieu. Nous en trouvons une preuve éclatante à Poitiers, outre la personne de Pierre d'Amboise, en celle de sa nièce Marie. Celle-ci, en 1500, malgré sa jeunesse et avec l'autorisalion du pape, fut nommée abbesse du couvent de la Trinité. Elle se distingua par sa régularité, et mourut le 8 février 1537, laissant la crosse à sa nièce Jeanne, fille de Renée d'Amboise et de Louis de Gallerande. .Le 'souvenir de Marie se rattache, en particulier, au superbe groupe de V Ensevelissement du Christ.
Entre les diverses Mises au tombeau , celle de Poitiers occupe une place de premier ordre. Il est vrai qu'elle n'est plus à son lieu d'origine, et qu'on la voit actuellement à Notre-Dame-la-Grande, dans la chapelle qui servait de sépulture à Yvon du Fou, grand sénéchal du Poitou, et à sa femme. Les dimensions du groupe sont de 2 m. 10 c. de longueur; le tombeau du Sauveur mesure I m. 60c., elles personnages sont de grandeur nalurelle. Le Christ, d'une remarquable beauté de formes et d'une exécution achevée, ofTre le type florentin que la Renaissance popularisa en France. Le sarcophage, sur lequel il est étendu, est de forme rectangulaire avec les angles rehaussés d'un ornement recourbé qui rappelle le socle du tombeau des Médicis à Florence; le centre est orné d'une couronne de fleurs et de fruits contenant une cordelière avec, au milieu, Técu losange de la famille d'Amboise; de la couronne partent deux rubans, dont les enroulements se développent sur le rebord supérieur au-dessous d'une grecque; un rouleau sur le socle porte en belles capitales romaines :
IN TE DOMINE SPKItAVI NON COFUNDAR IN ETERNOM.
Le Christ a le bras droit allongé et le bras gauche ramené sur le corps; la jambe droite est croisée sur la gauche; le linceul, qui déborde légèrement le sarcophage, est soutenu aux deux extrémités par Nicodème et Joseph d'Ariroalhie. Ce sont de belles statues de i m. 80 de hauteur. Le personnage au nez aquilin, à la longue barbe.
qui est au pied, porte une robe à bordure brodée, d'une étolTe à rayures horizontales rouges et vertes ainsi que les manches; elle est retenue par une ceinture d'étoffe. La tunique, qui descend aux genoux, a une broderie à franges sur les bords, aux manches et au coude, avec un grand collet rabattu à bord extérieur, découpé et agrafé sur le devant; c'est une riche tunique de soie brochée à grands ramages d'or et couleurs vives, bleues, rouges et vertes. Sur la casaque formant couvre-nuque, est une sorte de grand turban attaché
en arrière , que recouvre un chapeau de paille haut, à bords échancrés et relevés.
Le personnage du côté de la tête est aussi vêtu d'une robe de soie brochée, et également boutonnée sur le devant avec de précieux boutons, et le bord est orné de perles et de broderie avec franges; à sa ceinture de cuir, rehaussée de pierreries , pend à droite une riche aumônière. Il est vêtit d'une casaque découpée en EiiBcvciissemcni du chrisi A Noire-Dame de Poitierî. pointe siirle devant, et descendant jusqu'au milieu du corps, laquelle est de couleur verte avec une large bordure brodée d'or et agrafée sur l'épaule; il a la barbe longue; le nez, qui a été restaure, est droit; le chapeau, de couleur jaune, est haut et souple, avec galon attaché sur le devant; enfin les souliers, à bouts très carrés, ne mesurent pas moins de huit centimètres en avant.
Sur le côté se tiennent quatre personnes agenouillées. Vers le centre, est la Vierge en robe rouge, coiffe blanche et la coiffure frangée de broderie ; on a refait le nez et restauré les bras à partir du coude; le visage de la Vierge se distingue par une grande vérité d'expression. A sa droite est saint Jean, qui, dans un geste de filiale consolation, lui pose la main droite sur l'épaule gauche; il est vêtu d'un manteau d'un beau rouge, hrode d'or et agrafé à la romaine sur l'épaule droite. Du côté de la tête du Christ se tient une Marie en manteau bleu recouvrant la tête, laquelle se fait remarquer par une très belle expression de douleur, oii les larmes mêmes prennent du relief; le bras gauche est pendant, et la main droite presse la poitrine
dans un mouvemenl d'angoisse. Aux pieds est la Madeleine, les mains jointes, portant une robe retenue par une ceinture et légèrement décolletée avec bordure en broderie d'or; son manteau, aussi richement brodé, est maintenu sur la poitrine par une agrafe; sa coiffure montante et formant une sorte de casque, et comme chiffonnée avec de jolis motifs brodés à la partie supérieure, est d'une richesse merveilleuse.
Le groupe de l'Ensevelissement est en pierre rehaussée de peintures. La chair a pris un ton d'ivoire qui la fait ressembler à du marbre patiné. Le coloris, spécialement les rouges et les verts sont recouverts d'un glacis qui ajoute â l'elfet. La scène' est animée d'un mouvement général qui se traduit par une expression de douleur intense profondément sentie; c'est un drame d'une vérité parlante, dont tous les détails convergent vers le Christ, qui en est le centre et l'âme, et sur lequel tous les regards se tournent dans une vénération profonde et une angoisse souveraine. [I y a ceci de particulier que chez les hommes, la douleur s'exprime avec les lèvres ouvertes, et que chez les femmes — à part la sainte ^'ierge, — les lèvres minces restent closes.
Ce n'est pas à dire que l'œuvre soit parfaite, et pour le rendu des muscles, en particulier dans les mains, il y a une exagération d'intention analomique, qui fait songer à l'influence de Michel-Ange. Mais l'harmonie des proportions et la justesse des altitudes lui donnent un grand charme. Le Christ, dont les traits sont inspirés de la tradition florentine, est d'une remarquable exécution; la tète est superbe de modelé et d'expression, et toutes les parties du corps sont traitées con amore et d'une manière impeccable; c'est sans doute le Christ le plus remarquable de tout l'ouest de la France. Au demeurant, le regard n'est pas moins satisfait que la pensée par l'examen approfondi de l'ensemble et des détails.
Grâce aux armoiries du tombeau, nous savons que la donatrice fut l'abbesse Marie d'Amhoise, et nous pouvons ainsi dater le monument d'une façon précise, puisqu'elle dirigea le couvent de la Trinité de loOO à 1537. Par malheur, on ignore l'atelier auquel l'abbesse demanda cette wuvre intéressante. Evidemment, il ne s'agit pas d'un atelier français. La tradition italienne brille dans la conception comme dans l'exécution ; h la dill'érence de la manière généralement suivie par les « ymagiers » français, les personnages libres de leur action sont h genoux, et non pas debout, ainsi que nous le voyons notamment dans les Sépulcres de Paganino , à Naples et ailleurs. En outre, la sérénité de la douleur, qui parfois confine chez certains de
nos artistes à une sorte d'impassibilité froide, est remplacée ici par le mouvement et l'expression d'une angoisse bien naturelle à des méridionaux. Tout respire le ciseau italien, non pas seulement les ornements, comme dans le tombeau de Solesmes que nous attribuons à l'atelier de Colombe pour ce qui est du sujet lui-même, mais encore le concept, le modelé, l'attitude et l'arrangement.
Les détails les plus précis contribuent à orienter la critique dans cette direction. Les ornements et les accessoires parlent dans le même sens, de concert avec l'inscription, et il n'est pas jusqu'au large chapeau de paille de l'un des personnages qui ne dise à sa manière qu'il faut chercher l'auteur au pays du soleil. Au surplus, le coloris qui décore les statues est tout à fait dans la tradition italienne , et les .,,,,,, „, „ , . ■ ,■ couleurs vives glacées,
Auel, état actuel. — Cliappllc funOraiiv, poi'lique, o '
fliloouu^t.choiiollcseigneuriulc et galerie, parc. COmmC leS TOUgeS et
les verts, font penser à quelque émule de Paganino. Le maître a surtout imprimé son ciseau dans l'exécution du Christ, et ses aides ont traité les autres personnages, auxquels il a mis la dernière main. On pourrait croire, jusqu'à plus ample information, que l'œuvre est sortie de l'atelier des Juste, qui travaillèrent pour les d'Amboise à Caillou, et à Oiron pour les Goufiîer, alliés à la famille des seigneurs de Chaumont.
A ce propos, nous émettrons ici une réflexion touchant les Juste. Avec l'arrivée de ces artistes, de la famille des Betli, que l'inscription du tombeau de l)ol quatilie Juntus et (lorentinus , et que l'on a appelés ainsi parce que le chef se nommait Cuisto, on voit se répandre, en particulier dans l'ouest, un type bien caractéristique du Christ, importé de la Toscane. Ou le remarque notamment sur les ouvrages de sculpture exécutés dans la première moitié du xvi" siècle, par exemple à Oiron, à lionnivet et à Thouars, ainsi qu'en certaines localités de la
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Touraine. Dana ces reproductions du même type du Sauveur, outre un motif de sculpture religieuse, nous sommes tentés de voir comme une signature d'artiste. Le Christ n'est-il pas le Juste par excellence, et dans la répétition de celte tête les Juste n'avaient-ils pas vu une manière de signer leur oeuvre? A la pi(!cine de la chapelle de Thouars, te motif est répété quatre fois sur une ligne verticale et dans un espace restreint. Le groupement trouve une explication si l'on songe que, de 1500 à to5U, quatre Juste tinrent en même temps le ciseau : j'ai nommé les frères Antoine, André et Jean 1er, et Juste de Juste, iils d'Antoine. Ainsi s'expliquerait la présence de trois figures tournées de gauche à droite, et de
la dernière tournée A gauche, ch«peUc dA..ei, coupe latirai..
comme pour marquer tout à la fois le nombre et la descendance.
Au point de vue artistique, le règne de Henri II continua celui de François I", et Catherine de Médicis n'eut qu'à suivre ses goûts propres pour faire rayonner l'art autour d'elle. Chenonceaux lui doit les embellissements que l'on sait, et le château de Hlois reçut de la reine des agréments pour les appartements du second étage, dits « du roi ».
A cet effet, le 10 octobre 15fi3, elle écrivait à la Chambre des comptes : " Vous regarderez avec le contrôleur Sourdeao à
<:hBiHllo d A.ict, plan et dnllape.
taire refaire la galerie qui fut faite de bois dernièrement, au long du logis du ro v mon lils, et qu'elle soit de quelque belle façon et de quelque belle pierre de (aille. " Nous
ment s'élève un bandeau que couronnent un fronton et un abaque rehaussé de trois anges, dont deux tiennent sur les côtés des symboles religieux, et l'autre s'appuie au sommet sur le blason de Diane. C'est à celte chapelle que la belle favorite avait résolu de confier sa dépouille mortelle; mais la solitude répond seule à l'évocation du souvenir de la dame d'Anet, qui, on le sait, quelque .dix ans plus tard, devint dame de Chaiimont.
Notre lâche consiste avant tout à redire ce que les arts doivent à Diane sur les rives de la Loire; cependant, après avoir décrit sommairementson palais d'Anet.
nous tenons à parler du tombeau qu'elle érigea à la mémoire de son mari, lequel, par un curieux rapprochement, se trouve dans la chapelle du chevet de la cathédrale de Rouen, juste en face du mausolée des cardinaux d'.^ boise. Le côté de l'Évangile t réservé à la famille de Brézé l'on voit ainsi trois monum' d'un style absolument dilîén qui caractérisent bien les épo( auxquelles ils appartiennent. ......
* ' * Tombeau do Louis ilc Itrvtc.
Le premier tombeau à gauche, vi^,^^, g, lEnfant «u* piods du gisant,
près de l'entrée . est celui de Pierre
de Brézé, conçu dans le style du dernier tiers du xv" siècle. Il consiste dans un enfeu taillé dans la muraille, avec une façade flamboyante très ajourée et dont les nervures prismatiques sont rehaussées de choux frisés. Au-dessous une statue, aujourd'hui disparue, reposait sur un soubassement rectangulaire , dont le devant est divisé en trois compartiments. L'arcade supérieure est décorée de flammes trilobées et se relève en tympan découpé sur les côtés par manière de fenêtres, avec couronnement de même style ; l'édicule est encadré de deux pilastres qui s'élèvent jusqu'au sommet en forme d'aiguilles. Au centre est un blason avec le B, initiale de Brézé, accompagné d'un
monogramme a\ec palmes, qui se montre sur les diverses parties du monument.
Si ce tombeau vide pleure, pour ainsi dire, la disparition de la statue funéraire, en revanche, son voisin présente des statues d'une bonne conservation dans un édicule de style de la seconde Renaissance. C'est le mausolée de Louis de Brézé, grand sénéchal et gouverneur de Normandie, décédé le 23 juillet 1531, à l'âge de soixantedouze ans, ainsi que nous l'apprend la double plaque de marbre noir encastrée au-dessus du gisant, au milieu d'ornements parmi lesquels
des bouquets de fruits.
Letempsetleshommes ont épargné celte belle œuvre, et l'on n'a guère à regretter que l'absence de la statue de Louis de Brézé , qui paraissait debout dans le fond , <' le vif » à côté du gisant, ainsi que le représente un dessin du xvite siècle.
Le tombeau comprend deux étages. Sur
Tombenu de I.nuis de BréU: Gisniil et Diane. ! , j
le sarcophage de marbre noir à l'antique creusé de cannelures, repose la slatue du défunt en marbre blanc, étendue but un suaire qui recouvre le milieu du corps. L'œuvre respire une parfaite sincérité, el la tète, d'une expression intense, ■ parait avoir été exécutée d'après un moulage pris sur le vif, ainsi qu'on le pratiquait alors. Du côté des pieds, se tient debout la Vierge portant l'enfant Jésus, et, à la lêle, est agenouillée Diane en costume de veuve, la tête recouverte de la coiffe et les bras croisés. Diane prie la Vierge, el sa prière est gravée en gothique sur le marbre blanc, au-dessus des deux panneaux : Suscipe prece» uirgo benigna. Les deux statues complètent bien la scène, en y mettant la double note religieuse el conjugale. Seulement, elles sont en partie dissimulées par une colonnade qui a l'inconvénient, ainsi d'ailleurs que le reste de l'architecture, de nuire à la simplicité du monument.
Il est vrai qu'il était diflicile de procéder autrement, dès lors que l'on songeait à placer à la partie supérieure une statue équestre de grandeur naturelle : celle-ci a imposé l'ordonnance générale du niau-
solée. La slruclure est formée d'un étage inférieur, au milieu duquel repose le gisant dans un cadre terminé par un double avant-corps foi-mé de colonnes corinthiennes, lesquelles s'appuient sur un socle rectangulaire et portent un entablement enrichi de guirlandes avec tètes. Au-dessus, sous une grande arcade à caissons, le grand sénéchal, en costume de chevalier sur sa baquenée, s'avance l'épée k la main à travers la campagne, indiquée par le feuillage; le caparaçon est orné d'un monogramme formé d'un double B de petite et de grande dimension. Dans les écoinçons des mains tendent des couronnes vers le héros du mausolée.
Le monument emprunte un caractère particulier à la présence, à droite et à gauche, de quatre statues de femmes symboliques portant sur leur tête des corbeilles de fruits, sur lesquelles repose l'entablement supérieur : le sens de l'allégorie est gravé en lettres gothiques sur le socle, de manière â former l'éloge du défunt par l'emblème de ses vertus.
A droite, l'une tient un flambeau et a pour légende : Prudens in tempore ; l'autre tient une palme en même temps que sa robe,eton lit: {Kortuus in gloria. Des deux femmes opposées, l'une, par un mouvement analogue â celle qui lui fait
pendant, touche la corbeille d'une main, TomdcHu.k' \^m* de iw«>. Cariaiidos. tandis qu'elle tient une couronne de
l'autre, et l'inscription porte : (^nm triumpho vii-it; l'autre femme supporte un panneau sur lequel sont gravées deux mains croisées pour figurer la fidélité, avec la légende : Jfidclis sempcr.
La partie supérieure est décorée d'une frise dans laquelle, au milieu des rameaux , sont des femmes décernant des couronnes à des sphinx ou des animaux symboliques. Le couronnement de marbre noir est terminé, à droite et à gauche, au-dessus des avant-corps, par un écusson avec le monogramme de Urézé entrelacé de palmes. Enfin, au sommet, sous un édicule soutenu par deux colonnes, est assise une femme d'attitude majestueuse et entourée d'objets destinés à symboliser l'ensemble des vertus. C'est comme le résumé du poème des quatre vertus cardinales que l'on retrouve « taillées » sur nombre
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inaîlre a donné le dessin el quel artiste a sculpté les ornements. On sait que l'artiste préféré de Diane fut Jean (Goujon, et ce n'est pas sans raison que l'on a voulu reconnaître le génie du maître dans la statue du gisant. Peut-être le reste du monument fut-il exécuté dans son atelier, et convient-il de lui attribuer même le dessin du mausolée. On n'ignore pas, en elTet, que Jean Goujon travailla à Rouen, tout au moins de 1538 à 1542, et qu'on s'adressait volonliers à lui afin d'avoir des « patrons». En ce qui regarde la cathédrale, on lui demanda " les pourtraicts du pourtail et de la fontaine » ; en vue de Saint- Maclou, il fit << deux pourtraicts pour faire une custode » ou ostensoir, i< le devis de peindre les orgues » et <i un pourlraict d'une coulompne ». Cette colonne , qu'il exécuta ensuite .
supporte la tribune de l'orgue deSaint-Maclou.En rapprochant de celte colonne, très curieuse de forme, l'ordre corinthien du tombeau de Louis de Brézé , on est porté à y saluer la même main qui maniait avec une égale habileté le compas de l'architecte et le ciseau du sculpteur.
Mais nous ne saurions aller T<inibi.«„ a.- Un.i. de Bréz.. si..t.i,- ^quc-sir,-. plus avant, et nous avons bâte de
revenir de cette excursion au pays cbartrain et de retrouver Diane, non plus devant un mausolée funéraire , mais au milieu des embellissements dont elle a doté Chaumont.
Assurément Chaumont n'eut qu'à gagner à sa possession par Diane, et si le temps n'avait pas amené tant de vicissitudes, nous aurions la satisfaction de retrouver les meubles et les objets dont elle n'a pas manqué d'agrémenter sa maison. A loisir nous pouvons facilement reconstituer par la pensée les babuts, les crédences, les sièges et meubles divers dans le style gracieux que l'on a appelé <- Henri II ». El pour compléter la décoration , l'a^il se plait à suspendre aux parois quelques-unes des superbes tapisseries des Flandres du xvi' siècle, telles que celles des Jours, sorties des ateliers de Itruxelles et qui tendent si agréablement les grandes salles de l'aile orientale.
Du moins, la preuve manifeste el le caractère distinctif de l'initia-
Le maitre maçon chargé de conduire l'enlreprise était vraîsemblablemenl ce Charles Rousseau dont nous avons vu naguère les parents. Mais les documents nous font défaut pour indiquer les noms des collaborateurs que lui fournirent le ciseau et le pinceau. Du moins, parmi les ouvrages de sculpture, nous ne saurions omettre de mentionner la curieuse statue d'Ariadne en marbre, dont le sort ne fut pas moins tragique que celui de l'héroïne elle-même.
Ariadne, fille de Minos et de Pasïphaé, était aimée de Thésée, qui l'enleva pour l'abandonner ensuite dans l'ile de Naxos. où le désespoir l'aurait portée à se précipiter dans les flots. La belle Diane de Poitiers, ayant perdu son royal amant et se voyant obligée de ployer sous la volonté de la reine mère, Irouva-t-elle quelque analogie entre sa situation amoindrie et celle d'Ariadne délaissée ? Peut-être ; toujours est-il que, toute question de monument mise à part, la façon dont elle avait été obligée de prendre Chaumont en échange de Chenonceaux pouvait lui donner l'idée de symboliser la situation par la représentation de l'antique Ariadne.
Ce qu'il y a de certain, c'est que la statue, elle aussi, connut l'épreuve du destin. A une époque que nous ne saurions déterminer, elle fut précipitée dans la Loire et y demeura ensevelie sous les sables. A la difi'érence de celui de l'héroïne, le triste sort du marbre devait connaître une fin et sortir de l'onde. Un beau jour, on découvrit la statue qu'on s'empressa de retirer du fleuve, etellefuldéposée au musée de Cluny. A défaut d'autres œuvres d'art se rapportant au séjour de Diane à Chaumont, nous sommes heureux de présenter ici ce morceau remarquable, qui forme comme le pendant à la statue de la veuve au tombeau de Rouen.
FHu de Chaumonl.
LES SARUINI
'< Sardini, ("entilshommes Lucquois. 'i (Reff litres paroÎMiaiix de Chaumonl.)
i avons laissé Chaumont au\ mains du duc de Bouillon, i ouvrant une parenthèse pour résumer l'histoire des arts »ns la région en un tableau général, qui nous a semblé j "éférable à l'émietlenient exigé par l'ordre purement chronologique. Avec la plus vive satisfaction nous reprenons la suite des annales des seigneurs.
Charles- liobert de la Marck vendit la terre de Chaumont à Scipion Sardini, originaire de Lucques, cité où le commerce llorissait avec éclat au x\" siècle. Scipion Sardini, attiré en France par Catherine de Médicis, était doué des plus fines qualités de sa race et fît une fortune considérable comme financier, ainsi d'ailleurs qne son frère Marc- Antoine Sardini. bien connu sous le règne de Henri IV. Les capitaux dont il disposait favorisèrent ses goûts pour les arts et en firent un Mécène '.
* La prospi'rité des alTaires dus Sardini inspira le distique suivant :
A Paris, dans le quartier Saint-Marcel, au coin des rues de la Barre et du Fer-à-Moulin, il bâlil un liôlel qui se faisait remarquer par sa galerie à arcades élégantes, surmontées de médaillons en terre cuite non émaillée, dans le style de la Renaissance. Malgré les transformations subies par la maison, qui est occupée maintenant par la boulangerie des Hôpitaux, on y remarque encore des arcades et des médaillons qui conservent une partie de la physionomie ancienne.
Sur les bords de la Loire, Scipion se complaisait également à montrer le luxe et le goût d'apparat propre à son tempérament. A Blois, il avait une demeure bâtie et meublée de la façon la plus agréable, et qui figure encore parmi les maisons les plus curieuses de la cité sous le nom d'" Hôtel Sardini >■; on y remarque notamment une galerie et une chapelle rehaussée de peintures. Dans ses terres, il aimait h se faire appeler « vicomte de lîuzancy et baron de Chaumont», suivant les qualités mentionnées par un auteur an- iioioi Sardmi a uiois, cour, ko ene ousca ici-.
cien.
D'ailleurs, les goûts fastueux de Scipion étaient partagés par son épouse, M"* de Limeuil, qui fut célèbre en son temps. Elle était fille de Gilles de La Tour d'Auvergne, seigneur de Limeuil, et de Marguerite de la Cropte, et comme telle, cousine de l'illustre vicomte de Turenne. On sait la passion qu'elle inspira à Condé après la mort de son premier mari. La belle Isabelle de Limeuil eut une large part dans les lauriers que Ronsard décerna aux plus jolies nymphes de son temps. Il lui fit même l'honneur de lui dédier les Irais livres des nouvelles poésies, parus en 1564. Kn tête du Recueil, le poète écrivit ce sonnet :
A YsABEAlt DE LA ÏOLR
Quand on ne peut sur le chef d"une image Mettre un bouquet, il le faut mettre au pie
Le cœur sans plus qui est humilîi^.
Rend de nos faits et de nous lesmoi^'nage.
Moy qui ne puis vous donner davantage Que ce livret qui vous est dédié.
Non sur le chef en fip or délié Mais à vos pieds je l'appends pour hommage.
Recevez donc, ô divine beauté.
Non le présent , mais bien la volonté ; Prenant mon corps et mon esprit, madame, L'un pour vous servir, l'autre pour honorer. Ainsy Dieu veut qu'on le vienne adorer. Quand pour ofTrande on donne corps et âme.
Le (rain de maison de Scipion Sardini et de la belle Isabelle était en rapport avec leur fortune, et nous apprenons quelque cbose du mouvement des affaires de banque par des pièces découvertes fortuitement. En faisant des recherches dans le minutier ancien de M' Laugier, notaire à Montrichard, nous avons rencontré une série de feuillets, formant chemises, et provenant de comptes du xvi' siècle. Ils comprennent deux catégories : les uns de format in-folio, et les autres in-4°. La rédaction est en italien et d'après le même procédé, avec mention de la date, des sommes versées et du livre général avec indication du contrôle. Plusieurs feuillets ont perdu leur numération, marquée au recto et au verso. Les comptes se rapportent aux années comprises entre 1582 et 1385, et sont ceux de la maison Scipion Sardini. Indépendamment des questions de banque, on y rencontre de nombreuses mentions relatives aux membres de la famille, aux enfants, aux serviteurs, aux fournisseurs et à tout ce qtii peut nous apporter des indications sur leur train de vie ordinaire et extraordinaire. Nous avons copié textuellement la teneur, en mettant à part ce qui regarde la famille des seigneurs de Chaumont, avec quelques renseignements d'un intérêt plus spécial. Chaque article est contresigné d'une signature abrégée avec paraphe.
Entre les chapitres du compte, il en est un sous la rubrique de •I Mons. de Chamont ». Il lui est versé, au cours de l'année 1582, la somme de 2 563 livres 19 sols \'2 deniers, dont les parties sont d'ordinaire remises 'i al suo homo », par paiements inégaux et irréguliers, qui vont de 66 k 3,50 livres; en un endroit, en janvier, on voit un versement de 200 livres, et un autre de 300 livres.
Parmi les personnages qui ont un compte ouvert chez Scipion Sardini, de 1382 à 1585, nous mentionnerons un certain nombre d'Italiens, dont plusieurs exerçaient la profession de banquiers. Ce sont : Scipione d'Albani, Stefano de Poggio, Francesco Cenanii de Lion,
LES SARDIM 359
Giuseppe e Giov. Bat. Cenanii de Lion, les Massei Benedetlo et Alexandre, Giuseppe de Nobili, Ricciardi Favre, Michel Arnolfini, Bonnivi de Lion, Cesare Himini, Alessandro Fanucci, Giacomo Giorgini di Marsilia ; ainsi que Alderigho Lorani, Tomazo del Bcne, les Capponi, Maximiliano Mogarna, Carlo Saldagna, Fabio de Nobili, Marlio Micheli, Ottavian Déni, Scipion Balbani, Baslian el Horatîo Boccella , Leiio Garzoni.
Du côté des Français, on relève : « Mons. de Boues, » que l'on voit notamment verser 200 livres à un « sergent » ou huissier, pour son procès ; Henion. M. XIolier, Morin de Vernon, M. Malo, M, Mes, M. Charon, M. Dupré, M. Fîmes ; « M. Forget, » en 1 383, peul-étre le secrétaire du roi, qui touche 86 livres pour l'intérêt de trois mois, dont 3 livres 10 sols pour « currattaggio » ; M. Spitame, ii pour le retirer de prison, » et auquel on voit des intérêts à Toulouse ; M. Bellefame de Clermont, M. de Talcy (un parent que nous retrouverons).
M. Combault, M. de Metz, M. Bouguin , Pierre Le Conte, Ballocien , receveur du Mans.
Nous rencontrons aussi M. de
Castellan , Pinson , greffier de Hfttoi Sardmi. d<;iaii de la paierie.
Châteaudun ; M. Broc, receveur
de Nevers ; le receveur du Mans (d'Eumans); M. Petrequin, receveur de Clermont (en Champagne) ; M. Le Ceux, receveur de Saint-Quentin ; M. Loys Petit, receveur des tailles du Forest; M. Raoul Le Conle, receveur général du Languedoc; M. Castiglo, receveur du clergé; Bisciome, receveur des tailles de Lyon; le receveur de Clamecy ; et Baccellieri, receveur de Chartres,
Dans les rangs des pei'sonnages notables , on remarque encore le secrétaire de n M. de Schomberg », le secrétaire du •< comte de Wistenburg », le secrétaire du « comte d'Arengrave », le secrétaire des AUemanni » et le clerc de M. de Lobespine. Au sujet de ce dernier, on lit : " douai 2 livres au clerc de M, de Lobespine, pour avoir les lettres de la reine pour le duc de Mercœur et maréchal de Retz,
360 LES SARDIM
el "2 l. 10 9. pour envoyer un messager d'Angers avec les dites lettres. » Kn outre, on relève pour le compte de « M. de Guise », tlO livres, et on constate les rapports financiers avec » le commandeur de Biragiie », et ailleurs, « le s'" Pierre Hirague ». Une famille, dont la mention mérite davantage d'être signalée, est celle des Strozzi. En 1582, Camillo Sti-ozzi touche une somme de 1800 livres; il est question d'une '< cassette de lettres du cabarettier envoyée à Strozzi u , et le port, payé à FrancescoCenami de Lion, coûte 3 livres ; ailleurs , il est versé 100 livres à Strozzi; à deux reprises , on parle d'un (1 messager envoyé à Strozzi en Auvergne ». Plus loin, on précise et, en deux circonstances, il s'agit d'envoi à « Riom » pour Strozzi.
notamment de deux cents lettres portées par le messager et, une autre fois, de deux cent soixante lettres, avec « î) livres pour port de deux arbalètres envoyées en Auvergne à Strozzi ».
Au nombre des clients des Sardint figure le « Roi de Navarre ». 11 s'agit du Les Parquos ;i)i<.«. d. l'.L.ù-r. a so. fiii... , futur roi de France, qui avait
marbreatiributiVG.Piiion.miisoiîdtaunv. hérité du trône de Navarre
de son père Antoine de Bourbon, en 1572, en attendant d'occuper le trône de France sous le titre de Henri IV. Les guerres qu'il soutint pour le compte de la Réforme ou pour appuyer ses droits à la couronne l'amenèrent souvent à recourir aux banquiers. Pour ce qui est de ia maison Sardini, nous trouvons dans ses livres les mentions suivantes :
1582. <i II Re dî Navarra de havere a di 6 aprile l. 178 datomi contanti Stefano di Poggio per il riscosso delli ferniieri di sua Maesla; — I58i, a di H gennaro, 1, 2 38i, santi per lui dal recevitore di Calleau-Novo ; a di 4 marzo, I. 3."i0, santi per lui dal detto recevitore ; a di 12 maggio, l. 10. ti. H, santi dal detto contanti in 20 pistoletti :
a di 16 luglio, 1, 300, santi conlanli del dello. )• — D'aiilre part, « les agents de la reine de Navarre » louclient, en particulier, 373 livres avant le 23 février 1582, et, de plus, 400 livres.
Les membres de la famille Sardini apparaissent dans le compte d'une manière plus expresse et plus intéressante pour nous. Les associés, d'une façon immédiate, sont Marc- Antonio Sardini et Davino Sardini, dit » di Lucca •> , à l'ordre desquels s'effectuent des opérations en France et à l'étranger. Marc-Antonio Sardini apparaît dès 1577 et, dans le compte de 1382, il est dit avoir versé 373 livres -c aux agents de la reine de Navarre», elon le voit fignrerdans les comptes de 1384 et 1583. Pier .\ngelo Sardini paraît en maints endroits; un chapitre de celui-ci pour l'année 1382 dépasse 2800 livres ; son compte de 1383 comprend une longue série de sommes qui vont
de 3 livres à 1 40 livres, Tapisserie du !in' siicle . A Chaumoiit
et montent à plus de
1750 livres, et il figure çà et là dans le compte d'autres personnes. M. Vincentio Sardini se montre rarement et touche, une fois, 33 livres pour frais de voyage à Damar. Jacomo-Felice Sardini a un compte ouvert conjointement avec Fahio de Nobili, et on y relève, en 1382, des sommes montant à 6000 livres; en 1383, à 650 livres, et en 1385. à 600 livres. Giovanni-Baltista Sardini nous apparaît dans ses rapports avec les fournisseurs d'habillements. En 1.583, il est dit avoir eu « plusieurs robes et vêtements »; en 1384, il est l'objet de la même indication, jointe à la mention du << caizolaro Lorenzo », " de passementerie de soie pour un habit et autres étoffes ». Orlando Sardini a un compte de 321 livres.
Au cours de ces fragments épars on voit une seule fois la mention ; Il Pour compte du s'' Scipion Sardini, ■> avec l'indication !8 livres,
36â LES 5AHD1NI
et ailleurs, « pour madame Sardînî , » 220 livres. Dans le détail des fournitures, on relève « un chapeau de caslor, de la serge de Milan, quinze chemises et deux douzaines de mouchoirs pour moi », du velours pour une paire de chausses, des vêtements en serge de Milan, en camelot de Flandres, des futaines, sans oublier les boulons et les rubans, un chapeau de castor fourré de velours et une paire de bottes. Comme mention se rapportant plus directement aux arts, on remarque « des pierreries achetées à un tailleur de pierreries " , et plus particulièrement des ouvrages d'orfèvrerie; mais par malheur le nom de l'artiste a été rongé par le temps. On observe l'indication « d'une nacelle d'argent qu'il fait pour moi ■■, et une série de versements montant au moins à 400 livres; une " histoire de Gastruccio doré avec stuc », et un bassin, sur la valeur duquel il y a un acompte de iOO livres; de la vaisselle d'argent pour 600 livres; enfin, " payé 30 livres à M. Pier liordel, peintre, pour les portraits de mes fils et filles. »
Il y a çà et là des mentions relatives à la maison et au « domestique » de Scipion Sardini. Kn septembre 4582, « pour dépenses de mes fils, » 30 livre?; » a compte sur les dépenses de mes fils, » 4.'> livres. On relève d'assez fréquentes dépenses pour les chevaux, et aussi pour le transport d'im carrosse. On rencontre le valet de chambre Marino, Catherine sa sœur, une fille de chambre, la nourrice de M. Alexandre, la nourrice de M. Paolo, le tailleur, le cocher, le jardinier Jean, les cuisiniers Michel et Etienne, le serviteur François, François de Flandres (peut-être le même), le Gascon, Pier Angelo, la fille de chambre de madame, un page, un suisse, le serviteur Cornelins de Flandres. Parmi divers détails, nous remarquons la mention : « Per conto délia mia donna, " 100 livres. Et puis, à quelque chose malheur est bon, surtout au point de vue des renseignements, et. grâce à la note du médecin, nous sommes au courant de l'état de santé delà famille, en particulier des enfants. Le 24 février l.">83, M. Lefèvre, médecin, avait reçu 333 livres; ailleurs, on voit les honoraires du médecin <■ pour visites faites à mon fils •> ; et, du même coup, un messager s'en va » à Heangency pour donner à madame des nouvelles de mons. Paul ". et un cavalier se rend à Rossy. Enfin, si nous jetons les regards sur les menus faits divers, nous relevons, en 1582. venant de Marseille à Lyon, une <■ boitte de bouteilles ■> , dont le port coûte 3 sols H deniers, ainsi que deux barils, payés 1 livre 3 sols 5 deniers ; un 11 cofFre pour mettre les écritures >■ , et le port d'un coffre de madame, payé au messager de Soissons.
Entre temps, le seigneur de Cliaumont avait omis de remplir un
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devoir féodal d'ordre essentiel, et le seigneur de Bellievre fit en conséquence opérer une saisie du domaine. L'affaire, portée devant la Cour, fui tranchée par elle dans le sens du demandeur. Aussi, le 28 septembre 1600, François Yasselin et André Bernier, commissaires de la seigneurie, furent « receùz en foy suivant l'arrest de la Cour du 10 juin, obtenu par le seigneur de Bellievre qui avoit faict saisie de la terre ». Au demeurant, le seigneur de Cliaumont entretenait les meilleurs rapports avec les personnages les pins qualifu's et s'associait à leurs sentiments d'allégresse. Dans l'église chaumontoise , le ii octobre 1601, eut lieu le n baptême de Paul, fils de noble homme M. de Bonacoursy, trésorier général, et de Suzanne de Suzax, sa femme; le parrain haut et puissant seigneur Paul de Sardini, fils du haut et puissant seigneur Cipion de Sardini, et la marraine dame Anne Ruzé, dame de la Herpinière (signé) : Paul de Sardini, Anne Ruzé »,
Mais il semble qu'il fut dans les destinées de Chaumont, au xvii' siècle, de voir « les commissaires » exercer leurs exploits judiciaires à défaut de l'accomplissement régulier des devoirs féodaux. Le 1" juillet 1603, en vertu de la commission et à la requête de Fontaines, sergent au bailliage de Blois. on saisit « le beau chasteau, ' terre et seigneurye de Chaumont » , et furent établis commissaires P. Joncher et François Vasselin •< par faulte de foy non faicle ». C'est qu'en elfet, à cette époque, la possession de Chaumont fut l'objet de rivalités qui s'expliquent par les charmes non moins que par l'importance de ce beau domaine.
Une grande dame, nommée Diane de Luxembourg, rêvait des délices de cette résidence et des merveilleux horizons de la Loire. Son mari, Just de Pontailler, ainsi appelé d'une localité sise dans la Côted'Or et sur la Saône, et qui possédait la baronnie de Pleurs (dans la Marne, au canton de Sézanne), partageait les goûts de sa femme. An nom de celle-ci, usant du droit seigneurial dit retrait lignager, il obtint la possession du domaine désiré. Par une obligation bien douce en la circonstance, Just de Pontallier (sic) fit la foi et hommage, au mois de février lltOi, non sans qu'on lui rappelât, en même temps que la fidélité inviolablement observée, le devoir de faire « l'adveu dedans le temps de la coustume ». Dans cet acte, il est dit que c'est " le vingt-huitiesme jour de febvrier 160i qu'a été reçu la foy et hommage de Just de Pontallier ». Dans le registre des fiefs du comte de Blois, on lit : " I{>03, Foy et hommage par Just de Pontallier pour retrait sur Scipion de Sardigny, Registre journal. » Mais ce détail importe peu, et un arrêt du Conseil d'Etat, du 2 août 100.^. porte que Scipion Sardini, lequel a acquis les droits du maréchal de Bouillon
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sur le domaine de lieaiifort, devra payer annuellemenl 3200 livres au receveur de cette terre.
Dans l'intervalle, Cliaumont avait changé de propriétaire pour venir aux mains de Nicolas Largenlier. sieur de "N'assemain el fermier général des gabelles. En 1605, Largenlier fit la foi pour la terre de Ghaumont, mais ce fut pour peu de temps, et la seigneurie devait rester définitivement â Scipion Sardini et à sa famille. Le 6 décembre 1 (i07, on voit comme parrain n haut et puissant seigneur Paul de Sardini »
et marraine « Magdeieine de RoHignac, fille de noble homme Jacques de Roffignac \ signé) : de Roffignac. i> En l'année KIOH, Scipion de Sardini fit l'hommage qui lui incombait.
Le château, meublé avec un luxe en rapport avec les tendances de l'époque el avec les goûts des seigneurs, olîrait un vif intérêt, et un contemporain , Rernier, le vieil historien du Blésois , nous a laissé ses impressions. Il L'an 1600, écrit-il,
Tombeau (le CathiTiiie di; Mi'dicis à Saiiil-Dtnis, Sciplon dc Sardini, gCntil-
issinie aiftiiu ris. homme Lucquois, qui avoit
suivi Catherine de Médicis en France, retira cette seigneurie comme lignager à cause de son épouse de la maison de LaTour, de la branche de Linieuil, sur le sieur Largenlier, qui en esloit alors seigneur. Tous les seigneurs et princes de la maison de Médicis sont peints au naturel dans la salle busse du château , et l'on voit dans celle d'en haut trois grands tableaux qui représentent les batitilles du fameux Castruccio Castracani, capitaine Lucquois. Il y a encore à présent quelques meubles de bois de la reine Catherine de Médicis qui ont quelque chose de singulier, el il y avoit du vivant de M. le comte de Sardini, dernier seigneur de cette maison, quelques beaux morceaux de peinture, et entr'antres une détrempe d'André Mantagne, dont le triomphe de Caslrucce estoit le sujet et dans laquelle il y avoit une infinité de figurines et de personnages diiré-
renls, rangez d'une manière admirable. Cetle pièce est à présent chez M. le comte de Houssi. <>
Le seigneur S. de Sardini touchait à un âge avancé. Il se trouvait à Paris à l'été de 1G()8, quand il fut emporté par la maladie. Sa dépouille mortelle fui conduite à Chaumont, ainsi que nous l'apprenons par l'acte suivant : « Le sabmedi, 3° jour de may 1608, fesle de l'Invention Saincte Croix, environ les ix heures du soir, est deeeddé haut et puissant seigneur Sipion de Sardinv, ainsi que ses officiers m'ont rapporté et a esté amené ensuite dans son carrosse par le sr César Ysamber Lespagnol son ûls, jusque» en ce lieu où il est arrivé, le dimanche XI* may à l'issue des vespres, il a esté mis en repos en son chastel dans la salle d'icellui où il a esté veillé jusques au dimanche xviu* du dit moys environ deux heures après midi, que l'on a apporté le dit corps en la dite église M' Saint-Nicolas, où il reposa jusques à ce que madame de Sardini et ses enfTans soient venuz pour disposer de l'enterage; il a esté dict par chascun jour une messe haulle avecq les suffrages et ung Liberii k la fin jusques au mercredi xix novembre , lequel jour Mons. de Méry est party de ce lieu pour retourner à Paris et pour la dite messe haulte il n'a baillé qu'en tous 36 livres, louttea fois le sr Debart notaire a fait continuer à dire une messe basse tous les jours jusques au bout de l'an. ■>
Cependant en la frondaison fleurie de l'été, une gracieuse solennité religieuse allait apporter l'allégresse au château et à l'église, abrités presque sous les mêmes arbres séculaires. Les canlilènes de ta mélodie sacrée devaient marier leurs strophes harmonieuses avec les gais refrains des nouvelles cloches, dont les notes argentines s'égrenaient au loin dans la vallée, emportées par ta brise du soir. Au premier rang de la fête figuraient les hôtes de Chaumont, qui avaient accepté le rôle de parrain et de marraine. C'est aux registres paroissiaux que nous empruntons l'écho de cette louchante cérémonie.
" Le samedi xxvni" jour de may 1608. ont été benistes deux cloches que les habiltans ont faict refaire et fondre, l'une de l'église Mr Saint-Martin, et l'autre de l'église Mr Saint-Nicolas, celle du dit Heu de Saint-Nicolas est du coslé sur la rivière de Loire, beaucoup plus petite que l'antienne qui est vers le couslau, et ont esté parrains les dames et seigneurs de Chaumont, le s' César M'" Thomas Ysambert et Marguerite Jalligny, femme et épouse de Loys Le Noir, et a esté nommée Marte. Et celte du dit Saint- Martin, qui est dans te cemclière, a esté nommé Marguerite, et ont esté parrains noble homme Claude Cosson, sr de Bnry, Me Pierre Le Qeutx, greffier, et Marj^ue-
rite Peloquin. » Une note ajoule que le marché avait été passé devant Pierre Lecomle, notaire à Chaumont.
La belle Isabeau de Linieuil, dame de Chaumont, ne devait pas survivre à son mari une année entière. Elle se trouvait dans la capitale quand elle décéda au printemps suivant. Ses restes furent ramenés auprès de son époux, et, cette fois encore , les registres paroissiaux nous ont transmis l'écho fidèle de la cérémonie mortuaire. « Le mercredi premier jour d'apvril 1609, y lisons-nous, est arrivé le corps de madame de Sardiny, assisté de M. Nicollas de Sardiny, et a esté porté en l'église de mons' Saint-Nicolas avec belle solempnité, laquelle estoit déceddé à Paris le xxv" de mars, ayant receu les s. sacremens de noire mère saincle Eglise, et faict une belle repentance ainsi que me dict son fils Nicollas. II a esté faict ung service par moy prestre, ung autre par un cordellier. ung par les moynes de Pontlevoy. Le service de sépulture n'a pas esté faict, ni du dit delFunct s"" de Sardiny, ni aussy de sa defTuncle femme, »
Les réflexions contenues dans cet acte de sépulture donnent k entendre que la conduite de la défunte n'était pas demeurée à l'abri de tout reproche. Mais aussi elles autorisent à penser que le repentir avait enveloppé dans les plis du pardon les erreurs d'un cœur trop facile. Il serait assurément fort curieux de retrouver quelque registre de famille pour nous éclairer sur les détails de la vie domestique. Du moins, à défaut d'un volume un peu complet, nous avons découvert dans l'étude de Me Laugier, notaire à Montrichard, deux feuillets in-folio d'un compte des Sardini se rapportant aux années 1609 et 1612'.
' Nous transcrivons ici )a teneur, ijui est à la fois en langue française el italienne:
Pour la somma du foglet cy de conlra L282I. 10 s.
\ René fama de Cnmniera di MadJ ponr si accpler un capparon ; i I. Pour le parte « Chomont de labito di Nicolao : 3 1. A Madl" de Vandono pour faire ncomodcr sa caffia a deuil : 4 I. A M« Adrian tailli^ur pour ses parties pour la faction de plusieurs abigliement <le deuil sivanl la «juilancu : 19 I, A M«f Moreau pour acepter une pièce de cammclot noir pour faire des rideos au carosse de hlBih : Il I.
Puis pour le sieur de Rufignac, s'^ Lodovico son frère, le s'i" de Nieri Ceserc Borra ([uatre capcos, quatre bas de soie, les ciapeux, 9 I.; les hos de soie, 10 1.; <|uatre pères de glratièrcs, t|uatrc doxines de ga^lietes, «jualrc aulnes de rulian de soie 21 el une cintoru por le dil Cesare, le tout : 90 1. 12 s. Doner à M'^' Moreau pour se faire abiglier : 25 1. Dones A Nicolas Nol>elin. cocier, pour un cappcau et una perc de bas : S 1, Doncs à Suret, apoticaro, pour se faire abiglicr : 40 I. Itendu à René fama de eammera de madama qui avait done allô suissero pour saccpler nu cn]>peau et une père de giratières : 9 1. A Jean Canteur pour la faction de plusieurs abitz de deuil sivant les parties et quitance : 206 I.
Au conlable por une père de gîratières, une doxine de (çaglielcs de ruban de soie et un cappeau, le tout 29 I. 10 s. Pai^s à M" Itoier marciant de draps de lenn pour draps fornis pour le deuil, savoir 2510 sur tnad» de Cbastilion et 3000 sur M>'i' le Berlon, inelre des comptes à Paris : 5SI0 1. Pour la somma eus comine les frais faicts par madama Sardini laquele doibt le viil° de may la somma de 1. QS, io dones à madama Detla Rcveria pour
Scipion de Sardini el Isabelle de La Tour laissèrent pour héritiers trois garçons; Nicolas, Paul et Alexandre. Nicolas fut seigneur de Prinçay et épousa Marie Daullé, oh Dollet, dont il eut une fille, Isabelle. Paul reçut le domaine de Jouy, et Alexandre hérita du
luy acepter aile (juinze de lela dolanda; cinquanln cinque lalla, et all(?& dcu\ et demi; lire quatro et soldi diccî lalla, le tout : b2 1. 10 s. Le xvi j. doncs ad Antonio Le Sec, niarciant por ùtofTes ii elle vendus sivant la (juilancc : 81 1. 5 s. Doncs a René Tania di caméra de madama pour aceptcr une alla de fustuiia pour doubler un coprs et acepter deux lacets : 2 1.
Le iiii[T j, donc a M'"' Chovelino por dirisscr la minula du contrat clic la dîct dama devait passer avect] madamu la princessa de Condc : 0 1. 12 s. Doncs a M" delln Battue que le luy avoit promis pour un accordio faicz avccquc ella a causa dclla sticesion de Mo' de Limeirtl son frcrc (|oi estoit morts : 1950 1. Le pimier de juing rendus alla Croce pour frais qui avoit faici par lu dicta dama sivaiit son récépissé : 49 i. Doués à René pour donner alla Brossa medicin, 3 1, 4 s.; alla Croce pour son cerlificato pour una consultation faicte avec ii"' en blanc) et M"'' Langlois pour la terra de Bosnncy : 12 1, IC s.
Dones alla Broce, alla dicte dame des. lots et ventes de la terra de Hosancy. Le ix paies au sieur Bartholomeo Cenami qui avoit acepte alla dicta dame en janvier vi<^ vi por sa promesse rendue : 300 t. Au dicz ta Croce pour alcr à Soison pour prendre poseslon délia dicte terra de Bosancy sivant le stato des fzais par tuy faictz : 40 1, lOs. Leprimier juUiet doncs alla DiscLta pour le deuil faict pour la dicte dama ence comprins 6 I. pour Mad't> de Vandomo : 126 I. .\ René pour acepter dclla fustana et un ruban pour madama : 3 I. 10 s. Dones à M 't Chovelino pour consulter sur une sesie rajcic le trésorier du Francie. A Voison pour la terre de Bosancy : 3 I. i s. Au dicz pour altra consultation sur le contract de mariage ta'ict avecque M"' Sardini ; 6 1. 8 s.
Alla Croce pour faire corriger sentence du provost de Parlgi done conlra elle et ses enfans : 4 1. 16 s. Doncs alla Croce pour faire reformer le don des los et ventes de Bosancy :21.2s. Doncs a Godion, procureur délia dicte dame au caslelleto : 3 1. 10 e. Dones au clero du dici Godion pour une sentence et comision pour ciivoier signiGer k M" de Marsac et madama de Marsac : 3 I. 6 s. Le vu', dones alla Croce pour faire cercJer et expédier une sentence obtenue levesque de Soison contre Mor le prince de Condé : 3 1, 6 s. Pour faire cercer une nltra sentence obtenue par le dicz evesque contre mad" la princessa de Conde: 16 s.
1612. — Pour la somma du fogliet cy de contra : 17437 I. 9 s. — Dones a M'f Mercieri, procureur en castellet de Paris, pour frais contro alcun de creantieri délia dicta dama defunta . 4 1. IS s. — Paies à Verier, pour la desciarge dclla dame Dyour i?i d'une de ses obligation. — Dones à Félix bordcur pour quatre armorcs en broderie pour metere aux ruelles de la dicte dame : 20 I. — Rendus à H"' Rimi que avoit prestes a ma dicte dame, 300 1. et 25 1. pour les interestz d'un an et un moy : 325 1. — Paies i Robert Dubois, sellier, pour besognes faictes de son mestieri pour la dicta dama : 13 i. 10 s.
Dones à M" Chaveau restant délia somma de deux mil cinq cent livres deubz au dicz Cbaveau délia quale somme de xvc le dicz Chaveau avoit ti-ansportes à M'"' de Nilri et le dicisr de Nitriau dicz Chaveau : lÔOOl. — Au nue janvier iei2, donnes a un notaro près la porta St Germano pour la desciarge délia altra obligation dclla dame Depin : 5 1. 12 s. — Pour un servige faicz dire aux Cordeliers por la dicte dame : 4 1. — Le xx septembre dones à mad> Bragelona pour sa rente de iiic escuc au mois de mars dernier : 300 1. — Pour une copia délia transaction faicte (entre) la detta dama et la sieur délia Batue : 3 I. 19 s. — Dones a Caron qui avoit prestes alla dicte dame sivant la somme rendue : 75 1.
Paies alla fama qui luy donoit le laicz danesse : 20 1. — A Berlrant tapesieri pour avoir garni la cammera dclla dicte dama après la more du defunto M"' Sardini : 196 I. — Dones à M" Giris trésorier de France a conlo des arrérages que mad» de Funtaliny devoit pour 'a rente de sa terra que luy a vendue : 1000 1. — Dones à M' Vinter le xxiiii septembre ■ conta de ce que Mad> defunla luy doilz : 1000 1. — Paies à M' Cenami et Spada pour deux casses de confitures de Gènes faicz venir par madama eu dincr : 6 1. 10 s.
368 LES SARDIN!
domaine de Chaiimont. On voit à celui-ci le litre de « comte de Sardini et seigneur de Chaumont ». En cette qualité, Alexandre recevait en particulier un hommage qui fui enregistré le 27 septembre 1613.
D'ailleurs, les membres de la famille vivaient dans l'union la plus intime, et le château des bords de la Loire était le rendez -vous des enfants et petits-enfants, autour desquels nous rencontrons les alliés et les amis avec la meilleure société des environs. C'est aux actes <i baptistaires » que nous demanderons de nous renseigner à cet égard, avec le double caractère de certitude et de simplicité sans fard qu'ils portent avec eux.
Le 2 janvier IfilO, " Nicolas de Sardiny » est parrain avec, pour marraine. Philippes Lenoir ; le 22 février, c'est avec Marie de Vigenere, femme de noble homme Adrien de Bonacoursy. Le 28 octobre, on voit parrain noble homme René Depauge (ou de Pogge) avec sa femme, demoiselle Isabelle de Salviati ; les signatures portent: .1 Klizabcth de Salviati et Itené Depauge. » La même fonction est remplie, le 1" décembre 1(>U, par « Nicolas de Sardini, gentilhomme Luquoys », el, le 17 mars 1GI2, par « noble homme Nicolas de Sardini, gentilhomme Lucquois. " avec dame Marie de Vigenere, épouse de noble homme Adrien de Bonacoupsi, s' de la Herpinière. Au cours de l'année Hil3, le 2(1 février, on rencontre Isabelle de Sardini, marraine avec noble homme François de Launay, et Nicolas de Sardini, parrain avec Isabelle de Salviati. Le 10 mars, Isabeau Lecomte, fille du procureur fiscal de Chaumont, fut tenue sur les fonts par « Nicolas de Sardini, gentilhomme Luquois, gouverneur de Chaumont », et par
~ Paicrs n Bortolomi' ('iiiuai-liii niant lrans]iOL'tés (U- Ni<:olny dolla Comba c
Capitan sciic en ce «u rcsIoJit ilare loro moss.i ilf I. :!90 <[ii<; lu dicte dame nvoil éli5 con-
«lamnL'C lui const'il de In luy |>nier : J90 1.
Le xvii:* }iûng ]>i>r sa iviita, paie à madama llra(;eluiin : 3UU 1. — .\ Claude Narlal di caméra de mad' a coiito de ses Kfii;''*: 18 I. — A m''i' Vaclierol pour un eiinée des arrera)^I délia renta que niademn deriinta devait ^'i ninduine Bra^^'lu^nie laquak avait Tait condancr nvr NaeheTOt In raocpliT eome fn'/ ; JOO I. — 4H 1, (|ue lui païa laiaiit faicz condaner |>onr ti-ais (pie avoit faic/ eoiitre eux : 48 1. — l)ones à Mail'" Huit Dnbois |>our i-eslaiit de ses gngcs : 90 i. — l'aies à M"' de Niei'i <\m av<,it preste alla dicte dame : 46 1. — l'aie à Pierre de Sépale <iiic le défunl lui .levoit : 30 1. IN s. — Pour i-esto dî conto urr«té |>ar la dlile ilnme : <2G 1. — Doue alla Datue el retii-e nue obli^'alion de la dicle dama qui la c|iiilH pour bi dicle somma : 501) 1. — <UI3. Le \xx juiu); doner à Vaclierol |)our une aunée delln rente .]ue la defunta dcvoil îi Mixl" ItiaKelona : 3I)(I I. — A Bernardin Santneei que Paulin son fivrc avoit preste albi dietc ilame : 36 1.
Paies fi M'^'' Viiiler n e<nilo de ce que la defuntn luy dnitz : 4oO I. — Au pot de vin que bi dcfunta lui devoit : 10 1. — A Itarlieroci tapisieri pour parties Taictes pour le liez de danms cromesi tane sivant la ipiilauce en ma)' 6(19 i 240 i. — A Jehnti I.agogue, |)our son mcstieri pour passa mano cn'pine fraiif-cs tane cremosi nceptes de lui la detunta pour le liez de damas eromcsi sivant la quitnncc : 236 1. 10 s. — Pour la somma <ieraUra parle: 257G0 1. IS s.
LES SARDISl 36»
Il dame Isabeau de Sardini, daine de Talcy, veuve de messire Lorenz de Salviati, vivant sieur du dit lieu. (Signé) Ysabelle Sardiny, Nicolas de Sardiny. »
Le chevalier Paul de Sardini avait la confiance absolue de la reine Marie de Médicis, qui lui confia nolamnient une mission délicate. Au cours de l'année 1620, la reine mère résolut de soumettre au roi des considérations au sujet de ce qu'elle estimait profitable pour le bien de l'Ktat et la bonne administration des différentes affaires du royaume. » La charge de porter cette lettre fut donnée à Sardini, qui la reçut d'autant plus volontiers qu'outre que le style en était doux et respectueux , elle était encore accompagnée d'une autre, par laquelle la reine rendaitraison decellelà, » ne le pouvant faire de vive voix.
« Le roi, dès le jour
de son partement de ColTre Uu iïi' siicle ù Chaumont.
Uouen (où il avait tenu
le parlement), reçut l'avis de l'envoi du dit Sardini, tant il était exactement averti de toutes choses par les traîtres qui éloient entre nous... Sardini arriva près du roi le 14, à Dives; il lui fut fait défense de donner aucune lettre à Sa Majesté, de la vue duquel même il fui privé, quoiqu'il dit qu'il ne portait rien qui olfensât le sieur de Luynes. On lui fît passer pour grâce de ce qu'on ne le privoit point de liberté, et qu'on lui permettoit de retourner auprès de la reine. Ainsi le sr de Luynes, au lieu d'écouter ses plaintes, sollicita le roi de le presser et oppresser elle et les siens par les armes. Sardini ne fut pas plutôt de retour que l'on apprit que la suite des armes du roi était semblable à leur commencement. Luynes trouva peu de résistance à Caen'. »
Dès le commencement du xvit° siècle, Chaumont était en possession d'un mailre chargé d'instruire la jeunesse. Sous Louis XIII, nous trouvons Jacques Lascarl investi de celle fonction, d'autant plus digne d'intérêt qu'elle est plus modeste. Ces sentimeiils étaient partagés par les seigneurs; le ]8 mars 1614, Hlisabeth, <c fille de Jacques Lascart,
' Collcclioii PetilDl, Mémoires de Iticlielieu, l. XXII. p. 78-79.
370 LES SARDIM
précepteur de la paroisse de Chaumonl, » était présentée au baptême par noble bomme Nicolas de Sardini, gentilhomme Lucquois, et par Marguerite Groquebois.
Nous continuons à interroger les actes paroissiaux au sujet de la vie seigneuriale. Le 7 juin 1619, Paul de Sardini, sieur de Jouy, est parrain avec Isabelle de Salviati, qui signe " Ysabel ». Le 17 décentbre, c'est le tour de v Horace di Mery, gentilhomme Lucquois », qui paraît également le 30 janvier suivant. La même fonction pieuse fut remplie, en 1622, par Pierre Guirini , « maislrc d'bostel de M'jr de Cliiuimont; » le 19 février 1625, par i' noble homme Horace de Dignery, gentilhomme Lucois » ; ensuite, par <i honorable homme Laurent Gourgon, concierge du château ». Cette même année , on salue comme parrain, le 30 juillet, u Paul de Meri, fils de noble homme Horace de Meri , gentilhomme Lucois , {signé :] Meri )■ ; le 9 septembre, Paul de Sai*dini, <i chevalier de l'ordre du roy, seigneur et baron de Jouy, » avec Marie de Regnard, fille du seigneur de Rilly ; le lioicl ci'Aiiujc i Hliiis, racade sur In rue. 10 octobre, « Hoble et puissant Seigneur Paul de Sardini, chevalière du roi, et baron de Jouy et de Ghaumont, » avec Catlierine de Marcy. Si nous poursuivons notre glanée, nous voyons, le 2rt décembre 1628, noble homme Hené de Pogge, écuyer; le 17 juillet 1630, Nicolas de Sardini, écuyer, sieur de Prinçay, qui tient sur les fonts Jean, fils de Claude de la Plaine, et est encore parrain les 3 et 19 mars 1631. cette dernière fois avec Gabrielle Deriaut. Puis, c'est le tour d'Isabelle de Sardini, dame de Talcy, qui est marraine d'une fille du gredier ; et, en septembre et octobre 1632, on voit parrain et marraine d'enfants de n marchands » KHsabeth de Sardini et Nicolas Sardini, sieur de Prinçay.
Par suite de complications résultant de l'état féodal, la situation du domaine chaumontois n'était pas sans traverser quelques difficultés. Le seigneur, Alexandre de Sardini, qui s'efforçait de mettre tout en une assiette satisfaisante, lit les démarches utiles auprès de son suzerain
à Blois. Sur sa requête, en 1632, la Chambre des comples de Ulois ordonna qu'on délivrerait au dit seigneur une copie des derniers aveux et quittances du fief, « et cependant la saisye tiendra -..
L'aimable demeure continuait de réunir sons son toit hospitalier les membres et les amis de la famille, ainsi que nous l'apprenons par les cérémonies auxquelles ils prenaient part, non sans se remplacer avec une parfaite obligeance. Ainsi, à un baptême célébré le 14 mars 1633, Paul de Sardini, chevalier, sieur de Jouy, <. absent de présent du château, » fut suppléé par Nicolas de Sardini ; plus tard, le 2 mai, Paul remplit effectivement les fonctions baptismales. Le 8 octobre 163i, la fille du procureur et concierge Jean Chahaigne fut tenue sur les fonts par Paul de Sardini, « ccf du roi en ses conseils, » et par dame Suzanne Martin, « épouse de messire Nicolas Vyarl, chevalier, seigneur de la Villetle , Candé, etc., cer du roi >> ; elle signe : « Martin de Manay. »
Les cérémonies religieuses associaient fréquemment les seigneurs de Chaumont aux gentilsliommes des environs. Le 19 janvier 1630, on célé-
brait le mariage de Valentin Cosson, cscaiîor «t paitri,'.
écuyer, fils de feu Claude Cosson ,
écuyer, sr de Bury et de ta Varcnne, et de demoiselle Catherine de la Halle , avec demoiselle Vincende Itellin , veuve de Daniel Hamel, écuyer, sieur de la Frérie, dans la chapelle de la llerpinière. La même année, le 3 février et le 6 mars, Paul de Sardini remplit les fonctions de parrain. En 1637, la charge de marraine est occupée par Isabelle de Sardini, les 26 janvier et 16 mars, la dernière fois, avec Michel Le Ragois, seigneur de la llerpinière; à cette époque, on voit « Castodeau Madost, domestique de messieurs de Chaumont ». Hnfin, le !« octobre, Klizabetli de Sardini, dame de Talcy, fut marraine avec René de Pogge, « gentilhomme ordinaire de M. le comte de Sardini, seigneur de Chaumont >•.
Au cours de l'année 1638, les Sardini firent de longs séjours au «hâleau. Le 1 0 janvier, la charge de marraine est remplie par demoiselle « Elisabeth de Sardiny, fille de deffunt gentilhommt; M' Nicolas de Sardiny, seigneur de Prinçay, laquelle n'a sceu signer, •> en raison de son
âge; elle était en compagnie de Louis Bninel, marchand. Le 21 février, c'esl le tour de Paul de Sardini, baron de Jouy, avec Klizabeth de Sardini, « sa femme, dame de Talcy » ; le 6 mai, cette dernière est marraine avec Michel le Hagois, maître d'hôtel de Sa Majesté, qui, du nom de son domaine, signe <t. La Herpinière ». L'année 1639, qui nous montre Pierre Gudin comme » maistre d'hostel de monsieur de Sardiny, seigneur de Cliaumont », nous fait connaître le mariage d'un prisonnier gardé au château. Il se nommait Mauguin. En « son emprisonnement » et « personne ne le contraignant », il prit pour sa femme légitime Antoinette (nom déchiré) « dans la chapelle du chasteau de Chaumont », en présence de Claude de la Plaine, notaire, de Nicolas Lenoir, sergent au dit lieu, et d'autres.
Le joyeux carillon des cloches sur le berceau du nouveau-né allait céder la place an glas funèbre sur la couche mortuaire. Le chastel mit un long crêpe de deuil à sa bannière seigneuriale, et, dans le silence du soir, sous la voûte des grandes salles, on dressa une chapelle ardente avec un catafalque richement décoré. La personne dont la perte apportait la douleur au manoir était la vénérable dame qui lui avait donné jadis tant de douce allégresse. C'était la châtelaine de ïalcy. Ses obsèques se firent au milieu des regrets de toutes les classes, et l'acte de sépulture est ainsi conçu : •< Le 22 juin 1642, décéda sur les six heures du matin et fut le lendemain ensepulturée en l'église de Saint-Nicolas, haute el puissante dame Élizabetb de Sardiny, veufve de deffunct haut et puissant messire Lorenz de Salviati, chevalier, gentilhomme ordinaire de la chambre du roy, vivant seigneur de Talcy, laquelle a esté posée en la cave de la dite église, ou gisent les corps de deffunts M. et M°" de Sardiny, ses père et mère, après avoir receu tous les sacrcmens durant sa maladie. •<
Nous poursuivons notre excursion à travers les registres baptismaux, toujours si intéressants. Le 15 avril 1640. Élizabetb de Sardini est marraine et signe ■< Ysabelle de Prinçay ». En 1641, le 24 juillet, " d"° Marie Dolet, veufve de detl'unt gentilhomme Nicolas de Sardini, sieur de Prinçay, >• est marraine avec Georges Le Normant, curé de la paroisse. Le 30 octobre et le 19 décembre, Êlizabeth de Sardini, qui signe Isabelle de Prinçay, remplit la charge de marraine, la seconde fois, avec " Louis de Regnard, écuyer, sieur de Rilly, capitaine d'une compagnie d'infanterie pour le roy », En 1642, Isabelle de Sardini, dame de Talcy, est marraine, le 9 mars, avec le curé et, le 22, avec une autre personne. Le 6 avril, Marie Dolet, veuve de Nicolas de Sardini, est en compagnie de Jehan Oeschamps, « homme de chambre de monsieur de Chaumont » ; et, le 26 mai, d"* Elizabeth
LES SABDINI 373
de Prinçay est assistée par François Morissault, domestique de M. de Chaumont, et, le 28 août, elle se présente avec iin autre parrain.
En 1643, la justice seigneuriale de Chaumont avait pour sergent Martin Morissault, ayant un Bts nommé François. Celte année-là, de concert avec Pierre MoriasauU, « peintre à Vendôme, » marié à Jeanne CoUin, et Pierre lîelin, meunier à Veuves, époux de Huguelte Morissault, le sergent vendit à Pierre Bouclier, curé de Monteaux, un demiarpent de pré sis près l'église de ce lieu. De leur côté, les hôtes du château avaient !a gracieuseté de s'associer à toutes les fêtes de famille
cil am bord , vue ^'niValc, (travure du di'parlciiK-nt ilcs Eslaiiipc!i.
pour lesquelles on demandait leur concours. Kn 1643, d"* Isabelle de Prinçay était marraine le 3 mai, le 13 octobre (pour le fils d'un chirurgien, avec Valentin Gosson, écuyer, sieur de la Yaiennei, ainsi que le 20 novembre avec un autre parrain. Le 7 juillet de l'année suivante, elle se présentait avec Jean Yernon, procureur et receveur de Chaumont. Le 20 décembre 1644, on célébrait le baptême d'isabette, fille de Jehan de la lîranlle et de Louise de la lîranlle, qui fut tenue sur les fonts par Louis de La Marck, ci abbé commandalaire des abayes de Saint-Yve de liraine et de Notre-Dame Digues i?), >» et par Marie de La Marck, sa sœur. Le 16 septembre I64j, comme " procuratrice de d'" Uenée de Jouy ", d'" Klizabelh de Sardini, ou Isabelle de Prinçay, était marraine avec Jean Haudron, de la paroisse Saint- Honoré de Hlois.
De tout temps les arts, ainsi que les sciences et les lettres, fieurircnt dans le Blésois comme sur un sol privilégié. Le moyen âge montre avec honneur les églises de Celletlcs, de Huan , de Selles, de Nourray, de Mesland, d'Aigues-Vives à FaveroUes, et surtout l'église Saint-Nicolas, jadis
LES SAIIDIN'I 37S
renom artistique de la capitale du Ulésois, la palette montre, non sans une légitime fierté. Guillaume lîoutelou, Jacob et François Bunel et les Mosnicr. Ces derniers, pendant plus de deux siècles, formèrent une dynastie dont le sceptre passa successivement aux mains de Louis. Jean I", Jean II, Jean III, Pierre et Jacques, qui furent peintres duroî. La réputation des Mosnier leur valutdes commandes importantes pour les églises de lïlois dont celle de Saint-Saturnin garde la Vierge aux éthei'ins), à Yalençay, à Tours, à Bourgueil et en diverses localités. Peut-être faut-il leur assigner une place dans les décorations dont Chaumont fut doté au xyiil- siècle ; noua savons qu'ils avaient les faveurs de Marie de Médicis, qui commanda à Jean Mosnier une copie de la Vierge de Solario, copie conservée au musée de lïlois.
On voudrait être en droit de lui attribuer le portrait de Gaston d'Orléans, qui se voit aussi dans ce musée et reproduit la toile par Van Dyck, de Chantilly.
A l'époque qui nous occupe, Ulois avait retrouvé une partie de
l'éclat que la présence de la cour Gaston d-Orléan». au musiic <le nioi».
lui avait donné jadis, et dut cet
avantage au séjour du frère de Louis XIIL Gaston d'Orléans, qui avait épousé l'héritière du duché de Montpensier, reçut en augmentation d'apanage le comté de Hlois. Le désir du roi était de tenir le prince éloigné de la coup, où il se plaisait à nouer des intrigues. Cédant à ses idées artistiques, Gaston résolut de transformer le château de Hlois suivant le goût de l'époque, et les travaux commencèrent en 1636 d'après un plan dressé par Mansart, et qui ne fui exécuté qu'en partie, par bonheur pour les souvenirs d'art des âges précédents. Le duc d'Orléans y installa une riche bibliothèque et de précieuses collections de médailles, de gravures et de tableaux. Son inclination pour les sciences naturelles le porta à doter les jardins de plus de trois cents plantes curieuses. Ce fut dès lors une petite cour princière dans laquelle les
376 LES SAROINl
lettres, les sciences et les arts conlribuèrent à donner aux rives de la Loire un aimable reflet des magnificences royales d'autrefois, sous l'impulsion de Gaston, qui accueillait ses hôtes » d'un visage ouvert et riant », non sans leur ofl'nr « tout ce que lîlois a de friand ».
On sait que le duc d'Orléans, — disons- le de suite, — après une existence où le soir s'acheva dans un calme qui contraste avec les ardeurs du midi, reçut la sépulture dans l'église qu'il avait fondée
non loin du château. Dans le chœur de l'édifice, inspiré du meilleur stjle du xvn° siècle , sa fille , M'" de Monlpensîcr, lui fil ériger un monument funéraire rehaussé de statues allégoriques symbolisant les vertus théologales et morales, d'une bonne exécution.
Sur ces entrefaites , la terre de Chaumont était passée aux mains de .Paul de Sardini , qui veillait à accomplir les obligations que lui imposait la hié-
Monumcnt fu.u^.aire de Gallon JOrWans Tarchic féodale. Le 2 aoùl
dnns Rftlise Saint-Louis de Biais. Ensemble cl dilail. iG46, il rendit l'iiommage
au duc d'Orléans, fut t< taxé à LX livres d'espices », et, le même jour, reçut du prince une lettre de don; mais ailleurs on lit que, le 19 juillet, il présenta 1' les lettres de sa foy par luy rendue entre les mains du chancelier de S. A. Il,, qui ont été enregistrées, et qu'il doit l'aveu ». Quoi qu'il en soit, la liquidation des droits de rachat, dus par Paul de Sardini, seigneur de Jouy, pour la terre de Chaumont, fut fixée à 300 livres, d'après un compte du revenu de quatre années. Il est spécifié que le domaine « vault bien iatIUO ou 50000 livres de rente » , et que la renie de 640 livres due aux religieuses de Moncé n'est point assignée sur celle terre, <c estant deub seulement par le dit seigneur à cause qu'il a touché, ou ses auteurs, XXV*^ livres pour passage du sel et péage, sur lequel la dite rente est assignée. » D'autre part, dans les Registres des fiefs du comté de lîlois, on relève : " I04G,
LES SABOINI 377
le 19 juillet, le sieur de Sardigni a fait enregistrer ses lettres de foy. » Enfin, une note finale dil que, d'après les cartulaires des layettes (f. 99 et 100}, " Chaumont a été donné par le roi à la duchesse d'Orléans, et depuis, Jehanne d'Amboise promit au comte de lîlois de luy livrer le chasteau et luy bailler, quand il voudra. >>
La vie seigneuriale à Chaumont n'était pas sans refléter quelque rayon de l'éclat princier de la cour de Gaston, qui d'ailleurs se plaisait à monter et descendre le fleuve, parfois en compagnie de sa fille, la spirituelle et piquante M"* de Montpensier. Au point de vue local, nous glanons çà et là quelques épis, dont nous continuons à former notre gerbe de renseignements. En 1647, les 20 janvier et 26 juillet, Isabelle de Sardini, dite « de celle paroisse », occupa la dignité de marraine ; il en est de même le 1 1 octobre 1618 et le 2G février 1649. Cette dernière année, le 12 août, les fonctions de parrain et de marraine furent remplies par le noble seigneur de Sardini, <• chevalier de Malte, )i et par Isabelle de Prinçay ; le premier signe « chevalier de Sardini » , et la seconde a une écriture pesante et fatiguée qui accuse un âge avancé. Entre temps, le 4 mars 1650, Isabelle de Sardini fait une acquisition de rente et, le 12 janvier 1651, elle conclut un bail où elle est dite « demeurant à Chaumont ».
De son côté, Paul de Sardini résida fréquemment à Chaumont au cours des années 1650 et suivantes, et on le voit notamment réaliser plusieurs baux pour diverses portions du domaine chaumontois. En particulier, le 7 mai 1650, par-devant les notaires Delaunay el de la Boultais, il ratifiait une transaction le concernant et passée à Paris le 27 avril précédent; il s'agissait d'un accord conclu en son nom par Jean-François Delacroix, secrétaire ordinaire de la chambre du roi, avec Robert Gousselin, procureur au parlement, comme légataire de son oncle feu Vincent Gousselin, seigneur de la Bonardière ; en vertu de l'accord, il s'engageait à payer à celui-ci 8500 livres, à prendre dans les rentes « appartenans au dit s' de Sardiny sur l'hoslel de ville de Paris ». Plus lard (l6oG), il est fait mention de Claude Boullier, <• maistre d'hôtel de Mfl'' de Chaumont «. Le 16 juin 16i)2, on voit Paul signer le contrat de mariage de gens du pays, qui se disent « communs en biens meubles et immeubles -> , et dont « le douaire sera de 200 livres une fois payéez. pris sur les biens déclarés ».
Au mois de mai 1653, une cérémonie baptismale réunissait la châtelaine et le curé : Isabelle de Sardini était marraine avec le rccleur Le Normant. Mais, un peu plus tard, le château prenait une physionomie plus souriante à l'occasion d'une solennité nuptiale, et, par une
378 LES SARDINl
matinée de janvier, les cloches jetaient aux échos de la vallée leurs notes les plus animées. Le 26 janvier 1653, deux jeunes ûancés comparaissaient devant le notaire pour y arrêter leur contrat de mariage. La fiancée était Isabelle de Prinçay, 'i ftUe de feu Nicolas de Sardiny, écuier et sieur du dit lieu de Prinçay, et de Marie Daullé, demeurant au dit Cliaumont. » Elle paraissait tout heureuse de donner sa main à « honneste homme Augustin Vazer, maistre en l'art de pinture, demeurant en cesle ville de Chaumont, fils de Christophe Vazer et de Marie Soyer, demeurant à Amiens ». Les contractants « cognurent avoir faicl de fond le traité de mariage qui en suivant les sollennilez de la sainte Eglise sera gardé et observé ». Les époux se déclarent " unys de communs en tous biens, meubles et acquetz d'immeubles, suivant la coustume du bailliage de Blois ». L'épouse aura la somme de 3 000 livres en argent et meubles, dont 600 livres entreront « en la communauté ", et le surplus « demeurera en propre à la future ». Parmi les témoins figure <i vénérable et discrète personne M" Georges Le Xormand, curé de Cliaumont ■>. Nous observons d'ailleurs que. fidèle à son art, le fiancé a esquissé sur l'acte une silhouette au-dessous de sa signature. La présence du maître peintre Christophe Vazer Sf rattache probablement à l'exécution de travaux de décoration sur lesquels nous manquons de renseignements,
Paul de Sardini était à son château à l'été de cette année; le 31 mai, il vendit au laboureur Piou un arpent et demi de terre à Ilauterive, '< joignant vers soUare au grand clos à M. Claude de la Plaine, vers aval au même propriétaire, et vers gallerne à Lereau, et vers mont à un jardin. » L'acquéreur, chaque année, paiera de cens au château un chapon à ta fête de Saint- Etienne et baillera quatre sepliers d'avoine une fois donnés.
Au cours des années suivantes, Paul accomplit également des actes de propriété, ventes et acquêts, d'ailleurs sans importance, et l'acquisition de poinçons montre qu'il s'occupait de son vignoble. En 1660, le 8 juin fut attristé par la chute mortelle d'un homme dans la Loire. Le 25 de ce mois, un acte de propriété était réalisé par Paul de Sardini, « chevalier, conseiller du roy et de Son Altesse Royale, vicomte de Uuzancy, baron de Jouy et seigneur de Chaumont. •> Deux jours plus tard, il baitlaiL à ferme te Grand-Maindray, comprenant « maison pour le métayer, granges, establcs. jardins, prés, pastureaux, bois, buissons, terres labourables et non labourables, etc. », pour une durée de six années, moyennant « trente septiers de bled mesleil et quinze septiers d'avoyne, mesure de Chaumont, rendus es greniers du chasteau de Chaumont en bons grains et des meilleurs », plus six chapons
LES 5ARDIM 370
et six poules chaque an, à la fête de saint Jean-Bapliste. En ce tempslà, on rencontre Claude BouUier, « maistre d'hostel de mar le vicomte de Sardini ».
A partir de cette période, les documents contiennent les noms des Sardini avec les qualités de " comte et de vicomte ». Ce dernier titre était celui que portait le seigneur de Chaumont; mais la mopl devait bientôt le lui ravir. Une inscription , gravée à la pointe sur le gracieux escalier en spirale qui dessert à la fois l'aile orientale et la chapelle, nous apprend l'époque précise du décès qui eut Heu en dehors du manoir, car les registres paroissiaux n'en font pas mention. Klle est ainsi conçue : « Le quinze jeun mil six cens | soixante et sept est décédé messire | Paul de Sardiny chevalier | seig' de Chaumont et | aultres lieux , priez Dieu I pour luy. »
Le chevalier Paul laissa après lui les regrets les plus sincères. L'écho nous en a été conservé par un historien contemporain.
.. Feu M. le v'' de Sardini, „„,,„!„ j„ ^„,i„^, j, cath«rme <io Midi.;»
écrit Hernier, a si bien au chaieau du inai*.
fait de nostre temps les
honneurs du château et a tant témoigné d'amitié à tous les honnestes gens du païs Btésois, qu'encore qu'il n'y soit pas né, il ne mérite pas moins qu'on s'en souvienne, ses bontés s'estant mesme estenduës plusieurs fois sur les pauvres dans les nécessitez publiques. » Et l'auteur ajoute : « Chaumont contient plus de dix lieues d'étendue, de châtellenies et de vassaux, car Hilly, ^'euve, te Pelil-Vallière, Pontlevoy, la Ilerpinière, Nanteuil et plusieurs autres terres y vont par appel, sans parler de quelques autres qui en relèvent. >•
De son côté, Félibien écrit : « En IfilHI, la terre de Chaumont
ayant été vendue à Nicolas Largentier, fermier général des gabelles de France et l'un des plus riches hommes de ce temps là, Scipion de Sardiny, gentilhomme Lucquoys, qui avoit suivi en France la royne Catherine de Médicis, le relira par droict lignaiger à cause de sa femme, qui estoit de la maison de la Tour, de la branche de Limeuîl ; et depuis elle est demeurée dans la famille de Sardigny, où elle est encore aujourd'hui. »
Félibien nous a laissé la peinture de Chaumont à l'époque qui nous occupe. « De la ville on peut aller au château par une montée assez roide, qui rend à une porle qui regarde la rivière, mais la principale entrée est au midy du costé d'une grande plaine meslée de bois et de terres labourables. Les bastiments ont été faits en différents temps, ceux qui regardent la rivière sont les plus anciens. En entrant dans la cour, il y a deux corps de logis à droite et à gauche qui ont esté bastî par Charles de Chaumont, grand maistre et amiral de France. Le long du premier étage de celui qui est à main droite, est une espèce de terrasse de pierre de taille qui a cinq pieds de large : elle est portée par deux rangs de grandes coquilles les unes au-dessus des autres, et ces coquilles sont soutenues par des consoles ornées de masques et des armes de la maison et des alliances d'Amboise.
« Pour le bâtiment, qui est à main gauche, il n'est pas achevé. On y voit un très bel escalier, qui est demeuré imparfait et dont les marches ont huit pieds et demi de long, il est à noyau et en pierre de Liais, parfaitement bien travaillé.
« Il y a plusieurs appartements dans tous ces bastiments. Dans les plus anciens est une grande salle, fort spacieuse, qui a veuë du cosié de l'eau. La tradition veut que la royne Catherine ait demeuré dans le cliasteau de Chaumont, el que c'estoit dans ceste mesme salle qu'elle tenoit ses assemblées, quand elle conféroit avec les astrologues et les devineurs auxquels elle avoit beaucoup de foy. Il y « encore quelques meubles qui luy ont appartenu, entre autres deux cabinets, un coffre, un bois de licl et une table, le tout faict à la manière de ce temps là de bois de raport, et d'ouvrages de sculptures, el très bien taillez el dorez en quelques endroits. Il y a aussi des tableaux d'après Raphaël, assez bien copiez et plusieurs portraits de la maison de Médicis. »
L'édifice est entouré d'un chemin de mâchicoulis, el le bâtiment de Charles présente une ceinture de pierre, avec des allégories symbolisant le nom de Chaumont. Il a été fait pour une place el manque de jardin, mais présente une vue superbe sur la Loire, c On pourroil, du costé de la campagne vers le midy, continue Félibien, faire des avenues et des jardinages si grands qu'on voudroil. Il y a mesme, à
cinquante pasde la porte, une espèce de vivier très considérable, parce qu'encore qu'il soit sur une très grande hauteur, néanmoins il est toujours rempli d'une eau vive et très claire, ce qui fait juger qu'il y a des sources en cet endroit, d'où l'on pourroit tirer de très grandes commodilez, et mesme des jets d'eau dans des jardins plus bas le long de la coste'. •>
C'est ainsi que Chaumont, d'abord camp retranché, puis place forte , avait, dans le cours des âges, été doté des accroissements et des embellissements qui en font une des demeures les plus magnifiques de la France. Chaque siècle avait contribué à en rehausser l'éclat en lui imprimant son caractère particulier. Après la période des d'Amboise, auxquels on doit la reconstruction du château dans sa physionomie définitive, il était réservé à leurs successeurs, des La lïochefoucaull et Diane de Poitiers aux Sardini, d'enrichir la maison, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur, de tous les agréments que les modernes générations savent si parfaitement réaliser. Tandis que le parc était l'objet de travaux d'amélioration, un mobilier somptueux donnait aux salles et aux galeries spacieuses tous les charmes d'un luxe raffiné plus en rapport avec les goûts et les mœurs.
< Péliliion, les Maisons royales des bords de la Loire ;I681], ouvrage publié en IH74 jiBr A. (le Monlaigloii, p. SI,
uillon BU temps inoilcrnc
K de la lliblioMi^quv Nutiuiiak.
ROFFIGNAC, BEAUYILLtEIt ET RUCIIECIIOUART 383
vassal, suivant la cuiitiime du bailliage de Blois, (ète nue, sans ceinture, sans épée ni éperons ». Le visileur, en posture si parfaitement humble, était Jacques Pillorget, procureur fiscal du comté de Rostaing et de la seigneurie d'Onzain, représentant puissante dame Anne - Marie Durre d' Aiguebonne , veuve de François de Uoslaing, écuyer, comte de Rostaing, IJury et Onzain, premier chambellan du duc d'Orléans. Le nouveau venu heurta trois fois la grande porte et demanda « si le seigneur était en son château, ou autre ayant plein, pouvoir pour recevoir ses vassaux ». Ainsi qu'il était porté dans sa procuration , il venait au nom de « la dame comtesse de liurv et d'Onzain, à cause de son indisposition et maladie, pour faire audit seigneur les foy, hommage et serment de fidélité qu'elle doit pour les fiefs et seigneuries de Meuves, des Kpinets et des liergerettes ou lîergeresses, annexés au comté d'Onzain ".
Celui qui reçut l'envoyé était une personne de même qualité, Jacques Crochet, procureur fiscal de la seigneurie de Chaumont. Il répondit que le seigneur était absent. Au surplus, ajouta-t-il, » il n'y a que trois cas où le vassal peut rendre la foi par procureur : s'il est vieux, valétudinaire ou absent pour chose publique; pourquoi ladite comtesse de lîury ne peut être dispensée de la rendre en personne, la maladie invoquée dans la procuration n'étant attestée par aucun médecin ni chirurgien. »
La comtesse d'Onzain laissa s'écouler quelque temps pour guérir sa maladie, sinon la blessure d'amour-propre, et, par une avenante journée d'hiver, — c'était le 24 décembre, — elle « se transporta en personne au château de Chaumont » et offrit de réilérer l'Iiommagc présenté par son procureur; elle entendait faire la foi pour cinq arpents de pré et le petit censif de Bergeresses, ainsi que le devoir e,<t attesté par l'échange d'Onzain, conclu, le IK mai I6il , entre le feu marquis de Kostaing et la marquise de Vibraye pour elle et son mari, aussi bien que par les précédents aveux, notamment l'aveu rendu le i août l()i)0 <• à Paul Sardini, seigneur de Chaumont, dernier décédé ». Ajoutons de suite qu'en I67i, devant Leriche, notaire à Mesland , Claude Demnray, procureur de la comtesse d'Onzain, rendit hommage à l'rançois de KoHîgnac, chevalier, seigneur de Chaumont.
Les hôtes du château aimaient à s'associer à la vie paroissiale, et de temps à autre nous relevons leurs noms dans les registres » baptistaires ••. Le 8 décembre 1672, fut parrain « Mgr Jacques de Rofignac Lomer », et marraine « Marie-Thérêze de Malartic et de Malezac ■•. Le 2") juillet i67t, Marie-Thérèse de Malartic et de Malezac fut marraine avec Louis de Uenard, chevalier, seigneur de Itilly. Le
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12 octobre 1679, damoiselle Marie-Hose de Koffignac remplit celte fonction avec noble bomme Honorât de Renart, écuyer, sieur de Marive (?) , et, le 7 novembre, ce fut avec le curé de la paroisse. Le 4 octobre 1680, Louis de Roffignac, « chevalier, seigneur de Tursac, Chaumont et autres lieux, » tint un enfant sur les fonts avec Marie- Rose de Roflignac.
Les seigneurs de Cbaumont étaient fidèles à accomplir leurs devoirs féodaux, n Le 9 décembre 1679, damoiselle Marie Roze de RofGgnac, tille de messire Gabriel de Roffignac, capitaine aux gardes, fait la foy pour la moitié de Chaumont. — Le 14 novembre 1680, Isabeau de Roffignac, héritière de François de Roffignac, fait la foy pour l'autre moitié. — Le 29 juillet 1682, messire Jacques de Vassal de la Tourelle, gas(con), a fait la foy pour ta moitié. — Le 12 aousl 1683, Louis de Roffignac a fait la foy pour la moitié « de la terre de Chaumont, et il est spécifié qu'il doit l'aveu; et nous voyons ensuite, le 12 août 1685, » surseance de trois mois pour l'aveu ».
En 1691, la terre de Cbaumont appartenait, '< pour une moitié, » à Louis de Roffignac, cbevalier, seigneur de Tursac, de Marsac, Reignac. Le Bastil, et pour « l'autre moitié », à Jacques de Vassal de la Tourelle, chevalier, seigneur de Monlviel et La Barrière. A ce titre, l'un et l'autre, le 23 juin, recevaient l'aveu de Françoise Dacquier, veuve de Louis Scot, comme mère et « gardienne » de sa fille, Marie Scot, dame de Meuve et des deux tiers en la moitié des fiefs de la dite seigneurie de Meuve, ainsi que du chevalier Claude de Taillers, seigneur de Carrie, pour la moitié de ces lîefs; du cbevalier Léon Delaloue, seigneur du Portail, pour les deux tiers au tiers de la moitié de ceux-ci, et de François Delaloue, cbevalier, seigneur de ReauvîUiers, pour le tiers au tiers de la dite moitié. La dame de Meuve et le sieur Carrie demeuraient paroisses d'Onzain et de Monleaux, alternativement, et les sieurs Delaloue, paroisse de Monleaux. Ces domaines, déclarent-ils, ils les tiennent de Chaumont, <( à foy et hommage et un mois de garde du château , touttes fois que le cas y écbet '. »
' L'aveu, on ne peut plus explicite, renferme un grand nombre d'articles, et il nous suffira de si^cnalcr le logis seif^neurial de Meuve, 'i consistant en chambres basses et hautes, greniers, selliers, grange, étables, toits A bcstcs, cuulombicr, pressoir, cours, jardins, vignes, bois de futaie avec droits de garenne, et un autre corps de logis composé de deux chambres, basse et haute, cour, pasty et étables >•. La propriété consiste en terres, prés, jardins, pâtures, vignes, ouchcs, moulin " avec droit de banalité sur tous les manans et hahllans de Meuve et de la Cour, qui sont obligés d'aller moudre aud. mouUu, sous peine de confiscation de farine et même du pain qui aurait esté moullu autre part, n ainsi que dans les droits de simple voirie, de moitié -i du défais el pescherie de la Cisse aud. Meuve >i.
Parmi les joignants on remarque les prés de l'IlôleUDieu et les frères Prcscheurs ou
ROKFIGNAC. BEAUVILLIER ET H0C11ECH0UART 385
La hiérarcllie féodale était comme un perpétuel flux et reflux d'hommages des sujets k l'égard des suzerains, et les possesseurs de domaines élaieiil tout ensemble suzerains à l'égard de leurs vassaux et vassaux vis-à-vis de leurs suzerains. En l(i9l , le 29 novemlu'e, les co-seigneurs de Cliaumont, chacun pour leur moitié, présentent l'aveu il la Chambre des comptes de Blois, « aux niodiflcations portées par l'arrest >■ . A leur tour, le 2i décembre , les co - seigneurs Louis de Uoffignac et Jacques de Vassal recevaient, pour Chauniont, l'aveu de Jean Marin de Bonvent, écuyer, sieur de Villerusche. le Petil-Charnieteau et autres lieux, au sujet de la seigiieiiriedu Petit-Charmeleau , p'° de Mesland, quille de dîmes et terrages, sauf visà-vis le château de Ghaumont ; dans une dime de ce fief, le dit sieur prend la treizième gerbe, el MarmOU- 0>ITi-c( de inndiif,-'; i'" ^vi'^^ sUtIc, i Cliannninl.
lier la douzième; et,
dans une autre, il prend la dixième gerbe; il relève de Chaumont à foi et hommage, et un roussin de service, quinl, requint, denier et rachat. Dans l'acte, on voit les termes de *i baronnie de Chaumont »; Jean Crochet y est dit « notaire soubz le scel de la bai-onnie de Chaumont », el le seigneur est qualifié " baron de Chaumont ». Mais ce sont là des titres de déférence, et il ne paraît pas que la chàtellenie ait été officiellement constituée en baronnie: de fait, dans les pièces
Jacobins de Blois, le prieuré de Mesland, lu conilosse de Hury, le prieuré de Sanlenay, la Justice de Meuve, les eures de Monteaux et de Heslnnd, la Croix de Pierre, les prés de Pontlevoy, de Chaumont, de Fonlaiiies-lcs-Ulanches, de la boite des trépassés des églises de Monteaux et d'Onzaiii, le suif^iieur de In cour d'Abas. L'aveu l'enfcrinc la série des gens ou établissements qui, k leur tour, relèvent des dits « nvoîiants >i, el parmi eux on observe les couvents de Moucé, dc^ l''oulaines-les-Blanclios, les boites des trépassés et du Saint-Sacrement de Montc.iux, celle dos trépassés d'Onzain, les prieurs do Mesland el de Loré, les chanoines de Saint-Sauveur de Blois, les religieuses de la Guiclie, le couvent de Gûtines et l'Aumône ou Hôt«l-Dieu de Dlws.
386 ROFflGNAC, DEAUVILLIER ET IIUCHECHOL'AHT
officielles de la Chambre des comptes on rencontre le terme de « chastellenie ». Du moins, à l'ombre du cbâteau l'on vivait heureux et les actes officiels nous montrent remplissant la charge de parrain, en 1697, Etienne du Rosier, « fermier de Chaumont », et, en 1704, Etienne du Hosier, « sieur de la Chevalerie ».
On possède peu de renseignements sur Louis de RolTignac et Jacques de Vassal de LaTouretle, co-seigneurs de Chaumont. A Paris, à l'occasion de travaux, vers le milieu du siècle passé, on a retrouvé une pierre tombale qui portail l'épitaphe de « très haut et très puissant seigneur, messire Jacques de Vassal, marquis de Monviel, seigneur de Marzat et autres lieux, ancien gentilhomme de la chambre de Mgr le duc de Bourgogne, et lieutenant général des armées du roi, mort à Paris, le 19 septembre 1744, à l'âge de 87 ans ». II semble bien que ce soit le seigneur chaumontois.
Le xvii° siècle ferme les annales de Chaumont sur le nom des Beauvillier, dont le souvenir est intimement lié à l'histoire de la terre de Saint-Aignari, sur la rive gauche du Cher. Après Émery de Beauvillier, sire du Bouchet et d'Estouteville , auquel nous ta voyons en 1496, on rencontre Claude I", pour lequel elle fut érigée en comté, et qui périt à Pavie; Claude II, marié, en lo60, à Marie Babou de la Bourdaisière , dont une fille, aimée de Henri IV, devint abbesse de lieaumont-Iès-Toups; enfin Honorât et François.
Louis Xn' avait une profonde estime pour François de Beauvillier. Il en fit le premier gentilhomme de sa chambre, érigea pour lui Saint-Aignan en duché et le nomma gouverneur du Berry et du Havre-de-Gr<ice, et lieutenant général de ses armées. Son bôlel, à Paris, était situé rue de l'Echelle, paroisse de Saint-Kocb. Sa femme, Antoinette de Servien, digne de son époux par ses hautes qualités, lui donna plusieurs enfants, dont deux filles, abbesses du Lieu-Notre- Dame, près de Bomorantin, et deux garçons, Paul et Pierre. Le dernier fut tué à la journée du Saint-Gothard, dans laquelle les Français et les Impériaux battirent les Turcs, en 1664. Quant à Paul, son père trois ans avant sa mort se démit de son duché en sa faveur; mais le fils, plein de déférence, ne prit que le titre de duc de Beauvillier, pour laisser à l'auteur de ses jours celui de duc de Saint- Aignan.
C'est à Paul de Beauvillier qu'il était réservé de donner à la famille tout l'éclat qu'elle pouvait recevoir. Né au château de Saint- Aignan, le 24 octobre 1648, il réunit entre ses mains la possession de riches domaines et de dignités considérables. Rois et princes,
BOFFIGNAC, BEALVILLIER ET ROCII ECEIOUAHT 387
pleins d'estime pour ses mérîles supérieurs, se l'altachèrent étroitemenl. Louis XIV l'éleva à la dignité de chevalier de son ordre, de premier gentilhomme de sa chambre, gouverneur et lieutenant général du Havre -de -Grâce et pays en dépendant, chef du conseil royal des finances et de ministre d'État. A l'apogée de sa gloire, le roi confia au duc la mission la plus délicate, celle de l'éducation du duc de Bourgogne, l'espoir de la monarchie et de la France; il fut, à cet égard, premier gentilhomme de sa chambre el maître de sa garderobe, et de plus fut investi de la charge de gouverneur.
Cette dernière qualité lui valut, en une circonstance, un privilège dont nous empruntons le souvenir à un auteur contemporain. La cour était en fête, et c'était au soir d'une journée d'épousailles, h Au sortir de la table, raconte un témoin, le roi alla dans l'aile neuve, à l'appartement des mariés. Toute la cour, hommes et femmes, l'attendoil en haie dans la galerie, et l'y suivit avec tout ce qui avait été du souper. Le cardinal de Janson fit la bénédiction du lit. Le coucher ne fut pas long. Le roi donna la chemise à M. le duc de Iterry. M. de Bouillon avoil prétendu la présenter comme grand chambellan; M, de Beauvillier, comme gouverneur, eut la décision du roi pour lui et la présenta. Les mariés couchés, M. de Beauvillier el M"' de Saint-Simon tirèrent le rideau de leur côté, non sans rire un peu d'une telle fonction ensemble'. »
Mais le noble chevalier était en mesure d'accomplir une mission plus diflicile et plus distinguée, et la nature l'avait doué des plus excellentes qualités. Aussi bien, un contemporain avisé et d'ordinaire peu indulgent l'a dit. le duc Paul de Beauvillier était <• capable, et en même temps digne de former un excellent roi, bon, saint, grand devant Dieu et devant les hommes. Il y avoit mis tous ses talents et tous ses soins, et il voyait avec ravissement et actions de grâces continuelles, que le succès passait de loin ses plus tialtenses cspé* rances. Il se trouvait le conseil intime, le ctvur, l'esprit, l'âme de ce prince qui en avoit infiniment. Il en altendoit tout pour le rélaltlistsement de l'ordre, de la justice, du bonheur des sujets de tous lex état», et le rétablissement du royaume, parce qu'il en savoit les viich, le» projets, les désirs, que lui-même avoit inspirés*. "
Dans cette tache éminente. on n'a pas oublié que le nom de l'iiid de Beauvillier est associé à celui de l'aimable Fénelon, le futur iirclievéque de Cambrai. La gloire sereine et pure du maître de wtirf ln'lli'
' .Saml-Simon. M-moiret. t. \[\l.
> W.. ibid., l. X. ch. lïii.
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langue et du prélat au caractère magnanime, dont le duc avait fait « l'âme de son âme et l'esprit de son esprit » , rejaillit à sod tour sur la mémoire du duc, qui lui demeura fidèle aux heures sombres de l'épreuve. De son côté, au milieu des intrigues des plus hautes personnalités, Louis XIV soutint Paul de Beauvillier, voire même à l'enconlre de M"" de Maintenon, et il se plaisait à dire de lui : n C'est un des plus sages hommes de la cour et de mon royaume. » Par malheur, dans la suite, la mort devait moissonner le fruit de tant de travaux, et la tombe emporta le prince éminent sur lequel la France anxieuse portait son regard avec complaisance, dans l'espoir d'un règne vraiment grand et réparateur.
Outre les dignités que nous avons indiquées, Paul de lîeauvillier occupa celles de gouverneur du duc de lierry, petit-fds de Louis XIV, comme troisième fils du Grand Daupliin, de premier gentilhomme de sa chambre et surintendant de sa maison. Il remplit des fonctions sembliiblcs auprès du roi catholique; lorsque le duc d'Anjou, deuxième fils du Grand Dauphin, alla prendre possession du trône d'Kspagne par dessus les Pyrénées abaissées, à l'hiver de 1700, le duc de Beauvillier eut l'honneur d'accompagner le futur roi Philippe V jusqu'auprès de son trône et laissa, dit-on, le récit de ce voyage célèbre, qui se conserverait dans les riches archives du château de Saint-Aignan.
Une union glorieuse rapprocha le duc de la famille du plus grand ministre de Louis XIV. Le 21 janvier lfi7l, Paul de lieauvillier prit la main de Henriette-Louise, deuxième fille de Golbert, l'éminent secrétaire d'Ktal, et de Marie Le Charron. L'étendue de la fortune répondait à l'illustration, et, indépendamment des duchés de Beauvillier et de Saint-Aignan, Paul posséda les seigneuries de la Ferté- Saint-Aignan. de Pallnau-sur-Indre, des .\ix-d'Angillon, d'Humbligny. En ItiK."), son hôtel de Paris est dit <■ rue Neuve-des -Petits- Champs », et deux ans plus lard, » rue \'ivien •>.
Paul de Beauvillier savait, à l'occasion, étendre ses domaines. Dans un acte de ItillS, il est dit seigneur des Aix, de Martizay, llumbligny, Boisteaux, La (irange, Bas-Fouillay et autres lieux; il avait alors son hôlel à Paris, » rue Saint-Aveys {sic), p"° Saint-Micheldes-Champs ■■. V.ii août ir>99, avec le litre de gouverneur du Havre, il est dit gouverneur et lieutenant général des villes et châteaux de Loches et Beaulieu.
C'est l'année même où le duc de Saint-Aignan fil l'acquisition de la terre de (^hauuiout , ainsi que du comté de Buzançais, Mais la joie de possédei- ces deux superbes domaines devait être assombrie par la
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bouche enfoncée, des yeux d'esprit et perçants, le sourire agréable, l'air fort doux, mais ordinairement fort sérieux et concentré. Il était né vif, bouillant, emporté, aimant tous les plaisirs. Beaucoup d'esprit naturel, le sens extrêmement droit, une grande justesse, souvent trop de précision; renonciation aisée, agréable, exacte, naturelle, Tappréliension vive, le discernement bon, une sagesse singulière, une pi-évoyance qui s'étendait vaslement, mais sans s'égarer; une simplicité et une sagacité extrêmes, et qui ne se nuisaient point l'une à l'autre. » Gomme une aimable et majestueuse assemblée de famille, en la galerie du château de Saint- Aignan , outre le portrait du duc Paul, on voit réunis ceux de Claude, de Honorât, de François et de Paul-Louis de Beauvillier, avec de cliarmanls petits portraits des duchesses de Saint- Aignan.
Les brillantes et fortes qualités de l'homme d'Etat recevaient un lustre particulier de son goût pour les lettres et pour les arts. Il avait son fauteuil ii l'Académie française et se plaisait aux entretiens avec les esprits les plus cultivés, sans d'ailleurs se refuser à y composer quelque quatrain avec Chapelle ou tout autre immortel. La mort, qui n'a pas l'habitude de distinguer entre les coups qu'elle frappe, emporta le duc Paul le 31 août 1714. Comme il avait, hélas! vu mourir avant lui ses deux fils, h qui promettaient toutes choses. » les domaines de Sainl-Aignan passèrent à son frère utérin Paiil-Ilippolyte, el la terre de Chaumont demeura à sa veuve.
Henriette -Louise Colbert garda fidèlement la mémoire de son époux, et ce culte, après avoir été l'honneur de sa douce vie d'épouse, fut la consolation de sa mélancolique existence de veuve. Sa carrière se prolongea pour la joie des déshérités, car elle était parfaitement bonne la dame de Chaumont et d'Aix-d'Angillon, la duchesse de Beauvillier et de Saint-Aignan. La nïain bienfaisante qui fonda et dota riIôtel-Dieu de celle dernière localité ne dut pas manquer de répandre les bienfaits sur les bords de la Loire, où son mari avait laissé un impérissable souvenir.
L'intendant du domaine, dès le commencement du xviii^ siècle, était Henri de Lommor. Après avoir vu par ses soins vigilants, le 23 mai 170i, enregistrer au greffe de la chambre de Blois l'hommage que le duc de Beauvillier avait rendu au roi pour la terre de Chaumont entre les mains de M. le chancelier, nous voyons, le 30 décembre 1716. enregistrer de même les lettres de la foi rendue par la duchesse de Saint-Aignan et de Beauvillier. L'année suivante, en son absence de Chaumont, César Cotereau fit l'aveu pour le fief de Montcontour. paroisse de ^'ouvray. Puis, le 13 février 1729, la duchesse en qualité
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de dame de Chaumont rendit l'aveu du domaine dont l'acte original est conservé aux Archives nationales.
A l'été de 1733, une pieuse solennité apportait l'allégresse au cœur de la population en même temps qu'une édifiante distraction pour les regards de la foule, toujours éprise de ce qui charme les yeux. Après des travaux à l'église de Saint-Martin, on procéda à une nouvelle bénédiction. « Le quatre juillet 1733, lisons-nous dans le registre de paroisse, a esté bénite la chappelle du prieuré de Saint- Martin de Chaumont, par moy curé soussigné ayaïnt obtenu le pouvoir et la permission de Mgr l'illustrissime evesque de Blois, assisté de M™ Augustin Habereau, mon vicaire, avec toutes les cérémonies requises, et en présence de M. Turmeau, procureur de seigneurie du comte de Chaumont, du sieur Millet, et autres habitans de la paroisse de Chaumont: (signé) Crochet, curé; Habereau, vicaire; Turmeau. »
La dame de Chaumont, qui, durant son absence, s'associait de cœur aux manifestations de la vie religieuse sur l'étendue de ses domaines, eut d'ailleurs la consolation de trouver un soulagement à son veuvage dans l'affectueux attachement de l'enfant qu'elle avait eue du duc de Beauvillier. Marie -Henriette — c'est son nom — réunissait en sa personne les nobles qualités d'esprit et de cœur de son père, et promettait de faire le bonheur de l'époux auquel elle unirait son existence. La duchesse ne put qu'accueillir avec satisfaction la demande qui fut faite de la jeune fille par un gentilhomme de la famille de Rochechouart de Mortemart. Les joies de cette union contribuèrent à adoucir les angoisses de la séparation que la mort se chai^ea de réaliser, en l'année 1736, entre la mère et ses enfants bien-aimés.
La famille de Rochechouart de Mortemart prend rang parmi les plus nobles lignées françaises. Le bâton de maréchal y louche le chapeau de cardinal par dessus le front de maints chevaliers de l'ordre du Saint-Esprit. Le Poitou, sous de beaux mausolées de marbre et de bronze, en l'église des Cordeliers abrita, au soir du xvi" siècle, les cendres des ancêtres René de Rochechouart et de sa femme Jeanne de Saulx. Gaspard, l'ainé de nombreux enfants, donna le jour à Gabriel, et ce puissant duc de Mortemart eut ta satisfaction d'être père de trois filles célèbres pour leur beauté et leur esprit, sans compter un duc et maréchal de France. A peine est-il besoin de rappeler le nom de Marie-Madeleine, qui fut supérieure de Fontevrault et dont les éminentes qualités et les rares connaissances Brent la correspondante admirée des lettrés et des artistes de son temps, qui l'appe-
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du 15 novembre 1736 nous montre Charles-Auguste de Rochechouart de Morlemarl, duc de Rochechouart, pair de France, <> premier genlilhonime de la chambre du roi, prince de Tonnay-Charente, comte de lîuzançais, grand d'Espagne, seigneur d'Argy et de Palhiau, Chaumonl. Lumigny, La Malmaison et autres stre de camp du régiment de Moranlerie , mineur émancipé d'âge, ique héritier — sous la réserve de e de droit ou coulumière — de ame Henriette-Louise Colbert, du- Beauvillier, veuve de Paul duc de c son ayeiile maternelle •>. Le seidit demeurant « à Paris, en son e Saint-Guillaume, quartier Saintparoisse Saint-Sulpice '•.
Par-devant notaire à Paris, le 13 novombre 1736, comme propriétaire de Ghaumont , il reconnut que celte terre est chargée envers les dames de Moncé de 500 livres de rente à Noël, et <( du droict de pâturage et pacage pour les porcs qu'elles ont dans leur métairie du Pau, et pour les porcs do leurs fermiers dudit lieu, dans les bois de la seigneurie de Ghaumont; suivant l'arrêt du conseil d'État du 27 juillet 1636 .., ordonnant qu'on leur paie cette rente pour l'extinction de sept Maillant, le châicau ei i« chapcii., .'Ut n<-i«ci. septiers de sel à prendre sur le péage et les revenus de Ghaumont; et selon la sentence rendue au bailliage de Bléré, le 3 mai 1702, entre les dites dames et le duc de lieauvîllier. Partant, le duc s'oblige à remplir ces obligations sous la garantie de ses biens meubles et immeubles. La même reconnaissance à l'égard des dames de Moncé fut faite par le seigneur de Ghaumont en 1740.
A cette dernière date, la seigneurie avait changé de famille, et avait été acquise, à l'automne de 1739, par l'ancien maître des requêtes Nicolas Bertin. L'année suivante, le 29 septembre, Bruno-Maximilien Bertin,
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conseiller au Parlement, <t demeurant à Paris, isie et paroisse de Saint-Louis, du pi-ésent au chasteau de Chaumont, <> comme ayant procuration, du 12 octobre 1739, de « messire Nicolas Bertin, chevalier, seigneur de Chaumont, maître des requêtes honoraire, demeurant dilte isle et paroisse de Saint-Louis », fit la reconnaissance féodale dont il vient d'être question. « En conséquence de l'acquest, déclare-t-il, qu'a fait le dit seigneur lierlin, notre père, de la seigneurie de Chaumont et ses dépendances, de M. le duc de Rochechouart,
Cliaiiitinnt . aile occidenlalc , façade sur la cour.
par contract passé devant Deshayes n" du Chàtelet, le dit 12 octobre dernier, » il reconnut que le seigneur s'oblige à payer aux dames de Moncé la rente qui leur est due sur la terre de Chaumont: {sitfné) n Bertin de Vaugien ».
Avant de poursuivre, nous ferons remarquer que depuis lors l'illustre famille de Rochechouart n'a pas cessé de conserver des rapports avec Chaumont. On sait que le superbe château de Meillant, dont les annales se rattachent si intimemcnlàl'histoire de la famille d'Amboise. est actuellement la propriété de M. le marquis de Morteniart, qui entoure d'un culte fidèle le beau monument, ses œuvres d'art el ses glorieux souvenirs.
Le nouveau seigneur ne paraît pas avoir fait de fréquents séjours à son château. Du moins il s'y montrait de fois à autre, et, le 8 janvier 174ft, on voit à un mariage '■ Me Maximilien Bruno de Vaugien ,
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de cette paroisse, seigneur, » lequel signe « Berlin ». La même année, on rencontre Félix Dufrayer, arpenteur géomètre, et ailleurs, « géographe, demeurant au château de Chaumont » (1752).
En ce temps-là, une personnalité marquante du parlement de Bretagne apporta au manoir comme un reflet anticipé des préoccupations qui n'allaient pas tarder à remuer cette province. La Chalolais et ses partisans n'avaient pas ^encore caressé les instincts d'indépendance qu'elle portait ' en^ soi, mais on avait comme le pressentiment de l'émotion qui se préparait. En 1748, le vieux toit féodal donna l'hospitalité à un avocat breton, peut-être un ami de linmo Bertin, conseiller au parlement de Paris.
Mais son séjour n'y fut pas de longue durée, et, le 5 novembre, on faisait la sépulture, » dans l'église paroissiale, de Charles Keating, écuyer, avocat au parlement de Rennes, mort d'hier, au château de Chaumont, après avoir reçu tous les sacrements, âgé d'environ cinquante ans <>.
Le chevalier Nicolas Bertin ne devait pas conserver longtemps le domaine. Sa possession aiapdtc Ue chaumont. fut marquée par une modification importante au chastel. C'était l'époque où le goût de la nature libre, des larges horizons et des riantes perspectives se répandait dans les esprits et dans la bttérature, aussi bien que dans les arts. Bertin éprouva le besoin, j'allais dire de dénouer les bras qui se croisaient sur la poitrine du preux, en faisant disparaître l'aile qui regardait la Loire, de manière à ce que la cour d'honneur fût ouverte sur ce magnifique panorama. Il lui sembla que ce n'était pas assez d'en jouir des salles de ce bâtiment, et qu'il fallait que le décor fût, pour ainsi dire, déroulé sans cesse sous les regards. Une terrasse remplaça le logis détruit, dont on voit encore le point d'amorce sur le mur de la chapelle, et depuis lors les visiteurs se plaisent à contempler, de ce point culminant, les charmes de la vallée vraiment enchanteresse. Le dessin de Gaignières que nous avons trouvé au département des Estampes a le tort d'avoir été fait de la
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rive droite de la Loire et, ne donne que d'une façon sommaire la pliysionomie de celte façade ; du moins il peut aider à reconstituer l'aile disparue. Ce changement fut l'occasion de remaniements pour ta chapelle, soit dans le couronnemenl, soit dans la voûte elle-même, dont une portion garde l'empreinte de cette époque. En même temps, l'extrémité de l'aile du couchant fut l'objet de travaux destinés à agrémenter la partie ainsi transformée.
Quel architecte présida à ces modificalions'? Nous l'ignorons; mais nous croyons connaître l'entrepreneur d'après les registres paroissiaux. En elfet, le 3 juillet 1742, fut enterré » dans l'église Saint-Nicolas le sr Loup Paris, m° maçon, de la paroisse de Saint-Médard de Paris, qui est mort au château, âgé d'environ 50 ans, après avoir reçu tes sacrements; en présence du sr Christophe La Mothe, receveur de M. Itertin, seigneur de Chaumont; de Claude Rabier, garde du château; Louis David, jardinier; le s"" Claude Messiêre, le s"" Kstienne Salion, maistre maçon de Paris » : {siffnë) u Chénetier , curé ».
Kn 1750, Nicolas Berlin vendit le domaine à Jacques- Donatien Le Ray. Avec celui-ci Chaumont entre dans une ère exceptionnelle de prospérité, qui rejaillit sur la région entière. Mais, avant d'aborder ce qui te concerne, nous voulons grouper en un faisceau spécial les souvenirs qui se rapportent plus directement à l'histoire du couvent et de la paroisse. Cette synthèse nous permellra de mieux embrasser les divers aspects de la vie religieuse et populaire que l'historien a la tâche de mettre en relief, sous peine d'omettre tout un côté, et non le moins intéressant, des annales du pays et de la nation.
Tapis«ei-ic du chaUau. lin du iv on dêbiil du \vi- sii-cl.' e la ri-prfscDialion d'un caslcl dans le (renrc de ci-Uii de
lant dessoubz le fimiami'nl Mais au dessus triumpbe rclernilê.
[ Tspiiserie île ChaumonI,]
A fondation de Tabbaye de Ponllevov par Gelduin. en regard de la forteresse militaire, animée par le mouvement de la vie féodale, nous a fourni l'occasion de placer le calme religieux du cloître, asile paciHque des travaux de l'esprit el des mains. Or, le rôle important rempli par ce monastère , aussi bien que ses attaches avec Cliaumont , nous fait un devoir de lui consacrer quelques pages, surtout à l'heure où les souvenirs sont bien près d'entrer dans la pénombre de l'oubli.
Le premier abbé qui dirigea Ponllevoy, à partir de 1034, esl Ansberl, qui était originaire du Poitou et fut prieur de Saint-Florenllès-Saumur. Il était très considéré par les gentilshommes, aussi bien que par les réguliers. Kn 1037, on le voit à Saint- Louans, près de Chinon, signer la donation que Thibault et Ktienne, comtes de Hlois, firent à l'abbaye saumuroise: un peu plus tard, il assiste â la dédicace
de l'église de Vendôme par l'évèque de Chartres. On place sa mort en l'an 1040.
Le couvent fut ensuite dirigé par Gui, qui parut dans une assemblée, à Tours, en 1004, et quitta ce monde le 26 novembre, on ne sait pas au juste de quelle année. Au souvenir de l'abbé Giral et de son successeur Pierre, qui gouvernait en 1089, se rattache la mémoire de dons faits par les comtes Thibault et Etienne dans leur capitale , ainsi que de l'église de Bracieux, au confluent du Beuvron et de la Bonneheiire; il y eut aussi le don de la collégiale Saint-Florentin d'Aniboise, par Hugues de Chauniont; mais cette donation n'eut pas d'eiîet, par suite des circonstances. Après 1096, le couvent passa sous la direction de Drogon, et un titre d'Yves, évêque de Chartres, rappelle qu'alors l'abbaye possédait dans ce diocèse les églises de Thenay, Sambin, Ghitenay, La Celle-Saint-Mondric. Chaumont, Sainl-Gervais de Blois, Saint-Dié, Muides et Saint-Bobaire, auxquelles vint s'ajouter \otre-Dame-de-Nanteuil, à Montrichard.
Drogon, qui vivait encore en 1110, fui remplacé par Waultîer, ou Gautier, sous l'abbatiat duquel le prêtre desservant N'anteuit apporta de Jérusalem une relique de la vraie Croix, depuis lors vénérée dans le monastère. En outre, le couvent fut doté « des églises de Cherré . de Maës, de Choussy, de Thésée, de Lorges, de Pruniers, de Gy et de Soems », ces trois derniers prieurés -cures dans le diocèse d'Orléans. Ainsi l'influence du monastère bénédictin faisait rayonner sur les provinces voisines l'aclion bienfaisante de l'esprit évangélique. Le xu° siècle vit l'abbaye s'enrichir des dons de l'église Saint- Martind'Eslableaux, à Pressigny, d'Igné, en Bretagne, ainsi que de Saint- Léonard et de Saint -Nicolas, à Fougères. A la mort de Gautier, vers 1131, les religieux élurent Fulbert, non sans tenter d'ailleurs de s'opposer aux prétentions des délégués de l'évèque chartrain, de concert avec les paysans placés sous la dépendance des moines. Mais cet abbé, « de pieuse mémoire, » renonça ensuite à cette dignité, et on lui donna pour successeur Foucher.
L'abbé Foucher eut la joie de voir trancher un différend domanial qui s'était élevé entre le prieur bénédictin de Saint-Thomas, à Amboise, et les chanoines de Saint-Florentin. L'accord fut rédigé sur une charte dite « endentée », indentata ; ce nom tient à ce que l'on écrivait deux fois le texte verticalement sur la même feuille, et que, dans la marge intermédiaire, on traçait des majuscules qui se trouvaient coupées en deux par la section qui survenait, en sorte que l'authenticité résultait du rapprochement des deux parties. Arnoul , prieur de Saint-Thomas, qui était versé dans les sciences et les lettres.
DU CHASTEL AL MOUSTIEll 399
devint prieur de Ponllevoy. La bibliolhèque conservait deux manuscrits de sa main : il s'agit d'un martyrologe, celui d'Usuard, augmenté du propre de Ponllevoy, d'homélies, de la règle de saint Benoît, d'un nécrologe et de la liste des monastères en société avec les Ponliléviens'; le second volume est un recueil de capitules et d'oraisons pour l'année, suivi d'un nécrologe où paraissent notamment le chantre Pierre et le bibliothécaire. Une mention spéciale nous apprend que " Jean , italien , moine de Marmoulier » , jouira durant sa vie et après sa mort des divers suffrages ; on lui devait de la gratitude pour avoir soigneusement relié un grand livre appelé Bibliolhèque , ou la sainte Bible. L'abbé eut la satisfaction de voir un diplôme pontifical, en il43, confirmer les dépendances spirituelles et temporelles de l'abbaye dans les diocèses de Chartres, de Rennes, d'Orléans, de Tours, de Bourges, de Séez , el jusqu'en Angleterre.
Après un court interrègne de Tabbé Vulgrin , ta crosse passa à Ernaud, qui avait cessé de vivre en 1 158 ; puis à Herbert, ^,;,^^, ^^ Po„ucvo,-, «niccdc NoCI.
pour lequel on voit les moines avec J initiale de Joseph ^ ttibl. de Illiiin;.
solliciter « la bénédiction » de
l'évèque de Chartres. Sous l'abbaliat de Jean I", qui gouverne dès 1 163, le couvent reçut une série de dons, non sans avoir des démêlés, ici avec les Templiers, là avec des laïques, et ailleurs avec des moines. Pour résoudre les difficultés, quand on ne tranchait pas le différend à l'amiable, on recourait à l'arbitrage d'un haut personnage ou à la sentence du juge temporel, sinon à l'épreuve judiciaire ou duei.
' PoDtlevoy était en association de prières avec les couvents <le Siiiiil-l''lon<iil île Sniir; Saint-Pierre de Niculle; Marmoutier; Saint- l.omcr de mois; In Trinilé de llenui; Villeloin; Saint-Pharon de Meaux; la Trinité de Vendôme; Snint-I'iial de Corry; Saint-Uesniin; la Sainte- Vierge de la Charité.
DU CEIASTEL AU MOUSTII
De fait, parmi les procédés judiciaires en usage au moyen âge
se place le duel, el quand on n'arrivait pas à vider une alFaire par les
décisions juridiques, on recourait à ce mode, qui était un héritage de
l'antique barbarie. Au nombre des donations faites aux monastères,
figurait parfois celle de serfs, hommes ou femmes, dont les enfants
appartenaient au seigneur temporel , quitte à faire ensuite un partage
s'il y avait pluralité de seigneurs. Un personnage nommé Quatrebouls
avait donné à Pontlevoy deux hommes et deux femmes en qualité de
serfs. Sa fille Hglanline ratifia la
donation; mais, ayant épousé un
certain Guillaume, dit « Mauvaise
Tête », elle prétendit n'avoir rien
ratifié et, en conséquence, le mari
réclama les quatre serfs.
L'alfaire fut portée devant Hervé, comte de Saint- Aignan , qui ordonna au\ deux parties d'apporter les preuves de leurs dires , sinon on recourrait au duel. D'après la coutume, les religieux et les femmes étaient exempts de l'obligation de se battre . mais ils avaient le devoir de fournir un ScenucictviuiqiicsV le Jeu.it;,oomii-(r Anjou, champion. Faute de s'entendre,
vors 1040. Aifliivcs (11- L.-ol-C 'V. p. 31. ii ■, ■ . i
on allait recourir a ce moyen de vider le différend, quand Églantine fut prise de remords. Au moment de prêter serment, elle avoua qu'elle avait naguère ratifié la donation , et les quatre serfs furent laissés à l'abbaye avec leur succession et descendance. C'était en l'année 1 173, et l'acte fut revêtu du sceau du comte Hervé.
Sous le gouvernement de l'abbé llcginald, ou Uaynal, en 1 18fi, se fit la translation des reliques de saint Lonier, à laquelle assista Thibault, comte de Blois, el son épouse Alix. Si nous visitons alors l'abbaye, nous sommes frappés par lintroduclion de certains abus qui, eu grandissant, ne pouvaient manquer de produire de sérieux inconvénients. On y voit des enfants en bas âge que leurs parents dévouaient aux exercices religieux, sans attendre le consentement canonique de l'adulte. Par contre, des étrangers demandaient à venir mourir au couvent, à y prendre l'habit au lit de mort, et laissaient leurs biens en tout ou en partie. Ainsi, â Cbaiimont, Régnier Gofer, se voyant près de mourir, demanda à être revêtu de l'babit monas-
tique, ce qui lui fut accordé, et il fut enseveli à Ponllevoy. En récompense, son fils Robert fit don d'un revenu annuel de deux seliers de grain; il ratifia cette donation dans le chapitre, le 6 juin H96, en présence du chapelain de Chaumont, Raoul de Madon, qui fit lui-même présent de 3 sols d'argent, ainsi que fîeolîroy, frère du défunt. En d'autres circonstances, on voit certains religieux manquer au vœu de pauvreté, en possédant et administrant des revenus personnels dont ils disposent d'ordinaire pour des fondations pieuses, et parfois pour une pitance supplémentaire, comme « gâteaux et coupe de bon vin », à distribuer aux religieux les jours de fêtes, ce qui ne pouvait déplaire à personne.
La mort de lïaynal, vers 1197, fit donner la crosse à Saincellus, ou Lancelinus, puis à Mathieu, sous lequel on régla un différend liturgique et financier entre l'abbé et le curé de PontleVoy; le monastère reçut des dons variés, et étendit le rayon des
associations conventuelles. En certains endroits, en particulier sur les terres de Feins. Chaumes et Colonnes, on voit un maire, major, exercer au nom du monastère plusieurs droits importants. Cet officier avait qualité pour lever les revenus des moines, remplir certains actes judiciaires à l'égard des hommes demeurant dans son rayon, vider différends et procès quand ils ne dépassaient pas 5 sols. Comme paiement, il pouvait lever la dîme de la neuvième partie, percevoir le droit de gîte avec quelques autres; et, en retour, il devait faire hommage à l'abbé et lui offrir un roussin de la valeur de iÛ sols.
Nous avons parlé de différend. D'ordinaire, les curés de Chaumont vivaient en bonne harmonie avec le monastère pontilévien, mais le choc des intérêts ne pouvait manquer de causer parfois quelque désaccord. A l'hiver de 1233. la paroisse était régie par Gille Personne, qui se trouva en conflit avec les moines pour les dîmes des novalles, ou des terres nouvellement défrichées, et distinctes des grosses dîmes. Les religieux y prétendaient en vertu d'un privilège pontifical, et
40a DU CHASTEL AU MOUSTIER
parce qu'elles fournissaient à leur chauffage quand on faisait « les vuides de la forest de Chaumont >'. On finit par s'entendre et, au mois de janvier, on signa un accord ratifié par l'évéque de Chartres, d'après lequel le curé abandonnait les novalles aux moines; mais ceux-ci devaient lui payer annuellement deux boisseaux de seigle. L'année d'après, pour racheter cette redevance, les religieux abandonnèrent la grange des novalles au curé de Chaumont. Un peu plus lard, un autre différend fut clos par un nouvel accord, aussi sanctionné par l'évéque de Chartres; en vertu de celui-ci, l'abbé céda au curé les oblations, moyennant la somme de 100 sols, et le curé renonça à toutes les novalles de sa paroisse, sauf celles du quartier de Bois-Arraud, oit il recevra la grosse el la menue dime. A cette occasion, le prélat se plaît à constater n la régularité de la discipline et du service divin chez les moines pontiléviens ».
Kn 1239, Pontlevoy était dirigé par l'abbé (lédéon , qui eut pour remplaçant l'abbé Laurent, auquel succéda Geoffroy 1er, qui paraît en 1250, et qui laissa aux religieux 100 sols de revenu annuel pour leur acheter des tuniques. A cette époque, si nous parcourons le cérémonial du couvent, nous y relevons pour le chant la notation neumalique, qui a précédé la portée et les notes de la gamme. A côté des rites et des prières d'un usage universel, nous observons des cérémonies et des usages d'un caractère propre et local. Ainsi le Gloria in excehis comportait des versets complémentaires ; le canon et la communion présentaient des variantes; on bénissait le feu nouveau les trois derniers jours de la semaine sainte, sans d'ailleurs admettre la phrase : O felix culpa, qui avait été enlevée par saint Hugues, abbé de Cluny ; on disait " la très dévote messe des cinq plaies de Notre- Seigneur •> ; enfin l'année liturgique était marquée par une série de processions où ne figurait pas encore celle du Saint-Sacrement, mais où celle des Rameaux, en particulier, présente un aspect scénique dans lequel on reconnaît facilement l'origine des mystères ou drames religieux.
Durant le moyen âge, le monastère ne cessa pas d'être l'objet des faveurs des seigneurs et de la protection des papes ; spécialement en 1259, par une bulle datée dWnagni et signée de huit cardinaux, le souverain pontife confirma les droits et les privilèges de l'abbaye, approuva pour les religieux le droit d'élire leur abbé; et, en temps d'interdit général, il permit de faire l'office à voix basse, les portes fermées. Parmi les bienfaiteurs, on rencontre Girard de Varennes , seigneur de Laleu, dont le sceau porte un lion avec trois fleurs de lis.
A cette époque se rattache un manuscrit intitulé : Memoriale
omnium lemporum, chronique en quatre-vingts chapitres, dans laquelle l'auteur résume les événements depuis les commencements jusqu'au règne de saint Louis; le volume a été écrit vers 1243 par l'abbé Geoffroy. « Il y a peu d'abbés, dit l'historien ChazaI, qui ait fait tant d'acquisitions que lui, » et il ajoute que les titres et chartes étaient transcrits sur un gros livre ou cartulaire, <> malheureusement perdu pour nous. » Le sceau de l'abbé Geoffroy représente un religieux accosté de deux fleurs de lis, et le contre-sceau, une main bénissante accompagnée d'un croissant et d'une étoile à six pointes. Les armes de l'abbaye étaient : » d'azur à deux crosses adossées d'or, accostées par le bas de deux étoiles de même. » Le sceau du chapitre figurait la \'ierge assise, tenant l'enfant Jésus. II est à remarquer que les abbés ajoutaient parfois leurs armes à côté ou au-dessous de celles du couvent.
En descendant au tombeau, vers 1286, Geolîroy laissa la crosse à Pierre de Darne, ou Dardennes, et il lui léguait en même temps le soin de réparer un grand désastre. Un incendie ayant consumé le chartrier avec une partie de l'église, on dut relever les ruines. Les ressources du couvent ne suffisant pas, on fit appel à la protection du pape qui, en 1289, accorda un bref avec des indulgences pour les bienfaiteurs. Les religieux donnèrent un bel exemple de sacrifice, en retranchant de leur maigre pitance pour aider à l'œuvre. Pour nourriture, ils avaient chaque jour cinq œufs et, en carême, trois harengs. Sur la proposition de l'abbé, ils consentirent à se contenter, pour une durée de sept années, de prendre chaque jour quatre œufs et deux harengs : touchante manifestation de zèle pour le culte et pour l'art religieux, qui trouvaient dans les monastères des foyers dont la flamme ne s'éteignait jamais au milieu des ombres et des tribulations du moyen âge. L'église, reconstruite durant la période ogivale, » s'étendait jusqu'au pont-levis, comme on pouvait le voir par les ouvrages qui restaient debout avant qu'on les eût détruits, comme on a fait en 1724, pour faire le nouveau bâtiment; en creusant pour faire les fondations, on trouva les fondations des chapelles latérales. »
Geoffroy II, qui parait avoir gouverné à partir de l'an 1305, prit diverses mesures indiquant la séparation de la mense abbatiale et Conventuelle, et l'existence d'une demeure et d'un jardin à l'usage de l'abbé. Après 13211, la charge abbatiale est remplie par Guy de Palluan, d'une noble famille de Berry, qui possédait ta seigneurie de Valençay et se rattache à celle de Montrésor ; en ce temps, l'on salue dans le voisinage une <■ Maison de Dieu », ou hôpital pour les malades et les passants. L'abbé étant mort le 30 juillet 1362, par suite des troubles causés par la guerre et afin de procéder plus librement à l'élec-
i04 DU CHASTEL AU MOUSTIElt
tion, les moines réunirent le chapitre à Blois, au prieuré de Saint- Solenne. Les suffrages se portèrent sur Mathieu Puemil, ou Piremil, alors prieur de Valençay, qui vécut jusqu'en 1391 et eut pour successeur Gui de Preuilli, de la puissante famille tourangelle de ce nom. Afin de se prémunir contre les désordres causés par les guerres, on fit un inventaire du mobilier, en particulier de « la librairie », et on mit les ouvrages en sûreté.
Le 14 mars 1402 (n. s.), possession du siège abbatial était prise par un nouveau titulaire, Jean IIl. Suivant la coutume, en francbissant le pont-lcvîs et avant de pénétrer dans l'église, il fil sur les Evangiles le serment traditionnel, qui est le témoignage le plus éloquent en faveur des droits et des libertés des familles religieuses, véritables oasis de paix et de fraternité au milieu de la houle et des angoisses d'un temps troublé. D'après les règles, l'abbé assemblera chaque année le chapitre général; il observera avec soin les statuts qui y sont faits, et célébrera le service divin selon l'usage de l'abbaye ; il paiera au couvent et aux bénéficiers leur pension, sans diminution ni charges nouvelles ; il obligera les officiers et les prieurs à faire leurs devoirs au couvent et à l'église, et fournira le pain, vin et autres objets de nécessité. S'il arrive quelque différend entre l'abbé et le couvent, il sera terminé par trois prieurs nommés par le chapitre général ; le supérieur n'aliénera point le trésor de l'église sans le consentement du chapitre général, n'innovera rien dans les statuts et coutumes, conservera les droits, franchises, privilèges et biens, dont il ne détachera rien sans l'agrément du chapitre général ; il ne réunira point sous sa crosse les revenus des prieurés et offices. 11 ne mettra un religieux en prison et " pour griefve coulpe » que du consentement du chapitre et après les informations faites; il ne donnera à aucun séculier ni prieuré ni office du couvent ; à la mort d'un prieur, il laissera les subsistances pour le successeur jusqu'aux fruits nouveaux ; il gardera les statuts du pape Benoît XIII, et ne fera aucun novice profès qu'en l'église et avec l'agrément des religieux.
Il ne sera pas sans intérêt de connaître la journée d'un bénédictin ponlilévien à l'époque qui nous occupe, et, usant de nos droits d'historien, nous franchissons dès l'aube le seuil du couvent pour y noter le train de vie des hôtes. Un grand dortoir reçoit les moines, à l'exception de ceux qui sont chargés d'offices claustraux, tels que l'infirmier, le sacristain, le cellérier et l'aumônier. En se levant, les religieux revêtent le grand froc, et par-dessus, le capillaire ou capuchon. Ils quittent le dortoir sous la conduite du prieur, et vont au chœur dire le Salut, et de là dans la chapelle de Xotre-Dame pour l'assistance
à la messe. Le reste de la matinée est occupé par la récitation de l'office, la méditation et les lectures pieuses, par exemple à l'église ou dans le cloUre, où se passait la plus grande partie des moments libres, d'ordinaire dans le recueillement du silence. Le chapitre réunit tous les moines, en y comprenant les officiers ou dignitaires. Puis, tandis que les prêtres vont dire leur messe, « les petits novices se rendent à l'école, n jusqu'à l'heure où la grand'messe conventuelle rassemble tout le couvent. Celle-ci terminée, on fait la procession autour du cloître, et l'on y prie pour les défunts.
Au signal du timbre, frappé par le prieur ou par l'aumônier, on se rend au réfectoire , ou tous doivent manger, à moins d'une permission spéciale du prieur ou sous-prieur du cloître. En entrant chacun dit: Benedkile, et le couvent répond : Dominus. Après l'oraison, un religieux fait une lecture, et le reste du repas se passe en silence; les grâces dites, ainsi que le De profundis pour les trépassés, on va au cloître prendre ta récréation. On vaque, après cela, aux affaires qui peuvent intéresser la communauté; ensuite, les vêpres réunissent les moines à l'église ; puis on va au cloître prier pour les morts et préparer les différentes parties de l'office. Le souper se passe comme le dîner et est suivi d'une « collation », ou lecture spirituelle au chapitre, après quoi les compiles.
Quand s'achève la journée, trois coups annoncent le moment du coucher, et le prieur conduit les moines au dortoir. Enfin, dans le silence de la nuit, le son du timbre annonce que l'heure de réciter matines est arrivée, et tous s'y rendent, à moins d'indisposition ; l'office fini, si la saison est rigoureuse, on peut se chauffer avant de retourner au dortoir. Le religieux qui manquait à l'office était obligé de s'en accuser à la coulpe du chapitre, le lendemain. J'ai parlé de punition. Pour les fautes graves, il y a la prison, mais elle ne peut être infligée que du consentement du chapitre. Outre la réunion ordinaire, il y a le 'chapitre général, qui s'assemble le lendemain de la Sainte-Trinité, et où tous doivent se rendre sous peine d'excommunication. Le prieur et le sous-prieur ont un certain droit de punition, et aussi le vicaire de l'abbé, qui est pris parmi les religieux de la communauté. Or, tout doit être ordonné en vue du bien général et de l'édification commune, suivant l'esprit qui préside à la vie conventuelle.
L'abbé Jean III tint ta crosse abbatiale à partir de 1402. Son souvenir fut conservé par une belle pierre tombale gravée en creux, qui a -été retrouvée naguère à l'occasion de travaux de terrassements à l'ouest de l'abbaye (2 m. 2o X 1 m. 18). L'abbé est représenté en
406 DU CIIASTEL AU MÛUSTIER
costume de chœur, avec la crosse à sa droite ; il lient un livre , peut-être celui des Evangiles ou de la Règle de saint Benott. La Bgure se détaclie dans sa gravité monastique sous une arcalure trilobée, rehaussée de choux et de fleurons. Les côtés sont ornés, â l'instar d'un portail, de chacun trois niches avec statuettes aussi en creux, que surmontent des pinacles à aiguilles élancées. Celte pierre tombale , qui reflète bien l'aurore du XV siècle, est, malgré son caractère un peu fruste , d'un dessin harmonieux et d'une heureuse proportion. Tout autour du portique se déroule une inscription en vers latins, que la mutilation ne permet de lire que d'une façon incomplète ' .
Tombe de Jean III, abbé de Poiiiicvoy, A la mort de Jean, la direction de
eoiiservée au .collège. l'abbayc passE à Pierre, qui fait acte
d'administration en 1409; puis à Guillaume de Plainvilliers, de famille blésoise, qui était abbé en 1417. Attentif à préserver le monastère contre les surprises des gens de guerre, celui-ci ne négligea rien de ce qui pouvait remplir ce rôle de protection.*Aussi bien, les monastères formaient des asiles d'ordinaire respectés, et toujours utiles au milieu du choc des batailles. Au cours de la guerre de Cent ans, les abbés de Fontlevoy, notamment Guillaume, ne manquèrent pas de mettre le couvent en état de défense. Le moyen âge avait élevé une tour qui avait besoin d'être réparée; par acte du 3 avril 1422, le dauphin Charles, régent du royaume, alors à Montrichard, autorisa l'abbé à faire ce travail et à fortiiier le monastère. D'après un chroniqueur, cette tour aurait
' On rt'Ièvc sur le^ rebords tic la dalle :
(En haut, b droite) Abbatcm . ChrJste.
(Sur le côté, A druilej loUas . super, estra. Johannein.pro . morilis . [barali-i. non . raale- (iictis\'; ] .natus.fuil.
(En bas) hic.et .ibi.slat .bumatus.servivit.christo.niunUo (duni .
(Sur le côté, à gauche) viiit . in . isto . dilexit . moriïs . inuiidî . vîtavîl . honores . gaudîa. summa . Dei.rctribucntur.ei . Amen . m ( Mouaslei'ii i? :.
(En haut, i gaucbe) Patcr.et.abbas .IS(joh3nnes) . et . a , lerrenis .islis . (siniul?).a.teiTore morlis.se.subdidit.
DU CIIASTEL AU MOUSTtER 407
élé abattue en 1591, et c'est cet abbé qui aurait fait « bâtir la tour carrée et la tour ronde qui servent au collège •'. Quatre ans plus lard, alors qu'il était roi de France, Charles donna des lettres de capitaine de la forteresse â Jean, frère de l'abbé, et, l'année suivante, on voit les habitants de Ponllcvoy et de Thenay, en qualité de vassaux, s'engager à y faire la garde et le guet.
On se rappelle que, d'après un acte du 5 janvier 1269, c'est le seigneur de Chaumont qui avait la garde de l'abbaye. Pierre d'Amboîse renonça à ce droit le 8 avril li28, en autorisant les moines à se faire garder par leurs sujets, à la condition que l'on chanterait chaque semaine une messe à son intention; le mois suivant, il dispensa les religieux de l'obligation d'appeler à leur garde les officiers de Chaumont. Le comte de Blois eut à cœur de ratilîer ces résolutions. Le 9 février 1420, il approuva le droit de forteresse, et le 24 avril 1436, alors qu'il se trouvait à Loudun, il autorisa l'abbé à faire clore le tour et à fortifier les environs du monastère, à la condition de n'y point retirer d'étrangers sans sa permission ou celle de son lieutenant général, Jean, bâtard d'Orléans. A ce sujet un historien, à propos de la venue d'un procureur de Ulois en 1445, écrit : « Celui-ci vint â Pontlevoy et trouva l'abbé à l'entrée du fort. Ce fort était près du pont-levis. » D'autre part, il fait remarquer que « on voit encore, auprès du pont-levis, quelques restes des anciennes forlifications qui environnent l'abbaye », et it ajoute : « C'est peut-éire dans ce même temps qu'on environna de murailles le bourg de Pontlevoy. » D'ailleurs, afin de subvenir aux diverses dépenses de préservation, on opéra la réunion de l'abbaye, des prieurés d'Igné et de Hracieux.
Le XV' siècle apporta des embellissements à plusieurs prieurés dépendant de Pontlevoy et, parmi ceux-ci , à Notre-Dame de Nanteuil , où l'on voit Jean Maubert, prieur de 1461 à 1477. En ce temps, on ajouta à cette église la curieuse chapelle de la Vierge, et Guillaume de Harcourl. comte de Tancarville et de Montgommeri, seigneur de Montrichard et de Montreuil-Iiellay, y fonda en 1461 une lampe à entretenir devant l'image bénie.
L'abbé Guillaume, qui décéda en 1468, laissa à Pontlevoy cinq cents écus et un calice d'or pesant trois marcs pour plusieurs fondations. Sa mort fut le point de départ d'une modilîcation profonde dans le statut conventuel de Pontlevoy. Le roi, s'arrogeant le droit de choisir les abbés, adressa au couvent le nom du séculier qui devait être élu. Pris entre leur crainte de désobéir au souverain et le devoir de suivre les anciennes règles, les religieux « postulaient au pape », souverain dispensateur des bénéfices, celui qui avait élé indiqué par le
prince, et le pape donnait les bulles de confirmation qui suppléaient à l'irrégularité. Comme il se rencontrait parfois des électeurs moins souples, pour couper court à la résistance le concordat entre Léon X el François I*"" octroya au roi la nomination des supérieurs, que le droit canonique, d'accord avec la logique et les bonnes mœurs, réservait aux religieux. Cette innovation ne contribua pas peu à affaiblir l'esprit de discipline dans les monastères.
Le premier bénéficiaire de cet état, ou premier abbé commendataire, fut François de BriUiac, qui d'ailleurs favorisa le monastère. Son goût pour les choses du culte et des arts le porta à ouvrir la châsse du mailre-autel, et il trouva, entre autres, des reliques de saint Grégoire de Tours et de saint Paul de Léon, évêque breton en Tlionneur duquel une confrérie était érigée dans l'abbaye. La châsse était, parait-il, l'œuvre de saint Kvurce'.
Dans son zèle pour l'abbaye, François de Brilhac lit des travaux sérieux qu'il est difficile d'apprécier complètement, par suite de la reconstruction générale ; mais du moins il demeure la réfection de l'église ou plutôt du chœur, car elle ne fut pas continuée. Il lit « bâtir le chœur et le tour des chapelles; ses armes se voyent encore sur plusieurs clefs de la voûte •>, et il y <• fit ériger plusieurs autels ». Au rapport d'un chroniqueur, le travail était achevé en 1491, et, par un bref du 17 décembre, le pape Innocent VIII l'autorisait à bénir et consacrer le monument en dehors de l'évêque de Chartres. En dépil des préjugés à l'encontre du style ogival, l'historien D. ChazaI n'a pu se défendre d'écrire que « cet ouvrage est d'un très bon goût, le tour des chapelles large et bien pris ». Au sujet de l'abbatiale, le même auteur écrit : >< Tout autour de l'église, en dedans, règne une litre sur laquelle sont les armes d'Amboise ; on doit cette marque de reconnaissance à cette famille qui a comblé l'abbaye de bienfaits. Au
' A ce sujol, l'historien écrit ; " Il y a depuis longtemps dans noire abbaye de Ponllevoy une relique assez eoDsidérable de saint Paul de Lehon, en Bretagne; on ne sçail d'où elle vient et de qui nous l'avons reçue. Elle lîtait ijans une châsse exposôe sur le inaltre-aulel dans ce temps-là. François de Brillac (abbé), l'an Ii76, le jour do Tous los Saints, jugea à propos de la visiter : il trou%'a dedans divei's ossements, grands et petits. avec trois ôcriteaui. On lisait dans l'un : //a- sunt reli'iiiise <le sanri» Maria, de sanrio Pi-lro apoaMo, de saiicto Vedmlo, de nanclo Erurlio. Sancluâ Evurlius fecit islas rapuas. Dans un second écrileau on lisait : Ha- tanl relii/ui;e sancti l'aiili, e/iigcopi Lehonermê; enfin dans un autre ; De retii/uih »ancli fireyorii, archiepiicopi Turonensi». Ces reliques furent pxposces A la vénération du public e[ remises dans la chAsse où elles étaient auparavant. On conserve encore ft présent la relique de saint Paul de Léon; c'est un os du bras, on l'expose le jour de sa rëlo, durant l'onice. En l'an 15ii, il y avait dans notre église une confrérie sous le litre de Saint-Paul ; c'est sen» doute de ce saint Paul, évêque de Lehoa. F. Eslienne Boulot, prêtre, et Fr. Guillaume Donzain en étaient receveur et syndic. » Histoire de Ponlleroy, par D. ChazaI, publiée dans la revue Loir-ei-Cher. Cf. n' mars 1900.
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bas de l'église, dans la croisée, on voit un atilel peint en noir, avec des larmes, des ossements et des tètes de morts; je n'ai pu sçavoir (juel était l'usage de celte chapelle, peut-être y a-t-il un caveau au-dessous pour ensevelir les abbés et les religieux. •>
Quant à la chapelle du chevet, selon l'auteur bénédictin, « elle est un ouvrage plus ancien; pour s'en convaincre, il n'y a qu'à examiner et les %oûtes et les pierres dont elle est bâtie. Sur les clefs de la voûte, il y a des armes que je n'ay pu connaître, soit à cause de l'éloignenient, soit fi cause qu'elles sont à demi elFacées. « La chapelle de la Vierge « est un corps comme séparé, voûté et bien éclairé, qui a servi de modèle pour le reste de l'église; mais il paraJld'un goût plus fin et plus délicat.
A une extrémité de cette chapelle, on voit un écusson parti de Flandre et d'Amboise. Pierre de Darne, qui avait bâti l'église en 1291, pourrait bien avoir fait bâtir cette chapelle; à la gauche de cette chapelle, en entrant, on volt Je portrait d un homme en entier , ayant
deux anges à ses côtés el les armes d'Amboiseà ses pieds; ne serait-ce point quelqu'un de la maison d'Amboise, qu'on aurait ainsi peint après qu'il se fût signalé par sa piété? c'est ce que je laisse à la discussion el au jugement du lecteur. »
Si l'on compare le caractère des chapelles, on observe, en effet, que celles de l'est, notamment la chapelle de la Vierge, sont d'un style ogival antérieur el différent de celui du xv" siècle, qui s'épanouit sur les nervures des fenêtres et des voûtes du chœur. A ce propos, nous relèverons quelques détails d'ornementation. Sur les clefs de voûte de la grande nef on remarque une série d'éciis fleurdelisés, qui se retrouvent sur plusieurs des clefs des bas côlés formant déambulatoire, et sont comme la signature de l'abbé. Quant aux chapiteaux, au milieu du feuillage ordinaire, on y voit quelques animaux avec des |>ersonnages, dont Daniel entre deux lions, ainsi que des blasons mutilés. Sur les murs de lu chapelle « N.-D.-des-Iîlanches ». des armoiries cachent leurs émaux sous le badigeon.
L'abbé François de Brilhac entreprit également la reconstruction du cloitre, à propos duquel un témoin a écrit : <• Chaque clef du
cloître a un écusson différend : celuy du milieu est aux armes de notre abbé (d'azur à trois fleurs de lis d'argent, 2 et 1), ce qui prouve bien qu'il l'a fait bâtir, aussi bien que l'autre côté, où l'on voit ses armes aux naissances des voûtes. » François de Brilhac avait le goût des lettres, et, en 1496, on relate qu'il a « fait faire » un manuscrit qui porte une inscription en vers latins.
A la suite de sa démission, en 1497, la direction de l'abbaye fut confiée à son neveu, Christophe de Brilhac, qui prit les armes de son oncle. II fut archevêque dVVix, puis évêque d'Orléans, où il succéda à son oncle mort en cette ville, enfin archevêque de Tours de 1514 à 1520. Ses armoiries paraissaient sur un bénitier et deux chandeliers qu'il donna, ainsi que sur >< quelques ornements beaux en ce temps-là », suivant les réflexions d'un auteur du xviiie siècle.
A la mort de ce dernier, en 1520, les religieux, parmi lesquels Gui de Brilhac, prieur de Nanteuil, résolurent de soutenir leurs droits. Le concordat entre Léon X et François !«'' accordait au pape le» annales, ou revenus de tous les évèchés et abbayes, perçus par faveur par certains dignitaires ecclésiastiques, et octroyait au roi la présentation aux dignités ou bénéfices ; une clause maintenait les abbayes qui possédaient ce droit dans la faculté d'élire leur abbé. Pontlevoy était dans cette catégorie; aussi les religieux, s*appuyant sur la bulle d'Alexandre IV en 1259, résolurent de choisir un supérieur. Assemblés au nombre de dix -neuf, il désignèrent frère Louis d'Anjou, qui n'était pas de la maison. Sans doute par suite d'opposition, ce n'est que six ans plus tard que l'élu prit possession de sa dignité. Il ^'employa à réformer les abus qui s'étaient glissés dans le couvent, avec le concours du prieur François de Seillat, envoyé de Marmoutier. Dans un chapitre, on fixa à vingt-quatre le nombre des religieux, qui reçurent une augmentation de 200 livres à prendre sur la dîme de Chaumont.
Dans son zèle à réformer les abus, l'abbé ne fut pas sans rencontrer une sérieuse résistance de la part d'une partie du couvent, et cette attitude ne fut point étrangère sans doute à sa résignation en faveur du cardinal -évêque de Màcon. Mais à la mort de celui-ci, en 1540, Louis d'Anjou reprit sa charge, pour peu de temps, il esl vrai, car il la résigna en faveur de Bernard de la lîulhie, qui laissa au couvent un calice avec sa patène et deux burettes d'argent. Ce dernier fut remplacé par Louis de Brézé. fils de Caslon de Brézé, prince de Foucarmont, et de Marie de Cerisey, lequel fut évêque de Meaux et eut la douleur de voir le couvent dévasté par les huguenots, dont on répara ensuite les dommages. Puis, l'abbaye fut remise au cardinal
Chartes de Bourbon, fulur roi de la Ligue, qui d'ailleurs laissa ce bénéfice assez longlemps avant sa mort.
On voit ensuite l'abbaye dirigée par trois Hurault de Gheverny, A Denis, fils de Denis, baron d'Uriel, et de Gabrielle de la liussière, (jui fut abbé dès 1376, succédèrent ses deux cousins, Henri et Philippe, tous deux fils de Philippe Hurault, seigneur de Cheverny et auteur des Mémoires , et de Anne de Tliou ; le premier renonça à l'état ecclésiastique, épousa Françoise Chabot et mourut en 1648. Denis, ayant repris l'abbaye, s'en démit de nouveau en faveur de Philippe, qui fut aumônier de Marie de Médicis, évèque de Chartres et posséda plusieurs commendes. En ce temps -là, la permission demandée au pape par le roi, en vue d'aliéner certains biens>cclésiastiques pour aider aux besoins du trésor , fut cause que d'aucuns domaines de la mense abbatiale furent vendus à des particuliers.
L'abbé Philippe fit un règlement pour le bon ordre de la maison, et le nombre des religieux fut fixé à dix-huit. Il était représenté, quand il lui plaisait, par son grand vicaire, tout en laissant à son chapelain le soin de le remplacer pour les offices. Il eut à cœur de maintenir la régularité, en réglant ce qui regardait les détails de la vie et des offices conventuels, sans négliger (< le précepteur chargé de faire étudier les novices et les enfants ». Il prit à sa charge les réparations; quant au trésor, il était fermé à quatre clefs aux mains de l'abbé, du prieur, du plus ancien et du procureur. Une assemblée générale, tenue en 1607, arrêta plusieurs articles , tels que l'élection triennale du prieur, pour les moines le port du « grand froc » en l'abbaye et dans le bourg , et ailleurs la soutane et le scapulaire; l'abstinence durant le Carême, l'Avent et trois jours par semaine ; chaque moine aura un pain de deux livres et demie, et deux pintes de vin, et pour la pitance des jours maigres, chacun six œufs, et pour celle des jours gras, une livre et demie de viande pour trois religieux ; deux novices auront la part d'un prêtre; aux grandes fêles, ils recevront en outre deux poulets ou un chapon; quand ces fêtes tombent les jours maigres, il y aura en plus du poisson frais ou salé. Un coffre-fort contiendra les litres et l'argenterie; les délibérations, arrêtées au chapitre chaque vendredi, seront écrites sur un registre spécial; on ne recevra de novices qu'à l'âge de seize ans, et après une année de a probation ».
L'abbé, en retour des revenus qu'il touchait, était tenu à diverses charges. Les pauvres étaient nourris le mardi gras et le jeudi saint, et, chaque semaine, il leur donnait vingt et un pains de deux livres et demie; tous les religieux et prêtres de passage recevaient l'hospitalité durant une journée. A certains jours de fête, il devait ajouter à la
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ration ordinaire du vin u auvernat » el du « meilleur vin clairet ». A deux fêtes, il donnait un festin de deux oiseaux, six poulets avec gâteau; du reste, ce gâteau était de droit à dix-huit solennités, avec cette particularité qu'à l'Kpiphanie, il devait y avoir n une fève », et qu'à Pâques, « on le convertissait en échaudés ». Avant le Carême, il donnait deux cents carpes, el pour « carême -prenant, des beignets et pâtes ». Parmi les autres charges de l'abbé, on trouve celle de 50 livres pour <■ le moîne-Iai », c'est-à-dire l'oblat ou le soldai estropié muni d'un brevet du roi, ayant le privilège de vivre dans le couvent. Mais on remarque qu'à cette époque « les religieux ne voulurent pas s'en charger, à cause des insultes que leur avait faites ce soldat v.
En dépit des déprédations des huguenots, le trésor était encore assez riche au début du xvii' siècle. En 1616, en vue des réparations à faire au couvent, Philippe vendit pour 3730 livres l'argenterie, qui pesait 17 marcs d'or et 10 marcs d'argent; elle comprenait une croix couverte d'or, une couverture de livre dorée, deux petits anges, deux anciens calices avec leur patène, une boite d'argent doré et plusieurs autres objets précieux. L'abbé décéda en 1620 et fut inhumé à Cheverny, dans le tombeau de sa famille.
Un protégé de Marie de Médicis, l'Italien Louis de Ruscellaï, obtint l'abbaye, à laquelle d'ailleurs il en ajouta d'autres ; il favorisa le couvent et fil paver le cloître; mais la mort l'enleva en 1622 au siège de Montpellier. L'année suivante, le 1" septembre, le cardinal de Richelieu en prit possession , et il profila de la haute estime qu'il professait pour la branche bénédicline réformée, dite Congrégation de Saint- Maur, pour y rattacher Pontlevoy el y introduire la réforme, par concordat du 6 juillet 1628. D'ailleurs, les traditions de bienfaisance el d'hospitalité des temps anciens n'avaient rien perdu de leur excellence. Par les mains de l'aumônier, l'abbé faisait distribuer, chaque semaine, vingt et un pains de deux livres el demie et trente miches; le mardi gras, on faisait deux aumônes générales, où chacun recevait un pain de moulure el une pinte de vin ; de même le jeudi saint, avec un don en plus pour les treize pauvres du lavement des pieds. Les religieux et prêtres de passage étaient hébergés durant un jour, et les profès qui venaient pour assister au chapitre ou pour voir leurs confrères étaient recrus durant une semaine. Ajoutons que l'abbé, outre la pitance ordinaire, devait aux religieux quelques douceurs les jours de fêtes, et aussi aux officiers de justice. Ainsi, aux solennités de Saint- Étienne et de Saint- Laurent, il donnait un repas composé de deux oiseaux , six poulets , et un gâteau de deux boisseaux de blé et de deux livres de beurre. Il y avait encore des gâteaux à plusieurs autres fêles.
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et, le jeudi gras, l'abbii donnait trois boisseaux de froment pour « les beignets ».
Grâce au célèbre cardinal de Richelieu, l'abbaye fui rattachée ii la congrégation de Saint-Maur, la plus renommée des branches de la réforme bénédictine, sur laquelle poussèrent de glorieux rejetons. Comme un certain nombre de Pontiléviens faisaient des difficultés, on arrêta un concordat qui régla les droits et les devoirs réciproques des réformés et non réformés, et prépara l'annexion complète en aplanissant les divers obstacles. A la mort du cardinal de liérulle, le cardinal de Richelieu reçut l'abbaye de Marmoutier el résigna celle de Pontlevoy, qui fut donnée au neveu du premier, Pierre de Bérulle, lequel installa le premier prieur réformé. Doni Antoine le Fort, arrivé le 2(> août 1631, concilia tous les esprits el enrichit l'église d'ornements. Deux ans plus tard, en travaillant au jardin, » proche le grand clocher qui avoit été brûlé, » on trouva quantité de métal fondu dont le prix, de plus de 300 livres, fut employé aux réparations de la chapelle de Saint-Michel.
On acheta des livres et des meubles, on fit un « petit bâtiment voûté dessus et dessous » où se conservaient les titres, enfin les stalles de chœur. A la demande des religieux, l'abbé laissa les tours rondes et carrées servant à la sacristie, l'ancienne cuisine, les prisons, le lieu des marchés, le pavillon et les jardins en dépendant, la grande porte 'i où est le pont-levis » el le château Saint-Pierre, ou i< lieu que Gelduin avait donné aux religieux el dont il restait des masures ><; et, en retour, les moines contractaient plusieurs obligations, telles que celles de voûter le ctoitre, de faire un chapitre, un four banal et de nouvelles prisons, de réparer l'église el le monastère, tandis que l'abbé s'engageait à bâtir un logis abbalial.
Le prieur dom Placide Hametin s'appliqua à décorer l'église. Il confia la construction d'un grand aulel à Antoine Charpentier, « architecte el sculpteur, » et, sur la première pierre, posée le 17 janvier 1651 , on mil une plaque de cuivre avec les noms de l'abbé, du prieur et des religieux. L'autel est compris entre les quatre piliers du fond du chœur, conçu dans le style corinthien et bâti en pierre de Bourré; " d'une architecture fort belle, quoique un peu trop chargée d'ornements, » il coûta 1250 livres. Il est reliaussé de huit colonnes de marbre noir, << contournant le tableau du milieu »; sur les côtés étaient, en des niches, les quatre figures peintes des saints Pierre et Paul, saint Benoît et saint Maur, encadrant deux bas-reliefs représentant, du côté de l'épîlre, la Mort de la Vierge, du côté de l'évangile, son Assomption. Au centre, l'aulel « s'élève jusqu'au cintre de deux piliers et se termine par une niche avec l'image de la Vierge <•, ayant, à ses côtés.
deux anges « assis sur des volutes d'où sort une bande de fleurs tombant sur la corniclie » et qui répondent aux niches indiquées plus haut. Le milieu de l'autel fut d'abord décoré d'un Couronnement de la Vierge par Jean Mosnier, peintre de Dlois; mais celui-ci fut ensuite mis dans le réfectoire et remplacé par une Transfiguration du Sauveur, dont la disposition s'harmonisait mieux avec un tabernacle que l'abbé fit « venir d'Italie en 1679 ». Ce tabernacle, » du même style, plus
simple et d'un goût recherché », a huit colonnes de porphyre gris , avec bases, chapiteaux, corniches, bas- reliefs, médaillons, vases et autres ornements en cuivre doré :
les statues de la ^'ierge et de saint Joseph au milieu des colonnes sur le devant, el celle du Sauveur sur le couronnement sont en bois doré; il coûta 1000 écus, selon le chroniqueur.
On pava le sanctuaire en échiquier, on fit les stalles du chœur et on dota l'église d'autres ornements. On commença, Pcmiipvoy, niaiirc-nuu-1. en niars Kloi , l'autel de
Stalue ot Mort île In ViiToe iinr A. Glinrucnlifr. , -.r. ■ . , r.ii\
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livres : il est en pierre de liourré, rehaussé de colonnes de marbre, et « l'arcbitectore aussi bien que la sculpture sont des mieux exécutées ». Il est orné de deux « tableaux )•, figurant la Nativité et VAdorntion. •< d'un goût fm et très bien faits ». Ces réflexions, empruntées à l'annaliste bénédictin de Pontlevoy, ne satisferaient peut-être pas un critique d'art exercé. Les dernières toiles signées " D. Laniare l(»5o ■>, ainsi que quelques autres, sont vraisemblablement l'œuvre d'un religieux, d'ailleurs bien doué pour manier le pinceau. Quant à l'architecture el à la scidpture , on est fondé à y voir la conception d'.\ntoine Charpentier, auteur du maîtreautel. Afin de mieux honorer la Vierge, que la liturgie se plaît à comparer au plus magnifique parterre de fieurs, l'artiste a agrémenté la gravité des colonnes, des cartouches et des frontons par des guirlandes
délicatement fouillées et soutenues comme par une main invisible. On fit ensuite les autels moins importants de saint Nicolas, de saint Benoit et saint Maur.
L'abbé, qui contribua largement à ces embellissements, donna aussi un bassin d'argent à ses armes, un grand « soleil » ou ostensoir d'argent blanc et « un beau voile de taffetas blanc avec croix en broderie ». M. de BéruUe dota l'église d'objets précieux. Un devant ou parement d'autel, brodé or et argent sur velours cramoisi, fut exécuté par un brodeur qui y travailla trois ans avec le frère convers Jean Remoré ; il fut " étrenné « le jour de l'Epiphanie 1665 et coûta 1 000 livres, cet ornement magnifique auquel c< rien ne manque, soit par le goût des dessins, soit par la richesse, et qui n'a pour tout défaut que sa trop grande pesanteur ». On fil une lampe d'argent, et M. de Bénille en donna une pareille du prix de 323 livres; il remit au monastère sa croix et six chandeliers d'argent, en même temps que l'abbé et le couvent versaient des aumônes de plusieurs milliers de livres dans les mains des pauvres, et que le supérieur instituait '■ la fondation de la prose Inviolata ».
En 1603, on construisit un corps de logis qui coûta 9000 livres el ne fut pas continué, en sorte qu'au xviii' siècle il servait de passage pour aller à l'église. M. de BéruUe fit bâtir le logis abbatial et donna en outre un ciboire de vermeil. L'année même de sa mort, il fit don d'une chasuble de brocart à fond d'argent et fleurs d'or, et tu exécuter, " à Tours, deux tuniques et l'écharpe pour accompagner la chasuble, mais l'ouvrier n'a pas tout à fait suivi le dessin de la chasuble; » enBn, de Paris, il envoya trois chapes « à peu près de la même façon que le reste ».
Cependant l'œuvre de réformation ne continua. D. Antoine le Fort, comme prieur, eut à diriger la maison, réparer les ruines, aménager le couvent et l'église, et inellre tout en état; en l(ii.">, il fut remplacé par D. A'alery Parant. A la mort de Pierre de BéruUe. en 1083, l'abbaye fut donnée â Antoine (lirard, prêtre pieux el instruit, docteur de Surbonne, précepteur de Louis-César de Bourbon, fils naturel de Louis XIV et de M"' de Montespan, lequel devint abbé de Sainl-Deni.s el de Saint- Germain-des-Prés. Cet abbé installa des sœurs grises pour l'instruclion des jeunes filles et le soin des pauvres, et un maître d'école pour les garçons avec Irailemenl et exemption de taille. 11 donna une lampe d'argent de 360 livres et deux petites châsses d'ébèue. S'élanl démis de son tilre, il devint évêque de ïoul, puis, en IfilW, évêque de Poitiers, où il mourut quatre ans plus tard.
An cours des années lOltH et I6flfl, on fit des travaux au couvent ; on détruisit l'ancienne cuisine, et dans le voisinage, en la basse- cour,
en creusant des fondations à l'endroit où était jadis la salle de justice, on trouva une quinzaine de cercueils « en une seule ai'cade, chambre voûtée autrefois » avant la justice, et les ossements furent transportés dans la chapelle de la 'N'ierge. Au rapport de D. Chazal, c'étaient \k les restes des premiers seigneurs de Chaumont et fondateurs de l'abbaye; d'après lui, le chapitre ou justice conBnait alors â l'église et était considéré comme la chapelle des fondateurs, suivant le texte où Hugues le"" d'Amboise déclare que ses père et mère sont enterrés dans le chapitre de l'abbaye.
La même année, on lit le bâtiment des classes, et en fouillant on trouva, à quatre pieds, le pavé de l'ancienne église avec des débris de charbon et d'ardoise se rapportant à l'incendie du xiii° siècle. Quelque vingt ans plus tard, â l'occident, on lit le logis pour les malades et les hôtes, qui regarde le bourg et mesure 105 pieds de long sur 24 de large, avec trois étages et une galerie de communication.
Au dire de D. Chazal, qui fut prieur, de son temps l'abbaye conservait deux mitres, dont l'une de " belle et ancienne broderie », et une croix d'argent qui fut vendue et dont le prix servit à faire une belle croix paroissiale. Ces insignes auraient été à l'usage des abbés auxquels le pape avait octroyé le privilège des ponli/icalia, comme l'admet D, Chazal; ou bien, semble-t-il, ils étaient destinés aux prélats qui parfois officièrent dans l'abbaye.
Le roi, ayant érigé Blois en évèché et donné ce siège à David- Nicolas de Bertier, tenta d'unir l'abbaye à la mense épiscopale en nommant le prélat au gouvernement du monastère, le 3 mai 1698 ; il y eut un concordat avec les religieux pour le partage des biens. Le prieur D. Marie Bourgoing s'occupa d'installer tes logis pour les religieux, en se servant du bâtiment commencé en IGOS sous le prieur D. Lucien, et en ajoutant d'autres parties dont le plan fut approuvé en 1700 par le Père général. La première pierre fut posée le 20 juillet 1701, et la nouvelle construction fut conduite par le sieur Girard, de Tours, qui avait travaillé k Marmoulier, à Cormery et à Aiguesvives; à sa mort, il fut remplacé par le sieur Petit, de Blois.
A la fin de 1704, le gros œuvre était achevé et on poursuivait les voûtes. Le corps de logis qui a vue au midi, sur les jardins des religieux et sur les prés où était jadis l'étang de Coutan, mesure 2o0 pieds de long; le haut comprenait vingt-deux chambres pour les religieux. Au rez-de-chaussée, à l'occident, est « la salle des hôtes, très bien voûtée ainsi que tout le bas; ensuite le réfectoire, un vestibule et aussi une belle et grande salle qui sert, soit pour se promener quand il fait mauvais temps, soit pour les thèses et petites déclamations des éco-
d'argent. La commende ayant rendu celle-ci inutile et la croix processionnale ayant besoin d'être refaite en 1727, on vendit la crosse d'argent qui pesait 14 marcs, et on fit faire une belle croix qui revenait à liOO livres. Il faut ajouter qu'en l'année 1724 on fit exécuter, au prix de 884 livres, v un drap mortuaire avec deux belles chappes de velours ciselé •> pour les défunts.
Dans cette esquisse de l'histoire de Pontlevoy, nous avons omis à dessein le côté littéraire. Nous le présenterons i'i part, de manière à lui restituer son caractère d'ensemble, toujours plus intéressant pour le regard de l'observateur.
Avec la colonie bénédictine, en 1035, s'installait â Pontlevoy l'école inséparable de tout couvent, A son ombre et grâce à des maîtres expérimentés , les lettres et les sciences fleurirent rapidement. Les auteurs profanes y vivaient en it^,.i. de sahu Lonoii. prologue, parfaite intelligence avec les
avec A initiale dr Axe a lia (bibiioiiii^cjuc de Bini»^;. écrivainsecclésiastiques. Sur un manuscrit de la première moitié du xin° siècle, renfermant une version latine des Homélies d'Origène et conserve à la Bibliothèque nationale, on relève en vers latins une curieuse menlion : " Cet objet précieux, esl-tl dit, que nous préférons à l'or même, ce fruit d'un long travail, est l'œuvre de Hugues seul, appelé Klémon par suite de ses fonctions d'aumônier {Eleemosynariasj, il en a fait don à la maison. >• FA le volume, prenant à son tour la parole, ajoute : « J'appartiens aux moines de Ponl-Levoy où la Vierge mère est particulièrement honorée dans une église digne d'elle. Je ne périrai point : et je serai lu et relu toujours dans ce monastère que gouverne l'illustre abbé Foucher, » Ce dernier dirigea l'abbaye ponlilévienne de 1130 à 1141.
On devine par là quel culte les religieux de Pontlevoy nourrissaient pour leur bibliothèque, quelle assiduité pour leur scriptorinm et quel zèle pour l'élude. A la même époque se rattache, entre autres manuscrits sur velin, le martyrologe rehaussé çà et là d'initiales ornées et d'une miniature de la Nativité au début; il est suivi d'un recueil
d'homélies des saints Pères, de la règle de saint Benoît et du nécrologe du convenl. Cet intéressant volume, d'une agréable simplicité, donné à la bibliothèque de Blois par M. de la Saussaye, est l'œuvre d'Arnould, prieur de l'abbave, auquel on voit le litre de « prieur de Saint-Thomas d'Amboise " , religieux spécialement versé dans la science du comput et de la chronologie. On lui doit aussi un recueil d'oraisons qui n'a pas été retrouvé. Sa mort, arrivée le 9 février, fut un deuil pour le couvent. Du moins, l'obituaire nous a conservé , d'une façon assez précise, le souvenir des bienfaiteurs. Outre Gelduin, le fondateur, au II septembre , on y remarque Jet:
comtes et comtesses de lîlois et , parmi celle» -ci . Adèle d'Angleterre , fille de Guillaume le Conquérant et femme du comte Ktienne , l'un des chefs de la première croisade; ainsi que les membres de la famille d'Amboise. intimement liés h l'histoire de Chaunionl.
Au nombre des livres chers aux moines ponliléviens, dès le xine siècle figurait une Histoire générale en quatre-vingts chapitres, qui allait « depuis la création du monde jusqu'au commencement du règne de saint Louis .. ; celte circonstance nous lise sur l'époque de son exécution. Du reste, ces livres de blanc parchemin, liien enveloppés dans une robuste couverture de bois el de peau, constituaient, après le culte divin, le trésor préféré du monastère, el l'on s'empressait de le mettre à l'abri de la spoliation. Au cours de la guerre de Cent ans, les moines les cachèrent « dans ta maison d'un meunier », et un inventaire de 1390 nous apprend qu'il n'y avait pas moins de quatre-vingt-douze volumes, en particulier d'ouvra^ies d'Kcriture sainte, de Pères de l'Hglise el de traités de droit canonique, d'oi-dinaire en parchemin et " couverts en bois ■■. Par malheur, on ne possède pas l'inventaire que
I (le ItiinMnl à Snint-Cii!>i
Ut'iiiin (le Gaignii'i'es.
le cliroiiiqueur promet d'insérer aux « psaumes » ou annexes, non plus que celui des vases sacrés et des ornements. Seulement il nous fait remarquer que « l'argenterie fui vendue au temps de Philippe Huraul, abbé ».
Les arts vivaient en parfaite harmonie avec les vieux codex, et, à la même époque, on salue notamment '< deux yraaiges d'argent >■, l'une, d'un saint abbé, sans doute saint Benoît, et l'autre, de Guillaume de Ponllevoy. Ce dernier jouissait d'une haute considération, et le roi Philippe en fit son conseiller. Il enseigna à Paris le droit civil et canonique et fut chanoine de Rouen. Son anniversaire se célébrait le cinquième jour de septembre.
Chaque époque apporta de nouveaux joyaux à la " librairye,»
et, un demi-siècle plus tard, elle conservait <• cent treize volumes u.
En effet, un inventaire de liMi nous informe que l'on porta à Montrichard les livres au nombre de cent treize ; on les rapporta au couvent à l'exception de sept bréviaires. Au xvc siècle, — qui fut l'âge d'or de la calligraphie comme
Frapmcnls du Irmibeau lie Ronsiarcl, pour réaliser leS pluS belles pro-
(inscripiiuiis sur mar re au musLc c ois^. ductions de Cet art k l'heure où il allait disparaître devant l'imprimerie, sa rivale bientôt triomphante, — l'abbé François de Brilhac commanda un beau livre dont le mérite l'encourageait à <■ faire appel à la miséricorde divine ». Néanmoins la typographie ne supplanta pas du premier coup son aînée à l'intérieur des couvents, et, au milieu du xvi' siècle, le prieur Foucher fit écrire « à ses despens un psaultier », qui se conservait dans la bibliothèque.
Au temps où nous sommes arrivés, la lyre redisait des chants d'une grâce exquise sous les doigts d'un enfant du Blésois, Pierre Ronsard, né à la Poissonnière en 1524. Avec une géniale hardiesse, il retrempa la poésie française aux sources vives de l'antiquité, et ses œuvres sont un monument d'une éclatante beauté. Une partie de ses poèmes est consacrée à célébrer les qualités d'une parente des seigneurs de Chaumont, de la gracieuse Cassandre Salviali; et, entre les Mécènes de son
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siècle, il n'a pas omis de consacrer les mérites de la puissante famille des Ilurault de Cheverny. On sait que le grand poêle rendit le dernier soupir dans son prieuré de Saint-Cosme, près de Tours, en 1585, au milieu des charmes de cette nature qui l'avait si heureusement inspiré. Son successeur, La Chélardie, lui fit ériger dans l'église un mausolée dû au ciseau >• d'un sculpteur de Paris », selon le témoignage d'un auteur ancien. Le musée de Dlois a la bonne fortune de posséder des fragments de cette tombe chère aux amis des lettres et des arls.
A l'abbaye de Pontlevoy, souche surabondante de sève, poussa un double rejeton, chargé d'une opulente richesse de fleurs et de fruits. L'école des novices était contemporaine des belles années du monastère, et elle ne larda pas d'avoir près d'elle une >• escole » pour les séculiers, qu'on y plaçait dès leur bas âge. Les vieux actes conventuels gardent le souvenir du .. précepteur •> chargé de faire étudier « les enfants et les novices i).
L'arrivée des bénédictins, dits de Saint-Maur, qui contribuèrent si puissamment à la rénovation des études en France, donna un nouvel essor au travail. Ils ne faisaient d'ailleurs que suivre les antiques traditions bénédictines, dont chaque maison était un foyer d'expansion des lettres et des sciences au profit de la jeunesse des diverses classes de la société. Dès l'année lGi4, de l'avis du pieux et docte Bérulle et avec l'appui du savant supérieur dom Tarisse, auteur des programmes d'études adoptés par la congrégation, le prieur dom Antoine Lefort installa un collège dans ce « lieu favorable au repos de l'esprit et à la culture des lettres •>, Les classes de philosophie et de rhétorique couronnèrent bientôt le cycle scolaire. Le premier directeur fut D. Robert Godebis. Le professeur ou régent de rhétorique, D. Hugues Vaillant (1650), se distinguait par sa connaissance approfondie de l'antiquité aussi bien que de la littérature française; on lui doit un recueil latin de poèmes liturgiques, dits Fasti sncri, diverses hymnes, dont celles de l'office de saint Maur, et plusieurs tragédies classiques qui furent représentées à Pontlevoy en des solennités littéraires auxquelles nous reviendrons tout à l'heure.
Avant la fin du siècle le collège comptait plus de cinquante pensionnaires venus des provinces voisines et de divers points de la France; il n'est pas jusqu'à l'Angleterre, voire l'Amérique, qui n'envoyât des étudiants au renommé collège bénédictin. Les progrès dans les études étaient favorisés par le savoir du corps professoral et par la forte discipline qui présidait à la direction de ta maison , non sans d'ailleurs que l'on vît, bien que rarement, l'évasion de tel élève a sorti en fripon <'. Sous ce toit paternel, les fils des gentilshommes se ren-
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contraienl avec ceux des bourgeois, des magistrats, des officiers du roi et des commerçants. C'était un milieu excellent dans lequel on puisait la pensée et la pratique des sentiments et des habitudes de solidarité et de fraternité, alors plus répandues qu'on ne le croit dans les différentes classes, surtout à partir du xvii" siècle.
Au collège, on travaillait beaucoup et l'on se reposait modérément. C'est d'ordinaire à la fête de saint Michel que la période des vacances s'ouvrait pour se prolonger pendant euviion trois semaines. La distribution des récompenses était assez souvent accompagnée de représentations dramatiques qui constituaient â la fois un divertissement, un repos et un enseignement. Nous n'avons à cet égard qu'à écouter le bénédictin qui écrivit , un peu plus tard , l'histoire de l'abbave. « En 1648, dilil, il y eut une tragédie, ce qu'on a continué de faire tous les trois ans. Les supéciiAu-Qu dVifé en Ti.uraiDc, rieuTs out fixé la représButa-
propriûié ik Geiduin ou m- «iùcic. lion de CCS tragédies à l'année
où se lient le chapitre général, afin que, sans doute, nos supérieurs soient témoins oculaires des peines et des soins qu'on se donne pour bien élever la jeunesse et la bien former dans l'exercice de la déclamation, aussi bien que dans le reste qui peut contribuer ii rendre un jeune homme savant. On choisit ordinairement le temps des tragédies pour la distribution des prix , .qui se fait immédiatement après la pièce comique , au son des instruments , ajM-ès une petite harangue latine composée par le R. P. préfet des études, et déclamée par un écolier. ■>
Les prêtres séculière, aussi bien que les religieux, étaient d'ailleurs admis à suivre les coin-s du collège, et, en HKiy, parmi les lauréats figure i< frère [.aurent \Volf, bénédictin anglais », qui remporta dans sa classe le premier prix de grec. (]otle année, la lecture du palmarès fut précédée " d'une déclamation en laquelle on représentait Sédécias, auquel Xabuchodouosor fit arracher les yeux <•.
Les drames, après avoir été tout d'abord la reproduction des scènes de l'antiquité biblique ou classique, revêtirent parfois un caractère d'actualité plus ou moins politique. C'était l'époque où Louis \IV décrétait ses mesures d'imité religieuse en vue de l'unité nationale et
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OÙ l'illuslre Blésois Denis Papin, réfugié en Allemagne, fil les premières expériences de fa machine à vapeur, qui ne devait connaître son développement que longtemps après. A Pontlevoy, vers la fin de l'année scolaire, on joua une pièce tragique, avec des entr'actes comiques ou satiriques, ainsi qu'un opéra dont le sujet était la glorilicalion de la conduite politique de Louis XIV. » Le 26 d'aoïit 1()88, raconte la chronique du couvent, le R. P. dom Joseph Rossel, régent de rhétorique, fit représenter une tragédie intitulée : La destruction de l'hérésie de divin par Louis le grand, avec de belles anagrammes sur le nom du roi, qui rencliérit au sujet; il s'y trouva un concours de monde prodigieux et du plus beau monde. Il y eut aussi un opéra en musique, chanté par les plus belles voix des églises de Sainl-Gatien et de Saint-Martin de Tours. Les vers français qui avaient été composés par M. de La Barre, frère de dom François Hlondin (directeur du collège), avaient été mis en musique par le maislre de psallettc de Saint-(îatien, qui s'y trouva avec les enfants de chœur. Les acteurs, au nombre de quarante , firent ce que les comédiens les plus versés auraient pu faire. Il y eut des entr'actes intitulés : Les Miracles de Calvin, composés par le R. P. Coupy, régent de cinquième, et qui furent fort goûtés. »
La maison était en pleine prospérité. L'accroissemenl du nombre des élèves fil construire un nouveau bâlimcnl dont la première pierre fut posée en 1684, En ce temps, le collège n'avait pas encore de salle d'exercices ou de théâtre, qui ne fut créé qu'au siècle suivant, el l'on jouait d'ordinaire sous une tente dressée dans la vaste cour qui a si grand air. « Le 6 juillet 1690, dom Jacques Lelièvre, régent de rhétorique, Gt jouer une tragédie intitulée : L'Education de la noblesse. On avait préparé le théâtre dans la cour, mais on fut obligé de le changer et de le transporter dans le réfectoire, parce que, la tragédie étant commencée, une pluie survint qui obligea de se mettre à l'abri. Les acteurs se surpassèrent. On distribua aussi de très beaux prix; on les estimait à plus de quarante écus. •>
A deux ans de là, le 20 juillet, on joua également dans le réfectoire une tragédie, due au régenl de troisième el qui avait pour sujet liajazet détrôné. La représentation dura une heure et se fit en présence de l'abbé commendataire, Antoine (iirard de Laboumat, i< avec un grand concours des personnes des villes voisines » ; elle fut accompagnée 11 d'une distribution de prix magnifiques, aux dépens de la maison, quoique l'abbé, dit l'auteur du mémorial, dût, ce semble, faii-e cette petite dépense », L'nc soutenance de thèses de plnIo!*ophie eut lieu le lendemain, el parmi les répondants paraît Prosper JolHol de
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mie française, el du docte Denis de Sainte-Marthe, supérieur général de la congrégation de Sainl-Maur, qui dans sa jeunesse avait étudié à Pontlevoy. En 1729, le même professeur fit jouer la tragédie Lysiniaque et la pièce comique Le monde démasqué. A cette époque , le collège renfermait cent soixante écoliers.
Entre tous les directeurs, dom Léonard Ducroc, ami des livres et des arts, déploya une particulière activité. Non content d'acquérir nombre d'ouvrages pour la bibliothèque, en 1739 il « fit faire le théâtre, acheta les tapisseries, les quatre lustres et le rideau; il fit aussi faire les habits, ou costumes à la française, qui servent aux pièces », et la dépense s'éleva à 4000 livres. Cette scène brillante servit à des représentations très recherchées. En 17(13, D. Pierre Favoie, professeur de rhétorique, fit jouer la tragédie ; Iphigénie en Tiiuride; » elle fut si bien jouée et les danses furent si analogues au sujet, que tous les spectateurs en furent extrêmement contents, »
Nous n'entrerons pas ici dans les détails du fonctionnement de la maison , du régime des éludes et des diverses circonstances de la vie scolaire; maïs nous devons dire quelques mots des professeurs éminents et des élèves distingués que l'établissement a le droit d'inscrire sur son livre d'or, A côté du directeur Alexis lîréard, venu de Tiron, se place le premier professeur de rhétorique, D, Hugues, à la muse élégante, source de tragédies et de pièces diverses, et D. Vaillant; tous deux présidèrent aux origines du collège. On salue, à la fin du xv!!* siècle, le régent de rhétorique D, Rousseau, auquel on doit une oraison funèbre de M"' Polixène de Vibraye, ainsi que plusieurs tragédies et comédies destinées au théâtre pontilévien. Claude Etiennot fut professeur et directeur, et devint l'un des bénédictins les plus remarquables par son érudition et par ses travaux.
Au xviii' siècle, on vit briller le laborieux prieur D. Fr. Chazal, auteur de VHistoire de Pont-Levoy, dont la plume avait déjà retracé celle de Saint-Benoit-sur-Loire; il professa la rhétorique ainsi que D. Altin Paris, lettré et professeur d'une rare élévation d'esprit. On remarque ensuite D. Clémencet, qui composa le célèbre ouvrage VArl de vérifier les dates, bien augmenté depuis, et qui eut pour successeur D, Charles Taillandier, autre érudit consciencieux; D, Gérou, auteur d'une Bibliothèque des auteurs d'Orléans, sa ville natale; D. Charles du Pont, appelé comme préfet des études en 1723 afin de donner au collège une nouvelle impulsion, et qui « fil en peu de temps changer la face par son zèle et ses talents ». Enfin, le Canadien D. Catignon sut donner à son cours de rhétorique la saveur littéraire d'un eaprit primesautier et aux saillies amusantes; il composa nombre de
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pièces, qui n'ont pas été imprimées » parce qu'elles étaient un peu trop satyriques •>. Quant à D. Boudet. qui professa la philosophie avant de diriger les humanités au collège de Saint-Jean-d'Angély, il commença sur le Poitou et l'Aquitaine des recherches historiques qui furent interrompues par sa mort prématurée.
Le collège traversa une crise par suite des agissements du collège de Blois, dirigé par les Jésuites; mais il en triompha avec l'appui de personnages influents, en particulier de l'évèque de Ulois, du cardinal de Fleury et du marquis d'Hervaull, ancien contrôleur général. Il était réservé à Louis XVI de donner un nouvel essor à Pontlevoy en le transformant en Ecole milUnire. Les douze collèges de hoursiers, désignés sous ce nom, recevaient les jeunes gentilshommes pauvres qui y trouvaient le moyen de se préparer utilement à la carrière des armes. Les lettres, les sciences, les arts et l'escrime constituaient le programme d'études des futurs officiers, dits " cadets gentilshommes », lequel avait pour couronnement une éducation tout particulièrement aristocratique. Les mathématiques y étaient enseignées avec soin, et l'on n'a pas perdu le souvenir des fortes leçons de Mandar, qui fut ingénieur en chef des ponts et chaussées.
Dans ce milieu si parfaitement aéré et dans cette maison si remarquahlement disposée et aménagée, l'École militaire connut des jours hrillants et dépassa le nomhre de deux cents pensionnaires. Les cours comprenaient « le latin, les mathématiques, la géographie, le blason, l'écriture, l'arithmétique, la musique, la peinture, la danse et l'escrime '>, Les registres qui nous ont conservé le nom des élèves montrent qu'ils appartenaient à toutes les provinces de France. Ces souvenirs d'une culture distinguée ne sont pas le côté le moins attachant du sujet qui se déroule sous nos yeux.
s la It.-vokilion.
'liulh^-quc NutionuU'.]
Feila décor o.
[^Iiiscriplion d'une cloche Je Cliaumont.]
passé, sous ses divers aspects, se reflète dans les événenienls
de peu d'importance avec non moins de vérité que dans les
faits considérables, à l'inslar du modeste fragment de miroir
qui reproduit les objets non moins fidèlement que la glace de
grande dimension. D'ailleurs, la vie de la nation non seulement embrasse
le travail des classes élevées, mais encore s'alimente aux sources cachées
dans les profondeurs du sol populaire. Au surplus, jadis plus encore
qu'aujourd'hui, rinduence du double fover domestique et religieux, de
la famille et de la religion, s'exerçait de manière à réaliser, dans le
travail et la puîx, l'union harmonique des divers éléments de la vie
sociale.
Aussi, noire tableau de Cliaumont offrirait une lacune, si nous ne le complétions en ajoutant quelques traits relatifs aux manifestations de la vie paroissiale. Sans parler du rôle des seigneurs et dames de Chaumonl, sur lesquels nous n'avons pas à revenir, nous relèverons
une série d'actes qiii nous font connaître les habitudes, les mœurs et les coutumes des différentes classes, rapprochées comme à l'ombre du clocher.
Si nous prenons pour fil conducteur le registre des naissances, il nous introduit dans la première moitié du xvie siècle. Le 7 juillet 1546 avait lieu le baptême de Françoise, fille de me Jehan Perceval et de Jeanne, avec pour « parrain, noble homme m^ Louis, seigneur de La Court de Meusnier, marraines, noble femme Élizabelh, épouse de noble homme Louis de Rcgnard, seigneur temporel de Rilly, et noble dame Françoise de Chalevert, veuve de noble homme Claude de Sorbiers ». D'ailleurs, une glanée à travers les différents volumes nous permet de relever diverses indications. Le premier acte de baptême se rattache à l.'i27, et en 1533 on compte trente-deux naissances; le registre parle des baptêmes " de la paroisse des ss. Nicolas et Martin de Chaumont ». Les actes de mariages de <i l'église parochiale de saincl Nicolas de Cliaultmonl sur Loyre >• commencent le I" janvier 1352, « soubz vénérable et discret maistre Laurens Lucas, prestre et curé du d. Chaultmont'. » A la même date, on rencontre " les noms de ceulx qui ont esté enterrés es eglizes et cimetières sainct Martin et sainct Nicolas de Chaulmont >•. En l'année 1532 il y eut neuf décès, dont six à Saint-Nicoias et trois à Saint-Martin, où une sépulture se fit « près la croix » ; en I'i53, il y eut cinq décès à Saint-Martin, que l'on voit parfois appeler « Saint-Martin lès Chaulmont ».
Le curé dont it s'agit était entré dans les oi-dres après veuvage, et on lui voit des enfants qui se marièrent à quelque temps de là, d'après l'acte suivant : « Le cinquiesme jour de may mil cinq cens cinquante et cinq, Nicolas et Simone, fille de monsg'' maistre Laurens Lucas, Louis Jeban et Françoise Lucas, fille de maistre Laurens Lucas, curé de céans, furent espousez en l'église monsieur Sainct- NicoUas, par Mons' le curé d'Onzain. »
Les noms qui paraissent le plus souvent dans les actes sont ceux de Briays ou Briais, Potier, Puzelat, Lenoir, Davagon, Ferrant, Delaleu, Liquoys, Thierry et Thoisnier. Quelques-uns sont suivis de la désignation patronymique : d'Angiers, de Nevers, de Berry, de Bruges. Çà et là, on rencontre des noms italiens ; le 19 janvier 1352, Louis Ferra fut inhumé dans l'église de Saint-Nicolas; le 4 juin 1333, eut lieu le mariage de Louise et Jeanne, filles de feu Nicolas Ferra ; et, en 1553, se fit la sépulture de Biaise Rinory.
' Los rt'chicleurs des aclcs, à ci-Uc i-poquc, Iraduisent Cbaumont en latin par Calido Monte, Calvo Monte cl Calma Monlibus, Calidit Monlibu».
L'émotion causée ])ar les luUes religieuses, en parliculier sur les rives de la Loire, ne se fit guère sentir à Cli:iumont, et on n'en trouve la mention que dans une note liturgique : « Le 28 juillet 1302, supplément des cérémonies du baptême (onctions avec l'huile et le s' chrême), pour éviter le scandale, à Marie, fille de Nicolas Puzelat, et de Jeanne Marlineau, avant baptizée par Eugonols [Eugomstorum). '» En cette même année, il y eut cinquante-quatre naissances, et la femme de M. Jacques d'Amboise fut marraine avec l'abbé René Briays ; ce Jacques d'Amboise eut une fille nommée Claude.
A celte époque, les prêtres qui rédigent les actes se plaisent à insérer des expressions grecques dans la teneur des actes latins; en particulier, le curé René Rriays se distingue par son goiît pour cette mosaïque littéraire '.
Les cérémonies baptismales sont l'occasion d'aimables fêtes de famille dans les différentes classes de la société. En l.%9, on voit parrain Michel Gruais , gardien et gouverneur du château de Chau-
mont; la même année, le lo août, saini Nicolas, statue du w skcit,
eut lieu le baptême de Jeanne , fille iaàh à loiideniif Opiisc, dans iiVUse actuelle. du sieur Jehan Gilles et de Louise,
son épouse, tenue sur les fonts par « le s' Guillaume de Gerbay et Jeanne La Perier, épouse du a' du Plessis, et Isabel Gigault, fille du s' de Bellefont » ; l'officiant était René Briays, « prêtre et recteur ». Dans une autre circonstance, la solennité prenait le caractère d'une fête paroissiale. En 1572, « le dimanche 1" juin, fut bénite et consacrée à Dieu Renée, petite cloche suspendue dans l'église Saint -Nicolas,
' On lit : TTinayi^ pour Toussaint; — x£poïpaiji.uiEvo;, pour cliirographo , soussigné; — [jLCtii TTH Stoitoivijî, avec la ilnme ; — [j.£To tou àtorrorou, avec le seigneur; — çïptiaxosoXïn Tou paoïXwî, apothicaire du roi, — /ifoupTOç, cbirurgien. Une autre fois le même ajoute des réflexions : pour distinguer deux individus de même nom, il écrit Guillaume Briays xtale et pudentU minoris. A propos de deux marraines, on voit les êpilliMes virijinei