LETTRE DU PÈRE CHANTELOUP AU CARDIN AI, RICHELIEU
«( Monseigneur, il court depuis quelque temps une lettre dans Paris, laquelle vous avezescrite à la Royne, mère du Roy, ce me semble trop insolente et si contraire à noz actions, que il m'estonne que elle soit demeurée jusqu'à présent sans responce de sa part ; affin de rabattre ceste présomption et diminuer le mespris que vous faictes d'une )si grande Royne qui, par excez de bonté et de trop foible créance , se veoit aujourd'hui réduite en pire condition qu'un esclave, et bien
esloignéedes termes dont vous luy eacrivez; mais
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aiant sceu qu'elle n'a point paru devant ses yeux et que vous n^avez eu d'autre desseing que de la donner au public pour déguiser la vérité et cou* vrir voz fourberies, trop foibles toutesfoys pour combattre son innocence , je me suis résolu d'y respondre sans passion ny intérest, mais seulement pour repousser voz flatteries mensongères. La plainte que vous faites d'avoir esté deschiré auprès d'elle est autant esloignée de vostre cœur que hors de propos, puisque par tous vos dëportements vous avez travaillé comme on veoid à la perdre et à la ruyner en l'esprit du Roy, son filz, pour y prendre sa place. Au gt*and estonnement de toute la chrestienté, vous l'avez faict arrester prisonnière dans le Chasteau de Compiègne, entre quatre murailles, où vous la faites garder par mil hommes de pied et trois cens chevaux , n'ayant pour tout promenoir que soixante pas de rempart de là ville murée des deux costés et garnie de sentinelles. Les gens de byen connoistront avec le temps que vous n'avez mis la Roy ne en prison, et contrainct Monsieur de sortir du royaume, pour trouver seuretéde sa vie dans les maisons estrangères, que pour demeurer absolu maistrede ta maison et achever sans contredit le dessein que votre ambition naturelle vous a faict projedter dès longtemps de restablir dans vostre personne la chaîne de maire du pa-
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lais , supprimée dès la première race des rois. Ne vous imaginez pas que les flatteurs discours de vostre lettre ny toute la rétboriquequele malin esprit vous a peu fournir^ vous oste jamais la qualité d'ingrat et de traistre mentionnée en icelle, vous ne la perdrezjamais^quoy quefassiez, l'ayant acquise trop justement. Ce pourpre de rÉglîse, dont elle vous a revestu par vostre confession, est maintenant ternye d'une sy noire couleur^ que je m'estonne comme Dieu délaisse sy longtemps le chastiment deub à tant de perfidie et d'audace. Ces protestations de fidélité et d'obéissance aussy trompeuses que belles , et le soing de cette réputation dissimulée que vous désirez porter àRome, s'accordent fort mal avec vos actions. Vous pensiez bien, faisant équipper et mettre en ordre les gallères , renvoyer la Royne en Italie, con^me vostre âme lâche le désire; le voyage de Moulins n'estoit pas pour autre sujet. Vous avez trop bonne part en France pour l'abandonner. Atissy bien voz fourberies sont plus connues à la cour de Rome qu'en celle de France. Ce qui découvre plus apertemcnt vostre mauvais desseing, c'est d'avoir, avec serment, exigé du Roy de vous dire entièrement ce qui lui sera dit contre vous-mesme^ dedans le sacrement de confession. Quel sujet avez-vous de lui faire changer de confesseur? Cest de crainte que le bon père
SufTren n'eust dessillé ses yeux ^ luy faisant connoistre vostre ambition démesurée, y étant chargé de conscience , veu les maux qu'elle a causez el cause tous les jours à la France, que vous en avez pris ung autre. Ignorant en cette matière , qui sera longtemps à descouvrir .vos sourbces et par ce moien le temps en coulera. Cest pour noz peschez que Dieu permet que le Roy ne connoist pas ses maux et les nostres. Mais il faut espérer que par sa grâce il les lui fera connoistre , aflin d'y poursuivre le soulagement de son pauvre peuple en vous tournant visage et arrestant le cours de ceste prodigieuse fortune. Le desseing de vostre lettre n'est que pour les plus simples, afïin que dans vos submissions l'on croie qu'il ne tient pas à vous que vous ne soyez racommodé avec la Royne. Vostre intention en a esté toujours fort esloignée , quoy que dès le lendemain de la rgpture, vous ayez fait semblant de le désirer. Ces moiens-là sont trop foibles pour en laisser la croyance au public, ny que les horribles violences que vous faites exécuter tous les jours vous soient permises sans qu'on y puisse trouver à redire. Vez tours ordinaires sont de frapper en vous humiliant. Je suis, de tout le royaume, le moins interressé et qui n'a aucun besoin de biens , obligé, il est vray, à la Royne , mère du Roy, de quel-
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ques bienfaits, mats principallement de ce qu'elle a engendré à la France son filz, que Dieu luy conserve , s*il luy plaist ! Je ne dis tout ceci que pour l'affection que j'ay au byen de ses affaires et ati soulagement de ses subjects^ qui soufriront sans doute une grande altération s'il n'arrive un prompt changement pour destourner les mauvaises influences qui noUs menacent de grandz malheurs , sy vous ne vous amendez. Je prie la divine bonté qu'elle vous en fasse la grâce, et que vous vous serviez pour vostre proflRt et pour celuy du public , de l'advertissement que je vous donne. »
LFTTRE DU ROI A LA REINE MÈRE, Di|on, i" avril.
« Madame, je n'ay point besoingde vous faire entendre, puisque vous le sçavez aussy bien que personne, les justes raisons qui m'ont obligé à me séparer de vous pour quelque temps , et combien j'ay pris de soing pour empescher que ce desplaisir ne vous arrivât aussy bien qu'à moy ; estant dans ma cour meseontante, je ne pourvois apporter remède aux brouillerîes qui se préparoient, et vous sçavez bien que le mal y estoit à tel point que je n'eusse peu, sans ce que j'ay faict, garantir mon estât des troubles dont il estoit menacé. Tout cela n'empesche point
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qu'en rendant ce que je doibs au repos de mes subjets ; par préférence à toutes choses, je ne conserve pour vous l'amitié et le respect que vous pouvez attendre d'un bon fils; de quoy ayant rendu tant de preuves en diverses occasions, je m'estonne de ce que vous me croyez capable de prendre des résolutions violentes contre vous ; elles n'ont jamais esté en ma pensée ny en celle de ceux de qui je me sers, et ne saurois imaginer à quelle fin vous voulez persuader au monde que Ton travaille à vostre ruyne, puisque vous n'avez eu et ne recevez autre mal que celuy de notre séparation , laquelle vous avez procurée, en vous esloignant de ce qui nous pouvoit faire vivre ensemble heureusement, à l'advantage de cette couronne. J'apprends au reste avec beaucoup de desplaisir que vous retardez de jour en jour vostre partement , quoy que vous m'ayez cy devant asseuré y estre disposée. Si vostre indisposition en est la cause, j'en suis doublement fasché; mais je n'ay point appris que vous aiez eu aucune incommodité capable de vous empescher de faire voyage. Je prie Dieu de tout mon cuçur que vous en soyiez délivrée, et vous prye de partir maintenant sans remise, pour des considérations importantes à mon estât , et pour faire cesser des bruits que de méchants esprits vont semant que vous n'estes
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pas dans Compiègne en entière liberté , qui ne se pourra plus dire ny penser^ lorsqu'estant dans vostre maison de Moulins , il n'y aura personne auprès de vous qui vous puisse donner ombrage. Je vous supplie encore une fois me donner ce contantement. Sur quoy ayant chargé mon cousin le maréchal d'Ëstrées, particulièrement le marquis deSainct-Chaumont^ de vous en entretenir, je ne vous en diray pas davantage, que pour vous assurer que je ne suis point capable d'attirer l'ire de Dieu sur moy à vostre occasion j mais bien toute bénédiction , comme je feray tousjours en prenant lesoing quejedoibs de mon estât; je ne doubte point que vous n'y satisfaciez promptement à ce que je désire. Aussy recepvez vous tousjours de véritables tesmoignages de mon honneur et de mon respect. »