‹ Le chateau de CompiègneChapitre 9 sur 40 · LETTIIE DU CARDINAL DE RICHELIEU A LA REINE MÈRE · texte numérisé non relu

LETTIIE DU CARDINAL DE RICHELIEU A LA REINE MÈRE

oc Madame , je sçay comme mes ennemis ou plustost ceux de Testât, non contans de m'avoir deschiré auprez de Votre Majesté, veulent encore rendre ma demeure suspecte auprès du Roy, comme si je ne l'aprochois que pour l'esloigner de vous et pour diviser ce que Dieu et la nature ont joint. J'espère en sa divine bonté que leur malice seracongnue, mes déportements bientost justiffiez, et que mon innocence triomphera de la calomnie. Ce n'est pas, Madame, que je ne m'estime malheureux et coupable, de ce que j'ay cessé de plaire à Votre Majesté, et que la vie ne me soit odieuse en Testât que je suis privé de l'honneur de voz bonnes grâces et de cette estime que j'aimois bien plus que les grandeurs de la terre. Et comme je les tiens toutes de votre main libérale , aussy je les porte et les abaisse à voz piedz. Excusez, Madame, votre ouvrage et votre créature. Tout ce qui proviendra de votre

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humeur royale sera reçu de moy sans murmure et suivi de mille bénédictions. Mais, Madame, espargnez de grâce par cette pitié qui vous est naturelle , la pourpre de l'Église dont vous m'avez revestu et qui perdra son esclat et son lustre si Votre Majesté luy imprime une si noire tache. Quelle apparence y a-t-il que le plus obligé des hommes en Fust le plus ingrat^ et que ma conscience, mes inléretz et ma première inclination m'attachant à vostre service, je m'en sois séparé par le seul advantage d'acquérir le nom de traislre envers la meilleure et la plus grande Royne de l'univers? Cela seul considéré, Madame, me debvoit absoudre de crime et de soubçon devant le tribunal de Votre Majesté qui m'a presque condamné sans m'ouïr; mais je n'en appelle pas; résigné à toutes voz volontez, je souscrirai à mon malheur, et ne veux point disputer contre ma souveraine maistresse, ny luy demander raison de ce qu'elle a faict. Je ne pense non plus de me fortiffier de l'appuy du maistre, ny de ses officiers, ny en la mémoire de mes services passez, contre le cours de vostre présente indignation; la pensée en seroit criminelle et bien contraire à l'honneur que j'ay tous? jours fait paroistre de chercher la gloire dans la fidélité, et la seureté dans la seule innocence. Je désire encore moins traisner ma misérable for-

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tiine dans la France ou la porter dans Rome, pour y voir des ruines encore plus lamentables que les miennes. Je m'ennuierois partout où Votre Majesté ne seroit pas, et sans sa permission de la voir, je n'ay plus que celle de mourir; mais je souhaiterois , pour ma réputation et le rang que je tiens en la maison de Dieu, que je fusse libre ^ après mon innocence cognue^ et si ce ne m'est trop d'audace, après l'honneur de voz bonnes grâces recouvrées, cela m'arrivant, je n'aurois plus de regret à sortir de la cour ny du monde. Je meurs aussy bien mille fois le jour depuis que Vostre Majesté fait semblant de croyre que je ne suis plus moy mesme. »

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