‹ Le chateau de CompiègneChapitre 13 sur 40 · DK LOUIS XV A NAPOLEON · texte numérisé non relu

DK LOUIS XV A NAPOLEON

Le régent ne vint pas à Compiègne, et Louis XV y parut pour la première fois en 1728. Ce prince avait alops dix-huit ans; sa jeunesse, sa beauté^ le charme de son regard, lui gagnaient tous les cœurs; il fut accueilli avec enthousiasme. Son escorte était nombreuse et brillante; on remarquait en tête la compagnie des fauconniers, tenant leurs oiseaux de proie sur la main. Le duc d'Humièresy gouverneur de la ville, et le mar* quis de Brézé lui présentèrent, à l'entrée de la porte de Paris , les échevins et autres officiers municipaux , qui lui offrirent à genoux les clefs dans on bassin d'argent. L'air retentissait du

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bruit du canon ^ du son des cloches et des acclamations de la population de la ville et des campagnes y qui bordait les rues jusqu'au Châteauy où le roi arriva le 4 juin, à six heures du soir. Il y fut reçu par l'ëvéque de Soissons, par le duc de Bourbon , le comte de Toulouse , le prince de Dombes , le comte d'Eu , le duc d'Autin, et par un grand nombre de seigneurs de la cour. Les dames de Compiègne, magnifiquement parées, furent admises à voir souper le roi , et le soir toute la ville fut illuminée. Les clochers de Saint-Jacques et de Saint-Antoine étaient éclairés jusqu'au sommet de leurs flèches par des lampions et des pots à feu, qui projetaient leur clarté au loin dans la campagne; l'hôtel de ville était également illuminé, et sa principale porte d'entrée était décorée des armes de France et de Navarre, de celles de la ville et des armes du gouverneur, le tout entouré de feuillages et de branches d'arbres ; aux deux côtés de cette porte étaient deux fontaines de vin qui coulèrent toute la nuit : le peuple la passa dans la joie et le plaisir. Le lendemain , le roi prit un cerf sur les bords de l'Oise, vis-à-vis Jaux. Frappé de la beauté de la forêt et du carrefour appelé le Puits dit JRoî, il ordonna au duc d'Antin de faire percer un très-grand nombre de routes nouvelles, pour la plus grande commodité de la chasse. Après son

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souper, il joua au piquet à écrire avec la comtesse de Toulouse 9 qui lui plaisait par son esprit ^ et mademoiselle de Charolois, dont il aimait l'humeur vive et légère.

Le dimanche^ en sortant de la chapelle où il avait entendu la messe, Louis XV aperçut dans la cour du Château un paysan qui tenait d'une main deux petits chiens, et de l'autre un blaireau d'une grosseur extraordinaire ; il voulut voir cet animal de plus près. Le paysan s'étant avancé, on lui ordonna de faire battre ensemble le blaireau et les deux chiens. Ce combat dura très^longtemps ; on fit venir un dogue pour en voir la fin. Le blaireau se défendit si bien , qu'il ne put être vaincu ni mis à mort qu'après deux heures de défense. Le roi, qui se divertit beaucoup de ce combat, fit récompenser le paysan.

Un spectacle d'un autre genre étonna les yeux du roi : on lui présenta une fille de treize ans qui avait cinq pieds onze pouces de hauteur, grosse à proportion , d'une physionomie assez agréable; ses souliers plats, sans talons, avaient seize pouces de long; elle était née à Pont, à trois lieues de Compiègne. I^ roi s'arrêta assez longtemps pour voir cette jeune géante, et demanda à son père d'où provenait cette prodigieuse grandeur; il répondit que sa femme, étant grosse de cette fille , avait été vivement frappée

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de la vue d'un gëant qui passa par leur ville^ « C'est l'unique cause, dit-il; car la mère était a d'une moyenne taille , ainsi que nos autres en- « fants ^. »

Les jésuites, qui dirigeaient le collège de Cornpiègne , sollicitèrent du roi une visite, que Louis XV leur accorda avec plaisir. A son arrivée , le Génie de la musique , accompagné de plusieurs écoliers en costume mythologique, le salua de cette cantate :

c Un roi jeune, un roi sage.

Est le don le plus précieux

Que nous puissent faire les deux.

Rendez-lui votre hommage :

Que le nom de Louis , mêlé dans vos concerts , Ennoblisse vos chants et ranime vos airs.

Sans avoir lancé le tonnerre ^ Louis a de son nom rempli toute la terre ; Son amour pour la paix a calmé l'univers.

C'est en vain que la gloire Fait briller à ses yeux l'éclat de la victoire, Et l'invite en secret à signaler son bras

Par de sanglans combats.

Des lauriers arrosés et de sang et de larmes

' Journal du premier voyage du roi Louis XV à Compiègne, par le chevalier Daudet.

Ont pour lui peu de charmes ; Les douceurs de la paix Ont pour lui plus d'attraits.

A la tranquillité publique Il donne ses soins et ses vœux ; Après un David belliqueux , Il nous montre un roi pacifique ; Dans un jeune Bourbon La France voit renaître un jeune Salomon.

Ami de la sagesse, Louis écoute sa voix.

Chantez , et répétez sans cesse :

Louis dans sa jeunesse, Guidé par la sagesse , Suit les pas glorieux du plus sage des rois. »

Ces distractions passagères, les hymnes des jésuites, les chasses que la comtesse de Toulouse, mademoiselle de Charolois et la duchesse de Grammont suivaient en habits d'amazones, et les soupers qu'elles charmaient par leur amabilité, n'occupaient pas tous les moments du roi. Il présidait son conseil d'état, auquel assistait le duc d'Orléans, fils du régent; il recevait les ministres plénipotentiaires du congrès de Soissons, le duc de Bournonville, ambassadeur du roi d'Espagne, le comte de Sinzendorff, ministre de l'empereur; Walpoole, ministre du roi d'An-

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gleterre; le comte de Penlerieder, le baron de Hoop, envoyé des États-Gënéraux ; il s'entretenait avec le cardinal de Fleurv de la marche et des opérations de ce congrès, où s'agitaient les destinées de l'Europe.

Philippe V, ro! d'Espagne, heureux de marier l'infante Marie-Anne- Victoire, sa fille, avec Louis XV, l'avait envoyée à la cour de France, où elle grandissait dans cet espoir; mais monrsieur le Duc^ premier ministre du roi, dirigé par la marquise de Prie, sa maîtresse, voulant donner au roi une épouse de son choix , renvoya l'infante à Madrid; et, pour mieux assurer son empire sur la nouvelle reine , il spécula sur la reconnaissance d'une princesse qu'il arracherait à l'infortune pour l'élever à la plus belle couronne. 11 jeta les yeux sur Marie Leczinska, fille de Stanislas, roi détrôné de Pologne. Ce prince était dans un château- délabré , près de Weissembourg, lorsqu'une lettre du duc de Bourbon lui apprit cette prodigieuse faveur. Transporté de joie, il entre dans la chambre où était sa fille, avance un fauteuil , l'y fait asseoir, et dit : « Perce mettez, Madame, que je sois le premier à renn dre mes hommages à la reine de France! » Philippe V tenait à t'Escurial un autre langage : « Ce n'est que dans des flots de sang, s'était-il « écrié, qu'on peut laver une telle offense. » Et,

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dans le but de se venger, il avait formé une alliance avec l'empereur Charles VI. Par un traité signé à Vienne, l'empereur assurait la survivance des duchés de Parme et de Toscane à don Carlos, fils aîné de Philippe Vet d'Elisabeth Farnèse; de son côté, le roi d'Espagne garantissait à Charles VI SSL Pragmatique j c'est-à-dire, sa succession à sa fille Marie-Thérèse, à défaut d'enfants mâles , et l'existence de la compagnie (TO 9 tende y association de commerçants auxquels il avait donné le droit de trafiquer sous sa protection dans les Indes orientales. Le traité renfermait des réserves contre la prétention de l'Espagne à recouvrer sur l'Angleterre Gibraltar et Port-Mahon , et contre la tendance des Hollandais à détruire la compagnie d'Ostende. Les puissances maritimes s'alarmèrent d'une alliance si étroite entre deux puissances naguère ennemies; elles cherchèrent des alliés dans le Nord, et entraînèrent dans leur parti la Suède et le Danemark ; la cour de Vienne s'assura l'intervention de la Prusse et de la Russie.

Cette altitude hostile avait éveillé toute la sollicitude du cardinal de Fleury, qui avait remplacé le duc de Bourbon dans la haute direction des affaires de France. Par son caractère doux et insinuant, par son habileté à faire à propos de sages concessions, il avait bien disposé les puis-

sances. L'Espagne seule résistait; mais une lettre afTectueuse de Louis XV à Philippe V avait adouci ses ressentiments, et le cardinal avait obtenu les préliminaires de paix signés à Paris le 3 1 mai l'j^'jj et dont les principaux articles étaient un armistice de sept ans, la suspension provisoire de la compagnie d'Ostende, et la convocation d'un congrès général à Aix-la-Chapelle. On changea d'abord cette destination pour Cambray ; mais , sur le vœu du cardinal de Fleury et par déférence pour son grand âge, le congrès fut définitivement fixé à Sôissons , et s'ouvrit le 1 4 juin 17128, avec une grande solennité. Le cardinal était assisté du comte de Fénelon et du marquis de Brancas. C'est pour s'en rapprocher que Louis XV était venu àCompiègne, malgré l'indisposition de la reine, qui n'avait pu l'accompagner.

La première année se passa en pourparlers, en visites, en repas diplomatiques; les affaires n'avançaient point; Charles VI ne voulait à aucun prix consentir à la suppression de la compagnie d'Ostende , et menaçait d'armer. Louis XV retourna en 1729 à Compiègne^ avec le maréchal d'UxelIes, Tous les ambassadeurs au congrès de Sôissons vinrent lui faire leur cour, et parler d'affaires au cardinal de Fleury. Ce ministre habile et pacifique obtint d'abord, au mois de novembre 1729, qu'un traité d'alliance serait signé

CHATEAU DE GOMPIÈGNE. 4^3

à Séville entre la France, l'Espagne et FÂngleterre. L'année suivante, il craignit de perdre le fruit de ses premiers soins. « Je m'étois rendu, le i5 juillet 1780, à Compiègne, où étoit le roi depuis le 6 du mois , dit le maréchal de Yillars dans ses Mémoires. En arrivant, le cardinal m'a paru fort piqué contre la reine d'Espagne ,. et encore plus contre l'Angleterre. Il m'en a dit ses raisons, qui sont telles : le cardinal a écrit au marquis de la Paz que Ton étoit convenu avec tous les alliés de faire un plan de guerre générale, et même de régler ce qu'on a voulu appeler l'équilibre , avant que de commencer aucune opération de guerre. Cette résolution est vraie , et a même été signée. Le marquis de la Paz, par ordre de son maître, a envoyé l'extrait de cette lettre en Angleterre et à la Haye. Le roi d'Angleterre a désavoué net que l'on soit convenu de ne pas agir que le plan de guerre générale ne soit réglé avec tous les alliés. Une pareille conduite ne peut qu'irriter l'Espagne, et j'ai fort exhorté le cardinal à lui dépêcher sur-le-champ un courrier, pour l'informer de la fausseté des Ânglois. On avoit reconnu dès les commencements que l'Angleterre vouloit rejeter sur la France les retardements, si la guerre que l'Espagne vouloit commencer, au hasard de la mal faire, étoit différée. Les Anglois désiroient seules

ment que Ton commençât, sans se soucier du succès; et il leur sufïisoit que l'Espagne se ruinât, afin qu'elle fût toujours dans leur dépendance, j) Ce ne fut qu'en 1731 que se termina cette grande négociation par un nouveau traité de Vienne, qui garantissait à l'Angleterre et à la Hollande la suppression de la compagnie d'Ostende , à l'empereur sa pragmatique, à l'Espagne l'apanage de don Carlos en Italie, à la France la paix , à l'Europe le repos.

Des querelles théologiques et parlementaires succédèrent à cette lutte politique : elles s'élevèrent à l'occasion d'une légende qui mettait au nombre des saints Grégoire VIT , ce pontife qui s'était proclamé supérieur à tous les rois. Le parlement de Paris signala son opposition à la cour de Rome, en condamnant la bulle rendue à ce sujet par le pape Benoît KIll. Le roi, mécontent, manda le parlement à Compiègne le 17 juin 1732; et après avoir fait donner, en sa présence, lecture de l'arrêt du conseil qui cassait la décision du parlement en termes plus que sévères, il ajouta : a Je suspends mon indigna- « tion', comptant que votre conduite sera meil-

' C'est avec la même hauteur et la même colère que François V^ avait reçu le parlement à Amboise. (Voir l'histoire de cette résidence royale. )

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ce leure par la suite. » Ce douloureux conflit jette l'émotion dans le parlement et dans Paris. Les deux chambres des requêtes, les cinq chambres des enquêtes, présidents et conseillers , au nombre de cent quatre-vingts , envoient leur démission , avec cette observation que , « puisqu'on avait à craindre de se perdre en parlant ou de se déshonorer par le silence, ils aimaient mieux remettre leurs charges au roi. » La grand'chambre n'avait pas suivi cet exemple : le roi rinvita à se rendre auprès de lui , à Compiègne. Il la félicita d'être restée pure de la contagion qui avait envahi les autres chambres, et recommanda au premier président d'employer toute son influence à ramener les esprits égarés. On délibéra ensuite sur la conduite qu'il convenait d'observer à l'égard des dissidents. Le conseil penchait à ne leur donner que trois jours pour exprimer leur repentir. Yillars prit la parole, et, s'adressant au roi : « Il faut , Sire , rendre votre a bonté utile à votre service : en empêchant une «( punition qui devroit tomber sur cent quatrea vingts conseillers et présidents, il est question « de deux choses : la première, indispensable , « qui est de voir le roi totalement obéi; la se- « conde, c'est de faire bien connoitre aux couce pables tous leurs torts , tous les périls auxquels. « ils s'exposent. Je punirois donc, dans le mo-

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« menti les sept présidents qui ont apporté les « démissions de leur chambre , et , au lieu de « trois jours, je donnerois jusqu'à huit, pour que « la chaleur du premier mouvement puisse tomtt ber. » Le roi adopta cet avis; on convoqua un lit de justice à Versailles. Les enquêtes et requêtes n'y parurent pas; on les exila dans les différentes villes du royaume ; et ce ne fut qu'en 1^33 que le parlement se rassembla en corps , mais sans avoir abjuré son énergique et juste opposition y qui devait éclater de nouveau à propos des billets de confession '.

'« En 1782, des députés du parlement allèrent à Compiègne, où était le roi. Le premier président voulut pailler ; le roi le fit taire. L*abbé Pucelle eut le courage de présenter la délibération par écrit. Le roi partit, et la fit déchirer par le comte de Maurepas, secrétaire d*état. L'abbé Pucelle fut exilé, et le conseiller Titon envoyé à la Bastille. Nouvelle députation à Compiègne pour i^demander les conseillers Pucelle et Titon. Pour réponse., le cardinal fit exiler le président Ogier, les conseillers de Vrevin , Robert et de la Fa,utrière^ Lies pailisans de la bulle abusèrent de leur triomphe. Un archevêque d*Arles outragea tous les parlements du royaume dans son instruction pastorale ; il les traita de séditieux et de rebelles. On n'avait jamais vu auparavant des chansons dans un mandement d'qvêque : celui d'Arles fit voir cette nouveauté. Il y avait dans ce mandement une chanson contre le parlement de Paris , qui finissait par ces vers :

t Thémis, j*implore ta vengeance

GHATEill} DE GOMPIÈGNE. 4^7

C'est pendant le séjour de 1732, le 11 mai, que Louis XY inaugura par une cérémonie publique le nouveau pont sur l'Oise, dont il avait ordonné la construction et posé la première pierre en i7v3o. Le roi fut reçu dans une gondole magnifique par M. Dubois, directeur général des ponts et chaussées, qui le conduisit à la pile du pont, où Ton avait préparé une table, sur laquelle était une boîte de cèdre renfermant six grandes médailles : une d'or, deux d'argent, trois de bronze. Le roi plaça dans une des culées du pont ces médailles, sur un des côtés desquelles était la tête de Louis XV, couronnée de lauriers; de l'autre, le pont avec cette légende : Corn-pendium ornatum et locuptetatum. Dans l'exergue, on lisait : Ponte no^o Isarœ imposito^ M.DCCXXX. Les armes de France étaient au milieu du cintre de la grande arche : au-dessus s'élevait, sur un piédestal, une pyramide carrée en pierre, de 36 pieds de haut, couronnée d'un

Contre ce rebelle troupeau.

N'en connafô-tu pas TarFogance ?

Mais non, je ne vois plus dans tes mains la balance; Pourquoi devant tes yeux gardes-tu le bandeau ? »

« Le parlement d' Aix fit brûler l'insti'uctioii pastorale et la chanson ; et le cardinal Fleury eut la sagesse de faire exiler Tauteur. » (Voltaire.)

458 KÉSIDKNCKS ROYALES.

globe de cuivre doré, suroionlé d'uoe croix de fer. Sur le pan du côté de la rivière était gravée cette ifiscriptioti :

LUDOVIGO XV

QUOD VIA PUBLICA y HING LUTETIAM ,

ILLING NOVIODDNUM CO&HEGTA ,

STRATA ET MUHITA ,

COMPKNDIUM irOYO PONTS

LAPIDEO DEGORAVIT.

ANNO MDGGXXX.

Sur le panneau opposé, donnant sur le pont, ou lisait celle-ci :

ITB& TUTUM VIATORIBUS ET NAUTIS FAGILE COMMXEGIUM.

L'adresse des arquebusiers de Compiègne leur avait acquisune si haute réputation, queLouisXY et l'électeur de Bavière tinrent à honneur de faire partie de cette compagn ie ; et , le 4 septembre 1 7 29, le prix général de l'arquebuse donna lieu à une cérémonie dont M. Legrand a recueilli la relation.

(( Messieurs les chevaliers de l'arquebuse royale de Compiègne ayant obtenu , par leur générosité et leur magnificence, le bouquet du

CHATEAU DE COMPJEGKE. 4^9

prix général rendu ci-devanl à Meaux, ne cherchèrent depuis qu'une occasion favorable de se signaler de nouveau par la convocation de cette assemblée générale, chez eux, de tous les chevaliers des arquebuses des principales provinces de France.

c( Le roi, pendant son séjour à Compiègne, daigna seconder la noble intention de toute la ville, et (it délivrer les lettres patentes pour ladite convocation.

« Aussitôt cette nouvelle, la joie s'empara de tous les cœurs; la vigilance l'emporta sur le penchant naturel; une noble émulation parut partout : c'était à qui la ferait mieux paraître. Chacun s'empressait à ce qui devait contribuer à la satisfaction publique; les uns par leurs conseils disposaient toutes choses; d'autres parleurs soins tâchaient de les faire réussir. Il n'y eut personne, pas même jusqu'au clergé, qui ne voulût se signaler : quelques-uns même, pour avoir part à une si belle fête, furent avec empressement offrir leur bourse; en un mot, l'ardeur, l'empressement et les soins ne pouvaient aller plus loin.

c( Toutes les compagnies de messieurs de l'arquebuse furent invitées par des lettres circulaires envoyées de Compiègne, par des exprès, avec des maqdats qui expliquaient le nombre et la

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qualité des prix , avec les ordonnances et statuts qu'on devait observer.

ce Les compagnies répondirent, au nombre de cinquante-six; cependant il ne s'en rendit au jour assigné que quarante-sept.

« La première qui arriva fut celle de Vertus. Une sentinelle dans le beffroi de l'hôtel de ville avertissait par le son de la cloche de l'arrivée des compagnies^ et indiquait en même temps, avec un drapeau, la porte par où elles devaient entrer. Aussitôt le son de la cloche, les Chevaliers de Compiègne, rangés en haie sur la place de l'hôtel de ville^ partaient en corps deux à deux, précédés de leurs instruments, ainsi qu'on le verra ci-après à la parade, pour aller recevoir à la porte et introduire la compagnie qui les attendait. A la rencontre des deux compagnies, les capitaines se saluaient réciproquement, et, après un petit compliment, la compagnie qui arrivait prenait la droite, et celle de Compiègne la gauche; et toutes deux en un même corps entraient dans la ville au son des instruments et aux acclamations de la bourgeoisie. La compagnie qui arrivait était conduite à l'hôtel qui lui était destiné; ensuite de quoi la compagnie de Compiègne se retirait sur la place, en attendant l'arrivée d'une autre. Aussitôt après leur arrivée, les valets de la ville, revêtus de leurs casaques

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moitié blanches et moitié bleues , garnies de brandebourgs, livrée du roi, leur portaient des rafraîchissements, qui consistaient en douze bouteilles de vin de Champagne, avec un pâté de canards d'Amiens.

« L'arrivée des compagnies commença le vendredi 2 septembre, vers les deux heures aprèsdhiée, et dura jusqu'au lendemain onze heures du soir. Toute cette nuit de samedi au dimanche fut toute en divertissements. Messieurs les chevaliers de Soissons se distinguèrent particulièrement : vers les minuit, à la clarté des flambeaux , et pt^écédés de leurs instruments , tambours et hautbois, ils furent reconnaître l'arquebuse de Compiègne. Le lendemain dimanche, vers les huit heures du matin, MM. les officiers de chaque compagnie s'assemblèrent en la salle de l'hôtel de ville, pour tirer au sort et convenir du rang pour leur marche, tant pour la messe que pour la parade. Ceci étant fini, chacun fut rejoindre sa compagnie, pour s'assembler sur la place, d'où l'on devait partir pour aller entendre la messe du Saint-Esprit. Vers les dix heures et demie, toutes étant assemblées , l'on s'achemina vers l'église de Saint-Corneille, dans l'ordre et selon le rang que chacun avait eu pour sort, et tel qu'on le verra pour la parade. Messieurs les échevins de la ville, revêtus

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de leurs robes de cérémonie, et précédés des valets de ville, au nombre de douze , revêtus de casaques ainsi que dessus, et messieurs du bailliage, se rendirent à l'église quelque temps avant la troupe de MM. les chevaliers ; et ces deux corps prirent place dans les hautes stalles, vis-à-vis Tun de l'autre.

a Ensuite, à la tête de MM. les chevaliers de Compiègne, était M. le marquis de Malissy, lieutenant du roi delà ville, environné des gardes du gouvernement , revêtus de bandoulières et mousquet sur l'épaule. Toutes les Compagnies ensuite, chacune à son rang, se suivaient dans le plus bel ordre dû monde. M. de Malissy avait sa place préparée dans le chœur, aussi bien que MM. les capitaines, lieutenants, rois et enseignes. La messe commença vers les onze heures, et fut chantée avec grande solennité ; à l'offertoire , M. de Malissy commença à aller à l'offrande, les officiers ensuite, chacun selon son rang. Pendant ce temps, messieurs de l'Opéra de Paris chantèrent quelques motets, avec accompagnement de symphonie. A l'élévation, M. de Cuvilly chanta en musique VOratorium conviifium. L'orgue fut touché par M. Racine , organiste du Roi et de la paroisse royale de Saint- Jacques. Après la messe, on chanta le Te Deum. Les Compagnies ensuite se retirèrent dans leurs

CHATEAU DE COMPlÈGNE. 4^3

hôtels , dans le même ordre qu'elles étaient venues.

« L'après-dînée, vers les deuxheuresjorsqu'on était sur le point de s'assembler à l'arquebuse pour la parade^on reçut la nouvelle de l'heureux accouchement de ia reine et de la naissance de ce cher Dauphin si désiré. Une nouvelle si agréable et si intéressante causa une joie indicible à toutes les Compagnies , mais principalement à la bourgeoisie 9 qui toujours a été si fort attachée au bonheur et aux intérêts de son prince.

« Dans le moment de cette nouvelle, on n'entendait de toutes parts que cris de joie, acclamations de Fwe le Roi, la Reine, et monseigneur le Dauphin ! Les chevaliers faisaient vol^r les verres en l'air, et, de concert avec la bourgeoisie, répétaient sans cesse : Fii^e le Roi! vii^e la Reine , et monseigneur le Dauphin ! Vers les trois heures enfin , les Compagnies s'étant rendues à l'Arquebuse, on partit pour la parade dans le rang et l'ordre ainsi qu'il suit : Les Dor^ meurs ( de Compiègne ), les Gens de Vertus (de Vertus), les Coqs (de Dormans), Naine s^y frotte { de Château-Thierry ), les Cochons ( de Crépy ), les Priants (de Noyon), les Mangeurs de soupes chaudes (de Rozay-en-Brie ) , les Glorieux (de Laon), les Pèches {Ae Corbeil), les Sables ( d'Étampes), les Singes (de Chauny), les Corbeaux

464 nièsiDEircES royales.

(deBraine)^ messieurs de Condë - en * Brie ; les Mangeurs de Dagourmiaux (de Coulommiers), les anguilles (^de Melun), les Besaciers (de Senlis), messieurs de Chaventon ; les Canoniers (de Saint- Quentin), messieurs de Chaune; les Chiens (de Mantes), les Suiveurs (d'A visse), les Usuriers (de Ponloise), les Chats (de Meaux),/a Poupée (de la Fertë-au-Col), les Noméneurs ( de Montdidier ), Combien vaut forge? (de Lagny), la Bannière de France {de Saint-Denis), les Mangeurs de gaudichons (de Rethel), les Soupiers (de Pons), les Veaux (de Vaiily), la Pucelle (de Mézières), les Mangeurs de pain dépice (de Reims), les Vissants (de Nogenl-sur-Marne), les Piémards (delaFerté- Milon), les Conserves (de Provins), /^j Chaudronniers (de Beaumont), tes Brûleurs de noir {de Charleville), messieurs de Guignes; les Fouines (de Fismes), les Bailleurs (de Soissons), messieurs de Suisse, messieurs de Beauvais; les Brûleurs de fer (de Fère-en-Tardenois ), la Queue (de Brie-Comte-Robert), les Hiboux (de Meulan), messieurs de la Ferté -Gaucher; les BrimbaU leurs ou Maraudeurs (de Chàlons), les Verriers (de Sainte-Ménehould).

a Pendant la parade, messieurs les chevaliers trouvèrent sur la place un rafraîchissement, composé d'échaudés , biscuits , jambons de Mayence, langues, et excellent vin de Champa-

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gne. Messieurs du régiment de la Calotte eurent aussi l'honneur de rafraîchir^ à la porte de leur hôtel ^ messieurs les chevaliers et ceux qui les suivaient. Enfin^ sur les six heures et demie du soir y le bouquet rentra dans TArquebuse; il fut d^abord placé au milieu de la cour^sur une table couverte d'un magnifique tapis, et gardé par messieurs les chevaliers de Compiègne^l'épée nue à la main* A mesure que les compagnies défilaient^ elles allaient se ranger en haie dans le jardin; cependant messieurs les chevaliers de Compiègne furent en cérémonie chercher le lieutenant du roi en son hôtel, pour tirer le coup du roi. Mais comme messieurs du régiment de la Calotte continuaient toujours à arrêter les compagnies pour les faire boire à la santé du roi , de la reine et de monseigneur le dauphin, M. de Malissy ne put s'exempter de boire aussi à cessantes, ce qui retarda la cérémonie, et fut cause qu'on la remit au lendemain.

« L'impatience commençait à s'emparer de tous les esprits de messieurs les chevaliers, qui ne pénétraient pas la cause de ce retard, lorsqu'une dame du régiment de la Calotte, avec un nœud d'épaule blanc et jaune sur la robe, fut invitée de vouloir bien danser un menuet au son des hautbois et des tambours. Quelques* uns d'srbord s'aperçurent de la danse, et tous

466 RESIDENGF.S ROYALBS.

vinrent en Foule pour élre de la partie : de sorte que d'un menuet on en vint à un branle général autour du jardin : tout le monde était en Tair ; après quoi les compagnies se retirèrent chacune dans leur hôtel, i»

Il y avait près de vingt ans que le traité d'Utrecht avait assuré la paix, de l'Europe; mais certains esprits, toujours inquiets, toujours mécontents , s'ennuyèrent de cette monotonie pacifique, si bien qu'il se forma en France^ comme le dit Sismondi> un parti qui voulait la guerre^ n importe pourquoi. L'héritage d'Auguste, électeur de Saxe et roi de Pologne , mort en 1733, devint le juste motif d'une lutte entre la Russie et l'Autriche , qui avaient proclamé le fils d'Auguste, et la France, dont la dignité exigeait qu'elle soutint les droits de Stanislas, père de la reine Marie Leckzinska. La politique timide du cardinal de Fleury se borna à envoyer d'abord un secours, ou plutôt une escorte de i,5oo hommes; mais lorsque le beau-père de Louis XV fut réduit à fuir de Pologne^ sous un déguisement , la guerre prit un caractère plus sérieux : la France s'unit à la Sardaigne et à l'Espagne contre l'Autriche; le maréchal de Yillars se rendit maître du Milanais , le maréchal de Berwick prit Philisbourg, le maréchal

CHATEAU DE GOMPIÈGITE. 467

de Coîgny gagna contre les Impériaux la bataillé de Parme, et Louis XV s'empara de la Lorraine, • patrimoine du duc François qui devait épouser Marie-Thérèse, fille ainée de l'empereur Charles VL

 son retour de cette heureuse campagne, Louis XV passa à Compiègne les derniers jours de juillet et les premiers jours d'août 1738. Là, il reçut les quatre députés de la ville de Genève, qui venaient le remercier de s'être joint aux deux cantons de Zurich et de Berne , pour rétablir, par sa médiation, le calme dans cette république , troublée depuis quatre années par des dissensions civiles et religieuses qui pouvaient amener sa ruine. Le lendemain, il donna une grande chasse dans la forêt de Compiègne : il y avait invité le prince de Lichtenstein, ambassadeur de l'empereur, le prince de Conti et tous les seigneurs de sa cour. La reine, qui était grosse, était restée à Versailles; mais plusieurs princesses et un grand nombre de dames suivirent la chasse en habit d'amazone. Le prince de Lichtenstein montait un cheval d'une vitesse extraordinaire : il faisait une lieue en trois minutes, comme l'attesta une course à laquelle assista toute la cour.

Les religieuses du couvent de la Visitation , voyant combien le roi aimait la forêt de Com-

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piègne, eurent l'idëe de lai faire hommage de la représentation de cette forêt en sucrerie, avec ses arbres, ses routes, ses élévations, les villages même ou les monuments qu'elle renferme. Le roi admira la (inesse de cet ouvrage dâicat, dont il loua beaucoup les religieuses.

En 1739, Louis XV, voulant, à l'exemple de son aîeul^ donner au dauphin une idée des opérations militaires, forma un camp près de Gompiègne '. Le jeune prince, quelques années plus tôt, avait passé plusieurs jours dans cette résidence avec l'abbé Alary, son précepteur, et Ton se souvenait que, l'abbé tenant un livre à la main, le dauphin lui avait demandé ce qu'il lisait : « Je lis, avait répondu le précepteur, qu'il « faut que monseigneur étudie. » — « Voyons, avait répliqué le prince, qui prit le livre et l'ouvrit: c< £t moi, je lis qu'il faut que le dauphin « se divertisse. » Et il avait jeté le livre pour courir à ses jeux habituels *.

« Ce prince avoit grandi , et les images de la guerre étoient devenues ses jeux. Le Roy avoit fait élever un polygone vis-à-vis la terrasse du

* Voir Tordonnance du i*' juin 1739 , qui réglait le traitement des troupes désignées pour camper près de Compiègne et leur bonne discipline.

' La Cour et Paris.

CHATEAU DE GOMPIÈGNE. 469

Château , dans la plaine qui est entre cette ville et la forêt. Le bataillon du régiment royal d'artillerie ^ commandé par M. de la Borie, qu'on a voit fait venir de La Fère, pour l'attaque du polygone, ayant établi de Fautre côté de la rivière une batterie de canons et de mortiers, pour en foire upe école d'artillerie, le Roy y alla plusieurs fois, et félicita les canonniers sur la manière dont ils ser voient leurs batteries. Le comte d'Eu, grand maître de l'artillerie et lieutenant général des armées du Roy, commandant supérieur de toutes les troupes qu'on avoit fait venir à Compiègne, étoit campé avec le bataillon du régiment royal d'artillerie entre le polygone et la rivière d'Oise, sur laquelle étoit un pont de bateaux, qui communiquoit du camp du comte d'Eu à la batterie, et qui servit à faire voir au dauphin comment on établit un pont de bateaux et comment on le replie. Le régiment du Roy infanterie, destiné à attaquer et à défendre 1^ polygone, se rendit le 7 de ce mois au village de Venette, et le Roy, accompagné du dauphin, le vit arriver et former son camp dans la prairie. Le 9 , le Roy fit la revue de son régiment : après avoir passé à la tête des bataillons et dans les rangs, il fit faire l'exercice, après lequel toutes les compagnies défilèrent devant le Roy, qui parut très-content de l'état dans lequel il avoit

trouvé son régiment ; il en marqua sa satisfaction au duc de Biron. Le même jour j le Roy fit la revue des détachements de Bourbonnois^ de Gondrin, de Blaisois, qui étoient venus à G^m-* piègne pour servir à l'attaque du polygone, et qui avoient campé à la gauche du bataillon du régiment royfil artillerie. Le la, le régiment du Roy s'étant partagé en deux corps, on donna à la Reine et au Dauphin le spectacle de l'attaque d'un camp et d'un combat. Le lendemain , le régiment du Roy passa la rivière d'Oise sur uq pont de bateaux , dont l'établissement fut favo-^ risé par une fausse attaque, faite au*dessus de l'endroit où l'on vouloit le jetter. Le i4j la tranchée fut ouverte devant le polygone par àe\i\, boyaux conduisant à une parallèle qui embras* soit tout le front de l'attaque. Les jours suivans, ces travaux furent perfectionnés; on établit des batteries de canons et de mortiers, on forma une s^econde parallèle , on ouvrit des sapes , on fil porter des fascines par des détachemens des deux compagnies des mousquetaires de la garde, on attaqua les lunettes, on emporta le chemin couvert, on y établit des logemens qui furent ren* versés par l'efTet de plusieurs mines , on fit la descente du fossé , et le 21, au soir, on se pré^ paroit à donner un assaut ^ lorsque M. d'ÂlIe- (nans, lieutenant colonel du régiment du Roy,

demanda et obtint une capitulation y après laquelle le Roy fît défiler la garnison.

<x Toutes les attaques des ouvrages du polygone et les sorties faites par les assiégés furent soutenues par un feu continuel d'artillerie et de mousqueterie. Les différens exercices de guerre et cette image d'un siège devinrent pour le Dauphin un amusement très-utile 9 par l'attention avec laquelle ce prince vit toutes les attaques, visita les travaux , en suivit le progrès, et interrogea ceux qui étoient chargés de cette attaque , sur les détails qui pouvoient contribuer à son instruction. Tout fut conduit avec beaucoup d'ordre, et l'objet que Sa Majesté avoit eu en faisant attaquer le polygone, fut parfaitement rempli par l'empressement avec lequel les officiers employés dans cette occasion donnèrent , chacun pour ce qui le regardoit, des preuves de leur capacité et du désir qu'ils avoient de mériter l'approbation de Sa Majesté.

« Pour égayer les soirées après les opérations du camp, les comédiens de Compi^ne donnèrent tous les jours des représentations sur leur théâtre pendant le mois de juillet. Ils jouèrent plusieurs pièces du Théâtre français, entre autres, la Princesse eTÉlide^ les Folies amoureuses, iÉcole des Amis^ le Glorieux, la Fille capitalne, etc., etc.; du Théâtre italien : la Femme ja-

louse^ le Faucon^ les Deux Arlequins ^ le Prince trcufestiy les Fées^ la Double inconstance^ t Heureux, stratagème^ Sarnson^ etc. Toutes ces pièces furent presque toujours accompagnées de difFérens ballets sérieux et comiques, fort bien exécutés.

« Le Roy honora deux fois cette troupe de sa présence : il vit le 19 juillet F Héritier ridicule j ancienne comédie de Scarrop, qu'il avoit demandée; cette pièce fut très-bien représentée, après le souper du Roy, vers le minuit , avec des intermèdes à chaque acte. Les mêmes co*» roédiens donnèrent aussi plusieurs bals, dans le goût de ceux de l'Opéra. Le 3i, ils représentèrent pour la seconde fois devant le Roy les Intrigues d! Arlequin et les Animaux raisonnables. Le Roy permit à cette troupe de prendre le titre de Comédiens du Roy '. w

Cbmpiègne reçut, en 1 y4i 9 1^ reine douairière d'Espagne, Louise-Elisabeth d'Orléans, qui cher* chait à rétablir sa santé , déjà bien ébranlée. Cette fille du Régent avait épousé Louis 1% roi d'Espagne ; et comme si c'était une disposition naturelle aux princesses françaises de ne point se plaire dans une cour étrangère , mademoi*» selle de Montpensier, devenue reine, s'ennuyait

* Gazette de France.

GHATKArU DB COMPI^GNE. 4?^

en Espagne 9 comme sa tante à Florence , comme sa sœur à Modène. Veuve, elle revint en France, et jeune encore, à slon retour de Compiègne, elle termina sa vie au palais du Luxembourg*

Nous touchons à l'époque la plus douce et la plus glorieuse pour Louis XV.. Excité par les nobles conseils de madame de Cfaâteauroux, il avait pris lui-même le commandement de son armée, et , accompagné du maréchal de Saxe, il s'était emparé d'Tfpres, de Furnes , de Menin. Instruit que le prince Charles de Lorraine vient d'entrer en Alsace, il y vole; mais une maladie, qui met ses jours en danger, l'arrête à Metz. La consternation fut générale. Les églises étaient remplies d'une multitude en pleurs, qui demandait à Dieu la conservation du roi; et lorsque le ciel l'eut rendu aux vœux de ses sujets , on lui décerna avec ivresse le surnom de Bien-Aimé. Partout des Te Deum, des réjouissances publiques : on courait, on se félicitait, on s'embrassait. Les poètes, et de ce nombre Piron, s'associèrent à l'allégresse générale; et le roi, touché de ces transports, s'écriait : « Ah ! qu'il est doux « d'être aimé ainsi ! »

La ville de Compiègne , toujours empressée à signaler son dévouement, ne resta pas en arrière dans cette circonstance; elle justifia noblement sa devise : Régi et regno fidelissima. Un manus-^

474 RÉ&11>ENC£$ ROYALES.

crit de la bibliothèque du Château de Compiègoe^ intitulé : Compiègne^ fidèle à ses rois y nous a conservé, avec une exactitude bénédictine, la relation des fêtes célébrées à cette époque dans cette ville ' :

<x Le dimanche 27 septembre 1 7449 j^tir désiré et attendu, on vit dès Taube du jour un agréable mouvement dans toute la ville. Chacun s'ioterressoit d'avance à la fête publique. Icy on s'occupoit à faire des préparatifs, là on ornoit de verdure le devant des maisons; ceux-ci dressoient des tables dans lesrues,d'autresélevoient des emblèmes et construisoient avec art des lampions en devise. Sur les quatre heures après midy, le clergé séculier et régulier, le bailliage et l'élection en corps , à la teste duquel étoit monsieur Tévéque président, le -commandant de la ville, M. de la Vallée et Lamy, gouverneurs attournez, se rendirent en cérémonie dans l'église de l'abbaye royale de Saint-Corneille, précédés des tambours, des flûtes^ des violons et des hautbois. Le peuple et les bourgeois a voient déjà rempli le haut et la

' « Relations des fêtes publiques qui ont esté données à Compiègne, pour le rétablissement et la convalescence de Sa Majesté Louis Quinze, le dimanche 27 septembre 1744 et les jours suivants , par Don François Constant , vicaire de la paroisse du Crucifix , establye en la nef de FËglise , en l'abbaye de Saint-Corneille de Compiègne. »

CHATEAU DE GOMPIEGME. 4? S

nef de l'église, et seixibloient n'avoir interrompu les préparatifs extérieurs que pout se réunir au cry public de grâces qu'on rendoit au Roy des Rois, pour la convalescence de notre monarque I<Quis-le-Bien-Âimé : on chanta ie Te Deum au bruit de plusieurs décharges de canons, auquel sejoignit de nouveau le son des cloches.

<K Après cette auguste cérémonie , le commandant de la place, accompagné du corps de ville et devancé par toute la symphonie, se rendit sur la place de l'hôtel de ville, où ils mirent le feu à un bûcher préparé. Les cris de joye et d'allégresse, d'acclamations et de vwe le Roy l com^ mencèrentà se faire entendre au milieu de plusieurs décharges de canon et de mousqueterie. On fit imprimer et distribuer dans toute la ville, au nom des gouverneurs attournez, des billets pour inviter les bourgeois les plus considérables de se trouver, sur les huit heures du soir, à un festin aussy délicat que magnifique, qui devoit estre suivi d'un bal général où le public eut un libre accès. La fête en effet fut entière. Quatre fontaines de vin coulèrent depuis cinq heures du soir jusques bien avant dans la nuit. On distribua au peuple avec profusion des viandes et du pain. La façade de l'hôtel de ville fut illu-> minée : on voyoit sur le frontispice les armes du Roy, du gouverneur général de la ville, celles du

gouverneur et de la ville couronnées de lierre et placées en lozanges, et au-dessous on lisoit celte inscription entourée de feuillage :

UEBS LCTA

KBSntVTO &EGI

SE SUOSQUE CIVES

DEVOVET.

Sur la galerie étoient placés avec ordre plusieurs vases de feu y et une infinité de lanternes ornoient avec simétrie la grande élévation du beffroy. La nuit perdit son obscurité par l'éclat des illuminations. Les habitans des villages voisins accoururent en foule à un aussy brillant spectacle. Leur démarche ne fut point inutile :leur curiosité fut aussy satisfaite que leur appétit.

<c L'exemple du corps de ville fut imité par messieurs de l'abbaye de Saint-Corneille. Deux fontaines de vin rouge et blanc coulèrent pour le public, l'espace de toute la nuit. Mais son attention fut surtout frappée par le bon goût de rilluminalion sur le portail hors d'œuvre de l'église, de la largeur de douze à treize toises, et de 75 pieds d'élévation ; tomboient en groupes et de chaque côté quatre pilastres de lampions de la hauteur de 60 pieds , terminés en pyramides et couronnés en haut par un vase de feu. Un arc-en-ciel d'un double rang de lampions à

CHATEAU 1)£ COMPliONE. 4? 7

un demy pied de distaDce, où estoient représentés des iHiages incertaios, remplissoit le vuide entre les deux pyramides. On lisoit au dessous ces six vers 9 dont les lettres à jour paraissoient d'or par la réflexion de la lumière :

« Vive notre grand roy , digne objet de nos vœux ! Son but en revivant est de nous rendre heureux. Son cœur fait consister Thonneur du diadème En Fart d'aimer son peuple et d'être aimé de même ; Nos pleurs ont démontré l'ardeur de notre amour. Il veut nous surpasser dans son tendre retour. »

«La galerie d'en haut étoit garnie, aussi bien que le contour de chaque pyramide , de plusieurs vases de feu artistement placés. Dans le cercle de la grande rose de 17 pieds de diamètre, on avoit tendu une toile dont le feu étoit bleu, et au milieu étoient attachées trois fleurs de lis de quatre pieds de hauteur^ surmontées de la couronne, composée de lampions. La balustrade de cette seconde galerie étoit encore parsemée de vases de feu disposés avec art. Le bas, susceptible de lumière, fut décoré de chaque côté jusqu'à la hauteur de huit à dix pieds du rez-de-chaussée. Le coup d'œûil fut magnifique. Les connoisseurs avouèrent qu'ils n'avoient jamais vu d'illuminations plus galantes et d'un meilleur goût. Les deux clochers de l'abbaye furent aussy illuminés

478 RéstDElfCJES ROtALES.

de trois à quatre cents lanternes, et la couronna de celuy du mîdy produisit^ par sa sitiiation favorable, un effet merveilleux. Vers les neuf heui*es, on tira un feu d'artifice qui satisfit extrême^ ment les curieux, dont le concours étoit surprenant.

« Après Texéculiou de ce feU , rarljlîerîe se fit entendre, et annonça l'artifice, qui alloit commencer à l'hôtel de ville, où Ton tira avec un pareil succès plusieurs douzaines de fusées. La santé de Sa Majesté y fut bue au bruit de plusieurs salves de canons, aux acclamations redoublées de toute l'assemblée et aux cris de joye d'une nombreuse populace, qui faisoit retentir l'air de vwe le Roy^ vwe Loms-le-Bien^Aimél Vers les onze heures, la cloche de l'hôtei de ville indiqua l'ouverture d'un bal général, où le bon ordre et les rafralchissemens firent goûter à tout le monde la joie et la satislaction la plus entière. Le beau sexe s'y troavoit avec un éclat proportionné à la grandeur de la fête, et rendoil la joye et le plaisir complet par Télégance de ses manières. Le jour surprit agréablement l'assemblée , qui se retira parfaitement contente. »

La victoire de Fontenoy ( 11 mai 174^) ré-

CHATEAU Dt COltfPléGNÉ. 479

pondit noblement à ces transports : les Hollandaisy faits prisonniers dans cette journée, furent déposés à Conhpiègne, sous la voûte de la Porte- Chapelle. L'enthousiasme avait redoublé pour le monarque victorieux. Pourquoi faut-il que , dominé par une honteuse faiblesse, il ait plus tard autorisé ce même peuple qui Tavait adoré, à convertir en épigrammes le titre flatteur de Bien-Aimé, qu'il lui avait décerné avec amour' ? Mais telle était la destinée de Louis XV, qu'après avoir écouté les généreuses inspirations de madame deChâteauroux, joué avec les brillants colifichets de madame de Pompadour, il devait tomber dans les bras d'une courtisane^ et préparer, par le mépris impolitique de l'opinion publique, l'orage qui devait un jour renverser le trône!

Le dauphin était venu à Compiègne pour passer en revue son régiment. Ce prince avait eu dans son enfance une petite-vérole confluente, qui avait mis ses jours en danger, et longtemps

* Le Bien- Aimé de Falmanach N'est plus le Bien^Aîmé de France ; Il fait tout alx hoc et ab hac , Le Bien-Aimé de ralmanach :

n met tout dans le même sac , Et la justice et là finance.

Le Bien'Aimé de l'almanach N'est plus le Bisn-Aimé de France.

48o RESIDENCES ROYALES.

après sa convalescence, il avait conserve sous le nez une dartre qu'il fît disparaître avec de l'extrait de Saturne, dit madame (lampan , avec une drogue de charlatan , dit madame du Hausset ; mais l'humeur se rejeta sur la poitrine; le dauphin maigrit et tomba dans une profonde mélan^ colie. Indifférent à sa santë, il ne prenait aucune précaution. Après avoir présenté la dauphine aux soldats, en disant, avec une 'simplicité qui fit à cette époque une sorte de sensation t « Mes tf enfants, voici ma femme! » il voulut les faire manœuvrer. Il était à pied, dans une prairie très-humide; il prit chaud et froid, un gros rhume s'en suivit, et, après avoir langui jusqu'au mois de décembre i665, il mourut à Fon-^ tainebleau. Les églises de Saint-Corneille et de Saint-Jacques, de Compiègne, célébrèrent avec pompe le service funèbre de ce prince qui promettait à la France un roi vertueux et libéral .

L'année suivante, un camp devait être formé à Soissons; on le transporta à Compiègne. 11 était commandé par le marquis d'Ârmantières , lieutenant général ayant sous ses ordres le marquis de Boufïlers , maréchal de camp< Les troupes étaient campées dans la plaine de Royal-Lieu. Le 17 août, le roi fit exécuter en sa présence par seize bataillons ensemble le maniementdes armes

CHATEAU DE COMPlÈGNli. 4^1

el diverses manœuvres. La précision avec laquelle toutes ces manœuvres furent exécutées , le silence et l'immobilité du soldat sous les armes ne laissèrent rien à désirer au roi/ qui ^ pour mieux s'assurer de la manière don.t les différents mouvements s'exécutaient, s'était porté de sa personne dans le centre et sur le flanc des troupes. Après le défilé , le roi témoigna sa satisfaction des progrès que ces régiments avaient faits depuis la paix, ainsi que de la manière dont ils étaient tenus. Le soir, le marquis d'Armentières eut l'honneur de donner à souper au roi, sous sa tente.

Au camp de Coudun, en 1698, nous avons montré Louis XIV vieilli présentant avec un triste orgueil madame de Maintenon à son armée: Louis XV, au camp de Compiègne , en 1766, vit avec plaisir les colonels rendre les honneurs militaires à madame du Barry '. Le duc de Choiseul, le dernier mort, homme aussi distingué par l'élévation de ses. pensées que par la noblesse

' « Pendant ce séjour à Compiègne ^ dit madame du Barry, je dînai plusieurs fois chez mon beau-frère Cléon du Barry, alors capitaine dans le régiment de Beauce, qui faisait partie du camp rassemblé près de ce Château. Les officiers du camp cherchèrent à Tenvi les uns des autres à m'étre agréables. On me donna des fêtes ; on tâcha de me divertir^ et Ton y réussit, car je quittai Compiègne enchantée d*y être allée. »

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