AU-DF.SSOUS DU PORTRAIT DE LA REINE
A toi , l'ange du peuple et l'idole des grands ! Reine dans les palais , Sainte dans ks chaumières, Le pauvre , chaque jour, apprend à ses enfants
A te bénir dans leurs prières.
Tu peux compter sur nous , si vient l'adversité ; Nous sommes forts , bien forts , souveraine chérie l Et nous t'aimons autant que notre liberté.
Que nous aimons plus que la vie.
Le 117 septembre , le Roi , accompagné de la Reine, de madame la duchesse d'Orléans^ de la grande-duchesse de Mecklembourg, de LL. A A. RR. la princesse Marie, de si regrettable mémoire, les ducs d'Aumale et de Montpensier, de la princesse Adélaïde et d'un nombreux cortège, où Ton remarquait les princes Alexandre et Ernest de
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Wurtemberg, des maréchaux de France, des ministres, des généraux français et étrangers, arriva au champ de manœuvre, on les troupes étaient formées dans Tordre suivant :
La première division étant en première ligne par bataillons en masse, à vingt-quatre pas, faisant face à la route de Montdidter, le centre en avant à deux cents pas de la ferme de Corbeaulieu, avait deux batteries d'artillerie à sa droite, et deux à sa gauche.
t^ deuxième division , disposée par bataillons en masse également à vingt-quatre pas et à cent cinquante pas derrière la première ligne, avait à sa droite, sur le même alignement, et par régiment en colonne serrée, avec intervalles de cinquante pas, la première brigade de cavalerie, et à sa gauche la deuxième bi^igade.
Le Roi parcourut à cheval les diverses lignes au milieu des acclamations les plus expressives de toutes les troupes, dont la tenue belle et réglementaire attira les éloges de Sa Majesté.
Après la revue , quelques évolutions de ligne furent exécutées sur le plateau de Margny : le Roi, placé sur un des points culminants, donnait le signal des manœuvres, qui étaient commandées par le prince royal. La première division d'infanterie se déploya et se couvrit de tii-a illeurs; la seconde déploya également ses masses
et forma immédiatement les colonnes doubles. La cavalerie forma deux colonnes serrées , la première brigade la droite, et la deuxième brigade la gauche -en tète. Elles passèrent au Irot parles intervalles que laissaient l'infanterie et l'artillerie disposées à Tune et l'autre aile; Tartilierie ayant suivi le mouvement fait feu; la cavalerie démasque la ligne de l'infanterie en se formant en colonnes serrées, au trot, sur le premier escadron de la première brigade, et se porte en arrière, restant ainsi disposée à l'aile droite de l'infanterie. Précédée de nombreux tirailleurs, dont le feu et les mouvements sont bien dirigés, la premièie ligne exécute une marche en bataille, que l'artillerie soutient vivement par son feu, en avançant, et, dès qu'elle est remarquée par les tirailleurs qui sont rappelés, elle fait feu des deux rangs.
La deuxième division, qui a suivi le mouvement de la première à une distance de quatre cents pas, exécute (chaque bataillon précédé et couvert par sa compagnie de voltigeurs) le passage de la ligne en avant. La ligne reformée, elle fait feu des deux rangs, et opère un changement de front sur le troisième bataillon, l'aile droite en avant. Dans ce moment, la cavalerie se porte en avant au trot ; elle change de direction à gauche, au delà du point d'appui de la droite de la
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nouvelle ligne de la deuxième division d'infanterie, et se déploie sur le premier escadron du deuxième réigiment. Deux escadrons de la Imîgade légère sont détachés pour couvrir tes deux brigades par une ligne de lirailleurs. Marchant ensuite en retraite, et faisant par pelotons à gauche, et dans chaque régiment, tête de colonne à droite, elle se dirige dans les intervalles des lignes d'infanterie, et se reforme en troisième ligne.Démasquéeparcemouvement, la deuxième division, toujours en première ligne, fait feu de deux rangs; elle forme les carrés obliques et fait feu des faces extérieures. La deuxième brigade de cavalerie exécute un passage de ligne en avant, par pelotons à droite et dans chaque escadron, tête de colonne à gauche; elle passe en avant des carrés obliques; elle reforme la ligne et fournit une charge. La deuxième division d'infanterie reforme aussi la ligne, et, après ces mouvements, les troupes sont disposées pour défiler, et défilent aux cris mille fois répétés de : FiueleRoi'l
Indépendamment des manœu v res, le duc d'Orléans, pour distraire les troupes, avait organisé des prix pour des courses à pied et à cheval,
^Journal du camp de Compiègne, par M. le colonel, depuis lieiitenftnt général Aupicli.
fe
55o Ré$lD£MCES KOTALKS.
pour le tir, la course des têtes au galop, les bàguettes, le clairon , la trompette, la musique, la lutte à la corde et autres jeux. INbn coûtent d'exercer l'adresse et la force des soldats, le prince royal s'attachait également à éclairer leur intelligence par diverses questions sur l'art militaire; et les vainqueurs, dans cette sorte d'escrime intellectuelle, étaient utilement récompensés; aussi le prince était adoré des troupes, et ce n'était jamais sans émotion qu'il leur faisait ses adieux. Ses paroles, au camp de 1837, portent l'empreinte de l'amour qu'il avait pour le soldat : les derniers accents de cette voix éloquente sont précieux à conserver !
a Messieurs, dit-il , la plus belle prérogative « de mon commandement est, à mes yeux, de ce témoigner à des officiers que j'aime et que j'este time, toute la satisfaction de leur cliiiif pour le « zèle qu'ils ont apporté à l'accomplissement a d'une tâche monotone et de devoirs enlièrea ment pacifiques. Vous avez été soutenus dans (n vos efforts par la pensée que vous obteniez des a résultats qui seraient utiles à l'armée. Vous a avez corapi'is que^ pendant la paix, c!est surce tout dans les grandes réunions de troupes que « le contact de différents corps retrempe l'esprit a militaire, cette vie des armées et ce feu sacré
« sans lequel elles deviennent inutiles et même (c dangereuses.
« A mesure que l'horizon s'agrandit, chacun de tf vous prend une idée plus élevée de ses devoirs; « le fardeau se trouve allégé lorsqu'on songe que, « pendant la paix, l'armée a aussi une mission « à remplir. Elle est un puissant moyjsn decivi- « lisation. C'est surtout par l'armée que peut se a résoudre une des difficultés des sociétés mo- 4C dernes : l'alliauce de l'énergie et des passions «f ardentes, avec l'esprit d'ordre, de hiérarchie a et de discipline. Chaque année l'armée rend au « pays les hommes que la France lui a confiés, « et, grâce à vos soins, ces hommes restent dans « la population meilleurs et plus utiles à la pac( trie; car, entre vos mains, ils ne sont pas seuleoc ment devenus des instruments de guerre, mais « ils sont devenus de bons citoyens, ayant la a connaissance de leurs devoirs et l'habitude de «les remplir.
« Que la conscience de rendre ainsi sans cesse « d'utiles et incontestables services, soutienne a votre zèle. Aujourd'hui où l'espoir, même éloi- « gné, de la guerre ne peut vous être offert, que « du moins la vqe de ces uniformes étrangers '
* Plusieurs officiers supérieurs , étrangers de marque , le général d'Hona , le comte Âuriola , le comte Solms , étaient venus atssister aux manœuvres du camp.
5i RKSIDKNCRS BOTALKS.
« réveille en vous le sentiment de la fierté na- « lionale, sans lequel il n'y a point de bonne « armée. C'est avec joie que j'en ai trouvé para tout ici l'expression 9 et jusque dans les ins- « criptions de vos camps. Ce sentiment, qui est a profond dans mon cœur, nous liera à jamais ; « et je puis dire qu'aujourd'hui je ne me sépare oc pas de vous, puisque nous restons unis par Ti- « dentité de nos sentîmeniSy et que je m'asso- <x cierai toujours à vos vœux, à vos intérêts et h « Taccomplissement de nos devoirs communs. »
Le camp de 1 84 1 fui placé par le maréchal duc de Dalmahe, ministre de la guerre, soùs les ordres de S. A. R. le duc de Nemours, qui avait emmené avec lui le comte de Colbert, son aide de camp, et MM. Borel de Brétizel et Reille, ses officiers d'ordonnance. Le colonel, depuis général Perrot, était chef de l'état-major. Les troupes étaient commandées, savoir : la première division d'infanterie par le lieutenant général Rapatel ; la première brigade, par le maréchal de camp Guingret ; la deuxième brigade , par le maréchal decamp Joly ; la deuxième division d'infanterie, par le lieutenant général Galbois, ayant sous ses ordres les maréchaux de camp Tarlé et Lostande; la division de cavalerie, par le lieutenant général Latour-Maubourg, ayant sous ses
CHATEAU UE COMPIËGIVF. 553
ordres les maréchaux de camp de Giisler, Boyer et Lanthonnet.
Le a6 septembre, après avoir passé la revue des troupes, le Roi , assisté du maréchal duc de Dalmatié, distribua les drapeaux aux aa% a^y !i4\ aS® régiments d'infanterie légère; aux 66^,69®, 70% 71% 72*, 73®, 74% 75^ régiments d'infanterie de ligne; aux 7®, 8® et 9® hussards; au i3® chasseurs ; et, après cette cérémonie. Sa Majesté prononça, à cette occasion, une de ces allocutions improvisées qui produisent toujours une si vive impression :
« Mes chers camarades, dit -il, j'ai voulu vous « donner de ma main les drapeaux et les étena dards, glorieux souvenirs de vos devanciers, « et qui vous apprennent ce que vous avez à ** faire pour vous rendre dignes de leur succéder « dans la carrière et de répondre à la confiance « de la France et à la mienne. Je n'ai pas besoin « de vous rappeler que votre premier devoir est « de soutenir l'honneur du nom français, et ce- « lui de ces enseignes que je confie à votre va- «leur, à votre patriotisme. Aujourd'hui que « nous jouissons des bienfaits delà paix, et que ce nous pouvons avoir confiance dans leur duce rée, nous devons plus que jamais diriger nos « efforts à maintenir notre pays dans la glorieuse
554 IIKSIDKWCES KOYALKS.
i( position où la Providence Ta plaeë. Vous le « feriezdans la guerre si jamais la France se troutf vait dans la nécessité de la faire, et vous le a Ferez de même au sein de la paix par votre dé* « vouement aux institutions qui régissent la ff France. C'est ainsi que vous avez aussi efficacec( ment concouru à préserver notre patine des mal- « heurs de l'anarchie et des désastreuses consé- « quences qu'elle entraine à sa suite; vous « continuerez à les écarter loin de nous, en ne ce déviant jamais de la ligne que vous avez suivie « avec une honorable persévérance. Oui, mes « chers camarades, c'est en restant fidèles à la « discipline, à nos institutions, à notre monara chîe constitutionnelle qui garantit Lesdroitset « la sécurité de tous, que vous vous montrerez n dignes du glorieux nom de soldats français, et « que la prospérité et la grandeur de la France « seront assises sur une base inébranlable. Je « suis heureux de me trouver au milieu de vous, « de vousparlerde ma vieille afTection pour vous, « de cette affection qui remonte au temps déjà « éloigiié où je combattais dans vos rangs, et de « vous répéter que je suis fier d'être le chef d'une « armée aussi belle, aussi digne de la France et (c de celui qui a le bonhelir de la commander. »
L'année suivante, le duc d'Orléans se propo-
CHAÏKAU DE COMPlÈGNE. 555
sait de donnera ces opérations militaires plus de développement : un grand nombre de régiments rassemblés sur les bords de la Marne auraient offert y sur une plus vaste échelle , la représentation de la guerre. Un coup imprévu , fatal, irréparable ^ vint briser ces projets. L'armée ne devait plus entendre cette voix qui lui était si chère ; elle ne devait plus revoir ce front royal paré des palmes d'Afrique; et, prête à verser tout son sang pour son jeune généraf, elie ne put que mêler ses larmes au deuil de la patrie! Elle trouva un noble interprète de sa douleur dans celui dont les hautes qualités pouvaient seules adoucir ses regrets.
Le 5 septembre ^84^, un prince, frère de celui que le ciel venait de reprendre , arrivait à Compiègne pour passer en revue une partie des troupes destinées au rassemblement de la Marne, et commandées parles lieutenants généraux De- Jean, Rumigny et Lawœstine; et là , avec un accent dont la feraieté ne triomphait pas de sa douloureuse émotion, il disait aux officiers réunis en cercle autour de ïùi : « Après notre af- « freux malheur, j'avais besoin de mêler ma pro- « fonde affliction à la vôtre.J'ai vu quelle immense « sympathie s'est soudain produite dans tous tf vos rangs ; ce généreux élan a dû raffermir bien a des cœurs, car il n'est point de maux auxquels
RESIDENCES ROYAI.KS.
« la glorieuse unanimité de la France ne puisse « porter une digue consolation ! Oui , vous tous M comme moi, nous redoublerons de zèle, d'ef- « forts et d'amour pour rendre à la France la oc force qui lui a été enlevée avec le chef que « nous pleurons. »
Digne héritier de Tamour du duc d'Orléans pour Tarmée, le duc de iNemours commanda le camp qui se forma autour de Compiègne en 18/47. S. A. R. avait pour aide He camp le baron Boyer, lieutenant général, et M. Borel de Bretizel, lieutenant «colonel; pour officiers d'ordonnance, MM. Valazé^ Reilie et Courtois d'Urbal. Le maréchal de camp Perrot élail chef d'état-raajor général; le colonel comte Dumas, aide de camp du Roi , élait sous-chef d'état-major. La première division était commandée par le lieutenant général Mangin , ayant sous ses ordres le maréchal de camp Guesviller , commandant la première brigade, et le maréchal de camp Drolenvaux, commandant la seconde brigade ; le chef d'escadron Pontbriant, commandait l'artillerie, le maréchal de camp Bois-le-Comte, commandait la cavalerie.
La deuxième division était commandée par le lieutenant général Aupick, ayant sous ses oixlres le comte Roguet, commandant la première brigade d'infanterie; le maréchal de camp François,
CH\TKA.tî 1>E COMPl£GN£. 557
commandait ta deuxième brigade; le chef d'escadron Labajonière, commandait l'arlillerie ; le maréchal de camp Korte , commandait la cavalerie. La première division prit position sur l'Aronde, un des affluents de droite de l'Oise, et campa en avant dès villages de Beaugy et de Mon-^ cliy, à l'extrémité septentrionale du plateau de Margny ; la deuxième division, sur la rive gauche de l'Oise en amont et en aval de Compiègne. La cavalerie de la première division était cantonnée à Coudun, Montmarlin, Giraumont et Monchy. La cavaferie de la deuxième division occupait Claroy, le grand Margny, Veriette et Compiègne. Deux ponts avaient été jetés sur l'Oise. Un des camps portait le nom du duc d'Orléans, l'autre le nom du duc de Nemours ; on les subdivisa en y ajoutant les noms des ducs d'Âumale et de Montpensier. Le tout formait 16,000 hommes.
Depuis le mois d'août , le prince donnait à l'instruction des troupes les soins les plus assidus et les plus éclairés : il voulait les rendre dignes de la satisfaction royale, et son attente ne fut pas trompée. Le Roi, accompagné de la Reine, de madame Adélaïde, de la duchesse d'Orléans, du comte de Paris, du duc de Chartres, du prince de Joinville, du duc et de la duchesse de Montpensier, arriva à Compiègne le 20 septem-
558 HÉSiUBNCES ROYALES.
bre. Sa Majesté fut reçue au Château par la duchesse de Nemours, qui en faisait les honneurs avec autant de grâce que d'ëclat. Le ai , le Roi, la Reine et la fanqtlle royale visitèrent à pied le camp d'Orléans, et successivemeni les camps de Nemours, d'Aumale et de Moutpensier. Nous n'avons jamais vu chez le soldat un air de bien-être aussi vrai, un enthousiasfne plus vif, un désir plus énergique de témoigner son affection pour l'auguste chef de l'armée. La duchesse d'Orléans et le comte de Paris furent, après le Roi et la Beine, l'objet de l'attention la plus aflectueuse et du plus respectueux empressement, surtout dans le camp d'Âumale, où se trouvaient les 29^ et 69^ régiments de ligne,qui venaient d'assister à Saint- Omer à l'inauguration de la statue du duc d'Orléans. Ces régiments avaient multiplié les allégories, les bustes, les devises qui pouvaient rappeler la mémoire ou l'image du prince qu'ils avaient pleuré. La Emilie royale s'arrêtait devant ces emblèmes, chers et douloureux, non sans laisser tomber quelques larmes, et sans récompenser largement les travaux simple^ ft touchants qui avaient excité leur émotion. Le jeune comte d'Eu eut aussi son succès : un soldat demandait à son voisin quel était le jeune et bel enfant que le duc de Nemours conduisait par la main. Ce prince se chargea de la réponse : « C'est mon
CHATEAU DE COMPlàGfvK. oSg
« fils^ lui dit-il; un jour il sera soldat comme « vous. >>
Le aî9,à midi, le Roi assista à de grandes manœuvres, dirigées par le duc de Nemours : les troupes étaient formées sur deux lignes, la droite vers le bois de Calfeux , la gauche vers la ferme de Sept- Voies. En première ligne, Tinfanteriede la division Aupick, ayant au centre les deux batteries montées^ et à chaque aile une batterie à cheval, couverte sur chaque flanc par un escadron de chasseurs à cheval, et sur le front par la ligne des tirailleurs.
En deuxième ligne, à quatre cents mètres environ de la première , les neuf bataillons de la division ]VIangin,par divisions en masse, vis-à-vis les intervalles de la première ligne.
Les deux brigades de cavalerie massées en colonnes par escadron sur les deux ailes à la hauteur de la seconde ligne, la brigade Bois-kComte à la droite, la -brigade Kor te à la gauche.
Le Roi , accompagné de S. A. R . le duc de Mon.tpensier> de M. le ministre de la guerre et du lieutenant général Gazan, monta à cheval à midi, à la fermede Normandie, et se porta entre les deux lignes, où S. A. R. le commandant en chef prit ses ordres pour commencer les manœuvres par un simulacre d'attaque sur la ferme de Normandie.
56(> RÉSIDENCES ROYALKS.
La première ligne fait un changement de front, oblique à gauche pour la première hrigade, oblique à droite pour la deuxième brigade, les deux batteries au centre formani une sorte de courtine ; des feux convei^ents de l'infanterie et de lartillerie sont ouverts.
La première ligne est ensuite portée en avant; la ferme de Normandie est attaquée et dépassée.
La deuxième ligne s'avance également pour maintenir sa distance avec la première.
Bientôt la première est rompue pour former des carrés obliques , dont deux faces font des feux soutenus.
La brigade de cavalerie du général Korte se déploie ensuite , fait le passage de la ligne en avant, et se déploie de nouveau pour fournir une charge ; elle fait ensuite le passage de la ligne en arrière.
La division Mangin fait alors le passage de la ligne en avant au pas de charge, et elle devient première ligne avec rariillerte,qui s'encadre avec elle, comme précédemment avec la division Aupick. Elle simule une attaque; elle prend ensuite une position défensive en formant les carrés, et opère une retraite en échiquier.
Alors les deux régiments de chasseurs, sous le commandement du colonel de Neuilly, du 3^ régiment, couvrent ce mouvement, et fournissent
CHilTEAU DE COMPI^GNE. 56 1
une charge eD fourrageurs. Ensuite ils repassent vivement la ligne en arrière, et sont remplacés sur le front de la position par les quatre autres régiments de cavalerie, qui, sous les ordres du général Korte, gravissent la pente du plateau de Corbeaulieu par une belle marche au galop.
Enfin, les neuf bataillons de la division Mangin et les quatre batteries, en remplaçant la cavalerie sur le terrain qu'elle vient de parcouiir, couronnent le plateau de Corbeaulieu, et y ouvrent un feu très-vif, par lequel se terminent les manœuvres.
Le Roi, qui avait suivi tous les mouvements, témoigna sa satisfaction sur leur bonne exécution à S. A. R. le commandant en chef, et passa immédiatement devant le front de la première ligne, de la gauche à la droite. On remarquait à lasuitedu Roi legénéralCavaignac, commandant delà subdivision de Tlemcen, le général Lanthonet , commandant le département de l'Oise , et plusieurs uniformes étrangers: le lieutenant général d'artillerie russe de Medem , le général anglais Charles Fox, le major danois comte de Holstein, et le major wurtembergeoîs de Niedersrold.
Une cérémonie plus pacifique succéda aux évolutions militaires. Le a3, à midi, deux compagnies d'infanterie, musique en tête, formèrent
une haie dans la cour d'honneur. La garde na-
56â RESIDENCES ROYALES.
lionale et les troupes de garde du palais étaient sous les armes ; deux voitures de la cour, attelées chacune de huit chevaux magnifiquetfnent harnachés, et précédées de piqueurs, sortaient de la cour d'honneur, et le conâle de Saint-Mauris, introducteurdesambassadeurs, et un officier d'ordonnance du Roi, allaient chercher Mirza Mohammed-AH-Khan, ambassadeur du schah de Perse. 5k)n Excellence monta dans la première voiture avec son fils, le jeune Abd<-ul-Vehab-Khan. La seconde voiture était occupée par Hucein-Khan, secrétaire particulier de l'ambassadeur Mammouth-Khan, son gendre, et par Mirza-Chefi, secrétaire particulier d'ambassade.
Arrivés au grand perron, Mohammed-Ali-Khan et sa suite furent reçus par MM. de Laborde et Frossard, officiers d'ordonnance du Roi, qui les introduisirentdans les salons d'attente, à l'entrée desquelles reçurent deux aides de camp du Roi, les généraux baron Aymard et comte de Chabannes.
Une magnifique collation attendait l'ambassadeur; à une heure, Son Excellence fut introduite dans la salle du Trône, oii Sa Majesté venait de prendre place , ayant à sa droite M. le duc de Nemours; à sa gauche, M. le duc de Montpensier. M. Guizot , président du conseil, le ministre de la guerre et les officiers généraux attachés à la
^ GUAT£AU DE dOMPIÈOKE. 565
personne du Roi et des princes > se tenaient autour du trône. Mohanimed-Âli''Khan9 richement vêtu d'une ample tunique en cachemire, et la tête coiffée d'un turban de la même étoffe, s'in<clina profondément en franchissant le seuil de la salle; ce salut à l'orientale fut suivi de deux autres non moins profonds^ non moins cérémonieux, l'un au milieu de la salle, l'autre au pied du trône.
Le Roi , en uniforme de lieutenant général, assis et couvert, répondit par un geste à ces salutations. Moliammed-Âli-Khan prononça ensuite, d'une voix haute et claire, en langue persane^ le discours suivant :
« Mon souverain, dont la puissance égale celle <x de la constellation de Saturne, le Padischah de ce Perse, dont les troupes sont aussi nombreuses c< que les étoiles, et dont l'empire est au niveau (c du ciely m'a fait l'honneur de me charger, moi « votre serviteur profondément dévoué, de Pin- « signe mission de déposer les hommages de sa « royale amitié et les hautes assurances de son afcc fection impériale devant Votre Majesté, image «c sublime du soleil, sur le seuil auguste de votre ce grandeur impériale.
a En ce jour heureux, fortuné, je me présente « à votre cour impériale, et rivale du firmament,
564 AESIUENCES ROYALES.
« pour accomplir la mission qui m'a été confiée.
fc Depuis l'époque où Votre Majesté impériale « est venue augmenter Téclat de la couronne du c( trône de cet empire, les anciens sentiments d'à- « mitié et de sympathie des deux gouvernements « de Perse et de France n'ont fait que s'accroître; « et j'ose solliciter votre personne sacrée d'être a persuadée de la vérité pure et de la foi sincère <c de son serviteur profondément dévoué , alors a qu'il lui expose ici que le vœu le plus cher du tt Padischah de Perse est que ces anciennes relaa tions continuent chaque jour de s'accroître et « de s'affermir.
« Je suis heureux et fier de représenter à fc Votre Sublime Majesté impériale le très-magnia fique souverain deFlranMehemed-Schah^àqui « j'ai dévoué mon âme, et de m'inscrire auprès « de Votre Majesté comme ambassadeur de la « haute cour de Perse.
a Outre les lettres que je dois présenter à votre « illustre personne, dont la splendeur est égale à a celle des cieux, je suis chargé de déposer entre (c les mains sacrées de Votre Majesté cet écrit, qui « est de la main vénérée de mon glorieux souve- (c rain; et cet auguste portrait est Je sien. »
L'ambassadeur alors s'inclina profondément. M.Alix Desgranges traduisit ce discours, auquel le roi répondit en ces termes:
CHATKAlI DE COMPIKGNK. 565
c< L'empereur, votre auguste souverain, ne pou* <x vait me faire un plus grand plaisir que celui « d'accréditer un ambassadeur tel que vous pour a le représenter auprès de moi. Vous me trouvea rez empressé , ainsi que mon gouvernement, de « cultiver et d'entretenir les bonnes relations qui « subsistent si heureusement entre nos états et a les siens. Le traité de commerce que nous ve- « nons de conclure est une nouvelle garantie « à laquelle j'attache beaucoup de prix. »
Après cette réponse, traduite aussitôt en persan par M. Alix Desgranges, l'ambassadeur s'approcha respectueusement du trône, et remit lui-même au Roi la lettre autographe de son souverain , accompagnée d'un riche portrait en miniature du Schah de Perse, et des décorations du Soleil et du Lion, conférées par le prince à S. M. le Roi des Français.
Ces divers objets avaient été respectueusement apportés sur des plats d'argent par deux officiers de l'ambassade, marchant de chaque côté de Mirza-Mohammed-Âli.
L'audience royale se termina par la présentation du fils de Mohammed-Ali^ de son gendre, et des diverses personnes attachées à son ambassade. L'ambassadeur prit alors congé du Roi , et le cort^e se rendit aux appartements de la Reine , où étaient réunis madame la duchesse
d'Orlëans , M. le comte de Paris , madame Adélaïde % mesdames les duchesses de Nemours et de MoDtpensier. Là^ après avoir présenté ses hommages et ceux de son souverain , il ofTrit à S, M. des cachemires et de belles étofTes de Perse, des bracelets , des colliers^ dea perles, et autres ornements de prix y pour S. M. et pour les prin* cesses. En outre, il offrit à M. le comte de Paris, auquel il fut présenté , des fusils renfermés dans de riches boites à la manière persane.
{^'ambassadeur se retira alors, et fîit reconduit à son hôtel avec le même cérémonial qui avait présidé à son arrivée.
Le lendemain 24 » le Roi , accompagné de la Reine et des princesses, du duc de Montpensier, du ministre de la guerre, des généraux Âymard , Rumigny, Priant, Chabannes et Gazan, se rendit dans la plaine de Corbeaulieu, pour passer les troupes en revue et distribuer les récompenses militaires. Après la revue, le défilé eut lieu sur le plateau de Margny. L'attitude des troupes, les mouvements si bien combinés par le commandant en chef, et si bien exécutés par les divers régiments; l'infanterie marchant en colonnes par
' Lorsque nous tracions ces dernières lignes , nous étions loin de penser que le Roi et la France auraient sitôt à déplorer la perte de cette princesse, si remarquable par son esprit et son caractère y si adorable par ses vertus.
CHATEAU DE COMPJÈGNE. 667
divisions y l'artillerie par batteries au trot, la cavalerie par escadrons à distances entières; la variété des uniformes de la cavalerie, la sévérité de la tenue de l'infanterie; et le Roi à cheval, et le duc de Nemours prenant les ordres de Sa Majesté avec une grâce modeste et respectueuse; et les voitures de la cour, occupées par la Reine et les princesses; et une population immense répandue dans la plaine pour jouir de ce spectacle, et le soleil s'échappant des nuages où il était caché, pour ajouter à l'éclat de ce beau jour, tout donnait à cette fête militaire un aspect à la fois solennel et joyeux; et lorsque le Roi se retira pour revenir à Compiègne, il retrouva sur son passage et les troupes massées comme par enchantement sur le plateau de Margny à droite et à gauche de la route , et la foule des assistants qui mêlait son enthousiasme aux vwat de l'armée.
Le Roi quitta Compiègne le 25 septembre; et le !î8, à la revue du commandant supérieur, le duc de Nemours adressait aux officiers ces nobles paroles :
a Vous venez d'exercer par vos travaux les « deux forces qui dirigent toutes les autres : la a force de l'esprit et la force du corps. Aussi « n'est-ce pas sans avoir obtenu des résultats so-r
RCSIDENCES ROYALES.
ff lides, brillants, et avoir mérité la haute appro- <t bation du Roi dans sa récente visite. Le pays « aussi applaudit à ces nobles exercices, oii il ce puise sa confiance comme vous y puisez les «f moyens de le servir. Sans doute, Messieurs, il tf est un autre service où les faits ne manquent « plus de réalité, service obtenu de quelques-uns, « désiré de tous; service que nos frères d'armes « d'Afrique font aujourd'hui, que vous avez fait a hier, ou que vous ferez demain : mais, quelce que glorieux qu'il soft de payer la dette du « sang, là ne se borne pas l'utilité de l'armée. c( Gardienne du foyer autant que de la frontière, (€ n'oublions pas qu'elle reçoit chaque année du (( seuil domestique, et qu'elle lui rend chaque c< année une partie importante de la jeune popu- « latîon formée, dans cette école virile, à l'habi- « tude des sacrifices envers le pays. En vous « voyant. Messieurs, tout le monde comprendra tf facilement ce que vous vaudriez pendant la (c guerre : laissez-moi vous dire aussi ce que vous « valez pendant la paix.
« Le drapeau ne sert pas seulement en iace de « l'ennemi; s'il conduit plus spécialement alors (1 au salut et à la victoire, dans les temps calmes n et au milieu des citoyens il demeure encore (c le symbole de l'honneur et de la discipline, du « désintéressement et du devoir. l)ne foule de
CHATJKAU DE GOMPIÈGNE. $69
a sentiments probes^ de vertus patriotiques s'at- « tachent à ses couleurs, à son image chérie; et c< ce n'est pas sans profit pour nos cœurs que « nos regards s'enflamment, comme aujourd'hui, « à suivre les mouvements de la bannière natio- « nale.
«c Aucun de vous ne sortira jamais de ma mé- « moire ni de mon affection ; et je serai heureux « si je puis penser qu'à votre tour vous con- « servez, pour celui qui fut votre chef, un sou- « venir ami , une confiance à l'épreuve du cr temps. »
Nous avons assisté à cette brillante solennité militaire; et, nous trouvant sur ces mêmes plateaux où Louis XIV avait réuni le camp de 1698, nous nous sommes reporté vers cette époque involontairement et sans regret : au lieu d'un roi à pied, éloigné des troupes, s'inclinant, chapeau bas, devant la glace à demi fermée d'une chaise à porteurs, nous venions de voir un roi parcourant à cheval toutes les lignes de l'armée, s'informant de la santé du soldat , rappelant à plusieurs régiments les lieux où leurs drapeaux s'étaient illustrés, et recueillant les témoignages les plus vifs d'enthousiasme et de reconnais* sance; au lieu d'une reine in partibus, voilant son visage, et s'enveloppant, aux yeux de l'armée,
570 niiSIDENGBS ROYALES.
d'un prudent incognito, une reine, modèle de dignité et de vertu , objet de la vénération universelle, et bénie, par plus d'un soldat, comme la Providence de sa famille; au lieu d'une princesse sautillant sur les bâtons de la boite mvs^ térieuse où était enfermée la veuve de Scarron, un essaim brillant de princesses charmantes, applaudissant aux succès des frères d'armes de leurs époux, et leur présentant leurs jeunes fils comme les compagnons futurs de leurs travaux et de leur gloire !... Un maréchal de France n'était point chargé de se ruiner pour traiter le roi sous sa tente , et pour donner tous les jours à dtner au duc de Bourgogne ; c'était le fils du Roi lui-même qui recevait tous les officiers au Chàteau; et lorsque S. M. Louis-Philippe vint à Compiègne, il déploya toutes les magnificences de sa royale hospitalité : la grande galerie dorée n'était point assez vaste pour contenir tous les convives admis tous les jours à l'honneur de dîner avec le Roi. Les artistes des premiers théâtres de la capitale étaient appelés à Compiègne,etla salle de spectacle s'éclairait pour admirer la légèreté du Diable à quatre j ou les accents mélodieux ai Orphée. Enfin , si Saint-Simon revenait à la vie , le noble duc n'écrirait jamais sur nos camps modernes les pages sanglantes qu'il a collées sans pitié sur la chaise à porteurs du camp de Coudun.
LETTRE DE FKAIfÇOIS l'" A LOUISE J>E SAVOIE.
De Pizzighiloune , après la bataille de Pavie ,
a 5 février i5a5.
Madame, pour vous faire savoir comment se porte le reste de mon infortune , de toutes choses ne m'est demeuré que r honneur et la vie, qui estsauhe. Et pour ce que, en vostre adversité, cette nouvelle vous fera un peu de reconfort , j'ay prié qu'on me laissast vous escripre cette lettre : ce qu'on m'a aisément accordé, vous suppliant ne vouloir prendre l'extrémité vous-mesmes, «n usant de vostre accoustumée prudence ; car j'ay espérance à la fin que Dieu ne m'aban* donnera point , vous recommandant vos petits enfans et les miens , et vous suppliant faii% donner le passage à ce porteur pour aller et retourner en Espagne; car il va devers l'empereur, pour sçavoir comme il voudra que je sois traicté.
Et sur ce va très-humblement se recommander à vostre bonne, grâce
Vostre très-humble et très-obéissant filz ,
Frajîçoys.
5^4 Pièces JUSTIFICATIVES.
BULLB DU PAPE GLÉMERT.
Bulle par laquelle le pape Clément déclare ({ue saint Louis, ayant fait bâtir un hôpital à Compiègne pour y recevoir les pauvres malades et les passants , et que , voulant le mettre sous la direction des frères de Tordre de la Sainte-Trinité , dits Mathurins, il aurait supplié Sa Sainteté de l'unir à cfet ordre : lui commande de mettre de ses religieux pour le gouverner tant au spirituel qu'au temporel , sans avoir égard aux obstacles que Tabbé et le couvent de Compiègne pourraient y apporter. (1266.)