‹ Le chateau de CompiègneChapitre 3 sur 40 · DE SAINT LOUIS A LOUIS XI · texte numérisé non relu

DE SAINT LOUIS A LOUIS XI

La reine Blanche de Castille qui y pendant la vie de Louis Vlll , son époux , s'était renfermée dans ses devoirs de mère, heureuse de prodiguer à son (ils, depuis saint Louis, les trésors de sa tendresse et de sa {Hété, se sentit appelée à jouer un rôle politique dès que le roi eut fermé les yeux. A. l'amour de la justice, de la vertu , de la religion, elle unissait un grand courage et une véritable habileté. Malgré le silence du testament royal, cette princesse, n'écoutant que sa propre inspiration, s'empara de la régence et se

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hâta de faire sacrer son fils. Les grands vassaux de la couronne étonnés de ce trait d'audace, surtout de la part d'une étrangère , protestèrent , les armes à la main; mais, par sa fermeté contre Pierre Mauclerc, duc de Bretagne, autant que par son adresse avec Thibaut , comte de Champagne, qui professait pour elle un vif attachement, elle vint à bout de triompher de cette ligue f à laquelle le roi d'Angleterre s'était associé. Ce monarque , surpris des preuves personnelles de valeur que Blanche donna au siège d'Ancenis , « délogea , aimant mieux manquer de foi à son fidèle allié le duc de Bretagne, que de se mettre au hasard d'augmenter les trophées d'une femme. » Cette guerre se termina par la paix de Compiègne. La régente avait convoqué dans cette résidence les grands vassaux du royaume. Le duc de Bretagne n'y comparut pas, selon quelques historiens; selon d'autres, il aurait été forcé de s'agenouiller devant le trône.

C'étaiten i23o : un fléau, le iiticd des ardents y ij^ brûlait les entiaiUes et causait d'affreuses douleurs, était venu fondre sur la ville de Paiûs et ses environs. On se rappelait que, vers le coinn^encement du xi^ siècle, ce mal avait causé des ra-* vages en Flandrç. « Alors, dit un contemporain , une foule immense des deux sexes, fiappée de

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terreur, affluait dans Téglise de Tournai. Chacun, dans Teffroi de son àtne, redoutait pour soi le malheur qui consuknait les chairs d'autrui. L'é** glisc remplie de malades offrait un spectacle d'horreur et de désolation : les uns, en proie au feu brûlant qui les dévorait , poussaient des hurlements affreux ; chez d'autres , les chairs consumées jusqu'aux genoux laissaient voir les os dé^ chamés ; ceux*ci gisaient çà et là , semblables à des troncs brûlés. »

Louis et sa mère étaient accourus dans la capitale désolée : ils assistèrent, entre Tévêque de Pariset l'abbé de Sainte-Géneviève,à la procession de la vierge de Nanterre, et ne retournèrent à Compiègne que lorsque le ciel , apaisé par les prières publiques, eut mis fin à cette funeste épidémie.

Louis était dans sa vingtième année : Blanche songea à lui remettre les rênes du gouvernement et à lui donner une femme. Elle jeta les yeux sur Marguerite de Provence, fille aînée de Raymond Bérenger II et de Béatrix dé Savoie. Cette princesse à peine âgée de quatorze ans , douée d'une jolie figure et d'un caractère plein de douceur, ne tarda pas à concevoir la plus tendre affection pour son époux qui ne l'aimait pas avec moins de vivacité. L'image de ce bonheur intérieur et l'amour du roi pour Marguerite semblaient au-

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tant de larcins faits au cœur de Blanche de Castille. Cette princesse, désireuse de conserver ses droits et son crédit sur son (ils bien-aimé, exer* çait une surveillance jalouse sur sa vie domestique, et même sur les secrets de sa couche:

<( Les duretés que la reine Blanche fit à la reine Marguerite, dit Join ville, furent telles que la reine Blanche ne vouloit souffrir à son pouvoir que son fils fût en la compagnie de sa femme, sinon le soir, quand il alloit coucher avec elle. Les hôtels où il plaisoit mieux au roi à demeurer, c'étoit Poixtoise, pour ce que la chambre du roi étoit dessus et la chambre de la reine dessous; et avoi^nt ainsi accordé leur besoigne qu'ils tenoient leur parlement en un escalier à vis qui descendoitde Tune chambre en l'autre. Et avoient ordonné que quand les huissiers voyoient venir la reine Blanche en la chambre du roi son fils, ils battoient les portes de leurs verges, et le roi 3'en venoit courant en sa chambre, pour que sa mère l'y trouvât; et ainsi refaisoient les huissiers de la chambre de la reine Marguerite, quand la reine Blanche y venoit, pour qu'elle y trouvât la reine Marguerite. Une fois étoit le roi auprès de la reine sa femme, et étoit en trop grand péril de mort, pour ce qu'elle étoit blessée d'un enfant qu elle avoit eu. Là vint la reine Blanche , et prit

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son fils par la main, et lui dit: Venez'vous-en ^ vous ne faites rien ici. Quand la reine Marguerite \it que sa mèreemmenoit le roi, elle s'écria : Hélas! vous ne me laisserez voir mon seigneur ni morte ni vii'e ; et lors elle se pâma, et on cuida qu'elle fût morte, et ie roi qui cuida qu^elle se niouroit, retourna; et à grand peine le remit-on en point. »

Blanche de Castille avait inspiré à saint Louis un zèie ardent pour la gloire de Dieu : sa piété était sans bornes; il la signala en portant luiméroe^ tête et pieds nus, depuis le bois de A^incennes jusqu'à Notre-Dame et de là à la Sainte- Chapelle dans son palais, la couronne d'épines de Jésus-Christ, qu'il avait fait racheter des Vénitiens. Cependant son respect pour la religion ne l'empêchait pas de réprimer les prétentions du clergé lorsqu'elles étaient contraires à l'honneur de sa couronne ou au bien de son royaume : il soutint dignement ce caractère dans le concile qui eut lieu à Compiègne en i !234-

Le roi était encore dans cette ville^ lorsqu'il reçut une députation de l'empereur Frédéric 11 , que de graves démêlés avaient mis en hostilité avec le pape Grégoire IX. Le refus de se croiser pour une expédition en Palestine, la prise de possession du royaume de Naples, la souverai-

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ueté qu'il exerçait sur la Lombardie, toiU cela, joint à un :€sprit d'indépendance qui ne resseoi* blait en rien à la crainte que les excommunications inspiraient aux autres princes^ avait attiré sur l'empereur les colères du saint-siége. Le pape avait poussé l'animosité jusqu'à offrir la couronne impériale à Robert, frère du roi de France qui eut le bon sens et l'équilé de la refuser. Celte modération, et les motifs de prudence que fit valoir saint Louis pour motiver ce refus, déterminèrent Frédéric et Grégoire à le choisir pour arbitre de leurs démêlés. Yaucouleurs avait été indiqué pour une conférence, où devaient assister, avec leurs principaux vassaux^ Henri III, roi d'Angleterre, l'empereur Frédéric, et le roi de France. Tout se préparait pour cette solennité, lorsque Frédéric, informé du cortège imposant qui devait accompagner saint Louis, fît dire que les soins de l'Empire ne lui permettant pas de s'absenter, il priait de remettre la conférence à l'année suivante.

L'appareil que Frédéric feignait de redouter était motivé par le mariage de Robert', frère du

' Robert devait d'abord épouser Marie de Flandre, fille du fameux comte Ferrand , fait prisonnier à Bouvines, et il en avait été question en 1^35, pendant un voyage de la cour à Gompiègne; mais la mort< de cette princesse avait détruit ce premier projet.

roi, avec Mathilde ou Mahaut, fille de Henri II le Magnifique, duc de Brabant, a princesse belle, sage, bien nourrie, et de bonnes mœurs. » C'était d'ailleurs la première fois que toute la noblesse de France se réunissait autour de son souverain. Cette union fut célébrée à Compiègne, avec iine pompe toute royale, le 1 4 juin ia38. Louis tint une cour plénière^ créa son frère chevalier, et l'investit du fief d'Artois dont il ne possédait jusqu'alors que le titre; de ce jour, Robert s'intitula comte dt Artois par la grâce de DieuK Le château de Compiègne , dit M. de Villeneuve , a longtemps gardé le souvenir de ces mémorables fêtes, qui y attirèrent plus de deux mille barons; on y vit, dans la grande salle des hommages j donner à Robert, et à quarante jeunes gentilshommes, l'ordre de la Cosse de Genêt et la ceinture militaire. Après la bénédiction nuptiale,

' Guiart :

« L'au après, selon la sentence Que mes cueurs loe que je tiegne Fist-il chevalier à Compi^ne , Ou donna plusieurs pennes veres , Robert Tainz-né de ses trois frères ; La comté d'Artois U quita , Et puis en ce se délita , Qu'il li fist prendre, aprè^ le ban, Maheut , fille au duc de Breban , C*on tint à courtoise et à sage. »

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des combats à la barrière, des joutes, des danses, surtout des pas d'armes, animèrent les rives gazonnées de l'Oise, et l'on vit Blanche de Castille, Marguerite de Provence et la nouvelle comtesse d'Artois distribuer elles-mêmes les prix de l'honneur aux mieux joutant. L'ancien cri de guerre des comtes d'Artois :a Montjoye au blanc ëpervier! » se répéta plus d'une fois dans la lice, au milieu de vives acclamations ; car lés hérauts d'armes, juges du combat, proclamèrent Robert « un des meilleurs assaillants. » Un banquet magnifique réunit ensuite vainqueurs et vaincus ^ princes et chevaliers, reines et dames, autour de rimmense table, « aux angles de laquelle se tenoient ménestriers sur bœufs caparaçonnés de fine écarlate. A chaque service ils se levoient debout, sonnant du cor à force de poumons; et quand les convives se préparoient à quitter le festin, ils se trouvèrent merveilleusement surpris et esbahis de voir tout à coup une corde se tendre d'un mur à l'autre, puis un homme bien armé, monté sur un palefroi noblement harnaché, y exécuter diverses évolutions, y marchant comme sur droit chemin. »

Des combats plus sérieux appelèrent bientôt la vaillance de Louis sur les bords de la Charente, où Henri III, roi d'Angleterre, avait rassemblé une armée pour soutenir la prétention d'Isabeau^

sa mère, comtesse de Montpellier, qui ne voulait point rendre hommage à Jeanne, comtesse de Toulouse, mariée à Alphonse, second frère du roi de France. Après le combat de Taillebourg cil saint Louis fit des prodiges de valeur couronnés par la victoire, ce prince vint plusieurs fois à Compiègne , où il déploya de la manière la plus admirable cette piété, cette charité dont il devait porter Texemiple dans la terre sainte avec une glorieuse témérité. Les Mathurins avaient mérité Taffection de saint Tx>uis; déjà il les avait traités avec faveur à Fontainebleau. Dans un voyage qu'il fit à Verberie, où ils avaient une maison , il leur accorda le privilège de faire paître leurs chevaux dans la forêt de Cuise. C'étaient les premiers religieux qui eussent la liberté de se servir de chevaux. Confiants dans la bonté du roi^ ils lui demandèrent l'autorisation d'établir une succursale de leur ordre dans l'hôpital de Compiègne {domus hospitalis). Saint Louis leur permit d'y bâtir une église et un prieuré; il fit plus: pour leur en faciliter les moyens, il leur abandonna , en 1257, une partie du terrain du palais de Beau-Regard, bâti par Charles-le-Chauve. L'église fiut placée sous l'invocation de saint Nicolas : c'était le nom patronymique du supérieur^ qui, en 1206, avait pris possession des Matburins de Verberie. Oa

peut juger des ancieDiies proportions de cette église par tes vestiges qu'on en retroqve dans la rue du Vieux - Pont. Celte pieuse fondation devint Y Hôtel-Dieu de Coœpiègne. On admire dans sa chapelle, qui a succédé à l'église 4c Saint- INicôlaSy les sculptures en bois du maitre^autel et la richesse du retable.

Jaloux d'inaugurer l'Hôtel-Dteu 9 saint Louis, aidé du roi de Navarre, son gendre, y porta sur un drap de soie le premier malade admis dans cet hospice. Une autre fois, assisté de Philippe, son fils , « il servit cent trente-quatre poures qui lors étoient en la Maison -Dieu de Compiègne, en mettant devant tous une escuelle de potage à cbascun, et avec ce deux mes de poisson.»

Encouragés par l'exemple des Mathurins, les Dominicains demandèrent au foi l'autre partie de son Palais, pour y fonder un monastère. Le fils de Blfinche ^ qui ne savait rien refuser aux ministres de Dieu , s'empressa d'accéder à leur dé^ir. Il leur alloua en plus, comme l'attestent les lettres patentes de 1268, une propriété (^vl\\ avait acquise xles chanoines de Saint-Clément , en échange de sept livrées de terre labourable;situées entre la Neuville, Saint-Germain et la rivière de l'Oise.

Saint Louis aimait à visiter les Dominicains : là, s'il faut en croire le confesseur de la reine

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Mai^uerite, le roi assistait dans le réfectoire aux saintes lectures que faisait un des frères pendant le repas; il ne dédaignait point de goûter les mets servis sur la table; et quand il les trouvait trop modestes, il en faisait apporter d'autres préparés dans les cuisines de son Palais. Un jour même, assisté de ses fils, il distribua de ses propres mains aux chanoines des fruits qui provenaient de son verger.

« Grâce à la pieuse générosité de saint Louis, il ne resta , dit dom Grenier, du Palais de Charlesle-Chauve , pour loger Louis IX et ses premiers successeurs, qu'un corps de logis entre le couvent des Dominicains, la seigneurie de Saint- Clément et la rue du Vieux-Pont : logis qui a longteoips conservé le nom Dhôtel du roi. » Cet hôtel a disparu. A peine si , de la rue des Tanneurs, on entrevoit quelques restes des murs du vieux Palais et quelques formes des croisées du vieuK monastère.

Si , indépendamment du Palais de Beau-Regard, avec sa tour sur les bords de l'Oise, Charles-le-^Cha\]ve eût fait construire un second palais du côté de la porte de Pierrefonds, ainsi que le prétendent quelques auteurs, saint Louis, après s^étre dépouillé de son royal asile, serait allé l'habiter, et l'on connaîtrait, par quelques faits ou par quelques ruines, la destinée de ce monu-

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ment '. Rien ne prouve non plus que saint Louis, au retour de la seconde croisade, en ii^Sg, ait jeté les fondations d'un palais nouveau^ dans remplacement où s'élève aujourd'hui le château bâti par Louis XV. Les cérémonies royales eurent lieu provisoirement, soit à \ hôtel du /r>/, reste du Palais de Beau-Regard , soit à la cour du roi^ dans Tenceinte de l'abbaye de Saint-Corneille.

Pour venir à Compiègne du côté de l'Oise, on ne passait la rivière que dans un bac : saint Louis fit construire un pont au bout de la rue qui porte le nom de la rue du Vieux-Pont. La tête en était défendue, du côté de la ville, par une porte garnie de tourelles. On retrouve encore trois arches en pierre, sous l'abattoir public, dans la propriété de M. Perrin. Ces trois arches appartenaient-elles au pont de saint Louis, ou ne sont-elles pas plutôt celles dont parle ainsi Piganiol de La Force à l'occasion du nouveau pont bâti par Louis XV en 1730 : « A

* L'erreur de. ces écrivains provient d'une confusion de noms avec Charles V qui éleva un nouveau palais , où les armes de ce prince se voyaient encore au dix- septième siècle sur les vitraux de la chapelle.

* Le Palais fondé par Charles V et agrandi par plusieurs de nos rois, figure sur les plans de Compiègne de 1 687, sous le nom de Louvre,

ciDquante-cÎDq toises de ce poDt, dit-il, il en est un autre bâti sur t/vis arches en pierre y pour écouler les eaux dans les temps des débordements. 9 Ce qu'il y a de certain, c'est qu'au fond delà rivière, dans la direction du vieux pont, il existe plusieurs débris des anciennes piles.

La dernière cérémonie qui marqua le séjour de saint Louis à Compiègne fut la translation des corps des rois LouisII, Louis V et Hugues 11^ du milieu du chœur de l'église de Saint-Corneille à la droite du grand autel. Saint Louis prit la parole , et loua la générosité de Louis II, la noblesse d'âme de Louis V, le courage de Hugues, fils de Robert, qu'il appela la fleur de la che^ Valérie et Vornement de la jeunesse de son temps. Charles, roi de Sicile, Philippe-le-Hardi, Robert, comte de Clermont, Pierre, comte d'Alençon , Jean, comte de Nevers, et une foule d'évêques, de barons et de chevaliers, assistaient à cette solennité religieuse.

Ces soins étaient bien dignes , du monarque qui , après avoir vécu comme un sage , mourut avec le courage d'un héros et la ferveur d'un anachorète.

Le règne de son fils, Philippe-le-Hardi , n'offre rien de remarquable pour l'histoire de Compiègne , car le concile tenu en 1278 ne présente aucun intérêt.

ia6 RKSlDEIfCES ROYALES.

PhUippe-le-Bel , au contraire , apparaît plusieurs fois dans cette résidence royale, soit pour des cérémonies , soit pour la convocation de» États généraux, soit enfin pour y réunir son armée. Ainsi , ce fut à€ompiègne, dans lu cour du roij qu^en 1^97 îX arma chevalier, en même temps qiie cent vingt gentilshommes des plus nobles familles de France , le comte d'Évreux , son frère , et Louis , fils atné de Robert de France, son cousin germain : ainsi, il réunit les grands vassaux du royaume pour déclarer la guerre à Guy, comte de Flandre, qui s'était ligué avec Edouard F^, roi d'Angleterre. Chaque seigneur, dît Sismondi, voulut briller aux yeux de son jeune monarque dans la pre« mière campagne où il marchait en personne. Chacun fit effort pour surpasser ses émules par le nombre de ses soldats et l'éclat de ses armures. Jean Yillani, le meilleur historien de ce siècle, qui habitait alors la Flandre, assure que Philippe y avait SQus ses drapeaux 10,000 cavaliers, et un nombre proportionné d'infanterie. Il les passa en revue le a juin, sous les murs de Compiègne; il entra en Flandre, et le ^3 juin il mit le siège devant Lille ^

' CoUect. Buchon , Royaux lignages :

Adont , droiz est qu'il m*en souvienne >

CHATEAU DJC €OMPlàGN£. Il']

Guy^ abandonné par Edouard, que la rébellion de Wallace rappelait en Ecosse, demanda merci, et fut trop heureux de se rendre avec ses fils et les principaux seigneurs de ses états. Pbilippe-le^Bel le fit enfermer dans la tour du Palais de Charlesle^Chauve^à Compiègne*. Les Flamands Jaloux de venger leur prince, autant que de secouer le joug des Français, se révoltèrent avec plus d'énergie. Guy eut la faculté de sortir de sa prison, afin

Assembla ses oz a Compiègne Li rois , pour soi plus avoier D'aller en Flandres ostoier Sus Guy, qui Tôt senri de gnile.

Ainz qu'il voussist lessier la vile , Ne la fbrest qui est de jouste , Fist-il^ lejourdePantheoouste, Duquel volentiers m'essoïs, Chevalier son frère Lois.

Lî quens de Dreux estoit lores O lui , si con d'autrens sai ores Qui ce dit au deviser m*ont, Son cousin Loïs de Clermont , Et six vingt autres droitement.

Tost après cet adoubement , Des ci devant ramentéu^ S*est Tost vers Flandres esméu.

I Touz Flamenz, seloncce qu'ils distrent Au reaiime se resouz-mistrent , Comme au tems Ferrant iait avoient.

li rois fit œuz qui pris estoient , Sanz autres respons leur donner , En divers lieux emprisonner ,

d'engager ses sujets à déposer les armes; mais il ne voulut point que sa rançon coûtât de trop grands sacrifices : il se rendit en Flandre y et, nouveau Régulus, au lieu d'insister pour sa liberté , il félicita ses compatriotes de leurs généreux efTortSy et les encouragea dans leur héroïque résistance. Après cette nouvelle démarche , il \iut tranquillement reprendre ses fers, et mourir dans la tour de Compiègne; il était âgé de do ans \ Le roi, honteux peut-être de la rigueur

Car talent a que bien les tiengne.

Lï quens Gui fut mis à Compiègne En une tour qui siet sur Aisne»

(Royaux lignages,)

' « C'était la tour féodale d'où relevaient les fiefs composant le domaine de Compiègne. Elle avait six toises trois pieds et demi de diamètre , qui font trente-neuf pieds et demi ; elle porte trente-huit pieds dix pouces environ.

«L'épaisseur de ses murs, dans les endroits qui n'ont point été dégradés , sont de huit à neuf pieds , avec des vides pratiqués de distance en distance, soit pour procurer du jour de dehors , soit pour servir de retraite. Elle a eu différents noms. Nous connaissons son premier : elle est appelée la Tour de V hôtel du roi dans un compte rendu à la ville en i454, et la Tour du capitaine y dans laquelle (7 juin i3i3) se retirait en temps de guerre le gouverneul* ; car il est dit dans un registre de l'hôtel de ville des années 1499 et i5oo, qu'on y allait chercher le matin et y reporter le soir les clefs

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exercée sur un vieillard infirme et inofFensif, cacha sa mort ^ dans la crainte qu'elle n'irritât encore les Flamands. On embauma son corps, et on le conserva à Corapiègne jusqu'en i3o5,épo* que 011 la paix ayant été conclue^ les restes de ce prince furent impunément rapportés en Flandre et déposés à Flines. ,

Saint Louis venait d'être canonisé : Philippele-Bel, pour rendre hommage à la mémoire de ce glorieux monarque, transforma en couvent la maison royale de la Nieuville, et y bâtit une église sous^'învocation de Saint-Louis de Royallieu. Pour la rendre plus vénérable, il y fit transporter la vraie cix)ix déposée dans la Sainte- Chapelle de Paris. Les religieux de Royal-Lieu devinrent les chapelains du roi '. Seuls, ils

de la ville; et l'on voit, par un autre acte de 14499 qu'elle servait en même temps de magasin d'armes et d'habillements de guerre. » (D. Grenier.)

' La chapelle du palais de Beau-Regard était en titre. Le roi Louis YII l'avait conférée en 1 17$ à un certain Marc, auquel il assigna des honoraires. Philippe-Auguste y avait ajouté un revenu de 40 sous à prendre sur la prévôté de Gompiègne pour l'entretien du luminaire. Raoul en fut le dernier titulaire jusqu'en i3od , époque où Phîlippe-le-Bel donna le service de sa chapelle aux frères du Yal-Hles-Écoliers établis' à Royal -Lieu.

l3o RÉSIDENCES ROYALES.

avaient le droit de chanter dans les rues, et d'excommunier tous ceux des autres moines qui tentaient d'usurper cet étrange privilège.

En i3ia, Philippe-le-Bel donna à Compiègne un superbe tournoi à la suite des fêtes brillantes dont Paris avait été le théâtre. Le roi, Louis son (ilsy et le roi d'Angleterre, y disputèrent d'éclat et de magnificence. Ce tournoi , dont la description ne nous a pas été transmise, offre cette singularité, que le trentième article de l'acte d'accusation dressé en i3i5 contre Enguerrand de Marigoy, accusé de dilapidations, était ainsi conçu : « Que du tournoi de Compiègne il fit apporter le remanant des garnisons de nos seigneurs en son ostel'.v

Louis-le-Hutin n'aimait pas moins Compiègne que son père ne l'avait aimé; mais sous son règne il ne se passa dans cette ville qu'un fait digne de quelque attention : la comtesse Mathilde, fille de Robert II lequel était fils du frère de saint Louis, Robert tué à la bataille de Massour, s'était emparée du comté d'Artois en qualité d'unique

'■ On trouve dans un ancien compte de l'année i3i9 : « A Baudoyn le Roj^ pour deniers à li bailley au taumoyementï Compiègne y pour faire les dépens de nos seigneurs au dit tournoyement, xv*^ livres. »

CHATEAU DE COMPIÈGNE. l3l

héritière. La coutume d'Artois était contraire à la loi salique, qui ne fut elle-même véritablement proclamée qu'en i3i 7, dans une assemblée de prélats, de nobles et de bourgeois de la capitale, convoquée à Paris par Philippe-le-Long, et où ces paroles furent prononcées : Au royaume de France les femmes ne succèdent. Quelques seigneurs du Vermandois et de la Champagne , mécontents du gouvernement de cette princesse, prirent les armes, et délivrèrent un chevalier que Mathilde retenait prisonnier dans un château fort. La comtesse d^Artois se plaignit au roi de France; ce prince manda à Compiègne les seigneurs qui s'étaient révoltés, et exigea d'eux une solennelle réparation ' .

Ija mort de Lôuis-le-Hutin avait laissé un interrègne : Philippe, comte de Poitiers, son frère, prit la régence, en attendant la naissance de l'enfant que la reine Clémence portait dans son sein. Cet enfant mourut au bout de huit jours, et le comte de Poitiers monta sur le trône sous le nom de Philippe V, dit le Long.

La guerre avec la Flandre, suspendue sous le dernier règne par un armistice, n'était que mal éteinte ; divers symptômes ne tardèrent pas à indiquer qu'elle était prête à se rallumer. Le plus

' Guillaume d« Nangis.

132 R£SID£]VC£S ROTALES«

remarquable fut l'appui que Louis de Rethel^fits du comte de Flandre etgeudredu roi de France, parutdonnerauxintentionshostilesdesFlamands.

Philippe V le cila à Gon^piègne le i5 août i3i8, afin qu'il eût à répondre des intrigues dont il était accusé. Louis ne jugea point prudent de comparaître. Le pape Jean XXII voulut ménager une réconciliation entre les deux princes et les deux pays. 11 députa trois ecclésiastiques auprès des Flamands, pour les inviter à accepter les conditions du roi. Us répondirent jésuitiquement : <f Le pape ne noqs ordonne rien ; il ne fait que <c nous conseiller : ainsi nous ne nous croyons c( pas t)bligés. » Cependant ils promirent d'envoyer des négociateurs à Compiègne ; de son côté, le pape y avait envoyé le maître de l'ordre des Prêcheurs, avec un frère minime, docteur en théologie. Le roi s'était fait également représenter par des ambassadeurs. Mais au jour donné, on ne vit arriver à Compiègne que deux jeunes Flamands qui , interrogés sur les motifs de leur voyage, répondirent qu'ils n'avaient reçu aucune mission, ajoutant, selon Guillaume de Nangis, « Nous avons perdu quelque bétail, et (c nous sommes sortis pour le chercher; » selpn M. Paulin Paris, dans ses chroniques de Saint- Denis, « Nous sommes venus chercher des bétes^ « et nous les avons trouvées. »

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Cette conduite n'était point de nature à calmer lanimositë du roi de France ; mais ce prince mourut, et Charles «le- Bel ' ^ dont on a dit qu'il tenait plus du philosophe que du roi, ne prit point les armes; plus ami du repos que de la guerre, il laissa en mourant, à l'âge de trente ans, le soin de sa vengeance à Philippe de Valois. Le nouveau monarque fit honneur à ce vœu par la victoire de CasscL Cette ville fut réduite en cendres. Plus de dix mille rebelles furent condamnés à mort, et Philippe, en présence des principaux seigneurs flamands, dit à leur duc : « Beau cousin, je suis ici sur la prière que vous « m'en avez faite; peut-être avez-vous occasionné « la révolte par votre négligence à rendre la jus^- 9 tice que vous devez à vos peuples : c'est ce h que je ne veux point examiner pour le présent, a Je vous rends vos états soumis et pacifiés ; ce gardez-vous bien de nous faire retourner une «c seconde fois pour pareil sujet. Si votre maua vaise administration m'obligeait à revenir, ce

' Le roi Charles lY dit le Bçl , après son sacre, donna une fête au Palais de Compiègne ; c'est un compte de Thôtel de ville, depuis le vendredi après la Toussaint i3a2 jusqu'aux octaves de la Toussaint i3a3, qui nous l'apprend : « Pour ii coussins, IX draps et iiii couvertures perdus à Compiègne au tournoy, iiii livres paiisis. » {^s$. de D. Grenier,)

]34 EESIOKNCES ROYALES.

ce serait idoîds pour vos intérêts que pour le il mien. »

Cette expédition, qui fut moult prisée à honneury rehaussa la fierté naturelle du roi, et prépara cette lutte d'orgueil avec Edouard III, qui coûta si cher à la France. Le roi d'Angleterre avait épousé là fille du comte de Hainaut; le roi de France donna sa fille au fils du comte de Braban t. Il comptait sur cette alliance, mais il fut bientôt désabusé. En iSSg^loinsque Edouard pénétra en Picardie^ on voit ce même comte de Brabant commander une des trois divisions de l'armée anglaise; c'est encore lui qui, en i34o, envoie un cartel au roi de France qui avait établi son quartier général à Compîègne. Philippe de Valois avait dépéché le connétable Raoul, comte d'Eu, avec une forte troupe, pour défendre Saint- Quentin; il avait également ordonné diverses mesures pour la défense des places de Guise et de Péronne. Vaines précautions! L'héroïque et funeste impatience de la noblesse française devait tout perdre, et, en 1 346, nos chevaliers tombaient par milliers devant le village de Crécy '; et le roi, après avoir fait des prodiges de valeur, gagnait à cheval, presque sans escorte, le château

* Un habitant de Compiègne, que Gaguin nomme Simon Poiilet , que Canibiy, dans sa Description du département de

de Broyé, près d'Abbeville, et répondait au qui viue de la sen6inrile : « Ouvrez, ouvrez, c'esl Tin* a fortuné roi de France * ! »

C'était une cruelle défaite à venger : on conçoit que le successeur de Philippe de Valois ait tenu à cœur de réhabiliter Thonneur de Toriflamme. Malheureusement, le ciel trahit une seconde fois le drapeau de la France; et, dix ans après que la noblesse française s'était fait tuer à la bataille de Crécy, la noblesse française se laissait prendre à la bataille de Poitiers. La première de ces deux fatales journées coûta beaucoup de sang, la seconde beaucoup d'argent, car il fallut des monceaux d'or pour racheter les illustres 'prisonniers qui, comme le roi Jean, étaient tombés entre les mains des Anglais.

Pendant la captivité de ce monarque, Jeanne, son épouse, se retira au Palais de Compiègne, dans une profonde aOliction. L'archevêque de

i'Oise , appelle Poullette , et qu'il qualifie d'émissaire d'Edouard III, ayant eu la témérîté de dire publiquement, quelque temps- avant la bataille de Crécy (a6 août 1 346)9 qu'Edouard avait plus de droits à la couronne de France que Pkilippe , fut traité en criminel de lèse-majesté, et condamné à avoir la tête tranchée sur un échafaud.

* El non, comme on l'a poétiquement écrit : « C'est la loi*- « tune de la France ! »

l36 RÉSIU£IfCt-S ROYALES.

Reims et une foule de grands personnages, qui venaient la voir, cherchaient en vain à la c^nsa" 1er. Cependant le deuil de l'épouse n'étouflfâ point la tendresse de la mère : Jeanne quitta Comptègne pour aller à Dijon marier son fils du premier lit , âgé d'environ douze ans^ avec Marguerite de Flandre qui n'en avait que sept.

Il fallait pourvoir à la sûreté du royaume : le dauphin Charles , duc de Normandie, prit les rênes du gouvernement. Son premier acte d'autorité fut de convoquer les États généraux : ces États se divisèrent en deux parties bien distinctes : ceux de la partie méridionale delà France nom* mée Langue d'oc, parce que oui s'y disait oc; ceux de la partie septentrionale , les États de la Langue d'o//, parce que oui s'y disait oil. Ceux de la Langue d'oo, réunis à Toulouse, votèrent avec enthousiasme une levée d'hommes et d'impôts; ceux de la Langue A' oil ne se montrèrent ni si empressés ni si dociles; et, sous l'influence de Marcel, prévôt des marchands de Paris j, ils manifestèrent moins de goût pour la liberté dii roi Jean que pour la réformée du gouvernement. Embarrassé de leurs audacieuses re<» montrances, le dauphin les congédia, quitta Paris, passa par Cooipiègne et se rendit à Metz pour y recevoir l'empereur Charles, son oncle, auquel il offrit des fêtes qui contrastaient péni-

CHATEAU DE GOMPIÈGWE. iS^

blecnent avec les malheurs du royaume, ce Car la France , dit Mézeray, étoil à l'agonie ; et pour si peu que son mal augmentât, elle alloit périr. » Marcel, en effet, mécontent de ce que le dauphin n'avait point accueilli ses projets de réforme, s'était déclaré pour Charles, dit le Mauvais , roi de Navarre, auquel il avait résolu de livrer la ville de Patis. Ses habitants étaient divisés en deux partis; les partisans du roi de Navarre portaient un chaperon rouge et bleu, pour se distinguer. Marcel veut imposer ces couleurs aux partisans du dauphin , et au dauphin lui-même. Suivi d'une populace armée, il marche au Louvre, pénètre jusque dans la chambre du régent, massacre à ses pieds Jean de Confiant, maréchal de Champagne, et Rpbert de Clermont, maréchal de Normandie, dont le sang rejaillit sur le jeune prince. « En voalez-vous donc à ma vie ? s'écriecc t-il. — Non, «répond Marcel ; et, comriie un gage d'alliance, il lui met sur la tête son chaperon aux couleurs de Navarre Acte qui devait se renouveler plusieurs siècles après, dans des circonstances analogues, sur la tête d'un roi de France!..

Après la mort de Marcel, tué d'un coup de hache par Maillard, dans la nuit où il allait our vrir les portes de Paris au roi de Navarre, le dauphin sentit la nécessité de convoquer de nou«

l38 R]é$IDENCES ROYALES.

veau les États généraux : ils devaient d'abord se réunir à Paris le i ^^ mai 1 35d ; mais, peu satisfait des dispositions des habitants<le la capitale, dont il redoutait rinflnence, il les appela à Comptègne le 1 4 du même mois.

Cette assemblée peu nombreuse, comme celle de Tannée précédente, était composée presque uniquement des députés de la langue dW/; mais elle fut remarquable autant par un esprit de réaction contre Fascendant de la commune de Paris, que par son initiative pour les réformes modérées. L'ordonnance royale du i4 mai i358, rendue en conséquence des résolutions arrêtées dans ces États, renferme vingt*fauit articles relatifs au règlement des monnaies, aux visites chez les marchands, à la révocation des choses domaniales aliénées depuis Philippe-le-Bel ; elle porte également que les affaires du conseil seront dé* cidées en présence du régent; enfin, elle crée une aide pour être employée à la défense du pays. Le régent avait droit au prélèvement du dixième de Vaidej pour l'entretien de sa maison et de celle de la duchesse son épouse.

On discuta, dans cette assemblée, le traité conclu parle malheureux Jean qui, effrayé des préparatifs immenses que faisait Edouard pour attaquer la France , ou dominé par le désir de recouvrer sa liberté et sa couronne, avait consenti

à d'énormes sacrifices et au démembrement de son royaume. Mais le régent et les États refusèrent de souscrire à ces honteuses propositions. Cependant il fallait en finir; on se résigna au; triste traité de Bréligny, le 8 mai 1 36o. La ville de Compiègne paya son contingent dans les condi* tions de ce traité. Elle rie regretta point cette nouvelle preuve de dévouement; et lorsque le roi Jean, de retour d'Angleterre, vint dans ses murs, elle fit à ce monarque l'accueil le plus affectueux ^

Le traité de Brétigny, accueilli d'abord avec résignation , ne tarda pas à peser de tout son poids âur la France : un de ses résultats les plus funestes fut l'inaction immédiate où se trouvèrent les grandes compagnies et leurs chefs, par suite du licenciement des armées : elles se livraient à toutes sortes de brigandages, et, après avoir parcouru l'Ile-de-France , la Normandie, ia Bourgogne, elles s'étaient répan^ dues dans le Berri , dans le Limousin , traînant k leur suite l'incendie et le pillage. Que faire pour se débarrasser de ce fléau dévastateur ? Charles V songea d'abord à enrôler les compa-

' 11 y publia u*ois ordonnances le 5 décembre 1 3 6o, et assista, dit D. Grenier, au mariage de Simon de Thouars, comte de Dreux, avec Jeanne d'Artois.

l4o RÉSIOEJNCKS ROYALES.

gnies pour la croisade qu'avait résolue le roi son père, et dont Je roi de Chypre avait commencé l'exécution. Mais elles demandaient beaucoup d'argent ; le trésor de France était épuisé, et les souverains étrangers , notamment l'empereur d'Allemagne, ne tinrent pas leurs promesses. Il fallut renoncer à ce projet. L'expédition de Henri de Transtamare contre son frère Pierre-le-Cruel, roi de Castille, ouvrait un autre débouché. Du Guesclin , qui était à Compiègne, demanda une entrevue à Hugues de Caverley, l'un des chefs des grandes compagnies; il dit que le roi lui donnerait deux cent mille florins ; le pape, l'absolution de leurs violences ; le comte de la Marche, Jean de Bourbon, son nom et son épée. En échange de ces avantages, du Guesclin ne leur demanda, au nom de Charles V, qu'une seule chose, la restitution des places encore sous leur dépendance. L'intervention de ce grand capitaine fut couronnée d'un plein succès; à sa voix, les compagnies, bénies à Avignon par Urbain V, se dirigèrent vers l'Espagne, passèrent les Pyrénées, et mirent sur le trône Henri de Transtamare.

Pendant que les généraux de Charles V prenaient des villes et soumettaient des provinces, l'empereur Charles IV se dirigeait, avec son fils Venceslas, vers Paris, oii les attendait une bril-

GHATI'AU DE COMPI£6NE. l^t

lan te réception. Ils s'arrêtèrent, le 3i décembre i378,àCorapiègne. Charles V avait envoyé, pour leur faire les honneurs de cetïe ville, le due de Bourbon, frère de la reine, le comte d'Eu, les évéques de Paris et de Beauvais, et un grand nombre de chevaliers. Le duc de Bourbon invita l'empereur à un grand diner; mais ce mo:narque, tourmenté par la goutte, se contenta d'y envoyer son fils, qui fut traité, ainsi que toute sa suite, avec magnificence. Les dames de Compiègne et des châteaux voisins montrèrent beaucoup d'empressement à voir ce jeune prince. Le lendemain, l'empereur se mit en route pour Senlis ; et de cette ville jusqu'à Paris il fut accompagné par les frères du roi, les ducs de Berri et de Bourgogncs) le comte d'Harcourt, l'archevêque de Sens et l'évèque de Laon ; « et étoient les dits seigneurs suivis de chevaliers et escuyers, vêtus tous d'une robe, les chevaliers partie de velours noir et gris, les escuyers de soye couleur de pensée ; et étoient bien cinq cents chevaux en a leur compagnie ^ »

Charles V aimait le séjour de Compiègne; il n'oublia pas le bon accueil que cette ville avait fait au roi Jean son père, à son retour d'Ângle-

' Preuves de V Histoire de la maison d^Harcourt , par Laroque.

r4a RESIDENCES ROTALRS.

terre, el il s'occupa du soin d'y fonder un nouveau château. A cet efTet , ce prince acheta, pour les démolir, plusieurs maisons ' dans la seigneurie des religieux de Saint-Corneille, dite la Cultut'e de Charlemagne. Pendant que cette nouvelle demeure royale se construisait, comme les besoios de la guerre avaient forcé de preu-» dre pour les fortifications de la ville V hôtel (lu roi que s'était réservé saint Louis dans l'ancien Palais de Charle&^le^hauve , Charles V lo^ geait dans une maison particulière de la rue du SaCy aujourd'hui rue du Château^ près d'une autre maison avec un beau jardin , oà ton souloit faire la cuisine du roi y quand il était à Compiègne *.

Dom Etienne^ bénédictin deCorbie, parle avec éloge du nouveau château de Charles V^; et Bertaut dit qu'à la fin du dix-*septième siède on

' Ces maisons furent démolies par ordre du roi, vers Tan 1874, suivant un ancien registre de l'abbaye de Saint-Corneille.

* Cette maison, acquise le 23 juillet 1416 par les religieux de Saint-Corneille , de la dame Pecquigny , faisait partie de la Grange-Labbé. [Archives de Saint- Corneille.)

^ Pulchram domum pro regibus Franciae in Conipendio aedificavit Carolns Quintus. [Abrégé des gestes des rais chrétiens,)

CHATEA.U DE COMPIÈGNE. l43

distinguait te chiffre de ce prince > chargé de fleurs dé lis, sur les vitraux de la chapelle, et les armes de ses deux fils, Charles, dauphin, et Louis, duc d'Orléans, peintes sur les croisées de l'antichambre du roi. Ce château , habité par nos rois jusqu'à Louis XV qui le fit abattre pour construire celui qui existe aujourd'hui, était fortifié, et l'on voit encore , à gauche de la^terrasse , le long de la grande et vieille allée qui descend vers l'Oise, les fossés et les restes des tourelles qui les défendaient.

Charles V, satisfait du service des arbalétriers de Compiègne, en attacha vingt à la garde de sa personne, et leur accorda div'ei^ privilèges ^ Ce même prince fit transporter le grenier à sel de Noyon à Compiègne, afin d'aider celte dernière ville à réparer, par les produits de l'impôt, les sacrifice& nombreux qu'elle avait faits par dévouement à ses rois.

Âpres un monarque qui, pour sa gloire et pour le bonheur de son pays, mérite le beau nom de SagCy nous allons assister au 'spectacle le plus

' a Depuis la suppression des francs-archers, noSTois favorisèrent les compagnies du Jeu de l'Arc et de TArbalète. Ils accordèrent agiix chevaliers qui les composaient des exemptions de tailles et de subsides. Les compagnies du Jeu d'Arquebuse ont fait tomber celles du Jeu de l'Arc^ qui fut abandonné au peuple. » (Carlier, Histoire du Valois.)

l44 RéSI0£irC£S ROYALES»

triste pour l'humanité : la couronDe royale sur une téteprivée de son intelligence et de sa raison!

La lutte avec Montfort, duc de Bretagne, suspendue parla mort de Charles V, se termina avec l'avènement du jeune Charles YI qui n'avait ni les mêmes ressentiments ni les mêmes projets de conquête que son père. Le conseil du roi se souvint de ces paroles que du Guesclin, partant pour sa dernière expédition, avait dites à Charles V : ce Je ne sais si je retournerai du lieu où je vais ; (c je suis vieilli et non pas las. Je vous supplie « très-humblement que vous fassiez la paix avec « le duc de Bretagne, et aussi que vous le laissiez a en repos se soumettant à son devoir; car les a gens de guerre du pays vous ont très-bien se- «. couru à toutes vos conquêtes, et pourront ena core faire ; s'il vous plait de vous en servir. » Instruit que de son côté le duc de Bretagne, mécontent des Anglais, ne demandait pas mieux qjue de se réconcilier avec la France, le conseil conclut en i38i un traité par lequel Jean de Montfort reconnaissant qu'il tenait la Bretagne de Charles VI, s'engageait à venir lui en faire hommage, et à le seconder dans toutes ses guerres contre lé roi d'Angleterre et le roi de Navarre.

Charles VI était avec sa cour au Château de Compîègne; c'est là qu'en présence du roi, entouré des ducs de Bourgogne et de Bourbon, des cam-

CHATEAU DE COMPlÈGNÊ. l45

les de Valois , de la Marche ^ de Boulogne , des seigneurs de Clisson, d'Albret, de Rofaan^ du maréchal Sancerre et de Jean de Vienne, amiral de France , Jean de Montfort devait faire hommage en ces termes : « Mon très-redouté sei- « gneur^ je vous supplie que vous me veuillez <c pardonner de ce que je vous ai courroucé, dont a il me déplaît fort et de tout mon cœur. » Mais on ne se montra pas trop exigeant sur les termes et sur les formalités ; on se contenta du serment de fidélité du duc de Bretagne qui était venu avec un nombreux cortège de barons et de chevaliers; Tacle seul porta que Thommage avait été reçu tel qu'il devait l'être selon Tusage et le droit ancien '• Cette réconciliation fut célébrée par Guillaume de Saint- André, dans des vers dont nous mettons un extrait sous les yeux du lecteur ^ :

« Quand à Paris orent esté Gomme devant j*ay raconté , Les ducs orent belle compaigne, £t vont au roy jusqu'à Compaigne Es son ostel royal estoit ;

' Cet acte en latin se trouve aux Preuves de V Histoire de Bretagne,

' Histoire rimée de Jean IF^ par Guillaume de Saint-André. — Histoire de la maison de Harcoart y par Laroque. — Grandes Chroniques.

1^6 RESIDENCES aOTàLKS.

Le duc à luy s*en va tout droit ,

Li va dirç par amitié :

« Sire , je vous ay courroucé ;

« De tout mon cueur il me deplaist :

« Pardonnez-moi^ se il vous plaist. »

Le roi droit à luy si s'avance

Quand il faisoit la révérence ,

£t prend le duc prestement y

Et li va dire joyeusement :

« Beau cousin y bien soyez venu ,

« Car tout honneur vous est deu ;

« Je vous pardon de fin cueur vrai,

« Traiez-vous ça , venez à moi. »

Ils s'entrefirent très-bel semblant ;

Le duc li dit en sonnant :

« Je vous veux faire mon devoir,

« Se il vous plaît m'y recevoii*. »

« Oil volontiers , ce dit le roi ,

« A lie chère vous recevrai. »

Le duc au roi adonc s'approuche,

Et li tend la main et la bouche.

Ainsin le duc va congié prendre,

£t au roi grâces et merci randre

De ses honneurs et de ses biens

Que le duc ne tient pas à siens ,

Ains se loua très grandement

Si print congié tout baudement

Du roy, des royaux , des seigneurs.

Qui lui avoient fait grands honneurs. »

L'année suivante, le i5 avril i382y les ÉLats généraux furent convoqués à Cooipiègne, afin

CHATEAU DE GOMPlÈGNE. 1I4']

d'aviser au moyen de lever de nouveaux impots pour continuer la guerre contre les Anglais et contre les Flamands. Le trésor était épuisé, mais les États répondirent énergiquement : Potiàs mori quant la^entur '. On ne pouvait pas payer les frais de la guerre avec cette monnaie latine* Le roi ne marcha pas moins contre les Gantois révoltés, qui avaient élu pour chef Philippe d'Arteveld, fils de Jacques le brasseur, célèbre dans les derniers troubles; il les tailla en pièces à Ros^ bec. Après cette victoire, Charles VI visita les villes de Picardie : il les trouva '< toutes ornées comme des temples en son honneur, et y reçut un accueil triomphal. » Il ne se rendit pas sur-lechamp à Paris, qui avait manifesté une grande opposition à la levée des nouveaux impôts; il alla de préférence passer quelques jours au nouveau Château de Compiègne, et prit le plaisir de la chasse dans la forêt de Cuise. Décidé enfin à revenir à Paris, il y entra 'entouré de ses oncles les du€sd'Anjou,deBerriet de Bourbon, à la tête de ses troupes victorieuses qu'il fit distribuer après le Te Deum, par mesure de sûreté, dans les divers quartiers de la ville. Cet appareil militaire et la froideur des Parisiens donnèrent à cette réception un caractère morne, auquel ajou-

' Grandes Chroniques. — Juvénat des Ursins.

l48 RESIDENCES ROYALES.

lèrent encore les supplices de plusieurs habitants notables, principalement celui de l'avocat Desmarets. L'amnistie tardive qui succéda à ces sanglantes exécutions ne calma point le mécontentement de la capitale, irritée de se voir traitée en ville vaincue et coupable.

Charles VI quitta donc avec satisfaction le Louvre pour retourner à Compiègne , où devait se décider la guerre contre les Gantois désireux de se venger de leur défaite, et contre les Anglais jaloux de la victoire de Rosbec. Les ducs de Berri, de Bourbon, de Bourgogne, étaient présents à l'assemblée : on y avait également convoqué les hauts barons et les grands seigneurs du royaume. 11 fut arrêté que le roi se rendrait en Flandre avec une armée aussi puissante que celle de l'année précédente '. Le roi écrivit de sa main au comte d'Ârmagnac , au comte de Savoie, au duc Frédéric de Bavière, pour leur demander de conduire leurs hommes d'armes à Ârras le i5 août i383. Cette campagne ne fut pas aussi brillante que celle de Rosbec : le roi, ne trouvant pas l'occasion de livrer bataille, s'en« nuyait; il signa le a6 janvier une trêve avec le roi d'Angleterre, et vint se livrer au délassement de la chasse dans la forêt de Compiègne.

' Froissard. — Juvénal des UrsiBS.

CHATBAU DE COMPlÈGNE. l49

On vit alorsy dit-on^se manifester les premiers symptômes de la maladie qui affligea le reste de ses jours : on prenait soin de les dérober à tous les regards; mais dans les fêtes qui suivirent son funeste mariage avec Isabeau de Bavière, il fut atteint y devant sa cour^ d'un accès de folie, et les médecins ordonnèrent d'écarter de sa présence tout ce qui pourrait lui causer quelque émotion. L'assassinat du connétable de Clisson par le baron de Craon ; l'apparition dramatique du fantôme de la foret du Mans qui arrêta son clivai par la bride; enfin, le bal masqué où le duc d'Orléans mit imprudemment le feu au costume du roi, irritèrent son imagination jusqu'à la fureur, au lieu de la calmer. On se perdait en conjectures sur les causes de ce délire : au lieu de l'attribuer tout naturellement à la faiblesse de la complexion du jeune roi facilement épuisée par son goût excessif pour la galanterie, on voulait y voir l'efTet de mystérieux maléfices: tantôt c'était un piège tendu par le duc de Bretagne qui se trouvait par là débarrassé d'une guerre inévitable; tantôt l'influence de Valentine de Milan, duchesse d'Orléans, sur le cœur de Charles VI; enfin, au dehors , le pape de Rome soutenait que Dieu lui avait tollu son sens pour avoir soutenu l'antipape d'Avignon ; tandis que le pape d'Avignon disait, de son côté : « Le roi de

l5o R1ÉSIDENC£S ROYALES.

« France avait juré sur sa foi qu'il détruirait ce l'antipape de Rome ; il n'en a rien fait : Dieu « est courroucé. »

Ce schisme, comme on voit, éclatait en toutes circonstances. A la mort de Grégoire XI (27 mars 1378), Urbain YI avait été élu par les cardinaux qui se trouvaient à Rome; mais ceux qui étaient absents au moment de l'élection prétendirent que les suffrages n'avaient pas été libres; et, le ik'ï septembre suivant^ ils élurent Clément Vil, qui fixa sa résidence à Avignon. Cette lutte ne fut terminée que quarante ans plus tard, au conaîle de Constance; mais dans l'intervalle on avait tenté plusieurs fois d'y mettre fin. C'est ainsi qu'en 1 396 nous voyons une ambassade anglaise venir à Compiègne proposer au roi un concile général pour terminer ces différends religieux. L'université d'Oxford avait rédigé une lettre con* tenant les raisons à l'appui de cette proposition. On présenta cette lettre à Charles VI qui l'adressa aussitôt à l'université de Paris. L'université n'en prit aucun souci; elle trouvait que ce fatras d'arguments et de raisonnements entassés l'un sur l'autre n'était qu'un étalage de science et une vaine apparence de bonnes intentions. Les envoyés d'Angleterre , malgré leur grande réputation de savoir , refusèrent de s'aboucher avec les clercs de France pour traiter de

CHATEAU DE COMWÈGNE. l5l

l'Union. Us répondirent que « tel n'était pas le <c but de leur mission ; » et ^ au bout de quelques jours, ils prirent congé du roi et repartirent '.

Les divisions politiques qui avaient éclaté dans le gouvernement avaient pris un caractère plus dangereux que les querelles religieuses. Profitant de la notaladie du roi, Isabeau de Bavière s'était emparée du pouvoir, qu elle partageait avec le duc d'Orléans, son beau-frère. et son amant. Loin de cacher leur coupable liaison, tous deux semblaient mettre leur orgueil à l'afficher ; et ce scandale joint à un luxe effréné mécontentait vivement les Parisiens. Le duc de Bourgogne Jean-sans-Peur, devenu membre du conseil à la mort de son père, et jaloux , à plus d'un titre, du duc d'Orléans , fit à ce prince ainsi qu'à la reine la plus énergique opposition. Le royaume souffrait de ces funestes dissensions : le duc de Berri intervint pour réconcilier les deux princes; il les invita à diner, et, dit la chronique, « ils pri- « rent les épiées et burent le vin ensemble. » La cour choisit ce moment pour se transporter à Compiègne : on y célébra le mariage de Jean, duc de Touraine, second fils du roi, âgé seulement de neuf ans, avec Jacqueline de Bavière,

* Grandes Chroniques.

f52 RÉSIDENCES ROYALES.

fille du comte de Hainaut et nièce du duc de Bourgogne, et l'union d'Isabelle ^ fille atnëe du roi^ âgée de i8 ans et veuve de Richard II, roi d'Angleterre, avec Charles d'Orléans, alors comte d'ÂngouIéme, guerrier et poète, fait prisonnier à la bataille d'Azincourt. Cette double cérémonie devint l'occasion des plus brillantes réjouissances: (c Pendant plusieurs jours, dit Monstrelet, furent faits à Compiègne grands fêtes et ébattements, tant en boires, mangers, comme en danses, joutes et autres joyeusetés. »

En effet, tous les princes y déployèrent le plus grand éclat ' ; on remarqua surtout la ma-

' • Loys, fîlz de roy de France, duc d'Orléans Nous

voulons et vous mandons que de sept cens quatrevins quinze perles de plusieurs sortes, venues et yssues de plusieurs joyaulx et vaisselle d'or piéça fonduz de notre commandement et ordonnance en la monnoie de monseigneur le roy à Paris. . . lesquelles nous avons fait bailler et délTvrel* à nostre bien amé brodeur et varlet de chambre Jehan de Clacy, pour servir de brodeure de décoppement de deux houppelandes que nous avons fait faire pour nous , Tune longue de veloux figuré cramoisy , et l'autre à iiii jambe de drap velu tanne , c'est assavoir : en celle de veloux cramoisy sept cens quatorze perles et en l'autre quatrevins une perles, desquelles nous avons délivré à nostre dit trésorier m® lxx ix peries du nombre de un XX perles venues et yssues de m® soudes, et un xx bans d'or que nous feûnes piéça faire pour les nopces de nostre très chier et très amé l^z Charles duc de Valois-, à

GHATEA^U D£ COMPIÈGNE. 1 53

goificence et la générosité du duc de Boui^ogne : il fit les plus beaux présents aux illustres mariés, et « il entra dans les joutes avec des armes qu'il avait fait faire exprès; il portait un habit bandé d'or et d'argent. Sur l'or il y avait des arcs d'or battu, et sur l'argent des rabots d'or fin. Le lendemain , il y parut avec un autre habit de drap noir, à la devise du duc d'Orléans, qui était un bâton plein de nœuds avec ces paroles : Je n'envie^ et chargé de divers ornements d'or et d'argent. Il fit présent ce jour-là à la comtesse d'Ângouléme et à la duchesse de Touraine de deux chaînes d'or garnies chacune d'un fermail pendant, chargé de huit perles, de quatre rubis balais et de deux saphirs : elles lui avaient coûté 5oo écus '. » 11 se montra très-affectueux en apparence pour le duc d'Orléans qui, de son côté, lui prodigua les plus flatteuses attentions. Les deux princes échangèrent réciproquement leurs colliers, se jurèrent fraternité d'armes et de che-

Compiègne au mois de juillet dernièrement passé, dont Tune d'ycelle perle fut perdue illec

a Donné à Paris, le second jour de may Tan de grâce mil GGGG et sept. »

[Poésies de Charles d* Orléans ^ édition historique de M. Aimé Ghampollion-Figeac. )

■ D. Plancher, Histoire de Bourgogne.

l54 RÉSIDENCES ROYALES.

Valérie... Le jour n était pas loin qui devait démentir tant de caresses \

Les fêtes terminées, la comtesse de Hainaut, dont les pompeux équipages avaient égalé la magnificence dlsabeau de Bavière, voulut emmener avec elle le jeune duc de ïouraine; la reine s'y opposa. Cependant les conditions du traité portaient formellement que ce prince resterait désor* mais sous l'autorité de la comtesse de Hainaut: cette princesse Teramena. Le comte de Hainaut vint au-devant de lui, l'accueillit avec les plus grands égards, et « ordonna que, conformément aux usages du pays , il fût reçu au son de toutes sortes d'instruments par toutes les villes où il passerait, et que les chevaliers et les écuyers donnassent en son honneur des tournois et autres divertissements militaires» « ^

On oublie les querelles politiques ; il est des

' On lit dans les comptes de la ville de Compiègne : a Le ... • jour de juin 1406, vin présenté de la part de la ville à messeigneurs les ducs d'Orléans et de Bourgogne y étant lors à Compiègne, à chascun un poinçon ; le 26 du dit mois et an, à la reyne deux poinçons; item le ai, à M. de Touraine un poinçon; et le 29 du dit mois,à mons. d*Angouléme (Charles d'Orléans) un poinson : lesquels nos seigneurs étoient venus au dit Compiègne pour les noces du dit monseigneur de Touraine et de mademoiselle de Hainaut^ de la reine d'Angleterre et du dit monseigneur d'Angouléme.

* Chronique de Charles FI,

CHAT£AU DE COMPIÈGDE. l55

outrages privés qu'on ne pardonne pas : tel était celui qui avait animé la colère de Jean-san»- Peur contre le duc d'Orléans , assez imprudent pour s'être vanté des faveurs de la duchesse de Bourgogne. Le duc n'avait feint de laisser reposer sa vengeance que pour la rendre plus sûre. En effet, quelque temps après les magnificences de Compiègne, le duc d'Orléans tombait assassiné dans la Vieille rue du Temple; et un homme caché sous un chaperon vermeil considérait son cadavre, une lanterne à la main , et se retirait en disant aux meurtriers : « Étei- «f gnez tout : allez-vous-en , il est bien mort. » Telle était la faiblesse du roi et de son gouvernement, que cet asisassinat, hautement avouépar le duc de Bourgogne, resta impuni, malgré la clameur publique et les larmes de Yalentine de Milan. Jean-sans-Peur en fut quitte pour comparaître à Chartres devant le roi, et pour prononcer un vain serment, ou plutôt un mensonge, sur le missel.

Le duc de Bourgogne , puissant et brave, ne reculant devant aucun des moyens propres à servir ses projets, chercha, tantôt par la ruse, tantôt par l'audace, à s'emparer de l'autorité souveraine; et deux factions, les Bourguignons et les Armagnacs , désolèrent le royaume dont elles se disputaient les lambeaux. Le roi , dans

l56 RisiDENGES ROYALES.

UD de ses intervalles lucides , inquiet deFambition de Jean-sans-Peur, tint à l'hôtel Saint-Paul une assemblée composée de la reine , du dauphin y des princes du sang , dés seigneurs , des prélats et des gens du conseil, dans laquelle il fut décidé que le monarque « pouvait et devait faire la guerre au duc de Bourgogne , le détruire lui et ses partisans, ^et les déshériter. » Charles VI alla prendre l'oriflamme à Saint - Denis le 1*"^ avril i4'4f et s'avança jusqu'à Senlis avec son armée forte de sept mille hommes d'armes. Il trouva dans cette ville le duc de Guyenne, le dauphin, avec tous les princes, à la réserve du roi de Sicile et du duc de Berri, qui avaient été laissés pour la garde de Paris. Il y trouva aussi un bailli, Eustache Deschamps, écuyer et huissier d'armes du roi, qui de nature frileuse, de fortune modeste , mais d'esprit fin et joyeux, présenta aux ministres de Charles VI , sous la forme d'une ballade, cette requête pour obtenir le bois nécessaire au chauffage de son hôtel :

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