‹ Le chateau de CompiègneChapitre 4 sur 40 · BALL4DË DU BAILLI DE SENLIS · texte numérisé non relu

BALL4DË DU BAILLI DE SENLIS

Je me démet de toute conséquance

Et me rapporte à l'ancien usaige

Bien obsei^vé en Champagne et en France ,

Où les chasteaulx royaux ont leur chaufaige

En temps diver hors bois et en boscaige

CHATEAU DE GOMPIÈGJNE. 167

Pour les parois et les murs reschaufer. Aux chastellains pour ce comme bailli N'entens ce bois, messeigneurs, demander : Pardonnez-moi se j'ay en riens failli.

Mais le requiers comme faisant résidence , Âyans hostel^ mon estât et menaige A Gompiegne, ou chastel qui se lance Dessus Aysne lez le pont du rivaige.

Tel froit y fait en yver que c'est raige, Tant que sans feu n'y pourroit nulz durer : Ce non obstant m'a le vent assailly Qui me destruit, veuillez ce regarder : Pardonnez-moi se j'ay en riens failli.

Je me soubmet a vo bonne ordonnance :

Vous êtes tuit home discret et saige.

N'ayez regret si j'ay par ignorance Mal impétré , corrigiez le langaige ; Considérez moy estre en un balaige , £t le seurplus qu'on doit considérer ; £t me faites la quelque bois livrer^ Ou c'est ou serai trop mal bailli ; Ne souffrez pas que je doie engeler :

Pardonnez-moi se j'ay en riens failli.

ENVOT.

Mes très chers seigneurs , d'avoir ma délivrance Et votre grâce humblement vous suppli ; Ma requeste n'aiez en deplaisance :

Pardonnez-moi se j'ay en riens failli.

De Senlis, Charles YI se rendit au château de Verberie, pour y préparer les moyens d'attaquer

l58 RÉSlDeNGES ROYALES.

et de reprendre la ville de CompiègDe qui était au pouvoir des Bourguignons. Cependant, avant de commencer le siège, il envoya sommer les habitants de se rendre. Les chefs du parti bourguignon répondirent qu^ils ne se rendroient ni ne feraient obé/ssance. Cette réponse n'élait pas du goût de tous les habitants ; mais ils subissaient la loi du plus fort. Le comte d'Armagnac voulait commencer immédiatement les hostilités; il était le véritable chef de l'armée royale: tout le monde, jusqu'au roi , portait son écharpe blanche, et les Gascons et les Allemands lui étaient dévoués, parce qu'il leur avait promis le pillage de la ville. Mais Charles , tenant beaucoup à ménager une population qui avait donné à ses prédécesseurs tant de preuves de dévouement, tenta une seconde fois les voies de la conciliation. Il envova Guillaume Chanteprime^ maître des req uêtes, et Edouard Gencien, conseiller au parlement, pour inviter la ville à lui ouvrir ses portes, sous la condition qu'il ne lui serait fait aucun mal. Les bourgeois répondirent a quMls recevraient très-volontiers le roi et son fils le duc d'Aquitaine avec leur état , et non autrement. » Le siège cominença : le roi avait établi son quartier général au port de Choisy. I3n incendie^ causé, disent les uns, par le hasard, allunié, disent les autres, par ordre du

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comte d'Armagnac y se déclara dans ce village pendant la nuit. Le roi se rapprocha des remparts de la ville. Les Bourguignons , commandés par Lannpy, firent plusieurs sorties meurtrières, auxquelles les assaillants répondirent par d'éclatantes prouesses. De ce nombre y on doit citer le trait de courage d'un jeune chevalier, Hector de Bourbon, bâtard du duc de ce nom. Il avait fait dire aux assiégés qu'il fêterait avec eux le i^'mai. Ce jour arrivé, jaloux de tenir sa parole, il monte à cheval, eX, suivi de deux cents hommes dont les armures étaient recouvertes de fleurs et de verdure, il se présente, une branche de mai à la main , devant la porte de Pierrefonds ^ Cette bravade faillit coûter la vie au bâtard de Bourbon qui eut son cheval tué sous lui.

Le parti bourguignon attendait des secours de Jeao-sans-Peur ^ ; ce prince se borna à leur faire

' €ette porte n'existe plus.

^ Compiègne était commandée par un capitaine bourguignon nommé Lannoy^ d'un courage et d'une prudence éprouvés. « Il avoit, dit mademoiselle de Lussan , des béliers et des traits en abondance. Des galeries avoient été construites pour faciliter les communications entre les divers quartiers. A l'approche de l'armée royale , tous les faubourgs furent brûlés. Le roi établit ses quartiers entre la ville et la forêt , dans la maison d'un bourgeois, et le dauphin fut logé à Royal- Lieu. En arrivant devant Compiègne , ils trouvèrent les ma-

]6o RÉSID£lfC£S ROYALES.

dire de traiter aux meilleures conditions possibles. Les autorités, charmées d'être délivrées de son joug , se hâtèrent d'envoyer auprès du roi qui accueillit leurs propositions avec bonheur ; et, tandis que la garnison sortait par la route de Noyon avec armes et bagages, Charles VI, vainqueur et le pardon sur les lèvres , faisait dans Compiègne une entrée triomphale. Quelquesuns des habitants qui s'étaient montrés les plus hostiles crurent prudent de se dérober à sa clémence ; ils allèrent demander un asile au duc de Bourgogne, « qui les reçut avec bonté, et leur donna de fréquentes preuves de sa libéralité, de sa tendresse, et de sa douleur de les voir réduits à un si misérable état à son sujet '. »

Charles VI n'était point partisan du suffrage universel : pendant son séjour à Compiègne, il publia des lettres patentes, par lesquelles il donnait pouvoir aux gouverneur et attournez de la

chines en batterie et une mine préparée pour parvenir au milieu de la ville. Cette entreprise ne réussit pas. On battit alors la ville avec des bombardes et des canons, nom que Ton donnoit à des espèces de mortiei*s qui lançoient des pierres d'un poids immense. Après avoir fait des prodiges de valeur, Lannoy fut obligé de mander son état au duc de Bourgogne. »

' Voir, pour les détails du siège de Compiègne, Juvénal des Ursins, D. Plancher, Monstrelet, M. de Barante.

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^ille, en appelant avec eux douze des notables bourgeois de la cité, de s'assembler dans le lieu accoutume, et de délibérer sur leurs affaires , sans être tenus de convoquer le commun peuple^ à cause des dommages irréparables qui étoient naguère advenus au royaume par les assemblées des gens du commun peuple de Com^ piègne y qui n^ ont pas eu ni n^ ont sens^ ne entendemenL

N'est-ce point là l'origine des conseils municipaux ?

Si Charles VI avait une aversion tant soit peu aristocratique pour le commun peuple de Corapiègne, il avait plus de déférence pour les bourgeois ; car dans les lettres patentes qu'il fit publier pour soumettre à la prévôté de cette ville les églises de fondation royale, il s'exprimait ainsi : ce Sur la supplication de nos bien amés les gens d'église et bourgeois de notre ville de Compiègne, considérant que ladite ville a été anciennement fondée pour raison de grandes assemblées et compaignies que y souloient faire nos prédécesseurs, etc., etc. »

De retour à Paris, le roi retomba malade, et les calamités se succédèrent avec une rapidité douloureuse sous un monarque frappé de démence, et sous une reine impie dont les désordres affligeaient et ruinaient la France.

l6l RÉSIDENCES ROYALES.

Un de ses fils, le dauphin Louis, était mort. Ce titre appartenait à Jean de Touraine,qui avait épousé la fille du comte de Hainaut. L'amitié de ce prince pour le duc de Bourgogne avait décidé le comte d'Armagnac alors tout- puissant à le traiter avec inimitié. Aussi déclara-t^l hautement qu'il ne le recevrait à Paris qu'autant qu'il aurait abjuré le parti bourguignon. Des conférences s'établirent àYalenciennes, et le dauphin s'avança jusqu'à Compiègne pour en attendre le résultat. La reine Isabeau de Bavière, que les voyages incommodaient à cause de son excessif embonpioint, n'alla au-devant du dauphin que jusqu'à Senlis, où elle reçut la visite de la dauphine et du comte de Hainaut. Les négociations entre Senlis et Compiègne n'amenant aucune issue, la reine partit pour Paris. Là, dans le conseil du roi , le comte de Hainaut, qui avait suivi la reine, déclara avec fermeté que si la paix ne se faisait point , et si le duc de Bourgogne n'était point rappelé à Paris, il emmènerait le dauphin avec lui. Étonné et furieux de cette déclaration, le comte d'Armagnac voulut s'en venger par un acte d'autorité : il donna l'ordre d'arrêter le camte de Hainaut, qui, prévenu à temps, se sauva et alla rejoindre le dauphin à Compiègne. Il trouva ce jeune prince expirant. « Il avoit, dit Monstrelet , emprès une oreille un aposthume,

CHATEAU DE COMPIÈGNE. l63

lequel se creva et l'étrangla. » Mais les circonstances étaient trop favorables aux rumeurs populaires pour que le parti bourguignon n'accusât point les Armagnacs d'avoir empoisonné le dauphin. On racontait même, comme preuve, que pendant qu'il jouait à la paume, un domestique lui avait, passé sur son cou baigné de sueur ses mains frottées de poison '. Quoi qu'il en soit, son corps, enfermé dans un cercueilde plomb, fut déposé dans l'église de Saint-Corneille, en présence de la dauphine éplorée, du comte et de la comtesse de Hàinaut^.qui, après avoir laissé pour les pauvres et pour l'église de riches aumônes, retournèrent tristement dans leurs états.

Un auteur anonyme de cette époque composa cette épitaphe pour le tombeau de Jean, dauphin de France :

« Le roy Charles sixiesme de ce nom £ut quatre fils, tous de très grand renom, Charles, Louis, Jean, Charles septiesme.

Jean tiers fils du dit Charles sixiesme , Après la mort de Louis son aisné frère Mandé fut du duché de Bavière , Pour régenter ce royaume de France:

Mais la mort par sa grande outrance

* Pierre Fenin, Beny , Saint^Reuiy, Monstrelet.

|64 RÉSIDENCES ROTALES.

Le prit en cette viUe très noble

Au temps jadis nommée Camoble.

Son corps fut mis au temple Nostre-Dame,

Un chacun prie pour sa pauvre ame * »

Le nouveau dauphin, depuis Charles Vil, avait à peine quinze ans , lorsque ses principaux partisans, Tanneguy Duchâtel, le vicomte de Narbonne, le président Louvet, Robert Masson et Jean Ju vénal des Ursins,le père de Thistorien, Tarrachèrent à Paria, où le duc de Bourgogne commandait en mattre avec Isabeau de Bavière, et lui décernèrent le titre de lieutenant général du royaume.

Il fallait appuyer ce titre de quelques places fortes : on songea à la ville royale de Compiègne, qui élait de nouveau occupée par la faction boui^uignonnCy sous les ordres d'Hector de Saveuse; on s'adi^ssaau capitaine Bosquiaux, commandant du château de Pierrefonds, et l'un des plus vaillants chefs de la faction des Armagnacs : Bosquiaux accepte avec plaisir la proposition. Il prend avec lui cinq cents hommes, et les cache dans une embuscade masquée par des haies, près de la porte de Pierrefonds. Là , il apprend

' Séjour rayai dr Campiêgne, CHAmFSiiTnm.

CHATEA.U DE COMPlÈGNE. l65

par ses émissaires qu'Hector de Saveuse s'est absenté; que les sieurs de Crèvecœuretde Chier- \es, ses lieutenants, exercent une indolente surveillance ; qu'une partie de la garnison est sortie pour aller chercher du fourrage, A. ces encouragements, la Providence ajoute un secours imprévu. Un charretier parait, conduisant une voiture de bois à Compiègne. On l'arrête, on l'interroge; il déclare que la sentinelle a ordre de le laisser entrer à une heure fixée. Bosquiaux lui fait changer d'habits avec ceux d'un soldat afGdé, qui prend la conduite de la voiture, suivi de sept autres soldats déguisés en paysans. Le nouveau conducteur a ordre de tuer le limonier lorsqu'il se trouvera sur le pont-levis, du côté de la herse, afin que le reste de la troupe, à la faveur de l'embarras, ait le temps d'arriver. Les ordres du capitaine de Pierrefonds furent ponctuellement exécutés; le limonier, blessé à mort, tomba, la voilure versa. Les huit soldats déguisés égorgèrent la sentinelle et donnèrent à leur chef le signal convenu ; ils firent plus ; sans attendre les cinq cents hommes , ils entrèrent dans la ville. Boutry, le concierge du gouverneur, aperçut le premier les ennemis'; il n'eut pas le temps de donner l'éveil, un soldat le tuà d'un coup de hache d'armes. Bosquiaux arriva aux cris de vwe le roi! vwe le dauphin ! Crèvecœur et Chierves

j66 résidences royales.

s'étaient retirés dans la tour de Saint-Corneille '; mais surpris , sans espoir de se défendre, ils se rendirent à discrétion à Bosquiaux, qui Jes emmena prisonniers à Pierrefonds ^, après avoir laissé le sieur de Gamachçs pour gouverneur de la ville ^.

Le roi d'Angleterre , Henri V, avait dit au cardinal des Ursins, légat du pape, qui l'engageait à conclure la paix avec Charles VI : « Ne voyezcc vdus pas que Dieu m'a amené ici comme par « la main, et qu'il n'y a plus dé roi en France? « J'ai des droits légitimes sur ce royaume; tout y « est en confusion : on ne songe pas à s'y défen- « dre contre moi ; puis-je avoir une marque plus « sensible que le Dieu qui dispose des couronnes «a résolu de me mettre celle de France sur la « tête?» Et ces terribles paroles n'étaient alors que trop vraies !

La prise de Rouen avait jeté la consternation

' Cette tour figure dans le plan de Compiègne de 1637 sous le nom de Tour de la Monnaie.

* Chierves avait un frère, officier employé dans le château de Pierrefonds , qui , sacrifiant ses devoirs à sa tendresse , voulut faire évader le prisonnier. Bosquiaux s'en aperçut , et rimprudent officier eut la tête tranchée.

^ Monstrelet , Saint - Remy , Juvénal dès Ursins , Carlier.

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dans Paris , el le dauplan , faisant trêve à ses répugnances personnelles, avait, dans un intérêt national 9 consenti à une entrevue avec le duc de Bourgogne dans le château de PoillyJe-Fort, eiitre Melun et Corbeil. Là, il avait été décidé que Jean-sans-Peur ut^irait ses troupes à celles du dauphin pour faire en commun la guerre à Henri V;mais, retenu par le traité secret qu'il avait conclu avec le roi d'Angleterre, le duc de Bourgogne éloignait sous divers prétextes l'exécution de ses promesses. Le dauphin alors le presse de lui accorder une seconde entrevue; elle devait avoir lieu à Montereau : elle était indiquée pour le 18 août. Le Bourguignon, en proie à mille incertitudes que d'autres appelleraient des pressentiments, la remet d'abord au a6 août, puis au ra septembre. S'il faut en croire quelques historiens, ce serait par le conseil d'une dame de Giac, qui passait pour la maîtresse du duc , que Jeansans-Peur se serait décidé à se rendre enfin de Bar à Montereau. On ne dit pas quel fut le prix de cette exhortation, ou plutôt de celte odieuse trahison , car on a prétendu que tout avait été concerté d'avance entre elle et Tanneguy Duchâtel, confident du dauphin el irréconciliable ennemi du duc de Bourgogne.

Nous publions ici, pour la première fois, un document historique de ia plu^ haute impor-

l68 R£SI0£NGJES ROTALES)^

tance, dont Torigina] est déposé dans les apchives de la ville de Dijon : c'est le procès-verbal du meurtre de Jean-sans-Peur , rédigé, à l'époque même de l'assassinat, par un témoin oculaire, le secrétaire du prince. Voici cette pièce inédite y ou plutôt voici la lumière sur cette tragédie politique * ':

IVSTfiUHENT DE LA DÉPOSIGION DE HAISTRIS lEHiN SEGUINÀT JADIZ SECRETÂIIŒ DE MONSEIGNEUR LE DUC JEHAN DONT DIEU AIT l'aME sur la DETESTABLE TRAISON FAITE EN LA MORT DE FEU MON DIT SEIGNEUR AU HEU DE HONSTEREAUL. FRANGE.

« Maistre Jehan Seguinat, secrétaire du roy nostre sire et jadiz de Feu monseigneur Jehati en son vivant duc de Bourgoingne que Dieu par<>

' Nous devons aussi à la bienveillance de Tarchiviste de Dijon un moule de la tête de Jean-sans-Peur , dont les restes y ensevelis d'abord à 1^ Chartreuse *, ont été transportés dans un caveau de Sainte-Bénigne , église cathédrale de Dijon ; et nous avons parfaitement reconnu les larges fractures occasionnées par la hache de Tanneguy-Duchâtef .

*■ Aux portes de Dijon. C'était la chapelle des ducs de Boargogne. Ob y remarque plusieurs morceaux d'architectjure gothique, entre. autres Le Puits de Moïse , dont la restauration est due à M. Joufroi, sculpteur célèbre avant Tâge. Sur remplacement de Tantique chapelle du Témérain &*élève aujourd'hui un asile de fous !

CHÀtEAU DK COMPIÈGNE. 169

doint, requis examiné et interrogué par les commis dessus diz à la requeste dudit procureur stfr la mort et occision traitreuse de feu mondit sei% gneur le duc et des coulpables j et consentant d'icelle dit et dépose par son serment a scavoir ce et en la manière qui s'ensuit Premièrement il dit qu'il fut avec mon dit seigneurde Bourgoingne à Corbueil et aussi au Ponceau près de Poillyle-Fôrt, où se assemblèrent feu mon dit seigneur et le daulphin et furent faictes les alliances entre eulx par la manière contenue es lettres sur ce faites, lesquelles comme secrétaire demondit feu seigneur il signa de son costé; et à la darrenière foys que mondit feu seigneur et icelluy daulphin assemblèrent audit Ponceau, ils se firent môult grant chiere et y conclurent l'abolition générale et criii l'en fort Noël et se embrassoient et faisoient moult grant chière les gens des deux seigneurs et mondit seigneur si donna audit daulphin ung fermaillet d'or et ledit daulphin luy donna ung coursier; et luy qui parle mondit feu seigneur estant à Corbueil au retour de la première assemblée dudit Ponceau fist les lettres de par mondit feu seigneur et de son commandement pour faire porter de Pontoise à Paris i oooo francs en monnoye pour illec les faire changer à or pour donner et distribuer ledit or quant on l'auroit changié aux principaulx chevaliers et

J^O RÉSIDENCES ROTALÉS.

officiers estant lors environ ledit daulphin : et depuis vit luy qui parle que feu mondit seigneur .après ce queTor fut changié bailla sur ledit Ponceau à plusieurs d'iceuU chevaliers et officiers dudit daulpliin à chacun une petite cédule de papier ou estoit contenue la somme que chascun d'eux devoit recevoir de Jehan Beauvarlet, clerc des offices de mondit feu seigneur, en don qu'il leur faisoit qui avoit ledit or pour le distribuer selon sadite forme; et entre les autres vit que feu mondit seigneur bailla la cédule à maître Robert le Maçon chancelier dudit daulphin qui en ot cinq cents moutons d'or et aussi vit bailler les cédules au président de Provence Tanguy Du Chastel, Barbazan, Noyers et autres des noms desquels il n'est recors et aussi il ne scet autrement les sommes qui furent à chascun distribuées et cuidoit luy qui parle que les diz seigneurs feussenten bonne paix etamour pour toujours; et depuis luy qui parle, a plusieurs foys fait des lettres de par feu mondit seigneur adreçans audit daulphin, le quel luy ecrivoit moult révéremment et humblement et icelluy daulphin rescrivitpar plusieurs foys à feu mondit seigneur aucunes choses secrettes et d'estat et afin quils se vouisissent rassembler et parler ensemble et en icelle confiance feu mondit seigneur parly de Troyes et s'en alla à Bray sur Seine, auquel

lieu de Bray furent par plusieurs foys aucuns des chevaliers dudit daulphin en espeeial lesdîts Tanguy, Barbazan, le sire d'Escouvailles, Jacques du Peschin et autres qui pressaient toujours fort feu mondit seigneur d'aler devers ledit daulphin 9 luy disant que icelluy daulphin Faimoit plus que nul autre hoitame après son père, et mondit feu seigneur leur repondit qu'il le vouloit servir et y employer îpy et tous ses amis, alliez, subgiez et pays et fut tant preisé feu mondit seigneur que le dimenche sixième jour de septembre l'an mil quatre cent et dix- neuf, il parly de Bray pour aller à Monstereaul où estoit ledit daulphin et luy qui parle s'en alla dedevant audit Monslereau; c'est assavoir es feurbourgs pour prendre son loigeis et vint devers mon dit feu seigneur ou chastel dudit lieu quant l'on apporta les noms^des dix personnes que ledit daulphin youloit avoir avec luy et que l'on escrivoit les noms de3 autres diz que feu mon dit seigneur mené en sa compagnie et party mondit seigneur dudit chastel pour aller devers ledit daulphin et dist à luy qui parle qu^il allast avec luy, car il pouvoitbien avoir affaire de luy et tient iuiqdi parle que mondit feu seigneur luy dist les paroles avant dittes pour ce que luy qui parle avoit toujours esté à tous les traictez et parlemens faits entre lesdits seigneurs tant audit Ponceau comme

17^1 HÉSIDEFTCES BOYALES.

à Gorbueil où ledit daulphin vinst et quant mondit seigneur fut à la barrière sur le pont dudit MonstereaUy accompagné des diz dix ; c'est assavoir Charles de Bourbon, le sire de Nouhailles, monsieur de Saint-George, messire Ânthoine de Vergy, monsieur d'Autrey, monsieur de Montagu, Jehan de Fribourg, le sire de Talemen, niessire Charles de Lens, messire Pierre de Gyac; ung nommé messire Pierre de Beauvaul vintaudevant de luy qui prinst et reçeul le serment de mondit seigneur et des dix dessus diz qu'il menoit en sa compaignîe, qu'ils tendroyent seurs sans meffaire ne souffrir meffairel'un à l'autre, car pareillement l'avoit fait ledit daulphin et lesdiz dix de sa compaignie avec eulx luy qui parle passèrent et entrèrent dedans la barrière dudit daulphin et aussitôt qu'ils furent dedans, ledit Tanguy lira luy qui parle par la manche dedans les dites barrières pour plus hastivement fermer le guichet d'icelles; et tantost que mondit feu seigneur apperceust ledit daulphin qui estoitprès de la porte de devers la ville sur ledit pont à l'endroit d'un petit retrait fait dehaiz du costé de l'eaue, mondit feu seigneur s'en ala devers luy et osta son aumusse qui esloit de veloux noir et se inclina devant luy d'un genouil jusques à terre en le saluant moult humblement en luv disant en effet, les paroles qui s'en suivent. C'est assavoir

CHATEAU DE GOMPIÈGNE. 1^3

que après Dieu, il i^'avoit à servir ne obéir que au Roy et à luy et eu leur service à la conserva* tioD du royaume offrit à mettre et employer corpsy biens, amis, alliez et bienveillanset se on luy avoit fait aucuns rapporsàsa charge luy pria qu'il ne les voulsist croire et pour plus grant seureté s'il sembloit audit daulphin que ou traie* tiés de la paix et alliances faittes entre eulx fus* sent aucunes cbosesàadjousterqu'il estoit prest de le faire au dit de luy et de ses gens illec présens en disant pour feu mondit seigneur audit daulphin et à ses geps : « Monseigneur et entre « \ous messieurs dy je bien ?» Et ces paroles dictes ledit dauphin luy dist : n Beau cousin, vousdittes <x sy bien que Ion ne pourroit mieux, levez vous a et vous couvrez : » en le tenant par la main. Le dit président de Provence vint derrière ledit daulphin et parla à luy bien bas à l'oreille, ne scet luy <[ui parle qu'il luy dist; mais il apperceust bien que les dits daulphin et président firent signe de l'œil en regardant Içdit Tanguy. Lequel Tanguy incontinent bouta feu mondit seigneur d'une grant hache de guerre qu'il tenoit en la poussant entre deux espaules en luy disant : a Monsieur de Bourgoingne entre léans, » lequel feu mondit seigneur se retourna de costéet pot voir mondit seigneur, si comme il semble à luy qui parle ung grant homme brun, le nom du*

quel, luy qui parle ne scet qui tenoit une grant espée taillant toute nue. Et en ce mouvement encommencèrent à crier les gens dudit daulphin : « Tuez! tuez! » et ce grand homme commença à frapper feu mondit seigneur de ladite espée nu la teste en descendant au long du visaige du côté destre et feu mondit seigneur pour cuider éviter le cop getta le bras audeVant dont il fut blecié très vilainement, car il ne pot tant abvier que le cop ne luy cheust sur le visage et ot dudit cop le bras emprez la main presque coppé, duquel cop il ne cheut point et estoit ledit Barbazan au plus près de celuy qui donna ledit cop. Mais tantost ledit Tanguy frappa mondit feu seigneur de ladite hache qu'il tenoit si grand cop sur la teste qu'il chez à terre sur le costé séneslre du visaigede devers ledit daulphin qui y estoit présent et vit luy qui parle que le seigneur de Nouhailles et messire Jehan de Vergey seigneurs d'autres qui se mirent audevant de mondit seigneur pour empeschier les^cops que on luy donnoit furent bléciez et dez sitost que ledit cri de tuez ! tuez ! fut fait, ceu\qui estoienten lacompaignie dudit daulphin prindrent et emprisonnèrent les dicts seigneurs qui estoient entrez avec luy; excepté messire Jehan de Neufchastel qui se eschappa et luy qui parle regardoit tousjours mondit feu seigneur en granl crainte et doubte de sa vie. Ce

fait vit UD homme tenant une espée nue en sa main qui se agenouilla et boula sa diteespee par dessous ou corps de feu mondit seigneur et lors nionditfeu seigneur se commença a estendre les rains eq rendant ung soupir et sembla à luy qui parle quea icelle heure il rendit l'esprit q^ue Dieu par sa grâce vueille avoir en sa sainte gloire et vlst oster à feu mondit seigneur les anneaux des doigts par ung dont il pe scet le nom; mais de* puis il oy dire que c'estoit ung dés gens du sire de Guitry et luy qui parle incontinent fut prins par Batailler et de par le dit daulphin baillé en garde à maistre Robert Maillé secrétaire dudit daulphin qui le garda au lieu de Monstereau et à Moret quatre jours entiers au derrier des quelx quatre jours que ledit maistre Robert dist à luy qui parle ainsi qu'il se recommandoit à luy pour la délivrance qu'il n'y pouvoit entendre, mais le convenoit hastivement retourner audit Monstereau pour la distribution des biens meubles de feu mondit seigneur que ledit daulphin avpit donnez aux diz de sa compaignie qui avoient esté avec luy dedans la barrière '.»

* Copie conforme à l'original en parchemin , déposé aux archives de la Côte-d'Or et de l'ancienne province de Bourgogne^ section de la chambre des comptes de Dijoç j arcliiyes ducales y layette n° 78 (Documents relatifs à l'assassinat du duc Jean-sans-Peur).

I^ mort du duc de Bourgogne, sans fortifier le parti du dauphin, laissa un cours plus libre encore aux progrès désastreux des Anglais. Toutes les villes voisines de la capitale ouvraient leurs portes à Tétranger : ce fut le tour de Compiègne. Gamaches en était le gouverneur; c'était un modèle de courage et de fidélité, et, dans plus d'une rencontre avec les Ânglo-Bourguignons, il avait obtenu de brillants succès. Henri V, roi d'Angleterre, envoie le duc de Bedfort, son frère, pour s'emparer de Compiègne; Gamaches oppose une héroïque résistance. Henri lui fait dire que s'il persiste à défendre la place, il fera jeter dans la rivière, son frère, Philippe de Gamaches, abbé de Saint-Faron , fait prisonnier au siège de Meaux. « La piété fraternelle fut alarmée^ dit le comte de Gamaches, biographe de son aïeul; la gloire l'emporta sur la nature; il fut inébranlable dans son devoir '. Mais un officier de la garnison, que le dauphin avait envoyé, et qui avait un grand ascendant sur les bourgeois, soulevant les esprits, tous craignirent de voir leur ville prise d'assaut, et Gamaches fut dans la nécessité de livrer la ville. » Il alla rejoindre le dauphin sur les bords de la Loire.

' D'autres historiens ont prétenda que c'était Tamitié fraternelle qui l'avait emporté.

CHATEAU DE COMPlÈGNE. I77

Bedford irrité avait menacé dé brûler la \ille; les habitants^ pour l'apaiser, lui envoyèrent une députaiion de huit femmes dont on a conservé les noms : la prieure de Saint-NicoIas-au- Pont, la femme Jean Bàiilère, la femme Pierre le Gonelle, la femme Pierre Crin^ la femme Jean Lagelée , la femme Jean Malepart , la femme Pierre Champion , la femme Jean Boutenné. Bedford y touché de leurs prières ^ se contenta de recevoir le serment de fidélité de la ville de Compiégne. Henri V, curieux de connaître cette première résidence de nos rois, vint de Senlis la visiter avec une suite nombreuse* De là, souffrant de la dyssenterie, il se fit transporter d'abord à Melun , puis au château de yincennes, où il expira le 3i août i^n^y laissant à Henri YI enfant deux couronnes à pprter; à Bedford, son frère, le titre de régent de France.

Deux mois après, Charles VI achevait aussi sa déplorable carrière, laissant pour unique héritage à un jeune prince de vingt ans, obscurément proclamé roi dans un petit castel de l'Auvergne, tous les embarras de la guerre civile, et toutes les horreurs de l'invasion étrangère; mais deux anges, animés, l'un par l'amour, l'autre par la religion , veillaient sur sa destinée!

I^ fortune de la France ne permit pa$ que ce

J78 RESIDENCES ROYALES.

beau pays devint la proie de Tétrang»*; et Dieu suscita une de ces ressources merveilleuses qui électrisent les peuples et sauvent les états. Une jeune fille, inspirée du ciel, devait rendre au roi son énet*gie et sa couronne, à l'armée française sa confiance et sa gloire^ au sol de la patrie son indépendance et sa pureté. Déjà^ fidèle à sa sainte mission, cette jeune fille, Jeanne d'Arc, avait délivré Orléans, battu ies Anglais, et conduit Charles Vil à Reims, pour y être sacré. Après cette solennité^ la vierge de Vaucouleurs, secrètement avertie par les voix mystérieuses de sainte Catherine et de sainte Jilarguerite, qu'elle croyait entendre pendant la nuit, demanda au roi la permission de se retirer dans le village qui l'avait vue naître. « Désormais, disait-elle, jf « n'aurai plus de regret de mourir.» Et comme on l'interrogeait sur ses craintes réitérées et sur ses pressentiments : «c Je sais, répondit-elle , que « Dieu ne m'a pas commandé autre chose que « de faire lever le siège d'Orléans, et de conduire «le roi à Reims; et dans le doute, s^il veut de ce moi davantage, le roi me fera plaisir de me « permettre de retourner dans ma famille, pour « y reprendre mon premier état. » Mais l'effet de sa présence était si puissant sur l'armée, que le roi et ses principaux capitaines la supplièrent de ne point s'éloigner.

CHàT£AU DE COMPIÈGNE. Ijg

Lors(}ue Charles Vil chercha à reprendre la Till^deCompiègne/au mois d'aoàt 14^9, Jeanne d'Arc l'accompagna. Arrivé à Baron, dont le vieux château était fortifié % le roi rangea son armée en halaîlle sur le chemin de Nanteuil. Le duc de Bedford avait assis son camp en face de Baron , sur la hauteur de Montépilloy qui dominait toute la plaine^. Les troupes du roi étaient plus nombreuses; les Anglais avaient l'avantage de la position.* Les deux armées restèrent en présence pendant deux jours; la PuceUe,en proie à mille incertitudes , gémissait de son inaction ; mais, après une estcarmouche isolée entre les archers du roi, « qui se battirent comme des lions,» et les Picards, à la solde de Bedford, « qui se batti- •« rent comme des chiens furieux, » Charles VII prit le parti de se retirer à Crépy; Bedford se replia sur Senlis.

' On voit encore quelques restes de ce vieux château , à côté du joli château moderne que madame la comtesse de Montguyon a fait construire dans son parc arrosé par la Nonette.

Baron est entre les beaux jardins d'Ermenonville, qui appartiennent à M. le comte £. de Girardin , et le château de Rosière, qui appartient à M. le comte d'Ailly.

* On a dit que Catherine de Médicis avait plus d'une fois visité la tour de Montépilloy pour y faire des obsei*vations astrologiques.

i8o RESIDENCES ROYALES.

C'est à Crépy que Charles VU reçut une députation de la ville de Compiègne, composée des sieurs Pierre Morelle, Laurent, Pierre de Dartat, J. Leféron et Simon Lefébure : ils venaient supplier le roi de ne point assiéger leur ville. Pour toute réponse, Charles leur donna jusqu'au lendemain matin pour se rendre. Le jour même, une nouvelle députation vint déclarer au roi que la ville était prête à l'accueillir. Ce prince se rendit immédiatement à Compiègne , entra par une porte que les bourgeois avaient ouverte, à l'insu de la garnison, et fut reçu au milieu des plus vives acclamations. Senlis suivit cet exemple; Bedford fut obligé de l'abandonner'.

■ • Le duc de Bedfort se tira A Senlis et y vint logier , Et le roy se retira '

A Crespy pour soy hebergier.

Le lendemain Tint à Compiègne Et y entra en grand puissance A tout la bannière et enseigne Des nobles fleurs de lys de France.

. . Ceulx de la ville de Senlis-

Lui firent après assavoir Qui désirpient les fleurs de lys En offrant de le recevoir.

La ville très bien y ouvra , ;

Et y entrale roy joyeuU-; Puis de la Bauvais recouvra, Dammale et plusieiM's autres lieux. »

(Martial de Paris, rigiUei de Charks ni.)

GHATEAli DE COMPliÇGNE. l8l

Encouragé par ces succès, Charles Yll, impatient de ruiner le parti des Anglais, déjà fortement ébranlé par le sentiment national et par l'enthousiasme populaire, entama avec Jean-Ie- Bon, duc de Bourgogne, une négociation qui avait pour but de chasser du royaume les plus mortels ennemis de la France. Voici les principales bases du traité que le chancelier du roi proposa en son nom au duc de Bourgogne :

1*^ IjC roi Charles reconnoîfra, par lui-même ou par ses fondés de pouvoir, que l'événement de la mort du duc Jean étoit mauvais et damnable; que cette mort a été consommée damnablement et par mauvais conseil; qu'elle lui déplaît de tout son cœur, et que s'il a voit eu alors autant d'âge et d'entendement qu'aujourd'hui, il y eût pourvu ; mais il étoit en ce temps-là bien jeune, avoit peu de connoissance^ et ne sut point y aviser.

!i? Le roi Charles abandonnera ceux qui ac* complirent cette action ou y consentirent, et, s'il les peut tenir, les punira; autrement, il les bannira à jamais, sans grâce ni rappel, et ils seront hors de tous traités.

3* Le roi Charles fondera à Montereau une chapelle de vingt-quatre chartreux, pour le repos

j8a RESIDENCES ROYALES.

de l'âme du feu duc Jean, et des autres trépassés pendant les guerres.

4** Le seigneur de Bourgogne et ses sujets sont exempts de faire aucun serment de féauté au roi Charles, et le dit seigneur n'aura aucune obligation envers lui.

5^ Abolition générale sera accordée.

Le duc de Bourgogne répondit qu'il enverrait auprès du roi des ambassadeurs chargés de lui faire connaître ses dernières volontés. Ces ambassadeurs arrivèrent à Compiègne : ils avaient été accueillis sur toute leur route avec des bénédictions et des transports de joie, comme les émissaires de la paix; c'étaient Jean de Luxembourg, célèbre capitaine, l'évéque d'Àrras, et les sieurs de Brimeu, maréchal de Bourgogne, et de Charny. Le. roi et son conseil firent peu d'observations; on demanda seulement que le duc de Boui^ogne nommât tous ceux qu'il suspectait de la mort de son père, afin qu'il leur fût permis de présenter leur justification ; selon le droit et la coutume; on accorda les comtés d'Auxerreet du Maine au duc, en augmentation d'apanage, mais on stipula que ses héritiers prêteraient serment au roi; enfin, le roi consentait à l'abandon de la Guyenne, mais il se refusa absolument à

CHATEAU DE COMPlteNE. 1 83

donner des otages pour garantie du traité.

Telles furent les conditions arrêtées à Coœpiègne^ le 117 août 14^99 pour servir à négocier la paix définitive. En attendant, une trêve fut conclue le 28, pour les pays de la rive droite de la Seine, depuis Nogent jusqu'à Honfleur. Paris était excepté, ainsi que les villes servant de passage sur la rivière. Le roi se réservait de les attaquer, le duc, de les défendre. La trêve devait être commune aux Anglais^ toutefois après leur consentement'.

Malgré ces apparences pacifiques, dès que la trêve fut expirée, le duc de Bourgogne reprit les hostilités, de concert avec les Anglais, et vint mettre le siège devant Compiègne. A cette nouvelle, la Pucelle, qui était à Crépy, accourt et pénètre secrètement dans la place , où elle retrouve avec joie ses compagnons de gloire, Jacques de Chabannes et Pothon de Xaintrailles.

L'armée des assiégeants enveloppait Compiègne. Le duc de Bourgogne s'était, de sa personne, établi à Coudun^, forteresse située à une lieue nord-ouest de Compiègne; on remarquait, au nombre de ses serviteurs, Enguerrand de Monsr trelet, célèbre chroniqueur, qui a fourni à tous

' Froissard.

' Coadun a donné son nom au camp de Louis XIY, en 1 698 .

l84 RÉSIDENCES ROYALES.

les historiens, sur le siège de Compiègne, des détails d'autant plus précieux que Fauteur y assistait lui-même. Jean de Luxembourg était logé à Claroy ', avec un des corps de Farmée bourguignonne; Baudon de Noyelle occupait Marigny ou Margny, au bout de la chaussée ; Montgoitimery, le comte d'Hundington , d'Arundel et SufTolck se placèrent avec les Anglais à Venelte, le long de la prairie. Ce vaste appareil militaire n'imposait cependant ni à la garnison, ni aux habitants de Compiègne. La présence de Jeanne d'Arc, qu'on regardait comme l'ange protecteur de la France, entretenait la confiance et l'enthousiasme dans tous les cœurs. Elle seule semblait ne point partager la sécurité qu'elle inspirait. Si l'on en croit une ancienne chronique, le a4 mat i43o, jour où elle devait faire la sortie qui lui fut si fatale, elle alla communier à l'église Saint-Jacques de Compiègne; elle s'appuya tristement contre l'un des piliers, et dit aux bonnes gens et alix enfants qui étaient là en grand nombre : « Mes bons « amis, mes chers enfants, je vous le dis avec as- « surance, il y sl un homme qui m* a vendue! je a suis trahie, et bientôt je serai livrée à la mort.

' Village bâti sur le penchant du* mont Gannelon , où était le camp de César. On y a ti'ouvé des médailles et des instruments de guerre des Romains.

GHAT£AU DE COMPIÈGIVË. 1 85

<r Priez Dieu pour moi, je vous supplie; car je ff ne poun*ai plus servir mon roi, ni la noblesse a de France '. »

Malgré ces sombres pressentiments, la Pucelle, instruite que Tarmée ennemie attendait des renforts, résolut de brusquer l'attaque. Suivie de six cents hommes d'armes, tant à pied qu'à cheval, elle sortit par la porte du Pont, passa l'Oise, traversa le boulevard sur la rive opposée, et s'ai^ança avec impétuosité dans la prairie. Jeanne d'Arc n'était que trop facile à reconnaître au milieu des chevaliers qui l'accompagnaient. Sou armure était recouverte d'une tunique de soie couleur de pourpre, brodée d'or et d'argent; « elle porloit une bonne épée de Liège, propre à donner de bons buffes et de bons torchons. Elle montoit un demi-coursier d'une beauté notable'*. » Elle se précipite avec sa troupe sur le quartier de Baudon de Noyelle, campé au bord de la nvière , dans le petit village de Margny. Surpris autant qu'effrayé de cette brusque attaque ^ Baudon jette le cri d'alarme et se replie à la bâte vers Claroy, où était Jean de Luxembourg; Aussitôt tout s'ébranle dans le camp des Anglais et dans le camp des Bourguignons. Mont-

' Michelet.

* Interrogatoire du 27 février et du 10 mars.

l86 RiSlUElîGES ROTA.LES.

gommery et Jean de Luxemboui^ réunissent leurs forces : deux fois la Pucelle les repousse victorieusement; mais ils avaient pour eux le nombre. Ils s'avancent comme une masse de fer contre les Français, et parviennent à leur couper le chemin de Compiègne. L'épouvante a passé parmi les soldats de la sainte héroïne : les uns se précipitent en tumulte vers la barrière du pont, les autres se jettent dans la rivière pour se sauver à la nage. Mais la Pucelle intrépide, plus occupée de ses soldats que d'elle*niéme, » faisant grand' manière d'entretenir ses gens, et les ramener sans perte, » soutient avec héroïsme une lutte inégale, et rejette loin d'elle, à grands coups d'épée, la foule de guerriers ennemis qui se disputaient l'honneur de s'emparer de sa personne. Gloire à Dieu! le succès va couronner son généreux désespoiri elle touche à la barrière du pont! elle va reatrer à Compiègne, triomphante et bénie!.... O mystère! honte ou malheur! la barrière s'était refermée!... « Un homme m'a vendue!... » Cette pensée retombe de tout son poids sur son âme. Abandonnée , trahie au moins par la fortune , il lui reste encore son épée et sa foi ; elle vendra cher ses jours ; elle se précipite de nouveau sur les rangs ennemis, mais, au milieu de la mêlée, un archer picard, la saisissant par sa tunique, la renverse de cheval , la désarme et la remet aux

CHATEAU DE COMPIEGNE. 1 87

mains de Lionel, bâtard de Vendôme. Dans ses interrogatoires, Jeanne d'Arc déclara fièrement qu'elle ne reconnaissait point de vainqueur.

Une tradition , ou plutôt une erreur trop accréditée, même à Compiègne^ tendrait à Taire croire que la Pucelle aurait été prise devant la porte du Vieux-Pont, au bas de la rue qui porte ce nom'. Il n'en est rien. Jeanne d'Arc a désigné elle-même, dans ses interrogatoires, l'endroit où elle fut faite prisonnière : « £s côté de K Picardie, près du boulevard, fut prinse, et étoit a la rivière entre Compiègne et le lieu où elle « fut prinse; il y a voit seulement entre le lieu où tt elle fut prinse que la rivière, le boulevard et le

'^ Un liyre sur Compiègnç s'exprime ainsi :

« Sur la façade de la porte du Vieux-Pont qui regardait le petit Mar^y, était placée une tablette de marbre portant cette inscription :

C9 fut ^tl^iMM îDar^, |)re» be ce^htp ^ami^t^ ^ar le nombre accablée et t^enbue a latij^lob , ûtti brtt^la ^ le felon^ elle tant brat>e et «âge , 2:ott» eenlr la îDalbton n'ont fatct le bien tamaif.

Cette inscription eût consacré une erreur, si elle n'eût pas été elle-même une autre erreur. Elle n'a rien d'ancien : elle fut composée par un habitant de Compiègne, en 181 1, époque où la porte du Vieux-Pont fut démolie. Elle n'a jamais figuré sur la façade de cette porte. {Nouvelliste du %o mars i838.)

l88 RÉSIDENCES ROYALES.

«( fosse dudit boulevard. » Cette déposition est précise. Jeanne d'Arc était sur la rive de l'Oise opposée à la ville de Compiègne , à côté de Margny; et Ton voit sUf le plan de 1637, le boulevard dont elle parle, les fossés du boulevard , le moulin et la bastille qui défendaient la tête du pont; enfin, la barrière dont la herse fut baissée au moment où la Pucelle allait la franchir. Le chemin de fer traverse aujourd'hui ce lieu tristement célèbre.

Guillaume de Flavy, gouverneur de Compiègne, fut accusé d'avoir fait à dessein fermer la barrière devant Jeanne d'Arc. Les uns disent qu'il était vendu aux Anglais ; d'autres prétendent qu'il était jaloux de la gloire et de l'ascendant de la Pucelle, dont les avis prévalaient sur les siens. C'est un de ces problèmes dont abonde l'histoire de Jeanne d'Arc. Quelques historiens, Villaret, entre autres, ne trouvent point de preuves suffisantes pour attribuer ce crime au gouverneur de Compiègne ; cependant, si les apparences suffisaient pour établir une opinion, Guillaume de Flavy, homme peu recommandable d'ailleurs, échapperait difRcilement aux odieux soupçons qui planent sur sa mémoire.

Le bâtard de Vendôme céda son illustre prisonnière à Jean de Luxembourg, qui l'emmena dans son camp, à Margny, où elle fut confiée à

CHATEAU DE COMPlÈGN£« 1 89

une garde nombreuse. Le duc de Bourgogne \oulut la voir; il lui adressa quelques paroles de condoléance, et la laissa au pouvoir de Jean de Luxembourg, qui ne rougit pas de la vendre aux Anglais, pour une somme de trois mille écus et une pension de cinq cents francs '. Les Anglais, heureux de tenir entre leurs mains la jeune fille qui les avait plus d'une fois vaincus, firent des

feux de joie C'était le prélude des flammes

plus sinistres qui devaient bientôt éclairer la place publique de Rouen !

De Margny, Jeanne d'Arc fut transférée d'abord dans la tour de Beablieu ^; plus tard, dans la

' « De là Bouiguignos et Anglois Se vindrent Compiègoe assiéger Où la Pucelle et les Françoys T arrivèrent sans targier.

Lors au coqflict et par sarprinse , ^

Gomme chascun tiroit arrière, La dicte Pucelle fufprinse Par ung Pieart, près la. barrière.

Le dict Picart si la bailla :

A Luxembourc lec]assistant , Qui la vendit et rebailla Aux Angloys pour argent contant.

Si en firent après leurs monstres Gomme ayant très fort besoigné. Et ne l'eussent donnée pour Lolidres Car cuidoient avoir tout gagné ! »

{Figilles de Charles FIL Martial de Pans.) * Sur la route de Noyon à Nesles.

igO RÉSIDENCES ROTALES.

prison de Beau revoir. Là, les plus tristes pensées venaient l'assiéger; elle se demandait ce qu'allait devenir cette ville de Compiègne qu'elle aimait tant, et qu'elle avait vainement cherché à défendie : « Comme Dieu, disait-elle, layra-t-il mourir ce ces bonnes gens de Compiègne, qui ont été et «c sont si loyaux à leur seigneur ?» Quelquefois, elle s'étonnait, sans oser s'en plaindre, de l'oubli dans lequel la laissait le roi, qu'elle avait conduit vainqueur à Reims ; et sur la nouvelle qu'elle avait été livrée aux Anglais, elle s'élança tlu haut de la tour où elle était renfermée, et tomba presque morte: relevée par des religieuses et rappelée à la vie, elle resta trois jours sans vouloir prendre de nourriture. L'infortunée n'avait que trop bien pressenti le sort que lui réservaient des ennemis impatients de se venger et d'anéantir l'être surnaturel dont ils redoutaient encore le mvstérieux ascendant. Il n'entre point dans le plan de notre livre de suivre ce mémorable procès dans ses longs développements : nous ne lui emprunterons que les détails relatifs au siège de Compiègne, et aux premiers jours de la captivité de Jeanne d'Arc :

alnterroguées'elle fut longuement en celle tour de Beaurevoir : respond qu'elle y fust q^uatre mois ou environ ; et dist, quand elle sceust les Anglois venir, elle fut moult courroucée, et toutes voies

plusieurs fois ses voix lui défendirent qu^elle ne saillist ; et enfin par la crainte des Anglois, sailli et se commeuda à Dieu et à Nostre Dame, et fut ble* cée. Et quant elle eusl sailli, la voix sainte Katherine lui dit qu'elle fist bonne chière^ et qu'elle gariroit , et que ceulx de Compiègne auroieut secours.

Item, dit qu'elle prioit tousjours pour ceux de Compiègne, avec son conseil.

Interroguée s'elle dist point qu'elle aimast mieulx mourir que d'estre en la main des Angloys : respond qu'elle aymeroit mieulx rendre l'âme à Dieu que d'estre en la main des Angloys.

Interroguëe s'elle avoit ung cheval, quand elle fut prinse, coursier ou haquenée : respond qu'elle estoit à cheval , et estoit un demi-coursier celuy sur qui elle estoit, quant elle fut prinse.

Interroguëe premièrement quelle fut la cause pourquoy elle saillit de la tour de Beaurevoir : respond qu'elle avoit ouy dire que ceulx de Compiègne, tous jusques à l'âge de vu ans, dévoient estre mis à feu et à sanc, et qu'elle aymoit mieulx mourir que vivre après une telle destruction de bonnes gens; et fut l'une des causes. L'autre qu'elle sceust qu'elle estoit vendue aux Angloys, et eust eu plus cher mourir que d^estre en la main des Angloys, ses adversaires.

Interroguée si ce sault, ce fut du conseil de ses

iQ'i RESIDENCES ROYALES.

voix : respond, saincte Katlierine luydisoît presque tous les jours qu'elle ne saillist point, et que Dieu luy aideroit, et mesmes à ceulx de Compiègne; etladicte Jehanne dist à saincte Katherine: « Puisque Dieu aideroit à ceulx de Compiègne, elle a y vouloit estre. Et saincte Katherine luy dist : « Sans faulte, il fault que prenés en gré, et ne « sériés point délivrée, tant que aies veu le roy des a Angloys. » Et la dicte Jehanne respondit : «Vraye- « ment! je ne le voulsisse point veoir : j'aymasse a mieulx mourir que d'estre mise en la main des <c Angloys. »

Interroguée s'elleavoit dit à saincte Katherine et saincte Marguerite :« Laira Dieu mourir si maua vaisement ces bonnes gens deCompiègne^etc?» Respond qu'elle n'a point dit si roauvaisement; mais leur dit en celle manierre : « Comme laira a Dieu mourir ces bonnes gens de Compiègne , a qui ont esté et sont si loyaulx à leur seigneur! » Item, dit que, puis qu'elle fut cheue, elle fut deux ou trois jours qu'elle ne vouloit mangier; et même aussi pour ce sault fut grevée tant, qu'elle ne pou voit ni boire ni mangier; et toutes voies fut reconfortée de saincte Katherine, qui luy dist qu'elle se confessast, et requerist mercy à Dieu de ce qu'elle avoit sailli ; et que sans faulte ceux de Compiègne aroient secours dedans la Saint-Martin d'yver. Et adoncques se prins à

CHATEAU DE COMPIÈGNE. îg3

revenir, et à commencîer à mangier, et fui tantost guérie.

Interroguée ensuite par maistre Jehan de la Fontaine en ceste manière : « Par le serement « que vous avez fait, quant vous venistes derre- « nièrement à Compiègne, de quel lieu esties-vous « partie ? » Respond , de Crespy en Valois.

Interroguée quant elle fut venue à Compiègne, s'elle fut plusieurs journées avant qu'elle feist aucune saillie : respond, qu'elle vint à heure secrète

du matin, etentra en la ville, sans cequesesanemis le sceussent gueires, comme elle pense; et ce jour mesmes, sur le soir, feist la saillie dont elle fut prise.

Interroguée se à la saiilie, l'en sonna les cloches : respond, se on les sonna, ce ne fut point à son commandement ou par son sceu; et n'y pensoit point; et si, ne lui souvient s'elle avoit dit que on les sonnast.

Interroguée s'elle fist celle saillie du commandement de sa voix : respond que en la sepmaine de Pasques derrenièrement passé, elle estant sur les fossés de Meleun, luy fut dit par ses vois, c'est assavoir, sainte Katherine et sainte Marguerite, qu'elle seroit prise avant qu'il fust la saint Jehan, et que ainsi failloit que fust fait, et quelle ne s'esbahist, et print tout en gré, et que Dieu lui aideroit.

194 RESIDENCES ROYALES.

Interroguée^ se ses voix lui eussent commandé qu'elle fîst saillie et signifié qu'elle eust esté prinse, s'elle y fust allée : respond, s'elle eust sceu l'eure, et qu'elle deust estre prinse, elle n'y fust point allée voulentiers, toutes voies elle eust fait leur commandement en la fin, quelque chose qui luy dust estre venue.

interroguée se, quant elle fit celle saillie, s'elle avoit eu voix de partir et faire celle saillie : respond que ce jour nesceutpointsaprinse,etn'eust autre commandement de yssir; mais tousjours luy avoit esté dit qu'il failloit qu'elle feust prisonnière.

Interroguée se , à faire celle saillie, s'elle passa par le pont : respond qu'elle passa parle pont et par le boulevart , et ala avec la compaignie des gens de son party sur les gens de monseigneur deLuxambourg, et les rebouta par deux fois jusques au logeis des Bourguegnons, et à la tierce fois jusques à my le chemin, et alors les Anglois, qui là estoient, coupèrent les chemins à elle et à ses gens, entre elle et Le boulevart ; et pour ce, se retrairent ses gens; et elle en se retraiant es champs en costé, devers Picardie, près du boulevart, fut prinse; et est oit la rivierre entre Compiègne et le lieu où elle fut prinse; et n'y avoit seulement entre le lieu où elle fut prinse et Compiègne, que la rivière, le boulevart et le fossé dudit boulevart. »

CHATEA.U DE GOMPIÈGNE. IqS

Cet interrogatoire, auquel présidèrent le fanatisme, là vengeance et la peur, fut suivi de la mort de Théroïne. Le bûcher qui dévora sa noble vie attestera pour jamais la honte et la cruauté des Anglais!

La patrie et la religion sont deux choses si pures , si saintes, si dignes de la vénération des hommes, que tout ce qui semblerait toucher à la gloire des âmes qu'elles inspirent, pourrait être mis au rang des sacrilèges. Cependant l'historien n'a-t-il pas le droit , ne doit-il pas avoir le courage de dire toute sa pensée? Loin de moi la détestable intention de ternir l'auréole qui brille autour du front de Jeanne d'Arc : elle croyait, elle était de bonne foi; mais lorsque l'on considère l'état désespéré où se trouvait le royaume, les factions qui le déchiraient, le peu de discipline qui existait entre les chefs de l'armée, la mollesse où s'endormait Charles VII, le découragement universel qui s'était emparé des esprits sous le joug de l'invasion étrangère, ne serait-il pas permis de penser, qu'après avoir épuisé sans succès tous les moyens humains , on eut recours au merveilleux pour frapper les imaginations , et pour relever les courages ? que les plus habiles conseillers de Charles VII ont exploité la candide exaltation de la jeune inspirée, pour persuader au peuple que Dieu lui-

196 R£SlD£irC£S ROYALES.

rnéiue combattait pour la France? qu'enfin, à l'insu de la Pucelle elle-même , la politique a divinise avec autant d'art que de bonheur une mission fondée sur des rêves et sur des voix mystérieuses qui se faisaient entendre pendant la nuit?

Aime-t-on mieux croire que l'air de vérité, le ton d'inspiration de Jeanne d'Arc aient imposé à tous ses contemporains au point de s'imaginer, comme le comte d'Armagnac ', qu'elle avait des

' Lettre de Jeanne d*Arc , datée de Compiègne , aa août i43o. (Quicherat, I, 146.)

t Jhesus >{< Maria. Conte d*Armignac , mon très chier et bon ami , Jehanne la Pucelle tous fait savoir que vostre message est venu par devers moy , lequel m'a dit que Faviés envoie par deçà pour savoii' de moy auquel des trois papes ^ que mandez par mémoire, vous devriés croire. De laquelle chose ne vous puis bonnement faire savoir au vray pour le présent, jusques à ce que je soye à Paris ou ailleurs, àrequoy ; car je suis pour le présent trop empeschiée au fait de la guerre j mes quant vous savez que je seray à Paris, envoiez ung message par devers moy , et je vous feray savoir tout au vray auquel vous devez croire , et que en aray sceu par le conseil de mon droiturier et souverain seigneur , le roi de tout le monde , et que en aurez à faire, à tout mon pouvoir. A Dieu vous commans ; Dieu soit gai*de de vous. Escript à Compiègne, le xxii' jour d'août. »

Le comte d'Armagnac demandait très-sérieusement à Jeanne d'Arc de vouloir bien prier Jésus-Christ de l'éclai-

CHATEAU DB COMPjàcSE. 197

rapports secrets avec le ciel ? Mais aloi^ comment concilier cette admiration religieuse de la cour de Charles Yll pour la Puceile victorieuse, avec l'inexcusable oubli que Charles VIT témoigna pour la Puceile prisonnière? Ce ne serait pas, il est vrai, la première fois que des rois se seraient montrés ingrats, dansia prospérité, envers ceux-là même qui les ont le mieux servis dans les mauvais jours. Maïs Jeanne d'Arc n'était point dans lès conditions des serviteurs ordinaires : aux yeux du pays c'était une inspirée, une envoyée de Dieu ; or, dans ces temps de superstition, si Charles VII en eût été bien persuadé lui-même, il eût Fait, sinon par reconnaissance, au moins par piété , quelques efTorls pour arracher aux flaùnmes du bûcher celle qui , comme chargée d'une mission divine, avait replacé la couronne sur sa tête. 11 crut avoir payé sa dette et celle de la France en donnant à sa famille des lettres de noblesse, le surnom de Lys et des armes à couronne d'or. Réparation posthume, stériles parchemins^ vains hochets, qui n'effaceront pas du nom de Charles Vil cette tache d'ingratitude et d'oubli, tandis que le nom de Jeanne d'Arc brillera pur comme un rayon du ciel. Oui, ce sera

rer, et de lui faire connaître lequel des trois était le vrai pape : de Martin V, de Benoit XIY ou de Clément Vil,

igS RÉSIDENCES ROYALES.

toujours un des plus beaux souvenirs de notre histoire^ qu'une pauvre jeune fille ait quitté, à la voix de Dieu 9 le hameau qui l'a vue naître, pour se consacrer à un prince malheureux , et que , l'oriflamme dans une main, une ëpée dans l'autre , cet ange de la patrie ait ramené la victoire, replacé le roi sur son trône, et vaincu les oppresseurs de son pays ^

Revenons sous les murs deCompiègne; nous y verrons le duc de Bourgogne , assisté des Anglais, presser les travaux du siège avec la plus grande activité, s'emparer, malgré le courage des habitants^ du boulevard qui défendait le pont, et porter la terreur au sein de la cité.Tout à coup il apprend la mort de Philippe de Brabant, son cousin , dont il se prétendait l'unique héritier, malgré les droits de sa tante, la comtesse de Hainaut. La souveraineté des Pays-Bas était pour lui un appât plus séduisant quela prise de Com-

' Après la mort de la Pucelle ^ une aventurière prit son nom en Lorraine , et soutint hardiment qu'elle avait échappé au supplice. Ce qui est plus étrange, ajoute Voltaire, c'est qu'on le crut, et qu'un M. des Armoises l'épousa. Cette anecdote , plus sans doute que le désir de disculper Charles VII , amena un père Vignier à prétendre qu'en effet, sur le bûcher de Rouen , on avait substitué un mannequin à Jeanne d'Arc, et que la Pucelle , devenue épouse et mère , avait vécu de longues années.

CfiATEA^U DE OOMPIEGNf. 1 99

piègne : il laisse le commandement de son armée à Jean de Luxembourg, et part pour aller recueillir son nouvel héritage.

Jean de Luxembourg, chargé en chef de toutes les opérations du siège, fit travailler sans relâche à la grande bastille devant le pont; en même temps, on en construisait deux autres au bord de la rivière, du côté de Noyon ; puis il passa le pont en face de Venète, où il laissa le comte de Huntingdton avec l'armée anglaise, et alla se loger à l'abbaye de Royal-Lieu.

Un autre fléau menaçait la ville : c'était la famine. Dans cette pénible situation, les habitants de Compiègne s'adressèrent au roi pour implorer du secours, et, au mois de décembre i43o, le roi leur envoya le maréchal de Boussac, accom^ pagné du comte de Vendôme^ messire Jacques de Chabannes ^ Pothon de Xaintrailles, messire Regnault de Fontaines, et de plusieurs autres vaillants capitaines , avec 49OO0 combattants environ. Ils vinrent s'établir dans la ville de Vei^ berie. Ils amenaient avec eux» foison de vivres et grand nombre de paysans, qui avoient plusieurs instruments, coignées, scies, serpes, boyaux, et autres pareils outils, pour refaire et réparer les chemins, » que les assiégeants avaient défoncés ou barricadés avec des arbres jetés en travers.

aOO RESIDENCES ROYALES.

Les Anglais, en apprenant l'arrivëe d'un tel ren-^ fort, délibérèrent afin de décider si l'on devait aller au-devant de l'ennemi , ou simplement se tenir sur ses gardes et le voir venir. Ils prirent le parti d'attendre de pied ferme les Frsmçais.

Le maréchal de Boussac s'occupa de partager son monde : cent combattants furent dirigés vers Choisy, avec des vivres qu'ils devaient s'efforcer de faire passer dans Compiègne. Pothon de Xaintrailles, avec trois cents combattants, marcha vers Pierrefonds; enfin, le maréchal et le comte de Vendôme , avec toutes leurs forces , s'en allèrent passer entre l'Oise et la foret, et se mirent en bataille à la distance de plus d'un trait d'arc de l'ennemi. Les Français étaient presque tous à cheval ; les Anglais et les Bourguignons, au contraire, étaient presque tous à pied.

« Les assiégés, dit Monstrelet, saillirent alors en très-grand nombre hors de leur ville avec échelles et habiilemens de guerre, et de grand courage allèrent assaillir la grand'bastille où étoient messire Jacques de Brimeu , maréchal de Bourgogne , le seigneur de Créquy et les autres qui très vigoureusement se défendirent, et de fait les reboutèrent bien arrière de leur dite bastille. » Pothon de Xaintrailles, débouchant de la

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foret par le grand chemin de Pierrefonds, s'empara de la bastille défendue par les Bourguignons. Vingt-huit hommes de guerre furent tués du côté des Bourguignons dans cette affaire partielle. Parmi les principaux^ on citait le seigneur de Lignières, chevalier^ Archambaut de Brimeu, Guillaume de Poiili, Ducot de Sonis, Lvonnei de Touteville : d'autres furent faits prisonniers et menés devant G^mpiègne, notamment Jacques de Brimeu^ le seigneur de Créquy, messire Florentin de Brimeu , Ârnoul de Créquy, et Collart de Bertancourt. Ce succès permit au maréchal de Boussàc et au comte de Vendôme d'entrer dans Compiègne, où ils furent reçus comme des libérateurs; la disette, qui se faisait cruellement sentir , ne put empêcher les habitants de leur témoigner leur joie et leur reconnaissance.

Le comte de Huntidgdton et Jean de Luxem* bourg assemblèrent tous les capitaines anglais et bourguignons, afin de savoir ce que l'on ferait le lendemain. On convint en somme que pour la nuit chacun se retirerait en son logis; les chefs et soldats se coucheraient tout armés; le lendemain , on se mettrait en bataille devant la ville. Mais, pendant la nuit, les assiégeants découragés commencèrent à lever le siège , « et à déloger sans trompette, dit Monstrelet,

^02 RESIDENCES ROYALES.

pour eux en aller où ils purent le mieux. ^ Quoi qu'il en soit , le lendemain , ce qui resta d'Anglais et de Bourguignons se mit en bataille; mais les Français, informés que la plupart de leurs ennemis s'étaient sauvés pendant la nuit, se dirigèrent vers l'abbaye de Royal-Lieu : ils y trouvèrent des vivres et firent bonne cbère. Le courage revenant avec Jes forces, ils se portèrent vers le pont de Venète, et là, sous les yeux des ennemis, qu'ils accablaient d'injures, ils le rompirent et en précipitèrent les débris dans la rivière.

Anglais et Bourguignons se sauvèrent alors du côté de Noyon, « délaissant honteusement en leur logis et en leur grosse bastille, très grand nombre de grosses bombardes, canons veuglaires, serpentines, coulevrines et autres artilleries \ » Jean de Luxembourg etHuntingdton allé* rent coucher à Mont-l'Évêquë près Senlis*. Com-

' Monstrelet.

' Mont-l'Évéque. Ce château appartient à M. de Pontalba. Près de là est le château de la Fictoire , qui a remplacé l'abbaye fondée sous ce nom et dans ce heu, parce que le courrier de Philippe- Auguste , qui annonçait la victoire de Bouvines, y rencontra le courrier du dauphin, qui annonçait lui-mém*e au roi son père la nouvelle d'un succès qu'il avait remporté.

CHATJSAU DE COMPIÈGNE. ao3

piègne, délivré par le courage de ses habitants ' et par de vaillaDts capitaines qui l'avaient secouru j s'applaudit d'avoir si noblement vengé la Pucelle.

C^tte victoire fit rentrer les villes voisines sous l'autorité du roi; et les Dunois, les Lahire, les Richemont^ les Xaintrailles^ eurent enfin la gloire de chasser les Anglais , qui croyaient avoir dé* truit un charme fatal en brûlant honteusement la. sorcière de Compiègne, Alors, comme aujourd'hui , il était en France un autre charme , un charme que rien ne peut détruire, l'amour de la patrie !

Le connétable de Richemont s'étant rendu à Compiègne, retira les fonctions de gouverneur à Guillaume de Fia vy y contre lequel pesait toujours le soupçon d'avoir trahi Jeanne d'Arc. Sa femme avait d'autres reproches à lui faire : c'était l'audacieux désordre de sa conduite domestique. Décidée à se venger, elle gagna le barbier de son mari, qui , un jour, en lui faisant la barbe, lui coupa la gorge. Comme il n'était pas encore mort, elle l'acheva en l'étouffant sous un oreiller.

* Mézeray a conservé Tempreinte d'une médaille frappée en mémoire de la victoire de Charles YII. Compiègne était représenté avec cette devise : Carlopolis obsidione liberata, cœsis et fugatis hostibus.

2o4 RIÉSIDENCES ROTALKS.

Elle aiu^ait pu être plus indulgente, car elle avait un complice, le capitaine Pierre Louvain, avec lequel elle prit la fuite.

A la nouvelle de la mort de Guillaume de Flavy, les habitants de Compiègne firent des feux de joie, et le pendirent en effigie aux murailles de la ville. On lui donna pour successeur^^amaches , dont le courage avait , dëjà sous Charles YI, défendu cette place ^ et qui , sous Charles VU , dans un combat contre les Anglais, après la prise de la Pucelle, ayant aperçu la bannière du comte d'Arundel, s'était élancé sur le chevalier qui la portait, Tavait tué, s'était emparé de la bannière et l'avait tenue déployée pendant tout le temps du combat. Le seigneur de Gamaches portait haut le sentiment de l'honneur : on peut en juger par l'anecdote suivante, qui a bien la couleur de son époque :

a Un chevalier nommé P^rrin Templot, ayant donné des témoignages de poltronnerie, Gamaches se rendit auprès du roi, dont il obtint le consentement pour instruire le procès de cet indigne chevalier.

« Arrivé à Compiègne , il ordonne de se saisir de Perrin et de le conduire en prison. Tous les chevaliers de sa compagnie furent établis pour juges, parmi lesquels on comptait Pons du Châtel , François de Fougère , Antoine de Lan-

CHATEAU DK COMPIÈGNE. ao5

noi, Fuouis de Trie, Antoine de Beaujeu, Nicolas de Saînt-Àignan, Nicolas de Dampierre, Jean dHion , Pardeac de Foix , Robert Tesson , Geoffroi de Courci, Guillaume de Rochefort , Mery dé Lusignan, Claude de Tourville, Louis de Roye, Henri de Sourdeval, tous noms qui rendaient ce tribunal respectable. Les chevaliers de toutes les provinces de France voulurent être témoins de ce spectacle. On vit arriver vingt seigneurs normands avec une suite brillante et des vivres. La foule était si grande, qu'on avait peine à trouver des logements et les choses nécessaires à la vie. On fut obligé de dresser des tentes hors des nuirs. Dès queGamaches et les autres chevaliers eurent pris leur place, on fit comparaître l'accusé, qui fut aussi tremblant et aussi timide devant ses juges qu*il l'avait été devant l'ennemi. Il fondait en larmes , poussait de profonds sanglots, suppliant de lui laisser la vie. Après que Gamaches lui en eut fait la promesse, il fit l'aveu de sa poltronnerie, et confessa que, dans le péril, maîtrisé par la peur, il avait abandonné son chef. Les chevaliei's le firent retirer pour aller aux opinions. Les avis unanimes furent qu'il serait dégradé de noblesse et du titre de chevalier, que son nom serait biffé de la liste de ceux qui doivent service militaire au roi.

«Voici comment cette dégradation fut exécu-

2o6 RÉSIDENCES ROYALES.

tée. Perrin, armé de toutes pièces, comparut accompagné de deux hérauts d'armes; et, suivi du bourreau, il monta sur un écbafaud. Un des hérauts lui ôta ses cuissots, en lui disant : « Écoucr tez et voyez comment notre sire châtie les lâ- « ches. » Le bourreau, à coups de hache, mit les cuissots en pièces, ainsi que ses éperons. Après avoir biffé son écusson, il lui versa un bassin plein d'eau chaude sur la tête. On lui attacha une quenouille entourée de lin , qui lui fut ôtée par le valet du bourreau. On le descendit de dessus Féchafaud, et les clercs qui étaient au bas l'enlevèrent dans un drap mortuaire, et récitèrent les prières pour les trépassés. C'était être mort que d'avoir perdu l'honneur. Quand on l'eut tiré du drap , il fut conduit dans toutes les rues et places publiques de la ville , et , arrivé aux portes, le bourreau lui donna un coup de pelle sur le derrière , et le laissa aller^ accompagné de la honte et du remords. Cette punition parut nu peu sévère; mais Gamaches répondit « moult franchement j que quand couard y avoit^ mestier estoit de le deschasser ^ pour ce que méchante graine estoit^, »

Vers ce temps, un des plus illustres prison-

' Notice biographique du sire de Gamaches.

niers faits à la bataille d'Azincourt, revoyait la France après vingt-cinq ans de captivité en Angleterre, et s'arrêtait à Compiègne : c'était Charles d'Orléans, célèbre comme poète et comme père d'un des meilleurs de nos rois. Dès i^Sny la duchesse de Bourgogne s'était employée activement pour obtenir la liberté du prince français; mais les Anglais multipliaient sans cesse les obstacles. Pour adoucir les ennuis de sa longue captivité, il aimait à rapprocher par l'imagination le moment de la paix qui devait le ramener sous le ciel de la patrie, et il exprimait ainsi ses poétiques vœux :

Priez pour paix , doulce vierge Marie , Royne des cieux et du monde maistresse ; F|aictes prier , par vostre courtoisie > Saints et saintes , et prenez vostre adresse Vers vostre filz , requérant sa haultesse Qu*il lui plaise son peuple regarder , Que de son sang a voulu racheter , £n desboutant guerre qui tout desvoye.

De prières ne vous veuilliez lasser :

Priez pour paix, le vray trésor de joye'.

Priez, prélats, et gens de sainte vie, Religieux , ne dormez en peresse ; Priez, maistres , et tous suivans clergie , Car par guerre faut que l'estude cesse. Moustiers détruits sont , sans qu'on les redresse,

io8 RÉSIDENCES ROYALES.

Le 9ei*vice de Dieu vou» faut laissier Quant ne povez en repos demourer.

Priez si fort que briefment Dieu vous oye ; L'Ëglise voult à ce vous ordonner ; Priez pour paix , le vray trésor de joye.

Priez j princes qui avez seigneurie ,

Rois, ducs, contes, barons plains de noblesse,

Gentilz-hommes avec chevalerie ;

Car meschans gens surmontent gentillesse ,

£n leurs mains ont toute vostre richesse.

D^atz les font en faaulc estât monter ;

Tous le povez chascun jour veoir au cler ,

Et sont riches de voz biens et monnoye ,

Dont vous deussies le peuple supporter.

Priez pour paix, le vray trésor de joye.

Priez , peuple qui souffrez tirannie :

Car vos seigneura sont en telle foiblesse Qu*ilz ne pevent vous garder par mestrie, Ne vous aider en vostre grant deti*esse. Loyaulx marchans la selle si vous blesse , Fort sur le dos chascun vous vient presser £t ne povez marchandise mener :

Car vous n*avez seur passage ne voye Et maint péril vous convient-il passer.

Priez pour paix, le vray trésor de joie.

Priez, galans , joyeulx en compagnie Qui despendre desirez à largesse ; Guerre vous tient la bourse desgamie.

Priez, amans qui voulez en liesse Servir amours; car guerrç par rudesse

CHATEAU DB GOMPIÈGITE. 209

Vous destourbe de vpz dames hanter , Qui maintes foiz fait leur vouloirs tourner : Et quant tenez le bout de la courroye, Ung esti'angier si le vous vient oster. Priez pour paix^ le vray trésor de joye.

Dieu tout puissant vous vueille conforter Toutes choses en terre , <îiel et mer ! Priez pour lui que brief en tout pourvoye , En lui seul est de tous maulx amender : Priez pour paix le vray trésor de joye.

Enfin, le ai mai i4%9 l^s Anglais signèrent le traité qui brisa les fers de Charles d'Orléans. Le retour de ce prince à Gravelines, à Saînt-Omer, à Compiègne, fut célébré comme une fête publique. Compîègne, qui se souvenait d'avoir été témoin du mariage de ce prince, Taccueillit avec le plusafTectueux empressement, et, selon l'usage, lui présenta un tonneau de vin de Beau ne. On n'avait pas mieux fait pour le roi ; seulement, on avait offert au dauphin un gobelet d'argent doré '•

Ce jeune prince, depuis Louis XI, trahissait de bonne heure sesanimosilés jalouses et cette coupable ambition qui devait jeter tant d'amertume sur les jours de Charles VII. Pour airêter les

' Comptes de la ville de ^ompiègne.

aïO RESIDENCES ROYALES.

progrès des odieuses intrigues de son fils, le roi écrivit à ses bonnes villes du royaume. Il les invitait à se mettre sur leurs gardes; il faisait un appel à leur dévouement. Compiègne ne pouvait être oublié :

ic Et pour ce que la ville de Compiègne (dit la lettre du roi) est située sur la rivière d'Oise, laquelle est une clef du pays, et mené au lez les pays du duc de Bourgogne, il manda et escrivit au seigneur de Moy, bailly de Vermandois, lequel estoit capitaine de ladite ville, qu'il la gardast et consei*vast bien, et que d'icelle il n'en partit point, jusques à ce qu'il lui feroit sçavoir. »

Deux ans après , à l'occasion de la naissance du premier enfant du dauphin, Charles VII, dans une lettre de félicitation , lui recommandait de ne rien faire de nature à courroucer Dieu. Voici cette lettre, datée de Compiègne, le 7 août i458 :

« Très chier et très amé fils , nous avons reçu les lettres que écrites nous avez, faisant mention que le î»7* jour de juillet dernièrement passé, 4

notre très chière et très amée fille la dauphine fut délivrée d'un beau Hls, de laquelle chose nous avons esté et sommes bien joyeux, et nous semble bien que tant que Dieu nostre créateur vous

CHATEAU DE GOMPIÈGNE. 211 I

donne plus de grâces^ de tant plus devez louer et mercier, et garder de le courroucer, et en toutes choses accomplir ses commandements.

<c Charles. »

C*est le dernier séjour que Charles VII fit à Compiègne.

Ce prince fit ajouter au palais de Charles V plusieurs appartements que Ton distinguait encore au seizième siècle, dit don Grenier, par les armoiries de Charles VII , gravées sur cuivre et sur plomb y qu'on avait attachées à l'extrémité des poutres. Cependant ce monarque préférait au château de Compiègne la résidence de Meunsur-Yèvre : c'est là qu'entouré d'un très-petit nombre de serviteurs fidèles^ il croyait échapper aux tentatives d'empoisonnement de son fils; mais , sans cesse tourmenté de ces funestes craintes, il se laissa, dit-on, mourir de faim. Le château de Meun avait été le confident de ses premières amours et de ses premiers plaisirs; il fut le témoin de sa mort.

CHAT£1U OK COMIMÈCNE. ai 3

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