CHAPITRE IV
DE LOUIS XI A gRNIVI IV.
Louis XI, qui avait afTecté une honteuse parcimonie dans les funérailles du roi son père, étala plus de luxe dans les fêtes qui suivirent son couronnement : il voulait briller aux yeux de Philippe-le-Koo, qu'il avait convié à ces joyeuses solennités. De Paris, le duc de Boui^gogne, re* tournant dans ses états, passa par Gompiègne, « ou il fut reçu le mieux que ton peult. » Celte ville n'eut que deux ans plus tard l'honneur de voir le roi. Les beautés de la forêt de Cuise n'eurent pas moins d'attraits pour lui que pour ses prédécesseurs : mais, comme eux, il n'invitait pas toute sa cour à ses augustes distractions. Ja-
2l4 RÉSIDENCES ROYALES.
loux du plaisir de la chasse, auquel il se livrait avec ardeur % et impatient de se venger des railleries de la noblesse qui se moquait a de ses manières cbiches, de son poure accoutrement et de son goût aux petites gens, ».il fit publier à Compiègne, en i463, un règlement dicté par l'ègoïsme et la haine. « Loys, roi de Franche, dit Duclerq, ordonna par toute l'Isle de Franche et environs, brûler tous les rets, fillets et engins, qui appartenoient à la chasse et vollerie, tant pour prendre grosses bétes, lièvres, lapins, perdrilx, faiseans, et autres bestes et oiseaux; et n'y en eust nuls à qui on ne lesbruslast, fuissent nobles, chevaliers ou barons, réservé à aucunes garennes des prinches de Franche. Et pareillement, comme on disoit, avoit fait faire par tout son royaume, et là où il avoit esté. Et moi, estant à Compiègne^ en vis plusieurs ardeoir : la cause pourquoy il le faisoit, estoit, comme on disoit, que la pluspart de son deduict estoit en chasserie et vollerie. »
Cette ordonnance mécontenta vivement les grands seigneurs; mais il semblait qu'à son avènement au trône, Louis XI prit plaisir à s'entourer d'embarras et de ressentiments. Il avait renvoyé les ministres de Charles VII, privé les grands vassaux de l'influence que la pragmatique leur
' Comines.
CHATBAIT DE GOMPlàGNE. 2l5
assurait dans lies élections du clergé; disputé au duc de Bretagne ses droits régaliens; en On, irrité le comte de Charolais , fils de Jean-le-Bon, son ancien ami, en rachetant les vHles situées sur la Somme. Toutes ces animosités devinrent, en s'amassant, la guerre et une guerre terrible, car le roi d'Angleterre s'unit au duc de Boui^ogne contre le roi de France. A cette nouvelle, Louis quitta le château d'Amboise, sa demeure de prédilection, pour venir s'établir à Compiègne, point intermédiaire entre la Flandre et Paris. A Tardeur de ses adversaires, ce monarque oppose son esprit d'intrigue et de ruse, et la fidélité de ses bonnes villes. La Picardie s'émeut, et les Bourguignons, en i465, vont porter le siège devant Beaulîeu. Le comte de Ne vers, enfermé dans Compiègne, aurait bien voulu aller les combattre; mais le peu de monde qu'il a avec lui ne lui permet pas d'entreprendre cette expédition. 11 se contente d'écrire au Chancelier de France, dont l'ascendant était connu dans ces contrées, de ne point s'éloigner :
« Monseigneur le Chancellier, je me recommande à vous. Je suis d'avis que devez donner provision aux villes de par delà, comme Amiens, Abbeville et autres, telle et si bonne, qu'aucun incon^vénient n'en adviengne. Des nouvelles, le
2l6 RESIDENCES ROYALES.
roy prospère fort, la mercy Dieu ! Le siège est dès mercredi devant lechastel de Bèaulieu, lequel est bien furny de gens de guerre, vivres et artillerie, et ne l'auront point sanscop férir; car dès le premier jour, ceulx de dedens tuèrent xv hommes de ceulx de dehors, et sy en perdent chacun jour plusieurs, et meismes du jour d'hier y ot deux hommes d'armes tuez. Monseigneur le Chancellier, je vous prie que toujours me voeuilliez faire savoir de vos nouvelles, et je le feray aussi de très bon cœur, à l'ayde de nostre Seigneur, qui soit garde de vous. Ëscript à Compiengne, le xxiii^ jour de juing. »
Le chancelier était ce Morevilliers qui, l'année précédente, avait été envoyé par Louis XI au duc de Bourgogne, avec le comte d'Eu et l'archevêque de Narbonne , pour lui demander compte des soupçons que sa cour avait répandus sur la loyauté des intentions du roi de France. Le chancelier portait la parole, lorsque le comte de Charolais témoigna par son impatience le désir de l'interrompre. « Je ne parle pas à vous, lui dit «Morevilliers d'un ton impérieux; votre père tt répondra. » Après l'audience, le comte de Charolais, retenant l'archevêque de Narbonne : <k Recc commandez-moi très-humblement ^ lui dit-il, a aux bonnes grâces du roi , et dites-lui qu'il m'a
CHA.TËA.17 DE COMPJÈGNË. 217
« bien fait laver la tête par son chancelier, mais «c qu'avant qu'il soit un an, il s'en repentira. » La bataille de Montlhéry et la prison de Péronne acquittèrent cette promesse. Louis XI était à Compiègne' en 1468, lorsque, entraîné par les conseils du cardinal de la Ballue, il s'était décidé à se rendre à Péronne, où l'attendaient la honte et la captivité.
Le cri de réprobation qui s'éleva de toutes les parties de la France contre la conduite du roi, détermina ce prince à convoquer les États à Tours. La ville de Compiègne députa à cette assemblée trois de ses notables : Jean Thibaut, Pierre de Ruissel et Regnault de Montdidier.
Les États de Tours, en déliant le roi de ses engagements, devaient nécessairement rallumer la guerre avec le Téméraire. « Le a6 du mois de janviei* 1470, le roi quitta Paris, dit Jean de Troyes, pour s'en aller à Senlis, à Compiègne et
' Le roi arriva à Compiègne le 20 juillet 1 468 : on lui présenta une queue de vin de Beaune.
«Ily a deslettres d'octroy de SaMajesté» dumois d'août 1 4^By portant que la ville de Compiègne sera marchande, et pourra fournir le grenier à sel devant tout auti*e , jusqu'à dix ans , à commencer de i47i> 6t aussi que la ville pourra prélever^ durant les dites dix années, a sous parisis pai* chascun minot de sel qui sera vendu au dit grenier, pour être employés aux réparations de la ville. » {Afss, de D. Grenier.)
2l8 RESIDENCES ROYALES.
autres lieux voisins, où estoit la pluspart de toute son armée pour batailler contre le duc de Bourgogne. Après luy, fut menée par ^eaue et par terre grande quantité de son artillerie, et menée à Compiègne, Noyon, et ailleurs au païs de Picardie et Flandres. Et puis fut crié à Paris, par les carrefours de laditte ville, à son de trompe, que tous les francs archers de l'Isle de France et aussi tous les nobles fussent prêts en leurs habillements, pour suivre et aller avec le roy en ladite armée. »
Pendant cette nouvelle lutte, il y eut des avantages et des revers pour les troupes du roi. La reddition d'Amiens, due au courage et à l'habileté d'Antoine de Chabannes, comte de Dammartin, donna à Louis XI l'occasion de remercier ce vaillant capitaine, par cette lettre du 8 septembre 1470, écrite de Compiègne : « Monsieur le grand maistre, j'ay receu vos lettres, que par le bailly de Caux m'avez escrites, dont je loue Dieu et Nostre-Dame, et connois bien le bon service que m'avez fait, et à jamais m'en ressouviendray, et de ceux qui ont esté avec vous, et au regard de ceux de la ville, toiit ce que vous leur avez promis, je le ratifieray, et les dons que vous avez faits, sortiront à etTect^ ainsy que verrez par les dons et rattifications que j'en feray, tout ainsy que vous avez promis, et
CHXTEkV DE GOMPIÈGNE. 2I9
sans aucune faute; et adieu, Monsieur le grand maistre. »
La ville de Compiègne fixait la soHicitude du roi : il voulait qu'elle fût fortifiée avec grand soin et pourvue d'une nombreuse garnison. 11 y envoya le comte de Dammartin, qu'il venait de nommer son lieutenant général sur les marches de Picardie. « Gardez-la bien, lui dit-il en partant , c'est une bonne place : qu'on désempare celles qui ne sont pas tenables, afin que les gens d'armes ne s'y perdent point. Au plaisir de Dieu et de Notre-Dame, nous recouvrerons bien tout après. Monsieur le grand maître, je vous prié d'aviser au moyen de frapper quelque bon coup sur le duc de Bourgogne, si vous pouvez le rencontrer à votre avantage. J'espère faire si bonne diligence de mon côté, que vous connollrez que, si j'y ai demeuré longtemps, je n'y ai pas chômé; et je pense avoir bientôt fait au plaisir de Dieu, et vous aller aider. »
La trêve de Senlis, du as mars i473, mit un terme à la guerre, permit à Charles-le-Téméraire d'aller chercher des ennemis hors du royaumede France, et à Louis XI de régler quelques afFaires de famille. Il maria ses deux filles : Anne, à Pierre de Beaujeu; Jeanne, à Louis d'Orléans, depuis Louis XU. Il aurait pu croire, au sein du repos dont il jouissait, que Notre-Dame d'Embrun,
aao RKSIDEWCKS ROYALES.
touchée de ses fréquentes prières, veillait sur sa destinée : le duc d'Alençon était en prison ; le comte d'Armagnac, le comte de Poix, le duc de Lorraine, le comte du Maine étaient morts; le duc de Nemours restait muet de crainte; la Bretagne ne demandait qu'à prolonger la paix, et une dou* ble union assurait à Louis la fidélité de la maison de Bourbon et de la maison d'Orléans«Mais il avait oublié trop vite le duc de Bourgogne, et il n'avait pas pensé qu'il eût quelque chose à craindre du connétable, comte de Saint-Pol. Charles-le-Téméraire s'était rapproché des frontières, et le connétable de Saint-Pol retenait , pour son propre compte, la ville de Saint-Quentin, dont il s'était emparé au nom du roi ; Louis XI pour échapper à ce double embarras, fit ouvrir, par s.on chan-» celier, des conférences à Gompiègne. « S'il est besoin que je vienne jusqu'à Creil, lui écrivait-il, le 21 décembre i473, j'y serai incontinent pour traiter, soit avec le duc de Bourgogne, soit avec le connétable. De Creil, j'irai, déguisé, en une nuit jusqu'à Gompiègne, pour parler avec notre prolonotaire^ et je reviendrai le lendemain. Jetez cette lettre au feu devant le porteur. »
Mais le plus redoutable de ses ennemis lui laissa le champ libre. Préoccupé du projet de fonder une monarchie indépendante, le Téméraire abandonna Sainl-Pol, et se dirigea vers Trêves,
CHATEAU DF COMPlteWE. asè I
pour y avoir une entrevue avec l'empereur Fré* déric III. Livré à lui-même, le connétable envoya des émissaires auprès de Louis XI, qui était à Compiègne. Ce monarque, ne se croyant pas encore assez sûr de perdre le rebelle, Feignit de lui pardonner; mais les pardons de Louis XI n'étaient que des vengeances ajournées... Et le 19 décembre 147S9 sur un écliafaud dressé en place de Grève, un homme agenouillé achevait sa dernière prière; et quelques minutes après, maître Petit-Jehan montrait au peuple la tête du connétable Louis de Luxembourg, comte de Sainl-Pol!
Le sort des combats le délivra bientôt aussi d'un rival dangereux; le Téméraire, vaincu par René, duc de Lorraine, disparut dans les marais de Nancy. Louis XI entrait à Compiègne par la porte de Pierrefonds, lorsqu'il apprit la mort du duc de Bourgogne. Dans sa joie, il ordonna d'élever en cet endroit une chapelle sous le nom de Notre^Dame-^e-Bonne^Nouifelle '.
Plusieurs documents prouvent que Louis XI séjourna quelquefois encore à Compiègne : ainsi, au mois de mai ]474> ^ ^^^^^ de cette résidence à M. Du Bouchage, pour calmer les révoltes qui s'étaient manifestées à Bourges; ainsi, on lit dans
* Charte île 1470.
222 RESIDENCES ROYALES.
un ancien manuscrit, qu'au mois d'août 147S9 « le roi estant à Gompiègne, en l'hostel de Jehan Morrelière, ouquel le dit seigneur étoit loge, commanda et ordonna de sa bouche, à Pierre Doriolle son chancellier, de sceller de son grand scel six blans en parchemins en double queue '. »
On voit que Louis XI logeait dans un hôtel particulier : c était conforme à ses goûts; il faisait d'ailleurs travailler au Palais, auquel il ajouta, dit-on, un corps de logis; mais il préférait les boixls de la Loire aux rives de FOise; il aimait le château d'Amboise^, qu'il n'abandonna que pour le Plessis-lez-Tours, où il acheva, dans les tourments de la peur et de la soufTrance, un r^ne mêlé de grandeur et dcbassesse, d'habileté et d'imprudence, de bonhomie et de cruauté, et qu'on ne peut traverser sans mettre les pieds dans le sang!
Charles YIII, qui avait passé tristement ses premières années dans le château d'Amboise, où il était obscurément élevé par sa mère, qui n'osait le caresser qu'en secret, et qui avaitordre de le laisser dans l'ignorance, songea, lorsqu'il fut devenu maître de ses volontés, à fuir la résidence
' Manuscrit de M. Ménard, ancienne bibliothèque des Celestius de Paris.
"" Voir les Résidences royales, Château d'Amboise.
CHATEAU DE GOMPlÈGNF. 2a3
qui lui avait servi de prison. 11 avait jetë les yeux sur Compiègne, où, encore enfant, il avait été amené, au mois de septembre i486, par madame de Beaujeu. Pendant ce séjour, la maison de Beaujeu se réconcilia avec le duc de Bourbon, qui paya cette réconciliation du sacrifice de plusieurs de ses plus fidèles serviteur^s, notamment de Comines^ seigneur d'Àrgenton. A cette même époque , la régente fit signer à Charles YIII, à Compiègne, l'ordonnance qui réunissait définitivement à la couronne les comtés de Provence et de Forcalquier. Les ducs d'Orléans et de Bourbon , les comtes de Clermont, de Montpensier et de Vendôme, le chancelier, l'archevêque de Bordeaux , les sires de la Trémouille et de Graville, et Briçonnet, général des finances, avaient signé cette ordonnance, dans lebut de contre-balancer l'influence de la régente ; ce qui n'empêcha pas Leduc René de dire que madame de Beaujeu avait tout fait, et de l'accuser de perfidie \
La ville de Compiègne désirait vivement que le roi donnât suite à l'intention qu'il avait manifestée d'habiter, d'agrandir, d'embellir le palais de Charles V; mais, devenu l'époux d'Anne de Bretagne, Charles VIll , sous l'empire de la jeune reine, abandonna ce projet; les tourelles d'Am-
• Godefroy, Histoire de Charles FUI.
a 24 RÉSIDENCES ROYALES.
boise étaient plus près de la Bretagne que la foret de Conipiègne ; les rives de l'Oise furent sacrifiées aux bords de la Loire. Mais ce prince avait de l'affection pour Conipiègne; il ne laissait échapper aucune occasion de le prouver: ainsi, par sa charte de i483, il confirma tous les droits des habitants dans laforéi de Cuise; ainsi , eu 149^ 9 il leur envoya un de ses écuyers pour leur annoncer la naissance du dauphin. Ils profitèrent de cette circonstance pour supplier la reine Anne de Bretagne de venir visiter la cité; et, le 1^^ avril i493, cette princesse fit son entrée à Compiègne sous un dais semé de fleurs de lis et d'écussons aux armes de France et de Bretagne. On lui offrit de riches présents achetés à Paris.
Malgré cet empressement flatteur, Anne ne parut plus à Compiègne; le voisinage de sa chère Bretagne l'attachait au château d'Amboise. Elle y retint son second mari, comme elle y avait fixé le premier; mais, avant son mariage avec la veuve de Charles YIII, Louis XII, à son retour de Reims ou il avait été sacré le 27 mai 149B, était venu passer le mois de juin à Compiègne. Pendant ce séjour, il fit une promotion de chevaliers de Saint- Michel % et, en reconnaissance du bon accueil
' On voyait à Tabbaye de Saint-Corneille un tableau qui représentait cette cérémonie.
GÙÀ.TEÀU DE (^OMPIÈgNE. ^^5
qu'il a^ait reçu, il confirma tous les privilèges accordés à la ville pai' Charles VII \
Déplus grandsintérétspréoccupaientLouisXII.
Jaloux de faire valoir ses droits sur le Milanais, droits qu'il tenait de Yàlentine , son aïeule, il lève une al*mëe, passe les Alpes, fait Une entrée solennelle à Milan. L'armée française s'empara également de Naples;mais il craignait que Maximilien, roi des Romains, et l'archiduc Philippe d'Autriche, son fils, gouverneur des Pays-Bas, ne prissent parti pour l'Italie. Il envoya le cardinal George d'Amboise, avec une suite pompeuse, pour traiter avec le rot des Romains. Le i3 octobre i5of, un arrangement fut conclu à Trente, où tout était sacrifié au désir de se voir garantir l'investiture du duché de Milan.
Pendant cette négociation, Ferdinand et Tsabelle-la-Catholtque avaient invité l'archiduc Phi* lippe d'Autriche à venir en Espagne leur faire une visite. Instruit de ce projet, Louis XII envoya le sire de Belleville à Bruxelles, pour proposer à l'archiduc de faire ce voyage par terre et de traverser la France. Philippe accepta; il était accompagné de sa femme, à laquelle le roi avait attaché la duchesse de Vendôme pour lui faire les honneurs du pays.
' Chartes, 149S.
OL^tÔ RÉSIDENCES ROYALES.
Au mois de novembre i5oi, le duc et la duchesse entrèrent dans Compiègne aux acclamations des habitants \ On les logea dans le Château , où il y eut grande réception. « Le dimanche, Tarchiduc et Tarchiduchesse aHèrent ouyr la messe à Saincte Corneille^ laquelle fut chantée par les chantres; et estoit ledit seigneur accompagné de M. de Ligny; et estoit Tarchiduchesse sur sa hacquenée houssée de drap d'or, et avoit ladite dame une robbe de satin violet fourrée de martes ; et après elle estoit madame de Vendosme, et toutes les autres femmes accoustumées d'aller à hacquenées, avec les deux chariots dessusdits; et estoient lesdites femmes habillées de diverses sortes, les unes de veloux tanné, les autres de satin et damas gris, les autres de veloux noir à Taccoustumée. Après la messe, toute la compagnie retourna disner eu leur logis ; et disna avec ledit seigneur, monsieur de Ligny et Tévesque de Lodesve; et avec l'archiduchesse dinèrent les dames de Yendosme, de Halluyn, dames d'honneur de ladite archidu-
' « Bois conduits dans tous les carrefours de la ville, suivant Tordonnance du roi, pour faire feu de joie à l'entrée de M. Tarchiduc et de madame Tarchiduchesse sa femme, par mandement des gouverneurs , du 4 novembre i5oi . » (Comptes de rh6tel-de- ville de Compiègne.)
GHA.TEAU D£ COMPlÈGlIE. 22*]
chesse : après les disners né se fit chose digne de mémoire, sinon qae les dames allèrent à vespres comme le jour précédent, et après vespres, chacun se retira en son quartier, où ils soupèrent. Âpres souper, les dames allèrent à la salle où estoit Tarchiduc, où Ton dansa, et après les danses chascun se retira '. »
Le lendemain, Tarchiduc partit pour Senlis.
On fait remonter à cette époque la construc* tion de rhôtel-de-ville de Gompiègne. Depuis longtemps les assemblées se tenaient dans une maison qu'un certain Jean Loutrel avait léguée à la ville par son testament, en date du lo novembre 1398. Elle fut démolie, et sur son emplacement on éleva, dans l'année i5o5, le principal corps de l'hôtel de ville, ainsi que la tour du beffroi *; Louis XII y fit apposer, du côté de la place, ses armes unies à celles d'Anne de Bretagne, et peindre un porc-épic, sa devise, dans ^ plusieurs appartements. Quatre statues ornaient la Façade : Charlemagne, saint Louis, saint Rémi et saint Célestin ^. Ces armes, ces devises', ces statues ont disparu ; l'édifice, fatigué par le temps, mutilé par les orages révolutionnaires, défiguré
' Cérémonial.
' Comptes de la ville, de i5o2 à i5o5.
^ Comptes de la ville , de i5og.
2 28 RESlDEirCÈS ROYALES.
par les exigences administratives ou par des constructions parasites, se recommande^ par son architecture et par ses souvenirs^à labienveillance du gouvernement. On y voit encore le lion des armes de Compiègne avec sa couronne d'or^ et ces mots célèbres : Régi et regno fideUssima. Sur la même place ^ à droite en regardant Thotel de ville, on distingue une vieille porte, remarquable par ses quatre colonnes formées de canons sculptés en pierre; ses ornements sont des roues d'affût et des boulets. Cette porte servait d'entrée à l'arsenal^ qui n'existe plus.
Le premier acte qui signala la présence à Compiègne du successeur de Louis XII, fut une cérémonie religieuse. Voici comme s'exprime à cette occasion François P' lui - même : « L'an i5i6, au mois d'octobre, nous étant en nostre ville de Compiègne, meù de grande et singulière dévotion que avions au Saint Suaire de N. S. Jésus-Christ, qui est et repose en l'église et monastère de Saint-Corneille et Saint-Cyprien de l'ordre de Saint-Benoît^ au diocèse de Soissous, nous avons fait ouvrir la châsse d'or d'iceluy, lequel en toute humilité et révérence avons visité et adoré, et en icelui visitant trouvé qu'en icelle châsse d'or ledit Saint Suaire a été translaté d'une châsse d'y voire parle feu roy Philippe notre prédécesseur, et l'avons fait coudre sur un taffetas blanc
CHATEAU D£ GOMPlkGNE. !229
eu égard à sa grande richesse. » On s'était préparé à cette sainte fête par des jeûnes^ de pieuses veilles auprès des saintes reliques, par des prières, par des aumônes. Louis, cardinal de Bourbon, grand-oncle du roi, et abbé de Saint-Corneille, reçut , conjointement avec l'évêque de Soissons,« la sainte relique et la posa sur le grand autel avec des sentimens de dévotion et de tendresse qu'il exprima par ses larmes '.» Vingtdeux boutons en roses d'or, enrichis de pierreries et de perles, et attachés à vingt fleurs de lis d'or, furent le présent que François V^ offrit à la châsse du Saint Suaire ^.
L'empire était devenu vacant par la mort de Maximilien, et les rois de France, d'Espagne et d'Angleterre briguaient la couronne impériale, que les électeurs offrirent à Frédérîc-le-Sage, électeur de Bavière. Ce prince la refusa pour la céder au roi d'Espagne. Cette détermination fil éclater
' Histoire du Saint Suaire de Compiègne»
* « Un tableau, précieux pai* le nom du grand maître qui l'avait composé (Léonard de Vinci), représentait l'ouverture de la châsse où Philippe V^y en 1091, avait fait déposer le Saint Suaire. François I*' présidait à cette cérémonie , accompagné du cardins^l de Bourbon , abbé de Saint-Corneille , des princes et d'une foule de grands seigneurs. Ce bel ouvrage était placé au-dessus des fonts baptismaux de l'église de Saint-Corneille. » (Cambry, Description de l'Oise,)
a3o RESIDENCES ROYALES.
la terrible rivalité de François V^ et de Charles- Quint. Les chances et les forces des deux rivaux étaient à peu près égales. L'alliance du roi d'Angleterre devait faire pencher la balance et fixer la victoire. François V^ fit demander à Henri VIII une entrevue, et Volsey, cardinal d'York, vînt à Compiègne pour en régler le cérémonial avec l'amiral Bonnivet.
Cette auguste eoniPérence, qui eut lieu à Guiues, prit le nom de Camp du drap d^or^ à cause de l'éclat et de la magnificence que François 1^^ et sa cour étalèrent aux yeux des Anglais^ ce Plusieurs seigneurs, dit Du Bellay témoin oculaire, y portèrent leurs forets, leurs prés et leurs moulins sur leurs épaules. » Henri YIII montra plus d'orgueil que de vanité : il fit peindre sur le fi*ontispice de l'hôtel où il était logé, un archer avec cette inscription : a Qui j'accompagne est maître. » Des fêtes et des tournois furent échangés pendant près d'un mois entre les deux souverains; mais, sous l'influence secrète de Charles-Quint qui avait fait promettre la tiare au cardinal d'York , les conférences du Camp du drap d'or n'aboutirent qu'à une promesse vague de Henri de secourir lé roi de France, si l'empereur menaçait de troubler la paix de l'Italie.
De Guines, François P^ vint à Compiègne où il reçut trois nouvelles qui l'affligèrent.: la prise
CHÂTEAU DE GOMP1È6NK. 23l
de Tournai par les Espagnols, le désastre del^autreC) en Italie, l'élection du nouveau pape Adrien.
Charles-Quint avait bien promis la tiare au cardinal d'York pour déjouer les espérances du Camp du drap d'or; mais à la mort du pape Léon, il oublia cette promesse : son intérêt le portait à désirer un pape dans sa dépendance; il fit choix de son ancien précepteur '. Le cardinal de Bourbon et le cardinal de Lorraine, qui avaient été dépéchés à Rome par François 1®"^, eurent le regret d'apprendre en chemin que l'élection était faite contre leur gré.
Quant à Lautrec^ auquel on avait donné le commandement du Milanais, parce qu'il était frère de Françoise de Foix, objet des attentions galantes de François 1^', il ne manquait point de courage, mais il n'était pas à la hauteur de cette mission. Le Milanais était sur le point d'échapper à la France; le roi songea immédiatement à lui envoyer des renforts. Il chargea Jacques de Chabannes, maréchal de la Palisse, d'aller en Suisse faire une levée de i6,ooohommes, pour les conduire au secoui^'de Lautrec.
' « £n ce temps > dit Du Bellay, le pape Léon ayant nouvelles de la perte que les François avoient faicte de la ville de Milan , en print telle joye , qu'un catarre et une fièvre continue en trois jours le firent mourir. Il fut bien aise de mourir de joyc. »
2 32 BE8IDENGES ROYi^LES.
Ce Jacques de Chabannes était le petit-fil» de Jacques de Chabannes, premier du nom, l'une des grandes figures héro'iques du règne de Charles Vil y ce fort beau chevalier, dit Jean d'Auton , grand et Tun des plus estimés qu'il y eût.» Élevé en qualité d'enfant d'honneur, auprès du dauphin, depuis Charles VIII, il montrait beaucoup d'adresse dans les tournois et les carrousels. Louis XII l'aimait plus que tous les autres seigneurs de son temps. « Il se fia en sa suffisance, dit Brantôme, et l'éleva à une très grande fortune.» Après s'être distingué dans plusieurs combats, Chabannes donna, sous les murs de RuvO; une preuve d'un rare courage. Blessé, fait prisonnier et conduit devant Gonzalve, chef des assiégeants, celui-ci le fit traîner au pied du fort, le menaçant d'une mort ignominieuse s'il n'obligeait son lieutenant à se rendre. « Corce non, s'écria Chabannes (c'était le lieutenant), (c on me menace de m'oter un reste de vie , si c( vous ne vous rendez promptement ; mon ce ami , regardez-moi comme un homme déjà «mort, et faites votre devoir ^ » Rendu à la liberté, il dirigea victorieusement l'attaque de Gènes en i5o7; remplaça plus tard Chaumont d'Aniboise dans le commandement en chef de
* Mér^oires de Fleurantes.
CHATEAU DE COMPlÈGSTE. 233
Tatmée et dans la charge de grand-mati re de France. Il se signala à la bataille de Ravennes, à la bataille de Marignan , comme François T' l'é* çrivit lui-même à sa mère; et pour récompenser tant de dévouement , de valeur et de mérite^ il le fit tour à tour maréchal et chambellan , et , par lettres patentes du 9 octobre i5i6, il lui donna « la jouissance des châtel , chàtellenie et seigneurie de Compiègne, et de $es droits et re-> venus pour sa vie durant '. »
Jacques de Chabannes, maréchal de la Palisse,
' « Appert avoir été fait don par le dit seigneur roy, François premier du nom , au dit maréchal de Chahannes en récompense et reconnoissanoe des grands et importans services qu'il luj a rendus en la conqueste du duché de Milan y des ckastclyVille et seigneurie de Compiègney avec tout le domaine, profit , revenu et émolumens cy appartenans> et des droits , prérogatives et choses qui en dépendent, y faire mesme sa demeure ^ et iceluy revenu ainsy qu'il se poursuit et comporte^ et à quelques sommes qu'il soit et puisse monter, à l'avoir et prendre ledit seigneur^ sa vie durant , à commencer du x^^ jour de ce présent mois d'octobre» »
« Dans Venterrinement à la chambre des comptes des lettres ci-dessus , il est seulement dit que le dit seigneur de Cha-bannes aura et jouira du don des dits chastel et chastellenie^ ville et seigneurie de Compiègne , avec tous les droits, honneurs et prérogatives y attachés, fors et excepté rfie laforestdu dit Compiègne f dius laquelle il ne pourra faire aucunes ventes.» (Archives du royaume ; Archives de la cour des comptes.)
234 RÉSIDEirCES ROYALES.
passa en Italie avec les Iroupes qu'il avait levées ' en Suisse, et alla, malgré la supériorité de ses talents et de son grade, se ranger sous les ordres de Lautrec. A la journée de la Bicoque, il condamna le parti auquel oii s'était arrêté, mais il obéit : « Que Dieu favorise, dit-il, aux fols et aux «superbes! Quant à moi, afin qu'on ne pense pas (c que je refuse le danger, je m'en vais combattre « à pied avec la première infanterie ; et vous, gens « d'armes fran cois, combattez avec tant de valeur c( que l'on cognoisse que la fortune vous a plutôt et manqué que le courage. » Lautrec vaincu , forcé d'abandonner le Milanais , vint demander au roi pardon de ses malheurs ; sa grâce était écrite d'avance dans les yeiix de Françoise de Foix!
Un nouvel adversaire vint grossir, en Italie, les rangs des ennemis de François I^"^; c'était le connétable de Bourbon avec toutes ses colères. Le monarque irrité passe les Alpes , et trouve, en iSsS, sous les murs de Pavie, trois blessures, la défaite et la captivité. Après le traité de Madrid , François I®*", de retour en France où, comme il le disait lui-même, il se .sentait encore roi, se rendit en 1627 à Compiègne. Là, entouré de toute sa cour, il fit, en grande pompe, dans l'abbaye de Saint-Corneille, une création de chevaliers de Saint-Michel,
GHATEA.U DS GOMPIl^GNE. a35
* parmi lesquels on distinguait Charles , duc de VeDdôme, Louis d'Orléans^ duc de Longueville, Louis de Brézé, sénéchal de Normandie, Anne de Montmorency, Claude d'Harcour, d'Humières^ gouverneur de Péronne, Claude de Lorraine, duc de Guise et d'Aumale, et François de la Trëmoille \ Douze ans plus tard , dans cette même église ^ Févéque de Soissons célébrait la messe; du côté droit du grand autel étaient placés le légat du pape, Louis, cardinal de Bourbon, Jean, cardinal de Lorraine, Antoine du Prat, chancelier de France; au côté gauche, Tambassadeur d'Angleterre, Tambassadeur de Venise, Julien Soderan, évéquede Saintes; un roi et un empereur étaient au bas du chœur, sur des trônes; le roi, c'était François P% passait le grand cordon de Saint-Michel au cou de l'empereur : c'était Charles-Quint''!
François V^ était malade à Compiègne des suites de la jalousie et de la vengeance du mari de la belle Ferronière. <c Son rétablissement ne fut qu'imparfait, dit Gaillard ; il lui resta de tristes symptômes, de fâcheuses dispositions qui
' Les écussons des chevaliers qui furent promus en Téglise de Saint'Comeille, par François 1*"^, avaient été peints sur des tableaux, de bois, et existaient encore en 1666.
' Don Gillesson.
altérèrent son humeur et firent dégénérer en une aigreur mélancolique la gaité brillante de son caractère. » Au milieu de ses souffrances, il reçut de Charles-Quint des ambassadeurs chargés de lui demander, pour leur maitre, le passage à travers la France, afin d'aller plus promptement châtier les Gantois révoltés. I^s Gantois avaient offert à François V^ de se remettre entre ses mains comme seigneur souverain ; mais ce prince, loin d'accepter cette offre, livra leur correspondance, et fit bon accueil aux envoyés de l'empereur. Charles n'osait point passeï* par l'Allemagne, à cause des protestants; il ne voulait pas nûn^plus, dans son impatience, courir les chances ora-» geuses de la mer. En échange du service qu'il réclamait , il promettait au roi l'investiture du Milanais, pour lui ou pour un de ses enfants. Le roi chevalier, jugeant les autres par lui-même, sans soupçonner d'arrière -pensée à Charles- Quint % et généreux jusqu'à l'imprudence, lui accorda le passage à travers le royaume, envoya au-devant de lui jusqu'à Bayonne, le dauphin Henri, et Charles d'Orléans son second fils; et lui-même, malgré le triste état de sa santé, il
' « Charles-Quint, dit Charles d'Autriche^ et que les François brocardons , dit Brantôme, et les Picards, qui sont grands ocquineurs {railleurs)^ appeloient Charles qui triche, »
CHA.TEAU 1>E COMPlÈGIfE. aS^
alla recevoir l'empereur à Châtellerault, le conduisit à Âraboise ' et de là à Compiègne, où il lui donna des fêtes magnifiques. Frappé d'un si brillant accueil /Gharles-Quint s'écria : « Je ne m'étonne pas si les rois de France ont tant d'at- « tachement pour Compiègne ; le séjour en est <c tout aimable. »
François P' était l'un des rois de France qui aimait le plus Compiègne et ses habitants : il les appelait Nobles Bourgeois^. Il fit percer les huit grandes routes qui traversent la foret ^ pour aboutir au Puits du Roi; et unit la forêt de Compiègne à celle de Yillers*Cotterets par une langue de bois nommée la Haye-l'Abbesse. Quant au Château, il se borna à construire la porte d'entrée^ flanquée de deux tourelles. Il aurait fait plus pour Compiègne s'il n'avait pas été occupé de Villers- CotteretSy « magnifique maison de plaisance, dit le président de Thou, que François 1" fit bâtir, en i535, dans la principale vue d'être à portée de prendre dans la forêt de Retz le divertissement de la chasse^. »
• Voir, dans les Résidences royales ^ le Château d'Amboise.
* Lettre d'Jbbepille y i53i. — Voii* aussi YÉpÙre de Lagnérius, natif de Compiègne , et professeur à Toulouse, en tête de sa traduction des Apophthegmes de Cicéron,
^ C'est à Villei-s-Cotterets , palvune charte de i53g, que
Ce monarque, par une charte du mois de îévrier iS^^, avait institué à Paris une compagnie de soixante arquebusiers. Il s'en organisa immédiatement dans un grand nombre de villes du royaume. Compiègne eut son jeu d'arquebuse; il se trouvait près de la porte Chapelle, dans là rue qui a conservé le nom de la rue de ^Arquebuse. Chaque cité proposait un prix à tour de rôle; tous leâ chevaliers d'une même province concouraient'à ce prix. Au jour marqué, chaque corps arrivait au rendez-vous, en uniforme, avec un signe dislinctif indiquant la ville d'où il était parti. Ce signe était une allusion au sobriquet des habitants. « La compagnie de Senlis était « précédée d'un gueux chargé cT une besace; celle «de Soissons, d'un Bâilleur; celle de Compiè* <K gne, d'un Dormeur^. » On luttait, dans ces fétes^ d'éclat et de magnificence. Nous aurons occasion^
François V^ décida que les actes de la justice seraient rédigés en français , à la suite d'une aventure qui avait jeté du ridicule sur le latin barbare dont on se servait. Un jour on ôtait leà bottes 9 dans un coin de la salle d'audience , à un seigneur dont on prononçait la coiidamnation en ces termes : Deha^ tavit et debotat ; ce singulier rapprochement excita une telle hilarité , que le roi ne voulut plus exposer les magistrats à de si bizarres calembours.
' Histoire du duché de Falots ^ tome II.
CHATEAU DE GOMPIÈaPTE. sSq
SOUS le règne de Louis XV, d'en donner une fidèle description.
Mais où va la garde bourgeoise de Compiègne suivie d'un foule empressée? Pourquoi a-t-on détaché les chaînes des ponts-Ievis de la porte de Pierrefonds ornée des armes de la ville? Pourquoi ces cris 9 ces acclamations? Ce n'est plus pour François I", il a suivi Henri VIII au tombeau; c'est pour son fils, Henri II, qui vient de se faire sacrer à Reims, et qui fait son entrée royale à Compiègne, sous un dais de velours semé de fleurs de lis d'or et de croissants d'argent , emblème dont le jeune roi avait hérité de son père avec le cœur de celle dont les croissants rappelaient le nom :
ce A l'entrée de la Ville était un échafaud sur lequel on avait dressé trois espèces d'arcades, pour trois jeunes filles. L'arcade du milieu, plus élevée que les deux autres, portait à l'extrémité du ceintre, le nom de Compiègne ^ écrit en grandes lettres d'or; celle à droite, Loyauté^ et la gauche^ Oèema/ic^. Compiègne, représentée par la fille de M. de Plaisance, présente au roi l'image de la ville artistement travaillée et richement décorée, en prononçant ces quatre vers :
Hault et puissant des François le monarque , Prince sans pair, sans faintise, la marque
â4o RÉSIDENCES ROYALES.
Des biens vivans , Compiègne la gentille A toy se rend leale et pauvre ville.
a Elle se retire, et avance Loyauté^ fille de maître Jacques le Caron, prévôt Forain de Compiègne, qui débite :
Roys des François et des François issus, Henry du nom le second descendu , Oncques ne feist aux tiens acte servile Celle que voie léale et pauvre ville,
. « Ensuite Obéissance^ représentée par la fille de Pierre Bonnet, sortit de sa niche pour faire ce compliment :
Sache^ ô grand roy, monarque de la France, Que je me suis vouée du tout à toy , Et que pour marque de mon obéissance Je t'engage ma foy.
« Le roi s'avance dans la rue Pierrefonds, quî^ comme toutes les autres , était tapissée et couverte de branches de verdure qui formaient une sorte de voûte. Arrivé à la place du Change, il trouve un nouveau théâtre. Au milieu était un roi factice assis sur son trône, la couronne en tête, le sceptre à la main ; derrière le trône paraissait un fond peint en azur et parsemé de fleurs de lys d'or. Ce roi était accompagné des trois
CHATEAU DE GOMMÈGNE. ^4 >
Grâces : Pasithea^ Egiale et Euphrosine^ en habit de satin blanc, la tête ornée d'une couronne d'or. La première éloit mademoiselle Chambellan, la seconde mademoiselle Charmolue, la troisième mademoiselle Loisel, fille de Nicolas Loisel. Chacune fit son compliment :
Pasithea.
Grâce te soit de Dieu donnée Pour et quérir l'amour de tous.
Ëgialk.
Grâce te soit de Dieu donnée D'entretenir l'amour de tous.