DE LOUIS XIII A LOUIS XV
a Le temps des rois est passé , se disait-on , celui des princes et des grands est venu! Le gouvernement du feu roi, si doux, si sage, si glorieux , était blâmé presque hautement ^ et même méprisé et tourné en ridicule'. » Sully avait raison. Des ministres sages et intègres furent remplacés par des favoris. Goncini et Léonora Galigaï, sa femme ^ s'emparèrent de toute la confiance de la reine ^ et recommencèrent la scandaleusedominationdesmignonsdeHenrilII.
En vain les grands seigneurs s'en offensent et
^Mémoûnes de Sully.
3lO R^IDENCES ROYALES.
murmurent. « Je sais bien , dît un jour publiquea ment Marie de Médicis , que toute la cour est (c contre Concini; mais, Tayant soutenu contre « le roi y mon mari , je le soutiendrai bien contre « les autres. » Cette opiniâtreté, jointe à des libéralités qui font écouler les trésors de la Bastille chez les Bourbons, chez les Guises , Jes Lavaletle, les Villeroy, les Sillery, protège un moment Concini; mais bientôt il se forme deux factions à la cour : celle des princes, appuyée des ducs de Nevers et de Bouillon ; celle de la maison de Lorraine, à laquelle s'unissent les ducs de Bellegarde et d'Épernon. On arme; Condé menace; la reine traite avec les mécontents, le i5 mai i6i4* Cette paix de Sainte-Menehould, dédaigneusement appelée malautrue^ fut suivie, le a octobre, de l'assemblée des États généraux où Louis XIII fut reconnu majeur. L'année suivante, ce prince épousa Anne d'Autriche.
La ligue des seigneurs de la cour contre l'étranger Concini s'était ranimée avec ardeur. Un nouveau traité, conclu à Loudun le 6 mai 1616, avait fait rentrer le prince de Condé en vainqueur dans la capitale. Son succès l'éblouit: dans l'ivresse de son triomphe, il ne ménagea ni ses actions ni ses discours. Il traita surtout le maréchal d'Ancre avec une hauteur qui ulcéra
CHATEAU DE COMPlÉGN£.
3ll
le ccBur de la reine mère. Cette princesse^ à la* quelle Bassompierre avait reproché un sommeil léthargique , fit voir quelle ne dormait pas toujours, etj le I*' décembre , elle donna à Thémines Tordre d'arrêter au Louvre le prince de Condé, qui fut d'abord enfermé à la Bastille, où ses ennemis avaient affiché^ comme par pressentiment : Chambre à louery sur la porte de la chambre du comte d'Auvergne rendu à la liberté. De cette prison d'état, il fut conduit au donjot) de Vincennes, où, pendant trois ans, il eut le loisir de cultiver ses œillets.
C'est pendant le premier séjour de Louis XIII à Compiègne que Condé obtint sa liberté. Ce monarque fit son entrée dans cette ville le lo octobre 1619* On le reçut avec magnificence, et il prit grand plaisir à chasser dans la belle foret de Compiègne. Le duc de Luynes, favori du roi, redoutant l'influence de Marie de Médicis dont il n'était pas aimé^ intercéda en faveur du prince de Condé, et Louis XIII signa, au Château de Compiègne, une déclaration qui mettait au rang des plus grands maux l'arrêt et la détention du prince de Condé. Luynes se rendit aussitôt à Vîncennes, délivra l'illustre prisonnier, et vint avec lui à Chantilly où le roi chassait. Le jeune monarque embrassa Condé ^ le fit monter dans son carrosse avec les ducs de Guise, de Longue-
li^*
3 12 RiSIDENGES ROYALES.
ville et de Mayenne, et le ramena à Gompiègne, où la cour resta jusqu'au 4 novembre.
Avant cette réconciliation , il s'était passé dans les environs de Compiègne un fait important ; c'était la prise et la ruine du château de Pierrefonds. Le marquis de Cœuvres avait succédé dans la place de gouverneur au fidèle des Ursins. Attaché au parti des mécontents , il confia le commandement du château au capitaine de Villeneuve, qui recommença Rieux et ses déprédations. Le conseil du jeune roi décida, en j6i6, que Charles de Valois, comte d'Auvergne , irait mettre le siège devant Pierrefonds avec une armée de i8,ooo hommes. L'attaque fut dirigée avec tant d'habileté, qu'au bout de six jours Villeneuve capitula. La mauvaise réputation de la garnison de Pierrefonds, ses excès, ses brigandages et la perfidie de ses gouverneurs avaient excité l'indignation de Louis XIII ; il ordonna que le château fût démantelé. On détruisit les ouvrages avancés qui en défendaient l'approche, on enleva les toitures, on entailla les murs et les tours, et ce célèbre édifice n'offrit plus, en 1617, que les ruines majestueuses qu'on admire aujourd'hui. Ce château fort avait été bâti par Louis d'Orléans , duc de Valois , frère de Charles VI' , avec
* Il existait un plus ancien château à Pierrefonds , dans la
CHATEAU DE COMPlàGITE. 3l3
une ^ande magnificence : « Chastel moult bel et puissament édifié » , dit Monslrelet. Il était assis sur le roc^ et lorsque Ton considère la grandeur de ses ruines ^l'épaisseur de ses murs, rélévation de ses tours qui dominent toute la foret y rétendue de ses galeries , la profondeur de ses souterrains ^ on a une formidable idée de la puissance féodale, et l'on s'étonne que la puissance des hommes ait triomphé d'un monument que la nature semblait avoir marqué du sceau de l'éternité. C'est la promenade favorite de tous les voyageurs qui visitent la forêt de Compiègne*. On y porte sa curiosité et ses rêveries, et là, assis sur une pierre détachée de l'édifice, à Fombre des arbres séculaires qui ombragent ces ruines historiques, taptôt on se fait redire les récits presque fabuleux qui se rattachent aux
forêt de €uise. Il avait été coûsU*uit avec les débris de la maison royale du Chesne-Herbelot , dont les gouverneurs ont formé la tige des premiers seigneurs de Pierrefonds , parmi lesquels figure Nivelon , et qui s'éteignirent par la mort de la dame veuve Agathe de Pierrefonds , sous Philippe- Auguste. Ce prince , devenu lui-même vicomte de Pierrefonds , abandonna une partie du château aux religieux de Saint- Sulpice. Le duc d'Orléans leur céda le reste des bâtiments , qu'ils convertirent en une ferme que l'on voit encore aujourd'hui, et il choisit un autre emplacement pour élever un nouveau château fort,
' Ces ruines appartiennent à la Couronne.
3l4 RisiDÏIfCES ROYALES.
puissants seigneurs de Pierrefonds^ tantôt, en écoutant l'harmonie des harpes éoliennes, on croit entendre les voix du passé; et le poète, inspiré par ce tableau mélancolique, exhale son âme dans ces tristes accents :
« Non loin des bords de TOise , où Compiégne déploie De son éclat royal le superbe appareil , Ses berceaux de cytise et ses tentes de soie , Et ses dômes rougis à l'horizon vermeil , Une sombre forêt , aux druides sacrée , Se développe, immense, en un calme profond. Au nord, une ruine en protège l'enti'ée; £t tous avec orgueil parlent de la contrée Du vieux château de Pier refond.
£t moi je Lui disais : « Crois-moi , ma bien-aimée , « Laisse tes beaux regards errer sur ces beaux lieux; a Vois comme la nature , heureuse et ranimée , « En suaves tableaux se déroule à nos yeux. « C'est le beau mois dé mai : ces fleurs t'en avertissent, ce Et leurs parfums si purs qui montent jusqu'à nous. « De l'antique forêt les dômes reverdissent ; a Et ces frais églantiers qui sur les tours grandissent , « Jettent des* fleurs sur tes genoux.
« Vois-tu là-bas Compiègne et sa pompe royale ?
« La vierge de Schœnbrunn» pour des destins neilleurs,
« Naguère y vint chercher la tente nuptiale,
a Où*peut>être ont coulé ses prophétiques pleurs.
« Là, Soissons, où Clovis de leur dernière gloire,
« Aux Romains des Césars arracha les lambeaux ^
GHATlîAU DE GOAffPlÈGNE. 3l5
« Oii la France reçut , des mains de la victoire , a Ses droits de nation qu'elle a rendus si beaux. a Ici des prés , un lac , des groupes de chaumières a Qu'adossaient aux remparts les vassaux d'autrefois , a Gomme le passereau, pour ses amours premières, « Va suspendre son nid sous l'abri de nos toits. «( Mais l'ombre à chaque instant s'allonge avec mystère ; « Le soleil ne luit plus qu'au bout du long clocher ; « Tout se voile en silence. . . il ne vient de la tçrre a Que les cris des oiseaux qui courent se cacher « Dans les tilleuls du presbytère. ' »
Cest à tort que l'on a attribué à Richelieu la démolition du château de Pierrefonds. En 1617, ce prélat ne faisait point partie du conseil du roi; il ne devait y entrer qu'en 16 19. Il était dans la destinée de Louis XIII d'avoir un favori : Albert de Luynes, depuis connétable, qui avait pris sur l'esprit du roi un grand empire à cause des distractions par lesquelles il avait amusé sa jeunesse, était mort. Une autre influence et un autre caractère allaient le remplacer. « C'était un homme de trente-huit ans, faible de constitution, souvent maladif, dont la vie s'était passée dans les doubles excès du travail et des dissipations d'une jeunesse ardente. Son teint était pâle, son frqht haut, ses cheveux noirs et pen-
' Alexandre Guiraud.
3i6 résideuces rotales.
dants; ses sourcils fortement marqués relevaient ses yeux grands et vifs ; son nez aquilin ressortait sur son visage maigre et pâle; sa bouche bien faite était ornée de deux moustaches et de cette barbe élégante qui amincissait Tovale de la figure j pour nous servir de l'expression contemporaine S et sur ce chef la barrette rouge; puis la robe d'écarlate, relevée du cordon de Tordre : tout cela avait quelque chose de froidement imposant dans la personne de Richelieu. Ses traits étaient sévères, sa démarche noble quoiqu'un peu saccadée y sa parole d'une merveilleuse lucidité, sans onction et sans charmes. Ce qu'il écrivait était net, hautement pensé, fermement reproduit. Il avait la conception prompte , l'esprit à ménagements quand il le fallait, résolu et décidé en toutes choses. Ses dépêches , ses instructions étaient bien conçues et écrites avec une propriété d'expressions remarquable. Cet homme était Richelieu , alors évêque de Luçon ^. » C'était au printemps de i624. Le roi , accompagné des deux reines et des principaux officiers de la couronne, était revenu à Com-
' Ce portrait est parfaitement exact : nous nous en sommes assuré nous-méme à Paris , en examinant la tête véritable du cai*dinal , t[ui a été embaumée et cohsenrée intacte.
* Capefigue, d*après une histoire manuscrite de Louis XIII.
CHATBAU DE GOMPIÂGNE. 3l7
pîègne '. Louis XIII , qui n'aimait point les affaires, ^e vit tout à coup tomber sur les bras la restitution de la Valteline, le mariage de madame Henriette de France^^ sa sceur, et de graves différends avec le duc de Lorraine, protégé par le roi d'Espagne et par TEmpereur. Il n'avait , pour faire face à tant de difficultés, que M. de la Vieuville, et il craignait qu'il ne fût point de taille à les surmonter. Déjà Marie de Médicis, qui avait pressenti la supériorité de Richelieu, jalouse de s'en faire un appui contre les princes et contre son fils lui-même, l'avait indiqué au roi pour chef du conseil. Mais i'évéque de Luçon ne plaisait pas à Louis XIII. Fontenay-Mareuil raconle, dans ses Mémoires j que ce monarque , apercevant Richelieu dans la cour du Château de Compiègne, avait dit tout bas au maréchal de Praslin : « Voilà un homme qui « voudrait bien être de mon conseil; mais je ne «m'y puis résoudre, après tout ce qu'il a fait <c contre moi. » Et le maréchal de Praslin n'avait eu rien de plus pressé que de le redire à Bas-
> « I^ cour, proprement dite, occupa les logements de la -ville ; les princes étrangers y les ambassadeurs ordinaires d'Espagne , des états des Provinces-Unies , de la république de Venise, et les autres, furent logés à Noyon, Crépy, Verberie, Bf onchy-au-Plessis , Baron , et en d*auti*es châteaux des environs. » (D. Grenier.)
3l8 RÉSIDCNGES ROYALES.
sompierre et à Fontenay-Mareuil. Trois jours après y au retour de la chasse, dans le salon de la reine mère, Louis XIII , le fouet à la raain^ au milieu de sa meute, annonçait que l'évéque de Lubon était admis en son conseil comme secrétaire d'état!
Quand un génie aussi fortement trempé entre dans un ministère, il y fait sa place en écartant tout ce qui peut le gêner, tout ce qui peut entraver sa marche. Richelieu éloigna la Vieuville, secoua le joug de son auguste bienfaitrice, et ne tarda pa;s à prendre sur son maître un empire absolu. Le mariage de madame Henriette avec le prince de Gallçs occupait tous les esprits. Le roi d'Angleterre avait envoyé pour ambassadeurs à Compiègne le comte de Carlisle et lord Holland, qui furent reçus av^ec la plus grande distinction. A la nouvelle de leur arrivée, le roi leur avait dépéché le duc de Chevreuse avec douze carrosses à deux lieues au delà de Gompiègne, et « ils prirent à bon augure d'avoir, en entrant dans la ville, rencontré la reine mère et madame Henriette qui sortaient en voiture pour aller à la promenade. » Le duc de Chevreuse les accompagna jusqu'à leur hôtel, situé dans la grande rue de Compiègne.
Lorsque l'affaire du mariage fut portée au conseil du roi, Richelieu posa les trois questions
CHATEAU DE COMPljkGNE. Sïg
suivantes ; i° Quel avantage le roi d'Espagne aurait-il eu dans cette alliance pour sa sœur? vi^ Quel sujet les Anglais avaient-ils de souhaiter notre alliance plutôt que Talliance espagnole ? 3^ Était-il utile à la France d'accepter l'alliance anglaise? « Le roi d'Angleterre, poursuivit Ri- « chelieu , en formant une alliance avec l'Escc pagne, s'obligeroit à renoncer à des liens déjà «formés, et amoindriroit , par ce fait, la puisse sance de sa monarchie. Cet inconvénient n'au- « roit point lieu dans une alliance avec la France, « car les François trouvent leur pays si gras, si « forj, si abondant, qu'ils n'ont aucune préten- « tion sur les possessions de l'Angleterre. Les in- « térêls de l'Angleterre et de la France sont donc « les mêmes. Mais, pour l'honaeur de l'Église et « de l'état , il convient que la princesse conserve «c sa religion et sa liberté de conscience, qu'elle oc soit entourée de dames catholiques, et qu'elle ce ait une église où son Dieu soit adoré '. » Le cardinal conclut à accepter l'alliance anglaise, si toutefois on pouvait l'obtenir aux conditions qu'il avait exprimées. Le roi se rangea de cet avis; mais les ambassadeurs anglais rejetèrent bien loin la proposition relative à la liberté de conscience pour les catholiques; cependant ils
* Mémoires du cardinal de Richelieu.
3aO RÉSIDENCES ROTALES.
finirent par Taccorder, sous la réserve que cette clause serait secrète, et qu'à ce sujet on se contenterait de la promesse verbale du roi d'Angleterre et du prince de Galles. Le cardinal insista pour une promesse par écrit, traitant de prétexte les raisons mises en avant par lord Carlisle. Les ambassadeurs ne voulurent point céder : alors on envoya auprès du roi d'Angleterre le marquis d'Effiat, pour remplacer le comte de Tillières; ce qui causa à Bassompierre, son beaufrère, un mécontentement qu'il ne dissimule pas dans ses Mémoires. Le monarque anglais céda enfin ; il ne voulait toutefois donner qu'un sous-seing privé, tandis que d'Efïiat demandait que la clause entrât dans le contrat, a Disputer «plus opiniâtrement, dit alors Richelieu à « Louis XIII , ne seroit que rechercher une vaine « réputation de promouvoir futilité de l'Eglise « sans effet , vu que, moins il y aura d'opposition « de la part des protestants à ce qui sera pro- « mis, plus le roi de la Grande-Bretagne aura de « facilité à le faire observer, » On obtint encore qu'au lieu d'une seule église catholique à Londres , il y aurait dans toutes les résidences que la Heine habiterait « de grandes chapelles capables de tenir tant de gens qu'il lui plairoit. » Le père BéruUe , général des Pères de la congrégation de l'oratoire de Jésus, fut chargé de se rendre à
CHATEAU DU GOMPIÈGNE. 32 f
Rome pour obtenir la dispense du pape.
Voici les principaux articles du contrat de
mariage , conclu entre la France et l'Angleterre:
<t Le mariage se célébrera en France, selon l'ordre et la forme observée en celuy du feu Roy et de la Royne Marguerite et de madame ia duchesse de Bar.
« Madite Dame sera menée en Angleterre le plus tost que faire se pourra , après la célébration dudit mariage.
a Libre exercice de la religion catholique , apostolique et romaine, sera accordé à Madame, comme aussi à toute sa suite, et les enfants qui naîtront de ses officiers. Pour cet effect , madite Dame aura une chapelle dans toutes les maisons royales, et en quelque lieu et estats du Roy de la Grande-Bretagne qu'elle «e trouve et demeure.
a La maison de Madame sera composée avec autant de dignité et aussi grand nombre d'officiers qu'ait jamais eu aucune princesse.
<€ Tous les domestiques que Madame mènera en Angleterre seront catholiques et Français choisis par le Roy très-chrestien.
a La dot de Madame sera de huict cens mille
escus, de trois livres- pièce.
a Sa Majesté en fera acquitter la moitié la veille
ai
3iql résidences royales.
des espousaiiles en la ville de Londres, et l'autre moitié dans un an , à commencer du jour du premier payement.
« Les enfans qui seront nés dudit mariage seront nourris jusques à Fâge de treize ans avec madite Dame dez leur naissance.
« Sera madite Dame douée de dix-huict cens mil livres strelins par an , revenant monnoye de France à soixante mil escus.
« Le Roy de la Grande-Bretagne donnera à madite Dame , en faveur dudit mariage y pour cinquante mille escus de bagues, lesquelles seront propres à elle et aux siens , comme celles qu'elle a dez maintenant , et luy seront données cy-après.
a Si le prince vient à prédécéder, sera loisible à madite Dame, soit qu'elle eut des enfants ou non, de pouvoir revenir en France, y apporter ses meubles, bagues et joyaux, et en outre son dot selon ce qu'il est spécifié par les articles cydessus escrits : et en ce cas le Roy de la Grande- Bretagne sera tenu de la faire conduire à ses despens jusques à Calais convenablement, selon sa qualité. »
Ce dernier article devait recevoir une terrible exécution : forcée de fuir d'Angleterre, exposée aux horreurs de la tempête , devenue veuve par
GHATEAV DE COMPIÈ6NE. 3^3
réchafaud en 16^9 ^ Henriette fut réduite à demander une aumône au parlement français pour subsister, et acheva sa malheureuse destinée dans les larmes et les exercices d'une austère piete.
Le roi Jacques était mort : Charles Stuart envoya à la cour de France le duc de Buckingham pour épouser, en son nom, Henriette Marie de France, qc Les fiançailles furent célébrées à Paris, à la porte de l'église de Notre-Dame, avec le cérémonial dont on avait usé au mariage de Henri IV avec la reine Marguerite. » La capitale devint le théâtre des fêtes les plus pompeuses. Le duc de Buckingham, qui avait osé élever ses vœux jusqu'à la reine Ainne d'Autriche, étala surtout un luxe asiatique. « Les boutons de son habit de satin gris de lin étaient de perles de cent écus pièce; son cordon valait trente mille écus, et ses boucles d'oreilles étaient des diamants d'une excessive grosseur*. »
De Paris , la cour se transporta à Compiègne pour accompagner la nouvelle reine qui devait s'embarquer à Boulogne, ce Son entrée fut trèsbrillante. Le gouverneur de la ville, le comte d'Humièreset tout Tétat-major allèrent au-devant de la princesse jusqu'à la Groix^aint-Ouen. Les
' Mémoires d'un favori du duc d'Orléans.
3a4 RESIDENCES ROYALES.
boui^eois en armes , au nombre de douze cents , divisés en douze compagnies ^ se trouvèrent en ordre de bataille au débouché de la foret où la cour s'étoit rendue. Ils y firent plusieurs évolutions militaires en très^bon ordre. Le roi retourna à la ville par un autre chemin. La reine d'Angle— terre fut reçue à la porte de Paris par le bailliage et l'hotel-de-ville qui la complimentèrent; sçavoir : hors du faubourg, le prieur de Saint- Corneille ^ accompagné des religieux en chapes et du clergé de la ville , portant la vraie croix; Desprès, lieutenant général ^ aux dernières maisons du faubourg , et à la barrière de la porte, par Louis Charpentier, conseiller élu, et l'un des gouverneurs de la ville. Deux autres prirent le dais de velours bleu, semé de fleurs de lys d'or, et marchèrent devant le carrosse de la princesse. La marche étoit ouverte par la compagnie des mousquetaires du roi; les archers du grand prévôt, revêtus de leurs casaques, alloient après; ensuite les archers de la garde du corps; enfin, les Suisses de la garde, tambour battant. Sa Majesté fut conduite ainsi, passant de portiques en portiques qui avoient été élevés dans différentes rues par où elle devoit passer, jusqu'au portique dressé devant l'église de Saint-Corneille. Là, descendue de son carrosse, elle se mit sous le poêle, écouta la harangue de M. Legras, abbé
CHATEAU 1>£ GOMPIEGNE.
commendataire de Saint-Corneille , à la télé des religieux revêtus en chapes, baisa la vraie croix et entra dans l'église. Elle se mit sur le prie- Dieu qui lui avoit été préparé devant l'autel, et entendit le Te Deuniy après quoi elle se rendit dans Je même ordre au Château , où elle fut reçue par le roi et les reines qui attendoient. »' Pendant les trois jours que la reine d'Angleterre séjourna à Compiègne, elle fut gardée et servie par les officiers de la maison du rok Elle partit le 7 juin pour se rendre à Amiens, où les réjouissances ne furent ni moins vives ni moins brillantes, et où le favori du roi d'Angleterre laissa éclater jusqu'à la témérité sa passion pour Anne d'Autriche'. .
Une autre affaire d'une haute importance occupa le conseil du roi à Compiègnedans la même année. La Hollande avait envoyé des ambassadeurs extraordinaires pour demander secours au roi contre la maison d'Autriche. On avait , depuis quelque temps , négligé l'alliance des États Généraux , et Richelieu , qui sentait que c'était un préjudice pour la France, se souvint des instructions laissées par Henri IV, et accueillit avec faveur les envoyés des Provinces-Unies. La grande trêve, conclue en 1609, était expirée : la guerre avait recommencé eptre la Hollande et
' Mémoires de Laporie , valet de chambre de Louis XIV.
3!l6 RÉSIDEirCES ROYALES.
l'Espagne. Le cardinal comprit qu'avant d'attaquer lui-même cette monarchie, ii était bon de se faire des alliés. « J'ose donc, dit-il à Louis XIII, « conseiller à Votre Majesté de contracter avec « les Provinces-Unies des Pays-Bas une amitié « aussi étroite que du temps du feu roi , votre « père; de ne point les abandonner, et de faire « un nouveau traité qui nous obligera récipro- « quement à une sincère et mutuelle correspona dance. Ce sera d'un grand avantage que Voire « Majesté fasse paroitre aux yeux de toute l'Eu- « rope qu'elle s'intéresse à leur conservation , et « la France s'assurera la frontière des Pays-Bas, « la porte la plus commode tout à la fois et la « plus dangereuse. » Le traité fut signé à Compiègne, le lojuin i6a4'*
La puissance de Richelieu grandissait de jour en jour, et Louis XIH n'était plus que le second homme du royaume. Cette domination excita contre le cardinal la cabale des grands seigneurs, à la tête desquels s'était placé le frère du roi , Gaston d'Orléans, illustre brouillon qui n'avait ni le génie qui conçoit, ni la fermeté qui exécute. Il était soutenu dans son opposition par Marie
' Comme il porte le nom de traité de Compiègne dans les Annales de la diplomatie , nous croyons devoir en donner le texte aux pièces justificatives.
CHATEAU DE COMPllÈGNE. 3^7
de Mëdicis qui, ea faisant entrer Richelieu au conseil , s'était donné un maitre ingrat et impérieux, au lieu d'un serviteur reconnaissant et docile. Cette ligue crut avoir renversé le colosse dont la hauteur l'importunait, mais la journée des dupes vint bientôt dissiper cette illusion. Les sceaux furent retirés à Marillac pour être dontiés à Chàteauneuf , créature du cardinal ; les du* chesses d'Elbeuf et d'Ornano furent exilées; le maréchal de Bassompierre , conduit à la Bastille. De son côté , Marie de Médicis chassa de sa mai* son madame de Combalet , nièce adorée de Ri* chelieu , après l'avoir abreuvée d'outrages; puis elle excita Gaston à quitter la cour pour aller bouder dans son château de Blois; elle-même enfin reprit , vis-à'-vis du ministre et même du roi, l'attitude la plus hostile.
Sans se laisser intimider, Richelieu emmena le roi à Compiègne, le 7 février i63i. La reine mère devait être du voyage, et il s'était proposé un double but à sod égard. Si la reine se séparait de la coterie et des cabales de ses ennemis , il ferait sa paix avec elle ; si , au contraire , elle persistait dans ses plaintes et dans ses violences, il prendrait contre elle un parti plus décisif. Cette dernière résolution prévalut. Sacrifiant la reconnaissance qu'il devait à cette princesse, au désir de consolider l'autorité royale qui n'était
3a8 RÉSIDENCES ROYALES.
qu'un instrument dans ses mains, le cardinal provoque un conseil où , pour réduire les mécontents et pour assurer la paix intérieure, il propose cinq moyens : le premier, de faire une paix solide avec la maison d'Autriche; le second, de séduire les conseillers de Monsieur; le troisième, de chercher à apaiser la reine mère; le quatrième, de s'éloigner lui-même des affaires : « Les autres ministres pourraient rester, dit^il ; ce mais il s'agirait de savoir si, ayant oté quelce ques chiens de la bergerie , on n'attaquerait « point le troupeau et ensuite le pasteur»; le cinquième enfîn , l'éloignement de la reine mère, a S'il vous plait de suivre ce conseil , ajoute Ri- « chelieu, je supplie Votre Majesté de me perce mettre de quitter le ministère où je ne serai cr plus nécessaire, parce que ce coup imprévu « dissipera la cabale, et vous verrez. Sire, votre <c royaume florissant, vos sujets soumis, et vous c< acquerrez l'estime des peuples, qui est toujours i< mesurée sur le succès. » Placé entre sa mère, qui favorisait les velléités de son frère dont il était jaloux, et un ministre qui promettait d'apaiser ces troubles domestiques , Louis XUI n'hésita pas.
Au point du jour, le a 3 février, dès qu'il fut debout, le roi fit éveiller la reine, et lui dit qu'il fallait partir sur-le-champ et sans bruit;
CHATEAU DE GOMPJÈGNE. SsQ
qu'il allait Tattendre aux Capucins \ et qu'il n'emmènerait pas sa mère. « La reine ne répondit au roi que par une prompte obéissance, et se leva le plus diligemment qu'elle put pour l'aller trouver. Ce ne fut pas sans aller voir la reine disgraciée. Elle crut que le roi lui pardonheroit cette petite désobéissance, que la piété seule l'obligeoit de commettre; mais, par le conseil de la marquise de Senecé, sa dame d'honneur, elle envoya dire à cette princesse malheureuse le désir qu'elle avoit de l'aller voir pour lui parlei' d'une affaire de conséquence, et que, pour certaines raisons, elle n'osoit entrer chez elle que premièrement elle ne l'envoyât prier d'y aller. La reine mère, qui ne savoit rien de cette résolution, mais qui, dans l'état qu'elle se sentoit, craignoit le retour de tous les maux qu'elle avoit déjà éprouvés , envoya promptement mademoiselle Catherine, sa première femme de chambre, faire ce que la reine avoit désiré d'elle, et cette finesse fut faite seulement afin de satisfaire le roi. La reine ne prit qu'une robe de chambre, et, toute en chemise, passa chez la reine sa belle-mère, qu'elle trouva dans son lit, assise
'Couvent fondé en 1611, par Jean de Chaumont, bourgeois de Compiègne. Il était situé hors des murs de la ville , entre les fortifications et la chapelle de Notre-Dame de Bon Secours.
RESIDENCES ROYALES.
sur son séant. Elle tenoit ses genoux embrassés^ etf ne sachant que deviner de ce mystère^ elle s'écria en voyant. la reine, et lui dit : « Ah! ma « fille, je suis morte ou prisonnièi-e. Le roi me « laisse-t-il ici? et que veut-il faire de moi? » La reine, touchée de compassion , se jeta entre ses bras, et , quoique du temps de sa faveur elle en eut été quelquefois maltraitée, l'état présent où elle é toit effaçant le souvenir, elle pleura sa disgrâce, la ressentit, et lui témoigna un regret sensible de la résolution du' roi , qu'elle lui apprit avec l'ordre de sa détention. Ces deux princesses se séparèrent satisfaites l'une de l'autre, mais toutes deux bien touchées de se voir les victimes du cardinal de Richelieu, leur ennemi commun. Ce fut la dernière fois qu'elles se virent. I^a reine, ayant satisfait par sa pitoyable visite à ce qu'elle devoit à celle qui peu auparavant paroissoit avoir une entière puissance, vint trouver le roi aux Capucins , qui i'altendoit pour la ramener avec lui à Paris '. »
En moins d'une heut*e, tout était parti, à l'exception de huit compagnies des gardes, qui, sous prétexte de faire honneur à la reine mère, n'étaient là que pour la surveiller. Lé marquis d'Estrées avait reçu du roi la mission de rester
' Madame de Motteville.
auprès de cette princesse avec ces instructions :
« Le Roy, partant dudit lieu de Compiègne, y laisse huit compagnies de ses gardes, cinquante de ses gendarmes et cinquante de ses chevauxlëgers de sa garde.
« Ledit sieur maréchal fera faire la garde à la porte du chasteau et aux portes de la ville , avec tel nombre de gardes qu'il jugera à propos.
<f II aura soing de faire partir madame là princesse de Conty sans qu'elle voye la Royne, et lui fera prendre le chemin d'Eu en Normandie, où elle a commandement d'aller sans passer par Paris.
a II conviera la Roy ne régnante de partir de bonne heure, suivant la volonté du Roy, qu'elle a sceue par sa bouche mesme.
« Si la Roy ne, mère du Roy, le voyant party, vouUoit sortir de la ville pour le suivre ou aller eu autre lieu^ ledit sieur maréchal d'Estrées luy fera sçavoir qu'il a charge expresse de Sa Majesté de la prier de sa part de vouloir attendre de ses nouvelles.
flc Le lendemain ledit sieur maréchal sera pré* sent lorsqu'un des secrétaires d'estat luy portera la prière que le Roy luy faict d'aller à Moulins, et en suitte fera tout ce qui sera nécessaire pour disposer la Royne à suivre les intentions de Sa
332 RÉSIDENCES liOTALES.
Majesté y lesquelles il faut faire exécuter avec toute sorte de civilité.
a Lorsque la Royne partira de Conipiègne, ledit sieur maréchal d'Estrées l'accompagnera jusque hors du gouvernement de l'Isle-de-France, et par après M. le comte d'Allaix- en aura seul la conduitte, avec les gendarmes ^ chevaux-légers de la garde du Roy et sa compagnie collonnelle.
a Le sieur vicomte de Bugueil , gouverneur de Compiègne , y demeurera avec ledit sieur maréchal d'Estrées, pour y servir suivant l'instruction du Roy, en ce qui dépendra de sa charge.
a Faict à Compiègne, ce aa febvrier i63i. Et au dessoubz est escrit : Ce que dessus est ma volonté expresse. Signé : Louis ^ »
Marie de Médicis , les yeux baignés de larmes^ appela le maréchal auprès de son lit, et lui demanda ce qu'on exigeait d'elle. D'Estrées répondit respectueusement que le roi ferait connaître incessamment sa volonté. Peu satisfaite de cette réponse , elle s'empressa d'écrire cette lettre au roi, qui était à Senlis :
^ Manuscrit de BrienDe,
CHATEAU DE GOMPIÈGNE. 333
« Monsieur mon (ilz,
« Je me suis trouvée si surprise d'apprendre à mon réveil voslre parlement et Testât auquel vous me laissiez en ce lieu, que, sans la consolation que je retrouve en mon innocence, il me seroit du tout impossible de soutenir un si grand essor; mais, n'ayant par mes actions, ni mesme par ma pensée , faict aucune chose qui ayie mérité un si rude traitement , j'espère que Dieu me fera la grâce que, revenant à nous, vous ne voudrez pas faire périr sans cause celle dont sa bonté s'est voulu servir pour vous donner l'estre, et que vous ne serez pas moings juste envers moy que vous voulez que Dieu le soit envers vous. C'est dont je vous supplie très-humblement et de ne me faire point ce tort de croire que je n'ayie eu et n'aye encore pour vous et voslre estât, les vrayes affections de mère, les seings que j'ay pris pour le vous conserver pendant vostre minorité; et ma vie passée et présente me doibvent servir de justification contre les calomnies qui ont donné lieu à une séparation si estrange, que je m'asseure qu'elle ne sera approuvée ny de Dieu , ny des hommes. »
Le roi avait prévenu sa mère; il avait envoyé de Senlis à Compiègne M* de la Ville-aux-Clercs,
334 RI^SIDENCRS ROTALBS.
secrétaire d'état, avec cette instruction qu'il devait communiquer à la reine :
« Le Roy aïant esté contrainct, quoy qu'avecq un extrême regret , de partir de la ville de Compiègne et d'y laisser la Royne, sa mère, vers laquelle Sa Majesté ayant résolu d'envoyer quelqu'un de sa part, tant pour luy faire entendre ses intentions sur le suject du voyage qu'elle désire que ladite dame Boyne fasse jusques en Bourbonnais pour séjourner quelque temps en la ville de Moulins , comme aussy faire sçavoir à ladite danie Royne sa volonté sur ce qui luy a esté tesmoigné de sa part qu'elle désireroit que le sieur Vaultier, son médecin , luy fust rendu , Sa Majesté a jette les yeux sur le sieur de la Villeaux-Clercs, auquel ayant donné commandement d'aller en diligence vers ladite dame, a voulu le présent mémoire luy estre donné, duquel il comprendra qu'après en avoir conféré avec le sieur d'Estrées, maréchal de France, commandant pour le service de Sadite Majesté en ladite ville de Compiègne, et sceu bien particulièrement de luy l'assiete où se retrouvoit l'esprit de ladite dame Rôyne, luy rendra en la présence dudit sieur maréchal la lettre dont il est chargé, et aiant tesmoigné combien la résolution que prend Sa Majesté luy donne de peine , luy fera
CHATEAU DE COMPIÈGiTE. 335
entendre que, presse de ses affaires et de la conservation de son royaume, il est forcé à la prière qui ]uy est faicte de sa part de s'achemiiier audit pays de Bourbonnois. A quoy voyant ladite dame résolue, ledit sieur de la Ville-aux-Clercs luy dira que, bien que ledit Vauhier eust diverses intelligences avecq des personnes au déceu de ladite dame qui deussent donner à Sa Majesté des sentiments éloignez de ceux qiie pourroit avoir ladite dame Royne, si est ce que Sadite Majesté, préférant sa santé à toutes soites de considérations, elle se portera à luy donner contentement sur ce sujet, ainsy qu'elle fera tousjours en toutes les choses qu'elle cognoistra luy pouvoir témoigner son affection, de laquelle Sa Majesté la prie de ne point doubter, ce qu'elle se promet si ladite dame veut repasser en sa mémoire les diverses preuves qu'elle en a reçues qui augmenteront à mesure que les occasions s'en présenteront. Sadite Majesté ayant aussi appris que ladite dame Royne affectionne de s'aller promener, ledit de la Ville-aux-Clercs luy dira qu'elle le peut toutesfois et quantes qu'elle le voudra, et fera entendre audit sieur maréchal que c'est son intention, laissant à sa prévoyance d'y accompagner ladite dame avec le nombre d'hommes qu'il jugera nécessaire pour prévenir tous inconvénienz. »
336 RÉsiDErrc£S rotalks.
a Faict à Senlisy le 24® jour de février i63i'.»
Marie de Médicis n'était point d'un caractère à se contenter de ces vaines compensations. « Je a suis bien malheureuse, dit^eile en pleurant à «M. de la Ville-aux-Ciercs, après avoir durant <c toute ma vie témoigné tant de passion pour (( le roi , il faut qu'il se laisse persuader, par ceux <c qui ne Taitfnent pas , de me quitter et de faire (( une chose qui peut lui devenir si préjudi- « ciable ! »
Aussitôt elle écrivit au roi cette seconde lettre:
a Monsieur mon fils, bien que l'esloignement que vous m'ordonnez par les lettres que le sieur de la Ville-aux-Clercs m'a rendues de vostre part soit bien sensible à une mère qui vous a toujours si tendrement aimé, puisqu'il me force à me séparer de vous, voiant néantmoings que vous le désirez, je me suis résolue de vous rendre l'entière obéissance que vous demandez de moy et de me retirer à Moulins, en attendant que Dieu prolecteur de mon innocence vous aie touché le cœur et faict reconnoistre le sort de ma séparation d'avec vous, non-seullement dans nostre royaume, mais aussi par toute la chres-
* Manuscrit de Brienne.
CHATEAU Bit GOMPJÈ6jH£. 337
tienté , et parce que cette ville a estée infectée de la maladie contagieuse pendant l'automne et mesme durant cest hiver, et qu'elle n'en est pas à présent du tout exempte, aussi que d'ailleurs le chasteau est si fort ruyné qu'il n'a pas une seule chambre où je puisse loger. Je vous supplie de trouver bon que, au lieu de passer jusques à Moulins, je demeure à Nevers en attendant que ce chasteau soit rendu logeable^ et que la ville soit tellement purgée de laditte maladie que j'y puisse loger sans soubçon. La distance des lieux est si peu différente , que je ne crois pas, y allant de ma conservation, que vous y trouviez à redire. Pour le regard du gouvernement de Bourbonnois que vous m'offrez par vos dites lettres , je ne désire pas que vous vous mettiez en peine de le retirer, m'estant de longtemps résolue de n'en accepter aucun et de n'avoir aucun establissement dans vostre estât que la part en voz bonnes grâces que vous me debvez. »
Taudis que la reine mère confiait ses regrets et ses chagrins à son fils, le maréchal d'Estrées et M. de la Ville-aux-Clercs rendaient compte en ces termes de leur mission au cardinal de Richelieu , le a4 février :
338 U£Sli>ENG£S AOYALES.
a Suivant le commandement du Roy contenu en rinstruction dont la Ville-aux-Clercs a esté le porteur, après l'avoir considéré ensemble, nous nous sommes acheminés au Château où la lettre que le Roy a escrite à la Royne, sa mère, luy a esté rendue, qu'elle a leùeavecq beaucoup d'émotion , et la repliant, a dit : « Le Roy m'ordonne d'aller à c( Moulins; » sans se déclarer si son intention estoit de se conformer à celle de Sa Majesté ou de se reffuser d'y satisfaire , adjoustant à son premier discours qu'elle estoit malheureuse d'estre esloignée de la bonne grâce du Roy sans avoir failly, et qu'il ne devoit pas attribuer au refltis qu'elle avoit faict d'aller au conseil^ la résolution que Sa Majesté avoit prise, puis qu'avant de partir de Paris, elle en avoit eu connoissance, monsieur le premier président en aiant dit quelque chose. Lors pour luy faire changer de discours et essayer de la porter au désir de Sa Majesté, nous luy avons dit que bien que le sieur Vaultier eust desmérité par ses déportementz et en diverses intelligences , mesme à son déceu , dont Sa Majesté restoit justement indignée, sy est ce que préférant sa santé à toutes autres considérations elle luy feroit rendre au moment qu'elle se disposeroit à son voyage : ce qui luy a tiré des larmes, ayant joye et ne remerciant point de ce qui luy estoit offert^ disant seulement: « Il y va de ma
CHATEAU DE COMPIÈGNË. Sîg
ce santé ^ et le Roy sçait bien que pour peu que '< je demeure enfermée , ma santé s'altère. » Ce qui nous a donné lieu de luy déclarer la liberté qu'elle avoit de sortir et de se promener^ lorsque le temps le voudroit permettre ; ce qui Ta aucunement contantée , et , revenant sur ses mécon* tentements et les subjetz de sa douleur, elle nous a dit : « Il est bien estrange qu'estant mère du « Roy, je sois soubmise aux volontés de ceux qui ff ont pouvoir sur son esprit ; je suis innocente et tf n'aurois qu'à soubaitter de l'estre devant Dieu « comme je le suis envers le Roy. Il faut prendre « patience et espérer que Dieu me fera raison, «c Je suis malheureuse en ce point qu'il n'y a plus ce lieu d'espérer que je me remette en confiance « avecq le Roy^ en estant deschue après y estre «c rentrée, et avoir oûy souvent dire au roy les <r regretz qu'il avoit de m'avoir despieu, les dis- « cours qu'il me tint à Lyon , partant pour aller €c en Savoye , le contentement qu'il me tesmoi- V gnoit avoir de mes soings dans sa maladie.» Et accumulant ses divers discours les uns avecq les autres, les inteiTompantpar des sanglotz, ^e s'est teuê pour un temps, ce qui nous a donné lieu de luy dire que ledit de la Ville-aux-Clers avoit ordre de se rendre demain au tems de Sa Majesté et sy elle n'avoit pas agréable de faire responce à la lettre que nous luy avons présenté
340 AESlDElfCES ROtAtES.
de sa part) ce qu'elle a asseurë vouUoir faire sans désigner l'heure qu'elle vouloit prendre pour escrire; ce que nous n'avons manqué de vous faire sçavoir au mesme instant, n'ayant tardé à vous despécher le secrétaire Lucas qu'autant de temps qu'il en a fallu pour rédiger par escrit les divers discours qu'elle nous a tenuz et ce que nous luy avons responduy qui n'avons perdu aucune occasion de l'assurer de la bonne grâce et des sincères intentions de Sa Majesté. En sortant de sa chambre, le sieur Cottignon, son secrétaire, nous a accompagnés, qui ne nous a faict espérer qu'elle escrive ce soir, ce qui donne sujet d'appréhender audit de la Yille-aux-Clers de ne se pouvoir rendre, à l'heure qui luy a esté prescripte, près de Sa Majesté qu'il joindra à quelque heure que ce soit au lieu où il pourra estre,rien ne l'en pouvant destourner si non qu'il apprist que vous ne fussiez pas avecq Sa Majesté, etque vous eussiez agréable qu'il vous allast trouver, ce qu'il vous plaira de déclarer audit Lucas. Estant avec ledit Cottignon, nous avons essayé de reconnoistre ce qui seroit de la volonté de la Royne , mais ne l'ayant veue , il ne nous en a sceu rien dire. 11 a bien pris les raisons que nous luy avons dittes pour la persuader; ce n'est pas qu'il ne les faille pressantes pour luy, car il a peyne par soy mesme à se disposer au voyage ; ce n'est qu'il ne
CHATEA.U DE GOMPIÈGITE. 34 1
professe qu'il faut obëyr et qu'il n'adoucisse l'esprit de sa maistresse autant qu'il peut pour nous, la voyant séparée ou ensemble. »
LETTRE DU ROI AU MARÉCHAL D^ESTRÉES, • du a6 février i63x.
a Mon cousin, aiant appris, tant par la lettre que la Royne, madame ma mère, m'a escrit, dont elle chargea la Ville-auX'>Glercs, par luy aussy et depuis par celle que vous m'avez adressée par le chevalier de Fiennes, les divers sentimens où elle se trouvoit, j'ay jugé que j'avois à prendre pied sur ce qu'elle avoit dit audit de la Yille-aux-Clers , et me conformant à ses intentions, vous mander pour le luy faire sçavoir, que bien volontiers je condescends à luy laisser prendre pour un temps sa demeure à Nevers ; que je ne luy eusse jamais proposée à Moulins , si j'eusse sceu qu'il y eust eu de la maladie ou qu'il y en restât le moindre soupçon , aiant sa vie en considération et plus chère que la mienne propre ; qui consens aussy qu'elle envoie en cette ville deux de ses femmes pour y serrer ses bardes, et luy porter celles qu'elle désire , qui y pourront séjourner autant de temps que son service le requerra ; et de mesme il sera libre à ses officiers d'y passer et y demeurer autant qu'ils y auront à faire, et particulièrement le sieur Cottignon, son secrétaire, qui
34^ RliSID£lfCES BOYALES.
dans la reigle générale s'y trouve compris, et que je n'exprime que parce que j'ay sceu qu'il le désiroit ; et pour le chemin dont il vous fut aussi parlé, bien que j'en eusse dressé un qui revenoit à Château Thierry passant par Cœuvres,aiant considéré que les logements Villiers-Costrets et Fère en Tardenois seroient plus commodes que ceux que j'avois arrestez, j'ay changé d'advis pour me conformer à celuylà; mais pour le temps de son séjour à Compiègne, je ne puis me résoudre à consentir qu'il soit aussy long qu'il a semblé que l'on l'ait prétendu depuis le partement dudit de la Ville^ux-CIercs , lequel m'ayant rapporté que l'on demandoit huit ou dix jours pour tout délay. Il me semble qu'il est suffisant pour préparer les choses nécessaires pour son voyage, sachant qu'elle ne peult pas estre en cette peyne puisque, s'acheminant en ladite ville de Compiègne, ce avoit esté en intention de me suivre quelque part que le bien de mon service m'eust appelé , qui est une raison précise pour dire qu'il n'y a rien qui la puisse arrester ; ce qui serviroit aussy de responce à l'objection qui est faicte par les siens, de manque d'argent, de laquelle néanmoins ne voulant m'avantager, j'ay ordonné à mon cousin le maréchal d'Effiat que les sommes qui Iny pourront estre dues du courant soyent délivrées comptant à son trésorier. Vous avez à hiy faire
CHATKA.U BE COArPlèCNE. 34^
entendre le contenu en cette lettre où j'adjouste, ce qui demeurera à vous^ q^ue jugeant que les diverses demandes et les changemens viennent de l'espérance que la Royne, madame ma mère, a conceu que le sieur Vaultier, son médecin ^ lui sera renvoyé, avec lequel vraysemblablement elle voudroit délibérer de ce quelle auroit à devenir ; j*ay estimé que le mieux , percistant toutes fois en la promesse que je luy ai faicte de le luy renvoyer, seroit de le faire emmener en cette viUe d'où je luy renvoyerai au rencontre sur son chemin y ne voulant pas d'un costé que son arrivée auprès d'elle fasse changer Testât des choses, ny par un trop grand retardement prejudicier à sa santé ; et de cela vous pourriez vous ouvrir lorsque l'on vous pressera de son retour, vous en advantageant même pour la convier à partir. Cela importe à mon service qui vous est de telle sorte en recommandation, qu'il suffît de vous marquer qu'il s'en agist, pour vous donner des désirs et des lumières pour l'advancer. Aussy devez-vous faire estât de mon affection et bonne volonté, priant Dieu, mon cousin, qu'il vous ayt en sa sainte garde. »
344 RESIDENCES ROYALES.
LETTRE DU ROI AU MARÉCHAL D'ESTRÉES, dir 27 février i63i.
«Mon cousin, j'avois commandé à laVille-aux- Clercs de vous faire responce à la lettre que vous luy avez escrit en datte du xxvi^ du présent qui ne luy a esté rendue que sur les deux heures de cette après disnée, et vous dire que je loue l'ordre que vous avez tenu pour accompagner la Royne, madame ma mère, lorsqu'elle s'est allée promener, où vous, sans rien bazarder, leur avez faict voir qu'elle n'est en arrest ny suivie de gens de guerre lorsqu'elle veut sortir, à quoy ledit de la VilIe-aux-Clercs auroit satisfait sv depuis je n'avois changé d'advis, tant pour vous mander le contentement que je reçois de vos soings et de vostre dextérité^ que les ordres que j'ay donnés à douze compagnies du régiment de Navarre d'aller à Compiègne y relever les huict de mes gardes que j'y ai laissées, que vous me renvoyrez à l'instant que celles-là seront arrivéez; à quoy je me porte pour réunir auprès de moy Iç corps entier du régiment de mes gardes, et sachant que les capitaines et officiers de celuy de Navarre ne manqueront, non plus que les autres, ny d'affection, de vigilance ny de fidélité à exécuter ce que vous leur commanderez, ce qui par ma lettre du jour d'hier, dont le chancelier
CHATEAU DE COMPlèGNE. 345
de Fiennes a esté le porteur, avez sceu mes intentions sur les choses désirées par la Royne, madame ma mère, que je ne puis changer, et c'est à elle à s'y conformer percistant en ses premières résolutions. Celle que vqus avez prise de faire veiller les actions du sieur de Ville est digne de votre prévoyance, et j'attendz de vos nouvelles sur ce sujet qui ne sçauroient tarder, y aiant lieu de croire que quand bien il se seroit acheminé à Compiègne pour essayer d y faire Sçavoir quelque chose à la Royne, madame ma mère, il ne tardera pas à en partir, et luy mesme s'est engaigé à cela ou par une trop grande imprudence il descouvriroit ses desseins qui ne peuvent que m'estre suspectz pour diverses considérations, ayant esgard au maistre à qui il est, et le chemin qu'il a affecté de prendre pour venir en ma cour. C'est tout ce que j'ay à vous dire pour cette fois, je prie Dieu vous avoir, mon cousin, en sa très sainte garde, j)
l-ETTRE DU MAEÉCHAL D'ESTRÉES AU ROI,
du a8 février i63i.
« Sire, aiant hier receu la despêche qu'il a pieu à Voire Majesté me faire sur le sujet de laRoyne,, sa mère , je m'en allé aussitost la trouver pour luy en rendre compte aux mesmes termes et avecq les mesmes paroles portées dans la lettre
346 R^SrDEITGES ROYALES.
de Votre Majesté ; elle me monstra contentement de ce qu'il avoit pieu à Votre Majesté changer sa demeure de Moulins en celle de Nevere. Pour la route, elle tesmoigna que de Château-Thierry jusques à Nevers, les chemins de la traverse qu'elle avoit à prendre , seroient fort incommodes y et quant au temps et au jour qu'elle voudroit partir, elle me coupa court {et me dit) qu'aujourd'huy à son lever elle m'en rendroit responce pour la faire savoir à Votre Majesté. Ainsy je me retiray, n'estimant pour l'heure la devoir presser davantage, et ne m'ayant point parlé de son médecin , je m'abstins aussy de luy en rien dire; mais le sieur Cottignon que j'avois rencontré en son antichambre s'en estant enquis à moy^ je luy dis que Votre Majesté continuoit en la mesme volonté que M» de la Ville-aux-Clercs l'avoit asseurée, et lorsque vous la sçauriez partie d'icy, que j'estimois que Votre Majesté se disposeroil à luy renvoyer, le conviant d'apporter tout ce qui dépendroit de luy, afin qu'elle voulust au plus tost se résoudre à s'acheminer. Je viens donc maintenant de la trouver, laquelle m'a dit que je pouvois mander à Votre Majesté qu'elle désiroit luy obéyr, mais qu'en premier elle croyoit qu'elle (Sa Majesté) trouveroit bon qu'elle pourveust à sa santé; que Votre Majesté sçavoit bien que tous les mois elle se purgeoit, et que dans ce
CHATEAU DE ÇOMl^lÈGifE. 347
rencontre elle en avoit encore plus besoing^ et suivant ce qu'il vous avoit pieu luy faire dire par monsieur de la YilIe-aux-Clercs de son mëdècin, elle espéroit qu'il seroit venu à temps icy pour la servir. Mais en cas que Votre Majesté pour d'autres considérations ne luy renvoyasty ainsy qu'elleFavoit bien souhaitté, elle seroit contrainte d'en envoyer chercber d'autres à Paris, Je luy ay respondu que Votre Majesté conlinuoit bien en là mesme volonté de luy renvoyer, mais que je n'estimois pas que ce fust icy qu'il la deust venir trouver; sur cela elle m'a respondu, sy l'on peuisoit par cette espérance la faire partir plustost d'icy, que cela ne l'advanceroit ny retarderoit. Je luy ay dit que Votre Majesté ny personne n'avoit cette pensée, et que s'il avoit esté arresté, ce pouvoit estre pour des soupçons d'intelligences qu'il avait peu tenir à son desceu oiesme, et que Votre Majesté préférant sa santé à toute autre chose, s'estoit résolue de luy renvoyer, que je la suppliois de luy dire un jour certain qu'elle pourroit partir d'icy afin que je le puisse mander à Votre Majesté qui désiroit en estre asseurée; sur quoy elle m'a dit que quand elle seroit purgée et que sa santé lui pourroit permettre, qu'elle partiroit. Je luy ay demandé sy ce pourroit être dans qAiatre, six ou buit jours au plus tard; à quoy elle a reparty, que cela dépandoit de l'es*
tat auquel elle se trouveroit au plus tost qu'il luy seroit possible : sur ce je me suis retiré. Et le sieur Cottignon, qui estoit dans sa chambre sortant avecq moy, m'a dit qu'avecq la douceur et un peu de patience on gagneroit avec la Royne tout ce que l'on désire. Je luy ay reparty^ quant au respect avec lequel je me conduîsois , que je croyois qu'elle n'avoit point de sujet d'y retrouver à redire, et pour la patience, que cela dépendoit de la volonté de Votre Majesté. En suitte il m'a demandé si je croyois que le sieur Vaultier la deust venir joindre à Château Thierry. « Et eu a ce cas, luy ay-jedit, se résolveroit elle de partir <c promptement et de remettre de se purger là?» Elle m'a dit qu'en toutes façons elle ne se partiroit point d'icy qu'elle ne se fust purgée, mais qu'assurément si je luy pouvois donner cette parole de la part de Votre Majesté, qu'elle faciliteroit et advanceroit son parlement : je luy ai dit pour ne perdre point de temps s'il plaisoit à la Royne, en cas que Votre Majesté ne luy voulust renvoyer ce sieur Vautier, de nommer les médecins qu'elle désire; que dès demain on les feroit partir de Paris affin que sa santé ne soufTrist aucune incommodité. Mais toutes les choses que vous a adifancées y son partement n'estant pas selon son gré, aussy y trouve-t-elle de la difficulté. Votre Majesté estant entièrement informée
GHATEiLU D£ GOMPlÈGNE. 349
de ce qui se passe^ me fera l'honneur, s'il luy plaist, de me commander ce que j'aurai à faire de plus. »
LETTRE DE LA REINE MÈRE AU ROI, du i'' mars i63i.
« Monsieur mon filz, j'avois tousjours espéré l'effet de la promesse que mon cousin, M. le mareschal d'Estrëes et le sieur de la Ville-aux-Clercs m'avoient faite de votre part de me renvoyer mon médecin. Mais ayiant apris qu'au lieu de ce faire, il a esté ce matin emmené de Senlis à Paris pour estre mis dans la Bastille, je vous escript cette lettre pour vous supplier très humblement que, considérant combien il m'est nécessaire pour la conservation de ma vie et de ma santé en laquelle il a toujours heureusement reûssy par la connoissance qu'il a de mon naturel et de ma complection, vous me le voulliez renvoyer affin que me purgeant je me puisse garantir d'une grande maladie dont je suis menacée à cause des desplaisirs que j'ay receus et reçois tous les jours de me voir séparée de vous. Je m'asseure tant de votre bonté qu'elle ne dénieroit au moindre de vos subjetz la grâce que je vous demande. »
35o RÉSIDENCES ROYALES.