LK CHATEAU DE LA CHEVRETTE
Revenons à sa belle-sœur. Le 4 janvier 1765, il lui nait un premier petit-fils, en Navarre, Denis- Joseph-Henri de Belsunce; un second, Jean- Antoine, le 23 février 1766. En 1 765, installation du fameux médecin genevois Tronchin à Paris, et succès retentissant du Philosophe sans le savoir : deux sujets de joie pour Mme d'Épinay, qui aima toujours orner son intimité de figures célèbres. L'année 1767 vit, avec le mariage de Mme de Lucé, celui de Sedaine.
L'auteur avait multiplié ses relations dans la vallée de Montmorency. Il fut associé aux représentations de la Chevrette, pendant le séjour des Préninville ; les Magnanville ne furent pas moins heureux de l'y retenir. La vente de Saint-Leu, le départ de Dufort pour Cheverny, en 1765, ne changèrent rien à son goût pour ces campagnes. La gloire du Déserteur — la chose est connue — commença à la Briche. Là, comme ailleurs, les grands intérêts du moment étaient Topéracomique et les proverbes. Mme d'Épinay s'essayait à écrire pour le théâtre restauré chez elle ; mais
a II est homme de condition ; la nature l'a doué des qualités du cœur et d'une figure assez agréable; il était plus jeune que moi.* 11 ne faut pas le confondre avec Claude-Louis de la Chastre, dit le comte de Nançay, marquis, puis duc de la Chastre, maréchal de camp en 1788, attaché à Louis XVIII pendant toute lémigration. Le second mari de Mme de Lucé, capitaine au régiment de Camhrésis en 1768, quitta le service en 1770, avec l'assurance de la croix de Saint-Louis pour retraite, et ayant peu marqué dans la carrière. (Archives du ministère de la Guerre.)
il lui fallait un collaborateur, et l'abbé Galiani, sur lequel elle avait jeté son dévolu pour ce rôle, s'y dérobait autant qu'il le pouvait. Le bruit de ces plaisirs alla jusqu'à Ferney, et fit écrire à Voltaire, le 20 novembre 1767 : « Ma belle philosophe a donc aussi chez elle un petit théâtre... C'est assurément le plaisir le plus noble, le plus utile, le plus digne de la bonne compagnie qu'on puisse se donner à la campagne. » Sedaine n'y allait point seul depuis le commencement de l'été ; il venait de se marier, avons-nous dit. Il le fit dans des circonstances fort délicates, où les mauvaises langues, après Bachaumont, trouvèrent trop facilement à gloser. Dufort, qui lui est une utile caution devant la postérité, termine le récit de l'affaire par ces mots (1) : « Sedaine se consolait avec une femme excellente; elle vivait dans la meilleure compagnie, y était aimée, estimée et considérée... » Auprès de Mme d'Épinay aussi, elle gagna son procès, et elle lui fut attachée par des liens que la mort seule rompit.
Pendant ce temps-là, Mme d'Épinay, qui n'avait pas besoin d'être encouragée au désir de briller et de plaire, reléguait sa famille à un plan très lointain. Louis achevait, je ne sais où, ses études de droit. Une idée admirable fut de l'envoyer rejoindre sa sœur à la frontière d'Espagne ; on lui
(1) Mémoires, 1,362.
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achèterait une charge de conseiller à Pau, qui n'est pas distant de plus d'une quinzaine de lieues de Méharin. Et ainsi fut fait : il y va recommencer à se charger de dettes, et se rendre impossible avant deux ans. Quel magistrat que « ce fils de M. d'Épinay » ! ainsi que l'appelle Galiani. Ce sera, toute sa vie, à tout âge, en toute condition, en tout lieu, un dissipateur comme son père; avec cette nuance qu'il a plus de goût pour le jeu, et M. d'Épinay pour les femmes. Par malheur, un bon conseil vint alors à manquer à cette famille de si peu de sens; Jully achevait presque de rétablir la fortune de son frère, quand il sentit les premières atteintes d'un trouble mental qui le força de renoncer à tout souci d'affaires. Le meilleur des Lalive était sur le chemin de la folie.
J'imagine que la pauvre Mme d'Épinay éprouva elle-même les effets d'un manque de direction plus absolu. La gêne est désormais chez elle, la tourmente et l'humilie, et lui fait perdre, à l'occasion, une certaine fleur de probité. Elle paye mal ses domestiques; elle va relancer, au bout de quatre ans, l'ancienne institutrice de sa fille, pour lui emprunter jusqu'à de petites sommes. En 1769, comme un orage dans un ciel serein, une crise éclate, dont on s'est demandé avec étonnement la cause ; et pourtant la réponse est claire, dans ces quatre lignes d'une lettre du
4 octobre à Galiani : « J'ai des enfants, des dettes, d'anciens domestiques, qu'il faut pouvoir récompenser. » Les enfants et les domestiques étaient les charges prévues d'un budget très suffisant. Pourquoi des dettes? — La fin de Taveu renferme le mot essentiel : « L'équité veut que je me réduise au strict nécessaire; mais je ne vous cache pas que cette réforme me coûte infiniment. » Elle ne sait donc pas encore se réduire au strict nécessaire, malgré les inspirations de « l'équité » ? On sent, d'ailleurs, ce que le mot a d'impropre; elle faisait grief à l'honnêteté même. Elle ne prend jamais que des demi-partis : elle louera la Briche, à cette heure; mais elle gardera son équipage, et les réceptions ne chômeront pas. C'est un désastre... Bah! divertissons-nous, ou, tout au moins, divertissons, un instant, l'abbé par quelques folies :
Comment, je n'aurai pas un instant à moi! Toujours des inquiétudes, des affaires, des... etc. Oh! la sotte vie que la mienne! Mon gendre est là qui a mal aux dents. Oh! comme il souffre! 11 fait une grimace de possédé. Sa femme a la colique, Ragot a des convulsions, Rosette aboyé à me fendre la lête. Je veux écrire ; point! c'est une visite : une femme que je n'ai jamais vue; elle vient voir la maison. Elle est à louer, ma maison : il faut bien qu'on la vienne voir. Cette femme est une tatillonne, une bavarde. — - Suit le bavardage finissant par ce trait : « Et les meubles? Reste-t-elle meublée? — Madame, il faut acheter le canal, et l'on pêche les meubles tous les trois ans. » En vérité, j'ai
dît comme cela, tant j'étais ahurie de ses questions et de ses étourderies.
EnBn vient un «mot de crève-cœur, qui repose de ce rire forcé. La chercheuse d'esprit se tient, dit-elle, « à quatre pour ne pas pleurer. » Oh! le peu de larmes répandu parmi tant de pages !
Les sujets en abondent dans sa vie, comme dans toute autre. Ce gendre, dont elle raille la grimace, est venu l'entretenir, sans doute, des mesures à prendre contre son fils, car il a fait cent sottises. On l'oblige à signer sa démission, et une lettre de cachet va permettre d'enfermer M. le conseiller aux bastilles de Bordeaux, où il demeurera près de deux ans. Mmed'Épinay passe sous silence l'amertume des délibérations où ce coup de rigueur fut résolu. A peine a t-elle laissé entrevoir ses peines, qu'elle y cherche des dédommagements. L'amitié des philosophes est le premier; puis, voici le second : « Il m'est arrivé, du fond des Pyrénées, une mienne petite-fille de deux ans, qui est une originale petite créature. » C'est Marie-Renée-Thérèse-Émilie de Belsunce, à qui l'amitié de sa grand'mère et celle de Grimm donneront, un jour, quelque renommée; elle est la dernière enfant de la vicomtesse, née à Méharin le 20 février 1768. « Elle est noire comme une taupe, elle est d'une gravité espagnole, d'une sauvagerie vraiment huronne; avec cela, les plus beaux yeux du monde, et de certaines grâces
naturelles, un mélange de bonté, de sérénité, dans toute sa personne, très marquée et bien singulière pour son âge. Je parie qu'elle aura du caractère, w Cela est, en effet, singulier à dixneuf mois et demi; mais, où la lanterne n'est pas allumée, les uns ne voient rien, les autres tout ce qu'ils veulent : «Allons! voilà qui estdit; demain, je l'enlève à sa mère..., et nous verrons, une fois, un enfant qui n'est ni contraint, ni gêné ; ce sera le premier exemple dans Paris. » Ainsi, ce qui paraissait un élan du cœur de l'aïeule dégénère en vanité. Tout Paris sera convié à suivre son
éducation d'Emilie; elle pense balancer le succès d'Emile, Rousseau a beau être devenu un ennemi; elle a chassé l'homme, mais conservé l'idole.
Cependant la Briche ne fut pas louée en 1769, et nous assistons, un an plus tard, aux véritables adieux, toujours dans la même note de gaieté pitoyable : « 20 octobre 1770. — Il n'est rien de pareil à mon aventure de la semaine dernière; elle est si désastreuse, qu'il en faut mourir de rire. Je reçois, le matin, un avis que, par la faute de mon notaire, par sa négligence enfin, je me trouve forcée à faire un remboursement de dix mille livres, sur lequel je ne comptais pas, et dont je n'ai pas le premier sol; et cela^sous huit jours. Je fais mettre mes chevaux, et je pars pour Paris, pour trouver la chose impossible. » Puis vient l'histoire qui veut être à mourir de rire, et dont
je craindrais d'ennuyer le lecteur. Ces seuls mois sont dits avec quelque sérieux : n Je retourne demain à Paris; mes réparations sont finies, et je dis adieuàlaBrichesansmiséricordeetsans retour. Elle est louée pour neuf ans, sans clauses, et, dans neuf ans, qui sait si je serai au monde? » Faux départ; elle est chassée de sa nouvelle demeure — rue Sainte-Anne — par Todeur de la peinture. Elle date sa lettre suivante au même correspondant : a A la Briche, à Paris, sur le chemin, partout où je trouve une plume et de Tencre, depuis le 3 novembre 1770 jusqu'au 10, que la lettre partira. »> Elle l'écrit, un instant, sur un damier où, la veille, le marquis deCroismare a perdu une partie d'échecs. Parmi le branle-bas du départ, on jouait, dans son salon, sans tables, presque sans sièges. Il souffle par là un vent de Bohême. Si enclin que Galiani soit à la gaieté, il trouve, en pareilles circonstances, celle de son amie un peu forte : « Vous voudriez me fair'e rire sur vos infortunes : cela est impossible aux absents. Les éloignés ne voient que les choses, et jamais la couleur des choses. » Elle allait tenir un bureau d'esprit, dans le proche voisinage de celui que la mort ferma, l'année suivante, aux Filles-Saint- Thomas (1).
(1) Galiani lui adressait une lettre, le 17 juillet 1769 : « Bue Sainte- Anne, passé la rue Neuve-des-Petits-Charops, la seconde porte cocbère à droite, au premier. » C'est aujourd'hui le nu-
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La société de Mtne d'Épinay dans l'œuvre de Caruiontelle. — Les Fallu, les de Maux, les de Prunevaux, les d'Alençon, le groupe de Saint-Prix. — Les MontuUé et les Turpin de Crissé. — Les nouveaux comédiens de la Chevrette. — Représentation de « Roméo et Juliette ». — La marquise de Gléon et le chevalier de Chastellux.
Mme d'Épinay a laissé, dans la vallée de Montmorency, des amis auxquels elle n'a pas fait rhonneur de les nommer, sans doute parce que leur rôle, dans son cercle, fut sans gloire. Carmontelle va nous faire connaître quelques-unes de ces figures de second plan, sa galerie étant, comme on sait, assez facilement ouverte. Nous Tavons vu, à la Chevrette, le crayon à la main, par un beau soir de l'automne de 1760. Nul doute qu'il n'ait pris quelque habitude avec le monde de la vallée, et que la Briche, après la Chevrette, n'ait été un de ses centres préférés (1). Déjà,
méro 69. (Lettres^ I, 15.) Elle se domiciliait rue INeuve-des- Petits-Champs dans l'acte de donation à Mlle Drinville, le 5 octobre 1764.
(1) Voyez, pour les noms qui vont suivre, l'ouvrage de M. Gruyer, déjà cité [Chantilly ^ les Portraits de Carmontelle)^ qui a une bonne table alphabétique, et, aux Archives de Chantilly : de Ledans, Appel nominal des portraits composant le recueil de feu M. de Carmontel [*ic]. La collection de M. de Ledans comprenait des portraits qu'on ne retrouve pas à Chantilly, notamment, et selon Tordre de mes citations, ceux de
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le lecteur a entendu parler des portraits de Mme d'Épinay, de Grimm, de Mme d'Esclavelles, de Linantet du curé de Deuil. Joignons-y d'autres figures de la famille : M. d'Épinay, Pauline, deux fois dessinée, — fillette d'abord, en petite bergère, puis vicomtesse de Belsunce, — les d'Houdetot, JuUy, la marquise de Roncherolles et ses enfants^ la comtesse Tardieu de Maleissye, — dame de Maugarny à Margency, une cousine moins connue; — puis l'intimité fameuse : les Diderot, les d'Holbach, les Croismare, les Valori, les Saurin, les Gatti. Je viens à des noms plus obscurs, et que le crayon de Garmontelle signale le premier dans l'entourage de Mme d'Épinay : les Fallu, les de Maux, les de Prunevaux, les d'Alençon, les Petit des Landes, la nombreuse famille de Mme Herbert — à laquelle on peut joindre les Cassini — enfin les MontuUé.
Mme Pallu devait être une La Vieuville, femme de l'ancien seigneur de la Barre, Bertrand-René, l'intendant de Lyon nommé plus haut.
Jacques Alixand de Maux dont le nom est dans
M. d'Épinay (n« 566), M. et Mme d'Houdetot (n" 553, 554), Mme de Roncherolles et ses enfants {n" 212-215), Saurin (n* 170), Mme de Bré^îet (n»« 125, 478, 570, 633), Mme de Marcenay (n" 571), Mme de Lacombe (n« 572), Mme de Cassini (n^ 479), Mme de Montullé (n« 634), Turpin de Crissé (n" 597-601).
Je ferai remarquer que Mme de Lacombe, sous le n" 572, est faussement nommée, par Ledans, « Mme de Lorme. « Celle-ci figure, exactement désignée, sous le n° 105 de la collection de Ledans, et sous le n° 291 du catalogue de M. Gruyer.
les Mémoires avec un titre de président, était un secrétaire du roi, reçu dans ces fonctions, en 1757, après avoir tenu un emploi dans les fermes générales. Sa signature se trouve deux fois dans les registres d'Épinay : en 1762, comme témoin de rinhumation de Mme d'Esclavelles ; en 1767, comme parrain, avec la dame du lieu pour marraine, de Tenfant d'un jardinier. Sa femme était très connue dans le monde des artistes : « Cette dame de Maux, dit Collé, est la fille du comédien Dufresne et de Mlle Seine, célèbres acteurs dont on se souviendra longtemps (1). Cette femme, avec la figure la plus aimable, aurait eu du talent pour le théâtre, si on l'eût destinée à cette profession; mais elle a été mariée par le duc de Nevers à un sous-fermier, qui, je pense, est à son aise; cela vaut mieux pour elle que d'être comédienne . » Collé la qualifie habituellement de « divine » ; quelque comédienne, à toutes les époques, s'est vu flatter de la même hyperbole. Carmontelle a représenté Mme de Maux répétant un rôle d'opéracomique, sous la direction de l'artiste Saint- Quentin. Sa fille y figure avec elle : celle-ci s'appellera Mme de Prunevaux; elle échauffera fort le cœur et la bile de Diderot, à propos des préférences qu'elle accordait au chevalier de
(1) Abraliam- Alexis Quinault, dit Dufresne, épousa, vers 1726, Catherine-Jeanne Dupré de Seine. L'un avait débuté à la Comédie-Française en 1712, l'autre en 1725.
Foissy (1). Mme de Maux paraît avoir été extrêmement liée avec Mme d'Épinay. Un autre dessin la représente, — de dos, — s'approchant de son amie pour lui parler à l'oreille. M. de Ledans a écrit au bas les premiers mots de la confidence supposée, sans doute par manière de raillerie d'une phrase trop souvent répétée : « Écoutez donc que je vous dise... »
Du même monde, sans doute, était Mme d'Alençon, dessinée par Garmontelle, seule, et avec Mme de Bréget. L'intimité établie par ce rapprochement nous détournera de l'identifier, comme on a fait, avec une comtesse de Lorraine. Il y a la plus grande analogie entre la carrière de son mari, Charles Loyson, qui se donna du d'Alençon,^ et celle de M. de Maux. Loyson, intéressé dansles affaires du roi, receveur du grenier à sel de Meaux, acheta une charge de secrétaire du roi, en 1760. 11 avait épousé, en 1751, Mlle Gonnet,. fille d'un intéressé dans les affaires du roi, celle qui, selon toutes probabilités, servit de modèle à Garmontelle.
(1) Fut-elle mariée à un FouUé de Prunevaux? Cette familleétait originaire du Nivernais, ainsi que les Alixand de Maux; mais La Chenaye la présente comme éteinte, en la personne de Charles-Nicolas, conseiller au Grand Conseil, qui mourut en 1708, ne laissant que des filles.
Voyez les OEuvres de Diderot, V, 263; IX, 50; XVII, 330, 333; XX, 16, 17, 19, 25. — Correspondance littéraire^ Y y 348,. 392. — Sedaine a adressé à Mme de Prunevaux une charade^ rimée {Ibid., IX, 46.)
Les Petit des Landes sont d'une dynastie de correcteurs à la Chambre des comptes, des voisins, possesseurs du château de la Terrasse à Saint- Prix. Il y a là, à la fin de l'ancien régime : un oncle Antoine-César, son neveu Charles-Jean, et ses deux nièces. Tune, Marie-Élisabeth, mariée au président à la Cour des monnaies Chantier de Brainville, l'autre, Charlotte-Louise, à Henri- Melchior, baron de Vaux, un maître des Comptes, C'est cette dernière qui représente sa famille dans la collection de l'artiste (1). Elle est jeune, vers 1760; on ne peut donc hésiter entre elle et sa belle-mère Anne-Agnès de Blair, ancienne dame de Cernay, qui habita Épinay dans les derniers jours de l'ancien régime.
Carmontelle a pu, à la vérité, la dessiner à Saint-Prix, où il est certain qu'il est venu au temps de Mme Herbert. Celle-ci, Marie Moutade de son nom de famille, avait épousé Claude- Jacques Herbert, fermier des carrosses de Bordeaux, économiste distingué, qui se suicida, dans des circonstances rapportées par la Correspondance littéraire sous la date du 1" mars 1758. Malgré les embarras d'argent qui le poussèrent à ce désespoir, il n'en laissa pas moins sa veuve en
(1) Auguste Rey, Notes sur mon village : le Château de la Terrasse et le Fief de Maubuissoii, a Saint- Prix. Paris, 1888, in-S**, p. 58. — Almanach royal^ de 1756 à 1789. — Mémoires de la Société de l'Histoire de Paris et de V Ile-de-France, t. XXVI , 1899, p. 321.
état d'acquérir une maison de campagne à Soisy et, sous le nom d'un de ses gendres, M. de Bréget, la seigneurie de Saint-Prix, qu'elle garda de 1766 à 1772 (1). Elle eut, outre Mme de Bréget, deux filles, Mmes de Marcenay et de Lacombe. Carmontelle en a composé un groupe qu'on appelait, au dire de Ledans, a les Grâces du tiers état, » par opposition aux « Grâces de la noblesse » , figurées par Mmes de Blot, de Brionne et d'Egmont (2). Joseph-Philippe de Bréget, baron du Saint-Empire, et, vers la fin de sa carrière, mestre de camp de dragons, lieutenant des gardes du corps de Monsieur, vendit Saint-Prix, en 1772, à la comtesse de Montboissier-Beaufort-Canillac, — encore un personnage de la galerie que nous parcourons, — et acheta, à Épinay, une autre terre, érigée en fief en 1779 (3). Carmontelle a reproduit avec complaisance les traits de Mme de
(i) Auguste Rey, Notes sur mon village : la Fin de Vancien régime à Saint-Prix. Paris, 1881, in-8°, p. 18.
(2) M. de Marcenay, officier d'artillerie, a son portrait à Chantilly; Ledans a possédé celui de M. de Lacombe. « Les Grâces du tiers état » sont restées dans la famille de Marcenay.
Je possède, de l'œuvre de Carmontelle, une scène champêtre : « Mme de Marcenay jouant le rôle de la mère, dans la comédie des Bonnes gens, qu'elle jouait à ravir, » et j'ai vu la photographie d'un groupe : a Mme de Marcenay avec son fils âgé de onze ans, dans le parc du château de Saint-Prix, appartenant à Mme Herbert sa mère. » Les légendes sont de la main de la Mésangère, qui, à la mort de Ledans, avait racheté sa collection.
(3) Archives de Chantilly, Répertoire des titres du duché d\4nguien (dix-huitième siècle).
Bréget, dans cinq groupes, où elle est associée, entre autres, à Mmes de Gassini et de MontuUé, dont nous allons parler (1) . A propos des « Grâces du tiers état », M. de Ledans a ce mot indiscret : « Garmontelle aimait la maman. » Impossible de juger des charmes de Mme Herbert, fort douteux dans la personne mûre qui a place au musée Condé Les Gassini habitaient alors, à Franconville, la propriété qui deviendra magnifique et célèbre entre les mains du comte d'Albon. Le portrait de Dominique-Joseph a été conservé ; il était le petit-fils du fameux astronome. Officier, quant à lui, dans les gardes du corps du roi, il passait pour un mari complaisant au comte de Maillebois. La mère de M. de Bréget était une Gassini. A signaler encore le portrait d'un personnage non identifié, classé sous le nom de M. du Rouet, et en qui je pense qu'il faut reconnaître un autre voisin, M. du Ruet, seigneur foncier de Sannois, receveur général, qui fut guillotiné, plus tard, à cause de sa fortune, comme La Borde, Magon, Serilly et tant d'autres (2) .
Un mot rapide sur les Montullé, après cette énumération, et dans un dessein qu'on va voir. Ils ne devinrent possesseurs qu'en 1773 du fiefd'Arras
(1) Le musée Condé ne possède qu'un de ces groupes, où elle est représentée avec son mari et Mme de Montullé. Les autres sont indiqués par Ledans comme faisant partie de sa collection.
(2) Les Portraits de Carmontelle, p. 341. — Mémoires de Marmontel, édit. Tourneux, 111, 328.