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plus long probablement, — qu'elle avait des crampes à Testomac; c'était une de ces crises comme elle en eut tant, et qui, alors, cédaient sans révéler la blessure profonde. L'autre abbé écrit, le 14 décembre : « Je vous crois guérie de vos cruelles souffrances; aussi je vous réponds gaiement. >» Et le même ton reparaît dans ces lignes de la convalescente, au début de l'an nouveau :
Janvier 1772. — Pour commencer par vous mettre de bonne humeur, mon cher abbé, je vous envoie une chanson nouvelle, sur un air qui n'est pas nouveau. Je vous conseille de la lire et de la chanter; cela vous donnera de la gaîté; ma lettre vous en paraîtra meilleure. — Eh bien ! vous dites donc que les idées ne sont pas la suite du raisonnement, qu'elles le précèdent, et qu'elles suivent les sensations; que nous prouvons par le raisonnement qu'un bâton ne se courbe pas dans l'eau...
La voilà dans les plates-bandes du fabuliste :
Quand Teau coarbe un bâton, ma raison le redresse.
Elle y avait place déjà à titre de cigale chantante et insoucieuse. Mais, au fait, c'est le même rôle : couplets, philosophie, chansons que tout cela!
Telles sont les gens, les occupations, les vanités et les traverses parmi lesquelles sa vie s'écoule. Le fond désormais ne variera guère;. l'année où nous venons d'insister est caractéristique à ce point de vue.
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En 1772 se place l'épisode intéressant de la mort de MUeDrinville, que je ne sache pas qu'on ait jamais raconté. Cette institutrice a quitté la mère de Pauline, comblée, semble-t-il, de ses bienfaits : elle a droit à 3,000 livres, honoraires de six années, gagnés, par suite du mariage précoce de son élève, en dix-huit mois, et, en outre, à une rente viagère de 300 livres, accordée comme gratification. Après avoir fait encore aTéducation de Mlle de Vernassal, qui devint Mme de Domangeville, et celle de Mlle de Bussy» , et recueilli la succession d'une tante, elle eut assez d'aisance pour prendre une retraite dont elle ne jouit pas longtemps : elle mourut le 4 juin 1772.
Un frère fut son héritier; il s'appelait Bottemotte, nom que sa sœur avait changé en celui de Drinville (1). Or, voici ce qu'il trouva dans les papiers de la succession : un billet pour les 3,000 livres d'honoraires dues encore par Mme d'Épin ay, le titre de la donation de 300 livres de rente, une obligation de 3,000 livres empruntées par ladite dame à l'ancienne institutrice, le 11 octobre 1763, et enfin deux autres billets de la même, montant ensemble à 90 livres. On voit l'habile renversement de la situation : la bienfai-
(1) II y avait, en 1791, un Bottemottc, médecin, 4, rue de la Roquette. (Arch. nat., Q', 117.) C'est un vieux nom parisien : Bouttem otte, habitant de la rue Saint-Jacques, contribue au don de 300,000 livres pour l'entrée du roi^ en 1571. (Bibl. nat., Mss., F. fr. 11692.)
triée a donné sa parole et quelques rentes, plus ou moins exactement payées, et Toblig^ée a donné 3,000 livres et plus, au lieu de les recevoir.
Armé de ces titres, Bottemotte demande un règlement de comptes; il prie, sollicite pendant six mois; il assigne enfin Mme d'Épinay, qui rembourse Targent prêté : Tobligation de 3,000 livres, les deux billets de 90 livres, et se libère des arrérages en retard de la rente. Quant aux 3,000 livres ^'honoraires, c'est une autre affaire; elle oppose qu'elles ont été converties en 300 livres de rente viagère, et que le billet et la donation ne sont qu'un seul et même engagement. Résistance de Bottemotte, qui s'en tient aux deux titres; et le colloque suivant s'engage : a Pourquoi, dit-il, n'avoir pas détruit matériellement le premier, ou ne pas l'avoir annulé par une clause insérée, dans la constitution de rente? — Mlle Drinville a oublié d'apporter l'écrit chez le notaire. Plus tard, elle l'a égaré. C'est vrai qu'il n'a pas été annulé par une clause du second contrat; mais la bénéficiaire n'a pas songé davantage à s'en réserver le profit. Puis, pendant huit ans, elle n'a jamais formé la répétition de ses honoraires. — Comment l'aurait -elle fait, pendant qu'on lui empruntait une somme précisément égale? Allaitelle prêter pour qu'on la remboursât? » Mais voici le coup de massue. Bottemotte produit une lettre où Mme d'Épînay écrit à sa sœur : « J'ai eu enfin
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la décision de ma famille hier : je vous ferai la' rente de cent écus, et je vous en porterai l'acte bien conditionné à la fin de ce mois. » Réunit-on un conseil de famille pour acquitter une dette?. Son intervention ne s'explique, évidemment,' que s'il s'agit d'autoriser une libéralité.
Mme d'Épinay résista quand même, et, devant deux degrés de juridiction, succomba, et ce fut justice (1). N'était-elle pas, au fond, de l'avis de celui qui lui soufflait que, « dans l'état actuel de la France, » on devait jouir « au moins du plaisir de ne pas être obligé de payer ses dettes w ? Probité, vertu bourgeoise. Le même mauvais conseiller n'en voulut pas démordre, aussi bien après la sentence définitive (2) : « Je suis bien fâché, lui écrit-il, de la perte de votre procès, qui dérange vos finances; mais quelles finances ne sont pas dérangées?... Je vois que tous les souverains du monde protègent les mauvais payeurs par sympathie. Vous serez donc protégée, etmettez-
(1) Mémoire pour le sieur BoUemotte, seul héritier de la demoiselle Bvttemotte, dite Drinville^ sa sœur^ demandeur; contr^ dame Louise^Florence^Péti onille Tardieu d*Esc1av elles , épouse f séparée, quant aux biens, de Denis-Joseph Lalive, écuyer, seigneur d*Épinay et autres lieux, défenderesse, Paris, impr. Cellot, 1773.
L'exemplaire que je possède de ce factum porte, écrit à la marge : «Jugé en faveur de ce mémoire par sentence du... 1773, confirmé par arrêt du Parlement du 29 août 1773. — Plaideurs : M* Bazin, pour l'appelant; M^ de la Goûte, pour Tintimé. »
(%) Lettres de Galiani, II, 263.
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VOUS bien dans la tête que celui qui ne veut pas payer ne doit rien. » On nous a dit y à propos d'autres fautes, que Mme d'Épinay conserve rhonnéteté et le charme, bien qu'ayant « laissé quelque peu de sa blanche laine aux buissons de la route » . Mais voilà un accroc d'un nouveau genre : quel vêtement restera-t-il à la brebis?
Celui qu'elle se tissera avec sa plume, Évidem-» ment, elle compte se parer de son imagination devant la postérité, s'envelopper dans les plis nombreux de son style, et substituer finalement l'auteur à la femme et à la mère de famille. Elle écrit alors plus que jamais : elle donne, au com* mencement de 1772, /e Rêve de Mlle Clairon (i) ; à la fin, une lettre à Rigole^ de Juvigny, en réponse au Discours, sur le progrès des lettres en France (2) ; entre temps, sa correspondance ne chôme pas , car ses meilleurs amis sont à l'étranger. Grimm est devenu l'éternel voyageur.
(1) Correspondance littéraire y X, 401, 1" janvier 1772.
(2) Ibid., X, 167.
Grimrn, ministre plénipotentiaire du duc de Saxe-Gotha, baron de Grimm. — Ses voyages^ — Nouvelles frasques de Louis à Paris et à Nancy. — Il passe en Suisse. — Grimm et Diderot à Saint-Pétersbourg. — Changements de domicile de Mme d'Épinay. — Nouvelles de la campagne. — Comédie et mariage ^ la Chevrette. — L'ancien curé de Deuil. — Les Conversations d*Êmilie. — Mariage de Louis à Fribourg. — Mme d'Épinay se fait construire un hôtel rue de la Chaussée-d'Antin. — M. d'Epinay interdit.
Au printemps, Grimm visite F Allemagne, où les honneurs lui pleurent : il est nommé ministre plénipotentiaire du duc de Saxe-Gotha et Alten* bourg auprès de la cour de France, et baron du Saint-Empire. Il avait demandé ce titre, à ce qu'il dit, pour voyager en Italie avec les enfants du landgrave de Schonberg (1) . a Baron de Grimm, » signera-t-il désormais, et même «de Grimmbof» , dans les grandes circonstances (2). u Gomment, demande Galiani, le distinguer du vrai baron [d'Holbach]?» Car, pour lui, « le vrai baron est celui où Ton dîne. » En mai, au cours du même voyage, il a une attaque de choléra, et, à peu près en même temps, le marquis de Croismare,
(1) Lettre, du 14 mai 1772, de Grimm au duc de Saxe-Gotha. (Revue des autographes publiée par Mme veuve Gabriel Charavay, n« 282, mai 1904, p. 6.) ^
(2) Comme il fit au contrat d'Emilie de Beisunce, -en 1786. {Erinnerungen einer Urgrossmutier^ p.* 471.)