I«B LE CHATEAU DE LA CHEVRETTE
porte contre une vive résistance de son mari, dont l'interdiction est finalement prononcée, le 18 sepîmbre 1777. On lui laisse 10,000 livres de penlon, comme sous l'administration de Jully, et la luissance de sa maison de la rue des Saussaies >ute meublée. Le voilà bouclé, comme un délent, pour la lin de ses jours, qui ne sera pas mgue. Mme d'Épinay avait bec et ongles.
ort de Vollaîre el de Rouijcau. — Louii pourvu d'un noaveaa conseil judiciaire. — Aggravation de la maladie de Mme d'Épinay. — Morl de Jully. — Épitaphe de Mme de Peman. — Remplacement de Savalelte à la Chevrette par le duc de l'infBDlsdo. — ^ Réforme dans Ui fermes. — Situation de Mme d'Épinay fort peu diminuée. — Vente de sei dîamaatt à Catheriae. — Emilie dame d'honneur de l'Impératrice. — Mort de M. et de Mme d'Épinay. — Lti Coiivenalioiit d'Êmilit couronnéei. — Teatament. — Mémoire!.
Après le père, le fils. Mais n'ouvrons pas le lapitre de l'année 1778 sans rappeler la mort es deu-t illustres philosophes dont elle avait rigué l'amitié. Voltaire s'éteignit dans sa gloire,
Paris, le 30 mai; il avait, auparavant, visité la lalade, et lui avait fait espérer qu'il viendrait abiter une maison achetée dans son voisinage; aroles dont elle s'enivra. Rousseau mourut dans ts idées noires, à Ermenonville, le 2 juillet; elle
lui composa une épitaphe, qu'elle fit placer à TErmitage, comme un monument de sa sensibilité. Puis, elle descendit de ces hauteurs, pour s'occuper d'une nouvelle interdiction de son fils. Tandis que M. de Boccard assurait que, jouissant de 5,000 livres de rente comme Louis, on pouvait, à Fribourg, avec de l'intelligence et de l'ordre, « avoir carrosse et donner assez souvent à manger, » ce prodigue incorrigible fit. environ 80,000 livres de dettes en trois ans. Mme d'Épinay parla, à ce propos, de vendre ses diamants, et les vendit effectivement, un peu plus tard, à l'impératrice de Russie. Louis, dans une lettre du 30 décembre 1778, la supplie de n'en pas venir à cette extrémité; mais elle devait appliquer le prix plus à ses propres dettes qu'à celles de son fils. On la voit, en effet, donner à Fribourg beaucoup de conseils et fort peu d'argent. Ignace de Boccard, un cousin de sa belle-fille, écrivait à Mme de Belsunce, le 23 novembre, et lui demandait assez vivement que ses parents tt fassent quelque chose gratis dans cette circonstance ; un envoi de cent louis ferait bien des affaires » , et servirait notamment à le rembourser de 200 ou 300 livres, dont il s'est porté caution vis-à-vis d'un notaire. Il ne les obtint pas. Mme d'Épinay n'envoya rien de plus que 900 livres à sa belle-fille, relevant des couches où elle mit au monde — le 24 janvier 1779 — Anne-ÉIisa-
beth-Louise, sœur cadette de Pierre-Louis-Nicolas- Joseph-Quirin, né le 30 octobre 1777, et d'un autre fils, mort en bas âge. Le ménage, qui supporta intégralement le poids des intérêts de sa dette, — soit 3,000 livres, — jusqu'à des temps meilleurs, dut vivre avec un revenu de 1,825 livres. Un dernier enfant, Marie-Joséphine- Françoise-Rosalie, lui naîtra le 29 août 1781. Louis, le pauvre homme qui ne fut jamais qu'un sot, pleurait outre mesure, et se plaisait à rapporter à sa mère que l'advoyer de Fribourg lui avait dit « les choses les plus satisfaisantes sur sa conduite, et l'avait exhorté de continuer »> ; mais il ne devait point de larmes au sacrifice des diamants, auquel il eut si peu de part (1).
Mme d'Épinay ne lui réserva rien non plus sur un emprunt d'une nature fort délicate, qu'elle contracta environ au même temps, et dont voici très brièvement l'histoire. Lors de la réhabilitation de Galas, Louis XV donna 18,000 livres à sa veuve; Grimm et Diderot, d'autre part, firent reproduire un dessin de Carmontelle représentant la famille du supplicié, et la gravure, mise en souscription, rapporta 6,000 livres. Quelques libéralités complétèrent, au profit de Mme Galas,
(1) L'interdiction fut prononcée le 20 novembre 1778. Voyez^ sur cette affaire, le petit dossier de lettres conservées à la Bibliothèque nationale (Mss., F. fr., nouv. acq. 4071), et Dernières années^ p. 530 et suiv.
ET MADAME DÉPINAY 171
une somme de 25,000 livres, qui tomba aux mains de Mme d'Épinay; et cette impotente souscrivit, le 25 mai 1778, une obligation régulière, où elle se chargeait des fonds susdits, « pour les faire fructifier. »
Son état empire, elle n'a plus de remède à ses souffrances que Topium. Sa correspondance s'épuise avec Galiani, qui, cependant, le 2 mars 1779, reprend la plume avec cette exclamation paradoxale : «Vive Topium et vive la vieillesse! » Je relève dans la lettre suivante, datée du 17 avril, ce passage : «Je suis fâché de votre chagrin sur le veuvage de Mme de Lalive ; pour lui, je crois qu'il a bienfait de mourir [18 mars] . » Grimm, lorsque, la folie du pauvre Jully paraissant incurable, on vendit ses collections, avait écrit les lignes suivantes; notice nécrologique anticipée, où, neuf ans avant sa mort, il en parlait au passé (1) :
C'était un homme aimable et généralement aimé. 11 n'avait pas beaucoup d'esprit, il n'avait pas un grand fond; mais il était doux et aimable dans la société;
(i) Correspondance littéraire^ VIII, 464. — Voici le commenceinent du passage : « On vient de publier le Catalogue raisonné des tableaux des différentes écoles, des figures et bustes de marbre, groupes et bas-reliefs de terre cuite, dessins et estampes, coquillages et meubles précieux, qui composent le cabinet de M. de Lalive, ancien introducteur dés ambassadeurs. Ce cabinet doit être vendu au plus offrant, le 5 mars prochain... M. de Lalive se trouve, depuis quelques années, dans un état de santé si déplorable, que sa famille a pris le parti de faire vendre son cabinet au profit de ses enfants mineurs. »