LE CHATEAU DE LA CHEVKETTE
tourer de plus de monde, et, par exemple, jouer la comédie. Et Ton construisit un théâtre. Francueil composa la première troupe et le premier spectacle, r Engagement téméraire^ pièce inédite de son secrétaire, un inconnu : Jean-Jacques Rousseau. La troupe s'augmenta bientôt de quelques voisins, parmi lesquels un jeune seigneur de Saint-Leu, que nous avons eu déjà l'occasion de nommer : Jean-Nicolas Dufort. Il avait hérité cette terre de son père, en 1746; il acheta, en 1752, une charge d'introducteur des ambassadeurs. Il est plus connu, de nos jours, sous le nom de «Dufort, comte de Gheverny» , ainsi que sont signés les Mémoires où je vais emprunter quelques lignes :
Mme d'Épinay jouait un rôle dans la république des lettres. Je l'avais beaucoup connue, dès mes premiers pas dans le monde... Sa maison était le rendez-vous de tous les savants, et il s'y tenait une espèce d'académie de gens d'esprit... M. Barrassy (1), mon voisin à la ville et à la campagne, allait beaucoup dans cette société... De Lalive, fermier général, avait acheté à la Barre, près Deuil sons Montmorency, une maison et une terre ; il y avait joint la seigneurie et des biens à
(1) Les registres de Deuil nomment, à la date du 15 juin 1750, comme témoins d'un mariage : u Claude-Antoine de Barrassy, conseiller secrétaire du roi en sa grande chancellerie, [mort en 1753, et son fils] Charles-Gérard de Barrassy de TEstang, conseiller du roi en son Grand Conseil et grand rapporteur [au Sceau] de France. »> Celui-ci fut ami intime de Dufort, bien que plus jeune de cinq ans. Dans tous les documents conservés au cabrnet des titres de la Bibliothèque nationale, son nom est écrit sans particule.
Ëpinay. 11 s'était servi de sa fortune pour bâtir [non : restaurer], à la Chevrette, un château snperbe, au milieu duquel était un salon fait de telle manière que, avec des ressorts, on baissait quatre tableaux, et qu'à rinstant on jouissait de deux salons... Il mourut, et laissa trois fils [non : quatre; on voit combien le religieux était inconnu]... On jouait la comédie, à la Chevrette, du vivant du père; on continua après sa mort; Lalive y excellait; Mme d'Épinay, M. Dupin de Francueil, receveur général des finances (1), et M. Dupleix de Bacquencourt, maître des requêtes (2), y passaient leur vie. Un théâtre superbe, établi dans une orangerie, attirait la meilleure compagnie des environs. Après avoir été spectateur, on me proposa d'être acteur; j'acceptai, et je me trouvai introduit dans une société charmante, remplie de talents. Aux représentations succédaient la musique et les intrigues; nous y vîmes les scènes les plus plaisantes possibles... M. Caze, le fermier général, que l'on surnommait « le beau danseur », voulut y paraître. On arrangea t Oracle; il dansa une entrée dans le genre de Dupré. Le ballet fut redemandé; les cadres étaient superbes, et, comme j'avais appris la haute danse, j'y fus admis. Vêtu des habits de l'Opéra, un masque sur le visage, comme en portaient alors les danseurs, je secondai Caze, après une entrée seul, et ensuite dans un pas de deux (3).
(1) 11 était receveur général pour Metz et l'Alsace depuis 1738.
(2) Guillaume- Joseph était le neveu du fameux Dupleix. Né en 1727, maître des requêtes en 1756^ conseiller d'État en 1780, il fut guillotiné en 1794.
(3) Je renvoie aux Mémoires sur les règnes de Louis XV et Louis XVI et sur la Révolution, par J.-N. Dufort, comte de Cheverny (Paris, 1886, 2 vol. in-8"), et aussi bien aux fragments que j'avais donnés antérieurement de son manuscrit, dans le Château de Leumont [Notes sur mon village, Paris, 1884, in-8"},
'pour le récit des scènes auxquelles notre auteur fait allusion. Voyez notamment, dans les Mémoires, p. 86 et 420.
J'ai contredit, chemin faisant, Dufort sur ce point que M. de Bellegarde aurait fait rebâtir son château. J'en ai deux raisons : d'abord la nécessité où d'Épinay fut de le réparer à plusieurs reprises, et sa sœur, Mme de Belsunce, de le mettre par terre , avant la Révolution ; d'autre part, le style et la ressemblance très grande qu'il y a entre le château de Montauron, tel que le décrit l'acte de 1645, et celui que nous montre la vue qu'on en doit à Francueil. Car ce Francueil avait tous les talents : il a fait un dessin de la Chevrette, et un autre de la Briche, tous deux gravés par Jully, et devenus très rares aujourd'hui. C'est bien la façade de la grande maison, « bâtie de neuf » au temps de Montauron, que ces amateurs ont reproduite : elle développe, sur un front de cinquante mètres, un corps de logis principal, flanqué de deux ailes saillantes. Quinze fenêtres s'ouvrent dans cette façade, qui ne comporte qu'un étage, surmonté d'un toit à la Mansart. Natoire, un des artistes favoris de Mme de Pompadour, a peint au salon l'histoire de Psyché : sujets inutilisés peut-être de la belle décoration qu'il avait faite à l'hôtel de Soubise, quelques années auparavant (1 ). Le Nostre a dessiné le parc. Quoi qu'il en soit, le plaisir a été i amené par Francueil, dans cette demeure d'où il avait banni
(1) Jules Guiffrey, Catalogue sommaire du Musée des Ar^ chives nationales^ Paris, 1893» in-i2, p. 34.
la paix; plaisir un instant troublé, au cœur de l'été de 1751, parla mort de M. deBellegarde. Un bon homme, nous le savons déjà ; un bon seigneur aussi : il en donna une preuve que je vais citer, dans ses derniers jours. Il était question de reconstruire l'église de Deuil, qui tombait en ruines. Pareille dépense est toujours écrasante pour un village. Ce qui compliquait la question ici, c'est qu'à l'église de la paroisse était jointe — communiquant par les bas côtés — celle du prieuré, dont l'état ne menaçait pas moins. Le prieuré lui-même était en pleine décadence; le titulaire, M. d'Agoult négociait pour sa réunion, réalisée peu après, avec le séminaire de Saint- François-de-Sales (1). Dès lors, nul besoin de restaurer son église; le prieur offrait de la démolir, et d'en donner la place et les matériaux, avec une somme d'argent, aux habitants, pour aider à la réfection de la leur.
Sur toutes ces questions, une enquête eut lieu le 26 août 1750, où furent entendus : « M. deBellegarde, seigneur censier de Deuil; M. Baille, seigneur du fief de la Barre; M. de Barrassy, secrétaire du roi, propriétaire du fief de Becquet, en la même paroisse; » et d'autres notables.
(1) Le 19 novembre 1750. Lebeuf avait nép^ligé de se tenir au courant, quand il imprimait, en 1754 : u J'ai appris qu'on travaille à réunir ce prieuré à la communauté des prêtres de Saint- François-de-Sales, établie pour la retraite des ecclésiastiques âgés. » (Tome III, p. 155.)
M. de Bellegarde fit, au sujet de la reconstruction de Téglise, la proposition suivante : il donnerait 2,000 livres, et il en avancerait 8,000, remboursables à raison de 1,000 livres par an, sans intérêts. Je ne sais quelle suite y fut donnée.
Il fut très malade, et on le crut perdu, à l'automne de 1750 : son testament, reçu, à la Chevrette, par son notaire parisien, porte la date du 21 septembre, et note qu'il était couché «dans une chambre au rez-de-chaussée d'un pavillon, à droite en entrant dans la cour, et ayant vue sur le parterre » . La crise fut conjurée; le train, à l'entour, reprit de plus belle. « Ils sont là une troupe d'amoureux, » écrit Mlle d'Eth. Une apostrophe de Mme d'Arty à Mme d'Épinay nous apprend que celle-ci y avait la plus large part : « On vous donne une botte d'amoureux, ma chère ; d'abord Francueil et puis Duclos, le baron de Lucé, Gauffecourt, et je ne fais que d'arriver! » Il n'y a pas un nom de trop. « C'est une séduisante créature, " qui ne sait auquel entendre; mais elle aime encore Francueil, qui commence à trop boire et à la négliger, et elle se défend des autres. Oh! sans brusquerie, ni rancune contre personne. Nulle parole ne l'effarouche, nul geste ne l'indigne; elle oppose au cynisme une souriante inconscience, que Mlle d'Eth appelle sa candeur.
Au printemps suivant, M. de Bellegarde eut
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une rechute dont il nef devait pas guérir. On recommence à s'inquiéter de lui et de ses dernières dispositions; Mme d'Épinay accepte sans vergogne, pour veiller aux intérêts de sa mère et de ses enfants auprès du mourant, les offices de M. de Lucé. Ducloslui avait recommandé crûment de céder aux poursuites de son beau-frère, pour se le rendre favorable en la circonstance, car il avait grande influence sur l'esprit de M. de Bellegarde, qui le nomma son exécuteur testamentaire. Elle n'en fit rien, cependant, toujours enivrée de Francueil, et M. de Lucé ne s'irrita pas trop de la voir mêler ses affaires de cœur aux soucis de l'heure présente : « Toujours de même, écrit-elle, point de pouls et presque sans connaissance. »» C'est un bulletin qu'elle écrit, et dont voici la suite : « Francueil est venu me voir deux fois aujourd'hui; il m'a apporté une fort jolie bague, pour symbole de notre tendresse, dit-il; ce sont deux cœurs couronnés. » Le père de famille mourut le 3 juillet 1751, ayant grevé de substitution l'héritage de M. d'Épinay et celui de Mmed'H oudetot, fait une donation à Mme d'Esclavelles, et augmenté ses libéralités envers sa belle-fille. Son testament débute ainsi : « Dieu m'ayant donné une fortune plus abondante que je n'aurais espéré, même désiré, il est juste que mes enfants en jouissent. Qu'ils en usent suivant la décence de leur état, modes-
tement, et avec le détachement convenable à des chrétiens. Qu'ils évitent deux extrémités vicieuses : Tune est la détestable avarice [à vous, monsieur d'Houdetot !] ; l'autre est la dissipation ruineuse, fruit ordinaire du luxe, du jeu ou du libertinage [à vous, monsieur d'Épinay!]. Mais qu'ils n'oublient pas que le bien des riches est le patrimoine des pauvres... » Un peu plus loin : tt Je recommande à mes enfants d'avoir toujours dans le cœur l'amour et la crainte de Dieu, de vivre en chrétiens, et de ne pas rougir de le paraître, malgré les exemples contraires qu'ils ne trouveront que trop dans un siècle corrompu, d'éviter les mauvaises compagnies, l'écueil de la jeunesse [à vous, madame d'Épiuay]. »> Autant de leçons données avec douceur et clairvoyance.
Ayant demandé à être inhumé dans l'église d'Épinay, près de sa femme, on l'y transporta de Paris; son acte de sépulture est conservé, avec la signature de ses trois J51s. Mme d'Épinay aimait sincèrement son beau-père, « le meilleur des hommes » ; c'est l'uniforme témoignage. Après quoi, elle a ce cri particulier : « Hélas! monsieur, écrivait-elle à son tuteur, quel spectacle! quelle douleur! J'ai tout perdu, j'en suis sûre... » Ajoutons : quelle fragilité de la douleur humaine! Une phrase de Dufort est, en effet, à rappeler ici : « On jouait la comédie à la Chevrette du vivant du père: on continua après sa mort. îî Le
récit d'un épisode dont j'emprunte la matière aux registres de Deuil donnera à cette observation une précision inattendue et un commentaire assez piquant.
Prompte reprise des réjouissances. — Mariaf;e de deux filles vertueuses, dotées par le seigneur. — Jélyotte. — L'abbé Martin.
— Amours et mort de Mme de Jully. — Mme d'Épinay, . défendue par Grimm, quitte Francueil qui s*enivre et s*associe
aux plaisirs de M. d'Épinay. — Grimm et Francueil se parta({ent Téducation des enfants. — Saint-Lambert et Mme d'Houdetot.
— M. et Mme de Lucé. — Le temps de Rousseau. '■ — L'Ermita{];e. — Voyage de Genève. — Nouveaux plaisirs. — Tableaux intimes : Diderot, Rousseau, Carmontelle. — Grimm « chez lui » .
A peine trois mois passés, un beau prétexte se trouve pour rompre une mortelle accalmie, et rappeler la compagnie dispersée : le Dauphin eut, le 13 septembre, un J51s, le duc de Bourgogne, frère aîné de Louis XVI. Sujet d'allégresse pour le royaume; comment ne pas s'y associer? Sans se targuer d'une vertu antique, on n'hésite point à donner le pas à la joie publique sur le deuil privé. Une fête à la mode du temps est préparée, assez semblable à un couronnement de rosières, bien que Mme d'Épinay goûtât peu ce genre de berquinade, s'il en faut croire une page des Conversations d'Emilie; mais, comme on sait, elle distingua plus d'une fois entre la morale et la vie
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pratique. Elle fait dire au curé d'un village imaginaire, pour se défendre de Tinstitution de pareille cérémonie (1) : « Vraiment, les filles de Champorcé vous auront bien de l'obligation de croire qu'il leur faille des couronnes de fleurs pour être sages et vertueuses. Elles le sont, Dieu merci! et il n'y a en cela ni première, ni dernière. Mais aussi elles n'ont pas besoin de ces simagrées , ni de la charité qu'on ajoute pour trouver des maris, et je défie tout village à rosière de me prouver, en compulsant les registres de sa paroisse, autant de mariages et de bons mariages que j'en fais, moi, bon an, mal an, dans la mienne. »
Les Conversations d* Emilie ne publièrent cette déclaration de principes qu'en 1775. Cependant, le 20 octobre 1751, les seigneurs de Deuil faisaient marier, sous leurs yeux, dans l'église du village, deux filles vertueuses qu'ils avaient dotées. La fleur d'oranger récompensa aussi bien la rosière en la fiancée, sans couronnement spécial. Ainsi, deux vignerons, Mathieu Sevestre et Nicolas Levin, épousèrent-ils Marie-Jeanne Giles et Pierre-Barbe Lefébure : deux filles un peu mûres, l'une âgée de vingt-quatre ans, l'autre de trente-sept.
Le célébrant fut ce curé Martin que Mme d'Épi- Ci) Tome I", p. 483.
nay, fort dépourvue de sentiments religieux, fit appeler un jour, par coup de tète, dans une crise morale : Francueil était inconstant. Le prêtre, qui jugea la situation, en parla très posément; il n'essaya pas de retenir Toiseau effrayé par la tourmente, qui se jetait dans Téglise, et qui repartit, en effet, le cœur à peine reposé, l'aile à peine séchée : Francueil avait reparu, la pénitente ne demandait que cela au Ciel. Diderot a loué, en plusieurs circonstances, le tact de ce prêtre, « un des meilleurs esprits qu'il y ait bien loin ; » ce qui ne l'empêcha pas, dans un de ces accès soudains de gaminerie auxquels il était sujet, de lui trouver un nez expressif, et de répéter que « qui entendait ce nez avait lu un grand traité de morale » . L'abbé Martin — une figure de la collection des Carmontelle à Chantilly — comptait parmi les familiers de la Chevrette. Il résuma le récit de la fête dont nous parlons dans les lignes suivantes, empruntées aux registres de sa paroisse :
Je crois que la reconnaissance que tout homme doit à un acte de générosité m'oblige à apprendre à la postérité que, l'an 1751, et le 20 octobre, M. et Mme d'Épinay ont doté les deux filles dont les mariages ci-dessus, en réjouissance de la naissance de Mgr le duc de Bourgogne; qu'ensuite desdits mariages, on a exécuté un motet de la composition de M. Jéliot [sic], chanté par l'auteur; qu'après le Te Deum^ mondit seigneur et Mme d'Epinay ont fait servir une table de cent couverts,
SOUS une tente dressée à cet effet dans la cour de leur château, où les mariés et toute leur compag;nie ont eu en abondance tout ce qui est nécessaire pour un très beau festin. £n foi de quoi,j'aisig^né : Martin, curé (1).
Jélyotte était là pour chanter à l'église, mais aussi bien, sans doute, pour répondre à un appel de Mme de Jully. On peut être assuré que Mme d'Épinay, qui couvrait les faiblesses de sa belle- sœur, n'avait pas été moins complaisante aux siennes, et que Francueil était parmi les invités. Le curé arrête sa description de la fête au seuil du château, il ne parle pas de la réunion intime; mais qui croirait qu'elle prit fin, qu'elle congédia Jélyotte et Francueil, ses deux coryphées, sans s'offrir le divertissement de quelque représentation, son passe-temps favori, et d'un ton fort discret, en vérité, comparativement aux éclats des noces du dehors? Tel est le commentaire que j'avais à donner à la phrase de Dufort; il aboutit à y ajouter deux mots, qui ont bien leur prix : « On jouait la comédie à la Chevrette du vivant de M. de Bellegarde; on continua [trois mois] après sa mort. »
Rarement plaisirs furent plus vides de véritable joie. On menait grand bruit, pour détourner les
(1) L'abbé Josepb-François Martin se qualifiait licencié en droit de la faculté de Paris. Les pharmaciens de quelques villages au nord de Paris vendent une certaine « tisane du curé de Deuil. Remède populaire... qui guérit depuis un siècle ». Je ne sache pas que le curé Martin y soit pour quelque chose.
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orages, comme faisaient les gens de la campagne, en sonnant les cloches. Mais la peine augmente à vouloir se donner Tillusion de la vie heureuse ; puis, la mort ne se laisse jamais oublier longtemps. Mme d'Épinay perd, en 1752, ses deux meilleures amies, de valeur morale très inégale : au printemps, sa tout aimable cousine, Mme de Maupeou; en décembre, la dissimulée Mme de JuUy. Le mariage de celle-ci avait duré trois années; elle donna la première à Tépoux, la se* conde à Jélyotte, la troisième au chevalier de Vergennes. Elle finit aJors, imbue de la philosophie du siècle, qu'elle pratiquait, dit Sainte-Beuve, « dans toute sa hardiesse et toute sa grâce, » n'ayant d'autre souci que de faire détruire par Mme d'Épinay une correspondance compromettante, n'accordant de regrets qu'à son dernier amant. Elle eut tous ceux de son mari. Les paroissiens de Saint-Roch sont exposés à prier devant le médaillon qu'il fit sculpter et placer dans une chapelle de l'église, en mémoire de la plus avérée des infidèles. Mme d'Épinay, ayant brûlé les papiers de sa belle-sœur, fut accusée d'avoir détruit un titre de créance de son beau-frère contre son mari. Grimm prit sa défense, et se battit pour elle, etFrancueil, pendant ce temps-là, voltigeait : « Il semble, disait-elle naïvement, partager son temps entre M. d'Épinay et moi. » Quelle satisfaction, au surplus, et quelle sécurité
peut-elle éprouver en sa présence? Il s'enivre, et risque, à chaque instant, de faire un éclat. En réalité, il est plus fidèle, et le sera plus long^temps, à M. d'Épinay qu'à elle-même; il accompagne le mari chez sa femme et chez sa maîtresse. Us se partagent les faveurs des demoiselles Verrière (l). Mme d'Épinay, un jour, dit à Francueil ses vérités, et ne le laissa plus lui reparler d'amour; oh! sans se fâcher avec lui, car il viendra, pendant un temps, presque aussi souvent que Grimm. « Ils se partagent, de fort bon accord, les soins à donner à l'instruction des enfants. »
Elle versa de plus en plus dans la philosophie ; elle eut l'art, qu'il faut reconnaître, de grouper à la Chevrette une société éminemment variée et vive, intéressante et amusante : quelques représentants de la vieille noblesse y coudoyaient des financiers, décrassés de la veille, et des savants à peine au courant de la civilité, des « ours » . Dans ce centre de propagande encyclopédique, rival des réunions de Mme Geoffrin, de Mlle de Lespinasse et du baron d'Holbach, la philosophie la plus sérieuse suivait, par instants, le branle du plaisir le plus fou.
Francueil avait présenté Rousseau à Mme d'Épi-
(1} Filles de plaisir, dont le nom — de guerre — fut, un instant, très célèbre. D*Épinay les fréquenta jusqu'à la fin de sa vie. L'une fut la bisaïeule de George Sand. Leur nom véritable était Rainteau.
nay; Rousseau lui présenta Grimm, qui se fit son chevalier, comme on vient de voir, et fut l'oracle de la Chevrette vers 1754, le maître, si l'on peut dire, en 1756 (1). La châtelaine avait, dans une troisième expérience, hélas! rencontré un cœur fidèle, l'abri souhaité du port. Elle songea alors à se reposer des orages dans la morale, à composer pour ses enfants un plan d'éducation de sa main; c'était le sujet à la mode, où même les femmes légères avaient la prétention de se connaître et de consacrer des pensées ou des phrases, et que Rousseau, la tête pleine de VÉmile, devait ramener souvent dans son entretien. Mme d'Épinay écrira bientôt les Lettres à mon fils, et elle affrontera plus tard le souvenir du philosophe en publiant /e^ Conversations d'Emilie. Elle s'accroche aux grands hommes qui l'entourent, particulièrement à celui-là. Ses enfants paraissent avoir été médiocrement doués. Louis taille des thèmes « à coups de serpe »> , sous la direction de Linant. Un beau soir, on assemble, pour lui faire passer un examen, le comte et la comtesse d'Houdetot, Saint-Lambert, Mme d'Esclavelles, Grimm, Duclos, Gauffecourt, Rousseau; Francueil, convoqué, s'est excusé. « Duclosa bavardé; M. Grimm
(1) C'est aussi bien, la date concordant avec le passage suivant d*une lettre de Diderot à Mlle Volland, du 15 septembre 1760 : « C'était, lui disais-je [à Mmed'Épinay], une de ces minuties auxquelles vous êtes trop beureux, tous les deux, d'être sensibles au bout de quatre ans.,. »
a presque toujours gardé le silence, et ce sont Gauffecourt, Rousseau et la comtesse d'Houdetot qui ont fait tous les frais de cette journée. » La scène est caractéristique, et présente, dans un amalgame bizarre, les goûts dominants de Tépoque : l'éducation mariée à la comédie de salon. Pauline serait alors une petite pécore très vaine, s'il en fallait croire les Mémoires; mais ils sont extrêmement attentifs à la vieillir. Quoi qu'ils disent, Mlle Drinville n'a pas encore paru ; il n'y eut lieu de commencer l'instruction de cette enfant que six ans plus tard.
Mme d'Houdetot est entre ses deux amoureux : Rousseau, qui s'enivra quelques semaines de son voisinage, et n'alla pas plus loin que des soupirs au clair de lune; Saint-Lambert, qui lui donna sérieusement sa vie, dans la déclaration du premier jour, et lui montra une constance que M. d'Houdetot finit lui-même par apprécier, et regarder d'un œil envieux et attendri. « Que c'est une jolie âme ! dit Mme d'Épinay de sa bellesœur, naïve, sensible et honnête! Elle est ivre de joie du départ de son mari^ et vraiment elle est si intéressante, que tout le monde en est heureux pour elle : elle était folle, hier, comme un jeune chien. Le marquis de Saint-Lambert était avec elle... » Mme d'Épinay parle d'honnêteté, comme Mlle d'Eth de morale, d'une façon qui donne à rêver sur le sens des mots. C'est bien à tort
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qu'elle répondait, un jour, à son mari, la consultant sur un présent « honnête » qu'il voulait faire aux demoiselles Verrière : « Je ne me connais pas sur ce genre d'honnêteté (1). » A cette époque, M. d'Houdetot avait loué pour sa femme une petite maison à Eaubonne, a vilaine », suivant Mme d'Épinay, qui trouvait à redire à tout ce que faisait son beau-frère; « assez jolie w , au gré de Rousseau, qui se la représentait par une belle nuit, et, auprès, « un acacia tout chargé de fleurs (2). » Mme d'Épinay avait deux belles-sœurs ; sans doute, elle aurait voulu supprimer Mme de Lucé de sa vie, comme elle a fait de ses Mémoires. Elle n'en eut jamais que tracas ou méchancetés ; c'était une bizarre au moins, qui côtoyait la folie, quand elle n'y versait pas. Peu de temps avant les circonstances que nous venons de retracer, un conseil de famille avait été réuni, pour juger de son état et des mesures qu'il exigeait. Jully proposa le couvent; M. de Lucé se fit fort d'obtenir une lettre de cachet. Violence d'autant plus cruelle, que sa liaison avec une dame de Mystral avait été la cause de l'exacerbation des nerfs de sa femme. Cependant le ménage s'établit au château d'Épinay, nous dit-on, — ce qui ne peut signifier que le château de la Briche, — et la paix et Tisole-
(1) Mémoires y II, 27.
(2) Sur le lieu exact de la scène célèbre, on peut consulter buffenoir, la Comtesse d*Houdetot, Paris, 1901, in-8**, p. 45.
ment y ramenèrent l'harmonie, au point que Mme de Lucé devint grosse. Mme de Mystral rompit, furieuse, avec M. de Lucé, lui écrivant qu'elle n'aimait pas les infidélités.
Mme d'Épinay s'accommodait d'un autre fou dans son voisinage, mais celui-là avec des intervalles de génie. Ici se place l'époque de Rousseau, qui avait plu d'abord à tout le monde, en composant de la musique pouir les fêtes de la Chevrette. Puis vient le temps de la grande amitié que lui voue Mme d'Épinay, du vif amour qu'il ressent pour Mme d'Houdetot, de l'ombrage qu'il donne à Grimm et à Saint-Lambert, de ces mesquines intrigues où s'engagent de grands noms, de ces misérables querelles où retentissent de grands mots. Je n'ai point à me lancer dans l'imbroglio des Confessions et des Mémoires; c'est assez de deux dates ici pour rappeler la durée de l'idylle de l'Ermitage : installé au printemps de 1756, Rousseau en fut renvoyé au mois de décembre 1757. Mme d'Épinay, malade, s'était décidée à partir pour Genève, à l'automne de la dernière année, afin de se mettre entre les mains du célèbre docteur Tronchin. Sa société s'était beaucoup éclaircie à la suite de brouilles, de morts, et surtout d'exclusions prononcées par Grimm, d'une humeur terriblement despotique (1). Son
(JJ On l'appelait Tyran'le-blanc^ à cause de son humeur des-
absence dura deux ans; véritable coupure dans sa vie. On a dit qu'elle en avait passé la seconde partie à faire oublier la première. Antithèse superficielle, jugement trop favorable, car quelle autre marque d'assagissement donna-t-elle que de songer quelquefois à ses dettes et d'en gémir, et de s'installer en faux ménage avec un second amant, moins intempérant que le premier?
Quand elle revint de Genève, aux premiers jours d'octobre 1759, elle se réinstalla à la Chevrette, quittée par M. d'Holbach, qui l'avait eue en location. Avant d'y reprendre la vie commune avec son mari, elle le força de faire un plan de dépense, plus ou moins exact, plus ou moins sincère, dont elle se contenta, car c'était aussi bien une pauvre calculatrice elle-même. M. d'Épinay n'avait pas laissé de donner une grande fête, à Deuil, au printemps précédent; sa dignité seigneuriale, à la vérité, lui imposait le parrainage de la grosse cloche de la paroisse, honneur auquel il associa Mme d'Houdetot (1). Sans autant de bruit, on s'amusera encore au château. On entendra dire qu'à certains retours du maître, comme
potique et de l'habitude qu'il avait de se peindre les joues à la céruse. Des notes de son parfumeur^ conservées dans ses papiers, aux Archives nationales (^Papiers séquestrés^ T 319*), nous apprennent qu'il employait, chaque mois : 3 livres de poudre fine, purgée à l'esprit-de-vie parfumé, à 14 sols; et 6 livres de qualité inférieure^ à 12 sols. C'est beaucoup de blanc^ en effet. (1) Registres paroissiaux de Deuil (1759),
à celui de TEnfant prodigue, on y dine u splendidement, gaîment et longtemps » . Le maître est, d'après Diderot, « Taffabilité même. » La châtelaine satisfaite, après certaines précautions une fois prises, aTenviable faculté de se rassurer extrêmement, de s'oublier à écrire, de s'adonner tout entière aux pures délices des amitiés philosophiques. Voltaire lui demandera bientôt : « Que faites-vous, madame? Où êtes- vous? Que ditesvous? Gomment vous réjouissez-vous?» Le correspondant de Mme d'Épinay connaît bien, en vérité, ce monde et le côté où il penche. La joie, cependant, y a pris les nuances qui conviennent au caractère de Grimm. Moins de bruit, moins d'invitations, surtout point de folies : Francueil ne reviendra plus. Le personnage le plus goûté, après Grimm, est son ami Diderot, qui longtemps a fui la Chevrette, et qu'il a fallu qu'on prît la peine de conquérir. Quel peintre on a gagné, pour rendre les scènes d'intérieur! a Ainsi, écrivait-il à Mlle Volland, finira une journée innocente et douce, où l'on se sera amusé et occupé, où l'on aura pensé, où l'on se sera instruit, estimé et aimé, et où l'on se le sera dit... » Vient la fête de la mi-septembre, au hameau de la Barre. Diderot en retrace le tableau, charmant en lui-même, et curieux aussi à rapprocher de celui que Rousseau a donné des réjouissances d'autrefois. Laissons ces habiles plumes marquer le contraste des époques. D'abord,
la boutade du « promeneur solitaire (1) » :
C'était, dit-il, dans le malheureux temps où, faufilé parmi les gens riches et les gens de lettres, j'étais quelquefois réduit à partager leurs tristes plaisirs. J'étais à la Chevrette au temps de la fête du maître de la maison [à la même date que l'autre]; toute sa famille s'était réunie pour la célébrer, et tout l'éclat des plaisirs bruyants fut mis en œuvre pour cet effet : spectacles, festins, feux d'artifice, rien ne fut épargné. L'on n'avait pas le temps de prendre haleine, et l'on s'étourdissait au lieu de s'amuser. Après le dîner, on alla prendre l'air dans l'avenue, où se tenait une espèce de foire. On dansait : les messieurs daignèrent danser avec les paysannes; mais les dames gardèrent leur dignité. On vendait là du pain d'épice. Un jeune homme de la compagnie s'avisa d'en acheter^ pour les lancer^ l'un après l'autre, au milieu de la foule, et l'on prit tant de plaisir à voir ces manants se précipiter, se battre, se renverser pour en avoir, que tout le monde voulut se donner le même plaisir; et pain d'épice de voler à droite et à gauche, et filles et garçons de courir et s'entasser, de s'estropier. Cela paraissait charmant à tout le monde.
Je passe à Diderot et à sa relation du 15 septembre 1760 (2) :
Dès le samedi au soir, les marchands forains s'étaient établis dans l'avenue, sous de grandes toiles, tendues d'arbre en arbre. Le matin, les habitants des environs s'y étaient rassemblés ; on entendait des violons; l'aprèsmidi, on jouait, on buvait, on dansait; c'était une foule mêlée de jeunes paysannes proprement accoutrées et de grandes dames de la ville, avec du rouge et des mouches,
(1) Voir^ dans les Réveriex^ la Neuvième promenade.
(2) LeUre à Mlle Volland, OEuvres de Diderot, XVIII, 448.
]a canne de roseau à la main, le chapeau de paille sur la tête et l'éciiyer sous le bras. Sur les dix heures, les hommes du château étaient montés en calèche, et s'en étaient allés dans la plaine...
Les deux sociétés, cette fois, ne se mélangent pas; la paysannerie reste à la cantonade, la jolie scène se joue au salon :
Nous étions alors dans ce triste et magnifique salon [de la Chevrette], et nous y formions, diversement occupés, un tableau très agréable. Vers la fenêtre qui donne sur les jardins, M. Grimm se faisait peindre, et Mme d'Épinay était appuyée sur le dos de la chaise de la personne qui le peignait. Un dessinateur, assis plus bas sur un placet, faisait son profil au crayon. Il est charmant ce profil; il n'y a point de femme qui ne fût tentée de voir s'il ressemble. M. de Saint-Lambert lisait dans un coin la dernière brochure que je vous ai envoyée. Je jouais aux échecs avec Mme d'Houdetot. La vieille et bonne Mme d'Esclavelles, mère de Mme d'Épinay, avait autour d'elle tous ses enfants, et causait avec leur gouverneur. Deux sœurs de la personne qui peignait mon ami brodaient, l'une à la main, l'autre au tambour. Et une troisième essayait au clavecin une pièce de Scarlatti. L'heure du dîner vint...
Nos chasseurs revinrent sur les six heures. On fit entrer les violons et l'on dansa jusqu'à dix : on sortit de table à minuit; à deux heures, au plus tard, nous étions tous retirés.
J'ai rapproché deux écrivains; je vais leur adjoindre un dessinateur, qui nous donnera, sinon un tableau d'ensemble, comme eux, du moins une scène épisodique charmante, et la figure de quelques personnages. Que de riaisons n'y avait-il
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pas pour que la Chevrette vécût dans la mémoire des hommes ! Ce dessinateur est celui que nous venons de voir, assis sur un placet, et faisant le pro61 de Grimm. On ne Va pas reconnu. C'est le même, à mon avis, qui a fait alors tant de profils : a hommes et femmes de tout état, de tout âge, depuis M. le Dauphin jusqu'au frotteur de Saint- Cloud. " Je veux dire Carmontelle. Grimm le connaissait, l'appréciait, l'avait dû présenter à son amie. Le musée Condé a de lui ce groupe :
u Mme d'Esclavelles, mère de Mme d'Épinay, et M. de Linant jouant une partie d'échecs; la mie Michel en contemplation. » Le dessin, l'un des plus agréables de notre artiste, est daté de 1760 (par M. de Ledans, ami de Carmontelle et acheteur de sa collection), l'année et peut-être le jour où nous sommes. La table est celle dont viennent de se servir Diderot et Mme d'Houdetot. On a, de Carmontelle aussi, un portrait de Mme d'Épinay, celui qui est joint à ces pages, et un portrait de Grimm, dont la gravure est très répandue; l'un, il est vrai, daté de 1759, et l'autre de 1758; mais les incertitudes de mémoire de M. de Ledans permettent de préférer l'indication plus vraisemblable de 1760.
Un autre portrait, daté comme le groupe d'Esclavelles-Linant, en toute; certitude, de 1760, est celui de l'abbé Martin, auquel une lettre de Diderot, postérieure de quinze jours à la fête contée
plus haut (30 septembre), fait évidemment allusion. Après avoir cité avec éloge un trait du curé de Deuil, il ajoute : « Grimm Ta fait peindre; il prétend en faire, quelque jour, un personnage de roman (1). »
Diderot passa presque tout le mois de septembre à la Chevrette, moitié de gré, moitié de force : il s'était blessé au pied, en luttant de vitesse avec les cygnes. Il est, c'est entendu, le familier des temps nouveaux, les délices de l'automne; mais le directeur spirituel, le conseiller tendre et tyrannique de la châtelaine n'a pas réduit à lui seul sa société littéraire. Ill'a laissée reformer un cercle où paraissent Galiani, Saurin, Suard, Damilaville, Raynal. Enfin, qui croirait que Diderot y eût pris le pied qu'on a vu, sans qu'un jour il ne se fit escorter de celui que, dans l'armée philosophique, on nommait déjà son aide de camp : Sedaine?
Ajuste titre on a réuni leurs statues, à Paris, de nos jours, sous les ombrages de la place d'Anvers. Sedaine s'était fait connaître avec le Diable à quatre et Biaise le Savetie?^, et rendu célèbre avec le Jardinier et son Seigneur et On ne s^ avise jamais de tout, que Beaumarchais daigna imiter. Il fait
(i) F.-A. Grcyer, Chantilly y les Portraits de Carmontelle, Paris, Plon-Nourrit, 1902, m-4% p. 185, 182, 288, 258.
Œuvres de Diderot^ XV III, 478. Cette petite collection de quatre dessins s'encadre finalement dans les deux dates certaines fournies par la correspondance de Diderot : 15 et 30 septembre
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alors son entrée dans la vallée de Montmorency ; il y franchira bientôt une seconde étape. Une invitation de Dufort va l'entraîner dans son château de Saint-Leu, assis en partie au terroir de Saint- Prix, où s'abriteront les loisirs du poète vieillissant.
L'automne de I76I fut moins gai. Diderot est très occupé : « Je m'étais presque engagé, écrit-il le 17 septembre, d'aller retrouvera la Chevrette mes pigeons, mes oies, mes poulets, mes canetons et le cher cénobite(l). C'est partie remise. » Puis, le 28 : a Mme d'Épinay me souhaite plus à la Chevrette qu'elle ne m'y attend. Elle a raison. Grimm me parait en user bien avec elle; leur vie de campagne est tout à fait douce ; ils ont peu de monde, et ils font de longues promenades. » Une fois rentrés : " Que font- ils? Il est seul chez lui [chez lui!], où il travaille. Elle est seule chez elle, où elle pense à lui. » Le couple devait aller au Grandval avec Diderot, et était revenu pour cela à Paris, le 6 octobre; une maladie de Mme d'Esclavelles rappelle Mme d'Épinay à la Chevrette (2) .
Cette saison fut la dernière où les Lalive tinrent le rang de seigneurs. Ils justifièrent cette parole de Dufort : « Voyez les possesseurs de terres dans la vallée de Montmorency; c'est un vrai tableau mouvant. »
(1) Entendez le cochon de la basse-cour.
(2) OEuvres de Diderot, XVIII, 449; XIX, 17, 54, 60.