CHAPITRE V
Ainsi se terminait l’intrigue, par laquelle on s’était flatté (le renverser Mme de Pompadour.
L’inspecteur des travaux écrit, le 30 août 1755 : « J’ay l’honneur de vous rendre compte que, suivant vos ordres, la démolition du bâtiment du fond de la cour des cuisines, vis-à-vis le cabinet des jeux à la Muette, est faitte, comme le Uoy l’avait ordonné, et j’ay fait remplir, battre et sabler le terrain, comme le reste du jardin. Le Roy y vient aujourd’hui, faire un déjeuner-dîner, et de la tirer; j’espère qu’il sera comptant de notre diligence ayant fait passer hier la nuit aux ouvriers, pour que le tout soit en estât; je part dans l’instant pour m’y rendre. »
La Gazette de France 1757 raconte ceci : « Le Roi, qui avait fait construire un pavillon, à l’extrémité du jardin de la Muette, pour y placer le télescope de huit pieds, que le P. Noël, de la congrégation de Saint-Maur a fait pour sa Majesté, sous les conseils du duc de Chaulnes, le vit pour la première fois, le 14 décembre 1756 et, le 18 mars 1757, le Roi étant venu à ce château, le P. Noël eut l’honneur de lui présenter une machine pneumatique à deux corps de pompe, d’une construction nouvelle. Sa Majesté parut satisfaite des expériences que le sieur Delors fît avec cette machine et elle prit aussi beaucoup de plaisir à voir souffler le verre par le sieur Capé, dont l’habileté, dans cette partie, était reconnue de tous les physiciens. Le sieur de Fouché, de l’Académie royale des Sciences traça, en présence du Roi, une méridienne. »
Le 11 mars 1760, l’architecte Soufflot, qui est devenu collaborateur de Gabriel, écrit : « Je viens delà Meute, le Roy dès son arrivée a esté au nouveau bosquet; heureu-
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LE RÈGNE DE LA POMPADOUR
sement qu’avecque ce que j’avais donné au sieur Amelot pour reprendre l’ouvrage que le défaut de fonds l’avait forcé d’abandonner, et ce que vous luy avez donné de secours, il estait parvenu à planter presque tout; sa Majesté a paru satisfaite du changement qu’elle a aperçu dans cette partie; et sur ce qu’elle en a témoigné, j’ay pris la liberté de luy dire que vous m’aviez donné des ordres d’y faire travailler de manière à pouvoir planter cette année. »
Un contemporain décrit ainsi le jardin : « En sortant, un parterre en broderie se présente d’abord, suivi de deux boulingrins ornés de plates-bandes et de fleurs. Plus loin, sont deux étoiles de gazon, dans le centre desquelles on voit deux figures de marbre, l’une de chasseresse et l’autre d’une nymphe par Flamen. Ces deux pièces sont séparées par une allée d’arbres taillés en boule sortant de caisses de charmille et sont terminées par un grand tapis vert orné d’un groupe de pierre représentant Pluton qui enlève Proserpine lorsqu’elle va puiser de l’eau à la fontaine d’Aréthuse, en Sicile. Une terrasse en forme circulaire, qui donne sur la campagne, fait la clôture du jardin. »
Madame Louise était revenue à Versailles depuis dix ans et, de même que Madame Sophie, elle n’avait pas encore été à Paris. Les deux sœurs s’y rendirent enfin, au mois de juillet 1761 et, après avoir entendu la messe à Notre-Dame, où on leur rendit les honneurs qui leur étaient dus, elles se rendirent à Sainte-Geneviève, puis elles allèrent dîner au château de la Muette. Elles montèrent ensuite dans les beaux carrosses du Roi, pour aller à la promenade des boulevards. »