‹ Le château de la MuetteChapitre 11 sur 181 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

SOUS la conduite de Larchant, qui la vint chercher jusque dans son lit et prendre prisonnières la dame de Duras et

la Demoiselle de Béthune Le Roy interrogea lui-même

ces dames sur les déportements de sa sœur.... Mais Sa Majesté licentia sa sœur pour continuer son voyage. »

Henri III écrivit alors au Roi de Navare, une lettre, dans laquelle il l’assurait que les bruits répandus contre Marguerite étaient faux et il l’engageait à bien recevoir la Reine. (( Les roys, disait-il, sont sujets à être trompés et les princesses les plus vertueuses ne sont pas souvent exemptes de la calomnie. Vous scavez ce qu’on a dit de la feue Reine votre mère et combien on en a mal parlé. » Sur quoy le Béarnais se prit à rire, dit L’Estoile, et en présence de toute la noblesse qui était là, il dit à l’ambassadeur : « Le Roy, par ses lettres, me fait beaucoup d’honneur; par les premières, il m’appelle C... et par les dernières fils de p...; je l’en remercie. »

Convaincu, malgré la lettre de Henri III, de l’indignité de la conduite de la Reine, le roi de Navarre se montra très froid. D’un autre côté, Marguerite fut exaspérée par les marques de mépris qu’on lui prodiguait à la petite Cour de son époux, et le séjour de Nérac ne tarda pas à lui devenir insupportable. Prenant pour prétexte l’excommunication que Sixte V avait prononcée, au mois de septembre 1585, contre Henri, elle partit et, ayant levé quelques troupes, elle s’empara d’Agen, qui lui avait été donné en dot. « Notre patience dure tant qu’elle peut. Dieu veuille qu’elle puisse durer », écrivait le roi de Navarre, en apprenant cette nouvelle. Elle dura assez pour permettre aux habitants de chasser eux-mêmes Marguerite.

CHARLES IX ET MARGUERITE DE VALOIS. 13

La Reine, dans sa fuite, se trouva, plus d’une fois, réduite à de dures extrémités. S’étant d’abord réfugiée à Garlat, elle ne s’y trouva pas en sûreté et voulut s’enfuir. Elle fut arrêtée par le marquis dé Canillac, que la conduisit au château d’Usson, près de Brioude. Brantôme a raconté ce qui en advint : « Que c’est que peut un grand cœur conduict d’une grande beauté! Car celluy qui la tenoit prisonnière en devint prisonnier dans peu de temps, encor’ qu’il fust fort brave et vaillant. Pauvre homme : que pensait-il faire? Vouloir tenir prisonnière, subjette et captive en sa prison, celle qui, de ses yeux et de son beau visage, peut absujectir en ses liens et chaînes tout le reste du monde comme un forçat! mais elle joua son jeu si excortement qu’elle s’empara de la place et en chassa le marquis bien esbahy d’une telle surprise. »

Ce fut dans cette forteresse^ « ressemblant plus, dit un contemporain, à une tannière de larrons qu’au palais d’une princesse », que la Reine de Navarre passa près de dix-huit années, rongeant son frein, en attendant toujours quelque occasion pour entrer en scène. De prisonnière devenue maîtresse, elle adressait, de temps à autre, au Roi son époux, des renseignements et d’utiles avis et elle charmait ses loisirs en rédigeant ses Mémoires, qu’elle dédia à Brantôme et qui ne furent publiés qu’après sa mort, en 1628.

Le Béarnais ne cachait pas le mépris que lui inspirait Marguerite. En écrivant à la belle Gorysandre, il désignait la Reine de Navarre sous le nom de la Dame aux chameaux

1. Le château d’Usson situé dans le Puy-de-Dôme, fut complètement rasé par ordre de Richelieu.

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