CHAPITRE I
et, se plaignant qu’elle aimât trop le vin il disait : « C’est être gargouilleàoustrance* ». Quelques années après, il allait plus loin : « Je n’attends que l’heure de ouïr dire que l’on aura envoyé estrangler la feue reyne de Navarre. Cela me ferait bien chanter le cantique du Siméon". » Et un autre jour : « Le Uoy m’a parlé delà dame d’Auvergne, je crois que je lui feray faire un mauvais sault^ ».
En réalité, le Roi de Navarre n’avait pas de si noirs desseins, mais lorsque, peu de mois après qu’il avait écrit cette dernière lettre, la mort de Henri III le rendit Roi de France, il n’en désira que plus vivement la rupture du lien qui l’engageait à Marguerite. Il chargea donc Rosny (le futur Sully) d’entrer en pourparlers avec elle. La Reine lui répondit qu’ « Estant née fille de France, ayant esté fille, sœur et femme de Roys et seule restée de toute la royale race des Vallois, qui respirât l’air en cette vie, elle aimait si chèrement sa patrie, affectionnait tellement la personne et les contentements du Roy et désirait si ardemment de luy voir des enfants légitimes qui puissent succéder sans dispute à cette couronne, que n’estant pas en état de luy pouvoir faire trouver ce bonheur en sa personne, elle le désiroit et souhaitoit en une autre qui fust digne de luy et que, pour ce mesme elîect, estoit-elle résolue de contribuer tout ce qu’il seroit en sa puissance pour faciliter et améliorer la dissolution de son mariage. Mais que si c’estoit pour mettre en sa place une femme de si basse extraction et qui avoit démené une vie si salle