CHAPITRE VI
de baron de Gonesse, pour se livrer plus librement à la débauche. Les contemporains racontent que Richelieu l’appelait : mon cher baron et que d’Ayen le plaisantait sur ses amours, mais, lorsque les courtisans dépassaient les bornes, Louis XV se dressait et, fronçant le sourcil, il frappait du pied le parquet, en disant d’un ton sévère : Le Roi^ Messieurs! La Muette était devenue, sinon le Parc aux Cerfs\ du moins une maison de plaisir.
La scène changea, en 1767, lorsque commença le règne de la Du Barry.
Marie-Jeanne était la fille naturelle d’une couturière nommée Bécu. Quel était son père? Les uns disent un cuisinier, les autres un commis aux barrières de Vaucouleurs, nommé Vaubernier^.
Née en 1743 ^ elle vint de bonne heure à Paris, et se plaça, comme couturière, chez une marchande de modes. Elle ne tarda pas à passer chez la fameuse Gourdan, où elle fut connue, sous le nom de Mlle Lange. Le chevalier du Barry l’en fît sortir et l’employa à tenir une maison de jeu, dont il tirait de grosses sommes : il la fit connaître à Lebel, valet de chambre du Roi particulièrement chargé
1. Le véritable parc aux cerfs était une maison de la rue Saint-Médéric, à Versailles; il fut supprimé après V avènement delà Du Barry.
2. Le duc de Nivernais faisait allusion à ses origines dans un court sonnet :
Lisette, ta beauté séduit Et charme tout le monde Chacun sait que Vénus naquit De l’écume de l’onde.
3. Les historiens ont dit qu’elle était née en 1745 ou en 174C. Son acte de baptême fixe la date exacte; il est ainsi con^u : Jeanne, fille naturelle d’Anne Bécu, dite Quantigny, est née le 19 août 1743, a été baptisée le môme jour et a eu pour parrain Joseph Démangé et pour marraine Jeanne Birabin. Signé : Gabon, vicaire de Vaucouleurs.
LE RÈGNE DE LA DU BARRY
des missions intimes. Présentée à Louis XV, elle plut aussitôt. C’était, dit Michelet, « la joie vivante, la libre liberté et des éclats! Nul embarras, nulle gêne, chez lui elle est chez elle, aussi gaie, aussi folle. » Le Roi se trouva heureux de succéder au dernier amant de la belle, nommé Sainte-Foix, comme lui-même succédait à Pharamond, ainsi que lui répondit le duc d’Ayen, et il s’occupa de trouver un mari. Cet honneur échut à Guillaume du Barry, frère du chevalier et, le 22 avril 1769, la nouvelle favorite fut présentée à la Cour, sous le nom de comtesse du Barry. A partir de ce jour, Louis XV rejeta toute honte; il obligea ses filles à recevoir la nouvelle favorite et, comme elles résistaient, il sut, pour une fois, montrer de la volonté et imposer ses ordres. La Cour elle-même dut céder : c< Elle est jolie, écrivait-il à Choiseul, elle me plaît, cela doit suffire ».
Depuis lors, le Roi tomba dans la boue et ne s’en releva plus. Il céda à tous les caprices de cette fille, soupa chez elle, chaque soir et voulut qu’elle invitât tous les grands personnages. On finit par obéir et, comme on ne pouvait obtenir la faveur du Roi, sans obtenir celle de la Du Barry, celle-ci fut bientôt cajolée et flattée, comme l’avait été Mme de Pompadour.
Bientôt, son influence fut sans bornes. Elle obtint le renvoi de Choiseul, le plus habile ministre du règne, et elle le fit remplacer par le chancelier Meaupou, qui la nommait sa cousine ^ D’Aiguillon qui était, dit-on, son amant de cœur, et Ferray, que Mirabeau appelait un