CHAPITRE VI
monstre livraient le trésor public à leur protectrice. La banqueroute, le vol, le trafic des emplois, le coup d’Etat contre l’antique justice du royaume, tels furent les actes de ce ministère déshonoré par son origine. En même temps, Louis XV dominé par l’ascendant de la femme qui offrait à sa dépravation sénile l’attrait d’une expérience trop raffinée, vit s’accomplir, en se contentant de le déplorer, le partage de la Pologne.
La favorite excitait sans cesse le Roi contre le Parlement. Meaupou lui avait donné un tableau de Van Dyck, représentant Charles P" fuyant ses persécuteurs; elle l’avait placé dans son boudoir, en face du canapé où s’asseyait habituellement le Roi. Quand ce dernier regardait la toile, elle lui disait : « Eh bien, La France tu vois ce tableau, si tu laisses faire ton parlement, il te fera couper la tête, comme le parlement d’Angleterre l’a fait couper à Charles. »
Mme Du Barry vivait tantôt à Versailles, tantôt à la Muette, où elle était plus libre. On raconte qu’étant un jour au lit, elle avait crié à son royal amant, qui préparait lui-même son petit déjeuner La France (c’est le nom qu’elle lui donnait d’habitude), prends garde, ton café f... le camp », à quoi Louis aurait répondu : « Je m’en f... après moi, le déluge ». L’anecdote est d’une très douteuse authenticité.
En 1770, le Marquis de Beringhen mourut à la Muette, dont il était gouverneur depuis trente-six ans; ses obsèques furent célébrées à Saint-Germain-l’Auxerrois. Il fut remplacé par le Prince de Soubise.
Charles de Rohan, prince de Soubise et d’Epinay, duc de Rohan-Rohan et Ventadour, était né le 16 juillet 1715.
LK IMUXCE DE SOEI51SE, école française du xviii® siècle (Musée de Versailles. i
LE RÈGNE DE LA DU BARRY. 137
Nommé, dès 1732, guidon et, en 1734, capitaine des gendarmes de la garde, il se maria avec Mlle de Bouillon, fille du grand chambellan de France, qui mourut après un an, lui laissant une fille. Il épousa, le 24 décembre 1745, la princesse Christine de Hesse-Rhinfels ^ et, l’année suivante, il fut reçu pair. En 1753, grâce à Mme de Pompadour, il eut l’honneur de s’allier à la famille royale, par le mariage de sa fille avec le Prince de Condé. Il avait suivi le Roi, dans les campagnes de 1744 et 1745 et eut le bras cassé au siège de Fribourg. Il se distingua particulièrement à la bataille de Fonteiioy ^ et, en 1746, il s’empara do Malines, ce qui lui valut le grade de Maréchal de Camp. Lorsque commença la guerre de Sept ans, Mme de Pompadour lui fit donner le commandement d’une division de vingt-quatre mille hommes. Il eut d’abord des succès; en moins de huit jours, il prit Wesel, le pays de Clève et de Gueldre, et repoussa les Prussiens, qui furent vaincus à Hastenbeck, mais, en octobre 1757, s’étant laissé surprendre avec 8 000 hommes par 1 500 Prussiens, il dut s’enfuir, en toute hâte, au moment de s’asseoir à une table somptueuse. Le mois suivant, nouvelle déroute à Rosbach, où il laissait à l’ennemi, avec 7 000 prisonniers, une partie de son artillerie et de ses drapeaux, ses bagages escortés d’une cohue de laquais, de cuisiniers, de
i. Ce fut, raconte la princesse Palatine, entre ces deux mariages que « ce grand veau de Soubise • fut le héros d’un duel, au bois de Boulogne, entre deux dames de la Cour : Mme de Polignac et Mme de Nesle; cette dernière fut légèrement blessée. {Correspondance de la duchesse d’Orléans, I, p. 301.) Soulavie, au contraire, attribue au duc de Richelieu, l'honneur de ce singulier combat. {Mémoires de Richelieu, II, p. 207.)
Maison du Roi, marchez assurez la victoire. Soubise et Pecquigny vous mènent à la gloire.