CHAPITRE VI
coiffeurs, de comédiens, de singes, de perroquets, de parasols, de manchettes brodées, de caisses de parfumerie.
Une chanson satirique courut alors les rues :
Le prince dit, la lanterne à la main :
J’ai beau chercher; où diable est mon armée?
Elle était là pourtant, hier matin;
Me l’a-t-on prise où l’aurais-je égarée!
Prodige heureux, la voilà, la voilà!
O ciel, que mon âme est ravie!
Mais non, qu’est-ce donc cela?
Ma foi, c’est l’armée ennemie L
Soubise qui s’était personnellement distingué par sa bravoure, sinon par son habileté, eut la franchise d’avouer la vérité : « J’écris à Votre Majesté dans l’excès de mon désespoir, la déroute de votre armée est totale. Je ne puis vous dire combien de ses officiers ont été pris, tués, ou perdus. » Accablé de quolibets, lorsqu’il revint à la Cour, il fut soutenu par le Roi^, qui lui conféra le titre de ministre d’Etat et le cordon bleu.
En 1758, Soubise obtint le commandement d’une nouvelle armée et il battit les Anglais unis aux Hanovriens et aux Hessois, le 13 juillet à Sunderhausen et, le 10 octobre, à Lutzelberg. Il reçut alors le bâton de maréchal.
Pendant la campagne de 1761, il commanda une armée de cent dix mille hommes, sur les bords du Rhin. Rroglie, jaloux de lui, livra le combat sans l’attendre et se fît battre à Fillingshausen. L’année suivante, Soubise gagna, avec
1. Chansonnier historique du XVII siècle, publié par E. Raunié, t. VIII,
2. Dans une lettre du 29 novembre 1757 au duc de Richelieu, le Roi disait : « M. de Soubise a été malheureux et mal secondé par le prince de Saxe-Hildburghausen ».
LE RÈGNE DE LA DU BARRÏ
le maréchal d’Estrées, la bataille de Johannisburg : ce fut sa dernière campagne.
Lorsque Louis XV eut livré son cœur et son royaume à la Du Barry, Soubise s’attacha à la nouvelle favorite. Comme les dames de la Cour affectaient de la mépriser, il la fit recevoir chez la Comtesse de Lhopital, sa maîtresse avouée et il eut la faiblesse de prêter les mains au mariage de Mlle de Tournon, sa parente, avec le Vicomte Du Barry, neveu de la maîtresse du Roi.
A la mort de Louis XV, lorsque les restes du Roi furent portés avec tant d’indécence, à Saint-Denis, Soubise, fut le seul des courtisans qui suivit le cortège composé de quelques pages et de quelques valets. Louis XVi, qui en fut touché, le fit inviter à reprendre sa place au Conseil des Ministres.
Le Maréchal possédait le magnifique hôtel actuellement occupé par les Archives nationales, que son grand-père avait bâti, au moyen des bontés du Roi pour Mme de Soubise et des sommes que celle-ci puisa dans la cassette royale.
Sa vie privée était malheureusement moins estimable. Il entretenait, à grands frais, des filles d’opéra et notamment la fameuse Guimard.
Il mourut, le 4 juillet 1787 et ne fut pas remplacé dans ses fonctions de gouverneur de la Muette.
Le 15 mai 1770, Marie-Antoinette, fiancée au Dauphin, arriva à la Muette, après avoir traversé Saint-Denis, où elle s’arrêta pour voir Madame Louise, au couvent des Carmélites. 11 y eut un grand souper. Le Roi, « aveuglé par un sentiment indigne d’un Souverain et d’un père de