CHAPITRE VI
famille, avait fait souper la jeune princesse, la famille royale et les dames de la Cour avec Mme Du Barry. La Dauphine en fut blessée; elle en parlait assez ouvertement, dans son intérieur, mais elle sut dissimuler son mécontentement, en public et son maintien fut parfaite Le Roi et tout le monde revint coucher à Versailles et il ne resta à coucher à la Muette que Mme la Dauphine et son service ^ » Le lendemain, Marie-Antoinette partit pour Versailles, où le mariage fut célébré, dans la chapelle du château.
Marie-Antoinette était alors dans tout l’éclat de la jeunesse et de la beauté. Burke, qui la vit alors, disait : « Certes, jamais n’était descendue sur cet orbe qu’elle semblait touchera peine, une vision plus délicieuse. Je la vis au-dessus même de l’horizon, faisant la beauté et la joie de cette sphère élevée où elle commençait à entrer. » Telle fut aussi l’impression du duc de Croy, qui écrit dans son journal : « Sa physionomie embellissait, par ses politesses; elle disait un mot à chacun avec tant de grâce, faisait de si jolies révérences qu’elle enchanta tout le monde, en peu de jours ».
A la suite du mariage, rien ne fut changé à la Cour. Les années n’amenèrent aucune amélioration dans la conduite de Louis XV, elles ne le mirent pas, « à l’abri de ce tyran furieux », comme dit Sophocle, que l’on nomme
1. Mme Gampaa, Mémoires, eh. iii. — Mme du Barry avait été invitée officiellement par le billet que voici : « Madame, j’ai l’honneur de vous avertir que le Roi vous a mise sur la liste des dames qui pourront se trouver à la Muette, le 15 de ce mois, à l’arrivée de Mme la Dauphine. Si quelque raison vous en empêche, je vous prie de m’en informer. Je suis, avec respect, Madame, votre très humble et très obéissant serviteur. » Le duc d’Aumont.