Mémoires du duc de Croy, 11, p
LE RÈGNE DE LA DU BARRY
luxure. La Du Barry .conservait tout son empire, les courtisans étaient toujours à ses pieds, et Voltaire, toujours plat valet, lui adressait des madrigaux.
Quoi! deux baisers sur la fin de ma vie!
Quel passeport vous daignez m’envoyer!
Deux, c’est trop d’un, adorable Égérie,
Je serais mort de plaisir au premier.
Vous ne pouvez empêcher cet hommage Faible attribut de quiconque a des yeux.
C’est aux mortels d’adorer votre image,
L’original était fait pour les dieux.
D’un autre côté, cependant, les remontrances ne faisaient pas défaut. De Beauvais prêchant, le jeudi saint de 1773, devant le Boi et la favorite, disait : « Salomon rassasié de voluptés, las d’avoir épuisé, pour réveiller ses sens flétris, tous les genres de plaisirs qui entourent le trône, finit par en chercher d’une espèce nouvelle, dans les vils restes de la corruption publique ». Le Boi écoutait sans broncher, mais il ne changeait rien à ses habitudes. Cependant le Dauphin et la Dauphine, aussi bien que Mesdames de France, faisaient grise mine à la favorite. Mme Du Barry obtint alors que le Roi lui fît construire, à Louveciennes, un petit château où elle s’installa, tandis que la Muette demeurait à peu près abandonnée.
Au mois d’avril 1774, Louis XV fut atteint de la petite vérole. Tandis que chacun s’éloignait, ses trois filles. Mesdames Adélaïde, Victoire et Sophie s’installèrent au chevet de leur père et ne le quittèrent plus. Ce fut à peine si leur dévouement fit sensation. « Le Roi était tellement avili, tellement méprisé, particulièrement méprisé, dit le duc de Liancourt, grand-maître de la garde-robe, que rien