‹ Le château de la MuetteChapitre 117 sur 181 · CHAPITRE- VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE- VII

le 18 mai. « A dix heures et demie du matin, par la barrière de Sèvres, dit un contemporain, le Roi partit lentement pour la Muette. Le peuple accourut et lui témoigna de bon cœur les grandes espérances qu’il avait de son règne. »

Dès le surlendemain, Louis XVI écrivait à Maurepas :

c< Monsieur le comte de Maurepas, dans la douleur qui m’accable et que je partage avec tout le royaume, j’ai de grands devoirs à remplir : je suis Roi et ce mot dit assez quelles sont mes obligations. Mais je n’ai que vingt ans, bêlas M Je n’ai pas les lumières et l’expérience qui me seraient nécessaires et, de plus, je ne puis communiquer avec aucun des ministres, parce qu’ils ont tous vu le feu Roi, pendant sa dernière maladie. La certitude que j’ai de votre probité, de votre connaissance des affaires et de votre prudence, m’engage à vous dire de venir m’aider de vos conseils. Revenez donc le plus tôt qu’il vous sera possible, à la Muette, où je vous attends, priant Dieu qu’il vous ait en sa sainte garde. »

c( Le séjour que Sa Majesté Louis XVI a fait, dès les premiers jours de son règne, à la Muette, dit un historien, rendra ce château à jamais mémorable. Il y demeura, depuis le 18 mai jusqu’au vendredi 17 juin, qu’il se rendit à Marly, pour se faire inoculer. Ce château, simple dans sa structure, borné dans son étendue, rarement visité, devint tout à coup le lieu le plus intéressant d’un vaste empire. Une capitale immense y reporta sans cesse des flots

1. Louis XVI n’avait même pas encore vingt ans, puisqu’il était né le 23 août 1754.

MAIUE-ANTÜINETTE, par J. Ducreiix.

(Musée de Versailles.)

LOUIS XVI ET MARIE-ANTOINETTE. 145

d’habitants qui se succédèrent pour y contempler et bénir, par mille acclamations, leur nouveau Souverain qui, à peine assis sur le trône où il a plu à Dieu de l’élever, attend, comme il le dit lui-même, de la bonté divine, le soutien de sa jeunesse et les moyens de rendre ses sujets heitreux. .C’est dans cet espace étroit que ce Monarque bienfaisant conçoit le vaste projet d’un gouvernement qui doit fixer notre félicité et assurer celle de nos neveux ^ »

La Muette, dit Mme Campan, « attira, dans les environs, une affluence de monde si considérable que, dès la pointe du jour, la foule était établie aux grilles du château. Les cris de : Vive le Roi, qui commençaient à six heures du matin, n’étaient presque point interrompus jusqu’après le coucher du soleil. L’espérance qui naît d’un règne nouveau, la défaveur que le feu Roi s’était attirée, pendant les dernières années du sien, occasionnaient ces transports. Un bijoutier à la mode fit une grande fortune en vendant des tabatières de deuil, où le portrait de la jeune Reine, placé dans une boîte noire faite de chagrin, amenait le calembour suivant : la consolation dans le chagrin. »

Les habitants de Passy finirent même par trouver que cet empressement troublait leur tranquillité et leurs plaintes, formulées dans un poème de circonstance, finissaient ainsi :

Divine Hébé, reine charmante,

Cessez de vous faire adorer Ou que noire fortune augmente Sans quoi l’on vient nous dévorer 2.

1 . Poncet de la Grave, Châteaux et parcs du royaume de France,

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